BAIE MARION OU DES ILES (NOUVELLE-ZÉLANDE
(Du 3 avril 1824 au 17 du même mois.)
La Nouvelle-Zélande comprend deux grandes iles, qui gisent à l'Est de la Nouvelle- Hollande à quatre cents lieues de di-
Le A \ "1,7 . / Peut-être cette espèce est-elle une variété du strix flammea, rapportée par
Péron de la Nouvelle-Hollande. Nous ne pouvons prononcer, n'ayant point l'individu sous les yeux.
? Nom anglais des chouettes.
ZOOLOGIE. Lo
stance, et qui s'étendent du 34° degré de latitude Sud, jusqu'au 47°. Ces deux iles sont séparées par un étroit canal, qui fut découvert par Cook et qui porte son nom. L'ile Nord a environ deux cents lieues en longueur et cinquante à l'endroit de sa plus grande largeur. L'ile Sud a à peu près la même étendue. Ces îles furent découvertes par Abel Tasman, Hollandais, en 1642, et cenavigateur mouilla dans un havre qu'il nomma Bare des assassins, parce que les naturels attaquèrent l'équipage d'un canot dont ils tuèrent quatre hommes, qu'ils mangèrent suivant leur coutume. Tasman ne parait point avoir communiqué, et ce pays fut long-temps sans être visité, lorsqu'un nommé Stvers, probablement Hollandais, mouilla à la Baie des iles vers 1766. Cook explora en plusieurs voyages, d’une manière plus complète, un pays absolument inconnu jusqu'alors, et donna sur les mœurs des naturels et sur leurs habitudes générales un récit d'une vérité parfaite dans la majeure partie de ses points. Le premier voyage de Cook date du mois d'octobre 1769. Dans la méme année, Surville, navigateur français, découvrit la baie de Lauriston, devant laquelle passa Cook, qui la nomma sans la visiter Baie douteuse. Le marin anglais retourna explorer de nouveau ces parages en 1770 et en 1773. Les capitaines Marion et Crozet, Francais, mouillérent à la Baie des iles en l'année 1972. Depuis ce temps un grand nombre de navigateurs, et surtout les bâtiments destinés aux grandes pêches, vont y relâcher. Peu d'îles offrent une surface aussi morcelée, aussi déchirée que celles-ci. Leur étendue n'est qu'une suite de lanières étroites, coupées par des baies profondes, par des ilots innombrables, par des rivières qui se divisent à l'infini dans l'intérieur des terres, se joignent ou se perdent les unes dans les autres, et pourraient servir à établir des communications sur tous les points. Des montagnes élevées, mais ne tenant à aucune chaine
suivie, couvrent le pays, et la plupart paraissent d’origine ignée, formées de basaltes et de laves.
Les deux îles de la Nouvelle-Zélande furent appelées par Cook, celle du Nord Æaher no-mauwe, et celle du Sud Tawaiï poërnammou?, d'après les naturels, qui aujourd'hui, dans l'ile septentrionale du moins, ont adopté le nom de Nouvelle-Zélande, en le traduisant en Voui-Tirenk.
La plus grande partie de l'ile septentrionale est beaucoup mieux connue que l'ile méridionale; et diverses reconnaissances que les missionnaires ont poussées dans l'intérieur ont éclairci sa configuration.
Il n’en est pas de même de la portion Sud de la même île, et de toute l'ile gisant au Sud, dont on ne connait que quelques baies, visitées par les capitaines occupés à la pêche des phoques, qui y sont très-abondants. Cette dernière ile est moins peuplée que la premiere : ses habitants sont beaucoup plus féroces, et rarement ils laissent échapper l'occasion d'attaquer les pêcheurs qui débarquent sur leurs côtes. Leur climat est plus rigoureux, leur misère plus grande, leur vie plus précaire : aussi sont-ils en quelque sorte nomades. Les tempêtes semblent régner constamment sur cette contrée, demeure habituelle des phoques, des penguins et des autres oiseaux des hautes latitudes:
1 Cest É-ika-na-mauvi qu'il faut dire, ce qui signifie le poisson de Mauwi, nom indiquant sans doute l’abondance des poissons sur les côtes de cette île. Il est de fait que la pèche est une des grandes ressources des habitants pour leur nourriture.
? Tawai poérammou signifie chez les Nouveaux-Zélandais l'ile du poisson qui produit le jade vert. Les peuples paraissent nommer tawaÿi quelque grande espèce de baleine à laquelle ils attribuent la formation du beau Jade axinien, qui sert à
faire leurs casse-têtes et des objets de parure. Peut-être cette étymologie remontet-elle à d'anciennes idées mythologiques.
