‹ Voyage autour du monde (volume 5)Chapitre 26 sur 30 · Bonne espèce , oraya · texte numérisé non relu

Bonne espèce , oraya

© Bananes-meïa { 2. Plantain de cheval , paparoa. 3. Banane de montagne, fayi.

Voyage de la Coquille. —7. Tom. 1. 56

savons où on a recueilli les détails, qu'on lit dans les ouvrages, de dix-sept espèces de bananes existantes à Taïti. Dans les districts que nous avons parcourus, nous n'en AVONS Vu que trois : la banane gurneos (oraya), à fruits jaunes, butireux et sucrés ; une deuxième espèce /paparoa), à régimes très-fournis de fruits très-gros et très-longs ; une troisième enfin (fayt), dont la peau était orangée. Il y a des centaines de bananes à chacun des régimes de ces deux dernières espèces; mais leur gout est médiocre, et leur chair peu agréable. Peut-être cela tenait-il aux pluies qui inondèrent celles que l'on apportait à bord? Les naturels font avec ces fruits des conserves agréables.

Le faro est la racine qu'on appelle dans nos colonies chou caraibe, arum esculentum (caladium)) : il s'en fait une grande consommation , et on en tire une belle fécule qui sert à gommer les étoffes, ou qu'on utilise comme aliment.

On cultive cette plante dans des mares ou sur le bord des eaux, de manière à ce qu'elle ait ses tiges constamment baignées : elle est indigène, car les gorges profondes des vallées en sont remplies.

Une autre espèce d'arum, à très-larges feuilles, nommée apeoa, est également comestible : elle atteint une grande taille, et son tubercule acquiert jusqu'à plus de dix livres de poids. Mais la fécule se trouve mélée à un principe àcre, qui nécessite de nombreux lavages avant de s'en servir. Les Taïtiens employaient cette fécule comme le vrai pya pour gommer leurs étoffes de papier et les coller. Ils nomment yappi une espèce de taro qui croit dans les montagnes, et ils lui reconnaissent plusieurs variétés, entre autres les mapoura et les die.

Les ignames, nommés eour, ainsi qu'une sorte de patate douce, très-volumineuse, nommée oumara, sont abondants. Une plante rampante, volubile et qui s'élève dans les buissons, porte à ses articulations des tubercules parfaitement analogues

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aux pommes de terre, dont ils ont l'apparence et la couleur. Ses feuilles sont en cœur, et son port a quelque analogie avec celui du tamne. Dans les années de disette, on mangeait les racines d'une plante appelée téve (tacca phallifera, Rumphius), dont le port est analogue au tacca, mais qui en diffère par ses tiges charnues et hérissées d'épines. Le tacca pinnatifida est lui-même très-employé. Son plateau radicülaire fournit un aliment nourrissant, et cette plante croit sauvage dans les prairies et sur les revers des montagnes abritées. Les naturels la nomment pya, et en retirent une abondante fécule à laquelle les Anglais ont donné le nom d’Æ7row-root.

Une plante de la famille des drymyrhizées, appelée #?, qui végète à l'ombre des bois, a de tres-fortes racines blanches, qui fournissent aux habitants du sucre et une sorte de rum et aussi de la fécule. Ses feuilles, d’un beau vert, sont oblongues et larges. C'est sans doute un maranta. Autrefois les naturels en tiraient par la fermentation une liqueur qu'ils nommaient ava, aussi bien que celle obtenue du piper methysticum. Le gingembre couvre les lieux ombragés de l'ile; les naturels le récoltent pour vendre à bord des navires, et ses racines y acquièrent toute la chaleur et la vivacité du principe aromatique qu'elles possèdent dans l'Inde ".

La canne à sucre, nommée foa aux iles de la Société, et toou aux iles Sandwich, est indigène à Taiïti: c'est le saccharum spontaneum des auteurs. Cette cannamelle est cultivée négligemment proche des cabanes, où elle sert pour les bestiaux; elle croit dans un état sauvage en beaucoup d'endroits. Seulement , elle est rare à Borabora, où n'existe point l'espèce cultivée. Ses tiges, plemes d'une quantité notable de sève

* L’Fhuogi est une fougère qui croît dans les montagnes, et dont la racine est excellente à manger.

sucrée, atteignent en hauteur plus de huit pieds. Les espaces des entre-nœuds sont grands, et l'épiderme est coloré en rouge. Leur circonférence est variable, mais toujours de forte dimension. Les naturels ne se servent nullement de la canne, et c'est en vain quon leur a montré qu'on pouvait en retirer un principe sucré cristallisable. |

” Parmi les fruits que produit Taïti, nous placons au premier rang, par son abondance, comme par son gout, celui du spondias dulcis de Forster, appelé pomme de la nouvelle Cyrthère par Bougainville, et y par les Taïtiens. C'est à tort qu'on écrit ce mot dans les ouvrages botaniques Æ£wy., et plus mal encore Æevy. Ce fruit est de la grosseur d’un citron : sa pellicule est lisse et colorée en vert avant sa maturité, en jaune brillant lorsqu'il atteint sa perfection. Son noyau central est ligneux et filamenteux. Il suinte de cet arbre une gomme transparente, nommée fapou, que les Taïitiens emploient pour calfeutrer les joints de leurs pirogues.

L'arbre qui produit ce fruit croit abondamment sur les coteaux, dans les ravins des montagnes; il est planté autour des cases. Son tronc acquiert souvent une taille énorme, et il sert alors à faire les grosses pirogues doubles, dont il fournit la partie flottante. Son bois est blanc, mais dur. Les rameaux sont nombreux et étalés. L'écorce est crevassée. Les feuilles sont composées, alternes, très-longues, à neuf folioles avec une impaire : les folioles sont ovales, lancéolées, coriaces, et d'un vert lustré. Les fruits sont réunis plusieurs ensemble-aux sommets des branches, ou isolés; un long pédoncule les supporte. La chair est très-pulpeuse, fondante et sucrée. Une résine abondante remplit le réseau vasculaire qui parcourt l’épicarpe.

