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ENVIRONS DE TALCAGUANA ms DE PENCO, ET DE LA CONCEPCION AU CHILI.
Notre séjour au Chili, au mouillage de Talcaguana, eut lieu du 20 janvier 1823 jusqu'au 13 février suivant: Nous n'avons donc consacré que peu de jours à l'examen du littoral d'une contrée intéressante, et encore neuve pour la science, malgré les écrits de Feuillée ?, de Frezier *, de Molina ‘, et ce qu'en à rapporté Dombey *.
Ainsi nous ne parlerons, dans cet article, que des côtes de la baie de Talcaguana, des alentours de la Motcha ou de la Con-
1 Ce nom, emprunté à la langue arauque, est écrit de différentes. manières. On trouve Talcahuano, Talcaguano dans plusieurs relations de voyages.
? Journal d'observations faites sur les côtes orientales de l'Amérique, par le Père Feuiliée, minime, 2 vol. in-4°, Paris, 1714.
$ Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chily et du Pérou, fait pendant les années 1712, 1713 et 1714, par Frezier,.r. vol. in-4°, Paris, 1732.
# Essai sur l'histoire naturelle du Chili, par Jean-Ignace Molina, traduit de l'italien par Gruvel, in-8°, Paris, 1789.
$ Joseph Dombey, né à Mâcon le 22 février 1742, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, n’a rien écrit; mais il est un des naturalistes qui ont montré le plus d’ardeur pour enrichir les collections de la France. On peut le proposer pour modèle aux voyageurs. Instruit , tolérant, d’un commerce facile, il a laissé au Pérou et au Chili, où il a long-temps séjourné, une réputation très-honorable. Il mourut
misérablement dans une prison d’Espagne, en 1794.
cepcion, de l’ancienne Penco, de la presqu'ile de Talcaguana, et de l'ile de Quiriquine.
La baie de Talcaguana, vaste et profonde, est située par 36° 42° 00” de lat. S., et 75° 30° 41° long. O, dans la province de la Concepcion; elle a douze milles de longueur sur neuf de largeur. La bourgade de Talcaguana, qui lui donne son nom, est bâtie sur ses bords, et la ville de la Motcha, capitale de la province, n'en est éloignée que de deux lieues. Les ruines de l'ancienne Penco sont éparses sur les confins d’une plaine basse et marécageuse; et de l'autre côté, un havre profond, nommé port Saint-Vincent, s'avance dans les terres pour former, avec le fond de la baie de la Concepcion, une longue presqu'île de toute la côte occidentale.
La bourgade-de Talcaguana est assise sur le versant d'un terrain assez élevé, qui finit à un morne, nommé cap de l'Estéro, au pied duquel s'ouvre le fzo del Estero. De ce point jusqu à Penco, et dans une distance de neuf milles, la surface du terrain est très-basse, et a été indubitablement submergée il n'y a pas encore long-temps, et ne formait qu'un seul canal avec le port Saint-Vincent. Tout indique en effet que la presqu'ile de Talcaguana était naguère une ile séparée de la terre ferme par un bras de mer étroit, large de deux milles au plus. L'isthme à demi desséché qui existe aujourd'hui, présente encore, dans une partie de son étendue, de profonds marais, où croissent des cypéracées, des roseaux , des sagittaires ,des carex, et la gratiole du Chili; tandis que les autres endroits sont revètus de salicornes, de soudes, d’éphédra, de chenopodiées, d’un mesembryanthemum, plantes maritimes, qui se plaisent plus particulièrement sous l'influence d’une atmosphère toute marine. Enfin les hautes collines qui leur servent de limites au Nord et au Sud sont terminées verticalement et usées, comme le sont d'ordinaire les rivages. Ces collines sont élevées au-dessus du
ZOOLOGIE. 231 niveau de la mer, dans la baie, de trois cents pieds environ. Leur sommité forme un plateau légèrement ondulé et trèsboisé. Des ravins en coupent cà et là les bords, et sont arrosés par les eaux qui en descendent dans la saison des pluies : ce qui permet à la végétation d'y trouver les moyens d'y croitre avec vigueur.
