‹ Voyage autour du monde (volume 5)Chapitre 10 sur 30 · DES PAPOUAS OÙ PAPOUS · texte numérisé non relu

DES PAPOUAS OÙ PAPOUS

Sous le nom de Papous, on connait, en France, des peuples dont la couleur noire varie en intensité, et dont la chevelure

1 Mémoire lu à la Société d'Hist. nat. de Paris, dans la séance du 23 juin 1826.

Les peuples dont la peau est noirâtre, et la chevelure tantôt lisse , tantôt laineuse,

n'est point lisse de sa nature, mais n'est pas laineuse non plus. Ces hommes, qu'on sait habiter le littoral des îles de Waigiou', de Sallawaty, de Gammen et de Battenta, et toute la partie Nord de la Nouvelle-Guinée, depuis la pointe Sabelo jusqu'au cap de Dory, ont été parfaitement décrits par MM. Quoy et Gaimard ?, qui les premiers ont démontré qu'ils constituaient une espèce hybride, provenant, sans aucun doute, des Papouas et des Malais, qui se sont établis sur ces terres, et qui y forment à peu près la masse de la population. Ces Négro-Malaïs ont emprunté à ces deux races les habitudes qui les distinguent; et c'est ainsi que plusieurs ont embrassé le mahométisme, et que d’autres ont conservé des Papouas le fétichisme et la manière de vivre. Un grand nombre des mots de la langue de cette variété humaine sont tirés du malais, et notamment celui de Radjah, qui sert à désigner les chefs. Ces insulaires forment donc une sorte de peuple métis *, placé naturellement sur les frontières des îles

et qui vivent sur les grandes terres montagneuses, situées entre l’Asie et la Nouvelle-Hollande, ont été, jusqu’à ce jour, fort peu étudiés. Il est même difficile de se former une idée exacte des dénominations qui leur ont été appliquées. Aussi, dans cet essai, nous présenterons seulement un résumé très-succinct des observations que nous avons pu recueillir, pendant le séjour de la Corvette la Coquille au milieu de ces archipels. On doit, d’ailleurs , espérer que l'expédition de l’Astrolabe, qui explore actuellement ce système d'îles, jettera la plus vive lumière sur ce sujet ,en rassemblant les faits nécessaires pour fixer irrévocablement l’opinion des savants sur une matière qui intéresse si particulièrement l’histoire de l’homme.

1 Le nom de Waigiou est écrit différemment par les Français et par les, Anglais. Nous avons toujours entendu les naturels appeler Ouaighiou la partie Nord de l'ile, et Ouarido la partie Sud.

2 Observations sur la constitution physique des Papous ( Zoo. du Foy. de l’Uranie, P.1 & II).

$ La relation de JACOB LE MAIRE (Miroir Oost et West Indical, Amst., 16217, in-4° oblong, p. 164) prouve que déja ces Papous hybrides n'avaient point échappé aux observations des premiers navigateurs. Il y est dit : V’indrentaussiquelques Negrez qui nous amenerent vivres. Ils avoyent aussi une monstre de porcelaine chinese ;

malaises et des terres des Papouas, et sur le littoral d'un petit nombre d'iles, agglomérées sous l'équateur, et au milieu desquelles s’introduisent sans interruption des Malais de Tidor et de Ternate, et des Papouas de la Nouvelle-Guinée, et mème quelques Alfourous des montagnes de l’intérieur. Presque toujours l’autorité, peu influente d’ailleurs, se trouve reposer dans les mains des Malais, qui exploitent encore le commerce par échanges, et surtout la vente des esclaves pris à la guerre. La masse de ces Papous hybrides présente des hommes d'une constitution grèle et peu vigoureuse. La teinte de leur peau est très-claire ; mais le plus souvent elle est recouverte de cette lèpre furfuracée, si abondamment répandue sur les peuples de race noire de la mer du Sud. Leurs traits ont une certaine délicatesse ; leur taille est le plus ordinairement petite; l'abdomen est très-proéminent, et leur caractère est timide. Tout en eux indique la funeste influence de leur genre de vie et de leur habitation. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces peuplades que visitèrent d'Entrecasteaux, de Rossel, Labillardière, de Freycinet, Quoy et Gaimard, et qu'il nous suffisait de distinguer des peuples à cheveux crépus (crispä tortilique com4 des Latins ), auxquels nous conservons le nom indigène de Papoua ', usité à la Nouvelle-Guinée, où ils sont répandus sur les côtes, de même que sur les grandes iles faisant partie de ce qu'on nomme terre des Papous. Enfin, nous retrouverons les Papouas peuplant les

c'estoit une autre sorte de gens que les precedens (ceux de la Nouvelle-Guinée), de couleur plus jaulne; quelques-uns portoyent des cheveux longs, d’autres courts, et usoyent aussi d’arcxs et flesches, etc.