ZOOLOGTE. 407
Lile Nord est celle qui va un instant fixer notre attention. Elle s'étend depuis le 34° degré 10° de lat. S. jusqu'au 41° 35’. Son rapprochement du tropique du capricorne rend son climat plus tempéré, sa végétation plus active, les moyens de subsistance plus faciles à obtenir: aussi sa population est-elle plus nombreuse. Ses côtes sont remplies de baies vastes et commodes pour servir de ports, de criques, d'embouchures de rivières, de caps avancés et morcelés. La côte Est surtout n’est qu'une suite de déchirures, et d'ilots, qui y sont semés en abondance sur toute sa longueur. La côte Ouest, qui est tracée avec moins d’exactitude, semble être beaucoup moins morcelée. Cela tiendrait-il à ce que les tempêtes violentes qui soufflent une porc tion de l’année de l'Est, forcent la mer à creuser inégalement ses rivages ? Mais cependant la partie orientale n'est pas exempte des coups de vent del'Ouest, qui se succèdent presque sans interruption pendant l'hiver, et qui amènent cette longue houle permanente qui se déploie sans obstacle dans le canal qui sépare ces iles de la Nouvelle-Hollande.
L'extrémité la plus au Nord de l'ile, ou le cap Nord des navigateurs, porte le nom de Moure-Motou dans le langage des naturels. Les ilots nommés les Trois Rois par Tasman, gisant au Nord del'ile, sont nommés Manawa Tawr. La côte occidentale par 34° 51° présente dans sa partie la plus étroite, et comme étranglée, une montagne nommée Ohou-aura etune baie appelée Matapia par 35°. Sur cette côte, et presque vis-à-vis la Baie des iles, par 35° 30’ lat. S., est l'embouchure de la belle rivière de Shukeangha, où M. Marsden fit un voyage lors de sa tournée en 1519, et qu'il se crut autorisé à baptiser du nom obscur de Gambier. Les habitants des bords de cette belle rivière, où M. Marsden propose d'établir des missionnaires, sont doux, hospitaliers, intelligents et nombreux. Tels ils parurent du moins à M. l'évèque de la Nouvelle-Galles, sans doute parce
qu'ils lui demandèrent une église et un ministre, plus pour se procurer de la poudre et des mousquets, comme leurs voisins, que par envie de se convertir. On dépeint d’ailleurs le pays comme fertile, arrosé par un grand nombre de ruisseaux, qui serpentent dans de riches vallées. A l'Est de la rivière est le district de 7ïami, peu peuplé, couvert de plantes sauvages, mais habité par des hommes qui paraissent moins belliqueux que leurs voisins.
Par 36° 35° lat. S. est la baie de Xatpara, où se jette la rivière de Wai-roa. Par 37° est la baie de Manou-Kaou. Une rivière qui coule à l'Est semble se joindre à celle de Magoya, qui de la côte Est coule à l'Ouest. Cinquante-cinq milles plus au Sud est une baie nommée farkato. Le cap le plus occidental vers l’'extrémité du Sud se compose d'une éminence montagneuse élevée, et se nomme Puke e aupapa. La côte orientale est occupée, du Nord au Sud, par un grand enfoncement nommé W'aaroa ou Bay Sandy. La baie certaine se nomme Oudoudou. Par 35° 45" lat. S. est Wangaroa, baïe très-sure, à l'entrée de laquelle est l'ilot Motou-arotira. Des missionnaires y ont formé en 1822 un établissement. Les Cavalos, ilots semés à l'Est de W’angaroa, portent le nom de Motou-Kawa chez les indigènes. La vaste Baie des îles vient ensuite. Elle est placée, d’après les observaüons des officiers de la Coguille, par 35° 15° 16° 7° lat. S., et TALONS lon EMNaAnAL INSEE rs ar 55 Nelle tse nomme /piripi dans la langue des naturels. À l'extrémité Sud est le cap Brett, Motou-gogo. Ce cap se termine par une montagne dont le sommet est, dit-on, occupé par un petit lac. À quinze milles marins de Xiddi-Kiddr, au pied d’une petite chaine de montagnes, nommée Pito-motou-fenoa, est un lac nommé Omapéré.