La formation minéralogique de la côte occidentale appartient aux roches talqueuses phylladiformes. La couche la plus inférieure est formée par une sorte de*phyllade noire, compacte et terne; celle qui est moyenne se compose d'un mica-schiste à feuillets très-brillants, dont la direction est de l'Ouest à l'Est. Des veines nombreuses de quartz amorphe et des veinules de fer à l’état d'ocre serpentent verticalement dans toute l'épaisseur'du terrain. Vers le sommet, les feuillets schisteux, mis à nu, sont souvent remplacés par des masses qui offrent l'aspect et la texture de l’ardoise tégulaire. Plusieurs pieds d'une argile schisteuse, d'abord jaunâtre, puis d'un rouge assez vif, recouvrent ces roches; et cette couche argileuse supporte ellemême une brillante végétation. En avancant vers le Nord, sur la même côte, on suit assez uniformément une sorte de terrain ajouté sur le précédent, et qui doit naissance à la mer. Il est plus particulièrement remarquable autour de la petite ile de Quiriquine, à laquelle il forme une ceinture, en présentant les circonstances suivantes :
1° Au niveau de la mer, à marée basse, on observe un grès argileux, friable et peu consistant, formé de particules grenues, rougetres, égales, et agglutinées par un ciment peu adhérent. Divers bancs, placés au milieu de la baie et décou-
vrant à basse mer, sont entièrement de ce grès. Les plages de
l'ile de Quiriquine sont recouvertes d’un sable micacé, noir, brillant, et affectant un aspect métallique.
2° Les couches supérieures au grès dont nous parlons sont
formées par un sable argileux, tassé et recouvert lui-même par des sables agglutinés et gréseux comme les premiers.
3° Des couches de sables argileux et terreux, rougeñtres, dans lesquels sont incrustés des galets arrondis, d’un volume assez égal, et ne dépassant guère la grosseur d’une orange.
4 Des lits de sables argileux, avec des couches alternatives de coquilles non pétrifiées, et seulement roulées par les vagues, et de même espèce que celles qui sont éparses sur les grèves. Ce fait avait déja été mentioñné par M. de Chamisso, qui l'observa sur les rives du port Saint-Vincent et au-dessus du petit bourg de Talcaguana. Ces lits de coquilles ont été saisis, à mesure que la mer les déposait, par un ciment assez solide, et se composent principalement de concholepas, de crépidule péruvienne , de fissurelle et du mnytilus lata, espèces très-communes dans ces mers.
5° Une écharpe peu épaisse, formée d’une sorte de pudding, que constituent des galets de toute grosseur, enchàssés confusément dans un sable fin par-un ciment assez adhérent.
6° Argile jaunâtre, durcie.
7° Aroile rouge, meuble, formant la couche superficielle et végétale du sol.
Telle est la disposition qu'on observe dans la succession des petites couches que nous venons d'indiquer, en commencant par les plus inférieures et remontant successivement. Elle: revétent donc assez uniformément et partout la formatica tal queuse phylladiforme. Leur origine serait assez difficile à expliquer, si l'on ne savait que les tremblements de terre fréquents, et les inondations énormes qui en sont la suite, ont du jouer le principal rôle pour leur donner naissance. Peut-être même leur origine ne remonte-t-elle pas à des temps bien éloignés de la submersion de l’ancienne Penco, dont on voit aujourd hui une partie des ruines au fond de la baie et dans sa partie S.-E.
La côte orientale de la baie est formée par le continent; elle est onduleuse, très-mamelonnée, et appartient exclusivement à la formation primitive. Toutes les montagnes que nous avons observées, les mamelles du Biobio, comme celles qui dominent la Concepcion au Sud , et qui forment une chaine se dirigeant de l'Est à l'Ouest, nous ont offert uniquement un granite, variable seulement par une teinte plus ou moins noire, et presque jamais rosée. Le terrain, dans un rayon de trois à quatre lieues, n'offre qu'une ou deux plaines de date récente, marécageuses, occupées par les villes de Penco et de la Concepcion ; partout ailleurs les vallons et les collines se succèdent sans interruption. La nature du sol annonce l'existence d'un lambeau de terrain tertiaire, qui semblerait même se continuer jusque sur les côtes de Guayaquil, et qui existe sur les rivages du Pérou , et surtout à Payta, où il est parfaitement caractérisé. Près de Penco, en effet, nous observämes un gisement assez riche d'un lgnite stratiforme, qui affecte tous les caractères extérieurs de la houille : il fournit aux besoins des naturels et des navires qui visitent ce point du Chili; et comme il jette une flamme très-vive en brülant, il est fort estimé. Ce lignite n'est qu'à six ou sept pieds au-dessous de la surface du sol. Le premier lit ou le plus inférieur n'a que deux pieds et demi à trois pieds d'épaisseur; c’est le seul qui soit recherché : il est composé de lignite pur. Celui qui est au-dessus est mêlé à beaucoup de débris terreux , et recouvert par une couche mince d'argile grise, feuilletée. La couche superficielle est au contraire épaisse, et formée en entier d'argile d'une couleur rouge très-vive.
