DERNIERS JOURS EN VICTORIA
t L'Africaine » en Australie. — Clubs et réunions. — L*uiseau-Iyi*c. — Le clergé. — Réservoirs de Yean-Yean. — Jardin botanique — Résumé statistique.
21 août.
Depuis notre retour en ville, les représentations à TOpëra et les grands diners de gala ont remplacé les danses fantastiques des Nègres et les mets de kanguroo sous la hutte. Les Huguenots, rAfricatne, Robert le Diable, se donnent à Melbourne dans une salle superbe, où les toilettes, élégantes comme à Londres, rappellent tout à fait l'Europe : les décors sont étonnamment réussis ; seule, la prima donna chante de manière à nous faire souvenir que nous sommes aux antipodes.
Sir Redmund Barry, le fondateur du Musée et de la Bibliothèque, le juge en premier de la Cour suprême, grand chancelier de l'Université, etc., etc., en un mot, l'homme important de Victoria, réunit un jour tous les ministres et tous les personnages influents de la colonie à un grand dîner en l'honneur du Prince. Je ne veux vous parler de ce dîner que pour vous dire combien le luxe est incroyable ici : l'amphitryon a toutes les grandes manières d'autrefois, que relève encore son costume à la mode de nos pères, depuis le jabot jusqu'à la culotte collante et les escarpins à boucles. Les laquais poudrés, les splendeurs de la salle, les mets exquis d'un cuisinier français, nous donnent, après quatre mois, une nouvelle image de la vieille Angleterre. Sir Redmund nous raconte comment il a tracé au cordeau, sur les prés, les rues de la ville actuelle, et comme quoi les tentes ont succédé aux grandes herbes en deux ou trois semaines, et les maisons de pierre de taille aux tentes, en moins d'une année . de 1851 à 1852, les terrains de Melbourne avaient augmenté de mille pour cent! Il nous apprend tous les rapides progrès de l'Université, qui, depuis quelques années, confère des grades aussi valables que ceux d'Oxford et de Cambridge. Également versé dans les sciences et dans les arts, sir Redmund semble avoir apporté ici avec lui toutes les institutions anglaises. Il a apporté aussi sa cave, et il offre lui-même aux convives une énorme bouteille de Porto contenant près de cinq litres, ornée des classiques toiles d'araignée et décorée d'une classique ode d'Èorace, sur un vieux parchemin qui a vieilli avec la bouteille : le vin
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est si bon qu'il fait souvenir un d'entre nous des vers efFacés par le temps, et l'on boit aux « absents friends » , aux amis absents. C'est la coutume générale à la fin de chaque repas en Australie; et ce souvenir de la patrie éloignée, répété tous les jours , est bien conforme à la devise des habitants de cette terre, qui est si profondément vraie : « Cœlum, non animum muto. »
Le lendemain, le Melbourne-Club donnait son grand diner au Prince, et cent vingt membres y prenaient part. Ici , on boit du Champagne comme de l'eau claire, et les cercles sont aussi beaux qu'à Londres. Comme nous sommes déjà loin des sauvages !
Dandinong, 23 août*
Pour n'en pas perdre l'habitude, nous courons de nouveau les prairies. Un nouvel oiseau s'envole d'un buisson, puis deux, puis trois! Ce sont des oiseaux-lyre, les plus charmants de l'Australie : le corps est noir et gros à peu près comme celui d'une petite poule ; les pattes sont courtes, mais la queue a plus de deux pieds de long. Quand il se sauve dans les buissons, il la laisse traîner à terre comme un souple et ondoyant manteau de cour; dès qu'il perche, il fait la roue comme un paon , et c'est une véritable lyre qu'il déploie alors, semblable à un éventail, une lyre antique, toute gracieuse et toute légère : les deux grandes plumes externes, blanches et feu, naturellement cintrées en dedans, puis recourbées en dehors, en forment les montants; les plumes du milieu, effilées et roides, figurent les cordes. On voudrait entendre de mélodieux gazouillements s'échapper, comme une plaintive élégie, de ces cordes qui semblent vibrer; mais l'oiseau-lyre, l'oiseau emblème de la musique, est muet de naissance. Ainsi l'a voulu la nature australienne, paradoxale et illogique! J'en ai tué un, j'en ai manqué un autre : un long éclat de rire s'est fait entendre au loin sous bois. Puis j'ai tiré un opossum qui sautait d'une haute branche; la masse tombe : je cours la ramasser, elle se dédouble : la mère opossum morte était entre mes bras ; le petit s'échappait de la poche maternelle, et atteignait déjà les premières branches , quand je commençais à peine à comprendre ce joli tour de prestidigitation ! Un second et brusque éclat de rire me frappe de nouveau et semble chaque fois s'éloigner de moi. « Rira bien qui rira le dernier! » murmurai-je en rechargeant mon arme; et vite je courus sous bois, ne pouvant me figurer qui, dans ces forêts sauvages, manifestait une si franche hilarité à chacune de mes mésaventures. Ma surprise fut grande quand le rieur recommença : c'était un oiseau ! Je le tuai au plus beau moment de son rire, que je défie tout voyageur de distinguer des éclats de la voix humaine. J'étais tout honteux de ma méprise et de ma colère : l'oiseau était à mes
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pieds. On m'a appris ce soir que c'était le^« Laughîng Jackass », FâneTibtrr, sorte de geai huppé , à long bec et au corps deux fois gros comme celui du geai européen. C'est ainsi que l'ont nommé les premiers colons, étonnés, comme moi^ d'être reçus dans les forêts vierges par des rires étourdissants. Quelques pies sont nos dernières victimes; nous ne les tuons que poiif la curiosité du fait : le noir et le blanc sont symétriquement disposés sur leurs plumes, à l'inverse de ce que nous voyons en Europe.
Le soir, tandis que nous faisions bouillir une queue de kanguroo, ce qui donne une soupe exquise, et rôtir, au bout d'une ficelle, deux ou trois grosses perruches, le bruit d'un cheval au galop nous appelle à la porte de notre maison de bois. Le cavalier s'arrête ; il descend et nous interpelle par nos noms. C'est un brave clergyman catholique irlandais, tout rond/ tout souriant, qui a appris, je ne sais comment, notre excursion de chasse-, 'et qui vient voir si nous ne mourons pas de faim. Avec un Irlandais, la glice est bien vite rompue, et sa visite près de Tàtre qui pétille , m'apprend force choses que j'ignorais encore sur le clergé australien. C'est un -curé de campagne dont le district avait, il y a six ans, cinq ou six lieues carrées d'étendue, et ses appointements étaient alors de 5,000 francs par an. Aujourd'hui, lu population ayant beaucoup augmenté, la cure a été coupée en depx parties, et il est réduit à 2,500 francs. Comme vous le voyez, le gouvernement colonial semble avoir de belles finances. Au contraire des antiqtics errements de la métropole, les Chambres victoriennes n'ont pas admis de religion d'État, et ont établi devant la loi, comme sur le budget, l'égalité des cultes.
Les privilèges de l'Église anglicane n'existent donc pas sur cette terre anglaise, où la jeune démocratie, libre de toute entrave ancienne, s'est mise si merveilleusement à l'œuvre pour amener chaque chose sur la pente d'une complète égahté. Les sectes religieuses ne sont par conséquent soumises à aucune juridiction particulière autre que celle que les fidèles s'imposent volontairement à eux-mêmes. Xe grand problème qui porte le trouble dans le Royaume-Uni s'est résolu ici par les bienfaits de la liberté, avec calme et succès.
La colonie a voté 1,250,000 francs de subvention annuelle au clergé disséminé sur son territoire : cette somme figure dans un acte additionnel de la Constitution fondamentale, et elle est répartie entre les différents cultes, en proportion du nombre des membres de chaque croyance.
En Victoria, il y a environ 425,000 protestants, 140,000 cathoHques, 3,000 juifs, 58,000 étrangers à tout culte.
En outre des appointements annuels des quatre cent trente membres du
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clergé» la subvention est proportionnellement afFectëe à la construction des églises; et il y en a déjà plus de mille trois cent cinquante dans la colonie. Il fellait cet appui matériel du gouvernement pour que les cultes pussent Si'établjr, malgré les épreuves sociales de la fièvre de l'or et la constitution laborieuse de la colonie pastorale. Maintenant que l'Australie a trouvé son état normal, le sentiment public tend à s'élever contre la subvention. Quelques-unes des plus petites sectes ont déjà renoncé au secours qu'elles recevaient : la Chambre Basse a plusieurs fois « passé » un acte d'abolition de rqqtç.tadclitipanel de la Constitution. Jusqu'à présent, la Chambre Haute l'a rfejeté; mais il est évident que la colonie de Victoria aura, avant quelques années, son Église Ubre dans l'État hbre.
Le bra^e curé resta fort tard dans notre cabane, puis il reprit son cheval et disparut au gulop dans les bois. Deux jours plus tard, nous allons rejoin- . dre la route de Melbourne et attendre la malle-poste de Cobb-Cobb and C*, grand char ouvert, peint en rouge, attelé de sept chevaux, et qui arrive de quarante lieues dans l'intérieur. Des mineurs, des bergers, des tondeurs, y soht entassés , et racontent les histoires les plus extraordinaires sur leur vie nomade.
30 août.
NoÂ-e dernière semaine à Melbourne a été surtout une semaine d'affaires. Nous avions été comblés de tant d'attentions et d'amabilités, pendant plus d'^ùn mois et demi, en Victoria, que nos visites d'adieu ne pouvaient se faire à. la légère. Je veux pourtant vous parler encore de deux étabUssements importants : les Réservoirs de Yean-Yean , dont les bienfaits s'appliquent . .aux 130,000 habitants de Melbourne, et le Jardin botanique, qui est une sorte de Providence pour toute l'Australie.
Le Yean-Yean est un lac artificiel formé à dix-neuf milles de Melbourne, et a six cents pieds. au^lessus du niveau de la cité. Un remblai de plus de neuf cents mètres de long et de sept mètres de haut arrête les eaux d'une vallée, sur une surface de plus de cinq kilomètres carrés; ce réservoir, qui contient environ vingt-trois millions de mètres cubes d'eau, alimente la ville avec une telle abondance, qu'il donne six cent dix-huit litres d'eau par personne et par jour, et avec une telle pression que non-seulement, en cas d'incendie, les jets , admirablement •répartis , arrêtent immédiatement les progrès des flammes, mais encore , dans un grand nombre de manufactures de la ville, il a remplacé la vapeur comme force motrice. C'est la rivière Plenty (Abondance) qui forme ce lac improvisé. Ce travail immense a'coûté près de 20,500,000 francs, nous disait l'inspecteur des travaux pubUcs : il a été fait grâce à un emprunt colonial, mais il rapporte déjà 1 ,500,000 francs
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par an, et promet un revenu bien plus cpnsidérable encore dès que Teau sera distribuëe dans les faubourgs environnants.
