ILE D'OUALAN OU STRONG
(Du 5 juin 1824 au 15 du même mois. )
L'ile d'Oualan, car c'est ainsi que les naturels nous nommèrent la terre qu'ils habitent, qu'entrevit en 1804 le capitaine américain Crozier, a dù, par la position qu'elle occupe sur les anciennes cartes, être confondue avec les iles Teyoa et Hope de quelques navigateurs; elle git par 5° 21° 32” de latitude Nord, et 160° 48° 22° de longitude orientale. La variation de l'aiguille aimantée est de 8° 50° au Nord-Est.
Oualan ne semble point faire partie de la longue suite d'iles nommées Archipels des Carolines, qu'elle sépare du groupe des Mulgraves : elle présente une exception remarquable, au milieu des pâtés de corail à peine élevés au-dessus des vagues dont elle est entourée de toutes parts, par les montagnes qui la couronnent, La direction de cette ile va du Nord-Est au Sud-Ouest, et son étendue ne dépasse pas vingt-quatre milles de circonférence. Une épaisse barrière de corail lui sert de ceinture extérieure, et quelques motous verdoyants, ou ilots de madrépores boisés, se dessinent en avant de la partie méridio-
nale. Sa surface, peu étendue, se trouve donc partagée par les pitons aigus et déchirés des montagnes volcaniques qui la composent en entier, Ou par les ravins et les vallées qui en séparent les petites chaînes. Partout s'étend une végétation fraiche et pressée, et un rideau de hauts mangjliers lui ie une bordure de grands arbres verts croissant avec vigueur dans l’épais limon que dépose sur les rivages le mélange des eaux de la mer avec les eaux douces.
Dans cette ceinture de récifs qui entoure Oualan, et dans son épaisseur, qui n'est pas moindre en certains endroits d'un mille, on ne trouve que quatre ou cinq petits havres, dont deux seulement nous parurent propres à recevoir et à abriter des vaisseaux d'un faible tonnage. Le port de Lelé, ou baie de Pare des naturels, est le plus spacieux : mais, bien que protégé à l'Ouest, il ne pourrait point ètre fréquenté sans danger, à cause de l'unique ouverture qu'il présente à l'Est; car cet étroit canal, taillé au milieu de récifs sur lesquels les vagues déferlent avec violence, est directement soumis à l'influence des vents régnants, au moins pendant la mousson, c’est-à-dire que les brises de l'Est permettraient à un vaisseau d'y entrer vent en arrière, mais seraient un obstacle puissant à ce qu'il pût en sortir, puisqu'il serait impossible de louvoyer dans cette passe dan reuse par son étranglement.
oe
Le port dans lequel nous mouillàmes sur la partie occidentale de l'ile reçut le nom de //avre de la Coquille ; il est vaste, quoique encombré de banes de coraux dans son intérieur, et sa direction est au Nord-Est. La mer y est calme et paisible comme dans un étang; et pendant la durée de notre séjour; le vent ÿ soufflait à peine : le mouillage d’ailleurs y est sûr, et lorsque l'ancre ne tombe point sur quelque bouquet de coraux, elle trouve un fond de vase noire tenace.
Quelques petits ilots, dépendants de l'ile principale, ex-
haussés au-dessus de la surface de la mer et très-verdoyants, forment cà et là des sortes de caps avancés, qui ne tiennent à l'île principale que par des bancs de coraux en partie submergés. Le plus remarquable de ces ilots est celui que les naturels nomment Lélé, et où, par des motifs qu'il nous serait difficile d'expliquer, ils ont placé le village où résident le roi et la principale noblesse du pays.
Dans l'intervalle des dix jours qui s'écoulèrent dans le havre de a Coquille, les vents soufflèrent presque constamment du Nord-Est, de l'Est-Nord-Est, du Nord-Nord-Est; mais les brises étaient légères et assez souvent interrompues par le calme le plus profond. Dans les moments où l'air n'était point agité, la chaleur se faisait apprécier par une sensation pénible. Nous éprouvâmes toutefois des averses pluviales violentes, mais de courte durée; la pluie tombait ordinairement à la suite de quelque légère rafale. Le plus souvent les grains étaient attirés par les sommets des montagnes, et se précipitaient par suite dans les vallées inférieures. Si nous en jugeons par la fraicheur et par les belles proportions de la végétation d'Oualan; par l'abondance des sources et des ruisseaux qui en arrosent la surface; par la profonde humidité du sol, nous en conclurons que la saison des pluies doit y être de longue durée. Le baromètre à midi était fixé à 28 pouces; un seul jour il descendit à 27° 11° 8. Le maximum du thermomètre à midi et à l'ombre fut de 31° 4”, et le minimum ne fut pas au-dessous de 27° 8”. La température de l'air à minuit se maintenait régulièrement à 28° 2”; celle de l’eau à la même heure n'en différait que par un degré au-dessous. En général, les jours étaient excessivement chauds, et de cette chaleur mordicante si peu convenable pour le corps humain. Les nuits étaient pures et sereines; mais vers quatre heures du matin, on éprouvait une sensation vive de
fraicheur et d'humidité.
