‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 13 sur 98 · IT. PASSEREAUX · texte numérisé non relu

IT. PASSEREAUX

Les passereaux nous ont offert sept espèces différentes, parmi

lesquelles nous trouvons deux espèces de grives : la grive des

Malouines (turdus Falkandiæ, Quoy et Gaimard), et la grive guivrou, semblable à celle du cap de Bonne-Espérance. L'une et l’autre se promènent en sautillant dans diverses parties de l'ile.

3° Une fauvette à tête brune-noire et à corps cendré, que nous désignons sous le nom de fauvette des Malouines ( Sylvia macloviana', Garn.), se perche sur les arbrisseaux qui croissent dans les environs de la baie de l’'Huile, du port Duperrey, et dans les vallées qui avoisinent l’Aiguade.

4° Une petite fauvette, semblable à la cisticole (sybvia cisticola) de Sicile et de Sardaigne, se tient généralement derrière les touffes de graminées des environs du port Louis.

5° Le bruant à gorge noire ( emberiza melanodera, Quoy et Gaim.) vit ordinairement en famille près des débris de l’ancien établissement, Nous n'avons point apercu de chardonnerets, oiseaux que MM. Quoy et Gaimard mentionnent dans leur ouvrage ( Zoologie du voyage de l'Urante ).

6° L'étourneau ou la blanche raie, étourneau magellanique de Buffon (sturnus militaris, Gm.). Le seul oiseau à couleur éclatante, que Bougainville désigne sous le nom d'oiseau rouge, habite divers points de l'ile. Les lieux qu'il semblait préférer étaient le voisinage du port Louis et les environs de l'Aiguade.

Les couleurs de la femelle et celles du jeune àge, quoique disposées comme celles du mâle, sont loin d'offrir des nuances aussi brillantes.

7° Le dernier des passereaux, espèce nouvelle, que nous nous proposons de nommer le grimpereau antarctique (certhia antarctica, Garn. )”, brua-foncé, se tient sur les bords de la mer.

1 Sylvia macloviana; capite uropygioque fuscis, corpore supra cineraceo subtus griseo-albo, remigibus caudæ et rectricibus alarum fuscis albo circumdatis, gulé ferrugined.

> Cérthia antarctica; rostro pedibusque nigris, gulà gilvo et ferrugineo varid, capite corporeque in totum rufo-fuscis, vestigio sub alis ferrugineo.

On le distingue à peine, tant sa couleur se confond avec l'aspect sombre des roches de phyllades sur lesquelles il court. C'est sans doute cette espèce que MM. Quoy et Gaimard, qui l'ont seulement apercue, ont prise pour un merle noir.

EL. ÉcHAssIERS.

Non moins nombreux, les échassiers se tiennent sur les bords du rivage, où ils récréent la vue par la diversité de leur plumage.

Une jolie petite espèce nouvelle de pluvier ( charadrius pyrocephalus , Garn.), à calotte rousse et à double collier noir, que le blanc de la poitrine et du ventre fait ressortir, court avec rapidité sur le rivage. Il paraît que ces oiseaux font leur ponte dans le mois de novembre; ce que nous sommes autorisés à croire par le grand nombre de jeunes pluviers, revétus de duvet que nous avons rencontrés. Ces oiseaux étaient réunis en troupe, les petits en tête,

Un vanneau (vanneau d'Urville, trénga Urvillit?, Garn.), espèce nouvelle, que je dédie à mon estimable collègue, M. d'Urville, un des naturalistes, second capitaine de l'expédition.

Ce vanneau a des formes aussi gracieuses que celles du pluvier ; il n'en diffère que par le caractère distinctif de la présence du pouce et par sa poitrine rouge-brun. Il se tient généralement

‘ Charadrius pyrocephalus; capite rufo; fronte, gul&, dorso griseo, pectore, abdomine caudäque infra albis, fasciä supra frontem, duabus vittis pectori externis, remigibus uropygioque nigris. (Falklandiæ. )

Il est probable que c’est l'espèce qui est indiquée dans le Buff. de Son., t. XXII, POI

? Tringa Urvilli;, rostro nigro, pedibus subviridibus, capite dorsoque fuscocinereis, gul& grise&, uropygio caudäque insuper subnigris, fasciä supra oculos, abdomineque albis, pectore rubro, vitt& nigr& interject& pectori ventrique. (Falklandiæ. )

dans l'intérieur de l'ile, dans le voisinage des ruines du fort qui défendait l'entrée du port Louis, se perchant souvent sur le gommier des Malouines (ydrocotyle gummifera, Lam. ).