Dans Bream bay sont les ilots en et Chickens ; les rivières de W'angharé et de #'anght viennent aboutir à la mer sur ce
ZOOLOGIE. 409 point. L'immense enfoncement qui s'avance au Sud dans les terres, et qui prend le nom de rivière 7ames, est rempli d'ilots; mais on y trouve cependant un excellent mouillage. M. Marsden rapporte que les chefs des villages, à l'Est et à l'Ouest, réclamerent la protection de la Grande-Bretagne; qu'ils lui parurent très-disposés à s'adonner à l'agriculture, et qu'ils sentaient les avantages d'un gouvernement régulier. L'ile Barrter est au Nord du cap Cobvill. La Nouvelle-Zélande de ce côté présente un vaste golfe, qui se termine au cap Est, lieu où l'ile présente une plus grande largeur. Le piton le plus oriental se nomme Wangaparaoa. Par 39° 27 est la baie de 7ko-maha, qui forme de la portion Est une sorte de presqu'ile, en s'enfonçant au Nord; tandis que le golfe où gisent les iles Puhia, Vocare, Motou-hora, se dirige au Sud. Le milieu de l'ile présente en cette partie un phénomène naturel très- curieux et très-intéressant. C'est un grand lac dont le centre est occupé par une petite ile verte nommée Mokora, située par 38° 45° lat. S. Ce lac peut avoir une étendue de vingt-cinq milles en longueur, sur douze de largeur. Un grandnombre de ruisseaux l’alimententdetousles côtés; mais sur son bord oriental, on trouve des sources d'eaux très-chaudes. Ce lac se nomme Aoto-doua, et a de profondeur 20 à 26 brasses, suivant quelques missionnaires; tandis qu'il a peu de fond, au dire de plusieurs naturels. Entre ce lac et la côte occidentale coulent deux grandes rivières.
Les roches qui forment le pourtour de la Baie des iles sont noires, brülées, et d'un aspect sombre. Elles sont fendillées dans tous les sens, et appartiennent au basalte écailleux passant à la phonolite. Quelques roches des côtes sont toutes rongées et parsemées de trous comme la surface d’une éponge. La mer, en jetant des galets qui se sont agglutinés, a formé sur quelques points des pouddings. La surface du sol est tres-mnégale, et les
montagnes n'ont point de chaines suivies sur le pourtour mor- Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie LL. ba
celé de la baie. Il n'en est pas de méme dans l'intérieur, où elles présentent une tout autre élévation. La couche de terre qui revêt les roches est argileuse, jaunätre ou rougeâtre. De larges veines de tuf rouge (péperite), que les habitants utilisent, la traversent en plusieurs endroits. Une deuxième couche de terre franche revêt la première, et celle qui est la plus superficielle se compose d'un excellent terreau, très-végétatif, très-meuble et très-noir. De nombreux volcans, dont les traces des éruptions sont récentes, existent sur plusieurs points de ces iles; et un entre autres, en activité il y a à peine deux années, git à environ cinquante milles de la baie Marion. Aussi trouvet-on communément des pierres ponces, et des masses d'une obsidienne ordinaire, nommée rnata, avec laquelle les naturels taillent leurs haches. Le lac Æoto-doua semble, même avec ses sources d'eau chaude, être le cratère d’un ancien volcan. Les environs de Xiddi-Kiddé offrent des coulées basaltiques remarquables, et la rivière de même nom : coule sur ces basaltes à un mille du village, et offre des chutes pittoresques et imposantes, retombant en nappes serrées sur des murailles formées de colonnes prismatiques. La cascade la plus majestueuse a environ 80 pieds d'élévation sur 60 de largeur; l'eau s'engouffre en formant d'épais brouillards dans le lit de la rivière, et les naturels croient qu'on ne trouve point de fond en cet endroit. La position rétrécie de cette gorge, le volume d’eau qui se précipite en murmurant, rendent ce site excessivement romantique.
Nous n'avons aucun indice du gisement du beau jade vert axinien, qui sert à fabriquer les patous-patous : il parait qu'on ne le trouve que dans un seul endroit de l'ile méridionale, près du détroit de Cook. Les habitants en faconnent des fétiches et
1 Kiddi-Kiddi, dans la langue des naturels, signifie chute d'eau.
ZOOLOGTE. ii
des armes, qu'ils vendent, ou qu'on leur enlève; et, par droit de conquête, ces objets se trouvent transportés dans toutes les parties de l'ile septentrionale. Ils ont aussi une substance minérale sous forme de poussière bleue de ciel, que les femmes emploient pour se faire des mouches, et qu'elles nomment paraéka-ouai-aoua ‘.
L'époque de notre passage n'était point favorable pour les herborisations. Le temps de la fleuraison était passé. La végétation, quoique active, n'était verdoyante que dans les ravins et dans les lieux humides. Sur les flancs des montagnes elle paraissait rougeatre, par le grand nombre de tapis épais et serrés d’une fougère haute de deux ou trois pieds (acrostichum furcatum , Forst.), assez analogue au pterts de France, dont les racines comestibles servent à la nourriture des Zélandais. Les formes végétales sont peu riches et peu variées. Elles s'éloignent de la pompe et du luxe de la végétation des iles intertropicales; elle n'a aucun rapport avec la tristesse et l’uniformité de celle de la Nouvelle-Hollande; elle se rapproche plus de l'aspect de celle du Chili. Quelques coteaux sont recouverts par des arbres moyens , assez analogues à l'olivier à feuillage grisâtre et triste. D’autres arbres, très-grands et d’une forte taille, bordent les baies sablonneuses, et forment d'épaisses fourrées, où croissaient une belle espèce de poivrier, quelques arbustes couverts de fleurs blanches. Les arbres, dans quelques lieux, étaient très-variés; mais malheureusement aucun ne pouvait nous offrir leurs caracteres. Les mousses et les fougères y sont très-nombreuses, et forment vraiment des tapis très-épais dans les bois humides et frais. Une entre autres a les feuilles arrondies, très-vertes,
‘ On na point encore eu connaissance d’aueunes mines. Il doit y avoir des gisements de fer, quoique les naturels ne possèdent aucun échantillon de ce métal natif. Il faudrait mieux connaître Pintérieur, et y faire quelques travaux, pour acquérir
des notions à ce sujet.