En 1699, Dampier ( ’oy. aux Terres Australes et à la Nouvelle - Hollande, t. IV, pag. 67, 1714) décrivit également ces Papous hybrides, et les détails qu'il en donne portent le cachet de son exactitude ordinaire.

© Du mot indigène pua-pua, qui veut dire brun-foncé. ( Marchal, Hist. de Java,

pag. 4.)

iles jusqu’à ce jour peu connues de la Louisiade, de la Nouvelle- Bretagne, de la Nouvelle-Irlande, de Bouka, de Santa-Crux : et de Salomon ?, etc.

grande ressemblance avec les Nègres Cafro-Madécasses ?; et cette ana-

logie se retrouve encore dans plusieurs de leurs habitudes et de

Les Papouas qui doivent nous occuper ont la plus

leurs traditions, de même que dans leur constitution physique. Ils paraissent provenir d'une migration postérieure à celle des Océaniens, migration qui s'est arrêtée sur le contour des chaines de la Polynésie, n’a envahi que le littoral de la Nouvelle-Guinée, et s'est répandue sur les iles de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-Irlande, de Bouka, de Bougainville, de l'Amirauté, de Salomon , de Santa-Crux, de la Tierra austral del Espiritu Santo, et de la Nouvelle-Calédonie “. Les habitants de la Nouvelle- Guinée se désignent par le nom de Papouas, en réservant la dénomination d'Endaménes aux Nègres à cheveux droits et rudes de l'intérieur : ils n'ont point passé le détroit de Torrès; tandis que les Endamènes où Alfourous (Nègres australiens) paraissent s'être répartis très-anciennement, en peuplades misérables, éparses et peu nombreuses, sur le sol maigre et stérile de la Nouvelle-Hollande. On ne peut, par suite, concevoir la

1 Les naturels de l’île de Santa -Crux sont noirs comme les Nègres d’Afrique. Tous ont les cheveux laineux, et les teignent de différentes couleurs, ete. Second Voy. de Mendana. ( Fleurieu, Découv. des Français, p. 26.)

? Les peuples qui habitent ces terres sont, en général, de l’espèce des Nègres : ils ont les cheveux laineux et noirs, le nez épaté et de grosses lèvres , etc., etc. ( Surville, Découv. des Français, p. 95. )

3 Ce rapprochement avait déja été fait il y a un siècle; il a été combattu par M. Crawfurd, dont les raisonnements, en cette circonstance, ne sont appuyés sur aucun renseignement positif.

“ Les naturels des îles Tatee paraissent être de la même race que les Papous. Ils ont la tête laineuse, la peau d’un noir de jais, et tous les traits des Nègres d’A-

frique. ( Meares, Voy., t. I, p. 357.)

maniere dont la terre de Diémen a été peuplée, qu'en adoptant l'idée que les Nègres à chevelure laineuse s'y sont introduits par le groupe des Hébrides et de la Nouvelle-Calédonie.

Ainsi donc, la portion centrale de la Nouvelle-Guinée est habitée par des Nègres Alfourous, qui en sont les aborigènes, et que les Papouas du havre de Doréry nomment Endaménes. Ces peuplades sont toujours en guerre les unes avec les autres, et n'ont point d'autres communications que celles qu'amène un état perpétuel d'hostilités. Les Nègres, au contraire, qui sont établis sur les côtes, se distinguent entre eux par la dénomination d Arfakis ou demontagnards, et de Papouas ou de riverains. Ces derniers vivent, par tribus éparses et isolées, dans un état continuel de défiance et d'inquiétude. Leurs villages, placés sur l'eau et sur des pieux, se composent d'un petit nombre de cabanes, gouvernées par l'autorité de chefs âgés. Leur taille est assez communément médiocre, quoiqu'on observe parmi eux de fort beaux hommes. Leurs membres sont ordinairement proportionnés avec régularité, et souvent leurs formes sont robustes et athlétiques. La couleur de leur peau est d'un noir mélé d'un huitième de jaune ; ce qui lui donne une teinte assez claire, dont l'intensité varie. Leur chevelure est noire, très-épaisse, médiocrement laineuse : ils ont l'habitude de la porter ébouriffée d’une manière fort remarquable, ou de la laisser retomber sur le cou en mèches longues et très-flexueuses. Le visage est assez régulier dans l'ensemble des traits, quoique le nez soit un peu épaté, et que les narines soient élargies transversalement. Le menton est petit et bien fait; les pommettes sont assez saillantes, le front est élevé, les sourcils sont épais et longs. La barbe est rare; mais quelques naturels la conservent au-dessus de la lèvre supérieure et au-dessous du menton, à limitation de plusieurs peuples africains. La physionomie des Papouas réfléchit aisément les sensations qui les animent et qui naissent

