‹ Voyage autour du monde (volume 5)Chapitre 6 sur 30 · DES INSULAIRES DU GRAND-OCÉAN, ET DE LEURS HABITUDES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

DES INSULAIRES DU GRAND-OCÉAN, ET DE LEURS HABITUDES GÉNÉRALES

Dans l'homme physique, [homme moral est caché. L'homme extérieur n'est que la saillie de l'homme

intérieur. Dupary, lettr. xxxr1—.

L'homme, et les variétés qui en composent les races diverses, sont sans doute le sujet le plus vaste et le plus intéressant dont puissent traiter les sciences naturelles, la philosophie et la morale ‘. Cette étude a, de tout temps, occupé quelques esprits supérieurs, qui cherchèrent à mettre à la portée de leurs contemporains cette pensée sublime de Solon, inscrite sur le temple d'Éphèse, Nosce te ipsum; mais, à cet égard, les modernes * ont bien surpassé les anciens, réduits à des relations extérieures bornées, et chez lesquels le peu de progrès des sciences naturelles ne permettait d'envisager une telle question qu'obscurcie par de vains sophismes. Nous nous abstiendrons ici de toute excursion

1 La science la plus interessante et la plus importante pour l’homme est celle de l’homme méme. Marsden, Hist. of Sumatra.

? Pour l’homme, considéré en général comme premier être zoologique, consult. LINNÉ (Systema naturæ, ed. 13, cur. Gmelin ); BLUMENBACH ( De generis humani varietate nativä , Gœttingue, 1795, 3° édit. in-8°. ); BUFFON ( Hist. de l’homme); G. CUVIER (Tab. élém. d’hist. nat., et Règne Animal); LACÉPÈDE (Dict. des scienc. nat.); VIREY ( Dict. des sciences médic., et Histoire naturelle du genre bumain, 3 vol. in-8°, 1824, 2° édit. ); DESMOULINS ( Journal de physiologie, 1825 ) ; et le colonel BORY DE SAINT-VINCENT (Dict. class. d’hist. nat., t. VIIT). Parmi les travaux remarquables sur l’angle facial et les diverses modifications qu’eprouve, suivant les races, la capacité du crâne, voy. Wozrerus Henricus CRULL, Dissertatio anthropologico -medica inauguralis de cranio, ejusque ad faciem ratione, etc., thèse in-8°, 1/4 juin 1810, Groningæ.

extérieure, et nous ne chercherons qu'à ajouter quelques faits susceptibles d'éclaireir l'histoire des insulaires de la mer du Sud; car, chaque jour, la physionomie originelle de ces peuples disparait par leurs relations journalières avec d'autres nations. Le croisement des races, de nouveaux usages, de nouvelles habitudes, ne peuvent manquer d'apporter, dans un laps de temps peu considérable, des changements qui déja effacent chaque jour ce qui subsistait de leurs anciennes traditions. Au premier coup d'œil, on pourrait croire qu'il n’est point difficile de tracer le tableau physique etmoral de ces peuples, puisqueles voyageurs ontrecueilli, sur la plupart, denombreux documents publiés dans toutes les langues. Depuis Bougainville , Byron, Wallis, Carteret et Cook, en effet, peu d'années se sont écoulées sans que des expéditions aient visité ces insulaires : des établissements permanents d'Européens ont été fondés au milieu d'eux; et cependant nous ne possédons encore que des esquisses fort imparfaites sur cette matière. Une telle question mérite bien aujourd'hui d'être éclaircie; et peut-être le gouvernement qui ordonnerait une expédition dans ce seul but servirait-il plus efficacement les sciences qu'on ne le pense communément". N'est-il pas étonnant, d'ailleurs, que la question * sur les Océaniens, mise au concours

© On sait que la pensée dominante de Péron, de cette ame de feu, sitôt enlevée aux sciences, était d'écrire une histoire de l’homme, pour laquelle il avait déja rassemblé des notes, qui ont été égarées après sa mort.

2 Elle est ainsi conçue : « Rechercher l’origine des divers peuples répandus dans l'Océanie ou les îles du Grand-Océan situées au Sud-Est du continent d'Asie, en examinant les différences et les ressemblances qui existent entre eux et avec les autres peuples sous le rapport de la configuration et de la constitution physique, des mœurs, des usages, des institutions civiles et religieuses, des traditions et des monuments; en comparant les éléments des langues, relativement à l’analogie des mots et aux formes grammaticales, et en prenant en considération les moyens de communication, d’après les positions géographiques, les vents régnants, les courants, et l’état de la navigation, »

ZOOLOGIE. 33 par la Société de Géographie, soit restée, plusieurs années de suite, sans réponse, et quon n'ait point encore cherché à la résoudre ? Mais voilà, à notre avis, où git la difficulté. Comment faire concorder les observations de tous les genres, consignées dans des relations écrites par leurs auteurs avec un mérite trèsvariable, des principes différents, et souvent sous l'influence des sensations opposées ? Le savant qui voudra coordonner dans son cabinet ce qu'ont dit les voyageurs sur les races des insulaires de l'Océan-Pacifique, sur leurs migrations; qui essaiera de suivre la filiation de leurs idées , de leurs arts, ou les types de leur organisation, ne doit-il pas reculer devant la divergence des opinions et rester indécis au milieu des erreurs ou des incertitudes dont rien ne peut le dégager ? Aussi cet écueil est tel, que la plupart des écrits relatifs à l’homme, et il en est où se montre la plus vaste érudition, sont pleins de rapprochements erronés qu'il était impossible d'éviter. Malgré les connaissances dont nous sommes redevables à Forster, à de Chamisso, à sir Raffles et au docteur Leyden; malgré des descriptions complètes et détaillées de plusieurs îles, où séjournérent long-temps des Européens, tant de chainons manquent et interrompent la série des faits qui doivent lier, par une con- . tinuité de rapports, les peuplades les unes aux autres, que nous ne pouvons généraliser encore que les traits les plus saillants de leur histoire. Ce n'est donc, dans l'état actuel des choses, qu'une esquisse très-imparfaite qu'il nous est possible de présenter : le seul mérite qu’elle pourra avoir sera d'être basée, en grande partie, sur des observations faites pendant notre campagne, ou parfois empruntées à quelques voyageurs dont le talent d'observation est généralement reconnu.