Sur la rive occidentale de la baie de Talcaguana, vis-à-vis l'ile de Quiriquine, est un petit village appelé 7umbès, où l'on va recueillir un salpêtre de houssage très-estimé, que fait exploiter la république. Les gisements de sel gemme sont égale-
ment très-nombreux et l'objet d'un grand commerce sur la côte. Voyage de la Coquille. —7Z. Tom. 1. 30
Le Chili est depuis long-temps célèbre par les mines de métaux précieux qu'il possède, et, sous ce rapport, il rivalise grandement avec le Pérou. La plupart de ces mines sont situées dans la portion aride des Cordillières, au-delà du Chili boisé, soit au pied des Andes, soit dans les petites Cordillières. Près de Saint-Yago, sont les riches mines d'or de Pétorca : celles de las minas de la Florida sont à vingt-quatre heures de chemin de la Concepcion. Les plus riches mines d'argent sont dans le Cerro d'Upsalallata. Les mines de cuivre, de plomb, de fer, d'étain, de mercure, de Coquimbd, de Copiapd, sont très-riches , mais, dit-on, mal exploitées.
La végétation qui revêt le sol que nous venons d'indiquer a une physionomie tout européenne. Ce n'est plus la pompe ou le luxe des plantes largement développées et d’un vert gai du Brésil; mais c’est la force, la vigueur, unies au feuillage noir et aux formes des arbres des forêts du Midi de la France. A la vue de ces masses végétales, on ne se croirait pas dans l’Amérique du Sud, si une seule plante, au port aloëtique et équatorial, la Pitcairnia , ne contrastait avec toutes les autres. Mais. cependant cette ressemblance n’est qu'extérieure; car nul pays ne présente peut-être un plus grand nombre de genres ou d'espèces qui lui soient propres. La fécondité du sol est trèsremarquable sur tous les coteaux des bords de la baie de Taleaguana ; elle n’est surpassée que par la richesse des plantes qui s’y pressent; et il nous serait fort difficile d'en donner une juste idée, sans entrer dans des détails qui nous entraineraient hors de notre sujet. Les forêts sont formées d'arbres de toutes sortes, et surtout de myrtes de la taille de nos ormes moyens de France: leurs rameaux, chargés de fleurs blanches , embaument l’atmosphère, et supportent les larges corymbes rosés d'une plante grimpante syngenèse, et les cimes rouge-ponceau d'un gui arborescent ; la superbe Lapagerie, le cupido des Araucanos,
s'appuie fréquemment sur leurs troncs dépouillés, et fait briller, à travers leur feuillage lustré, ses éclatantes corolles. La Sarmienta charnue adhère aux écorces comme notre lierre, et ses cloches vermillon retombent sur le vert mat de ses feuilles. Il en est de même de la Lardizabala *. Des fougères s’établissent sur les ramifications des branches, et des bambous poussent leurs jets verticaux et rigides au milieu des massifs, qu'ils contribuent ainsi à rendre très-pittoresques. Les coteaux desséchés ont leurs pelouses ?, formées de lis des Incas (“{stroemeria), de tupa (Lobelia tupa) et d'amarytlis, plantes si recherchées en Europe par la beauté de leurs fleurs.
Dans les lieux secs, se présentent communément la violette arborescente , le Teucrium du Chili, la francoa appendiculata, la verveine de Buenos-A yres, le galliet à fruits rouges, des acœna, des eryngium, etc., la jolie syngenese bleue, nommée sempreviva par les créoles ( trixis spinosa), ainsi que leur yanco, qui est le Znum aquilinum de Molina.
Les bois des environs de Talcaguana, de Penco et de la Concepcion, ne présentent point d'arbres de grande dimension : ceux qui pourraient être réclamés par le service des constructions navales ne se trouvent guère que dans les forêts de l'intérieur. Le feuillage est en général coriace, sec et persistant, et affecte surtout la forme entière. Les arbres qu'on rencontre le plus ordinairement sont plusieurs espèces de myrtes : le schinus molle, lemaqui (Aristotelia maqui), dont le fruit fournit un vin estimé des Chiliens ; l’avellano [gevuina avellana), dont
‘ Cette plante a été décrite par l'abbé Ventenat. C’est la Lardizabala de la Flore du Pérou. La fleur mâle est figurée, Atlas, n° 6 et 7, et la fleur femelle, n° et 9; et la description de Ventenat se trouve dans le tome IV, page 26, édition in-{°, du Voyage de La Pérouse autour du monde (Paris, 1797).