ZOOLOGIE. 80 de la défiance, du soupcon et de toutes les passions les plus haïneuses : et l’on observe, chez presque tous les peuples de race noirâtre, une prédominance marquée des facultés purement instnctives : sur celles de l'intelligence. Les femmes, qui partout l'emportent sur l'homme par la délicatesse de l'organisation, sont communément laides. Cependant, nous vimes à la Nouvelle-Guinée quelques filles nubiles très-bien faites, et dont les traits réguliers et doux étaient remarquables. Faconné pour la servitude et l'obéissance, ce sexe chez les Papouas, comme chez certains Nègres d'Afrique, doit vaquer aux travaux les plus rudes que dédaigne de partager un maitre inflexible et despote.

Ainsi, les Papouas se sont propagés sur les iles de Bouka, de Bougainville, de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-Irlande. Si l'on en juge par les descriptions des voyageurs les plus exacts, ils se seraient également établis sur les iles de Santa-Crux et des Arsacides, des Hébrides ? et de la Nouvelle-Calédonie ; ils auraient envoyé des colonies sur les iles des Navigateurs et des Fidjis *, et y auraient donné naissance à la variété hybride ou negTo-oceantenne qu'on y connait,

! Plus les hommes sont loin de l’état de civilisation, plus leur intelligence instinctive est développée : les sens sont plus parfaits que chez l'Européen. Aussi le Papoua a-t-il la vue perçante, et l’ouie très-fine. Mais comme son unique occupation est de satisfaire son appétit vorace, que cette fonction absorbe toutes les autres facultés, ou qu’elles ne sont développées que dans ce seul but, il a reçu des muscles masseter et temporaux d’une grande force. C’est ainsi que nous remarquäâmes, sur plusieurs cränes, des crêtes nombreuses hérissant toute la partie antérieure de la fosse temporale pour donner aux fibres du crotaphyte des points d'attache plus puissants.

? Consultez les excellents détails fournis par Forster sur les naturels de l’île de Mallicolo, qui semblent constituer une variété. ( 2° Voy. de Cook, t. TITI, p. 59, et Ge VE eee)

* Suivant M. Mariner (t. 1, pag. 346), les habitants des Fidjis ont les cheveux crépus et de la nature de la laine. Ils les poudrent avec des cendres, et les frisent avec le plus grand soin, de manière qu'ils ressemblent à une immense perruque. 1ls portent des bracelets d’écorce et de coquilles autour des bras, et sont presque nus.

T'oyage de la Coquille. — Z. Tom. I. 12

Les naturels de Bouka, avec lesquels nous communiquämes, avaient une taille moyenne. Ils présentaient absolument tous les caractères et toutes les habitudes des Papouas, et portaient comme eux leur chevelure demi-faineuse, longue et ébouriffée. Les habitants de Port-Praslin à la Nouvelle-Irlande, ceux de l'ile d'York dans le canal Saint-George, ne différaient point de ceux-ci : seulement, il y avait parmi eux un plus grand nombre d'hommes grands et robustes. Mais plusieurs individus, dans le nombre, étaient remarquables par la teinte peu foncée de leur peau ; ce qui les rapprochait de la couleur jaune faiblement bronzée des Océaniens.

La figure des vieillards de ces diverses peuplades était généralement calme, sereine et impassible. Cependant, nous observames des changements assez brusques dans le jeu de leur physionomie. À la fausseté, aux regards perfides des uns, étaient opposés la défiance et les soupcons des autres, la bonhomie ou la confiance d'un petit nombre. Ces peuples ne hérissent pot leur chevelure comme certains Papouas; car cette mode-n'est suivie que par quelques tribus.

Si nous examinons, enfin, la conformation physique des habitants de la grande ile de Madagascar, connus sous le nom de Madécasses proprement dits‘, nous trouverons, au milieu des trois ou quatre variétés humaines qui habitent cette grande ile,

Plus loin , il ajoute, après avoir séjourné au milieu d’eux (t. IT, p. 135 ) : Les naturels de ces îles paraissent être une race fort inférieure à celle de Tonga, et approcher davantage de la conformation des Nègres. La langue est dure, et emploie plus souvent la consonne 7. C’est au point que, malgré que les îles Fidjis soient trèsvoisines des îles de Tonga, le langage diffère bien plus entre ces deux archipels que celui de Tonga, par exemple, avec les Sandwich, qui en sont séparées par une distance neuf fois plus considérable.