Voila un des travaux de la ville qui est née en 1851 ! Àb uno disce omneSé
En outre des jardins publies, qui sont charmants, il y a à Melbourne, sur une colline toute couverte de verdure, un superbe jardin botanique; c'est le petit royaume du docteur MuUer. Nous y passions avec lui. des heures toujours trop courtes. Membre des sociétés savantes de l'univers entier, couvert de décorations, l'excellent docteur est le plus libéral des souverains : il donne chaque matin la liberté à des centaines de sujets; ce sont de simples' moineaux qui lui arrivent d'Allemagne, par cages de trois cents, et chaque navire qui jette l'ancre à Port-Philipp apporte pour lui quelques milliers de ces petits pierrots que nous maudissons en Europe, mais^ qui viennent détruire en Australie des nuées d'insectes nuisibles.* Du reste, ces pierrots, voyageurs malgré eux, en prenant leur vol sous un ciel /k^uveatï, ne perdent pas au change : la température moyenne est, pour toute l'année, de quinze . degrés centigrades, comme à Rome. Elle est pour l'hiver de dix degrés^ pour le printemps de quatorze, pour l'été de vingt et un, et pour l'automne de seize.
Le brave docteur a risqué souvent sa vie au service de la science. Ilavait déjà longtemps parcouru les parties inexplorées de l'intérieur pour recueillir . tous les spécimens d'histoire naturelle et de botanique inconnus avant lui : il avait aussi rédigé toute la flore de l'Austrahe, œuvre immense et frait, * des plus durs labeurs, quand, il y a deux ans, en 1864, il provoqua une expédition destinée à rechercher le malheureux explorateur Leichhardt> Leichhardt est encore un des martyrs des découvertes dont le souvenir est^ si touchant en Australie. ^ ^
De 1844 à 1846, Leichhardt avait fait de magnifiques voyages dans Tin-^ térieur, où l'on croyait à des lacs d'or, mais où il trouva des prairies sah$ fin;. en 1847, il partit de Moreton-Bay, pour explorer toute la partie nord- . est : dix-sept années s'écoulèrent. sans qu'on eût de nouvelles de lui, sans qu'on pût suivre ses traces! Le docteur Muller émut l'opinion publique; des fonds considérables furent vite donnés par tous; il lança Mac-Intyre suivant de nouveaux indices que donnaient des Naturels, et lui-même, parcourant sans relâche les contrées sauvages dti golfe de Carpentaria (à douze cents milles de Melbourne) , cherchant fiévreusement un compatriote qu'il espérait toujours joindre, restant souveiit huit et dix jours sans trouver d'eau, puis perdant ses provisions et devant cependant faire feu sur les tribus qui l'attaquaient de leurs flèches empoisonnées, il revint épuisé, sans avoir rien, pu trouver! Il nous racontait toute son émotion, quand il découvrit un sem-
blant d'indice; exténué et défaillant, il ne renonça à ses recherches qu'après bien des mois, hésitant entre les récits des Naturels qui disaient Texplorateur noyé, et ceux qui, ornés de quelque dépouille européenne, faisaient comprendre qu'ils avaient mangé un peu du savant Lcichhardt!
Homme persévérant et hardi, le docteur Muller a planté les jalons pour les esprits aventureux de la jeune génération : tout noble but l'enflamme; il encourage les nouveaux » squatters « : « Après les déserts de pierres blanches, de granit et de sable, leur dit-il, vous trouverez des prairies pour des milliers de troupeaux. « Mais le malheur de l'Australie, c'est le manque d'eau : il veut y remédier; il consacre à ce but presque tous les fonds du Jardin botanique, et il y réussît. H répartit dans l'intérieur des terres des millions d'arbustes, nés dans ses pépinières; de petits ruisseaux se forment rapidement sous ses jeunes bois f les résultats sont superbes déjà; et chaque année on les a parfaitement constatés. Sur des terres nues il a créé, en plus d'une centaine de points, des bois et des cours d'eau.
Mais ce qui maintenant excite son enthousiasme, c'est qu'il a pu se mettre à la tête d'un grand mouvement, pour engager toutes les colonies australiennes et la métropole à construire, à frais communs, un chemin de fer qui irait de Melbourne au golfe de Carpentaria. Ce serait traverser l'Australie bout pour bout, ouvrir l'intérieur à la colonisation, créer une route infiniment plus courte pour toutes les communications avec l'Europe et la Chine. Quel beau projet! Ce peuple est si hardi, il prend si vite feu pour les grandes idées, que des gens importants de Melbourne espèrent voir se réaliser avant dix ans ces rêves gigantesques !
Ce qui est déjà une belle réalité, c'est de voir les fils télégraphiques fonctionner dans la colonie sur près de quatre mille kilomètres, et dans toute l'Australie sur plus de seize mille. Car ils suivent les rivages de l'Océan austral, puis le Pacifique, depuis Adélaïde au Sud-Ouest jusqu'à Port- Denisson au Nord-Est : ce sont les deux points extrêmes de la colonisation sur la côte. Ajoutez-y les phares sur tous les points dangereux de cette ligne, et pensez qu'il y a trente et un ans, il n'y avait pas un Blanc sur le sol de Victoria.
Avant de quitter la colonie , qUe nous avons , je crois , assez parcourue dans tous les sens, j'ai reçu d'un des membres du gouvernement une chose que j'ambitionnais fort : c'est le cahier bleu des Statistiques de Victoria. Un rapide coup d'oeil sur ces conipilations annuelles a complété pour moi l'impression d'admiration dont j'avais été frappé tout d'abord ; et, de ces milliers de chiffres, j'ai tâché d'extraire les plus saillants.
Sur une étendue un peu inférieure à celle de la Grande-Bretagne, c'est-à-
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dire sur environ 22 millions et demi d'hectares, plus de 15,300,000 sont occupés par les troupeaux, 205,000 sont affectés à l'agriculture, 1,400 à la vigne, et 188,000 aux mines d'or.
La population, qui était de 8 personnes en 1835, — de 31,000 en 1845,
— de 364,000 en 1855, était l'année dernière de 626,000 habitants. L'immigration, dont la moyenne était de 2,000 âmes dans les cinqpre*
mières années; sauta en 1852 à 94,000, se maintint quelques années dans ces chiffres élevés, et retomba à 27,000 pour chacune des cinq dernières.
L'émigration, au contraire, nulle en 1852, atteint aujourd'hui, par suite de la découverte de l'or en Nouvelle-Zélande, le nombre de 21,000 par an.
De dix ans en dix ans, depuis 1835, le nombre des chevaux s'est élevé de quinze à 9,000, — 32,000, — 121,000.
Celui des bétes à cornes, d'une cinquantaine à 238,000, — 568, 000, — 621,000.
Et enfin celui des moutons, de quatre cents à 2,400,000, — 6,000,000,
Depuis le principe, cette jeune colonie a exporté 203,688,000 kilogr. de laine, d'une valeur de 769,591,000 fr., et 380,000 blocs d'or, valant 3,800,000,000 de francs !
Ne sont-ce pas là en vérité ces fées du commerce de l'Australie, dont je vous parlais l'autre jour? Et je suis stupéfait en additionnant ainsi tout ce que leur baguette a fait sortir, chaque année, du fond et de la surface de cette terre !
Voici maintenant, relevés et résumés dans ces labyrinthes bien ordonnés qu'on appelle les statistiques, quelques états sur l'année dernière, 1865, dont je veux, à vol d'oiseau, vous rendre compte.
Les 8,835,380 moutons ont donné 19,193,000 kilogr. de laine, d'une valeur de 82,878,000 fr.
Les mines d'or ont rendu 214,709,425 fr.
En outre, le bétail vivant, les cuirs, les viandes salées, etc., etc., sortant de la colonie, montent à une somme de 88,656,500 fr., ce qui fait un total de 328,768,700 fr. pour les exportations.
Les importations, qui en 1851 n'étaient que de 26,400,000 fr., et qui s'élevaient, il y a dix ans, si haut que la balance était de 147,000,000 de fr. en leur faveur, se sont, heureusement pour la colonie, abaissées vers l'équilibre, tandis que les sorties ont rapidement augmenté. Les premières ont baissé d'abord, grâce aux revirements salutaires et à la modération dans les besoins qui commencèrent avec la fin de la fièvre de l'or, et ensuite grâce aux progrès de l'industrie locale qui se perfectionnait, et qui leur opposait
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les prodnits de 2,000 machines, 650 manufactures, 74 brasseries, etc., etc. Les secondes ont monté surtout par le développement des troupeaux de moutons, qui éleva de 10,089,000 kilogr. h 19,193,000 kilogr. les laines emportées.
D'autre pari , composées de boissons , farines , épiceries , chaussures , étoffes, fers, machines et charbons, les entrées s'élèvent à 331,43^,000 fr. Plus de dix-sept cents navires, jaugeant six cent mille tonneaux, ottt, dans cette année, apporté tout ce qui est nécessaire à tant de besoins nouvellement créés, et emporté vers l'ancien monde, l'Inde ou les colonies voisines, des richesses brutes d'une valeur égale. Dans cet ensemble de détails, il m'a paru curieux de voir, faute de bras pour traire , une importation de plus de 7,500,000 fr. de beurre et de fromage, dans une colonie où il y a presque autant de sujets de l'espèce bovine que d'habitants ; et , feute de machines, la rentrée pour une valeur d'environ 47,500,000 fr. de lainages dont la matière première a fait le tour du monde, par Horn et Bonne-Espérance, pour aller se faire tisser en Europe. Mais c'est la conséquence d*une société naissante : à voir ses rapides progrès en trente ans, je suis convaincu que si jamais j'y retournais dans quelques années, je la trouverais se suflBsant à elle-même par ses manufactures, et exportant seulement l'immense trop-plein de ses richesses indigènes.
Un commerce de plus de éOO, 207,000 fr., tel est donc l'ensemble des fortunes privées. Autre est l'aspect des finances de l'État, qui a eu bien plus d'énormes créations à faire, sans toucher ensuite les mêmes bénéfices , et qui, sans avoir jamais reçu^ pour quoi que ce fût y un seul penny du ffouverhement de la métropole, paye le voyage des immigrants et entretient une marine coloniale, en outre de tous les services pubHcs admirablement organisée dans leurs moindres branches et largement rétribués. L'emprunt a été la conséquence forcée de la création, et la dette courante est déjà de 225 millions de fr. : elle est négociée à 6 pour 100 et remboursable jusqu'en 1891. L'ardeur avec laquelle on en a enlevé, sur le marché de Londres, la plus grosse part, l'emprunt de 175,000,000 de francs pour les chemins de fer, prouve la confiance où l'on est ici et là-bas que, à l'instar du passé des créations privées , « le temps futbr sera de l'argent » pour l'État.
Cela dit, les dépenses publiques annuelles, y compris l'amortissement de la dette, sont en équilibre avec les recettes. Celles-ci ont été l'année dernière de 73,830,000 francs, provenant de trois grandes sources : les douanes pour près d'une moitié; la vente, la location des terres, les recettes des chemins de fer et les impositions pour l'autre.
Depuis l'origine, 2,496,000 hectares ont été vendus et ont produit plus
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de 305,317,000 fr. En 1866, — 12,898,000 hectares étaient en locaJ tion, répartis entre 1,156 « squatters » , qui payaient un loyer total de 5,628,000 fr.
