‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 5 sur 98 · HAVRE DE DORÉRY ( NOUVELLE-GUINÉE · texte numérisé non relu

HAVRE DE DORÉRY ( NOUVELLE-GUINÉE

(Du 26 juillet 1824 au 9 août suivant.)

Dambpier, Schouten et Forrest sont les seuls navigateurs qui aient donné quelques détails sur la Nouvelle-Guinée ; mais ces détails sont si incomplets et si éloignés des connaissances actuelles, qu'on nous saura quelque gré de présenter un tableau de cette vaste contrée, dont nous n'avons exploré qu'un seul point. Le 26 juillet 1824, nous atteignimes le havre de Doréry, où nous séjournâmes jusqu'au 9 du mois suivant. Le nom de ce port est écrit Dorry dans Forrest; mais les naturels le prononcent Doréy, et parfois et plus imparfaitement Doréry. Ce mouillage tirait sa dénomination d'un village de Papous jadis peuplé, mais aujourd’hui complètement abandonné; il occupe l'extrémité Nord-Ouest d'un petit golfe, dont l'entrée est pro-

tégée par deux ilotsappelés Manaspari ou Manasouari, et Mousmaptou Masmapi. Ce havre, dont l’ancrage est sur et commode, git par o°, 5r 49 de latitude Sud, et 131° 44 59° de longitude orientale, sur la côte Est de la grande terre des Papous, et au Nord du golfe du Geel-wing, golfe qui par sa profondeur concourt avec une baie opposée à transformer la Nouvelle-Guinée en deux presqu'iles, que réunit un isthme étroit.

Les bords du havre de Doréry sont en partie recouverts d’un limon épais, où croissent d'énormes mangliers, et où coulent plusieurs rivières limpides, dans lesquelles les eaux de la mer remontent assez loin. A l'Est s'offre une légère plage de sable, où quelques insulaires avaient autrefois placé deux ou trois cabanes, auxquelles ils donnaient le nom d'inkamorer. Les naturels appellent rnamorysuary ce que les Européens connaissent sous le nom de havre de Dorery, et fanedike la crique sur le bord de laquelle était l'ancien village de Doréry. La côte, dans cette partie de la Nouvelle-Guinée, est composée en entier de masses de coraux, que recouvre une couche épaisse de terre arable, et qui supportent une végétation magnifique : l'épaisseur de cette lisière du sol varie, en étendue et en hauteur, par les morcellements nombreux qu'elle a éprouvés, et qui l'ont déchirée de manière à s'étendre dans la mer en forme de promontoire, ou à se découper en dedans par mille canaux étroits, se divisant en criques et en ports variables en étendue. Non loin du havre de Doréry, le terrain de la Nouvelle-Guinéecommence à s'élever; et bientôt se dessine à l'Ouest la chaine considérable des montagnes d’Arfack. Cette chaine court du Nord au Sud, s'abaisse insensiblement vers le golfe du Geel-wing, et se termine au Nord au cap de Bonne-Espérance. Le point culminant des montagnes d'Arfack parait étre à quelques lieues dans le

Sud-Ouest du havre de Doréry, et le piton le plus élevé n'a guère

que deux mille neuf cent et un mètres, d'après une mesure calculée par M. Bérard.

A la forme arrondie et doucement ondulée des montagnes d'Arfack, bien que quelques cônes sourcilleux interrompent l'uniformité de la chaine, on doit supposer que l'ossuaire appartient au terrain primitif, et est formé de granit. On ne peut ouere en douter, en effet, à l'abondance des cailloux de nature

$ oranitique, qui encombrent les lits des torrents, et qui sont

sans aucun doute charriés, par les eaux qui descendent de la chaine de ces montagnes. Sur le terrain primordial est flanqué un sol tertiaire récemment sorti du sein des eaux, et consistant principalement en débris madréporiques, solidifiés par un ciment calcaire ; de sorte que cette partie de la Nouvelle-Guinée, analogue, sous ce rapport, aux rivages de la Nouvelle-frlande et des Moluques, prouve ce que nous avons dit dans les considérations générales sur les îles de l'Océanie.