1 Consultez F/acourt, Hist. de Madagascar, 1 vol. in-4°; et Rochon, Voy. à Madagascar, 1 vol. in-8°, p. 15.

ZOOLOGIE. g1

des N ègres dont les membres sont proportionnés avec régula-

gueur. Ces Madécasses ont une

taille bien prise, et, parmi eux, on observe un très-grand nombre

rité, et souvent dessinés avec vi

de beaux hommes. Leur chevelure, médiocrement laineuse, est nouée sur l'occiput par gros flocons; la peau est de couleur brune, mélée de jaune; le nez est légèrement épaté, la bouche grande; en un mot, l'ensemble de leurs traits, qui est régulier, servirait en grande partie à tracer le portrait d'un Papoua de Doréry, de Birare ( Nouvelle-Bretagne de Dambpier), de la Nouvelle-[rlande ou de Bouka :. Il nous reste à généraliser les habitudes de cette grande famille.

Les Papouas vont nus. Jamais nous ne vimes les habitants des iles Bouka,de la Nouvelle-Bretagne et de Port-Praslin cacher, par le moindre voile, les organes sexuels. Les naturels de Doréry, ainsi que les Papous hybrides, sont les seuls qui fassent exception à cette coutume; et, bien qu'ils ne sachent point faire de tissus, ni convertir les écorces d'arbres en étoffes, ils emploient comme ceinture des sortes de toiles naturelles et grossières, qu'ils retirent des enveloppes florales du cocotier ou des gaines membraneuses des feuilles du bananier. Les tribus qui vivent sur les côtes de la partie Nord de la Nouvelle-Guinée, ayant, chaque jour, des communications avec les Malais, et surtout avec les Guébéens , en recoivent en échange d'oiseaux de paradis, d'écaille de tortue, ou par la vente des esclaves, des toiles de coton teintes en bleu ou en rouge, et qui sont destinées aux femmes. Ils ont aussi adopté l'usage de chapeaux larges et pointus, faits à la chinoise avec des feuilles de pandanus, cousues

! «Parmi les habitants de la Louisiade qui vinrent en pirogue le long de nos na- « vires , et dont la chevelure était laineuse et la peau olivâtre, j’en remarquai un aussi «noir que les Nègres de Mozambique, avec lesquels je lui trouvai beaucoup de rap- «port.» ( Labillardière, Voy., t. IL, p. 276, in-4°.)

et disposées très-ingénieusement. Mais un goût commun à tous les peuples de race noire, est celui de se couvrir les épaules et la poitrine d'incisions, élevées et mamelonnées, disposées en lignes courbes ou droites, mais toujours régulières ; et cette mode, qui sert à distinguer les diverses tribus nègres de l'intérieur de l'Afrique, est pratiquée par presque tous les habitants de Madagascar, et par tous les naturels de couleur noire répandus dans l'Ouest de la mer du Sud, et aussi bien sur la terre de Diémen que sur l'Australie.

La chevelure de ces peuples est, en général, très-frisée, trèsfine, résistante, et en même temps très-épaisse. Quelques familles de la Nouvelle-Guinée, de Waigiou, de Bouka, lui donnent la forme eébouriffee et singulière, qu'on a même regardée comme un caractère des Papous; mais d'autres tribus, telles que celles de Rony, à la Nouvelle-Guinée, de la Nouvelle-Bretagne et de la Nouvelle-[rlande, la laissent tomber sur les épaules en mèches cordonnées et flottantes. Les Papouas aiment à se couvrir la tête de poussière d'ocre, unie à de la graisse, et rougir ainsi leur chevelure et leur visage, et se faire sur la poitrine ou sur la face des bandes diverses avec de la chaux de corail. C’est plus particulièrement au Port-Praslin, à la Louisiade, qu'on retrouve cette singulière mode, qui règne sans partage chez les habitants de la Nouvelle-Galles du Sud. Ces peuples emploient peu le tatouage, qu'ils nomment panaya à la Nouvelle-Guinée; et, opposés en cela aux Océaniens, ils se bornent à tracer quelques lignes éparses sur les bras ou à l'angle des lèvres de leurs femmes, comme une marque particulière. Ils aiment tous les ornements de quelque nature qu'ils soient. Nulle part nous ne renconirâmes en plus grande abondance des colifichets de plumes, d'écailles ou de nacres, destinés à être placés sur la tête, à la ceinture ou sur les armes. Mais partout nous observames l'usage, exclusif à cette race, de porter des bracelets d’une blancheur

