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REMARQUES SUR LA ZOOLOGIE DES ÎLES MALOUINES , FAITES PENDANT LE VOYAGE AUTOUR DU MONDE DE LA CORVETTE ZA COQUILLE, EXÉCUTÉ EN 1822, 1823, 1824 ET 1029 ‘; PAR M. P. GARNOT.
Situées entre les 52° et 53° de latitude Sud et les 56° et 60° de longitude Ouest, à l'Est de la terre des Patagons, les iles Malouines forment un groupe assez étendu; parmi les îles qui les composent, il y en a deux principales : 1° l'ile de la Soledad, 2° l'ile Falkland.
L'ile de la Soledad présente une infinité de baies; les plus grandes sont celles de Choiseul ou des Francais, et celle de l'Huile, sur la côte Nord.
! Lues à la Société d'histoire naturelle de Paris, le 11 novembre 182$, et insérées dans les Ænnales des sciences naturelles, janvier 186.
La baie des Français, au fond de laquelle la corvette était mouillée , abritée par les iles aux Pingoins, aux Loups marins, et le Tonnelier, s'ouvre par une entrée large, hérissée d'un côté d’une ligne de récifs. À l'extrémité du dernier groupe (la pointe la plus Æ5st) se trouve la roche sous-marine qui a été si funeste à l'Urante. Cette baie en présente elle-même deux au Nord. Les baies Duclos et Bougainville, et deux ports, l'un au Sud, le port Duperrey (ainsi nommé par M. de Freycinet ), et l'autre sur la côte opposée, le port Louis : dans le voisinage de ce dernier, se voient encore les débris de l'établissement que forma Bougainville en 1765. Les naufragés de /’Uranie établirent leur camp, dont on aperçoit à peine des traces, dans le Sud de la baie Française, non loin de l'étang du Phoque.
L'ile de la Soledad n'offre aucun point de vue digne du pinceau d'un paysagiste : ce sont des montagnes dépourvues de grands végétaux , de profonds vallons, et quelques plaines recouvertes en certains points d’un gazon de verdure ( on y rencontre un genre appartenant aux restiacées, le Gazmardia australis, Gaud. ), où ressortent avec éclat diverses fleurs, telles que la primula farinosa, L. ; le perdicium recurvatum, Wild. ; l'oxalis enneaphylla, Cavan., etc., etc. : la végétation s'élève très-peu au-dessus du sol, si l’on en excepte cependant l'arbrisseau veronica decussata, qui croit dans plusieurs vallées, et le glaïeul,
Jestuca flabellata, qui atteignent de quatre à cinq pieds.
Lorsque nous primes connaissance de terre, les îles Malouines nous parurent cultivées dans quelques points : mais cette illusion se dissipa promptement; ce qui avait l'apparence de culture n'était autre chose que des surfaces de terres dénudées.
On voit, dans l'intérieur de l'ile, plusieurs ruisseaux qui vont
* La corvette /a Coquille jeta l'ancre aux Malouines le 17 novembre 1822, et mit à la voile le 18 décembre suivant.
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en serpentant se jeter à la mer ou dans des étangs. L'eau est claire et limpide lorsqu'elle roule sur un lit de cailloux ; il n'en est pas de même lorsqu'elle a pour canaux de la tourbe, qui lui donne un gout désagréable.
Près de la baie de l'Huile on trouve un vaste lac.
Malgré la sécheresse et l’aridité de ces lieux, le naturaliste peut espérer d'y faire une riche récolte.
Nous ne mentionnerons dans ce Mémoire que les mammifères et les oiseaux : mes estimables collègues, MM. Lesson et d'Urville, devant faire l'histoire des autres parties de la Zoologie.
Ce qu'il y a de plus important à connaître dans ces iles, pour les navigateurs, par les ressources qu'ils peuvent y trouver, c'est sans contredit le règne animal.
Les chevaux, les bœufs et les cochons, dont les Francais et les Espagnols peupleèrent l'ile de la Soledad, malgré les vicissitudes atmosphériques, ne paraissent point avoir dégénéré.
Les chevaux sont les plus nombreux : on les rencontre ordinairement par bandes de quinze à vingt; on les approche difficilement : pour les atteindre, il faut les surprendre à l'improviste, car ils sont toujours au guet; au moindre danger, le chef de la troupe donne le signal de la fuite.
