‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 10 sur 98 · MÉMOIRE SUR LES RACES HUMAINES, PAR M. GARNOT · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES RACES HUMAINES, PAR M. GARNOT

L'homme, considéré par la plupart des naturalistes comme formant un genre isolé, se rapproche tellement des autres mammifères par sa conformation générale, notamment par la construction de sa charpente osseuse *, qu'un de nos premiers savants croit qu'on doit y adjoindre le genre orang *. Prise en masse, la supériorité de l'homme est immense et incontestable sous le rapport des facultés intellectuelles ; mais cependant, si l’on examine quelques peuplades incultes et jusqu'ici presque entièrement imhabiles à la civilisation, les différences s'effacent à tel point, que certaines races ne s'élèvent que très-peu audessus de la brute, abstraction faite du langage articulé, qui établit une véritable ligne de démarcation.

! Cet article, destiné au Précis élémentaire et abrégé de géographie de feu MarTE- Brun, et que M. Garnor m'a chargé d'insérer dans la Zoologie de /a Coquille, à été rédigé en commun ou plutôt modifié par M. Adrien Bart. (Vote de M. Lesson.)

2? Voyez les Considérations anatomiques sur le bassin des races humaines, publiées par M. le docteur VRoLIK, professeur à Amsterdam.

3 Bory DE Saint-Vincent ( Essai zoologique sur le genre humain ..

5o8 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

Quoique l'espèce humaine, dit le célèbre M. Cuvier, paraisse unique, puisque tous les individus peuvent se mêler indistinctement et produire des individus féconds, on y remarque de certaines conformations héréditaires qui constituent les races.

Les savants ne sont point d'accord sur le mode de distribution des variétés dans le genre humain. L'immortel Buffon n'admet qu'une espèce humaine. Linné, quoique partageant la méme opinion, a adopté cinq variétés : 1° l'américaine brune, 2° l'européenne blanche, 3° l'astatique jaune, 4° l'africaine notre, 5° la monstrueuse.

Blumenbach en établit de même cinq : 1° caucasienne, 2° mongolique, 3° éthiopienne, 4° americaine, 5° malaise.

Le savant professeur M. Duméril, dans ses Éléments des sciences naturelles, reconnait également cinq variétés prineipales : 1° la caucasique ou arabe européenne, 2° l'hyperboréenne, 3° la rmongole, 4° la nègre, 5° l'américaine. M. Cuvier ne considère dans les variétés de l'espèce humaine que trois races éminemment distinctes : 1° la blanche ou caucasique, 2° la jaune ou mongoique, 3° la nègre ou eéthiopique.

M. Virey, dans le Dictionnaire de Déterville, recoñnait deux espèces qu'il caractérise par la mesure de l'angle facial, et décrit six races : 1° blanche, 2° basanée, 3° cutvreuse, 4° brune foncee, 5° notre, 6° noträtre.

M. Desmoulins les porte à onze : 1° Celto-Schyth- Arabes, >°Mongols, 3 E thiopiens, 4° Euro-Africains, 5° Austro-Africains, 6° Malais ou Océaniques, 7° Papous, 8° Nègres océantens, 9° Australasiens, 10° Colombiens, 11° Américains.

M. Bory de Saint-Vincent, dans son ouvrage sur l'Homme, grand nombre de divisions. Il en fait quinze espèces : 1° la Japetique, subdivisée en quatre races; 2° l'arabique, qui comprend deux races ; 3° l’ëndoue, 4° la scythique, 5° la sinique, 6° l'y perboréenne, 7° la neptuntenne, divisée

propose encore un plus

en trois races; 8° l'australasienne, 9° la colombique , 10° l'americaine, 11° la patagone, 12° V'éthiopienne, 13° la cafre, 14° la mélanienne, 15° la hottentote.

Sans prétendre juger le mérite de ces différentes classificatons, on s'en tiendra à la plus simple, celle qui sépare l'espèce humaine en trois grandes divisions, à caracteres fortement tranchés, savoir :

1° Race blanche, dite caucastenne ; 2° race Jaune ou olivätre mongolique ; et 3° race nègre ou ethropienne.