Voyage de la Coquille. —Z. Tome I, Partie II. 54
Les montagnes dont l'ile d'Oualan se compose en entier sont, ainsi que nous l'avons dit, élevées et déchirées. De prime abcrd, il est aisé de s'apercevoir qu'elles doivent leur origine à des irruptions volcaniques, et les murailles basaltiques qui hérissent leurs flancs viennent par suite en fournir la preuve. Le piton le plus élevé de l'ile a 678 mètres de hauteur; il s'élève vers le gu. La seconde montagne en hauteur est, non loin de la première,
terminée par deux pitons accolés. Une vallée profonde, étroite,
ciel comme un cône solitaire que termine un sommet ai
sinueuse, traverse l'ile en entier, et l'isolerait complètement en deux portions, si elle n'était interrompue par une chaine de 106 mètres d'élévation, qui se prolonge dans la partie Nord après s'être dirigée du Nord-Est au Sud-Ouest. Dans cette vallée, ainsi que dans plusieurs autres gorges qui se dessinent sur la petite surface d'Oualan, les indigènes ont bâti leurs cabanes et placé leur culture. Ces vallées, sans cesse enrichies du détritus végétatif des montagnes, arrosées par des sources limpides et fraiches, sont d'une fertilité peu commune ; partout y croit, et en abondance, la canne à sucre à l’état sauvage. Les flancs des montagnes qui les bordent sont roides et abruptes, et les pitons qui les dominent sont tellement escarpés, qu'ils nous parurent inaccessibles.
La chaleur solaire vaporisant sans cesse une grande masse d'eau que les montagnes attirent et dont la végétation s'alimente, il en résulte ce grand nombre de ruisseaux dont les eaux fraiches et limpides descendent de toutes paris des mon-
tagnes, se creusent des lits étroits qu'ombragent des arbres vigou-
reux, ou dont le cours entravé par quelque obstacle s'enfle et retombe sous forme de petites cascades sur des lits de galets. Ces ruisselets sont tellement nombreux qu'ils forment dans les vallées, en se réunissant ou en se divisant, des ruisseaux qui com-
posent à la fin de petites rivières, qui portent à la mer leur tribut,
en s'ouvrant un passage sous la voute touffue des mangliers et dans la couche épaisse de limon répandu sur la côte. Ces rivières n'ont à leur embouchure que trois pieds d’eau, et un à deux pieds dans le reste de leur cours. L'eau et la chaleur étant les deux principes de la fertilité du sol, il en résulte que peu d'iles, sous ce rapport, pourraient l'emporter sur Oualan; mais la petite surface de cette terre, perdue au sein des mers, la garantira de la convoitise des nations européennes, et, pendant long-temps encore, sa fécondité ne sera appréciée que par les paisibles insulaires qui l'habitent. Cà et là sur quelques points des côtes s'étendent de longues plages sablonneuses, que bornent en avant de larges plateaux réguliers de madrépores. La nature des roches dont sont formées les montagnes, que les habitants nomment Aol!, est trachytique et basaltique. Leurs haches sont tirées de cette dernière matière, ou parfois d'obsidienne, Mais comme la végétation se trouve partout également pressée, partout également épaisse, le trachyte ne parait à nu que dans quelques endroits. Sur les côtes se rencontre abondamment du corail spathisé, que les habitants utilisent pour en faconner des instruments à leur usage. Partout ailleurs les récifs sont entièrement madréporiques, et tassés fréquemment par blocs énormes que les vagues ont brisés.