2 On voudra bien se rappeler l’époque précise de notre séjour, et les lieux que nous fréquentämes , pour constater l'exactitude rigoureuse de cette indication.
l'amande remplace en Amérique la noïsette de nos contrées. Le thilco du Chili, le charmant Fucksia, forme presque tous les buissons. Les parties humides ou très-ombragées de ces mêmes bois nourrissent des fougères à larges feuilles ; le panke ténctoria (Molina, ist. nat., p. 113), classé parmi les Gunnera dans la Flore du Pérou, et qui est employé en teinture; des bambous, précieux pour divers usages domestiques, et un grand nombre de végétaux très-remarquables sous le rapport de la beauté de leurs corolles, ou de leurs caractères botaniques. Les alentours de la route qui conduit de Talcaguana à la Concepcion présentent, au milieu des bois, des espaces sablonneux assez considérables et découverts, quelques champs herbeux, dont la végétation est spéciale. C'est ainsi que nous y observames un melocactus de très-petite taille, plusieurs onagres, et notamment la belle ænothera gigantea, des mimosa, un geum, le cestrum parqui, et diverses autres plantes très-
intéressantes dont la nomenclature ne serait point utile à notre
objet. ; Les prairies humides ont la physionomie de celles de France: elles sont formées principalement de menthes, de renoncules, de potentilles, de trèfles, d’anagallis ; mais on y trouve surtout le fraisier dioique du Chili, dont l'ingénieur Frezier enrichit la France en 1714, et qu'il a figuré dans sa relation, pl. XI, et décrit page 70, et la centaurée cachalouaï ( Chironia chilensis ).
Un carduncellus couvre la petite ile de Quiriquine; et un ammi les champs environnant Penco. Les marais du pourtour du havre de Saint-Vincent ont un aspect tout européen. Ce sont des arundo , des sagittaires , des hydrocotyles, des scirpes, des joncs , une gratiole (gratiola peruviana ), qui les tapissent.
La luzerne commune, soit qu'elle y ait été naturalisée, soit qu'elle doive y être regardée comme indigène, forme un excellent pâturage pour le bétail du pays; elle est souvent détruite
par la cuscute odorante de la Flore du Pérou, qui sempare quelquefois de toutes les plantes de certaines localités.
Les coteaux de Castillo-Galvès sont recouverts par une Nicotiane, un Bromelia, le coulen (psoralea), dont les feuilles servent à faire une boisson enivrante, le fortbundio ( datura arborea ), introduit dans nos serres, qu'il embellit par ses larges corolles infundibuliformes, et surtout par le Lobelia tupa, qui croit partout.
Enfin la baie est couverte de laminaria pyrifera ( macrocystis communs, Bory ), et toute la côte du port Saint-Vincent et de la presqu'ile de Falcaguana, en dehors de la baie de la Concepcion, est jonchée des larges lanières du porro des Chiliens ( fucus antarcticus, de Chamisso, pl. VIT du loy. pitt. de Choris, et Durvillæa utilis, Bory ), singulière hydrophyte, qui sert de nourriture aux habitants. La classe indigente, en effet, va récolter sur les rivages ce fucus, dont les frondes imitent des lanières de vieux cuirs, et le transporte, lié par petites bottes, aux marchés de la Concepcion, où il est très-recherché.
Tel est l'aspect général d’un pays que la douceur du climat, une température égale, rendent délicieux sous le rapport de l'habitation de l'homme, mais qui n'est encore que peu connu par ses productions naturelles. Certes le Chili doit promettre de nombreuses découvertes à un zoologiste laborieux et au courant de la science, et l'on doit beaucoup espérer du naturaliste qui l’explore en ce moment, notre compatriote et ami M. d'Orbigny. Nous n'avons en effet séjourné que fort peu de temps sur ses côtes, et, malgré cela, nous nous y sommes procuré plusieurs espèces d'oiseaux entièrement nouvelles, que nous décrirons d’après les doubles; car le nombre en a été diminué par la perte que M. Garnot a faite de plusieurs espèces dont nous ne possédions que des individus uniques. On remar-
quera que le Chili nourrit un grand nombre d'oiseaux qu'on
retrouve dans le Tucuman et à la Plata, et plusieurs de la Patagonie et même du Brésil.