4r2 VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
portées sur un long pédicule partant de la tigeradiculaire, etdont la fructification occupe le rebord. Nous y observames plusieurs lichens, quelques petites plantes, qui ne faisaient qu'accroitre le regret de ne pas se trouver, à une époque plus favorable, dans un pays dont la botanique est aussi neuve qu'intéressante, et en général très-peu connue. Les coteaux présentent un petit arbuste à fleurs blanches, qui a le port d'une bruyère. Le phormium croit spontanément dans les lieux humides, et on le cultive auprès des cabanes. Nous ne trouvames aucun fruit comestible; car il est vraiment digne de remarque que toutes les terres australes en soient privées, à l'exception d'une sorte de prune bleuâtre, un peu charnue, sans saveur agréable, dont se nourrissent de gros pigeons qui les avalent sans les broyer. Une oxalis, une paquerette, furent les seules petites plantes en fleurs qui animaient les pelouses.
Le sol est tellement meuble, qu'une partie de l'ile est recouverte de végétaux utiles que les navigateurs y ont semés. Les naturels mêmes ont pratiqué quelques défrichements, et font cultiver la terre par leurs esclaves, qui la bêchent avec un instrument en bois, courbé et pointu à son extrémité. Ils y font d'assez grandes plantations de patate douce, végétal qui prospère dans ces climats.
Les productions indigènes qui rendent la Nouvelle-Zélande intéressante pour les Européens, ne sont pas susceptibles de former l'objet de spéculations commerciales dans ce moment ; mais plusieurs sont toutefois d'un haut intérêt, et seraient avan-
! Tout nous permet d’espérer que notre frère, M. Adolphe Lessox, qui à fait sur plusieurs points de la Nouvelle-Zélande un assez long séjour, et dans des circonstances plus favorables, avec l’expédition commandée par M. Dumont D'URvILLE, va enfin faire connaître en partie cette végétation mystérieuse, ignorée des sa-
vants de Paris. Le moment où l’Æstrolabe va revoir les ports de France ne peut être éloigné.
ZOOLOGIE. l13 tageuses sous plus d'un rapport à la marine et au commerce. Au premier rang des matières éminemmentutiles, nous devons nommer le lin ou phormium tenax * de Forster, qui croit abondamment dans tous les lieux bas et humides de ces deux iles, où on le nomme forari. On se rappelle les essais nombreux etles éloges encore plus grands dont a été l'objet, en France et en Angleterre, cette substance textile qui unit la beauté des filaments à une souplesse et à une force supérieures à celle du chanvre et du lin. Les Anglais ont tellement senti les avantages de cette plante vivace, qu'ils ont tenté plusieurs moyens pour se l’approprier. Ils ont cherché à l’introduire à la Nouvelle-Galles, et elle décida en partie l'établissement qu'on fit sur l'ile de Norfolk, fertile d'ailleurs, et sur laquelle on espérait retirer en outre d'excellents bois de mâture (pin de Norfolk). Les dangers de l'attérage portèrent seuls à abandonner cette ile, sur laquelle le souvernement a de nouveau l'intention d'envoyer des convicts, après avoir fait sauter quelques rochers nuisibles qui s'opposent à l'entrée d'un petit havre abrité. Des navires vont de temps à autre prendre à la Baie des iles des chargements de cette matière filamenteuse ; et deux officiers (M. Cowel et le capitaine Irvine) ont de nouveau et récemment fait des expériences sur les avantages dela culture du phormium à la Nouvelle-Galles du Sud.
L'intérieur de la Nouvelle-Zélande produit surtout des bois qui seraient précieux pour la construction maritime, et même pour la mâture. Leur taille immense, la solidité et la dureté de plusieurs, les rendraient tres-propres aux divers emplois économiques. Ces arbres ne se trouvent que dans les ravins profonds éloignés des rivages, où ils forment des forêts épaisses. Les vé-
! Les racines du phormium sont très-amères, et les femmes s’en servent pour sevrer leurs enfants, en s’en frottant le bout des seins. Les jeunes tiges sont
pleines d’une eau sirupeuse, consistante, que les Zélandais aiment passionnément.
gétaux ligneux qui croissent sur les côtes, surtout les oliviers, ne sont propres qu'à donner un très-bon bois de chauffage. Les Anglais vont de temps à autre chercher des esparres dans la Baie des iles pour le besoin du Port-Jackson, et même pour l'Angleterre.