C'a été là la pierre d'achoppement entre les « squatters » et les agricul* teurs. Si ceux-ci se plaignaient de ne labourer que 205,000 hectares et de ne fournir que 1^ moitié du blé consonmié par la colonie S si les milliers d'im«*> migrants qui viennent prendre leur part sous le soleil de l'Australie étaient forcés, pour posséder, d'aller à deux cents lieues dans le Nord, loin de toute communication, c'était, criait la masse, la &ute des fermiers de l'État, qui, s'étant installés les premiers, avaient monopolisé le sol au profit de leurs troupeaux. Devant cette lutte, qui a été fort grave, entre le troupeau et la charrue, mais surtout entre les premiers occupants légaux et les nouveaux arrivants, les législateurs se Sont demandé s'il était juste de laisser 12,898,000 hectares entre les mains du nombre minime de 1,166 « squatters » dans une colonie qui compte 626,000 habitants, et s'il ne fallait pas, pour cause d'utihté pubUque, favoriser l'essor d'une immigration de laboureurs et de petits fermiers qui, habitant la même terre, réclamaient les mêmes avantages. Morceler graduellement les grands « runs » et les laisser envahir peu à peu par les petits fermiers, tel est l'esprit de la loi nouvelle. Elle a passé, et désormais chaque petit cultivateur peut.mordre d'tm mille caiTé par an sur un a run « : c'est une sangs&e posée à la grande exploitation des troupeaux. Sera-t-elle salutaire ? On veut l'espérer. Et si une ceinture de céréales qui feront baisser le prix de la nourriture dans toute la colonie, une ceinture de population h laquelle il écoulera plus facilement ses produits vient entourer chaque « run » , peut-être le « squatter » , dont je comprends aussi toutes les plaintes, se consolera-t-il d'avoir perdu son vaste empire de prairies qui semblait ilUmité , en voyant la prospérité de milUers d'immigrants auxquels il a montré la route de la fortune, et qui l'ont suivie !
Qu'ils viennent donc hardiment ceux que la colonie appelle de nouveau aux métiers et aux champs ! Elle donne tout ou partie de leur passage de Liverpool jusqu'ici aux cultivateurs, aux ouvriers, à leurs familles.
Ceux-ci, gagnant de 18 à 23 fr. par jour, trouveront la viande de bœuf et de mouton à six sous la livre, le pain a trois sous, et ils payeront 9 fr* 50 c. par semaine un cottage à deux chambres qui, en 1854, se louait 70 fr» pour le même temps.
Ceux-là iront au Trésor ; ils y trouveront une grande carte de la colonie, ce qui est son trésor véritable : tout ce qui est teinté en rouge est vendu, tout ce qui est en vert est loué; dans tout ce qui est blanc, ils peuvent
^ 17 hectolitres par hectare^
1Î4 s AUSTRALIE.
« choisir » , s'établir et cultiver; pendant sept ans, ils ne payeront la location de r hectare que 2 fr. 50 c. par année, à la condition d'acheter à la fin de cette période ce même hectare 25 ou 30 fr.
Mais ce qui est le plus demandé sur le marché de l'immigration, ce sont
les femmes ! La proportion, qui était de 14 pour 100 hommes en 1838, est maintenant encore de 64 pour 100 : la cote est haute, et le placement fait fureur !
Du reste, les immig^rants et immigrantes trouveront pour leurs enfants des écoles répandues par le gouvernement avec une étonnante prodigalité : j'ai pu remarquer que c'était là le point d'honneur des Victoriens. L'enseignement est libre, et les ministres de tous les cultes ont leurs écoles particulières de droit et de fait. Mais l'enseignement national et purement laïque est seul donné aux frais de l'État : il admet sur les bancs les enfants de toutes les croyances, et laisse à cliaque culte le temps et le soin de l'instruction religieuse. Près de mille écoles, que fréquentent plus de cinquante mille enfants, sont ouvertes, et les statistiques constatent que parmi les enfants au-dessus de cinq ans, les quatre cinquièmes savent lire et écrire, les dix onzièmes savent lire seulement.
De conscription, néant! Il n'y a que trois cent cinquante soldats dans Victoria ; ils sont envoyés par la métropole, mais soldés par ]a colonie.
Enfin, au moment de nou^ embarquer, après sept semaines passées sur ce sol, je veux vous dire une impression qui est le résumé de tout mon séjour : de toute cette population blanche, pas une main, — pas une, — ne m'a été tendue pour me demander l'aumône !
L'oiseau-lyre.
Détroit de Bass. — Une rencontre mtéressante à Launceston. — Hobart-Town. — Des bals aux antipodes. -— Ruines de tombes françaises. — Pisciculture. — L'arbre de Couk. — Les adieux. — Ouragan. — Souvenirs politiques. — Refuge à Ëden.
1°'' septembre 1866.
Nous partons aujourd'hui pour l'île de Van Diemen. Tout ce que j'en sais, c'est que ce n'est pas Van Diémen qui Ta découverte. C'est Tasman, un jeune homme plein de courage et d'ardeur, qui soupirait tendreâient pour mademoiselle Van Diémen — en 1842 — et auquel un père lîrop» crwel, la retenant captive dans les splendeurs des palais de Batavia, s'obstinait *à la refuser. Le jeune navigateur résolut alors de trouver des terres nouvelles : l'existence d'un grand continent dans l'Océan Austral n'avait été constatée que par Quiros et Torrès en 1606, puis confirmée de 1618 à 1627 par les Hollandais Hertoge, Zeachen, Lewin, Nuitz et de Witt. C'étaient seulement quelques points de la côte, éloignés de quatre et cinq cents lieues lès uns des autres, qu'ils avaient reconnus et' dont les sauvages les avaient chassés. Tasman, dans son premier voyage, fit tout le tour de ce continent sans le voir réellement, et revint pourtant convaincu que la terre qu*il avait baptisée en faisait absolument partie. Mais il avait aussi couvert les îlots des mers australes des noms et prénoms de sa belle ; il alla porter au célèbre Gouverneur de Java les récits écrits de ses découvertes, les cartes et les curiosités de toutes les terres sur lesquelles il avait planté le pavillon hollandais , et alors seulement il 'obtint mademoiselle Marie pour récompense ! Serait-il trop hardi de demander si les pères de famille sont encore aussi récalcitrants aujourd'hui en Hollande?
A trois heures et demie nous levons l'ancre : un vapeur à héUce , construit à Glasgow, le Dérivent, nous emmène en compagnie d'une cinquantaine de prassagers. Nous descendons le Yarra-Yarra pendant plus d'une heure, nous nous élançons rapidement dans la baie de Port-Philipp que nous avions la première fois sillonnée avec tant do lenteur; les forts tirent le canon, et la brise emporte avec nous, presque à fleur d'eau, leurs gros nuages de fumée, que couvrent d'une teinte de pourpre les rayons du soleil couchant.
2 septembi-e.
Lç détrpit de Bass est traversé y et à midi les côtes de l'île nous apparaissent. C'est seulement cent cinquante-cinq ans après la découverte de Tasij^^n que deux jeunes gens, Flinder et Bass, en 1797, suivant les. côtes
Les gorges du Tamar«
depuis Sydney dans une barque longue de trois mètres , reconnurent que Van Diémen était une ile , et séparée du continent par un profond détroit de deux cent soixante et onze milles !
A midi, nous sommes à l'embouchure du Tamar: c'est une rivière étroite et pittoresque : d'abord des roches basaltiques coupées à pic, des montagnea dont la cime est couverte de neige la resserrent en mille méandres; des affluents, des cascades nous donnent de temps à autre une jolie éqhappée de
vue sur des vallées où brillent en fleur les pommiers, les joncs marins touffus, et mille plantes que le printemps réveille; puis on se croit à chaque instant dans un lac fermé de toutes parts : c'est plutôt une succession de petits lacs qu'une rivière ; on se demande comment on pourra en sortir, et tout d'un coup, entre deux roches, on voit comme une gorge sombre, on tourne court, et un nouveau lac apparaît au loin. C'est courir vraiment de surprise en surprise !
A la nuit tombante nous débarquons dans la petite ville de Launceston , où il y a environ 10,000 habitants. Mais, après l'animation un peu américaine de la cité opulente de Melbourne , ceci nous semble tout froid et tout mort. Et puis, c'est la terre classique des déportés de l'Angleterre; il y a seulement une quinzaine d'années que ces tristes arrivages ont cessé; déjà sur les quais il nous a semblé voir de ces visages sombres et farouches qui paraissent marqués au front de leur trop illustre origine. « Si nous retournions à Melbourne ! » nous disions-nous.
Mais le silence de la soirée, qui ne commençait pas gaiement, parce que nous nous sentions dans ce calme si seuls et si loin, fîit soudain interrompu. Un homme d'un grand âge entra : sa figure vénérable , ses traits énergiques, ses longs.cheveux blancs, ce je ne sais quoi de grand et de simple d'un patriarche, nous frappèrent dès l'abord. S'appuyant sur un rustique bâton et s'avançant lentement, il nous parla tout de suite de la France, « pour laquelle son cœur battait si fort» ; puis, en montrant le Nord, il nous demanda le plus simplement du monde si nous avions été heureux de notre long voyage dans la colonie de Victoria. — C'est une merveille, lui dîmes-nous, quand
on pense qu'en si peu d'années — Oui, reprit-il, quand on pense
que Batman est mort et que c'est moi qui, avec Batman, ai débarqué le
premier en 1835 à Port-Philipp pour y fonder une colonie! » C'était
Sams , c'était le survivant de ces deux hommes énergiques !
Il s'assit près du feu, et voyant toute notre sympathie, toute notre émotion , il céda à nos instances, et nous raconta toute son histoire. Il a quitté l'Angleterre en 1814, emportant son petit patrimoine et espérant faire sa fortune,. mais il fit surtout celle des autres. Il s'étabHt à Van Diémen avec ses troupeaux : « Alors, nous dit-il, on ne connaissait de ces vastes terres M qui s'appellent aujourd'hui Victoria , que les côtes découvertes par Bass. » Une seule fois un groupe aventureux de matelots avaient voulu aborder, » mais les Naturels les avaient bien vite relancés à la mer, et jusqu'au l"jan- » vier 1835, aucun Blanc n'avait osé y reparaître. Nous étions alors plu- » sieurs familles d'honnêtes laboureurs, employant les « convicts » aux tra- » vaux journaliers et habitant le haut des collines qui dominent actuellement
« la ville; toutes ces familles n'en formaient vraiment qu'une seule. Nous
M fêtâmes la nuit du premier de l'an d'une manière étrange : un grand feu
» fut allumé sur la montagne , il éclairait notre drapeau national, et pen-
M sant à la patrie absente, nous étions tous rassemblés alentour. Là, devant
» les nôtres, nous fîmes serment, Batman et moi, de tenter dans la nou-
» velle année quelque chose d'extraordinaire, et de porter une partie de
» notre troupeau de l'autre côté du détroit, dussions-nous même l'abandon-
» ner ensuite, espérant, s'il prospérait, peupler une partie du continent
» pour nos petits-neveux. Ce qui fut dit fut fait; en juin nous débarquâmes
AfBuent du Tamar.
» sur les rives du Yarra-Yarra; les Naturels, hostiles d'abord, nous lancè- » rent des flèches, puis s'enfuirent. Vous savez si nos moutons <5nt prospéré ! » Mes fils m'ont, après dix ans, remplacé en Victoria. L'an dernier, j'ai » voulu voir ce qu'étaient devenus et ces rivages déserts et ces prairies » immenses : des palais, là où de ces deux mains j'ai bâti une hutte en écorce » d'arbre , des chemins de fer là où je traçais un sentier, des millions de » moutons sur ce sol que nous avons conquis et ouvert pour nos semblables, » voilà ce que j'ai trouvé ! »
Puis ce brave homme nous parla , les larmes aux yeux , du capitaine Laplace, qui, dans son voyage de découvertes à bord de la Favorite, avait touché à Van Diémen et emmené l'un de ses fils , pour lui faire donner une bonne éducation en France. C'est ce souvenir qui avait gagné au nom fran-
çais Je cœur du vieillard. Son fils est revenu et il a suivi l'exemple de ses frères. Chacun est à la tête d'une « station » dans les colonies australes, et ils font tous fortune.