Molina, dans son Histoire naturelle du Chili, a décrit seulement trente-trois espèces d'oiseaux. Plusieurs ne sont pas reconnaissables par la brièveté des phrases, ou le peu de caractères dont il a accompagné leur diagnose ; et personne, depuis lui, n'a retrouvé le rara dont il a fait le genre phytotoma, et qui cependant parait reposer sur des caractères assez précis. Les espèces que cet auteur décrit sont, les f’ultur jota; Falco tharus; Strix cunicularia ; Psittacus jaguilma,cyanalysios,chorœus; Picus lignartus, pitius; Trochilus cyanocephalus, galeritus ; Anas melancorypha, hybrida, regia, coscoroba ; Diomedea chilensts, chiloensis; Pelecanus thagus; Phæœnicopterus chilensis; Ardea erythrocephala, galatea, cyanocephala, thula ; Tantallus pillus ; Parra chilensis ; Otis chilensis; Columba melanoptera; Sturnus ioyca; Turdus thilius', thenca, curœus ; Fringilla barbata, diuca , et Phytotoma rara. Or, dans notre très-court séjour, nous n'avons observé que le même nombre d'espèces à peu près : plusieurs toutefois nous offrirent quelques particularités intéressantes à ajouter à leur histoire.
Parmi les oiseaux de proie, plusieurs buses, autours et éperviers sont communs dans les campagnes, surtout le faucon chimango de D’Azara, qui vole sur le dos des mulets pour les débarrasser des insectes qui les tourmentent ( falco crotophagus). Wied, Z£., t. IL, p. 71; D’Azara, Ze, t. IL, p. 35. Mais l'oiseau de rapine le plus abondamment répandu est le 2allinaze ou catharte, que les habitants nomment jote, le vultur jote de Gmelin et de Molina, le cernicalo de Commerson, et que La-
! Suivant Molina, le nom du Chili dériverait de celui de cet oiseau, que les Araucanos nomment éhilé ou chili, d’après son cri, et qui est très-abondant dans cette partie de l'Amérique : Frezier le fait provenir, avec plus de fondement , du nom d’une rivière nommée Chille, qui coule dans la vallée de Guillota.
tham a confondu avec l’urubu sous le nom de vultur aura (sp. 8). Le yote ( vultur aura) parait habiter toute l'extrémité méridionale de l'Amérique. Nous l'avons observé au Brésil, aux iles Malouines, au Chili, et même au Pérou; mais dans cette contrée 1l est moins commun que l'urubu ( vultur urubu, Vieillot), qui vit par grandes troupes protégées par les lois du pays.
Nous rencontrames fréquemment une chouette qui se tient à terre dans les bois découverts, près des souterrains qu'elle se creuse. Ce doit être indubitablement.la chouette à clapier de Buenos-Ayres, que Commerson a figurée dans ses planches inédites , et que Molina à décrite sous le nom de strix cunicularia, et de pequen, mot de la langue arauque ‘. Ses œufs, au nombre de quatre, suivant le Père Feuillée, sont blancs tachetés de jaune.
Diverses sortes de passereaux viennent jusque près des villages : c'est ainsi que nous y observames une petite mésange, plusieurs moucherolles, et entre autres le clignot du Paraguay (hymenops nyctitarius, Commers., Dessins inédits ), et la moucherolle à huppe blanche ( m. albicilla, Vieïll.), dont le bec est plus effilé que celui de l'espèce de Cayenne; la farlouze de Monte-Video de Buffon, un troglodyte, la grive des Malouines, une hirondelle qui niche sous les toitures des maisons de Tal-
! L'espèce qui s’en rapproche est celle décrite par le prince de Wied sous le nom de CHOUETTE PULSATRICE, séréx pulsatrix. Wied, 74, t. IT, p. 182.
Mâle : long. dix-sept pouces quatre lignes ; couleur, gris-clair, brun-rougeûtre ; tache blanche sur la gorge; plumes scapulaires, marbrées agréablement d’une teinte plus foncée , de même que les ailes et la queue; rectrices traversées de bandes plus claires et plus foncées ; le dessous du corps, jaune-clair, passant au jaune-rougeätre sur la poitrine et sur le ventre. Son cri imite le battant d’une cloche. Hab,. le Chili.