Les rafraichissements que les navires baleiniers sy procurent, font préférer à plusieurs cette relâche à celle de la Nouvelle- Galles, où ils paient des droits élevés d'ancrage et de pilotage, et les vivres fort cher. Pour des échanges, ils obtiennent des habitants des cochons en assez grande quantité. Les naturels vont les chasser dans les bois avec des chiens. L'espèce est la méme que celle qui est répandue dans les autres îles de la mer du Sud, et nous la croyons originaire de ces iles, quoique, suivant l'opinion de quelques auteurs, elle y aurait été portée par les Européens. Le nom de porka, que les habitants ont conservé, semble en effet démontrer cette origine. Les Zélandais mangent fort peu de cette espèce de viande, à laquelle ils préfèrent la chair humaine, et même celle des chiens, dontils se régalent dans leurs réjouissances domestiques. On trouve aussi dans le pays, et à profusion, plusieurs sortes de patates douces, des pommes de terre, quelques poules, du poisson excellent. Depuis l’établissement des missionnaires, on peut se procurer chez eux de la farine, des légumes secs, et quelques autres provisions.
Diverses plantes potagères herbacées servent d’ailleurs de rafraichissement utile aux équipages, telles que le céleri, les choux, les radis, la laitue, et même l'ail, très-commun sur la petite ile Marion.
Les animaux qu'on doit signaler dans le pays sont peu nombreux. Le cochon, soit qu'il y soit naturel, ou qu'on l'y ait porté, puisque Cook dit n’en avoir pas vu, est, avec le chien et le rat, les seuis qu'on puisse citer comme propres aujourd'hui à l'intérieur du pays. Les chiens sont de grande taille, et ressemblent
au chien loup; leur pelage est long, communément noir et
blanc. Leurs oreilles sont courtes et droites; ils n’aboiïent point. Les naturels mangent leur chair, en font leurs compagnons assidus, et les chefs shabillent avec leur peau. Les missionnaires y ont introduit des bœufs, des vaches, des chevaux et des moutons. Les phoques sont excessivement communs sur les côtes de l'ile Sud principalement, et donnent lieu à des pèches lucratives de la part des armateurs du Port-Jackson.
L'ornithologie de l'ile septentrionale de la Nouvelle-Zélande est fort intéressante, et doit fournir des découvertes futures aux voyageurs qui pourront y séjourner plus long-temps que nous ne l'avons fait. La plupart des espèces qui habitent ces contrées, situées aux antipodes de la France, ont toutefois été décrites par Latham dans le supplément à son General synopsis et dans son /ndex. Nous nous bornerons à citer celles que nous avons rencontrées, et sur lesquelles nous pourrons ajouter quelques détails descriptifs.
Dans les passereaux, nous placerons au premier rang le tour ou philédon ! à cravate frisée, le poé bird de Cook, que les singularités de son plumage rendent remarquable, et que les Zélandais ont déifié. M. de Blois de la Calande en tua plusieurs individus pour les collections du Muséum ; car ce bel oiseau est assez commun sur les bords de la Baie des iles. Le martin-pécheur, poukeko , était également vénéré.
Le wra-oua-ké, pl. XXHIT, fig. 1, ccterus novæ-zelandiæ, N.
1 C’est le polochion kogo, philemon circinnatus, de M. Vrrirror : ce nom de #ogo, qu'on dit usité à la Nouvelle-Zélande, nous est inconnu; car les naturels l’appellent exclusivement toui. Cet oiseau, élevé en cage, apprend aisément à répéter
le rondeau suivant :
Ko tu koë, Ko rongo koe ; Ko te Manou widi,
Naou mat ; etc., etc.
est gros comme un merle. Son corps est entièrement noir, hormis sur le dos, où il a un manteau de couleur rouge-brun. Le philédon {oko-t-mako * a le plumage olive uniforme, relevé par des reflets métalliques de fer spéculaire sur la tête, et le bec et les pieds noirs. Les philédons, par leur ressemblance avec les merles, semblent être leurs représentants dans les régions australes, et forment pour ces climats une famille naturelle et géographique, très-caractérisée par la langue terminée en pinceau. Peut-être ne doit-on pas distinguer du philédon Duméril, un oiseau de la taille du grimpereau commun, dont la teinte est olivâtre, les pennes des ailes brunes, et le derrière de l'œil taché de blanc. Une petite touffe de plumes jaunes est vis-à-vis le pli de l'aile, et le bec et les pieds sont bruns. Le gobemouche to-t-toe est de la taille d'une alouette, brun-cendré, grisatre en dessus, à ventre blanc. La moucherolle pi-oua-kaoua-ka est brunâtre supérieurement ; un point blanc se dessine au-dessus de l'œil; la gorge est brune, le ventre roux, la queue très-longue, brune et blanche.