Cet arbre donne un nombre prodigieux de fruits, que les naturels aiment passionnément. On pourrait utiliser ses feuilles, qui ont l'acidité agréable de l'oseille.

Le ohlt, bambou si utile, et le Aou toumo, l'arec à chou, croissent abondamment dans les montagnes.

L'ananas est cultivé autour des cabanes , et nous avons vu de nombreux carrés couverts de ce fruit délicieux à Papaoa. On le nomme /ara , en y ajoutant une épithète qui veut dire etranger; car le mot fara sert à désigner les vaquois ou pandanus.

Le mapé (inocarpus eduls), arbre moyen, à feuilles trèsentières et oblongues, produit un fruit, appelé manare ar, dont l’épicarpe est un brou coriace, et l'amande très-grosse et à deux lobes, dont la saveur, lorsqu'elle est grillée, imite parfaitement celle de la châtaigne. Les Taitiens aiment singulièérement ce fruit, et l'arbre est très-multiplié, jusque sur les revers mêmes des montagnes peu élevées : c'est le rataa du capitaine Wilson.

L'oranger ‘et le citronnier ont été apportés par Bligh , et plantés dans le district de Pari. De là ils se sont propagés dans d'autres lieux , où ils sont abandonnés au milieu des bois et sur le bord de la route. Leur taille prend souvent un grand développement. Les oranges ne sont pas très-douces, parce qu'elles ont un peu dégénéré par l'inculture : on les nomme parfois anant. Les citrons ont deux variétés bien tranchées. L'une, appelée demene, est à gros fruits oblongs et pointus, très-rugueux sur leur surface. L'autre espèce est à fruits très-petits, presque ronds : on la nomme taporo. Ce petit citron est délicieux pour la mer , Où 1l se conserve bien, et il est plein de sucs.

Les papayers, dont le fruit est nommé nénite , n'offrent rien de particulier. On les observe au milieu des massifs d'arbres à fruits, plantés dans les bois de Borabora, où il y avait sans doute anciennement des cabanes. Il en est de mème des pastèques, mérémé (poa aux Sandwich), qu'on y a introduites, ainsi que

© Nommés ourou papaa ( fruit-à-pain étranger ) : ce sont des shaddoks.

les giraumonts eéoué (paotént aux Sandwich), et le maïs [tou rina .

Parmi les plantes utiles sous le point de vue commercial, le tabac croitrait parfaitement bien, et déja même il s'est naturalisé au point de couvrir de grands espaces. Les naturels lui ont consacré le nom de varé , et l'on se rappelle que c'est à Cook qu'ils en sont redevables. Les Taïtiens ont cependant eu le bon esprit de ne point s'habituer à cette herbe, dont ils ne recherchent que la fleur ; et si quelques-uns en préparent les feuilles, c'est pour les vendre aux Européens sous le nom d'avaava. Les Sandwichiens l'ont désigné par le mot paca.

Parmi les végétaux textiles, le coton appelé vaiva croit spontanément : on en recueille la bourre soyeuse pour payer le tribut exigé par les missionnaires anglais. Le muürier à papier (Broussonetia papyrrifera, Lh.),nommé ouaouke par les Sandwichiens, et aouta par les Taïtiens , est très-rare dans la portion de l'ile que nous avons visitée. On n’en voit quelques pieds que près de la cabane d'Opaparu, dans le district de Matavai. On cultive cet arbre pour obtenir de son écorce très-soyeuse les filaments avec lesquels on fait des chapeaux fort jolis à Borabora. Nous avons rencontré ce murier, à peine haut de trois pieds, renfermé dans de petits jardins environnés de pierres, derrière la demeure de Maria, fille du roi Maï, et quelques plantations imparfaites près de l'incien moraï. Le pourao ou hibiscus tiliaceus, si éminemment utile par le grand usage qu'on en fait, croit partout pour former des sortes de bois analogues à ceux du coudrier d'Europe, dont il a un peu le feuillage et entièrement le-port. Les fibres de l'enveloppe corticale de ce végétal jouissent d’une très-srande force : aussi est-ce la substance la plus employée pour les cordages des pirogues, les lignes pour la pêche, etc., etc.

Le toumanou, calophyllum inophyllum , fournit aussi une ma-

tière textile, mais assez rarement usitée. Il produit une gomme assez analogue à celle du tacamaque, avec laquelle les naturels enivrent le poisson. La noix sert à parfumer les vêtements des naturels.

Le fara ou vaquois ( pandanus spiralis, Brown. ?) est remarquable par son port aloetique » par ses tiges tres-rameuses, terminées par des feuilles engainées en spirales, au centre desquelles sont placés des fruits agolomérés, comme ceux d'une pomme de pin quant à la forme superficielle. Ces fruits sont ligneux, et vivement colorés en rouge à leur maturité. Le tronc pousse des rejets de toute sa circonférence, qui vont Joindre le sol et s'y enraciner. Ce végétal croit partout, sur les rivages de la mer comme au haut des montagnes. Autrefois il était sacré, et ses fruits étaient déposés sur les morais funéraires. Ses feuilles sont employées à recouvrir les toitures des cabanes.

Une petite cucurbitacée, fort commune, enlace les taillis ; la coloquinte qu'elle produit est arrondie , et desséchée elle prend le nom d'eaca. On s'en sert alors pour y renfermer de l'huile de cocos, plus pure que celle ordinaire, destinée à servir de parfum, et que les femmes emploient par coquetterie à se frotter la figure.

Parmi les produits végétaux utiles, on pourrait tirer un grand parti du rouge de vermillon que fournit le maki (ficus tinctoria ? Forst.). Cet arbre lactescent est abondant dans les bois des montagnes. Ses feuilles sont entières, ovalaires et d’un beau vert. Les figues sont petites et axillaires.