La premiere a son centre principal en Europe et dans l'Asie Mineure, l'Arabie, la Perse et l'Inde jusqu'au Gange, et l'Afrique jusques et y compris le Sahara. La deuxième comprend tout le reste de l'Asie, et a en quelque sorte son foyer sur le plateau de la grande Tartarie et du Tibet. Elle paraît avoir peuplé originairement l'Amérique du Nord. Enfin la dernière couvre la plus grande partie de l'Afrique et quelques iles de la Nouvelle- Guinée, la terre des Papous, la Nouvelle-Hollande. On croit devoir s'abstenir de reproduire dans cet ouvrage les nombreuses recherches qui ont été faites pour démontrer que ces trois races descendent de Cham, Sem et Japhet.

1° La Race BLANCHE, ARABE-EUROPÉENNE, CAUCASIENNE, à laquelle nous appartenons, se reconnait principalement à la forme ovale de la tête, à la couleur plus ou moins blanche, au nez généralement droit ou à peu pres; à la bouche moyennement fendue , aux lèvres petites, plus ou moins rouges et jamais grosses ; aux dents placées verticalement. Les traits de la physionomie sont ordinairement réguliers; ce qui fait regarder cette race comme la plus belle et la plus agréable. C'est à elle qu'on rapporte les Circassiennes, les Leghiennes, les Mingréliennes et les Géorgiennes, femmes qu'on admire pour leur beauté. C'est aussi dans la race caucasique que l’angle facial est le plus développé ; il est de 80 à 90.

On divise cette race en plusieurs familles ‘. La première, arabique, comprend les Arabes du désert ou les Bédouins, les Hébreux., les habitants du Liban, les Syriens, les Chaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Abyssins, les Maures et les Marocains.

La deuxième famille, Æindous, comprend les habitants du Bengale, de la côte de Coromandel, les Malabares, les peuples du Candahar et autres.

La troisième, Scythes, est composée de nations qui habitent la chaine du Caucase et des environs de la mer Caspienne, les Circassiens et les Géorgiens, les Scythes, les Parthes, les Afghans, les Cosaques, les Usbecks, les Fschérémisses, les anciens Moscovites, les Turcs, les Hongrois; les Finlandais recon-

naissent également la même origine.

La quatrième souche, purement européenne, se compose de toutes les familles celtiques. M. Bory de Saint-Vincent en fait : 1° la race pelage ( méridionale) ; 2° la race celtique (occidentale ); et 3° la germanique (boréale). Cette dernière comprend deux variétés, la teutone et la slavone.

La première, pelage, comprend des peuples d'une taille moyenne ( 5 pieds 3 pouces environ ); la tête, petite, par rapport au corps, est garnie de cheveux fins , bruns, châtains, rarement blonds, très-longs; le nez est droit, les yeux sont grands et gros; le teint, ordinairement blanc, présente quelquefois des nuances brunes.

C'est de cette branche que les Grecs et les Romains tirent leur origine.

La deuxième, celtique, se compose de peuples dont la taille est plus élevée (5 pieds 5 pouces, taille moyenne). Elle se reconnait à des cheveux moins longs, châtains foncés , quelquefois

© Virey, article Jomme, du Dictionnaire des sciences médicales.

ZOOLOGTE. Sri

rouges où bruns, très-fournis, assez fins; la barbe fournie; le front bombé sur les côtés; le nez rectiligne; la bouche moyenne; les yeux généralement noirs ou bruns, quelquefois gris ; la peau, moins belle que dans la race pélage, est souvent d'une paleur jaunâtre ; les membres bien proportionnés.

Le rameau celtique comprend les peuples d'origine tudesque et gothique. On en retrouve encore des rejetons dans les Highlandais des iles écossaises, les Gallois d'Angleterre, les Bas- Bretons de l’extrème Armorique, et les Basques des Pyrénées centrales.

La troisième, germanique, est celle qui présente les hommes dont la stature est la plus haute; leur taille moyenne s'élève à 5 pieds 6 à 7 pouces. Ils sont d'un tempérament lymphatique, la plupart fort gros; leur teint est d'une blancheur éblouissante, quand il n'est pas blafard; leur face est arrondie; leurs yeux sont communément bleus; leurs dents très-souvent mauvaises ; leurs cheveux tres-fins, presque plats et par grosses mèches de longueur moyenne, blonds dorés ou jaunes, et blanchissant fort tard. Les femmes sont remarquables par l'éclat de leur carnation et l'ampleur de leurs formes. Elles sont rarement nubiles avant 16 à 17 ans.