Les végétaux propres à cette île sont peu variés, quoiquils n'aient pas laissé le plus petit espace sans avoir pris racine sur le sol de glaise, uni à une grande proportion d'humus et de terreau noir et meuble, qui couvre d’une enveloppe superficielle l'ossature de cette ile. Comme les montagnes sont peu élevées, il en résulte que les herbes des vallées se sont propagées jusque sur les montagnes; et peut-être serions-nous peu loin de la vérité, en ne portant qu à une centaine les plantes qui composent l'ensemble de la végétation d'Oualan. À l'époque de notre séjour, en juin, à peine vingt d'entre elles se trouvaient en fleurs. Les
caractères distinctifs de cette végétation ne s’éloignent point de ce qu'on observe dans les îles de la mer du Sud. On remarque cependant que déja des végétaux des Moluques et des Philippines se sont avancés à l'Est, sur le groupe des iles de Palaos et des Carolines hautes jusqu'à Oualan.
Les marchanties, les jungermannes et les fougères couvrent les troncs des arbres, les pierres nues et humides, le sol frais et ombragé. Ces dernières sont surtout remarquables par la variété de leurs espèces et par l'élégance de leur port. Quelques-unes, dont le stipe est droit et élancé, se couronnent de faisceaux de feuilles gréles et découpées. Les graminées, et en général les menues herbes, ne viennent point dansles bois, où les cimes des arbres ne leur permettent point de croitre ; mais on les observe seulement dans les vallées, unies à des jones, à l’arum-chou et à la canne à sucre, qui s’y trouvent à l’état sauvage.
Le bananier à petits fruits et textile (musa textilés, Lesch. abaca aux iles Philippines) et l'arbre à pain à châtaignes s'élèvent dans toutesles fourrées, jusqu'aux crêtes les plus abruptes des montagnes, en s’unissant à une sorte d'arec élégant et de clathée découpée. L'hibiscus à feuilles de tilleul constitue les buissons, où apparaissent cà et là l’ortie argentée, une malvacée à fleurs jaunes, et que surmonte le Baringtonia, l'inocarpe édule, le morinda à feuilles d'oranger, qu'enlace le liseron pelté à larges feuilles cordiformes. Dans les gorges des vallées, croissent en abondance un ocymum, une espèce de cucurbitacée , un poivrier, un pancratium, un gouëét arborescent, des maranta, des orchidées. Sur les bords de la mer et au milieu des sables maritimes, percent divers pandanus, le scævolia lobelia, un vitex, etc. Les vases limoneuses du pourtour de la baie servent de sol à deux espèces de mangliers, dont une acquiert jusqu’à 60 à 70 pieds d'élévation , et on y trouve en abondance un pal-
ZOOLOGIE. 12e mier humile, à fruits agglomérés, que nous ne sumes à quel genre rapporter.
Les plantes alimentaires spontanées, jetées sur le sol de cette petite ile, sont vraiment multipliées à profusion : aussi les habitants d'Oualan n'ont point d'autre régime que celui des fruits. Il est possible qu'ils doivent à ce genre de diététique leurs habitudes molles et leurs mœurs douces et inoffensives. Cependantles cultures qu'ils ont établies autour de leurs cabanes témoignent une industrie plus avancée, sous ce rapport, que celle des autres insulaires de la mer du Sud du rameau océanien. Le cocotier est placé autour des villages, tandis que la canne à sucre est soigneusement plantée par carrés réguliers non loin des demeures des naturels; et chaque tige, sarclée avec soin et débarrassée des mauvaises herbes, est soutenue avec de longs piquets. L'arum lui-même, qui fournit le {aro, est cultivé dans les lieux humides et le long des ruisseaux. Enfin, à ces soins de culture de première nécessité ne se bornent point ceux que les naturels prennent de leurs végétaux nourriciers. Ils n'ignorent point l'horticulture, ou l’art de soigner les fleurs, qui, par leur éclat ou leur arome, contribuent à l'agrément de ceux qui en prennent soin; et leurs demeures sont embellies par des entourages de plantes d'agrément, telles qu'une belle espèce de maranta à panicules roses et à feuilles largement nervées, dont les tiges genouillées sont maintenues par des baguettes enfoncées dans le sol.
