‹ Voyage autour du monde (volume 2)Chapitre 67 sur 355 · LEMNISOME THYRSITOIDE · texte numérisé non relu

LEMNISOME THYRSITOIDE

Lemnisoma thyrsitoides, Less.

Pect. 123 1° dors. 30 ép.; 2° dors. 12; fauss. nag. 6; cat. 4? anale 12; fauss. nag. 6; caudale 24.

C'est dans le grand océan Pacifique que, le 6 avril 1823, nous primes un poisson dont les formes nous rappelèrent celles de l'acinacée bâtarde de M. Bory, bien qu'il s'en distinguât par sa minceur et par quelques autres caractères. L'acinacée de M. Bory est évidemment le thyrsite figuré pl. XV de notre atlas et décrit plus haut; mais le poisson qui nous occupe en ce moment devra former un nouveau genre intermédiaire aux thyrsites dont il a la plus grande partie des caractères, et aux lépidopes auxquels il semble aussi intimement lié.

Le lemnisome que nous pêchâmes dans la mer du Sud, par les 17° degré de latitude S. et 108° de longitude O., non loin de l'archipel de la mer Mauvaise ou des Pomotous, avait 3 pieds 4 pouces de longueur totale sur 3 pouces de hauteur au niveau des opercules, et 2 pouces à la naissance de la queue. Le corps de ce poisson est excessivement comprimé relativement à sa longueur , et les lignes supérieure et inférieure sont droites à partir de la tête. Le museau est très-long, pointu, aigu. La mâchoire inférieure dépasse notablement la supérieure ; elle est coupée obliquement à son sommet, qui se déjette vers en bas et qui est pointu. La gorge et le palais n'ont point de dents, mais les maxillaires supérieurs en présentent environ 30 régulières, coniques, trés-aigués, et 3 de chaque côté, beaucoup plus longues, ou 6 au total, minces, larges, aplaties, dilatées et taillées en fer de lance à leur sommet, qui est coupant sur les bords et à la pointe. Le maxillaire inférieur a environ 40 dents petites, régulières, mais n'en a point de la forme des six supérieures et

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antérieures que nous venons de décrire. Le préopercule et l'opercule sont lisses et à bords entiers, arrondis, échancrés légerement vers en haut. Les branchies sont en houppes régulières : nous n'en comptàmes que six. La ligne latérale nait sur le rebord de l'opercule, descend vers en bas en se coudant, et occupe le centre du corps qu'elle suit horizontalement jusqu'au milieu de la queue, qui n’a aucune carène. La cavité abdominale est très-réduite. Elle est plissée et parait pouvoir se distendre. Elle s'étend des catopes jusqu'à l'anus, qui est ouvert aux deux tiers du corps et bien en avant de la nageoire anale.

La première dorsale se compose dé 30 épines égales, unies par une membrane plus élevée au côté antérieur, et s’attachant au-dessous de la pointe de l'épine qui suit. La première nait au-dessus des branchies, et s’unit, aux quatre cinquièmes du corps, avec la deuxième dorsale. Celle-ci se compose de grands rayons et de petits, de sorte que, dépassant de beaucoup les épines, elle se raccourcit à sa terminaison ; entre elle et la queue sont placées six fausses nageoires. L'anale occupe le bord inférieur au même niveau que la dorsale et a la même forme, et, comme elle, est suivie d'un pareil nombre de petites nageoires libres. La pectorale est pointue, allongée, à bord convexe et peu large. Les catopes sont à peine discernables et placées sous les pectorales. La caudale est triangulaire, régulièrement fourchue.

L'œil est arrondi, ouvert près du sommet de la tête; il est entouré d'un cercle d'argent. Toutes les parties dorsale et latérales supérieures, jusqu'à la ligne respiratoire, sont d'un bleu noir auquel se méle une teinte pourprée très-sensible. Tout le dessous du corps, les flancs, les opercules, les bords de la bouche, sont plaqués de lamelles très-minces d'argent brillant. La peau partout est luisante, lisse et sans aucune écaille apparente. La dorsale est blanchätre; la caudale et les dorsale et anale brun pourpré.

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. II, Partie I. 2]

La corvette {a Coquille avait constamment plusieurs lignes à la traine. Un matin qu'on retira celle de la table des officiers, on trouva le poisson que nous venons de décrire, et que nous nous empressàmes de peindre. Les vivres frais manquaient alors; aussi aurait-il été inutile de faire valoir les intérêts de la science en présence d'appétits en ce moment peu préparés à les comprendre. Sa chair, remplie d'arètes fines, est toutefois un mauvais manger, et il n'y eut qu'un cri sur la saveur fade et même nauséuse de ses chairs sèches et huileuses.

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