La chair des chevaux, à l'état sauvage, est fort bonne; elle est, pour le moins, aussi délicate que celle des bœufs.
Les bœufs sont rarement en bandes; le plus fréquemment nous ne les rencontrions que par couple; à peine nous apercevaient-ils, qu'ils prenaient la fuite, et ils ne s’arrêtaient que lorsqu'ils se voyaient hors de toute atteinte.
Les cochons, beaucoup moins répandus, avaient choisi pour leur retraite les fourrés d'arbrisseaux qui croissent dans les environs de la baie de l'Huile. L’énorme distance que nous avions à parcourir pour nous rendre à cette baie fut cause que nous ne leur fimes que bien rarement la chasse.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Part. II. 68
Le quadrupède le plus multiplié aux Malouines est le lapin, qui creuse principalement son terrier sur les bords de la mer et dans les vallées qui avoisinent le port Louis et la baie Duclos. Il y en avait un si grand nombre dans le voisinage de notre observatoire, placé près des restes de l’ancien établissement, que les matelots les prenaient avec les mains. Nous en avons rapporté un de couleur brun-roux violacée, parsemée de poils blancs, à oreilles brunes, que nous croyons pouvoir considérer comme une espèce nouvelle bien distincte, et que nous proposons de nommer lapin magellanique { lepus magellanicus ', Garnot ). Serait-ce cependant une variété ?
Quant au loup renard (canis antarcticus, Sxaw, Gen., Zool., v. 1), mentionné dans Bougainville et entrevu par les naturalistes de la corvette /’Uranie, nous ne l'avons pas aperçu. M. Desmarest, dans son excellent ouvrage de Mammalogie, en donne la description, p. 199, n° 2098. Sur les derniers jours de notre reläche, dans la première quinzaine de décembre, nous vimes plusieurs phoques s'approcher des côtes; nous n'avons pu en prendre qu'un seul. C’est l'espèce décrite par MM. Quoy et Gaiïmard, sous le nom d'ofarie Guérin. Le Musée ne le possédait pas; nous avons été assez heureux pour l'en enrichir.
À la partie Est de l'ile, nous avons vu quelques baleines franches ( Lacep., Cet. t, fig. 1; balæna mysticetus, L. ).
Quoique appartenant à l'Amérique méridionale, les îles Malouines ne possèdent pas les oiseaux à reflets métalliques brillant des plus vives couleurs, que le suave oranger attire dans les régions tropicales ; les échassiers et les palmipèdes y sont les plus nombreux.
Pour donner une idée des richesses de ces iles, sous le rap-
® Lepus magellanicus; fwsco-rufo-violaceo, pilis albis passim sparsis , auribus fuscis, maculä alb& naso, interstitio narium, mento, gulæ frontique.
port de l'ornithologie, nous adopterons l’ordre établi dans le savant ouvrage de M. le baron Curvier, sur le règne animal.
Ï. OisEAUX DE PROIE.
Parmi les oiseaux de proie, nous citerons le vautour, vultur aura, Vieill.; le percnoptère aura, Cuv., qui ne diffère en rien de celui de Sainte-Catherine du Brésil, et qui plane habituellement à une hauteur assez considérable.
Trois espèces du genre faucon :
1° La buse polyosome (falco polyosoma, Quoy et Gaimard ).
2° Le busard bariolé ( falco histrionicus, Quoy et Gaimard ).
3° Plusieurs variétés de caracaras (falco novæ-zelandiæ, falco brasiliensts ).
Cette dernière espèce est tellement hardie, qu'elle ne craint point de s'emparer de sa proie aux pieds mêmes du chasseur. Nous en avons eu un exemple, M. de Blois et moi, dans une de nos courses, à la rivière Bougainville. Ayant tué une couple d'oies mâle et femelle, une buse vint enlever sous nos yeux un des petits oisons vivants qui étaient posés sur l’eau. Elle ne jouit pas long-temps en paix de son triomphe; car, peu d'instants après, elle fut assaillie par deux hirondelles de mer, qui se précipitèrent sur elle en lui donnant des coups de bec, et la forcerent de lâcher sa proie.
Enfin, une chouette à huppe courte, dont le plumage est à peu près semblable à celui de la chouette d'Europe, termine
cet ordre.