4 septemlire.
L'Ile est traversée de part en part, du Nord au Sud, et sur une distance de deux cents kilomètres, par une grande route que les « convicts » ont construite jadis. Nous la prenons pour aller à Hobart-Town, la capitale, et croiriez-vous que dans cette terre, la plus proche du pôle sud après la Patagonie et Tawaï-Pounammou , c'est un classique a mail-coach » anglais à quatre chevaux qui fait chaque jour ce service? Nous partons dès cinq heures du matin ; au point du jour, le Ben-Lomond et le Ben-Lévis, sur notre gauche, se dessinent en grandes silhouettes * ; le paysage est riant au possible : tantôt ce sont des champs coupés de haies comme en Angleterre, tantôt des bois sauvages remplis de troupeaux ; la route ferrée , bien dessinée au milieu des torrents et des roches, est aussi bonne que les nôtres. En trois points nous avons de superbes panoramas qui nous montrent la plus grande partie de nie; ce sont les trois cols qu'il faut franchir, et après quinze heures de route, après avoir passé sur des ponts de pierre le Jourdain et le Derwent, nous entrons dans le silencieux Hobart-Town.
15 septembre*
Dix jours viennent de se passer tout autrement que nous ne pouvions l'imaginer. Dans cette ville, qui au premier abord ressemblait pour nous à la plus morne et à la plus puritaine des villes d'Ecosse, nous avons été fêtés à chaque heure de la façon la plus cordiale et la plus aimable. Le gouverneur, colonel Gore Brown, les ministres, tout un noyau de société, instruit, heureux et enjoué, ont reçu le prince avec une grâce charmante; c'était un joyeux et insolite événement pour la colonie. — Van Diémen, que ses habitants, plus justes que les géographes, appellent Tasmanie, est renommée pour ses belles « misses » et ses belles pommes, les filles d'Eve et ce qui nous a fait perdre le paradis. Nous trouvons les deux entièrement de notre goût dans cette oasis des mers, toute riante et fécondée par un climat délicieux, toute paisible et éloignée de la fièvre des spéculations et des mines, tout entière aux mœurs douces d'une grande famille et à un bonheur de clocher! Nous avons donc vu aussitôt s'organiser une série de fêtes, et chaque soir nous avons dansé. C'était tantôt dans les belles salles d'armes et dans les belles galeries remplies de fleurs du palais du Gouvernement ;
^ Cinq mille pieds.
136 AUSTIIALIE.
tantôt dans les salons du président de la Chambre Haute et des grands pro^ priétaires du pays, qui ont à la ville une parfaite installation. Les grands dîners gala de quatre-vingt couverts, les concerts, les comédies, les parties de croqiiet et de cheval, toujours et partout avec les aimables « misses » , nous ont, en vérité, fait chaque jour oublier que nous étions aux antipodes. Seule la journée du dimanche nous fut laissée libre tout entière, elle fut occupée par un pieux devoir. Nous montons avec Tévéque catholique sur' une colline qui domine Hobart-Town; au sommet, au milieu des roches et des arbres, nous cherchons les vestiges des tombes où sont enterrés les
Le duc de PentKièvre.
marins, au nombre de quarante environ, morts ici pendant l'expédition de Dumont d'Urville, avec les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, en 1840.
Un tronçon de pierre dégradée s'est écroulé, les croix de bois sont renversées à terre en désordre; les petites planches qui contenaient les inscriptions tombent en poussière, rongées par le temps. Sur elles maintenant se sont étendues les grosses touffes d'une foret de géraniums qui poussent ici à l'état sauvage. En grattant la mousse épaisse, en rassemblant les morceaux épars de ces modestes croix, en cherchant les limites en terre de ces amas de fosses, nous retrouvons avec peine la plus grande partie des noms de ceux qu'elles contiennent, victimes malheureuses de l'épidémie qui régnait abord depuis les glaces du pôle sud et qui avait fait d'affreux ravages ! Nous étions bien émus en voyant ainsi abandonnées, cachées par une végétation croissante et presque perdues, les dernières traces de ces Français morts sur une
terre lointaisei Le Prince a voulu que les limites envahies de ces 'tombes exilées fussent relevées, et il commanda le soir même une grande pierre funéraire où seront inscrits les noms que nous sopnmest ipa^venus à recon*naiire au milieu de ces ruines. J'y ai cueilli quelques' fleurs- de la forêt qili lesoHkbrage, espérant les rapporter en souvenir aux familles de ces melbeuH ireuxii Penses ooml>ien, lorsqu'on est soi-même si loin de ceux qu'où aime, la vue de ces tombes est faite pour émouvoir! Voici ce que l'on gravp.sur la grande pierre :
EXPÉDITION AUTOUR DU MOKDE DES CORVKTTES L'ASTROLABK ET LA XÉLÉK.
l.\ klbUOIRK DK
KT DKS AUTRKS |IATVU>TS DlîcébHS \ tlOBART-TOWK ES 1840.
nouuAGE D ox FBixcK rR.»>Mt«, u\".t\ couyi iVf,
QUI À VOl'LI' SAl'VIR DK L*Ol'BLr tK» \(i\:- liK SKS COMPATRIOTES
UORTS DAK5 l'accûUPI.USIUKKT
d'l'VX UI5JII0N GLOKIEUSR l'OI 1. I.) PBAXCR.
Un jour nous sommes montés au mont Nelson, d'où la vue est superbe : à l'Ouest, la succession des lacs formés par le Derwent, échelonnés entre des groupes de collines boisées et de grandes roches qui ont un aspect fort sauvage; — au fond de la baie, la ville d'Hobart avec ses fortifications, son palais du Gouvernement, véritable château gothique d'une décoration d'opéra, et le mont WelUngton tout couvert de neige, haut de quatre mille cinq cents pieds, qui domine l'île entière. Victoria semble être un immense gazon anglais; la Tasmanie est une petite Suisse. — Au Sud enfin, une ceinture de presqu'îles nombreuses, escarpées, torturées, aux formes extraordinaires, qui ferment la baie comme un grand lac, et contre lesquelles les longues lames de l'Océan Austral brisent avec fureur. Non loin du mont Nelson est un ravin, peut-être unique dans le monde, la a Fern Tree Valley » . Un torrent y coule sous des milliers de fougères-arbres qui s'élèvent au milieu des roches comme des colonnes, ou qui, inclinant leurs branches touffues sur l'eau, sont jetées comme des ponts sur des cascades. Ces fougères ont plus de trente pieds de hauteur, et de leur sommet s'étendent, pour former un vaste berceau, leurs longs panaches réguliers, si gracieux et si verdoyants.
Un autre jour encore, avec des amazones, nous avons visité à cinq lieues de la ville, dans un site charmant, un asile où six cents orphelins sont
13î AUSTRALIE.
recueillis et ëlevés aux frais de l'État ; cela lui coûte trois cent mille francs, par an. Tout ce petit monde, aux faces rouges et fraîches, avait ses habits de fête en notre honneur, et six cents gâteaux furent avalés d'un seul coup et au commandement. C'était plus gai que la visite que nous fîmes ensuite aux sombres forts des prisons : le gardien nous fit passer sur le fatal pontlevis, et, en nous montrant la noire trappe à bascule qui sert à envoyer les condamnés dans un monde évidemment meilleur, il nous dit avec tout le flegme britannique : « Nous pourrions y pendre confortablement sept personnes à la fois, »
Un bal superbe qui dura jusqu'à cinq heures du matin chez le chancelier de l'Université, où les jolies personnes et les jolies toilettes étaient fort nombreuses, nous remit en gaieté. Je ne fais point comme VExamîner et le Mer^ cury, journaux quotidiens d'Hobart-Town , qui rendent compte chaque matin, dans les moindres détails, de toutes nos visites officielles et de toutes les fêtes que l'on a données au Prince la veille, et je vous fais grâce de notre vie mondaine.
Une chose m'a vivement frappé ici, et je crois qu'elle est d'un rare exemple : rien ne saurait vous donner une idée de la grande harmonie, de la fraternité véritable qui règne entre les fidèles et les prêtres des deux religions en Tasmanie. Catholiques et protestants veulent oublier ce qui les divise, pour ne voir que les grands intérêts qui les unissent, sur une terre dont l'origine est souillée par les a oonvicts » , mais où une société nouvelle et pure a lutté, se forme et domine. En général, dans les pays où deux coninmnions sont en présence, chacune, — toujours sur la brèche, — exagère pour ainsi dire les devoirs de ses pratiques et creuse davantage le fossé tpii la sépare de l'autre; ici, cette opposition, poussée à l'extrême, et je l'en félicite, n'est plus religieuse, — elle est sociale : c'est la lutte entre les hommes fibres et les déportés, et ceux-là se resserrent d'autant plus en un centre honorable et intact que ceux-ci forment une caste plus tranchée et plus impure. Dans cette société saine d'Hobart-Town, si fière au dehors, si blessée qu'en Europe l'ignorance la puisse confondre avec ceux qui ont bâti ses ponts et creusé son port, tout le monde s'aime donc et ne s'en cache pas. Que de fois, dans les belles réceptions du Gouverneur, nous avons vu les deux évéques causer longuement ensemble, bras dessus, bras dessous» comme de vieux amis , et les membres des deux clergés s'unir et se fondre avec tous dans une douce intimité !
Une fois même , il y eut une soirée musicale au palais : une messe de Mozart en je ne sais quel bémol, avec orgue et chœurs virginaux de plus de soixante voix , fut exécutée en grande pompe par toutes les beautfés tasma-
niennes! Je me suis rdv(»illé au Credo pour voir sur le niêuie canapé les deux ëvcques plongés cote à côte dans un profond sommeil. Heureusement In^ niiKsique sacrée fut, après Vlte^ missn est, convertie en valses et quadrilles : tout le jeune monde des u pretty girls » se mit à tourner et valser sans sermon, et si avant dans la nuit, (pie h* jour nous surprit encore soupant fort {jaiement. Pour hous reposer, une grande galopade d'une journée à New-Norfolli, au milieu des roches les plus sauvages, nous fil voir, en outre de la helle nature, un établissement de pisciculture. L(îs Tasmaniens cmi sont Irès-fiers :
Ilohiirt-Town
il y a là tout un personnel sérieux d'administration, et les graves questions dé la fécondation et de l'incubation rendaient encore tout palpitants les directeurs. Nous suivions une route qui n'était pas sans danger pour les amazones i elles côtoie l'extrême bord de roches hautes de plus de trois cents ])ieds et coupées à pic; au fond du précipice, un cours d'eau hirge, rapide, l)ouilh)nnant, se heurte en cascades et avec fracas. Enfin, nous voilà aux ruisseaux d'élevage et au laboratoire où, d'après les livres de MM. Coste et Milné Edwards, on fabrique les petites bêtes nageantes. Le Gouvernement y met tous ses soins : il a fait venir d'Angleterre, il y a un an, cent mille œufs de samnon. Il a fiillu les maintenir dans des caisses entourées de glace pendant
inv , AUSTIIALIK.
tout le temps de la traversée, ce qui a été une dépense énorme : le tout est revenu à près de cent cinquante mille francs. — Pour nous, après cette longue course et bien des recherches, nous parvînmes à voir deux petits poissons gros comme un carpillon, encore ne suis-je pas certain que ce ne fût pas deux fois le même, car nous ne prîmes le second que cinq minutes après avoir relâché le premier. C'était fort intéressant, et ce produit d'un œuf qui avait passé la Ligne et voyagé pendant six mille lieues pour venir sans doute se faire manger par une volée de cormorans qui faisaient le gfuet, me j)araissait semblable h ces éphémères qui restent trois et quatre ans en larve, pour naître une fois au coucher du soleil et mourir avant son lever, sans avoir fait un seul pas. Mais on nous expliqua que sur les cent mille œufs , quatorze mille saumons étaient nés et six mille avaient heureusement terminé leur première éducation. On venait de les lâcher et de les lancer vers la grande mer, d'où Ton espère qu'ils reviendront *.