Au fond du havre de Doréry, se dessinent les embouchures de plusieurs petites rivières, dont les lits semblent le plus souvent creusés par des torrents. La mer y remonte assez avant ; mais, pendant notre séjour, ils étaient presqu'à sec, et l'eau douce ne coulait plus que comme un mince filet qui s'épanche dans le sable du rivage, et se perd inaperçu. Mais lorsque dans l'hivernage ces ravines sont alimentées par les pluies, les eaux se précipitent à pleins bords et avec impétuosité, à en juger par les troncs énormes des arbres déracinés, qui sont tombés dans leur cours; aux pierres renversées et amoncelées; enfin, aux obstacles ou aux accidents de sol qu'elles ont surmontés.

L'ile de Manasouari occupe l'entrée de. la baie à trois milles au Sud-Est. Sa surface assez uniforme est revêtue de grands arbres et de plantations. Un village peuplé occupe sa partie

boréale, vis-à-vis Masmapi, où quelques Papous pêcheurs ont

ZOOLOGTIE. 439 aussi établi leurs cabanes. Les rescifs qui entourent ces ilots sont par masses désorganisées, de sorte que les pointes submergées sont les seules qui présentent les polypiers en vie, mais encore dans un tel état de langueur, qu'on doit naturellement penser que le mélange perpétuel des eaux douces avec les eaux | marines nuit singulièrement à leur existence, et les fait périr, par exemple, dans certaines années où les pluies sont plus abondantes que de coutume.

La végétation la plus active couvre ce point du globe; elle est ce qu'on doit en attendre sous l'équateur et à la Nouvelle- Guinée, c'est-à-dire grande, majestueuse et imposante. La surface du sol ne présente qu'une forêt sans fin, où la plupart des végétaux des Moluques se retrouvent, et dont les arbres 1mmenses par la circonférence de leurs troncs et la hauteur de leurs tiges ont jusqu'à 150 pieds d'élévation. Dans ces profondes forêts ne croissent point d'herbes humiles : les plantes y revêtent de préférence des formes robustes et ligneuses. Les lianes serpentent et s’entrelacent jusqu'aux sommets des rameaux, et retombent en unissant leur verdure à celle des grands arbres qui les supportent. La fécondité d'une terre sans cesse humectée par d'abondantes vapeurs et par des pluies de six mois, vivifiée par des chaleurs d'autant plus fortes, que le soleil ne s'en éloigne jamais, est prodigieuse : aussi le voyageur éprouve un étonnement qui n'a rien d'analogue avec celui qu'imprime dans lame la vue des magnifiques monuments des hommes, et ne peut se lasser d'admirer ces forèts vierges, mélangées des teintes vertes les plus diverses, où tranchent les fleurs les plus larges et les plus bizarres, les fruits les plus singuliers ; et cette réunion d’arbres ou de palmiers soutenant des parures étrangères, au point que leur feuillage disparait sous les festons qui les voilent de la manière la plus agreste. À des mimeuses gigantesques se joignent des aroïdes à large feuillage, des orchidées, et surtout des

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épidendres parasites. Des arecs à choux, des bambous, des fougères en arbre, des lataniers, des tecks, des muscadiers, des spondias, etc., sont les espèces les plus communes de ces forêts.

Chaque jour nous éprouvions le plus grand plaisir à nous égarer aux environs du havre de Doréry ; de petits sentiers, tracés par les quadrupèdes, nous permettaient d'avancer assez loin dans l'intérieur. À chaque pas nous étions sûrs d'y rencontrer une variété infinie d'animaux qui y vivent en paix; car l’indolent Papou ne leur fait pointune guerre opiniâtre. Dans ces profondeurs, d’où l’on peut à peine apercevoir même le ciel, il est indispensable, pour y pénétrer en sécurité, de se munir d’une boussole portative, sans laquelle on courrait le plus grand risque de ne point revenir au rivage d'où l'on est parti et d'errer à l'aventure dans les forêts. Une plante lécumineuse et hérissée d'épines gène singulièrement la marche de l'explorateur; et ce qui y contribue encore, ce sont les troncs énormes renversés sur la terre par le temps, et qui, rendant avec lenteur au sol les principes de vie qu'ils en ont recus, sont déja ensevelis par les rejets nombreux qui en poussent de toutes parts et qui doivent ainsi leur succéder.