La moucherolle t0-/-t0é est de la taille de la mésange bleue ; elle a le front blanc, les plumes dela tête et du cou d’un beau noir, le ventre blane. Les ailes sont brunes à couvertures blanches, ainsi que le milieu des pennes. La queue noire et blanche, les pieds sont bruns, et le dessous des doigts de couleur aurore. Elle est figurée pl. XV, fig. 2 de l'Atlas.
Le traquet queue-gazée, nommé matata, a le bec et la taille de nos alouettes. Son plumage est roux en dessus, flammé de brun, blanc sur le ventre et flammé de noir. La queue est lon-
gue, composée de plumes à barbes pinnées, plus longues en : Nous avons figuré cette espèce sous le nom de philedon Dumerili, pl. XXI, fig. 1. Depuis, nous avons retrouvé sa description et sa figure dans le Manuel
d'histoire naturelle de Blumenbach (t.1, p. 209, pl. XIV, traduction francaise), sous le nom de certhia sannio, et toutes les deux fort imparfaites.
ZOOLOGIE. | 417 dedans de la tige; les pieds sont roussâtres, l'iris est brun. Un pouillot, nommé didadido, de la taille du roitelet, est vert-olive clair sur les ailes, dont les pennes sont brunes ; la gorge est grisàtre pale, le ventre blanc. Un fringille, nommé {0-/-to-r, est de la grosseur d'un moineau. Le ventre, le cou et la tête sont de couleur gris-blanc; le dos et les ailes sont roussâtres, les rémiges brunes, bordées de jaune. Le bec et les pieds sont noirs. Une alouette, pi-o-ote, est peu différente de l’alouette des prés d'Europe.
Les perroquets ne nous ont offert que trois espèces : le faka à plumage gris-brun et roux avec de faibles teintes de rouge sombre. Les plumes du ventre sont brunes-fauves, terminées ge carminé.
$ La perruche po-e-téré est grosse comme celle d'Alexandre.
par un bord rou
S le front est rouve, ainsi que deux moustaches derrière l'œil : le fo)ra9) I 2
Son plumage est d'un vert pré agréable, les rémiges sont bleues ;
ventre est d’un vert jaune, et la queue, étagée, est médiocrement longue. Le demi-bec supérieur est blanc. C'est le psittacus novæzelandiæ de Sparrman (pl. XX VIIT du mus. Carls.), ayant pour phrase : Ps. viridis, sincipite, macula sub-oculari et hypochondrtis cocciners.
Une deuxième espèce de perruche, aussi nommée po-é-tére, ne parait être qu'une variété de la précédente, dont elle diffère par sa taille de moitié moindre. Le front est égale-
® Le perroquet #aka est le psittacus australis du Lev. Mus., et le ps. meridionalis de Gm.; Lara le nomma ps. nestor, en lui donnant pour phrase : Fuscus, capite incano ; collo inferiore castaneo, uropygio crissoque castaneo rubris. Nous avons possédé cette espèce vivante, et notre individu avait appris deux strophes d’une ode zélandaise fort ancienne, qu'il récitait sans se tromper. Il mourut dans la traversée, et sa dépouille orne maintenant les galeries du Muséum, où elle ne se trouvait point. Le nom de #aka, que nous conservons à ce perroquet, est celui qu'il porte parmi les Nouveaux-Zélandais.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom, I, Partie II.
Ct Co
ment rouge; mais le dessus de la tête a une calotte jaune, et derrière les yeux les deux taches rouges manquent. Le plumage du corps offre la même teinte que la précédente. Le martinpécheur kotare-popo est notre halcyon vagans. Sa gorge est blanchâtre, ainsi que le ventre, qui est parfois fauve. La tête est d'un vert brun; un collier blanc et quelquefois roux entoure le cou : le dos, le dessus de la tête et des ailes sont d’un vert brunàtre, peu éclatant; mais les teintes de son plumage sont trèsvariables. On trouve dans les bois assez communément le beau pigeon de la Nouvelle-Zélande, à bec et pieds d'un rouge de carmin, et dont la gorge, le cou et le dessus du corps et de la queue sont revêtus de plumes brillantes d’un vert doré, à reflets de cuivre de rosette, plus éclatant sur les ailes; le ventre est d'un blanc pur’.