Plaisanterie à part, cet essai peut faire la fortune de la Tasmanie : elle est la seule des colonies australiennes qui ait des rivières favorables aux saumons; une fois peuplées, elles donneront des pèches qui, avec des débouchés de villes riches de plus de cent mille âmes, cou^me Melbourne, Adélaïde et Sydney, feront rentrer des millions dans la modeste île de Van Diémen.
17 septembre.
Le colonel Chesney et une vingtaine de jeunes gens de la ville ont frété un gentil vapeur pour nous faire voir toutes les anses pittoresques de la grande baie ; le navire est pavoisé aux couleurs de France et nous porte vite au milieu d'un dédale d'Iles, de canaux naturels formés entre des roches qui surplombent. Voici à droite le canal à'Entrecasteaux avec ses gorges profondes, à gauclïe le cap Raoul avec ses récifs écumants couverts d'une nuée d'oiseaux. Puis, bercés par une grande houle du Sud, nous arrivons au cap de V Aventure ; on met les canots à la mer, on débarque : voilà un arbre cente-
; telle ce pro-
naire dans l'écorce duquel des lettres sont taillées au couteau 1 cook est l'inscription qu'y fit le célèbre capitaine, quand il découvrit | '"ni.
montoire et le baptisa du nom de son navire.
Bientôt, autour de l'Ile Franklin, nous nous mettons tous à pécher : trois requins, une cinquantaine de poissons bizarres dont plusieurs sont tout couverts de pointes absolument semblables à celles du hénsson, et des « trompettes » au long nez: furent notre proie, à la grande joie d'un brave
^ Un journal et une lettre d'Australie m'ont appriâ depuis mon retour qu'ils étaient tous rentrés nu bercail : la colonie ne se possédait pas de joie.
TERRE.de van DIÉMEN. i3p
archidiacre que la cravate blanche et le yilet en étotïe de cilice u'enipéchaieiit pas de faire les mots les plus facétieux.
19 septeiubre.
L'heure du départ a sonné : malgré une épouvantable tempête d'équinoxe , dont les rafales blanchissent d'une nappe d'écume toute la, ]f^^^^ la « Tasmania » , un petit sabot de deux cent cinquante tonneaux, aljifii^e ses feux : c'est elle qui doit nous mener à Sydney. Nous avions faij^jç matin tous nos adieux : une dernière heure toute triste , au palais du Gp.uvernement, nous avait permis encore de remercier tant d'hôtes aimable^ d'un séjour délicieux. En arrivant au quai, nous le trouvons couvert de monde : toute la ville est venue dire adieu au Prince. Une vraie, une grande foule est rassemblée pour nous donner le plus « hearty farewell » et noHf demander souvenir et retour. Elles aussi, nos aimeibles danseuses, elle soiji^ toutes là près du bateau, dans leurs plus jolies toilettes, comme pour nous donner encore plus de regrets. Ministres et « squatters » , évéqîies et amazones d'hier, tous avaient eu cette attention charmante, qui nous toucha bien profondément. A peine sommes-nous à bord, que tout le jeune monde escalade la passerelle, et voilà le pont si envahi , qu'on n'y peut plus bouger^ C'est ainsi chargée que la Tasmania aurait dû partir! Mais la troisième cloche vient nous arracher aux « shake hands » de tant de personnes si aimables qui, pendant quinze jours et jusqu'à la dernière seconde, avaient fait aux trois voyageurs un si cordial accueil.
L'hcUce couuneuce ses premiers tours, et la Tasmania, prenant son aire, longe le quai que les lames furieuses balayent et que suit pourtant toute cette foule, dont chaque personne nous était connue. Et tandis que tout le groupe de jeunesse remplit en courant le bateau-ponton du bout de la jetée , trois o cheers! » , trois a vivat! » bruyants nous saluent et nous porteront sûrement bonheur. Enfin, les signaux des chapeaux et des mouchoirs s'agitent au vent : nous les distinguons jusqu'au dernier moment, au-dessus d'une foule qui devient peu à peu confuse, et pensez si nous y répondons! Bien vite, ce rivage, si animé tout à l'heure, devient seulement un horizon pouf nos regards. Une voiture légère, suivant un promontoire qui abrite le port, apparaît une dernière fois, et des signaux y sont encore faits pour nous ! En arrivant un soir à l'improviste sur ce sol inconnu, pouvions-nous penser que nous devrions le quitter si émus et si reconnaissants? La Tasmanie nous a donné une hospitalité comme peut-être jamais voyageurs n'en trouvent : nous voudrions lui dire non pas « adieu » , mais « au revoir » du fond du cœur, et si elle a espéré n'être jamais oubliée, ^qs souhaits seront exaucés!
Cependant la tcnij)cte est j>Ius forte que jamais : seuls sur ce pont désert, nous nous cramponnons à {jrand'peine contre les rafales; la baie, hier si calme et si riante, est obscurcie par de {jros nuajjes noirs que le' vent emporte vers les cimes neifjeuses, et les {jorges profondes qui nous environnent ont pris un aspect fantastique sous ces sombres couleurs, llobart- Town, llobart-Town disparaît! Nous aussi, nous allons peut-être disparaître dans les vagues énormes que le Sud-Ouest nous amène : la Tasmania lutte et hésite; tout craque, tout se brise à bord : le choc des lames contre les roches, un rtv^sac saccadé et affreux, nous font compter les minutes dans
Vallée «les l''ougères-Arî>res,
cette paî^se^ pif toute3 les fureurs de TOcéan Austral et des courants de foudre viennent se heurter contre une petite île.
Le soir, le vent tourne au Sud , et apportant avec lui Tatmosphère glaciale du pôle, il chasse les nuages et laisse la pleine lune éclairer le spectacle de tout son éclat. Il vente « tempête ! » les vagues qui déferlent balayent le pont d'un bout à l'autre, et le peu de toile que nous faisons pour « appuyer » le navire ne résiste pas. C'est dans de telles conditions, avec un bâtiment qui donne une bande énorme et qui menace par moments de « s'engager » , que, serrant la côte malgré nous, nous arrivons à doubler le cap Pillar, qui est un des plus beaux sites de Van Diémen, c'est l'extrémité sud-est de l'Ile : une série de hautes aiguilles en roches basaltiques de trois cent soixaatc, pieds de hauteur s'avancent, comme les piliers d'une jetée druidique, jusqu'à
près d'une lieue en nier. Poussés par les lames qui viennent s'y briser, nous n'en passons qu'à un quart de mille : Teflet est saisissant et donne vraiment le frisson. Quand la vayue se heurte contre ces groupes de colonnes qui diminuent graduellement jusque près de nous, l'écume jaillit à une hauteur immense; puis le flot se retire, et la lune, tour à tour cachée et brillante^ apparaît entre les piliers élancés, dont les intervalles sont un instant remplis par l'écume, puis un instant à jour! Mais l'astre est encore très-bas sur l'horizon, et, se Içvant à l'Est, de l'autre côté des piliers, il en projette l'ombre presque jusqu'à nous , tandis que leurs silhouettes , coupées si verti-
La Veillée de Launceston.
calemeiit, se dessinent avec grandeur : le danger donne encore à cet ensemble quelque chose de plus étrange et de plus souverainement imposant. C'est sous Timpression de ces roches majestueuses et des efforts de notre frêle barque y^ùe nous passons la nuit sur le pont. Mais, le cap une fois doublé, la Tasnrania laissa « porter » et fila vent arrière : sur la dunette, on ne parla plus deâ lames immenses qui passaient par-dessus le couronnement, on parla des souvenirs d'Hobart-Tovv^n !
20 septembre.
Le calme est revenu, mais les grands coups de roulis ont tout cassé, et réuni dans le même massacre nos baromètres, nos thermomètres et nos cuvettes. C'est aussi un peu dans ce désordre que, au moment d'accalmie
i.58 AUSTRALIE.
dont je voudrais tant profiter, se présentent à moi tontes les impretssioxiâ que m'a inspirées l'ensemble de la Tasmanie, Tout ce que nous avoBS vu dans cette île, les personnes qui nous ont entourés, aussi bien que les campagnes riantes et les villes paisibles parcourues, nous auraient presque foit croire qu'un monde sépare ce pays du Melbourne plein d'usines ^ du Baliarat plein d'or, — un monde et un siècle, pourrait-on dire ! En un jour, nous sommes passés de l'effervescence d'une cité avancée du progrès à une « county-town » d'il y a cent ans. Après six semaines du spectacle d'une vie chauffée à tonte vapeur, un séjour à Van Diémen a quelque chose de rafraîchissant comme une idylle, et c'est un véritable repos. Mais on ne peut toujours dormir; on sort de l'île comme d'un rêve, et toutes les phases par lesquelles elle a passé se résument
Avant toute chose, il est un sentiment qui nous peine : en suivant de près cette belle côte , nous venons de relever successivement les c^ps Raoul, Surville, Pérou, Maurouard, Bouyainville , Taillefer, Tourville, Lodi et du Naturaliste; les baies de Dolomieu, de Fleurieu, de Monge et du Géographe- Chaque point de ces terres, comme du grand continent australien, a été illustré par nos marins : pourquoi faut-il que le pavillon de la France , qui avait été « à la peine » , ne soit pas demeuré « à l'honneur » , et n'y ait brillé, à l'heure périlleuse des découvertes, que pour laisser ensuite le champ libre à d'autres, et ne nous gagner aucune possession? De Marion sur le Castrtes, qui .fut le premier après Tasman et qui vit couler le sang français, de d'Entrecasteaux sur la Recherche et VEspérance, de Baudin et d'Hamehn sur le Géographe et le Naturaliste , il ne reste que de grands noms : l'Angleterre a une grande colonie.