Variété teutone. Les Teutons, sous le nom de Cymbres, occupèrent la presqu'ile du Jutland, pénétrerent jusque dans la Scandinavie, y devinrent ces Suénones appelés depuis Goths, et furent la souche des peuples qui habitent actuellement la Suède, la Norwège et le Danemark. L'Islande a été aussi peuplée par des hommes de la variété teutone.

Variété sclavone. Klle se compose d'hommes venus probablement des monts Krapacks. C'est de cette variété que descendent les Sarmates, les Lithuaniens, les Russes, les Bohêmes, et une foule d’autres peuples compris dans la famille slave de M. Balbi.

2° La Race Jaune ou MoNcoriQuE se reconnait à la face large,

5r2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.

carrée, aplatie, des peuples qui la composent; les éminences de la tête paraissent en général moins prononcées, parce que les os de la pommette sont plus élevés; le nez plus enfoncé, plus plat, gros et écrasé à sa racine; les narines sont très-ouvertes sur les côtés; l'angle facial n’est pas ouvert au-delà de 80° à 85°; les yeux sont placés obliquement et semblent bridés par les paupières ; la couleur de la peau est olivatre ou basanée; les cheveux sont noirs, droits, longs.

Cette race, qui parait tirer son origine des monts Altai, offre trois rameaux principaux et plusieurs variétés.

Le premier rameau comprend une foule de hordes mongoles de la grande Fartarie, surtout au-delà de l'Irtisch, les Kalkas, les Kalmoucks, les Bourètes, etc. C'est sous les Gengiskhan, les Koublaï, les Tamerlan, que ces peuples fonderent les plus vastes empires du monde.

Le deuxième rameau, qui s'étend vers les parties méridionales et orientales de l'Asie, se compose des Chinois, des Coréens, des Japonais, des Cochinchinois, etc. Les Chinois se sont répandus dans les iles de la Sonde, des Moluques, des Philippines; on en voit jusqu'à Sainte-Hélène, où ils sont assez nombreux relativement à la population européenne.

Les caractères physiques de ces peuples sont : cheveux droits et noirs, clair-semés comme la barbe; quelques-uns laissent croitre les moustaches, ce qui est chez eux un caractere de dignité; les yeux obliquement placés, les oreilles élevées, la bouche grande, le nez légèrement épaté, les lèvres épaisses, la peau Jjaune-paille.

Le troisième rameau (espèce et race hyperboréenne de MM. Bory de Saint-Vincent et Desmoulins), remarquable par la petite taille et les traits grossiers rabougris des peuples qui le composent, comprend les Kamtschadales, les Tchoutchis, les Ostiaques, les Tunguses, les Samoièdes, une partie des La-

pons, les Esquimaux et les Groënlandais. Ces hommes, dont la stature ne s'élève guère au-delà de 4 pieds 1/2 (taille moyenne), sont trapus, quoique maigres; ils ont une tête énorme, un visage fort large et court, aplati vers le front, des yeux écartés l’un de l’autre, un nez écrasé, une bouche très-grande, peu de barbe, des cheveux plats, durs et noirs, les yeux noirs, la peau enfumée. Les femmes sont hideuses : leurs mamelles, molles et pendantes, ont la forme d'une poire.

Il est à remarquer cependant que les caractères physiques et moraux de ces peuples offrent des différences notables; mais peut-être doit-on les attribuer à l'influence des peuples qui les avoisinent.

Varieté malaise. On désigne sous ce nom les peuples qui habitent la péninsule de Malaca, les nombreuses iles qui constituent les archipels des Philippines, des Moluques, des Célèbes, de la Sonde, les Mariannes, l'ile de Timor; on en retrouve encore à Madagascar, sur les terres des Papous au Sud, et à la Nouvelle-Guinée. Les naturalistes qui ont fait dernièrement le voyage de circumnavigation sur la corvette {4 Coquille ne partagent pas l'opinion de la plupart des savants qui comptent au nombre des Malais les Taitiens, les Sandwichiens, les Mendocins et les Nouveaux-Zélandais. Ces derniers peuples diffèrent des autres par leur conformation physique, leurs arts, leurs usages et leur langage.