éblouissante , faits avec beaucoup d'art, très-polis, et qu'ils faconnent probablement avec la grosse extrémité des énormes cônes qui vivent dans les mers environnantes : tous les navigateurs en ont parlé. Bougainville dit, en mentionnant cet objet chez les naturels des grandes Cyclades : «Ils se percent les na- «rines pour y pendre quelques ornements *. Ils portent aussi au «bras, en forme de bracelets, une dent de Babiroussa, ou un «grand anneau d'une matière que je crois de l'ivoire *. » Un tel usage est par lui-même caractéristique ; mais ce qu'il offre de plus remarquable encore est l’analogie qu'il présente avec les coutumes des Égyptiens. Les recherches modernes nous ont, en effet, indiqué la présence d'un ornement de forme exactement semblable sur un grand nombre de momies.

L'usage de macher le betel avec l'arec et la chaux, propre au rameau malais ,'a été porté chez les Papouas par ce peuple sans doute; mais on doit supposer que des communications antérieures en ont fait naître le besoin chez les habitants de Port- Praslin, où nous le trouvames très-répandu; à Bouka, où nous en vimes des traces; à l'ile de Choiseul et à la Louisiade, où Bougainville et Labillardière l'observèrent.

Ces derniers peuples et les Papouas de la Nouvelle-Guinée

? Les naturels de Navihi-Levou, l’une des Fidjis, ont adopté cette coutume; et, pour se donner un air plus formidable, ils percent le cartilage du nez, et ils y passent des plumes qui retombent sur les lèvres comme d’épaisses moustaches ( Mariner, t. I, p. 335). Or, nous avons vu une habitude identique chez les Nègres de Port- Praslin.

2 SURVILLE, sur le Suint-Jean-Baptiste,mentionne ces bracelets de cette manière (Port-Praslin) : « La plupart portent un bracelet au bras, au-dessus du coude, qui peut «avoir un demi-pouce d'épaisseur sur un pouce de largeur. Il est fait, autant qu'on « peut en juger, d’un coquillage dur, opaque, lourd , qui est supérieur en blancheur «à l’ivoire du Sénégal et au marbre de Carrare. » Découvertes des Français dans le S.-E. de la Nouvelle-Guinée, par Fleurieu, 1790, p. 128, in-4°.

surtout portent des amulettes faconnées en idoles, fixées sur la nuque par un collier fait de dents d'animaux, etc. Mais nous trouvâmes dans leurs cabanes quelques coiffures parfaitement analogues à celles qui servent aux enfants dans nos fêtes religieuses, et que surmontait une feuille de pandanus, contournée très-adroitement en fleur de lis. Cette forme antique et singulière., conservée fidèlement , et même avec le plus grand goût, chez les peuples encore dans les ténèbres d'une longue enfance, doit provenir de lAbyssinie. Mais ce qui met hors de doute leurs rapprochements avec les habitants de l'Afrique, ce sont les oreillers en bois sur lesquels ils appuient la tète pour dormir. À Waigiou, à Doréry, nous trouvämes chez tous ce meuble travaillé avec adresse, représentant le plus constamment et avec plus ou moins de perfection deux têtes de sphinx , attribut égypüen ; et plusieurs de ces objets, comparés en France, ne diffèrent en rien de ceux trouvés sous la tête des momies d'Égypte, dans leurs tombeaux, et conservés par les voyageurs récents, qui les ont découverts.

Les Papous de Doréry et de Waigiou ont un goût particulier pour faconner des idoles, qu'ils placent sur leurs tombeaux et dans un point particulier de leurs cabanes. Ces sculptures se reproduisent sur le devant de leurs pirogues. Mais comme leur culte est un fétichisme pur, et que quelque teinte de l'islamisme n'a pénétré qu'avec les Malais au Nord seulement, nous voyons chez tous cette habitude de consacrer, dans une cabane qui sert de temple, une suite d'idoles, vêtues de guenilles diverses, représentant des divinités rangées par ordre de puissance. Nous

«Les Nègres de Sierra-Leone semblent vénérer de petites statues faites à peu « près à la ressemblance de l’homme. Ii n’en coûte que huit ou douze pouces de bois « pour la façon de ces images, qu'on peint en noir, et qui sont les pénates de la «hutte. Ils en font des offrandes, qui consistent en chiffons, vases ébréchés, etc. » MATTHEWS , Voy. à Sierra-Leone. )

trouvâmes cet état de choses au Port-Praslin, graces à la course hasardeuse du jeune et brave de Blosseville; et ces naturels, sans exception, au milieu de leurs grotesques divinités, consacrent à des animaux des représentations assez fidèles. Cest ainsi que le crocodile est un objet de culte à Waigiou, le requin et le pélandoc au Port-Praslin, le chien à Doréry, etc. Les Papous, toutefois, vénèrent les morts, suspendent les têtes de leurs ennemis comme trophées aux parois de leurs demeures, pour les priver sans doute d'une existence heureuse dans l’autre vie; car ils ont la croyance d'un être suprême infiniment bon, et d'un génie adonné au mal.