Le tairi des Taitiens est le plane sauvage de Cook. Cest un arbre moyen, ayant le port d'un vieux poirier de France. Son écorce est lisse et textile; son feuillage est blanchätre; ses feuilles sont à trois lobes. On le trouve solitaire aupres des cases; ses fleurs sont remarquables en ce qu'elles sont termi-

nales et disposées en un large corymbe blanc, auxquelles succèdent un ou deux fruits arrondis, à épicarpe ou à brou apre. La noix intérieure est ligneuse et connue sous le nom de norx de Bancoul, et le trairi sous celui d'aleurites trilobata. La noix est usitée à Taïti pour faire du noir de fumée propre au tatouage. L'amande agréable qui la remplit donne dans l'Inde une huile qu'on en exprime pour divers usages.

Quelques végétaux fourniraient aussi à la médecine des remèdes actifs.

Tel serait le ricin, qui croit abondamment et spontanément, surtout à la descente de la montagne de l'Arbre. Il serait facile d'en retirer en quantité une huile qu'on sait être utile dans bien des maladies. Le ricin porte le mème nom indigène que l'aleurites : comme lui, on le nomme #airt. Un liseron , commun sur toutes les prairies ou dans les lieux humides et frais, est le pou-ai. Ses tiges ne sont point volubiles; ses feuilles sont ovalaires, très-entières, mucronées, portées sur un long pédoncule. Ses corolles sont purpurines et assez grandes ; on en retire une résine par la dessiccation de son suc laiteux, qui a la plus grande analogie avec celle de jalap , comme les rapports botaniques le prouvent, et qui jouit des mêmes propriétés. On se sert des feuilles en place de savon pour nettoyer le linge. ( Convolvulus pes capre.)

La plante la plus active est celle qui fournit Fava. C'est un piper, nommé methysticum par les auteurs (znebrians, Virey ? ). Cette espèce de poivre ne grimpe point : ses tiges sont fermes, genouillées et hautes de cinq à huit pieds, et partent de la racine par touffes épaisses. Les feuilles sont très-grandes en cœur. Les fleurs forment des épis très-courts dans l’aisselle des feuilles. La racine est très-volumineuse, brunâtre à l'extérieur dans l'état frais, se desséchant facilement au soleil, et conservant une couleur parfaitement blanche dans l'intérieur. Les racines

représentent des souches très-fortes, d'où partent les autres jets radiculaires et ligneux. Cette plante se plait sur les montagnes, dans les lieux les plus abruptes ou sur les pentes rapides. Les naturels la recueillent soigneusement pour faire quelques tonneaux de ses racines, qu'ils vendent à des navires anglais qui les portent en Europe.

Parmi les arbres véritablement remarquables par leur port et par leurs fleurs, on ne peut se dispenser de citer le Baringtonia, houtou ou téraoutou des Taïitiens ; le Gardenta florida ou tirae ; l'hibiscus rose de Chine ou aoutar, qui orne la chevelure des femmes par ses belles fleurs, dont on obtenait encore un remède pour les yeux; le calophillum inophyllum ou toumanou ; le metrosyderos spectabilis ? Gærtn., ou pou-a-ra-ta *.

Le Baringtonia speciosa embellit les rivages de Taiti, à Papaca, et ceux de Borabora. Ce superbe arbre ne se trouve que sur les bords de mer, où il prend un grand développement en se ramifiant à l'infini. Les feuilles sont grandes, coriaces, d'un vert brillant, ovalaires, éparses , plus nombreuses aux sommités des rameaux. Les fleurs sont grandes, en faisceau terminal ou axillaire. Les étamines sont soudées par la base; leur tiers supérieur est purpurin ; les anthères sont jaunes. Un tube inférieur donne passage à un long style persistant. La corolle est grande, composée de quatre pétales blancs. Le calice est persistant, à deux folioles ovalaires. Le fruit est quadrilatère, très-gros, renfermant une grosse amande arrondie.

Le Gardenia, connu sous le nom de jasmin du Cap, fait les délices de nos florimanes par son parfum délicieux: mais cet arbuste se développe à peine dans nos serres, tandis qu'a Taïti

1 Les Taïtiens adoraient un grand nombre de plantes dans leur ancienne religion. La principale était une fougère, qu'ils vénéraient au point de lui donner le nom de leur grand dieu Oro : ils ont aujourd’hui conservé encore quelque estime pour elle.

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il prend dans les bois la taille de l'aubépine, et se couvre de milliers de fleurs suaves, qui embaument l'air et annoncent de loin le voisinage du t#rae, dont les Taïtiennes se couvrent la chevelure et se garnissent les lobes des oreilles. Il en est de même de l’Aibiscus rosa sinensis, dont les corolles, d'une brillante nuance ponceau, servent à faire des couronnes’.

Le toumanou est un arbre magnifique par son port et son feuillage. Les feuilles sont en effet d’un très-beau vert, trèsentières, et composées de nervures serrées et rangées parallelement les unes près des autres. Des bouquets de fleurs blanches terminent les rameaux. Le metrosyderos est une plante des lieux élevés, et même des sommets des montagnes. Il forme un arbrisseau très-garni de branches, et à feuilles ovalaires, entières et coriaces. Les fleurs sont terminales, réunies plusieurs ensemble pour former des pompons d'un rouge éclatant. Il y en a beaucoup sur la pente déclive de la montagne de l'arbre, du côté de la mer.

Parmi les produits commerciaux et utiles qu'un navire européen trouverait à Taiti et dans les iles environnantes, on doit citer, 1° l'huile de cocos. Cette huile prend une odeur de rancidité insoutenable, due à l'imperfection des moyens qu'on emploie pour la fabriquer:on pourrait, en la raffinant, atténuer ce principe. 2° Feécule d'arrow-root. Cette fécule est principalement utilisée par les Anglais, qui en font une consommation prodigieuse, et qui l'emploient dans toutes les maladies con-

‘ Plantes usuelles inconnues : Péripiri, graminée dont la paille sert à faire de jolies pagnes. Oracaoua : &’est un arbre dont l'écorce est textile; les feuilles sont entières et lancéolées : peut-être l’urtica argentea de Forster? Æpeoa, sorte d’arum très-grand, dont on mange les racines. 4outaraa, fruit rouge, d’un bon goût, analogue à la prune, dont les feuilles sont coriaces, ovalaires et entières (mirobolan ?)