Serait-ce la chouette échasse ( strix grallaria), pl. CXLVI de M. Temminck, qui à pour synonyme la chouette de Coquimbo de Molina, ou strix cunicularia des systèmes ?
caguana , et un synallaxe nouveau. M. Temminck ayant décrit dans ce genre récemment établi cinq espèces du Brésil :, celle que nous avons figurée pl XXIX, fig. 1, sera la sixième, et servira à établir la connexion qui existe entre les animaux de l'empire du Brésil, de la république Argentine et du Chili. Un fournier nouveau (furnarius Lessoni, Dum:.), voisin du fournier des Malouines et de l’Aornero ou casero de D'’Azara, de Buenos-Ayres, et le chopr (troupiale) de D'Azara, torditos des Espagnols chiliens, viendront encore corroborer cette idée. Cependant notre synallaxe, que M. Garnot regarde comme inédit, nous parait être celui que Latham a figuré dans son Synopsis sous le nom de thorn tailed warbler de la Patagonie. L'etourneau blanche-raie ou des terres Magellaniques ? est excessivement commun dans la province de la Concepcion. C’est le sturnus loyca de Molina *. Sa description ne laisse aucun doute à cet égard; et c’est donc à tort que Gmelin et Latham ont fait des sturnus militaris et loyca deux espèces, la dernière étant purement nominale. La femelle, dont le rouge dela poitrine est toujours pale ou plutôt ocracé, pond trois œufs gris, marqués de brun, dans un nid placé à terre négligemment. Molina décrit trois espèces de trochilus, dont deux seraient de passage au Chili. Aucune d'elles n’a de rapports avec l’oiseau-mouche nouveau que nous figurons pl. XXXI, fig. 2, sous le nom d'orthorhynchus sephaniodes. Cette belle espèce ne parut que quelques jours avant notre départ de la baïe de la Concepcion; ce qui nous porterait à croire qu'elle ne vient dans le Sud de l'Amérique qu'avec les chaleurs de l'été, et qu'elle se retire
© Synallaxis tecellata , setaria , rutilans, albescens, cinarescens ( pl. col. ).
? Le pechio-lorados. Frezier, voy. p.74.
? Sturnus loyca, fusco, alboque maculatus , pectore coccineo ( Hist. nat. du Chili, p. 324 ), Troupiale à gorge ensanglantée, D’Azara, voy. t. III, p. 185.
ZOOLOGTE. 24r
vers le Pérou lorsque les jours se refroidissent. La croyance commune des habitants est cependant que, durant l'hiver, cet oiseau s'engourdit et se pend par le bee aux branches des arbres : erreur populaire que partage même Molina (page 226 de son Histoire naturelle). Notre oëseau-mouche est nommé becaflor par les créoles espagnols : il est très-commun dans les petits bois qui couronnent le village de Talcaguana sur la presquile, et, pendant le jour, il vole en becquetant sans cesse les corolles miellées d'un gui, dont les fleurs d'un rougeponceau ont l'aspect de celles de quelques chèvre-feuilles.
Sous le nom de carpentero, les Chiliens confondent indistinctement deux espèces de pic. Le picus lignartus à huppe rouge, le plumage blanc, rayé de bleu, d'après la description de Molina; nous ne l'avons pas rencontré. Mais il se peut que son picus pitius ® soit notre picus chilensis, figuré pl. XXXIT, quoiqu'il y ait quelques traits de dissemblance.
Une seule espèce de la famille des psittacidées s’est offerte à notre examen. Il est vrai de dire qu'elle est extraordinairement commune aux alentours de Talcaguana , et que c'est de ce nom quelle porte chez les Araucanos, d'après son cri, qu'est dérivé celui de cette partie du Chili. C'est notre pstttacara patagonica. Azara le premier l'a décrite sous le nom de patagon (Por. t. IV, p. 60), mais d'une manière obscure; M. Vieillot ne l’a pas mieux fait connaitre ensuite sous le nom de psittacus patagonicus : elle n'a point été figurée; sans doute qu'on l'a confondue jusqu'à ces derniers temps avec la perruche-ara de la Guyane de Buffon. Cette grande espèce de psittacara est
* Prous prrius, caud& brevi, corpore fusco maculis ovalibus albis guttato. Nommé pitico, ce pic est de la grosseur d’un pigeon, et niche, non dans les creux des arbres, mais dans les falaises des rivières. Sa ponte est de quatre œufs; sa chair est très-estimée ( p. 215).