Le fruit le plus utile comme matière premiere de la vie est celui de l'arbre à pain, que ces peuples nomment mosse, quand c'est l'artocarpus integrifola, variété sans semences qui le produit; ou mosse soucossa, quand son intérieur est rempli de grosses châtaignes. Cette dernière espèce est d’ailleurs beaucoup plus abondante que la première, et est la seule qui puisse croître sur la longue suite des iles basses des Carolines. La canne à
sucre, qu'ils appellent £a, et qui pullule partout comme un gramen inutile, acquiert, par la légère culture qu'on lui fait subir, des proportions considérables, et se remplit d'une sève sucrée très-abondante. Les bananiers y comptent plusieurs variétés, presque toutes médiocres sous le rapport de la bonté du fruit. Une seule, ou la figue banane, est estimée par les habitants, qui lui donnent le nom de oune. Mais la variété la plus abondante, celle qu'ils nomment oune kalasse, est remarquable par de trèsgros fruits, dont la chair est d’une couleur de safran très-vive. Nous ne rencontrames nulle part ailleurs cette sorte de banane très-productive, qu'on ne peut manger que cuite, parce que sa chair est excessivement âpre, et qui jouit de la propriété fort singulière de teindre, instantanément après son ingestion dans l'estomac, les urines en jaune safrané intense. On appelle 710naka aussi bien les racines du chou caraïbe que celles de l'arum arborescent (arum macrorrhizon). La fécule nutritive de ce dernier végétal est baignée par une sève âcre etéminemment caustique; nous essayàmes en vain de l'en débarrasser par de nombreux lavages et par des ébullitions répétées. Chaque fois que nos matelots y touchèrent, il en résulta pour ceux qui osèrent en mettre quelque fragment dans leur bouche, des inflammations de la gorge qui persistèrent pendant un certain temps. Les habitants d'Oualan attachent un sens emblématique à la fleur de cette aroïde, qu'ils nomment oune Ketaque, et qu'ils fixent dans les trous de leurs oreilles à l'époque où la fécondation fait développer au fond de la corolle une chaleur considérable et très-sensible au simple toucher, qu'accompagne une suave odeur d'iris de Florence. Le cocotier, ou nou, n'est point très-abondant sur les rivages de cette ile; ce n'est guère qu'autour des cabanes des chefs qu'on en voit quelques pieds réunis : aussi les naturels ont-ils en grande estime les noix de ce précieux palmier. Ils donnent à la coque ligneuse le nom de for, à la chair celui
ZOOLOGTE. 43r de quano, au lait émulsif celui de sano, enfin au brou filamenteux le nom de kaké. Le hi, ou inocarpe à fruits édules, jonche le sol de ses châtaignes, dont les habitants semblent ignorer le bon gout. Ils ne paraissent pas non plus faire le moindre cas des cônes charnusdu morinda citrifolia, ni d'une sorte de pomme de terre rugueuse qui se développe aux entre-nœuds des tiges d'une plante grimpante autour du tronc des grands arbres.
De grands et de beaux citronniers et orangers affectaient un port trop robuste en certains endroits de l'ile pour que nous ne les regardiôns pas comme indigènes à Oualan. Les habitants, d’ailleurs, les nomment 7neozasse ; et comme leurs tiges n'ont jamais recu le bienfait de la greffe, leurs fruits, excessivement amers, ne sont propres à aucun usage. La seka, ou schiaka, boisson fermentée, analogue à l'ava des Océaniens, se retire, comme cette dernière liqueur, des jeunes tiges broyées d'un poivrier. C'est avec le bois blanc et léger du Lo, ou hibiscus à feuilles de tilleul, qu'ils font jaillir du feu, ou qu'ils construisent les cloisons de leurs élégantes cabanes. Avec les longues feuilles de pandanus, ils en recouvrent les toitures ; avec les écorces de l'ortie argentée, ils tissent les cordages de leurs pirogues ; avec la teinture du morinda, ils colorent les produits de leur imdustrie, etc. Le gout que ces insulaires ont pour les fleurs est très-vif. Les femmes portent sur le côté de la tête de gros paquets de &ho, ou corolles du pancrais d'Amboine, auxquels elles adjoignent des corymbes de falce, ou ixora rouge; des bouquets de haren, ou ocymum, et des fleurs d'inika ou dracæna terminalis.