Deux espèces d'huitriers, souvent réunies par bandes, ne quittent pas les bords de la mer. Leur iris, d'un jaune brillant environné d'un cercle membraneux rose, contribue à leur donner un air de vivacité.

La première espèce, toute noire ( Aæmatopus niger, Quoy et Gaim. ), est bien une espèce distincte, et non une variété. Nous en avons vu un trop grand nombre dont la teinte était uniforme, pour la considérer comme une variété. Si nous nous étions trouvés aux iles Malouines aux mêmes époques que les naturalistes de Z Uranre ', nous ne prononcerions pas aussi affirmativement , parce qu'on eùt pu croire que c'était le temps de la mue qui leur donne cette couleur. Du reste, il y a des différences encore bien tranchées dans la forme du bec et dans la couleur des pieds ; la seconde espèce, bien qu'elle ait été signalée par Bougainville et le P. Feuillée, ayant été considérée par Buffon comme devant être un autre oiseau, nous en faisons une espèce particulière, que nous désignerons sous le nom d'huitrier leucopode, Aæmatopus leucopodus*, Garn. Elle ne diffère de l'ostralegus que par la forme de son bec, qui n'est point tranchant et aplati comme dans cette dernière, et par la couleur blanche de ses pieds. C'est cette particularité qui ne s'accorde guère avec le nom d'hæmatopus, que l'on a consacré à l'huitrier, qui a porté Buffon à croire que c'était par erreur que Bougainville désignait cet oiseau sous le nom de pie de mer.

! L'équipage de /’Uranie a passé les mois de février, mars et avril aux Malouines.

> Hæmatopus leucopodus; rostro rubro recto, cuneiformi; pennis similibus hæmatopi ostralegi, pedibus albis. (Falklandiæ. )

ZOOLOGTE. Ts US

Le bihoreau pouacre, dont la vie est solitaire et qui est fort rare, se tient dans certaines parties de l'ile, surtout dans la baie Duclos. C'est sans doute à l'adulte de cette espèce que Bougainville a donné le nom d’aigrette.

Les bécassines ‘ [scolopax longirostris) et les sanderlings (charadrius calidris) ne diffèrent en rien de ceux d'Europe.

Le dernier des échassiers, le bec en fourneau (chionts vastnales , Vieillot; chionts alba, Forster), qui ne peut être autre que l'oiseau désigné par les navigateurs sous le nom de pigeon blanc, n’est pas commun, et semble habiter de préférence les bords de la plage sur laquelle sont enfouis les restes de /’Uranie.

Malgré tous les efforts des chasseurs, nous ne nous en sommes procuré qu'un seul, que j'ai été assez heureux pour tuer dans son vol rapide, rasant la surface de la mer; tombé loin du rivage, quoique l'eau füt très-froide, et nécoutant que leur zèle, MM. Lottin et de Blosseville se précipitèrent dans les vagues pour le saisir.

Cet oiseau s'éloigne quelquefois des côtes à une assez grande

g distance. L'adroit chasseur, M. Bérard, en a tué un deux jours avant notre arrivée aux Malouines, étant alors, suivant notre estime, à quatre-vingts lieues de toute terre. Quelques jours après notre départ de ces iles, non loin de la terre des États, nous avons vu deux à trois chionis voler rapidement autour de la corvette.

L'iris, gris-bleu , qui entoure un centre rouge-brun près de la pupille, ressort avec éclat sur le beau plumage blanc de cet oiseau ( fig. dans l'Atlas zoologique du voyage de /’Urante ). La figure ayant été faite d'apres un chionis empaillé, les couleurs

du bec ne nous paraissent point rigoureusement exactes. Le

1 Parmi les bécassines que nous avons préparées , une d'elles présentait une affec-

tion du système dermoide, qu'on ne peut mieux comparer qu’à l’éléphantiasis.

dessin que nous en avons fait sur un sujet frais nous permet de les mieux indiquer. L'extrémité des mandibules est noire, la tache de la supérieure est plus prononcée; à la partie moyenne de l'une et de l’autre, sont deux larges marques rouge-brun que relève d'une manière tranchée le vert pomme clair du reste du bec. Le corps glanduleux qui occupe les joues et la base du fourreau corné est la couleur de chair. L'on ne peut mieux le comparer qu'au tissu de la glande lacrymale.

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