L'industrie des peuples de race noire n’est point à citer. Cependant, les femmes des Papouas de Doréry fabriquent de la poterie ‘; et, comme ceux de Waigiou, ils savent assembler les belles feuilles satinées du pandanus longifolius, pour en faire des nattes, qu'ils festonnent diversement, ét qu'ils teignent avec les couleurs les plus éclatantes et les plus solides. Ces nattes, avec lesquelles ils s’abritent de la pluie, sont représentées, au Port-Praslin, par des capuchons qui en ont la forme et parfois l'ampleur : elles sont, en effet, le plus souvent pliées au milieu, et cousues à une extrémité.

Les habitants de la Nouvelle-Bretagne, de la Nouvelle-frlande, avaient divers ornements passés dans les narines, ou des bàtonnets traversant la cloison du nez, à l'instar des naturels de la Nouvelle-Galles du Sud. Cette mode se reproduisit à nos yeux chez les Papouas du havre de Rony, et tous nous assurèrent que les bâtonnets qu'ils portaient étaient bien petits en comparaison de ceux que les farouches Endamènes, leurs ennemis,

© Dans le pays des Kaartans, dans l’Afrique Occidentale, le village d’'4samanga T'ary est renommé par ses manufactures de poterie de terre, travaillée par les femmes.

( Voy. dans l'Afrique Occidentale, par Gray et Dochard.)

et les propriétaires des districts plus au Sud, se placaient ainsi, et comme une vergue civadière, ainsi que l’a dit le premier un marin judicieux et instruit.

Le genre de vie des Papouas ne nous fournit point de caractères bien précis. Cependant, ils ne savent point, comme les Océaniens , pratiquer des fours souterrains pour cuire leurs aliments : ils.se contentent de les griller sur les charbons ardents, ou bien, de faire des treillages élevés, et de les préparer amsi par l'action médiate de la chaleur. Vivant, du reste, des fruits équatoriaux, de racines nutritives, que le sol produit en abondance, les Papouas de la Nouvelle-Guinée savent encore cultiver quelques légumes; et l'espèce de haricot qu'ils nomment aberou forme principalement la base de leur nourriture, avec les produits de la pêche, ou les coquilles qu'ils vont chercher sur les récifs, et même les reptiles qu'ils attrapent dans les forêts.

Leur gouvernement est peu connu. On à, cependant, remarqué qu'ils semblaient obéir à des vieillards, dont l'autorité paraissait nettement établie ; et ce n'est guère que chez ceux qui ont communiqué avec les Malais, qu'on retrouve le titre de Radjah, par exemple; et encore n'en ont-ils point d'idées bien claires et bien distinctes. Nous avons vu que leur culte était un fétichisme pur; fétichisme sous l'influence duquel toutes les races noires de l'Afrique, excepté l'abyssinienne, sont plus ou moins soumises. Mais les Papouas entourent d’un profondrespect les tombeaux de leurs pères : ils élèvent des cabanes pour les abriter. Ils dressent souvent des estrades en bois, destinées à supporter leurs os desséchés, et ne manquent point de placer sur leur sépulture des vases destinés à recevoir des offrandes, tels que du betel, du tabac ou du poisson, et de recouvrir des attributs du défunt le lieu où reposent ses cendres.

La construction des cabanes présente, chez les divers peuples de race papoue, des différences assez tranchées. Ainsi les huttes