Pendant notre séjour à la Nouvelle-Guinée, les chaleurs étaient accablantes, et se faisaient sentir d'autant plus cruellement, que l'air n'y apportait aucune fraicheur : les légères brises de l'Est ne soufflaient que le matin et le soir; mais dans le milieu du jour, un calme si parfait régnait dans l'atmosphère, que la feuille la plus mobile ne se balançait même pas sur sa tige. Une seule fois et comme par exception, nous ressentimes des vents frais de l'Ouest par courts intervalles; ils poussaient devant eux des nuages en faisant tomber quelques grains de pluie. Nous remarquämes que chaque jour au matin les sommets des montagnes d'Arfack étaient parfaitement

ZOOLOGTE. 44 visibles et découverts; passé ce moment, les nuages s'amoncelaient à leur tiers supérieur, et y formaient jusqu'au soir un épais bandeau vaporeux. Le thermomètre à l'ombre et à midi s'éleva jusqu'à 32° centigrades, et la température de l'eau à la même heure ne fut jamais au-dessous de 29 à 30°.

Les productions utiles pour l'homme que le règne végétal peut fournir spontanément à la Nouvelle-Guinée sont nombreuses et variées, mais cependant complètement négligées par les naturels. Toutefois, dans des temps reculés dont nous n'avons que de vagues notions, à cette époque où les peuples orientaux n'avaient point vu restreindre leur puissance dans ces mers par celle des Européens, il parait que les Chinois et les Malais avaient établi des relations de commerce avec les Papous. Au premier rang des substances alimentaires on ne peutse dispenser de citer le sagoutier. Ce palmier, qu'on trouve abondamment aux Moluques, est le don le plus précieux que la nature ait fait aux habitants de la Polynésie. Son tronc contient une abondante fécule, qu'ils convertissent en pains aplatis et quadrilatères, d'une saveur agréable et d'une qualité très-nutritive. Les cocotiers sont très-rares sur les bords du havre de Doréry; mais on y trouve en abondance en échange le chou caraïbe, la canne à sucre, les ignames, les patates douces , la courge, le maïs, le riz rouge, l'arbre à pain à fruits à châtaignes, l'aubergine, et trois sortes de bananiers. Nulle part nous n'avions rencontré deux espèces de ce dernier végétal : l'une dont la banane a la peau colorée en beau rouge, et l'autre dont le fruit est trèspetit, jaune, et d’une saveur fondante exquise. Une des grandes cultures du pays est le tabac, et les naturels en préparent des provisions pour échanger avec les trafiquants malais, ou avec les équipages des navires européens. Ils soignent encore deux autres plantes farineuses, qui sont : un petit haricot, nommé

