‹ Voyage autour du monde (volume 3)Chapitre 89 sur 98 · CHIONIS BLANC · texte numérisé non relu

CHIONIS BLANC

Chionis alba, Forsr.

V’aginalis alba, Gn.

White-sheath-bill, Larx., Syn. 3, pl. LXXXIX , pag. 268.

The Southern-sheat-bill, Suaw. Misc. t. XII, pl. 481.

Coleoramphus nivalis, Dum., Dict. sc. nat. t. X, pag. 36, 1818.

Chionis Novæ-Hollandiæ , TEemm., Syst. orn.

Chionis necrophagus, Viexzz. ; Gal., pl. CCLVYIT.

Chionis alba, Quox et Gaim., Zool. Uranie , pl. X XX, p. 131; Fceurieu, Voy. de Marchand, t. IV, pag. 290.

MM. Quoy et Gaimard ont décrit le chionis dans leur Zoologie en ces termes : « Tout son plumage est peu éclatant ; les plumes « du cou sont un peu soyeuses. Le bec est fort gros, légèrement « arrondi, d'un blanc sale, noirâtre à la pointe ; sa longueur est

« de quinze lignes, sa circonférence de vingt-cinq à la base. La « mandibule supérieure un peu arquée, convexe, ne dépasse que « de très-peu l'inférieure. Les plaques cornées qui entourent la « base du bec sont immobiles, à l'exception peut-être de celle « dont la mandibule supérieure est recouverte, qui parait suscep- « tible demouvement. Les narines sont latérales etirrégulières; les « Joues nues, jaunâtres, avec des caroncules de la même couleur.

« Les pieds, d'un noir rougeatre, sont largement écailleux et «charnus sur les bords comme ceux des huitriers. Des trois « doigts de devant, celui du milieu a vingt lignes de longueur ; « la membrane qui unit les deux extérieurs est courte; lés tar- «ses ont dix-neuf lignes de hauteur ; les ongles sont noirs.

« L'aile, dans le repos, a neuf pouces et demi de longueur; «son pli est muni d'un tubercule jaunâtre. La queue est recti- « ligne. La longueur totale de l'oiseau est de quinze pouces. »

À ces détails nous ajouterons des observations qui nous sont propres. Forster découvrit le chionis sur la terre des Etats, et voici comment on le trouve décrit par ce naturaliste, dans le second voyage de Cook (t. IV, pag. 59). « Ce genre, que nous

renconträmes dans notre excursion sur la terre des Etats,

était de la grosseur d’un pigeon et parfaitement blanc ; il ap- «partient à la classe des oiseaux aquatiques, qui marchent à « gué. Il avait les pieds à demi palmés, et ses yeux ainsi que la base du bec entourés de petites glandes ou verrues blanches. Il

exhalait une odeur si insupportable, que nous ne pümes en «manger la chair, quoique alors les plus mauvais aliments ne «nous causassent pas aisément du dégoût. » Ce chionis avait sans doute déchiqueté quelques charognes, car nous goutames la chair de deux de ces oiseaux tués par nous, l’un en mer, et l'autre aux iles Malouines, et nous la trouvâmes fort bonne. MM. Quoy et Gaimard disent la même chose, et déja Anderson, médecin, dans le troisième voyage de Cook (pag. 113), a

dit en parlant du chionis : « On le trouva aussi bon que du ca- « nard.» Le nom de necrophagus de M. Vieillot est donc trèsmal choisi et ne repose que sur une circonstance exceptionnelle et nuilement sur une habitude constante.

Le chionis est mentionné par presque tous les navigateurs ‘sous le nom de pigeon blanc antarctique. Dès 1739, il avait été indiqué par Lozier-Bouvet. Anderson (troisième Voyage de Cook, pag. 135) dit quil s'offrit par volées dans la baie de Noël de la terre de Kerguelen ou de la Désolation. Depuis on l'a rencontré au Sud de la terre de Diemen, de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Hollande, et on doit le regarder comme un habitant naturel des hautes latitudes australes, et même des terres frappées de stérilité placées sur les limites du pôle Sud. Sans doute quil faut reconnaitre le chionis dans un oiseau décrit par M. Lesquin de Roscoff qui séjourna long-temps sur les iles Crozet après un naufrage désastreux sur ces iles, placées par 46 à 47 degrés de latitude Sud.

Nous citons cette description textuellement à cause de la parücularité fort remarquable, qu'en vieillissant le chionis aurait une calotte noire. Nous soupconnons cependant que M. Lesquin aura confondu dans son souvenir la huppe d'un cormorar, et qu'il l'aura donnée au chionis. Il s'exprime ainsi, pag. 36 du 55" N° du Lycée armoricain, publié en juillet 1827. « Il est un oiseau, « seul oiseau terrestre de ces iles, dont l'instinct se fait particu- « lièrement remarquer. Il a le corps d’un beau blanc, la tête «ornée d'une crête noire, qui s'accroit à mesure quil avance «en âge, le bec d'un pigeon, mais les pattes d’une poule; il se « nourrit de chair, de coquillages, en un mot de tout ce qu'il

« rencontre. »

Le chionis blanc n’est pas très-commun sur les iles Malouines. Pendant notre séjour sur ces terres, nous le rencontrâmes presque toujours par individus solitaires sur les rochers qui hé-

ZOOLOGIE. 727 rissent les plages de la baie Francaise. Ses mœurs sont farouches, et bien que nous en vimes de petites troupes, nous ne pümes en tuer que deux. Leur vol est lourd et peu analogue à celui des oiseaux de hauté mer. Nous ajouterons quelques rectifications à la figure publiée par MM. Quoy et Gaïmard. La blancheur neigeuse des plumes est relevée par l'iris gris-bleu qu'entoure un cercle rouge-brun près de la pupiile. L'extrémité du bec est d'un noir plus foncé sur la mandibule supérieure. La partie moyenne des deux mandibules est occupée par deux taches de rouge brun d'autant plus saillantes que le reste du bec est d'une couleur verte uniforme. Le corps glanduleux qui occupe les joues et la base du fourreau corné, et qu'on ne peut mieux comparer qu'au tissu de la glande lacrymale , est couleur de chair.

Nous trouvâmes dans le gésier d'un chionis un caillou et une petite coquille. Deux cœcum longs de trois pouces venaient s'insérer à deux pouces de la terminaison de l'intestin.

Les dimensions d'un individu que nous avons mesuré étaient de quatorze pouces de longueur totale. La tête avait neuf pouces deux lignes; le bec un pouce quatre lignes; la circonférence était de douze pouces six lignes, et l’envergure offrait vingt-

huit pouces.

PALMIPÉDES.

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