ZOOLOGTE. 97

des naturels de la Nouvelle-[rlande sont de forme africaine, arrondie, couvertes de paille, ayant une porte étroite et basse. Chez les habitants de Waigiou et de la Nouvelle-Guinée, au contraire, elles nous montrent quelle peut être l'influence des hostilités continuelles auxquelles ils se livrent. Ces peuples, en effet, établissent leurs villages au fond des baies, sur le bord des rivages. Mais, par une prévoyance sans cesse défiante, ils ont placé leurs maisons sur l'eau même des grèves, de manière qu'elles sont supportées par des pieux, qu'on ne peut y parvenir que par des ponts informes, qu'en cas d'alerte du côté des terres, on peut faire disparaître en un clin d'œil; tandis que la fuite est facile par mer, parce qu'ils ont le soin d'avoir leurs pirogues sous le plancher à jour de ces ajoupas. Ils se sauvent aisément dans les bois, au contraire, lorsque l'attaque à lieu avec des embarcations armées. Enfin, ceux même qui habitent l'intérieur du pays ont placé leur gite sur quelque morne élevé, dont l'approche est défendue par des palissades ; et, non satisfaits de la sécurité qu'ils peuvent retirer des obstacles qui se rencontrent sur le chemin, ils ont encore élevé leurs demeures sur des troncs d'arbres, rendus lisses, et hauts de douze à quinze pieds, et se servant d’un énorme bambou entaillé pour y parvenir. Chaque soir, cette échelle est retirée dans la cabane, et la famille dort en paix, sur des tas de flèches préparées pour repousser toute attaque, dans l'aire qu'elle a construite à la manière des oiseaux. Ce sont ces cabanes aériennes, que l’un de nous examina avec détail, qui ont donné lieu de croire à quelques écrivains, amis du merveilleux, que les Papouas logeaient dans les arbres. Nous ne savons point si les voyageurs mentionnent ail-

" Les cabanes des naturels de la Louisiade sont, comme celles des Papous, élevées avec des pieux de deux ou trois mêtres au-dessus du terrain (LABILLARDIÈRE à Voy. Rech. de la Pérouse, t. IT,p. 277).

Voyage de la Coquille. — Z. Tom. 1. 13

leurs une telle construction; et on n'en trouve point de traces en Afrique, à ce que nous croyons. Seulement, le capitaine russe Krusenstern (Voy.; t. I, p. 233) dit que les Tartares qui habitent Sakhalien élèvent leurs cabanes sur des pieux, au-dessus du sol.

Ces peuples possèdent encore un genre de construction nautique, opposé à celui des rameaux océanien et mongol-pélagien. Navigateurs comme le sont naturellement tous les peuples riverains, on retrouve, chez tous les Nègres épars depuis le Nord de la Nouvelle-Guinée, sur ces chaines de grandes îles, une forme assez générale de pirogues. Ceux de Port-Praslin, de la Nouvelle-Bretagne, de l'ile d'York, de Bouka enfin , ont des embarcations sveltes, légères, formées de bordages assemblés, et cousus, et dont les joints sont bouchés par un mastic tenace, dont les deux extrémités se relèvent, et sont, le plus souvent, surmontées de quelque attribut. Mais toutes ces pirogues n'ont point de balancier, tandis que celles qu'on retrouve sur le pourtour boréal des iles dites des Papous, et qui sont destinées aux besoins ordinaires, sont, sans exception, à deux balanciers; celles de guerre , toutefois, ressemblent aux précédentes.

Les armes principales des habitants de Waigiou et de Doréry sont l'arc, les flèches et les longues javelines, terminées par une lame de bambou, acérée et faconnée en fer de hallebarde. A Bouka , nous retrouvons les flèches et des arcs parfaitement fabriqués en beau bois rouge, de même qu'à la Nouvelle-Irlande et à la Nouvelle-Bretagne. Mais ces tribus, inquiètes et guerrières, emploient principalement le casse-tête de bois dur, les longues javelines, garnies parfois d'os humains ; ce qui annoncerait peut-être une habitude d’anthropophagie; les frondes pour lancer les pierres, et surtout l'usage constant du bouclier‘. Cette

1 De Bougainville (’oyage autour du monde) vit les naturels de la Louisiade se

arme défensive, faite sur le modele de certains boucliers ro- . mains, garnie de coquilles enchâssées avec symétrie, serait-elle due au hasard : ?

Tous les peuples ont une musique, en rapport avec leur civilisation sans doute ; mais les Océaniens, les Mongols-Pélagiens, et les peuples noirâtres et à cheveux frisés des îles de la mer du Sud, ont chacun un type particulier, suivant leurs habitudes ; et, quoique cet art soit resté stationnaire par l'isolement de ces peuplades, il n’en est pas moins caractéristique, et ne peut provenir que d'un ensemble d'idées perfectionnées. Nous ne savons rien de la musique des Papouas de Doréry et de Waigiou : celle des habitants de Port-Praslin et de l'ile d'York et leurs instruments nous sont mieux connus. Sur toutes ces grandes terres, nous retrouvames le tamtam, dont le nom peut varier, mais jamais la forme, qui est limitation parfaite du tamtam de la srande extré-