Moou, graminée dont la paille est très-fine, et sert à faire des chapeaux. Roa; on en fait d'excellentes cordes.

somptives en place de salep. 3° Racine d'ava. L'usage de cette racine nest pas encore connu en France; mais on sen sert beaucoup en Angleterre comme remède stimulant. 4° La péche des perles. Objet lucratif, et qui ne nécessiterait que des déboursés bien faibles, puisqu'on paie les plongeurs par échanges, et qu'il sagit de passer dans diverses iles, indiquer le jour où l'on doit revenir, prendre le fruit des pêches auxquelles les naturels se seront livrés dans l'intervalle. La nacre des huitres a déja par elle-même une valeur réelle. 5° L'écaille de tortue. Ce reptile ovipare, nommé ehonou, est tellement commun dans les îles de la Société, qu'on pourrait tirer un parti avantageux de son écaille *. 6° Le porc sale. On pourrait ainsi compléter ses vivres de campagne, en même temps que les barils excédants seraient avantageusement vendus au profit de l'armateur. Il faudrait apporter le sel d'Europe, et des pièces non destinées pour la campagne, en bottes. 7° On pourrait tirer quelque peu de sucre et de coton ; mais ces deux articles, encore insignifiants, ne doivent pas être mis en ligne de compte. 8° IL est permis de compter l’économie qui résultera, pendant le séjour, des vivres ou provisions de bord, parfaitement remplacés par les racines et les fruits du pays, et l'avantage qu'on aurait d'obtenir les belles fécules de taro, d'arrow-root, de pya, etc.

Enfin il serait utile de s'occuper d’une neuvième branche, ou de la pêche des trépangs ou holothuries. L'espèce nommée priape marin, et qui est si recherchée en Chine et dans les iles soumises aux habitudes malaises, où on la nomme stala, se trouve en grande abondance sur les récifs de l'ile d'O-taiti. La préparation des trépangs est peu connue en France, et cependant est peu difficile à pratiquer, puisqu'il s’agit simplement

1 L'écaille se vend quinze piastres la livre aux Moluques.

de faire dégorger les holothuries dans de l'alun en poudre ou dans de la chaux, d'en enlever l'épiderme, et de soumettre ce zoophyte ainsi écorché à une légère ébullition, puis de le dessécher sur des claies à la chaleur solaire. Lorsqu'il est bien sec, on le tasse régulièrement dans des barils. Le prkoul de cette substance se vend jusqu'à 45 piastres ’.

Dans un chapitre précédent, nous avons vu que l'ile d'O-taiti n'avait point de mammifères propres à son sol, autres que quelques animaux qui y ont été importés. Peut-être cependant devons-nous regarder comme y étant indigène un petit rongeur d'un gris roux , à queue presque nue, qui y est fort commun , et que les habitants nomment £oré. Quant aux quadru- pèdes que les Européens ont cherché à y naturaliser, nous avons déja eu occasion de les mentionner, et de dire que les chèvres seules, et surtout la variété nommée cgbré dans les colonies , s'y étaient propagées ; que les moutons n'avaient pu s'y acclimater ; et que les vaches et les chevaux , importés par les missionnaires, ne l'avaient été qu’en si petit nombre et dans un si mauvais état, qu'aucun de ces animaux n'avait survécu.

Il n'en est pas de même des oiseaux. Plusieurs espèces fort intéressantes sont propres au groupe des iles de la Société; et bien que le nombre n'en soit pas considérable, et que la plupart aient été décrites , leur rareté dans les collections, et le peu de renseignements que nous possédons sur leurs habitudes, nous permettront d'entrer à leur sujet dans des détails pleins d'intérêt.

1 Tous les peuples de race malaise, les Chinois et les habitants du Tonquin, font un grand usage des analeptiques, et, sous ce rapport, les érépangs, les nids salanganes, produits par diverses espèces d’hirondelles, les agal-agal, jouissent chez ces peuples d’une réputation extraordinaire.

Les oiseaux qui peuplent les bois sombres et frais d'O-taiti sont distribués dans des stations assez limitées, et c'est ainsi que les espèces répandues dans les terrains plats des bords de l'ile ne se trouvent point sur les montagnes, et que là vivent des oiseaux qui ne descendent jamais dans la plaine. Depuis long-temps, d’ailleurs, les naturels étaient habitués à en chasser quelques-uns, remarquables par les vives couleurs de leur plumage , et c'est ce qui explique la grande diminution de plusieurs espèces autrefois très-communes, et même l'extinction totale de quelques races. Les vieillards nous parlèrent souvent d'un petit oiseau tout rouge, dont les chefs portaient les plumes arrangées comme en diadème , en petit manteau , ou même en grosses touffes passées dans les trous des oreilles ; et cet oiseau, aujourd'hui complètement éteint, était sans doute l’heorotaire de la mer du Sud, et qu'on indique aux iles Sandwich. Il en est de même d'une grosse perruche verte, d'une belle colombe bleue , mentionnées par les premiers Européens qui se présentèrent sur ces bords, et dont aujourd'hui on ne peut découvrir de traces. :

Plusieurs oiseaux indiqués comme de Taïti, dont ils portent même le nom dans nos Species, et tel, par exemple , le cuculus taisensis de Sparrman, ne se présentèrent à nos recherches que dans l'ile de Borabora , et c'est en parlant de cette ile que nous les mentionnerons. Mais nous devons dire cependant que toutes les iles de la Société, séparées les unes des autres par de courtes distances, habitées par la même famille humaine, soumises aux mêmes influences, ont, d’une manière exclusive, les mêmes productions.