Les sources où l’on peut puiser pour étudier l'organisation

et les mœurs des peuples de l'Océanie, de la Polynésie et de Voyage de la Coquille. — TZ. Tom. I. 5

l'Australie, ne sont point nombreuses. Forster ', le premier, traca d'une main habile le vaste cadre des productions des terres du Grand-Océan, et des insulaires qui y vivent. Combien l’on doit regretter que le cours de l'expédition ne l'ait pas mis à même de voir un plus grand nombre de points, ét de suivre le fil des idées qu'il avait émises avec tant de succès sur les lieux qu'il visita! Forster ne distingue que deux variétés dans l'espèce humaine de l'Océan- bu l'une blanche, et l’autre noire; mais il établit à chaque ligne cette pensée Fond entue , que Roame ne constitue qu'une espèce unique dont les variétés se sont propagées à la longue, ou se sont transmises intactes, ou ont été modifiées par l'influence des croisements ou par une foule de causes locales. On ne devrait, en effet, adopter les distinctions de races ou d'espèces que comme des moyens artificiels, destinés à préciser nos idées dans l'étude de l’homme, et à la rendre plus facile. M. de Chamisso ?, plus récemment, écrivit sur le même sujet, et, sentourant de toutes les ressources d’une érudition riche et féconde, il emprunta aux langues parlées par les divers peuples ses principales lumières pour remonter à leur origine *. Enfin, si la race malaise, circonscrite dans des bornes plus étroites, a été mieux connue, on le doit aux travaux

: Cook, deuxième voyage, t. V et VI, édit. in-8°, Paris, 1778, ou tom. V, in-4”, sous le titre d'Observaiions faites pendant le Second Voyage de Cook dans l 7: sphère austral et autour du monde, etc.

> A Voyage of discovery into the South-sea, and Beering's straits, etc. By Otto von ROTZEBUE, tom. II, pag. 353.

3 M. BALBI, dans un ouvrage important, intitulé tas Ethnographique du globe ( sous presse ), vient de classer les langues de tous les peuples de la terre, qu'il réunit ainsi par l’analogie des idiomes et des racines, des coutumes et des usages.

de sir Aafjles *, de Marsden *, de Crawfurd, et de Leyden*, qui

séjournèrent au milieu d'elle, et qui en firent l'objet de recherches approfondies. Le long séjour de M. Mariner ‘ aux iles de Tonga a, d'un autre côté, fait connaitre ces naturels de manière à ne rien laisser à désirer ; et les documents que nous fournit une habitation plus ou moins longue au milieu des Océaniens s'accroissent journellement des travaux de quelques missionnaires anglais plus instruits que leurs collègues: et, sous ce rapport, la grammaire zélandaise de M. Kendall * rend les plus grands services au philologue, en même temps qu'elle éclaireit plusieurs des habitudes et des usages de ce peuple singulier.

Sans donner une grande importance au tableau suivant, nous grouperons les divers Océaniens à l’aide de distinctions spécifiques dont les noms, communément adoptés, n'ont, d'ailleurs, à nos yeux aucune valeur absolue qui puisse répugner à l'intelligence.

! History of Java, 2 vol. in-4°.

? Voyage à l'ile de Sumatra, trad. par Parraud, 2 vol. in-8°, Paris, 1794.

5 Notice sur Bornéo (Transact. bataves, t. VIT), et dans divers Mémotres sur les peuples de l'Inde, insérés dans les recueils de la Société asiatique de Calcutta.

& Histoire des naturels des les Tonga ou des Amis, rédigée par John Martin, Traduct. franc., 2 vol. in-8°, Paris, 1817.

5 À Grammar and Vocabulary of the language of New-Zealand, published by the Church-Missionary Society, in-12, London, 1820.

ere nent Roi] Hab. les archipels nombreux des Indes RE 7 © ?{ orientales ou de la Polynésie.

1° race, HINDOUE-CAUCASIQUE Hab. les iles innombrables et éparses

2° rameau........ OCÉANIEN, comme au hasard au milieu de l’im-

mense surface du Grand-Océan.

Hab. la longue suite des archipels des Carolines, depuis les Philippines jusqu'aux îles Mulgraves.

3° rameau.. MONGOL-PÉLAGIEN © race, MONGOLIQUE......... ) DRSOLE ?

l ou CAROLIN,

{ 1'° var., papoue , } | Hab. le littoral de la Nouvelle-Guinée | 4° rameau.. CAFRO-MADÉCASSE, et des iles des Papous. | 2° var., {asmanienne, : k {| Habite la terre de Diémen.

2race, INOTREE FENETRE EEE / re var. endamène , Hab. l’intérieur des grandes îles de la Polynésie et de la Nouvelle-Guinée.

2° var., australienne, Hab. le continent entier de la Nouvelle-Hollande.

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2 rameau....... ALFOUROUS,

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