Mais avant d'être la colonie de Tasmanie, elle a été V établissement péni^ tencier de Van Diémen. C'est là une lugubre histoire! Jusqu'en 18Ô3, on n'en connaissait que les rivages inhospitaliers que défendaient des tribus nombreuses et féroces. Le gouverneur de Sydney y envoya les plus turbulents de ses « convicts » : cette île devenait le Botany-Bay de Botany-Bay pour ceux que la première ville fondée par les « convicts » rejetait de son sein. Puis la métropole elle-même y lança directement des navires chargés de prisonniers : les premiers qui partirent sanglotaient, paraît-il, comme ji on les donnait, non à la liberté, mais à la mort : ils pensaient ne jamais arriver si loin, et, en effet, il y eut plus d'un naufrage. Un membre dn gouvernement, le docteur Officer, homme intéressant au possible, me donnait des détails saisissants sur ces voyages. L'Amphitrite coula dès le départ, et cent trois femmes avec leurs enfants furent noyées dans la cale , où le commandant les avait enchaînées; le George III et la Neva furent brisés
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TERHE DE VAN DIÉMEN. i'd
presqne au port; le Gouverriéïtf-Pkilipp iàviihra lentenhent daiis le cadal cle d'Entrecosteaux,' où notas étions l'autre jour ; mais il y eut là un beau trait : }e commandant Griffith, pendant le sauTetage, donna sa parole d'honneur aux « convicts » /qui ne pouvaient prendre place daiié les chaloupés, de ne pas quitter le bord jusqu*i ce qu'elles révitisfeent; maïs avant leur' retour il fat noyé avec eux. Ptiis, quand du apprit dans les cachots de Londres combien les terres australes étaient fertiles, ce fat à qui partirait pour « faire une fameuse chasse aux kanguroos! »
La première période fat celle de la création et des crimes. Quand les routes farent faites, les ponts construits, les troupeaux importés et les aborigènes mis en faite, la prospérité des établissements pénitenciers attira les immigrants libres en Tasmanie, et lés hommes d'État de l'Angleterre, ayant envoyé les « convicts » dans un pays sain et fertile , avaient pensé juste en espérant que leurs sueurs seraient plus profitables h une colonie naissante , que leurs vices invétérés ne pouvaient lui être nuisibles. Il semble qu'étonnés d'abord de n'avoir plus de riches à piller et de faibles à battre , surpris de se sentir tous égaux et responsables dans une société qu'ils étaient alors seuls à composer, ces criminels aient pourtant puisé une certaine énergie pour le bien dans ces terres éloignées du théâtre de leurs premiers méfaits, et qu'ils aient pris à cœur de faire prospérer un pays où ils avaient tout à créer, comme leur vie à défendre, et où les sources de leur richesse ne dépendaient que de leur travail. Ils se sont sentis hommes, bientôt à la tête de nombreuses familles, cultivant un sol et faisant paître des troupeaux qui les récompensaient largement de leurs peines.
Les immigrants commencèrent à arriver vers 1815, et affluèrent dans une mesure bien proportionnée à la richesse des pâturages comme à la petite dimension de l'île. Mais les difficultés n'ont pas manqué! Les Naturels, qui avaient été dispersés par les « conVicts » , reviennent à la charge au nombre de plus de sept mille, et les Blancs, pendant de longues années, luttent contre eux par les armes : c'est une guerre affreuse! Après bien du sang versé, elle se termine d'une manière étrange. — Un certain John Robinson, dont chacun h Hobart-Town nous a fait un sympathique portrait , s'était dans une vie nomade concilié l'affection des Noirs : toujours sans armes, passant au miheu des plus grands périls d'une tribu à l'autre, et se faisant l'ami de toutes, cet homme d'une forte trempe, philanthrope el à demi sauvage , avait pris à cœur la tâche si lourde d'amener la race noire h une entente avec les envahisseurs. D'autres, avant lui, avec toutes les forces de la garnison et le concours de tous les « convicts » , avaient fait une grande, une immense battue, depuis le Nord de l'île, pour refouler les
îiiO ^AUSTRALIE.
ahoii{}èiics au Sud^ dans le territoire assez* vaste de la péninsule de Tasman, rattachée au corps de Tîle par une langue dé terre k jpeîne lai'gé d'une Keue. La battue avait duré plusieurs mois : une ligne de feux pendant ia nuit et de soldats pendant le jour, sur près de trois cents kilomètres, 'avança graduellement jusqu'à l'extrémité sud : on n'avait pas vu un Nbîr! 11^ ûv'aîetit tous « forcé les traqueurs » , grâce à l'obscurité et aux ravins. Ils étaient sortis victorfeux de la lutte, ils pillaient et tuaient dé plus belle. - — Jôhri Iiohinson alors obtint la victoire par la douceur : il était l*idolede$ sauvages ; il les entraîna avec lui dans la péninsule. Kn regard de l'injustice qû*lly Û à venir, avec une suprême jactance, conquérir les terres Jes plus fertiles sui^ une race qui les tient de ses ancêtres, comme le noble caractère d'un liorume qui sauve la vie à plus dé six mille indigènes emporte l'admiration î
Mais, de même qu'il faut un Océan Austral aux albatros, de même il faut avant tout Tespace aux aborigènes! Ceux-ci n'ont pu supporter longtemps la mitoyenneté avec les nouveaux occupants : ils avaient échappé àa massacre des « convicts » , ils voulurent de même échapper aux bîérifiiits et à ]û commisération d'une race de colons libres qui cherchûit a les ëvan^éliser et à Ifcs vêtir; ils préférèrent l'exil à une l'iitte impossible ou à ùrte vie sans espace. Une partie mourut de maladie en proportion effrayante, comme des poissons d'eau viVe resserrés dans une eau stagnante; le reste, peu k peu, sans guerre, sans éclat, se dispersa d'île en île dans les terrés de Flinders, de Furneaux, eit finit par gagner le grand continent austrailiêtiV dans Tinté-
rîcur duquel il a cherché le désert et lia liberté! Ils étaîeht sept mille cti
1816, il n'y en a plus que, cinq dans toute l'île, trois hommes et de ut
femmes ! ! Nous les avons vus il y a quatre jours, on les gardait comme de^ rehques : on les photographiait!
De trois sociétés en présence, une était donc anéantie. Restaient les immigrants et les « convicts » . Je n'ai pas eu l'occasion d'entendre les plaintes de ceux-ci; mais les premiers, quoique libres et maîtres, n'ont cessé , depuis le principe , de maudire le Colonial Office , qui leur envoyait le rebut de ses prisons à employer et à surveiller. Chaque fois qu'un navire de prisonniers mouillait devant Hobart-Town, immédiatement une protestation était signée par toute la population saine de l'île, qui voulait, avec raison , éviter leur contact immoral , et garder pour elle les développements de ses pâturages et de ses cultures , au lieu d'en voir une partie fatalement aliénée au profit des criminels implantés sur le sol, et devant gagner, soit par le temps, soit pîir bonne conduite, leur libération.
Pour que le noyau d'hommes libres soit resté pur, songez à ce qu'il a feUu de luttes ! Le tableau de la population que j'ai vu au ministère de l'intérieui
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TEBRE DE VAN DIEMEN. Ul
donne les chiffres qui déterminent chaque élément : 17,500 hommes de naissance h'bre contre 7^000 a convicts » en 1825; 23,000 contre 18,Q00 en 1835; 43,000 contre 24,000 en 1847, telle était la composition dv.jy habitants. Enfin, en 1857, les hommes libres étaient au noipbre de 77,700 et les déportés au nombre de 3,000 seulement. C'était la seconde fois qu'une société nuisible s'effaçait. Ce brusque et heureux changement dans l'équilibre est dû, d'abord à la cessation des h envois » de la métropole, qui date de 1850, mais surtout à la déportation au second degré que fit à.son tour la colonie elle-même dans la péninsule de Tasman , où elle avait voulu jadis interner les sauvages, et qu'elle ne veut pas considérer comme son territoire. C'est une administration à part, sur un sol presque totalement séparé du sien, où un système de coercition adoucie, -s'exerçant sur un fntlii'ii homogène, agit plus sur ses espérances que sur ses craintes. Cette mesure énergique, qui d'un trait dépeint le fond honnête dé la Tasn\anie, fut prise au n;ioment où Victoria, inaugurant vaillamment son indépendance, portait un de ses premiers édits , en interdisant absolument son sol aux « convicts » transfuges, que les établissements pénitenciers lui auraient vite et fatalement écoulés. Mais, grâce aux troubles des premières années dans la société libre, jamais castes, entre gouvernants et gouvernés, n'ont été plus nettement démarquées en fait, et c'est là le secret de tontes les différences frappantes' entre la vie politique de la Tasnianie et celle de Victoria. Contraste si curieux, cpie, lorsqu'on compare ces deux populations, il semble impossible de croire qu'elles appartiennent au même sang! Ce sont pourtant des hommes de la p^éme race anglo-saxonne, émigrés de la même Angleterre, en rapports constants entre eux et la même métropole. Cette différence en deux points si rapprochés n'est-elle pas la preuve concluante des influences radicales que peuvent avoir sur les idées et le caractère d'un peuple les institutions qui le régissent ?
En Victoria, suffrage universel sur toute la ligne, démocratie avancée, esprit d'initiative et d'aventures, idées de progrès et d'égalité, animation américaine; — De l'autre côté du détroit, suffrage restreint, à tel point que la plus grande moitié de la population libre est exclue de toute participation aux affaires publiques; la plus petite moitié élit la Chambre Basse, à peine un quart la Chambre Haute : idées étroites en général, esprit de caste poussé à l'extrême, affaires lentes et malheureuses, état positivement arriéré.
Voilà les conséquences de l'élément» convict » trop longtemps en vigueur. Les immigrants, qui n'ont pas subi la grande crise de nivellement social que la découverte de l'or a occasionnée à Victoria, constituent une aristocratie de la terre et de la richesse qui refoule dans l'industrie les descendants des
premiers « convicts » . Quand je dis « immigrants » , ce n'est pas l'acception très-misérable du mot que nous donnons en France qu'il faut entendre, mais c'est nommer bon nombre de « gentlemen farmers » et de « cadets » de grandes familles anglaises. Presque tous les habitants que nous voyons sont nés ici; ils y ont reçu une solide éducation, et pris une bonne position depuis longtemps; ils ne sont pas arrivés tout faits, tout poussés eu un jour, tout égaux à l'instar des Melbournois jetés en Victoria, comme un banc de champignons, et ayant tous le même jour de naissance civile, celui de la découverte de l'or en 1851 ! Il ne faut donc pas s'étonner qu'il y ait ici une véritable société, avec ses degrés et ses instincts, qui tranche d'autant plus du grand seigneur que la classe inférieure est d'une origine plus infime. Aussi tout se tient; la vie sociale n'est que l'image de la vie politique. Quand les colonies ont été invitées à tracer elles-mémea les articles de leurs constitutions , Victoria , où le domestique avait quitté ses maîtres et le clergynian ses paroissiens, pour devenir leur égal dans la recherche de l'or, Victoria n'eut pas de peine à établir les droits de l'homme et la démocratie la plus pure et la plus raisonnable. — A Van Diémen , où le propriétaire de moutons et le fermier méprisaient le pauvre immigrant irlandais cl le « convict » encore marqué au front des lettres ignominieuses des u Galères de la Reine » , la classe aisée voulut s'élever sur un piédestal inaccessible, afin d'y défendre par le suffrage censitaire le gouvernement du petit nombre.