Il n'est pas inutile de faire remarquer combien les auteurs européens se méprennent lorsqu'ils s'étayent de l'homme dit sauvage , pour prouver combien l'absence de toute notion des sciences exactes le laisse plongé dans ce qu'on appelle une

grossière barbarie. Nous sommes bien loin de partager cette manière de voir , et il ne nous parait pas bien prouvé que le mot sauvage puisse être appliqué à aucun peuple de la mer du Sud ; et, pour nous renfermer dans ce qui est relatif seulement à l'histoire naturelle, nous devons dire que chaque insulaire possède avec une rare sagacité les noms de toutes les productions au milieu desquelles il est né ; qu'il en connaît les formes et les états divers , les propriétés médicales ou usuelles ; ou bien enfin, qu'elles deviennent pour lui, par suite d'idées transmises , l'objet d'un culte, dont sa raison, encore enveloppée des langes de l'enfance , ne lui permet pas de se rendre compte. Ainsi, les Taitiens, avant l'arrivée des missionnaires, estimaient singulièrement les phaétons, ou oiseaux des tropiques, qu'ils épiaient lorsqu'ils venaient nicher dans leurs montagnes escarpées, et auxquels ils arrachaient les longs brins qui rendent leur queue si remarquable; et ces longs brins rouges (le phaeton phænicurus est plus rare dans la mer du Sud que le phaeton leucurus) servaient à former les ornements de leur grand dieu Oro, le Jupiter de la mythologie taïtienne ; ou bien , ils étaient employés au vétement mystérieux et funéraire du Paraaï, Mais si le phaéton, qui plane avec tant de graces au haut des airs, que Linné regardait comme le messager du char du soleil, a paru digne aux Taïtiens de fournir la parure emblématique de leurs divinités, on se demande qui a pu les décider à offrir leurs hommages à une espèce de héron blanc , qui était sacré, et qu'on ne pouvait tuer sans encourir la colère d'Oro et celle plus redoutable de ses prêtres. Ce culte grossier descendrait-il de quelque analogie éloignée , soit de la forme , soit des habitudes riveraines de ce héron , nommé E-houtou, avec celles de l'ibis, également l'objet de la vénération des anciens Egyptiens ?

Parmi les oiseaux terrestres, remarquables par leur plumage

comme par leurs formes gracieuses et délicates, la perruche e-vini( psittacus taitensis, Gm. ),tient sans contredit le premier rang. lle est décrite, dans Buffon, d'après les notes de lillustre Commerson, mais sous une dénomination fautive, résultat d'une erreur typographique; car elle y est appelée arimanon, tandis qu'on devrait lire ari-manou ou manou (oiseau) aré (de cocotier). Cependant les naturels ont oublié cette épithète ; car le nom qu'ils nous donnèrent est e-vinr ou vini tout court, syllabes qui, prononcées vivement, rendent assez bien le cri de cette jolie perruche. Elle se tient constamment sur les cocotiers, et ce n’est que bien rarement qu'elle les abandonne pour aller se percher sur quelques autres arbres voisins; et nous remarquames qu'elle a la singulière habitude de se renverser fréquemment la tête en bas.

Grosse à peine comme le moineau de France, la perruche d'O-taiti a son plumage bleu d'azur; mais la gorge, les joues, le devant du cou sont d’un blanc pur chez les individus adultes, tandis que ces mêmes parties chez les jeunes sont d'un brun noir foncé. Sur cette teinte bleue lustrée et assez semblable à celle du lapis-lazuli, que présente le plumage, tranchent les couleurs rouge de corail du bec, et aurore des pieds. La queue courte et conique de cette espèce la fait placer dans le genre psittacule, psittacula de Kuhl.

Mais l'e-vini, ainsi que beaucoup d’autres oiseaux de l'Océanie, et presque tous ceux de l'Australie, a la langue modifiée par son genre de vie, et, au lieu d'être, comme chez la plupart des espèces de la grande famille des perroquets, recouverte d'un épiderme lisse, elle se termine par une sorte de couronne qui résulte d'une grande quantité de fibres longues, roides , régulièrement disposées les unes à côté des autres, et que M. de Blainville regarde comme les papilles nerveuses de l'extrémité de l'organe lingual et gustateur, énormément

développées. L'e-vinr, en effet, ainsi que tous les oiseaux qui se nourrissent d'exsudations miellées, qu'ils puisent au sein des fleurs ou dans les bourgeons de certains arbres, ne recherche que les spathes des cocos au moment où elles s’entrouvrent, pour y puiser un liquide sucré, abondant, qui s’en échappe à cette époque de la fleuraison. Cette perruche s'accommode cependant de fruits sucrés, et surtout de bananes, et nous en conservames assez long-temps en vie par ce moyen; mais le refroidissement des régions tempérées suffit pour la faire périr aussitôt qu'elle abandonne les latitudes chaudes de la zone intertropicale.

Nous avons vu un dessin de l’e-virc dans les manuscrits de Commerson, qui la nomme perruche nonnette. Sparrman, dans le Museum Carlsonianum ‘, en a publié une médiocre figure (pl. XX VIT) sous le nom de psittacus cyaneus ; et la description qu'il en donne se borne à peu près à ces mots : Corpore toto saturate et splendidè cæruleo; pedibus nigris. Shaw, Mise, t. 1, pl VIT, et Levaillant, ont encore donné des portraits de cette perruche gracieuse, que Latham à décrite dans son Synopsis sous le nom de otaheitan blue parraket.

Les naturels nous indiquèrent encore une autre espèce de perruche; mais comme nous ne l'avons pas vue, nous ne rechercherons pas si déja elle a été observée par d'autres voyageurs. Il est possible d’ailleurs que ce soit la perruche fringillaire que nous nous procuràmes à Borabora.

Nous n'omettrons point une tourterelle que les naturels appellent ouba, et qui vint nous offrir encore une nouvelle variété de cette columba kurukuru, qui se trouve dans toutes les iles de la Malaisie et de l'Océanie, depuis les Moluques,

? Museum Carlsonianum, in quo novas et selectas aves exhibet Andreas Sparrman. Fasc. in-4°, Holmiæ, 1786, 1787, etc.

ZOOLOGIE. 297 les Philippines et les Mariannes jusqu'aux: Sandwich et aux îles de la. Société, et qui, en tout lieu, semblable par l'ensemble de ses formes et les masses de couleurs de son plumage, offre partout des nuances variées qui ont déja cent fois torturé les naturalistes systématiques, aux définitions précises desquels elle semble vouloir échapper.