Les naturels nous parlèrent fort souvent d’un oiseau sans ailes, dont ils apportèrent des débris, qui nous parurent être ceux d'un émiou; M. Kendall nous confirma dans cette pensée, en nous affirmant l'existence de casoars analogues à ceux de l'Australie dans les bois de la Nouvelle-Zélande, Les naturels chassent ces oiseaux avec des chiens, et les nomment Æzkzkzvr. Nous ne doutons point aujourd'hui que ce ne soit l'apterix australés de Shaw, figuré pl. M LVIT et M LVIIL, du 24° volume de ses Mélanges”.
grand ouvrage sur les pigeons, et la co/umba spadicea de l'Index (t. IT, sp. 7 ); LATHAN, dans son Synopsis ( page 375 du supplément }, la nomme chesnut- shouldered
pigeon.
? Le genre apterix est ainsi caractérisé :
1 Cest la colombe géant figurée par M. Temmincx à la planche 1" de son
Bec, long, grèle, très-droit, recouvert à la base d’une cire, marqué de chaque côté par une longue rainure longitudinale, est souvent renflé et légèrement recourbé; narines? linéaires, peu apparentes, situées près la pointe du bec; ailes rudimentaires,
ne consistant qu'en une seule articulation ou doigt, long d’un pouce et terminé
… Les palmipèdes sont abondants, surtout les longs voiliers qui nichent dans les rochers de la côte, tels que l'albatros, que les naturels nomment toroa, tandis qu'ils désignent sous le nom toréa un pluvier. Les manchots peuplent les côtes méridionales des deux iles. Nous tuames plusieurs de ces grands stercoraires orisätres, flammés de brun, si communs au Port-Jackson. Les Zélandais appellent ces oiseaux /0-7-ho.
La Baie des iles est remplie, surtout lorsqu'il y règne des tempêtes, de fous d'une blancheur éblouissante, à extrémités des ailes d'un beau noir; de mouettes, nommées akr-aki, de taille médiocre, à bec et pieds rouges; le ventre, le cou, la tête et la queue sont d'une blancheur éblouissante, tandis que les plumes des ailes et des couvertures du dos ont une teinte gristendre ou glacé fort agréable. Les pennes sont noires avec leur extrémité blanche; l'iris est blanc.
Près de Kiddi-Kiddi, on prit plusieurs hirondelles de mer, appelées tara. La taille de cette espèce (sterne à bec notr) est de moitié moindre que celle d'Europe; elle a une calotte noire, le bec et les pieds noirs, la gorge et le ventre blanes, le dos et les ailes d'un gris tendre, Le genre cormoran nous a offert ge noircendré sur le corps, et grisätre sous le ventre. La seconde”, de même taille, a la gorge et le ventre d'un blanc de neige. La membrane de devant l'œil est divisée en deux portions colorées
en jaune vif et en bleu céleste. Le dessus du cou, de la tête
trois espèces. La plus grande, £a-oua-ho', a le pluma
par un petit ongle; tarses, courts, robustes, forts, gallinacés, et tétradactyles; le pouce, interne, très-court; queue nulle.
Apterix australis, griseo ferruginea; rostro pedibusque fusco-flavescentibus. La seule espèce connue du genre.
1 Cormoran commun.
2 Cormoran monogramme,
et du dos est d'un brun cendré. Les pieds sont noirs. La troisième espèce, plus petite, a présenté la même distribution de couleurs dans le plumage :.
Les échassiers se composent d'un crabier gris, nommé mnatoucou, remarquable par une raie blanche sur la gorge, et d'un pluvier à collier, dont les nuances diffèrent à peine de celui d'Europe. Nous ne rencontràmes point le pelecanus punctatus, que Sparrman à figuré dans la planche X de son premier fascicule du Museum Carlsonianum, et qu'il avait rencontré dans le détroit de la reine Charlotte. L'ichthyologie nous a procuré quelques espèces remarquables, et les naturels apportaient à bord, principalement, une petite clupée, nommée moë, un caranx, un rouget, quelques labres, une baliste, un grondin ou trigle volant rouge à ailes vertes, nommé £oumoukoumou, un uranoscope ponctué, appelé fouripou-a, un hippocampe, nommé #:o-ré, et quelques espèces d’eau douce.
Nous n'avons point vu de reptiles, excepté un petit scinque. Nous avons recueilli en crustacés une crevette, un grapse peint, une belle langouste, nommée kora, etc. ; en zoophytes, un oursin spatangue, nommé ekzna, deux astéries. Nous ne rencontrames aucun insecte, ni lépidoptère, ni coléoptère.
Les coquilles des côtes de la Nouvelle-Zélande sont recherchées par la rareté de certaines espèces : toutefois la Baie des iles est peu féconde. Cependant quelques personnes en ramassèrent jetées sur les grèves sablonneuses de Motou-roou. On peut sy procurer l’haliotide australe (k. australis, Gm.), paoua des naturels, dont les habitants apportaient des paquets enfilés ; un turbo brun, koramo; une calyptrée très-petite; la patelle rayonnante (patella radians, gaki ); une vénus; une came, nommée st-ouoyé, que les naturels consomment pour leur nourriture. Nous
! Cormoran à bec court.