Le régime des habitants d'Oualan est entièrement frugivore. Nous ne rencontràmes sur ce coin du monde isolé ni le chien, ce compagnon fidèle de l'homme, ni le cochon, si commun sur toutes les iles de la mer du Sud; et si jamais les navigateurs futurs y trouvent ce dernier animal, c'est au soin
que nous avons eu de l'y déposer qu'ils en seront redevables. La poule domestique, quoique très-multipliée dans les bois, n'avait point été mise à contribution pour fournir sa chair substantielle et délicate ; elle y vivait en paix comme les autres oiseaux, et les habitants ignoraient même l'usage avantageux qu'on pourrait tirer de ses œufs. Ils lui donnent le nom de mône, nom qu'ils appliquent aussi aux oiseaux en général. Les deux seules espèces de mammifères que nous ayons rencontrées à Oualan sont : le rat, nommé fousique; et la roussette Kéraudren, appelée quoy ou kor. Le premier, prodigieusement multiplié, vit de fruits et de tout ce que la mer rejette sur les rivages. La seconde se réunit par troupes nombreuses, qui, dans le jour, s'accrochent aux rameaux desséchés des arbres morts et sy pendent la tête en bas.
L'ornithologie de cette ile ne nous a offert, pendant la durée de notre séjour, que onze espèces. Les rzoddis, ou pales, volaient par essaims, au-dessus des grands mangliers des rivages, en compagnie d'une petite hirondelle de mer entièrement blanche. Les phaëtons nichent, en certains temps de l’année, sur les pitons des montagnes. Sur les rivages sont communs les pluviers dorés, les chevaliers bécasseaux, et deux espèces de crabiers, l’une grise et l’autre blanche, que les naturels nomment lougoulap. Le pétrel désolé apparait parfois sur ces côtes; car nous nous en procurâmes un individu. À chaque pas dans les bois une espèce nouvelle de colombe (columba oceanica, N., pl. XLI) fait entendre ses roucoulements plaintifs et bruyants ; les habitants la désignent dans leur langue par la dénomination de mouleux, et Wilson la mentionne assez exactement dans sa relation des iles Pelew :.
! Cette colombe est de la taille du ramier de France. Son bec est noir et sur-
monté d’une caroncule globuleuse, de nature graisseuse, à épiderme noir. La gorge
Ce qui prouve évidemment que les animaux, aussi bien que les plantes, se sont introduits dans les iles de la mer du Sud, en allant de l'Ouest à l'Est, c'est que plusieurs des espèces des Philippines, des Mariannes et des îles de Palaos se retrouvent à Oualan, mais n'ont point osé en franchir le méridien. Le pigeon que nous venons de citer en est un exemple, auquel viendra s'adjoindre le merle des colombiers, extrêmement multiplié à Oualan , où on lui donne le nom de ououaizar. Confiant et peu craintif, cet oiseau, de la taille du merle de France, à le bec, les pieds et le plumage noirs, et l'iris jaune. Un autre volatile très-commun aux iles Mariannes, et non moins mulüplié à Oualan , est un soui-manga à plumage rouge, qui parait etre l'héorotaire kuyameta de l'archipel de Tanna, que M. Vieillot a décrit, tome IT, p. 92, pl. LVIII de ses oiseaux dorés. Ce petit soui-manga, dont la langue est, comme celle des philédons, terminée par un pinceau de fibres nerveuses, nommé cisse dans le pays, est notre cynniris rubrater (Manuel d'Ornithol., t. IT, p. 55). Enfin nous y trouvames encore une petite espèce inédite de fauvette, d'un gris cendré, plus foncé en dessus, et
l’'hirondelle salangane.
Deux espèces de scinques et un gecko sont les seuls sauriens qu'il nous soit possible de mentionner. Quant aux poissons, les tribus saxatiles trouvent dans les rescifs qui entourent Oualan des refuges adaptés à leur genre de vie. Plusieurs des espèces riches et brillantes qui avaient frappé nos regards dans l'ar-
chipel de la Société nous apparurent de nouveau. Un grand
et le cou sont d’un gris ardoisé, qui devient plus foncé et tire au verdätre sur la tête et la partie postérieure de l’occiput. Le ventre est d’un marron roux uniforme.
; k : à à Un vert doré brillant couvre le dos, les ailes et les rectrices. Le bec est noir, et l'iris
d’un rouge de carmin.