aberou, d'une délicatesse et d'une bonté qui nous le firent es-

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timer comme un excellent aliment; et un pois, nommé abre- Jfore, qu'ils conservent comme objet d'approvisionnement. A ces ressources premières on doit ajouter les produits qu'ils retirent de plantes qui croissent spontanément dans les forêts, et qui sont les citronniers, les orangers, les cotonniers, les spondias dulcis, le gingembre, les piments, etc. Le teck, divers bois de fer et d'ébène, seraient précieux pour les constructions navales et les arts; mais les objets qui paraissent être la base du commerce par échange des Papous avec les Chinois et les Malais de Tidor consistent en légumes, poissons séchés, écailles de tortues, trépangs, oiseaux de paradis, résine Dammar, cire des abeilles sauvages, ambre, et surtout écorce de massohy. Ce dernier aromate, recherché par les Chinois, est produit par un arbre dont les feuilles ont la plus grande analogie avec celles du cannellier. Deux espèces de muscadiers sont aussi fort communes, et étaient chargées de fruits à l’époque de notre séjour. La noix de l'espèce sauvage est très-petite, sans odeur aromatique et de forme allongée et pointue; l'autre, au contraire, est la vraie muscade ronde, non modifiée par la culture, mais complètement susceptible d'acquérir le volume et le parfum de la muscade cultivée dans les possessions hollandaises des Moluques. Avec les feuilles d'un grand vaquois les habitants font les toitures de leurs cabanes, et les chapeaux à la chinoise dont ils se couvrent la tête. Les fibres de ces feuilles sont douces, moelleuses et tenaces, de sorte qu'il serait très-facile d'en fabriquer de bonnes cordes. Ce vaquois nous parait nouveau; et ses tiges arborescentes, complètement droites et inermes, se couronnent par un immense faisceau de feuilles qui, examinées isolément, ont chacune trois pouces de largeur sur dix, quinze et même vingt pieds de longueur.

Les navigateurs ne trouveraient point à Doréry une relàche avantageuse, puisqu'ils ne sy procureraient que quelques co-

chons et une petite quantité de poissons , de chair de tortue et de coquillages ; mais il parait que les corocores malais et des jonques chinoises viennent fréquemment les visiter dans le but d'en retirer des peaux d'oiseaux de paradis, des trépangs, des loris vivants, de l’écaille de tortue, et surtout des esclaves. Le prix d'un jeune homme fort et robuste est de dix piastres, et celui d'une femme est d'environ cinquante brasses de toile de Guinée. Pour un couteau, ou pour un morceau de fer-blanc, les Papous donnaient aux gens de notre équipage une grosse carotte ficelée d'un tabac doux et presque complètement privé de l'odeur nauséeuse qui caractérise celui d'Europe. Des habitants nous dirent que leur pays produisait en quantité de la poudre d'or et des perles, dont ils ne nous présentèrent jamais d'ailleurs aucun fragment.

Dans une relâche d'aussi courte durée que le fut celle que nous exécutames sur les côtes de la Nouvelle-Guinée, nous n'eùmes point le loisir d'étudier l'influence du climat sur la santé de l'homme; cependant, si l'on peut juger par analogie des affections qui vinrent fondre sur les gens de notre équipage, nous sommes autorisés à le croire malsain. Le havre de Doréry, d'ailleurs, par le peu d’air qui y circule, par les vases fétides couvertes de mangliers qui l'enceignent, doit être ravagé par les dyssenteries et le cholera-morbus. C'est en effet là que nous puisames les germes de ces maladies, qui menacaient de devenir inquiétantes. Les habitants offraient presque tous de nombreuses plaies ou de vieux ulcères, résultats de leur état de nudité, de leurs combats fréquemment renouvelés, et des macérations qu'ils éprouvent, en séjournant long-temps dans l'eau, pour ramasser leur nourriture sur les rescifs à demisubmergés. La plupart des naturels présentèrent des coups de flèches parfaitement bien guéris : l’un d'eux avait même eu la jambe coupée, et il était encore fort agile, bien qu'il ne se servit

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de rien de ce: qui aurait pu ressembler à une jambe de bois. Cette lèpre dégouütante, dont nous avons déja plusieurs fois signalé les ravages, couvre le corps de la plupart des Papous : on la nomme babara à Doréry, et hanne à Rony.