mité par une peau de lézard, est encore usité dans plusieurs

côte de Guinée. Ce tambour, creux, fermé à sa

régions de l'Afrique. Mais ce qui dut nous fournir matière à réflexion au Port-Praslin, sont et l'épinette et la flüte à pan que nous y trouvâmes. L'épinette est faite avec une lame de bambou, divisée en trois lamelles effilées, qui se placent dans la bouche comme la nôtre. Quant à la flute à pan, nous devons nous y arrêter un instant, et indiquer la conclusion d'une note, que nous à remise sur cet instrument un de nos amis, excellent musicien. « Les anciens connaissaient deux sortes de flüte: la simple, «et le syrinx ou flüte à pan ; et ces flûtes n'avaient qu'une éten- «due de sons très-bornée, parce que les Grecs ignoraient l'har-

servir également de boucliers : la description qu'il en donne est applicable à ceux que nous avons vus au Port-Praslin.

1 Les Antaximes de la partie Sud de Madagascar, à teinte très-noire et à cheveux

crépus, se servent du bouclier pour combattre ( Malte-Brun, Géog. t. IV, p. 123).

«monie proprement dite, et que leur mode de musique était mr- «neur, tant l'homme raturel éprouve plus de facilité à attaquer «la tierce mineure que celle majeure. Le syrinx de la Nouvelle- «Irlande présente ce caractère mineur; et, après un examen «sérieux, je conclus que cet instrument, composé de huit notes, «dont cinq appartiennent à la gamme, et trois sont répétées à « l’octave en-dessous, est des temps les plus reculés.» Lorsque M. de Blosseville visita le village de Leukiliki, à une lieue du Port-Praslin dans l'intérieur, il ne fut reçu qu'après que des naturels eurent exécuté une danse nommée louk-louk. Les danseurs étaient entièrement cachés sous un vêtement bizarre, fabriqué avec des lanières de feuilles de pandanus, imitant une ruche ambulante, et qu'ils suspendent à des poteaux sur la grève. Toutes les circonstances de cette sorte de solennité seront rapportées dans la relation historique; mais nous devons citer comme rapprochement un usage semblable, observé dans le royaume de Woulli, en Afrique, par le major Gray. « En ap- «prochant de Barra-Cunda, nous vimes accroché à un poteau, «hors des murs de la ville, un vêtement fait d'écorces d'arbres, «coupé par filaments, et arrangé de manière à couvrir un « homme, espèce de loup-garou, nommé Mumbo-Jumbo. » Des ténèbres trop épaisses couvrent les traditions poétiques de ces peuples, pour que nous puissions en tirer quelques conséquences : nous en ignorons même les faits les plus essentiels. Mais ce qu'on ne peut se dispenser de remarquer, c'est la divergence complète du langage, qui existe non pas d'ile à île, mais même de tribu à tribu et de village à village. Quelle peut en être la cause? rien autre chose sans doute que ces haines héréditaires, ces guerres perpétuelles , dans lesquelles vivent et meurent les générations successives. Le caractère moral de ces peuples en a acquis cette barbarie profonde, cette défiance sombre et continuelle, qui les rendent traitres, perfides et assassins. « Nous

ZOOLOGIE. IOI

«avons observé, dans le cours de notre voyage, dit Bougainville, «qu'en général les hommes nègres sont beaucoup plus méchants « que ceux dont la couleur approche de la blanche. »

Quant aux rapports que peuvent avoir entre eux les idiomes de chaque peuplade, il nous serait impossible de les saisir. Ce langage barbare et guttural se refuse à tout examen; et on en pourra juger par le tableau suivant, dans lequel nous avons placé

les noms de nombre, écrits comme les naturels les prononcent.

NOUVELLE - GUINÉE. |[NOUV.-GUINÉE.|NOUV.-IRLANDE.|MADAGASCAR. Re — MALAIS.

Canton Havre de ALFOUROUS , de Ronyx. | Doréry. |hab. de l'intérieur.| PORT-PRASLIN, DER Hiossaire. Saha. Toure. Ti. Rec. Satou.

Nourou. Doui. Kire. Irou. Roui. Doua.

Nokore. Kiore. Noure. Toul. Telou. Tiga.

Fake. Fiake. Ouat. At. Effack. Ampat.

Rime. Rime. Mai. Lime. Dimi. Lima.

Ouonèême. |[Ouonéme. Imbitoure. Ouone. Enine. Anam. Ounamanourou.| Fike. Inebiki. Hiss. Fitou. Touyou. Ounamonocore.| Ouart. Imbinour. Ouale. Valou. Delapan. Fike. Sihiou. Imbeboit. Siou. Sevi. Sambilan. Sanfour. Sanfour. Ouanguire. Saouli. Foulou. Sapoulou.

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