M. Lesson a proposé d'en faire une variété sous le nom d'Océaniens *. M. Bory de Saint-Vincent les range dans l'espèce neptunienne, et en fait une race qu'il nomme Océanique.

Les Malais * sont d'une taille moyenne, de couleur cuivre rouge, assez bien pris dans leurs formes; leurs cheveux sont

! Voy. autour du monde de la corvette la Coquille, Zoologie, chap. 1%. ? Journal de M. le docteur GarNor.

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie 11. 65

longs, unis, luisants et noirs; leur face est aplatie; leur nez épaté; leur bouche est grande; leurs lèvres un tant soit peu épaisses ; leurs dents bien rangées, teintes en rouge passant au noir, ce qui provient sans doute de l'usage de mâcher du bétel mêlé avec de l’arec et de la chaux. Les femmes ont des formes arrondies et courtes, la gorge bien faite dans le jeune âge, une chevelure rude et très-noire, une bouche très-ouverte. L’ensemble, sans être aussi bien que quelques voyageurs l'ont avancé, n'est pas toutefois dénué d'agréments.

Le Malais est rarement à l’état complet de nudité; les plus misérables s'entourent les reins d’un marrot ou d'un pagne. On ne voit que les enfants qui soient quelquefois nus. M. Garnot observe qu'il n'en a point vu qui fussent circoncis.

Rameau océanique. Ce rameau habite la majeure partie des iles de la mer du Sud; tels sont : le groupe de la Société, les Marquises, les Mulgraves, les Sandwich, les Amis, les Fidgi, la Nouvelle-Zélande et l'ile de Pâques.

Les habitants de Faïti', pris pour type des Océaniens, sont généralement bien faits; ils ont la figure ovale, le front découvert et arrondi, les cheveux noirs, lisses, non crépus; l'œil bien fendu, surmonté d'un sourcil très-fourni ; un nez moyen, légèrement épaté; la bouche un peu grande, le menton arrondi, les lèvres épaisses, le teint basané ou cuivre rouge; l'angle facial aussi ouvert que celui des Européens; le col gros, cependant bien proportionné ; les jamhes bien dessinées.

La plupart des voyageurs ont consigné dans leurs ouvrages que les Taïtiens avaient une stature de 6 pieds ; M. Garnot, qui en à toisé un grand nombre, n'en a pas rencontré qui eussent plus de 5 pieds 9 pouces. La taille ordinaire est de 5 pieds 4 à 5 pouces.

1 Sont compris sous ce nom les naturels des îles de la Société.

Taït, anciennement désignée sous le nom de la Nouvelle- Cythère, n'offre plus de Vénus aux yeux des voyageurs. Néanmoins, dans le printemps de l'âge, quelques femmes sont attrayantes : la blancheur de leurs dents et leurs yeux agacants donnent du piquant à leurs traits basanés (jaune-citron clair); leur main est vraiment belle. À la Nouvelle-Zélande, les femmes sont moins bien qu'à Taïti; les habitants des iles Mendoce et de Rotouma sont, à ce qu'on rapporte, les Océaniens les mieux faits. M. Lesson dit que les naturels de Rotouma ont une physionomie douce, des traits réguliers, une chevelure longue, relevée sur le derrière de la tête en grosse touffe; leurs membres sont bien proportionnés; ils pourraient servir de modèles à un statuaire.

Le tatouage est généralement répandu parmi les Océaniens. Variete ou race americaine. Cette variété, qui habite le vaste continent d'Amérique, n'offre pas de caractères assez tranchés pour en faire une race à part. M. Bory de Saint-Vincent range les espèces propres au Nouveau-Monde sous trois chefs : 1° espèce colombique, 2° espèce américaine, 3° espèce patagone. On donne généralement pour caractères physiques aux Américains un visage large, triangulaire; une peau couleur rouge cuivré ; des cheveux noirs, plats, longs; une barbe rare; un nez épaté et saillant. C'est à cette variété qu'on rapporte les Péruviens, les Mexicains, les Araucanos, les Patagons, les Puelches, les naturels du Paraguay, de Buénos-Ayres, du Brésil. Les Botocudos de cette dernière région, souvent presque blancs, ressemblent plus à la race mongole que les autres Américains. Bien qu'appartenant à la même variété, les Araucanos et les naturels du Pérou different beaucoup entre eux, sauf la couleur bronzée de la peau, qui est la même chez les deux peuples ". Les Arau-