L'exclusion de tous droits politiques était basée sur la pauvreté. Mais qu'est-il arrivé? Après avoir énergiquement obtenu l'abolition de la transportation, la Tasmanie n'a pas abordé avec le même esprit les sacrifices que lui imposait son indépendance. Un beau jour, avec la suspension de l'envoi des « convicts » , s'est arrêtée la subvention de la métropole, qui tombait sur la colonie en pluie d'or, à raison de 170,000 fr. par semaine. Avec eux aussi a disparu la garnison nombreuse qui les gardait et qui dépensait sa solde dans le pays ; mais on s'était si bien habitué à cette manne venant du dehors, à la direction de Gouverneurs à pleins pouvoirs, responsables seulement vis-à-vis de la métropole, que la Tasmanie a été longtemps sans connaître la liberté, et qu'elle est restée dans cet état d'enfance des pays trop gouvernés , où le peuple regarde sans cesse du côté du pouvoir, pour lui demander aide et protection. Cette habitude, qui datait de longtemps, n'a pas peu contribué à endormir la population , à la priver peu à peu de cette énergie virile qui se trempe dans les difficultés, et qui est si nécessaire au développement d'une colonie.
Entre des mains puissantes et dans un grand pays, le despotisme peut donner au dehors, pour un temps,, de la gloire et de la prépondérance,
mais toujours il lue, avec la liberté, l'esprit d'initiative et de spéculation entreprenante. C'est ce cpra fait ici, dans la pleinière période de la colonie, l'administration militaire et pénitentiaire; l'industrie n'est pas née, la somme des entrées dépasse de beaucoup celle des sorties ; la terre qui a donné les premiers bestiïiux à Victoria, est obligée d'importer aujourd'hui de Melbourne, non-seulement troupeaux, mais viande abattue, pour plus de 2,360,000 francs. Le budget des dépenses de l'année a dépassé, de près d'un million, celui des recettes; et pourtant > malgré, cçs faits, malgré le manque de subvention, on a continué la construction ruineuse d'édifices publics, et d'un palais du Gouvernement qui coûte 2,500,000 francs; on • paye les ministres 22,000 francs par an, et on entretient une nuée de fonctionnaires, qui absorbent près de trois millions. — Le résultat est, pour un pays de 95,000 habitants, qui a cependant vendu plus de 1,476,000 hectares de terrain, une dette de 13 millions de francs, sans qu'il y ait chemins de fer ou usines , et sans autre espoir que la vente des terres à des immigrants futurs, qui semblent peu se préparer à venir, ou bien, nous disait-on en souriant, « quelques merveilleuses années de pommes '. »
Mais la Tasmanie a commencé maintenant son apprentissage de la liberté, me disait, au moment de mon départ, le colonel Gore Brown, de qui je tiens beaucoup de ces détails, et qui, sous son titre d'officier, est un Gouverneur civil, aidant de toutes ses forces le mouvement libéral. Une étincelle a provoqué l'incendie : les ministres, en voulant tirer le revenu non plus des douanes, mais d'un impôt sur la propriété, se sont heurtés contre l'opinion pubUque très-émue. Le pays tout entier, pendant notre séjour, était dans la plus grande agitation : la dissolution des Chambres, devenue nécessaire, fut prononcée par un message du Gouverneur, le matin même de notre départ. Par ce réveil général, par les élections nouvelles, les esprits sages espèrent voir triompher l'idée des économies radicales dans les dépenses; et ce parti, dont nous avons connu les champions les plus actifs, comptant sur le jeu facile des institutions politiques , veut faire sortir de l'ornière une contrée qui mérite assurément la prospérité.
Le fond est bon : avec des ressources précieuses en bois de tout nature, avec le développement des pâturages qui comptent, après tout, encore 1,752,000 moutons et 110,000 têtes de gros bétail, avec des gisements de fer très-riches, encore inexploités, et la certitude de filons d'or, de cet or qui est la panacée universelle en Australie, puisqu'il attire toujours l'immigration et développe toutes les ressources; avec un terrain à céréales bien autrement fertile que celui du continent voisin, et qui produit une moisson
^ L'an deniitT, la Tasmanie en a exporié pour une valeur de 1,560,090 francs.
,,yala,»t î|2,700^PQp fin^pics; €(n v^n mot, avec qnieijisemble de terrains occap^j de t^taM, d'imnftçuWes, de pavir^s, de banques et de produits exportés d*up^ valeur tol^e dp ^75 milliqqs de francs, JI3 yeuleat, délivrés des aborigènes et des « convicts » , condamner le système de réglementation et d'entraves .qui .les, a maintenus si bas, et qui, contraire au grand principe de liberté des colonies voisines merveilleusement prospères, a transformé, d'uiië manière' si opposée, dés éléments de ricliesse presque sèmï>iab1es : Tun, éii effet, était forcé motrice; Tautre, force d'inertie! • Il est encore un autre parti , celui des basses clasises. Le mot annexion est arrivé jusqu'aux antipodes : elles veulent l'annexion à Victoria. Ces excellents Tasmaniens ne demanderaient pas mieux , mais ce sont les Victoriens c|itî ne veulent pas; ils ïes ont trouvés jusqu'à présent un peu trop en arrière de tout le monde, et les traitent de Béotiens.
Béotiens si l'on veut, ces braves gens ont, il faut l'avouer, une quaîilé qui manque à leurs facétieux voisins, la modestie. Tandis qu'à Melbourne on tious disait, avec raison il est vrai, mais peut-être un peu souvent: « Contemplez notre œuvre; il y a quatorze ans, c'était le désert; n'en avonsnous pas fait une nouvelle Europe? » ici , ces bons habitants excusent toute la simplicité de leur oasis qu ils montrent avec humilité ; ils sont tout flattés que les étrangers viennent les voir de si loin; ils suivent paisiblement feur chemin, sans avoir encore fouillé une terre où il y a de Tor, sans chercher par de fiévreux efforts d'autre bonheur que celui de vivre en famille , doucement et sans bruit, avec ce je ne sais quoi d'une île patriarcale pour laquelle la nature s'est montrée si généreuse.
Il y aura pourtiint de la vie aventureuse à mener dans ces parages, l'n esprit intrépide et ardent, une exception a la placidité de tous, le colonel Chesney, était arrivé facilement à me monter la tête pour une tentative de découvertes qu'il va faire dans la partie nord-ouest de l'île. Un seul homme, un berger, a pu y pénétrer Tan dernier, et il en a rapporté plusieurs spécimens d'or extrêmement riches. Il y a là une série de montagnes. situées précisément sous le même méridien que Ballarat, et qui ne sont autre chose que le prolongement des mêmes filons d'or.
Mais il reste une barrière de torrents, de roches escarpées, de ravins, qu'on n'a pu encore franchir et qui entoure ce nouvel Eldorado. Le colonel in'a montré tous ses équipements, ses échelles de corde munies de cram* pons, ses canots portatife en caoutchouc, tout frais arrivés de Londres. Il partira avec deux amis et un domestique : « Venez donc avec moi, me disaitil; vous aimez l'aventure. C'est charmant à vingt ans de découvrir des terres ! Et puis , si nous trouvons de l'or, nous reviendrons millionnaires , et
TERBE DE \A^ DIÉMEN. 1%5
alors les belles misses d'Europe...! » Mais rexpédition ne se mettra en marche qu'au mois de janvier, époque où nous devons être déjà en Chine, et la question est tranchée h mon grand regret d'une ftiçon catégorique.
21 septemLi*e , à l*aï>ri du cap Oomof>tf)oTnoon.
Je commence par promettre ma défunte perruque au grand dignitaire de la Faculté de Paris qui dénichera ce joli nom dans ses connaissances. g^çgraphiques! C'est une petite anse de la baie de Twofold, perdue entre les promontoires de la côte orientale de l'Australie , et encaissée entre des roches de granit rouge et des montagnes couvertes de grands bois de sapins qui descendent jusqu'au rivage : site pittoresque et sauvage , mais 5 cette heure tout triste et tout obscurci par de gros nuages noirs, que les rafales amènent de la haute mer. C'est ici que nous a jetés un violent coup de vent d'équinoxe. La Tasmania ne tenait plus la mer : elle s'en allait à la dérive malgré les efforts saccadés d'une machine impuissante; les vagues la poussaient à la terre et la roulaient sans merci , en menaçant de l'çntr'ouvrir, sans qu'elle put nièiiH' essciycr de lutter.
Quand un gros temps nous assaillait entre le cap de Bonne-Espéi;çince çt l'Australie, nous contemphons avec sang-froid ces lames imiqensea dont nous étions le jouet ; l'espace faisait notre salut. Mais cette fpis ijpus j^oççiraes près de la côte; et la côte c'est le naufrage, si l'on ne choisit sa retraite avant l'heure où aucun moyen humain ne peut résister à la fureur d'un ouragan ! Dès midi nous avons donc fiii devant le temps et cherché un abri dans la crique la plus proche. A trois heures nous mouillons «sous le vent du cap , en même temps qu'un trois-màts dont les bastingages ont été emportés , et dont la mature désemparée fait peine à voir : c'est un sauve qui peut effrayant! Le ronflement de la tempête dans les bois de sapins est si rauque , la mer brise si fort contre le cap Oomooroomoon , et le tonnerre gronde avec un si épouvantable fracas , que la grosse face du capitaine de notre « barque » n'est pas encore revenue de sa pâleur subite. Ce bon type d'homme rond comme une boule , dont le « surouest » ^ ne parvient pas à cacher le quadruple menton, hier cramoisi, aujourd'hui blanc de neige, fait véritablement mon bonheur quand il gesticule sur la passerelle : il connaît du reste bien son affaire ; car il nous a dit que c'était son deux cent quarante-huitième voyage entre Hobart-Town et Sydney, et « un des plus dangereux » , ajoutait-il , sans que nous eussions besoin de cette dernière parole |)our nous en apercevoir.
' Sorte de coiffure portée seulement dauB les {;ros temps*
Maintenant que nous voilà en sûreté, et que la Tasmania est mollement bercée en dormant sur ses trois ancres, nous demandons un canot et quatre hommes au capitaine , et nous débarquons tous deux, pour regarder une tribu de Naturels dont les feux s'élèvent au milieu des sapins : ils sont semblables à ceux du Murray, aussi inofFensifs, aussi noirs, et au premier moment ils me paraissent encore plus affreux, mais j'oubliais que cela n'est {juère possible.
Cette baie est renommée pour la pèche de la baleine; les vertèbres colossales de leurs carcasses blanches sont jetées en grand nombre çà et là sur le sable du rivage, et à l'aspect lugubre d'une baie sauvage et sombre s'ajoute la vue du cimetière des cétacés océaniens. Ce qui est étrange, c'est qu'en ce coin si isolé du monde il y a pourtant sur une colline sept cabanes de bois, habitées par quelques Blancs! Ils ont, par une douce ironie, appelé du beau nom d'Éden la réunion de leurs huttes misérables. Au train dont vont les choses en Australie, il y aura peut-être là dans quinze ans un Opéra et un Parlement ! Il me semble maintenant que j'ai vu Melbourne naissant. Une centaine de moutons presque perdus , quelques trous en terre où trois hommes cherchent de l'or, et la forêt de sapins toute vierge encore, voilà l'Éden que nous avons vu. Espérons que le beau temps va en chasser la Tasmania y avec sa cargaison de pommes, qui serait ici d'un placement douteux.
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[^a furet des Fougères- Arbres, près Uobart-Town.
Baie féerique. — Les missionnaires français. — Charme et distinction de la société. — fiotany-Bay et souvenirs de La Pérou^c. — Couvicts et immigrants. — Ecoles. — Les montagnes Bleues. — Les 61s de l'illustre Mac Arthur. — Rapports avec la Nouvelle-Calédonie. — Les institutions et les richesses de la Nouvelle-Galles du Sud.