La colombe Æurukuru est le type du genre ptulinopus de M. Swainson, genre destiné à faire le passage des vraies colombes aux colombars. Elle est figurée n° 254 des pl. coloriées de M. Temminck, et pl. XXXIV et XXXV de l'histoire des pigeons.

La kurukuru d'O:taïti * a la taille un peu plus forte que la variété de Timor dont elle se rapproche le plus. La calotte purpurine qui revêt le sommet de sa tête est d'un rose trèspale, que circonscrit une raie assez large d'un jaune peu intense. Le cou en entier jusqu'aux épaules et tout le dessous du corps sont d'un gris cendré uniforme , teinté de verdatre plus foncé sur la poitrine. Le menton, la gorge et le devant du cou sont blanchätres. La région anale et les couvertures inférieures de la queue sont d'un jaune vif. Le manteau, le dos, le croupion et les ailes sont d'un vert doré avec des teintes rousses. Les rémiges sont brunes en dedans. La queue est régulièrement rectiligne ; chaque rectrice est d'un vert métallique en dehors du rachis, brune en dedans et terminée par une large raie blanchätre bordée de brunâtre. Le bec est plombé et blanc à l'extrémité. Il est recouvert, dans l'état de vie, par deux peütes caroncules orangées qui surmontent les narines. Les tarses, à. moitié emplumés, sont de couleur orangée.

La colombe kurukuru n'habite que les endroits montueux

1 Columba Kurukuru, var. taitensis, Less.

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et les plus sauvages de l'intérieur d’O-taïti :les habitants en recherchaient les plumes pour s'en parer.

Les cocotiers ne sont pas seulement fréquentés par la perruche E-vint ; mais une autre espèce d'oiseau sy tient constamment, et se nourrit des moucherons et des petits insectes que le suc miellé des bourgeons florifères attire. C'est le martin-pêcheur sacré de Latham dont nous avons fait le type de notre nouveau genre todiramphe, todéramphus, Less. ‘, et dont on trouvera les caractères dans la partie descriptive de l'ornithologie du voyage. Ces todiramphes jouaient un grand rôle dans la religion des anciens naturels.

Les auteurs ont décrit sous deux noms différents un gobemouche que nous avons appelé muscicapa Pomarea (Atlas, pl. XVII), en l'honneur de Pomaré, chef des iles de la Société, et dont le gouvernement sauvage était empreint d'une sorte d'élévation. Cette espèce de gobe-mouche se trouve décrite, le mäle, sous le nom de muscicapa nigra , figuré planche X XIII, Fasc. I, du Museum Carlsonianum de Sparrman *?, tandis que la femelle est le type du muscicapa lutea de Latham *. Cet oiseau varie singulièrement dans son plumage, non-seulement ges. Les Taïtiens

DS le nomment 0o-mamao, et il a pour habitude de se tenir dans

suivant les sexes, mais encore suivant les à

’ Mémoires de la Société d'histoire naturelle de Paris, t. HI, p. 419, pl. XI et XII.

2 Muscicapa nigra, Latham; corpore tolo nigro ; rostro, capite, interscapulio pedibusque atris; habit. in insulis Societatis oceani Pacifici. Sparrm., pl. XXII (figure mauvaise ).

$ Muscicapa lutea, Vath. Cet oiseau a, suivant l'auteur anglais, &inq pouces et demi de longueur totale. La teinte de son plumage est jaune d’ocre, noirûtre sur les couvertures et les rémiges. Les rectrices sont brunes; le bec et les pieds sont plombés, et les ongles noirs. Il habite Taïti, et y est nommé, dit Latham, 00 mamao pooa hoa.

les buissons de Pourao fhibiscus tiliaceus ), où il trouve les moucherons qui forment sa nourriture et qu'attirent les larges feuilles de cette malvacée.

Une sittèle nouvelle (sita otatare, N.), que les habitants connaissent sous le nom d'ofataré , habite avec le gobe-mouche précédent ; et fréquemment nous tuàmes une petite hirondelle très-voisine de l’hrrundo rustica de France, dont elle avait la taille. Son plumage était d'un brun assez foncé, excepté le

ventre qu'un gris-brun colorait.

Parmi les oiseaux de rivage, nous n'eùmes occasion d'observer qu'un très-petit nombre d'espèces. Entre autres nous citerons deux petits hérons [ardea sans y comprendre le o-houtou dont nous avons déja parlé. La première est un petit crabier de la taille d'un râle, à bec mi-parti de noir et de jaune, ayant le tour des yeux et des pieds de cette dernière couleur. Les plumes du cou et de l'abdomen sont brunes et marquées au centre d'une flammette jaune ; celles des parties supérieures du corps ont leurs tiges blanches, et sont d'un vert lustré sur les barbes ; les couvertures alaires sont brunes et terminées par un triangle blanc. La seconde espèce est un crabier gris, de la taille de la petite aigrette. Son bec est en partie noir et rougeàtre. La tête, le cou et le dessus du corps sont d'un brun teinté de bleuatre. Un trait blanc naît de la mandibule inférieure, et descend comme deux rubans longs d’un pouce sur les parties latérales du cou. La région abdominale et les couvertures inférieures de la queue sont d’un gris enfumé. Ce héron nous parait évidemment nouveau, et nous proposons de le nommer ardea jugularis.

Le chevallier gris, que les habitants nomment torea , à bec gris et à pieds jaunes, à plumage gris-cendré foncé en dessus, et blanc varié de brun en dessous, est très-commun sur les rivages.

Nous n'observames qu'une fois une espèce de canard , anas, appelée mora dans l'ile, et qui a la taille de notre grosse sarcelle d'Europe. Sa tête est recouverte par une calotte brune. Un trait marron passe au-dessus de l'œil , tandis qu'une bandelette noire traverse toute la région oculaire, et qu'audessous se dessine un deuxième trait marron. Le plumage du corps est entièrement brun; mais chaque plume est bordée de rougeàtre; un miroir vert métallique, encadré de noir, occupe le milieu des ailes.