Si le règne végétal de la Nouvelle-Guinée est imposant par le luxe et la pompe qui le distinguent, le règne animal est encore plus étonnant peut-être par l'éclat dont la nature a voulu décorer la plus grande partie des êtres qui le composent. Un voile mystérieux avait jusqu'a ce jour dérobé cette terre magique aux regards des naturalistes : aussi les plus célèbres d'entre eux avaient-ils témoigné le plus vif regret de ce que des expéditions scientifiques n'avaient jamais été dirigées de ce côté. Nous n'aurons fait disparaître qu'une bien faible partie de l'obscurité qui cachait la Nouvelle-Guinée; et plus heureux que nous sans doute, quelques mois de séjour permettront à l'expédition de ? Astrolabe commandée par M. d'Urville de nous donner sur cette contrée des apercus neufs et importants. Les relations des anciens voyageurs’ se bornent à l'envisager sous le rapport hydrographique; et bien quela relation de Son-

! La première découverte de la Nouvelle-Guinée ou terre des Papous est attribuée à Antoine AmBrEU et François SERRANO en 1h11.

Nicolas Srruick donne une description de la côte septentrionale, en 1753, en se servant de noms portugais.

La seconde découverte est celle de Azvaro DE SaavEDRA en 1527, qui lui donna le nom de Nouvelle-Guinée.

Antonio URDANETTA vit cette terre en 1528.

OrTHez DE Rorua, envoyé par Ruiz-Lorrz de Lobos, à Tidor, en 1543, s'en attribua la découverte.

SCHOUTEN et LEMAIRE y arrivèrent en 1616.

Abel Tasman vit la Nouvelle-Guinée en 1642.

Dampier visitait la côte Ouest en 1642.

Guillaume Fuxxez parcourut ces mers en 1905; ROGGEWEN , en 1722; CARTERET, en 1766; Boucainvirze, en 1766; Cook ( détroit de Torrès ), en 1770.

nerat paraisse avoir eu la Nouvelle-Guinée pour but, on sait aujourd'hui qu’il ne s'agit dans sa description que des Moluques orientales. Forrest séjourna au havre de Dory' en janvier 1775, et ne s'écarta point des détails d’un simple itinéraire. Dampier seul, en 1642, publia quelques descriptions d'animaux, qui portent le cachet de son exactitude ordinaire. Quant à Pigafetta, compagnon de Magellan, en 1525, 1l ne parle qu'en passant des oiseaux de paradis qui en proviennent, et décrit les pieds, dont plus tard, afin de rendre leur histoire plus merveilleuse, on voulut qu'ils fussent privés. Valentyn, en compilant ce qui est relatif à Amboine et aux îles environnantes, ne manqua point de recueillir toutes les notions qu'il put se procurer sur la Nouvelle-Guinée; et son Histoire des oiseaux de paradis annonce qu'il eut à sa disposition de nombreux documents. Nous ne nous occuperons point ici des mammifères, parce que nons en avons parlé dans un article général relatif aux animaux de l'Océanie et de la Polynésie. Il n'en sera pas de même des oiseaux : la variété infinie de leurs formes et de leurs couleurs, la rareté de quelques espèces, la haute estime dont jouissent plusieurs d’entre elles, exigent que nous développions le résultat de nos aperçus. Les seuls oiseaux de proie que nous tuâmes étaient : un autour d'une espèce nouvelle, que nous nommämes /alco longicauda; et l'aigle de Pondichéry à corps marron et à tête blanche. Les passereaux, là comme partout ailleurs, s'offraient en innombrables légions: et parmi eux, nous eumes occasion de faire plus d’une découverte intéressante, soit parmi les espèces, soit parmi les genres. Ainsi, il nous suffira de citer les cassicans, les choucaris, l'astrapie éclatante, les moucherolles, les brèves, le corbi-

. A ; ANT ! C'est ainsi que FORREST orthographie le nom du havre que nous écrivons Doréry.