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I, Partie IL. 55
nombre de poissons des Moluques et de la Nouvelle-Guinée semblaient s'y être aussi donné rendez-vous. Dans les bassins de corail, sur les madrépores animalisés, se dessinaient avec toute la richesse de leur livrée bigarrée les balistes, les acanthures, l’hédouhotsé ou coffre jaune doré, le rnossa ou nason licornet, l'aliala ou acanthure noir à nageoire bordée de jaune et à queue blanche, le mooa ou blennie sauteur, si commun à la Nouvelle-frlande. Sur les plateaux de rescifs que recouvraient à peine à marée basse quelques pouces d’eau, nageaït en vacillant la schemisse, grosse murénophis bariolée de lignes fines, couleur de gris de lin. La multiplication de cet apode nous parut prodigieuse; mais sa chair indigeste, remplie d’arêtes aiguës, et les morsures de ses dents acérées, lorsqu'on ne parvenait point à le tuer du premier coup, nous dégoütèrent de lui donner la chasse. Les eaux vives et fraiches des ruisseaux renfermaient une très-grosse espèce d’anguille, qu'on trouvait dans de petits bassins jusque vers le milieu des montagnes. Les habitants lui donnent le nom de #6ne, mot qui doit beaucoup signifier dans leur langue, puisque c'est celui par lequel ils désignent le roi, le chef d'une famille, ou une haute montagne.
Soit que nous ne fumes point favorisés, soit que les rescifs de l'ile d'Oualan nourrissent peu de mollusques, toujours est-il que nous ne récoltämes que des espèces vulgaires, que nous avons déja mentionnées fréquemment. Deux ou trois petites espèces d'hélices et la natice puligère furent, en coquilles fluviaüles et terrestres, nos seules acquisitions. Nous reconnumes aussi parmi les crustacés plusieurs des espèces de l'ile de Bourou. L'oursin à baguettes, l'oursin à piquants courts et rouges, celui à piquants noirs et aciculaires, des scutelles, des spatangues et l'holothurie trépang sont, en zoophytes, ce que nous avons de
ZOOLOGTE. 435
plus particulier à mentionner. Trois papillons, deux cigales, furent les seuls insectes que nous puissions faire entrer dans cette énumération.
La corvette /4 Coquille parait évidemment être le premier navire qui ait abordé l'ile d'Oualan. Nous avons publié ailleurs ’ l'histoire des hommes qui la peuplent, et nous nous bornerons un instant à l'envisager sous les rapports politiques. Trop peu vaste pour tenter la convoitise de quelques nations européennes, l'ile d'Oualan ne sera jamais visitée que passagèrement par les navires équipés pour les grandes pêches. Les rafraichissements qu'on peut sy procurer se réduisent à quelques fruits à pain, à des bananes, ou à des paquets de cannes à sucre. La pêche ne serait point assez productive pour nourrir un équipage entier; et la seule denrée commerciale, d'une certaine valeur, qu'on pourrait s'y procurer en abondance, serait les trépangs, qui s'y sont multipliés depuis des siècles, bien que l'époque où ils disparaitront de ses rivages ne puisse pas être éloignée.
Le climat de cette île, à en juger par les circonstances atmosphériques auxquelles elle est soumise, doit être malsain. Les vases fétides qui sont accumulées sur plusieurs points des rivages, les villages des naturels placés au milieu de marais stagnants, doivent faire régner, ou des fièvres de mauvais caractères, ou des dyssenteries dangereuses.
srand nombre d'habitants sont couvertes
d'ulcères atoniques, nommés rou et rofou, dont ils ne prennent
Les jambes d'un
aucun soin. La masse de la nation est rongée par cette lèpre squameuse ou ouarantte, vrai fléau des iles océaniennes, dont elle enlaïdit la race. Ils laissent au temps à consolider les fractures , qu'ils appellent pornac. Des catarrhes tourmentaient les
* Journal des Voyages, année 1825, et Complément des OEuvres de Buffon, t. II, Races humaines.
DS
hommes d'un âge avancé; et la simplicité du régime, aussi bien que la modération d'une vie que n'usent point les grandes passions, n'avaient pas mis obstacle au ravage d’une maladie affreuse commune parmi nous : nous voulons parler du cancer, dont une femme avait sa poitrine rongée. La chaleur, pendant notre séjour sur cette ile, fut considérable : sa position près de l'équateur en rend suffisamment compte; et comme il fallait rester quelquefois des heures entières sur les rescifs avant de se garantir des rayons du soleil par l'ombrage des arbres, il en résulta, pour plusieurs des gens de notre équipage, des insolations douloureuses, des érysipèles et des affections cérébrales inquiétantes.