La classe des reptiles se compose d'un très-petit nombre d'espèces, et ne présente aucun ophidien, ni aucun batracten. La tortue franche (testudo mydas fréquente, en certain temps de l'année, les rivages ; et les habitants, qui en estiment la chair, l'élèvent dans une sorte de domesticité, en recueillant les jeunes avec précaution , et les renfermant dans des parcs clos par des murailles élevées avec des fragments de coraux, et constamment baignés par la mer : ils lui donnent le nom de Æ-honou. Les seuls autres reptiles qui s'offrirent à notre recherche sont deux saurtens : Vun, que les habitants nomment emo, est remarquable par sa très-petite taille , l'agilité de ses mouvements , son abondance dans tous les lieux exposés au soleil, et surtout par sa queue dont la coloration est celle de l’azur le plus pur, et enfin par les cinq raies longitudinales dorées qui occupent tout le dessus du corps; l’autre est une espèce de Jecko, que les habitants confondent avec le scinque, sous le nom commun d'emo. Cependant ils ont horreur de ce Jecko, tandis que ce dernier ne leur inspire aucune aversion. Ce jecko sort prineipalement le soir et dans la nuit, et se tient dans le jour dans les troncs pourris des cocotiers, ou dans les endroits les plus frais et les plus humides de l'intérieur des cabanes. Il a environ trois pouces de longueur totale, et est nuancé de gris linéolé, n'imitant pas mal les teintes des papillons de nuit.

ZOOLOGTIE. 301

Les côtes de l'ile d’'O-taiti sont très-poissonneuses , et la plupart des espèces qui y vivent sont ornées des plus brillantes couleurs. Nous ne connaissons pas de plus beau spectacle que celui quis'offre à la vue d’un naturaliste, lorsque , par une mer calme , il parcourt les récifs alors seulement recouverts d'un pied et demi d’eau. Au milieu des nuances les plus vives qui décorent les saxigènes et revétent leur masse pierreuse d'une enveloppe animalisée brillante, les poissons viennent encore embellir cette scène par leur parure éclatante d'or, d'argent, et reflétant l'éclat des pierres les plus précieuses. Notre Atlas viendra prouver que ce n’est point une hyperbole, et que nos peintures seront encore bien au-dessous de la vérité. Nous décrirons ailleurs ce phénomène pompeux, parce que la scène qui fixa notre attention à la Nouvelle-Islande renfermait toutes les circonstances les plus développées d’une magnificence dont il est très-difficile qu'un lecteur européen puisse apprécier l'exactitude et la vérité.

Pour en revenir aux poissons d'O-taiti, nous n'en citerons que quelques exemples ; ainsi on y trouve des parara ( chætodon ) nombreux et variés, des ovri { balistes ), des eparat et eoumé (acanthures ), des girelles, dont les couleurs sont fantastiques et les espèces nombreuses : telles sont l'eapr, le pao, le tabeou , l'étaapé, le pareva , le mato, etc., etc. Des nurænophis variées sillonnent, par leur nager rampant, la surface des rochers, et s'enfoncent dans les trous qu'elles y rencontrent, en ne laissant dépasser que leur tête, afin de guetter plus surement les petits poissons et les autres animaux marins dont leur tribu vorace fait sa pature. Mais des spares, le filou, des syngnathes, des coffres, des lutjans, des serrans, des serpes, viennent encore apporter de la variété dans l'ichthyologie très-riche de cette ile ; et ces poissons dont nous avons déposé de nombreux individus au Muséum sont d'autant plus intéressants,

que plusieurs d’entre eux ont été primitivement décrits par Commerson et Forster, et qu'ils n'avaient jamais été déposés dans les collections publiques.

Pendant notre séjour à O-taiti, nous n'eumes point occasion d'observer un grand nombre d'insectes. Nous ne vimes que deux espèces de papillons, qui sont, il est vrai, fort communes, et que les habitants nomment pépé; et une grosse zygène, appelée poureoua. La mouche des chairs , erao , et les moustiques, fourmillent dans les bois et autour des cabanes, et là, comme partout ailleurs, annoncent leur présence par leur incommodité. Un truxale vert, evivi , se tient dans les herbes de prairies humides ; et sur les rameaux des arbustes, on rencontre fré-

et parfois Atvr.

Lorsque la mer est calme, et que sa surface est unie, la baie de Matavai est couverte de velia. Les naturalistes ont donné à cette espèce le nom d'Oceanica, parce qu'en effet on la rencontre sur la surface entière du Grand-Océan, aussi bien aux environs des iles Sandwich que de l'ile de Pâques, au milieu des archipels de Tonga, comme dans les mers des Carolines.

Les iles qui sont entourées de longs récifs, que recouvrent à peine quelques pieds d’eau, nourrissent une grande quantité de crustacés ; et le nombre de ceux qu'on observe sur les rivages d'O-taiti est très-grand , malgré la consommation qu'en font les habitants, qui les recherchent avec empressement. Au premier rang , nous devons citer une espèce de langouste, Our-oura-rou, remarquable par sa belle couleur marron, variée de blanchâtre, par son test hérissé de tubercules et d'épines, par ses pieds bleuâtres garnis de lignes blanches, par ses pinces hérissées de poils roux, épais et touffus, par sa queue bordée d'une large ligne de points blancs, etc. En peu de temps nous recueillimes pour nos collections un scyllare, des palémons,

quemment un grand phasme, que les Taïtiens appellent evava ,

ZOOLOGTE. 303 des ranines, des portunes, des plagusies. Les eaux douces et fraiches de la rivière de Matavai nourrissent une chevrette nommée tataraio, à enveloppe hyaline , à pinces très-longues et marquées de taches d’un pourpre vif. Ses bords sont creusés d'une grande quantité de petits trous où se tient caché un ocypode, toupa , dont le test est d’un brun foncé avec des points verts, et dont la pince droite, beaucoup plus forte que la gauche, est colorée en rouge - vermillon. Le pagure mouctheté , eoua, figuré dans l'Atlas zoologique de MM. Quoy et Gaimard, est très-commun sur les grèves sablonneuses, que recouvre constamment une certaine épaisseur d'eau salée, où il atteint une grande taille, qui lui fait choisir pour sa demeure les coquilles les plus volumineuses, et principalement les tritons. Le genre cancer , proprement dit, compte de nombreuses espèces: le papa est de grande taille et de rouge vineux; son test est marqué de onze taches rondes, d'un rouge foncé ; son corps, complétement glabre, est jaune en dessous. Le wti-ereti est rouge de brique et très-velu ; le &t-aoouarou est ocellé de points blancs ; le aatea est d’un violet foncé et couvert de tubercules ; enfin, un grapse peint très-commun, est nommé {otoe, etc., etc.