calao, les engoulevents, les souï-mangas, les guèpiers, cinq ou six martins-pêcheurs, plusieurs corbeaux et calaos. Le calao à plumage noir et à queue blanche, dont le cou est fauve chez les mâles, est le ouando des Papous; il se nourrit de muscades et de graines aromatiques, de manière que sa chair en contracte une saveur délicieuse. Son vol est tellement lourd et pesant, que, placé à une faible distance dans les bois, on croit entendre le souffle précurseur d'un ouragan : ce bruit parait étre occasionné par l'air qui s’engouffre, dans l'action du vol, au fond de deux cavités placées à la base du demi-bec inférieur. Les oiseaux de paradis nous étaient apportés par les Papous en assez grand nombre pour nous faire penser que ces êtres brillants des plus riches parures y étaient singulièrement multipliés. Le manucode se présenta deux fois dans nos chasses, et les deux fois nous observames le mâle et la femelle accouplés : le plumage du mäle est d’une rare magnificence; celui de la femelle, au contraire, est sans éclat. Les Papous lui donnent le nom de saya, et il se tient de préférence sur les arbres de teck, dont il recherche les fruits pour sa nourriture.

Les oiseaux de paradis petits-émeraudes , volent avec grace et par ondulations; les plumes des flancs retombent négligemment pour former un panache gracieux et aérien, qui brille dans l'air comme une étoile filante. On ne peut guère avoir une idée exacte de ces volatiles par les peaux desséchées que préparent les Papouas; car l'émeraude en vie est de la taille d'un geai de France. Les naturels sont dans l'habitude de les chasser pour en obtenir les parures, depuis long-temps portées en aigrette par les rajahs mahométans des iles de l'Est, et par les Chinois. Cet oiseau est le #ambéfore des naturels; ses habitudes paraissent tenir de celles des gallinacés, car les femelles nous parurent en bien plus graud nombre que les mâles. Il vit des

fruits du teck et d’une sorte de figuier , et son cri ne peut être

ZOOLOGIE. h4 bien rendu que par les syllabes vorke, vorke, vorke, vorko, fortement articulées. Près des oiseaux de paradis vient encore se placer le beau cassican Kéraudren, que nous avons pris pour type de notre genre phonygama; et nous observames aussi plusieurs espèces de martins-pêcheurs nouvelles, entre autres le genre Symé et le martin-chasseur Gaudichaud. L'ordre des grimpeurs se compose de coucals, de cacatoës, d'aras microglosses, de perroquets loris et de perruches de toutes tailles et

de toutes couleurs. C’est dans ces forêts que vivent les méga-

o podes, plusieurs belles espèces de pigeons, entre autres le goura, que les naturels nomment manbroulke; le pigeon de Nicombar, les tourterelles pampusan et bleu-verdin, etc. Souvent nous rencontrames le casoar ou émeu des Moluques, dont les Papous emploient les plumes pour orner leurs lances. Les rivages étaient fréquentés par plusieurs échassiers , tels que des hérons, des crabiers, des pluviers dorés, et par un seul palmipède du genre sterne.

Le havre de Doréry est très-poissonneux : on y observe la plupart des individus des mers des Moluques, et notamment les requins aux ailerons noirs, le diacope macolore et autres. Les crocodiles bicarénés, les serpents, des tupinambis, pullulent dans les bois. Les papillons les plus ornés, les coléoptères les plus rares, apparaissent à chaque pas. Les coquilles terrestres et fluviatiles les plus estimées y sont communes, et entre autres les auricules de Midas, des scarabes, des mélanies: ces merséchauffées nourrissent aussi la plupart des testacés qui font les délices des amateurs de collections; et il nous suffira de citer au hasard les casques, les cônes, les harpes, les huitres-marteaux, etc.

Par cet apercu rapide, on doit concevoir de quel intérêt pour les sciences naturelles serait une exploration rigoureuse de la Nouvelle-Guinée. Cette contrée, ainsi que Bornéo, est

destinée à enrichir nos spectes des formes qui font encore la-

cune dans la série des êtres telle que nous la connaissons. Nous ne doutons point que ce soit de la Nouvelle-Guinée dont ait voulu parler Quiros, dans son fameux Mémoire au roi d'Espagne, lorsqu'il lui peignit comme un nouvel El-Dorado la riche et vaste ile qu'il nomma la Zterra australia del Esprritu Santo, féconde en beaux arbres, en animaux de toutes sortes, et très-produc-

tive en or.

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