! Le docteur Garnor (Journal des voyages, septembre 1827).

canos sont grands, fort bien musclés, tandis que les Péruviens sont plus grèles et d'une petite stature. Dans les premiers, la face est large et pleine, plus arrondie en bas que vers le haut; l'expression est aussi féroce qu'elle paraït douce dans la figure des Péruviens, dont les traits sont plus réguliers.

Les Patagons, relégués au-dessous du 40° Sud vers l'extrémité de l'Amérique méridionale, sont remarquables par leur taille gigantesque, qui dépasse ordinairement 5 pieds 10 pouces, et même 6 pieds de hauteur. Leur teint est basané ; leurs cheveux, plats, bruns ou noirs, sont généralement ae

3° Race NoïRE ou Nan ÉTHIOPIENNE. M. Bory de Same Vincent considère cette race comme appartenante aux espèces éthiopienne, cafre, mélanienne, hottentote, australasienne et neptunienne.

La race nègre habite tout le midi de l'Afrique, forme des mélanges avec les Maures de cette partie du monde, vit sur la grande ile de Madagascar et sur les terres des Papous, dans les iles Hébrides, Salomon, Schouten, dans la Nouvelle-Hollande et la terre de Van-Diémen.

Cette race a le teint noir ou noirûtre, les cheveux crépus, frisés , laineux ; le crane comprimé; le nez épaté, écrasé et gros; son museau saillant, et ses grosses lèvres la rapprochent, dit M. Cuvier, manifestement des singes. L'angle facial est de 70° à 75°. Cette race peut être divisée en plusieurs rameaux ‘

1° Rameau éthiopien ou nègre proprement dit. I se compose des Joloffes, des Foulhas, des peuplades du Sénégal, d'Angole, du Congo, etc.

Les traits de ce rameau sont tellement caractérisés, qu'on reconnait un Ethiopien au premier regard. Sa peau est de couleur foncée, ses cheveux laineux; la boîte osseuse du crane est

1 M. Lessow, Manuel de Mammalogie.

très-étroite en avant, aplatie sur le vertex, arrondie dans la région postérieure vers laquelle est reculé le trou occipital; les dents incisives sont implantées obliquement; les pommettes saillantes, les lèvres épaisses ; le nez large et épaté; les hanches saillantes; les reins cambrés; les extrémités inférieures trèscourbées. Chez les femmes, les mamellés sont tellement pendantes , et le mamelon est si alongé, qu'elles peuvent, disent certains voyageurs, donner à téter à leurs enfants par-dessus les épaules. M. le docteur Busseuil, médecin de la marine qui a été près de trois ans sur les côtes d'Afrique, assure qu'il n'a jamais vu mettre en pratique ce mode d'allaitement. Les nègres exhalent une odeur sui generis qu'on sent de loin.

C'est de l'alliance de ce rameau avec les Européens que proviennent les mulâtres qui peuplent en grande partie les colonies.

2° Rameau cafre. habite dans la partie orientale de l'Afrique, depuis la rivière du Saint-Esprit jusqu'au détroit de Babel- Mandel : on en retrouve encore à Madagascar. La colonie du Cap s'accroissant de jour en jour, les Cafres sont repoussés dans l'intérieur. Ils ont un teint moins foncé, gris-noirätre, moins luisant, une face moins proéminente, des traits plus réguliers et plus beaux, une odeur moins forte que les nègres éthiopiens. Ils sont bien constitués, grands. Le Vaillant dit que ceux quil a vus n'avaient pas moins de 5 pieds 5 pouces, et qu'en général ils ont 5 pieds 8 pouces de hauteur.