Voyage de la Coquille. — Z. Tom. 1. on
nommée caterta par les créoles : elle se réunit presque toujours par bandes nombreuses, et 1l n'est pas rare d'en voir chaque jour des volées traversant la vaste baie de la Concepcion. Son cri est aigre et très-fort, et ses mœurs sont sauvages. Molina a mentionné trois espèces de perroquets, dont deux sont de passage. Mais nous n'avons eu aucun renseignement sur son thécau (ps. cyanalysios); son choroi (ps. chorœus), et son jaguilma ( ps. jaguïlma * ), à moins que ce dernier ne soit notre pstttacara; ce dont on doit raisonnablement douter.
Plusieurs espèces de colombes, nommées turcasa, habitent les bois. L'une d'elles est figurée pl. XL de notre Atlas, sous le nom de columba araucana; elle est voisine de la colombe à queue annelée (columba caribæa, Lath.), rapportée de la Jamaïque et de Porto-Rico par Maugé, de la colombe à nuque écaillée ( c. portoricensis, Temm.), et de la colombe picazuro de Vieillot ( picazu, D'Azara ), du Paraguay, quoiqu'elle s'éloigne de chacune d'elles, tout en possédant plusieurs de leurs caractères.
Le vanneau armé de Cayenne (Buffon, Enl. 836), parra cayennensts, L., est assez commun sur les plages déclives de Penco; les ergots qu'il porte aux ailes sont roses, et n’ont point les fortes proportions que leur donne Frezier, car leur longueur est au plus de six lignes : cest le parra chilensis de Molina.
L'huitrier noir ( Aœmatopus capensis ), si commun aux iles
Malouines, se retrouve avec la même abondance sur les rivages
de la petite ile de Quiriquine : c'est le prpeliène de Frezier. Un ibis à cou rougetre, à dos vert ( ébs albicollis, Vieill. ), habite
les rives du port Saint-Vincent. Les bords de la mer sont la
! PsITTACUS JAGUILMA, macrourus, viridis, remigibus apice fuscis, orbitis Jfulvis. Molina, p. 322.
demeure habituelle des chevaliers, des corlieux , des alouettes de mer, qui ne diffèrent point de nos espèces d'Europe et de la maubéche australe.
Tous les voyageurs mentionnent des flammants au Chili : et au Pérou : ils les appellent famingos. Mais les oiseaux que nous avons vus, et qu'on nomme ainsi, sont des spatules aiaïa. Il se peut cependant qu'on y trouve des flammants *.
Deux espèces de grèbes non décrites et qui sont très-communes dans la baie de la Concepcion, soffrirent fréquemment à nos recherches : l'une est le grèbe albicoile , et l'autre le grebe d'Amérique, dont on voit des individus dans les galeries du Muséum, rapportés du Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire. Le manchot des iles Malouines, aptenodytes demersa, fréquente,
! Latham a adopté le phænicopterus chilensis de Molina, qui a pour diagnose cette phrase : Awber, remigibus albis.
? Voici quelques renseignements assez intéressants, fournis sur ces //arringos par Dampier ( Nouv. voyage autour du monde, 3° édit, Amst., 1711, vol. in-10, tom. 1°, p. 78).
« Les flamants, fflamningos, aiment à être en troupe, et cherchent leur vie dans « les baïes, dans les viviers, et autres lieux où il y a peu d’eau. Ils sont extrêmement « sauvages, et il est bien difficile de les tuer. Ils font leur nid dans les marais où il «y a beaucoup de boue, qu'ils amoncèlent avec leurs pates, et en font de petites «hauteurs qui ressemblent à de petites iles et qui paraissent hors de l’eau. Ils font « le fondement de ces éminences large, et le conduisent toujours en diminuant jusques «au sommet, où ils laissent un petit trou pour pondre. Quand ils pondent ou qu'ils « couvent, ils se, tiennent debout, non sur l’'éminence , mais tout auprès ; les jambes, «à terre et dans l’eau, se reposant contre leur monceau de terre, et couvrant leur «nid de leur queue. Ils ont les jambes fort longues; et comme ils font leurs nids à «terre, ils ne peuvent, sans endommager leurs œufs ou leurs petits, avoir les « jambes dans leur nid, ni s'asseoir dessus, ni s'appuyer tout le corps qu’à la faveur « de cet admirable instinct que la nature leur a donné. Ils ne pondent jamais que « deux œufs, et rarement moins. La chair des jeunes et des vieux est maigre et « noire, et néanmoins très-bonne à manger. Un plat de langues de flamingos est un « plat à servir à la table d’un prince. »
4h VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
en janvier et février, les côtes de l'ile de Quiriquine. Parmi les oiseaux marins que nous avons observés pendant notre séjour, il nous reste à mentionner quelques palmipèdes dont le nombre est prodigieusement multiplié, et qui couvrent les eaux de la baie. Ce sont principalement les goëlands gris et à manteau noir, l'hirondelle de mer à tête noire, la mouette à nuque grise, la sterne fuligineuse, les noddis et les becs-en-ciseaux. Il nous arriva fréquemment, et nous pouvons affirmer ce fait, de voir des bandes épaisses de ces divers oiseaux obscurcir le ciel, et former de longues écharpes noires et mobiles, depuis les rives de Penco jusqu'à l'ile de Quiriquine, dans un espace de douze milles.