Si déja, dans les-animaux que nous venons d'indiquer, on en a reconnu plusieurs qui soient propres aux mers indiennes, on verra que la plupart des mollusques que nous allons mentionner se trouvent à peu près vivre indifféremment sous toute la zone équatoriale, et aussi bien dans l'océan Atlantique que dans le Pacifique. De toutes les coquilles, la plus commune est.sans contredit le poreo, ou la porcelaine tigre [cypræa gris). Mais on peut encore sy procurer un grand nombre d’autres espèces, qui sont : la porcelaine géographique; le poupoutaratara ( chicorée rameuse ); le ptérocère scorpion, le pououpouou ( casque ); le triton trompette, coquille qui mérite d'autant mieux son nom, qu'elle sert chez tous les insulaires

de la mer du Sud de signal pour courir aux armes, ou pour se rendre à quelques cérémonies religieuses; les volutes, les mitres, les harpes, le poupou [wés tigre); les rouleaux, les cônes, les rhombes, nommés poupouart; les cylindres, les trochus, les tonnes, le cadran, le bronte cuiller, etc., etc. Voilà pour les univalves.

Parmi les mollusques testacés bivalves , on doit citer en première ligne l'aronde aux perles (mytilus margaritiferus ), que les habitants nomment #rana. Cette précieuse coquille n'est point très-commune sur les côtes d'O-taïti; mais en revanche elle forme des bancs épais aux milieu des iles basses de l'archipel Dangereux. Les naturels se servaient depuis long-temps des perles comme objet de parure, et étaient, ainsi que les habitants de Ceylan, dans l'habitude de plonger pour aller les chercher au fond de l'eau. Des spéculateurs européens ont profité de l'industrie des O-taitiens pour la faire tourner à lavantage de leur commerce ; et voici les données que nous nous sommes procurées sur les lieux, relativement à le pêche des perles , et qu'on lira sans doute avec intérét.

Les Européens qui s'occupent de la pêche des huitres à perles sont dans l'usage de prendre, dans les iles de la Société, une trentaine de naturels forts et vigoureux, qu'on paie avec des objets manufacturés, et pour lesquels on embarque des vivres du pays. Le navire qu'ils montent doit etre d'un faible tirant d'eau, et muni de plusieurs petites embarcations. Les lieux où la pêche est plus abondante sont les canaux étroits remplis de bancs qui-séparent les innombrables iles basses des Pomotous. La profondeur la plus ordinaire à laquelle se trouvent les huitres à perles, est de cinq brasses ; cependant elle varie quelquefois jusqu'à treize, Les naturels qui, dès ieur enfance, sont habitués à rester plus ou moins long-temps sous l'eau , peuvent y séjourner, dit-on, pendant trois ou quatre

ZOOLOGTE. 305 minutes et rapporter quatre ou cinq coquilles. Trente plongeurs, répartis par le moyen de bateaux sur plusieurs points des hauts fonds, peuvent recueillir, en un jour, jusqu'à un tonneau et demi de ces testacés si estimés; et on a calculé que si les naturels ne volaient point une grande partie des perles, ce qu'ils font toujours, vingt tonneaux d'huitres donneraient exactement une livre de perles, dont la valeur moyenne est de cent louis. Mais les perles ne sont pas la seule matière précieuse recherchée dans ces huitres, la nacre elle-même, employée dans plusieurs arts, est estimée, et, bien que sa valeur soit arbitraire, le prix le plus ordinaire d'un tonneau est de treize louis. Les pêcheurs ont remarqué que les coquilles dont les valves étaient les plus lisses ne renfermaient presque point de perles, et que celles-ci, que l’on peut considérer comme un résultat maladif, ne sont jamais plus abondantes que lorsque l’huitre est recouverte de corps étrangers, et surtout de productions coralligènes , ou même que ses valves ont été endommagées par diverses causes.

La tridacne, nommée paoua, est communément enchàssée dans les récifs de coraux, et, bien que sa chair soit dure et trèscoriace, elle fournit aux naturels un aliment qui leur plait.

A l'indication de ces deux coquilles bivalves nous joindrons seulement celle de quelques moules, de la pinne marine, de plusieurs vénéricardes et corbules.

De toutes les coquilles terrestres , la plus commune est celle que les habitants nomment 004 , que l’on trouve sur le sommet des montagnes, et dans les aisselles des feuilles du vaquois. Ce petit bulime, couleur de chair, est le partula otaheitana. L’ehiz des Taitiens est la nérite couronne qu'on rencontre dans toutes les petites rivières de l'ile , avec une ancyle.

Nous observames trois espèces d'astéries : l'eouata est l'as- Voyage de la Coquille. — Z. Tom. I. 39 -

terias discoidea des auteurs; la bamataï est à cinq rayons très-alongés et étroits. Nous ne trouvâmes qu'une ophiure. Le vétoué est l'oursin à baguettes, que les naturels mangent ; il est très-commun, ainsi que l'echinus atratus. Deux autres espèces plus petites ne sont pas rares sur la côte : la première, tra , a des baguettes rondes, petites, aciculées, blanches au sommet et violettes à la base ; tandis que la deuxième est hérissée de baguettes pointues, effilées et entièrement noires. Dans le deuxième volume de cet ouvrage, nous aurons encore à nous occuper avec plus de détails des diverses espèces d'holothuries, de méduses, de Béroés et de madrépores, etc.

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