3° Rameau hottentot. Les Hottentots habitent la pointe méridionale de l'Afrique, en dehors du tropique. Ce rameau, dit M. Bory de Saint-Vincent, fait le passage du genre homme aux genres orang et gibbon, conséquemment aux singes. Les peuples connus sous ce nom sont : les Namaquois, les Coranas, les Boschismans, les Hottentots proprement dits, les Gonaquois et les Houzouanas. Les Hottentots proprement dits font journelle-

ment des alliances avec les nègres de Mozambique ; d'où il résulte que dans peu d'années on n'en retrouvera plus à l'état de pureté.

On reconnait en général les Hottentots aux caractères physiques suivants : le front proéminent, surtout en haut; le vertex aplati; les cheveux noirs ou noirâtres, courts, laineux; peu de barbe; les sourcils minces, peu prononcés; les yeux écartés l’un de l’autre, à demi fermés; les lèvres épaisses, projetées en avant; le nez écrasé et large; la couleur de la peau est lavée de bistre et plus ou moins jaunâtre, mais jamais noire; l'angle facial a au plus 75°; la figure est généralement rabougrie.

Le savant M. Lichtenstein assure que, comme dans les macaques, les os du nez chez les Hottentots sont réunis en une seule lame écailleuse, aplatie et beaucoup plus large que dans toute autre tête d'homme : la cavité olécranienne de l'humérus est aussi percée d'un trou. Les femmes, plus hideuses encore que les hommes, sont aussi beaucoup plus petites, proportions sardées. Leurs mamelles sont pendantes, et les nymphes ou

S petites lèvres fort alongées. C'est à cette disposition dans les

organes de la génération qu'on a donné le nom de tablier.

Tout bruts que soient les Hottentots, le gouvernement anglais est parvenu à leur faire apprendre quelques arts mécaniques. M. le docteur Garnot, pendant son séjour dans le district de Zwellendam (août 1824), a vu divers ouvrages confectionnés par eux, et qui étaient faits avec assez d'habileté.

4° iameau papou. Les Papous ‘ habitent les iles nombreuses des Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-[rlande, la Nouvelle-Bretagne , l'ile d'York, la Nouvelle-Guinée, Waigiou. C'est en quelque sorte une variété hybride.

F Consultez la Zootogie du voyage de YUranie, par MM. Quoy et Garmarp,

ZOOLOGIE. Es

Les naturels de Waigiou : sont d'une constitution gréle et délicate. Ils sont généralement petits : sur vingt individus, un seul présentait une taille de 5 pieds 2 pouces; la taille moyenne était de 4 pieds 6 pouces à 4 pieds 9 pouces; les cheveux lisses et droits chez les uns, crépus chez d’autres, chez quelques-uns intermédiaires , sont généralement noirs et épais, formant des masses rondes, globuleuses, qui font paraitre la figure trèspetite. On voit des naturels qui les nouent par derrière; ce qui forme alors une touffe extraordinaire. Ils laissent croïtre leurs favoris et leurs moustaches; l'angle facial * est au maximum de 69°, et de 63 à 64° au minimum.

Les habitants de Van-Diémen, que M. Lesson nomme les Tasmaniens, ont une conformation physique semblable à celle des Papous.

Les naturels de la Nouvelle-Hollande, dont M. Bory de Saint- Vincent fait son espèce australasienne /4{fourous australasien, Lesson), sont sans contredit les peuples les plus hideux qui soient connus.

Les naturels des tribus des environs de Sydney-Cove et de Paramatta sont * d'une taille moyenne; on en voit quelques-uns cependant dont la stature s'élève à 5 pieds 6 pouces ; la couleur de leur peau n'est pas d'un beau noir; on ne peut mieux la comparer qu à celle du café au lait foncé en couleur. Ils sont généralement d'une constitution grèle et énervée. Ceux qui habitent l'intérieur et qui se nourrissent de chasse ont le système musculaire plus développé; les cheveux, non laineux comme ceux des nègres éthiopiens, sont durs, noirs, très-épais , tantôt

1 Le docteur Garnor (Journal des voyages, mars 1827 ).

? L'angle résulte de deux lignes partant des dents incisives supérieures et se rendant, l’une à la racine du nez, et l’autre au trou auditif.