Le noddi (sterna stolida ) est nommé par les indigènes gaviota nœvia; et le bec-en-ciseau ou coupeur d'eau (rhyncops nigra) a recu d'eux le nom de pescator ou de pècheur. Ce dernier oiseau diffère très-peu de l'espèce décrite par Buffon, qu'on trouve dans les mers des Antilles. Il vole avec lenteur et à de grandes distances des côtes de la Concepcion. Quoiqu'il semble défavorisé par la forme de son bec, nous acquimes la preuve qu'il savait s’en servir avec avantage et avec la plus grande adresse. Les plages sablonneuses de Penco sont en effet remplies de mactres, coquille bivalve, que la marée descendante laisse presque à sec dans de petites mares. Le bec-en-ciseau, très au fait de ce phénomène, se place auprès de ces mollusques, attend que leurs valves s'entr'ouvrent légèrement, et profite ausitôt de ce mouvement en enfonçant la lame inférieure et tranchante de son bec entre les valves, qui se referment aussitôt. L'oiseau enlève alors la coquille, la frappe sur le sable, coupe le ligament du mollusque, et peut ensuite l'avaler sans obstacle. Nous fûmes plusieurs fois témoins des résultats d’un instinct qui nous parut très-remarquable.
Plusieurs espèces de fous vivent aussi sur le littoral du Chili.
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Une entre autres, que nous croyons être le pelecanus sula, 1. (sula candida , Briss.), a la tête, le cou, le ventre et la queue en dessous d’un blanc pur. Le bec et la membrane nue des joues sont d'un gris de plomb. Le dos, les couvertures des ailes et le dessus de la queue sont maillés de gris et de blanc; les pennes alaires sont noires. Nous regardons comme un état adulte le fou nommé manche-de-velours, dont tout le corps est d'un blanc très-pur, tandis que les extrémités des ailes sont seules d’un beau noir. Ce n'est point le fou de Bassan que les navigateurs nomment aussi quelquefois manche-de-velours, et que toutes les relations de voyages chez les Portugais mentionnent sous la dénomination de mnanga de velado.
Le dernier palmipède que nous ayons à indiquer est un cormoran entièrement d'un noir lustré, à teintes d'acier bruni, et dont l'iris est d’un vert d’aigue-marine éclatant.
La baie de la Concepcion est assez poissonneuse, quoiqu'elle soit remplie de phoques, de dauphins et d'oiseaux maritimes, dont l'instinct vorace est constamment tendu vers les moyens de détruire les poissons. Cependant nous n'observames guère que deux ou trois espèces très-communes. L'une de ces espèces, nommée caranpayère, est un muge dont les flancs sont bordés de deux raies argentées; l’autre est le pesce-gallo ou poissoncoq, décrit dans les méthodes sous le nom de chimère antarctique ou callorynchus australis. Ce poisson remarquable, qui parait habiter tout autour du pôle méridional, est remplacé dans le Nord par la chimère arctique, qui vit seulement dans les mers de notre hémisphère et à la suite des poissons voyageurs. Nous aurons aussi à mentionner ailleurs quelques poissons, deux espèces de couleuvres, plusieurs sauriens et batraciens. Pendant notre séjour, les insectes étaient rares. Nous n'observames guère que des araignées, des moustiques, une grande espèce de phasme nommée pulpo dans le pays, une
scolopendre, et un scorpion, que M. Adelbert de Chamisso décrit, dans le Voyage de Kotzebuë, sous le nom de scorpio chitensis. Mais nous envisagerons plus particulièrement chacun de ces objets lorsque nous parlerons des crustacés, des mollusques et des zoophytes qui rendent cette relâche si intéressante pour la zoologie de notre voyage.