ZOOLOGIE. 4at, n'y vimes point la parmaphore australe, la térébratule rouge (terebratula sanguinea, Leach.), l'arrosoir de la Nouvelle-Zélande Caspergillum novæ-zelandiæ), le latire orange (murex filosus, Lamk.), que les auteurs y indiquent. Sur les rochers on rencontra quelques individus du beau trochus imperator.
M. de Blosseville nous apporta quelques petites coquilles fluviatiles de la cascade de Xiddi-K'iddi, et M. Gabertnous donna un gros bulime nouveau, qui est très-voisin du bulime à bouche rose (b. hœæmastomus) du Brésil. Une curieuse espèce de pollicipes est implantée sur les récifs de la côte, où se trouvent des polypiers opuntia, nommés folimous-limou, et que recouvrent des tuyaux de serpulaires, appelés dans le pays patouka touka, etc.
Pendant notre relàche à la Baie des îles, dont la durée fut de quatorze jours complets, le temps fut alternativement serein, ou très-couvert et pluvieux, et la température agréable, mais froide lors des grands vents et de la pluie.
Le 3, les vents soufflèrent de l'Ouest-Nord-Ouest, de l'Ouest, passant à l'Ouest-Sud-Ouest, à Sud-Sud-Ouest, d'une manière inégale. La journée fut très-belle. Le 4, il y eut calme parfait, avec un temps superbe. Le 5, les vents passèrent à l'Est-Sud-Est; mais ils soufflèrent faiblement, en variant de l'Est-Nord-Est à l'Est-Sud-Est. Le ciel fut couvert; les nuages se dissipèrent, et le soleil brilla. Ce temps dura pendant les journées du 6, 7 et 8, où les brises furent modérées de l'Est, et fréquemment interrompues par des calmes. Le 10 au soir, le temps devint sombre, et, pendant les trois journées suivantes, il fut excessivement mauvais. Le vent souffla de l'Est, grand frais, par rafales extrèmement violentes, et, dans leurs intervalles, la pluie tombait à foison. Les nuages couvraient les sommets des montagnes , et chassaient avec force. Le 14, le vent se calma au soir, et le ciel s’'embellit. Les trois journées suivantes furent très-
belles, le vent calme ou soufflant modérément de l'Ouest. Le 17, nous appareillâmes avec une bonne brise de Sud-Sud- Ouest.
Le baromètre à midi se soutenait à 28° 2, 3, terme moyen; lors de la tempête 1l descendit à 27, 10, 0. Il ne différait point sensiblement pendant la nuit.
Le thermomètre à l'air ne dépassa point 23°; il se maintint habituellement à 19, 20 et 21; le plus bas qu'il descendit est 18°. La température de l’eau, à midi, fut une seule fois à 23°; elle était assez analogue à celle de l'air, ou d'un degré au-dessous, et, à minuit, elle offrait un degré moindre que dans le jour.
L'eau douce abonde sur tout le pourtour de la baie, où des rivières se perdent dans chacun des enfoncements : la plupart de ces rivières sont petites et coulent sous forme de ruisseaux. Quelques-unes sont assez larges et ont un cours étendu, mais non navigable, à cause des chutes qui l'interrompent, telles que celle de Xiddi-Kiddi. Dans la portion orientale de la grande baie Marion, où nous étions mouillés, l’aiguade était très-éloignée et d'un difficile acces. C'était un large ruisseau se perdant non loin d'un petit village fortifé. Les ilots qui sont épars sur la côte orientale possèdent-ils de l’eau douce? On doit le supposer; car plusieurs sont habités, et c'est sur la petite ile de Motou-arohia qu'est bâti l'Hippah de Motou-Kaourti. Les ravins recèlent fréquemment des chutes d’eau, qui sont formées par les pluies, et qui tarissent lorsque le beau temps se prolonge pendant quelques jours; toutefois les sources sont plus abondantes dans les portions méridionales et occidentales de la Bate des iles que dans la partie orientale.
La mer est généralement belle par les temps ordinaires, lorsqu'on est mouillé en dedans des petites îles, et que le vent arrive de l'Est, de l'Ouest ou du Sud. Mais elle est fortement
houleuse lorsqu'il vient à venter du Nord; elle brise alors avec force sur les rochers du pourtour de ce port immense : mais lorsque le vent souffle par rafales, de quelque partie que ce soit, la surface de la baie est très-agitée.
On peut aisément débarquer sur les plages de sables qui dessinent le fond des anses et les diverses criques : elles sont aussi très-propres à la pêche avec la senne.