3 Journal inédit de M. Garnor.

disposés en mèches frisées, tantôt très-courts ; la barbe plus apparente sur les côtés du menton que partout ailleurs; le visage est plat dans le haut; le nez épaté, large; la bouche saillante; les lèvres épaisses ; l'angle facial est de 61° à 67°.

Il y a, indépendamment des races énoncées ci-dessus, des variétés accidentelles dans le genre humain : les //binos de l'Afrique, les Cagots des Pyrénées, et les Crétins du Valais.

Ces variétés peuvent être considérées comme le résultat d’affections maladives.

Les nombreuses races répandues sur la surface du globe diffèrent essentiellement par la couleur de la peau et des cheveux. Les variétés de couleur dépendent-elles de l'influence des circonstances extérieures? Il est certain que les chaleurs bruülantes du soleil font éprouver à la peau des changements notables ; mais elle revient à son état primitif, si on la soustrait à l'action des rayons solaires.

Transportez des familles nègres en Europe et des Européens au Congo, vous ne verrez point les premiers devenir blancs et les derniers noirs. Les cheveux varient aussi singulièrement suivant les pays, la latitude, les climats et les races. Leurs couleurs principales sont : le noir, le blond, quelquefois le rouge de feu ; ces trois couleurs présentent un grand nombre de nuances.

M. Desmoulins, dans son excellent ouvrage sur l'histoire des races, relate des faits qui tendent à prouver l'invariabilité de la couleur de la peau et des cheveux , quand les races sont restées sans mélange.

La couleur de la peau réside, disent la plupart des naturalistes et des anatomistes, dans le réseau muqueux ou de Malpighi, placé au-dessous de l'épiderme ou cuticule. L'absence de ce réseau explique pourquoi les cicatrices ont chez les nègres la même couleur que chez les blancs. Le crâne offre autant de formes variées qu'il y a de races ou d'espèces d'hommes sur le globe,

ZOOLOGIE. bar

M. le docteur Gall pense que les facultés intellectuelles impriment à la surface extérieure de cette boite osseuse des éminences en rapport avec les fonctions qu'il attribue à chaque partie du cerveau.

A l'inspection d'un crâne, on peut presque, à priori, dire à quel peuple il a appartenu, si toutefois il ne provient pas d'une race abâtardie.

En outre, la forme du crâne ne doit-elle pas varier par l'habitude qu'ont certains peuples de donner une forme déterminée à la tête des enfants nouveau-nés, soit par des liens, soit par la simple pression des mains?

Telles sont les principales variétés de l'espèce humaine répandues sur toute la surface du globe. Les anciens s'étaient à tort imaginé que la zone torride, embrasée des feux du soleil, ne permettait pas aux habitants des deux zones tempérées de communiquer ensemble. Ces préjugés, qui rétrécissaient l'univers, ont disparu devant les lumières que les Colomb, les Gama, les Cook, les Parry, les Denham, nous ont procurées. Les navigateurs et les voyageurs ont trouvé des habitants dans les climats les plus brülants et dans le voisinage des pôles, sur les côtes les moins abordables, et dans ces iles qu'un immense océan semblait séparer du reste du monde. Au Nord, le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, et la plupart des iles et archipels découverts dernièrement par les Anglais à l'Ouest de la baie de Baffin ; et au Sud, la Géorgie, la terre de Sandwich, les iles de Falkland, de Kerguélen, le Nouveau-Shetland méridional et les Nouvelles- Orcades; et sous l'équateur, les iles Gallapagos, sont les seuls pays d'une étendue remarquable qui se soient trouvés absolument sans habitants.

La terre entière est donc la patrie de l'homme. Il supporte tous les climats, et ses habitations s'étendent jusqu'aux derniers

confins de la nature animée. Les Esquimaux du Groënland Voyage de {a Coquille. — Z. Tome I, Partie 11. 66

habitent jusque sous le quatre-vingtième parallèle. À Vautre extrémité, la stérile terre de Feu nourrit les pauvres Peschèrais. Le Nouveau-Monde, quoique en général moins peuplé, est donc habité d’un bout à l’autre. Dans l’ancien Continent, les habitations de l'homme forment un ensemble qui n'est interrompu que par quelques landes sablonneuses; et, au milieu même de ces déserts, l’homme a peuplé les oasis, ces îles de verdure éparses dans un océan de sable.

Page 1