Sydney, 23 septembre.
Nous avons pu nous arracher au paradis d'Oomooroomoon et reprendre la mer! Nous avons passé entre l*île Montag^u et la côte. Vers le soir,
Sydney.
au coucher du soleil , le cap Perpendiculaire qui ferme la baie Jerwis se détachait sur le ciel. C'est une roche de deux cent quatre-vingts pieds, coupée à pic sur la mer et s'avauçant audacieusement entre celle-ci et la baie, comme une jetée majestueuse : TefFet en est superbe. Dans la nuit, nous arrivons à Sydney, guidés de bien loin par la lueur du gaz et les feux de couleur de tous les navires de la rade.
5^ septembre.
Des le malin, lord John Tajlour vient nous prendre et nous emmène à une grande partie de cheval , organisée pour le Prhace par Son Excellence sir John Young, Gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud. Le rendez-vous est au palais ; neuf amazones et quelques cavaUers y sont réunis, et les plus beaux chevaux de revue nous sont amenés. La promenade commence... par une navigation à vapeur; au bas du jardin un petit steamer nous attend; vite on embarque les chevaux et nous traversons la baie. Cela devient alors une galopade charmante sur les crêtes des montagnes qui dominent cette nappe d*eau, si pure et aux bords si riants. Ouvrant sur la grande mer par une passe de quinze cents mètres de large que dessinent, comme une porte druidique, deux roches surplombant de plus de trois cent cinquante pieds, la baie s'enfonce profondément dans les terres en suivant les formes les plus capricieuses , en s'avançant aventureusement comme un grand fleuve incertain de sa route, d'abord vers le Nord-Ouest, puis vers le Sud-Ouest^ enfin vers l'Ouest, si bien qu'à peine entré par cette porte qui parait gigantesque, on se trouve tout étonné d'être enfermé comme dans un lac de Suisse, et l'illusion serait complète si les longues vergues des « cUppers » au mouillage ne rappelaient la haute mer.
Port-Jackson compte trente-six baies s'ouvrant dans la baie générale , et plusieurs d'entre elles remontent à douze heues dans les terres; les côtes sont très-pittoresques : tantôt boisées, tantôt rocheuses, elles nous montient tour à tour la nature la plus sauvage , les hauts rocs à pic contre lesquels les vagues se brisent, les beaux jardins avec une quantité d'élégantes villas, et cette exubérance de fleurs naturelles, dont la nappe aux mille couleurs s'étend jusqu'à l'écume des vagues ; au fond de ce beau lac , sur la rive sud , est bâtie la ville de Sydney. C'est une sorte de presqu'île , que l'on pourrait comparer à une main droite s'avançant hardiment dans la baie ; en effet, cinq grands promontoires ayant exactement la forme des doigts un peu écartés, constituent la partie principale de la ville; et c'est ce qui la rend si originale, car les rues qui ont la direction Est et Ouest aboutissent par chaque extrémité à un nouveau port; elles semblent être des canaux entre chaque bassin ; du point le plus élevé d'une rue, on voit un port à ses pieds avec tout le mouvement des vapeurs, puis bien vite des maisons de l'autre côté , et enfin des mâts se montrent encore derrière ces maisons ; c'est la plus belle situation qu'on puisse voir. Près de nous, que de jolies villas entourées de jardins d'orangers et d'amandiers en fleur ! Nous suivons toujours la crête des montagnes; cela nous éloigne des routes, des « cot-
tages » ; aotre vne s'étend davantage, et nous jugeons à merveille de l'ensemble. Là-bas, au fond, quelle belle eau bleue! que de gorges sombres, que de promontoires couverts de verdure ! Ici , eîi haut, sous un soleil de printemps, les fleurs sont toutes écloses; mêlées aux grandes herbes sur lesquelles courent les lézards, elles brillent partout avec une fraîcheur matinale et une abondance étonnante; elles montent toutes jusqu'à la poitrine des chevaux, et rien n'est plus charmant, dans ce fouillis de fleurs si hautes, que de voir galoper nos petits groupes de cavaliers et d'amazones; celles-^ci sont en gris-perle ou en bleu très-clair, avec de longs voiles bleus et blancs. Après avoir traversé un bois touffu d'arbres à camphre, de bambous et de palmiers, nous arrivons sur un mamelon au bas duquel s'étend un bras de mer ; on le descend avec prudence au milieu des roches, et, en nous avançant sur l'extrémité de la pointe, nous voyons à droite Port-Jackson, et à gauche l'entrée d'une autre baie qui paraît aussi bien grande, — c'est Middle-Harbour. Le Gouverneur a envoyé d'avance deux chaloupes et un ponton, et en trois voyages toute la cavalcade a passé l'eau; deux heures après nous sommes sur la plage de la grande mer, à Long-Reef, où une grande houle de Sud-Est jette les vagues qui se brisent en avant du rivage sur la Ugne des écueils.
C'est fort avant dans la soirée que nous reprenons la direction de là ville; la nuit est si claire ; un parfum si délicieux s'exhale de ces montagnes couvertes de fleurs ; à travers les grands arbres s'ouvrent de si poétiques échappées de vue sur les eaux de la baie, qui reflètent comme un miroir les brillantes constellations de l'hémisphère austral ; les péripéties de notre jeune a party » chevauchant lentement dans une véritable forêt de fleurs ont tant de charmes, que je crois encore rêver en descendant de cheval bien tard dans cette seconde nuit de notre séjour à Sydney.
13 octobre.
Pendant trois semaines d'une activité dévorante sur un sol où tout nous était facile , où tout nous charmait , nous avons à chaque heure béni la fortune qui nous a amenés ici. Le lendemain de notre cavalcade, nous embarquons sur un petit vapeur pour remonter la rivière de Paramatta. Des plantations d'orangers, des cultures magnifiques entrecoupées de gorges escarpées, toutes verdoyantes et ombragées, égayent les bords pittoresques elles eaux limpides de son cours sinueux. Seul le soleil, qui est certainement très-bon pour les orangers , commence à nous paraître un peu trop chaud ; mais il donne une telle vie au paysage !
Bientôt, quand la rivière se resserre trop entre les roches, une embarca-
lion nous prend ; elle est conduite par huit jeunes insulaires de « Samoa » , à la peau couleur jus de tabac ; ils rament vigoureusement et nous débarquent au fond d'une baie retirée où flotte le pavillon tricolore. C'est « la Montagne des Chasseurs » , la demeure des missionnaires Maristes, un petit coin de la France, où quelques colons de nos compatriotes sont aussi venus se grouper. L'animation est grande et la réception toute cordiale. L'évéque des fies des Navigateurs, de passage à la mission , nous accueille à bras ouverts et nous donne même un spectacle étrange. C'est au moment du coucher du soleil : sur la haute terrasse naturelle d'où la vue s'étend au loin , d'un côté sur la baie lointaine aux formes capricieuses, de l'autre sur les silhouettes de pourpre des montagnes Bleues, les jeunes Océaniens s'avancent dans le costume de leurs îles , avec la coifiure à plumes et la ceinture aux bandelettes de couleurs variées; ils exécutent une danse langoureuse sur une cadence bizarre , puis se groupent et s'accroupissent en cercle autour d'un grand vase , supporté par un trépied à dessins fantastiques , et se préparent à faire « le kaava v , leur liqueur nationale. Le « kaava » est une racine blanche , à gros nœuds, au goût vif et piquant; ils la coupent en petits mor* ceaux, la mâchent et la remâchent en en bourrant leur bouche jusqu'à ce qu'il devienne impossible d'y plus rien faire pénétrer. Semblables à des petits amours de pain d'épice , ils ont l'air d'avoir une orange sous chaque joue ; toujours, avec un sang-froid indien , il mâchent leur amalgame salivaire jusqu'à ce qu'il forme une boule bien compacte qu'ils crachent alors élégamment dans leur main droite, puis qu'ils portent en cérémonie dans le vase , où l'on a versé un peu d'eau à l'avance. C'est un moment de joie pour nos marmitons d'Oupolou et de Tongatabou ; ils battent rapidement toutes les boulettes dans l'eau , comme du blanc d'oeuf dans une crème fouettée ; en quelques minutes la Uqueur mousse et devient d'un beau jaune d'or ; la jeune troupe nous apporte à chacun une coupe en noix de coco ciselée,
toute pleine de breuvage, et nous en buvons! Je croyais prendre une
médecine, mais je fus tout étonné d'y trouver un goût piquant et plutôt agréable à la première gorgée : à la seconde, ça me donna une secousse à faire pousser des cheveux à un chauve, et heureusement j'en profite! On nous dit que « le kaava » grise et que ce ragoût maigre de carême fait tourner toutes les têtes à Tongatabou ! Soit , mais pour ma part je conseillerais volontiers à l'étabhssement de faire apprendre la cuisine française aux jeunes catéchumènes, en les exhortant à faire jouer à la mastication préliminaire et aux assaisonnements salivaires un rôle moins prédominant. Je rapporte une racine de a kaava » , bonne au moins pour une douzaine de grogs.
SYDI^EY. 151
Les- mîssionsiaires nous donnèrent les détails les plus étonnants sur leur vie dans ces îles sauvages, où une feuille est un vêtement et un poisson un calendrier. En effet, Fannëe pour eux n'a que six mois, et le jour où elle commence leur est marqué par l'apparition d'un petit poisson^ de forme extraordinaire, qu'ils appellent « Pallolo » , et qui ne se montre, conune un phénomème bizarre, qu'à intervalles parfaitement réguliers. Ce poissonchronomètre me trotte bien un peu dans la tête, mais c'est monseigneur
Elloy, de l'archipel de la Société, qui m'en a raconté l'histoire.
Vivre dans des huttes de feuilles, se nourrir de cocos, de maïs et de petites poules , évangéliser les natures les plus brutes de peuplades toutes nues , voilà la tache des missionnaires dont le Père Saage nous dépeignait les saisissantes alertes : chaque jour, chéris par une tribu, ils risquent d'être massacrés par la tribu voisine. Mais quelles âmes déhcieusement naïves que celles de ces insulaires ! C'est là qu'est arrivée cette fameuse histoire d'un missionnaire qui s'efforçait d'abohr la polygamie : au moment de quitter un chef, il lui fait promettre de renvoyer toutes ses femmes et de n'en garder qu'une. Six mois après, il revient, trouve le chef seul avec sa femme légitime , et ne se possède pas de joie d'avoir remporté un si beau triomphe ; puis, incidemment dans la conversation , il demande ce qu'étaient devenues
les autres femmes « Mais, je les ai mangées! » repartit ingénument le
prosélyte. Triste fin de tendres épouses !
Mais la vie de Sydney nous rappela bien vite l'image de l'Europe, et, à tant de milliers de lieues de Paris, un quatre à six aussi élégant, aussi brillant que chez nous, me remplit d'abord d'étonnement. C'est un beau jour chaque semaine que celui où se tient la cour à « Government House » , et où les calèches nombreuses et d'un grand luxe, les équipages les plus riches, avec des valets poudrés, amènent dans les jardins du palais toute la société de Sydney.
Ces jardins occupent un joli promontoire baigné par la mer et tout, resplendissant des fleurs des Tropiques , qui contrastent avec quelques arbres d'Europe, ils font un magnifique effet. Le palais lui-même, construit dans le style gothique, domine la baie comme une citadelle, et ses salons de réception sont dignes d'un roi. Nous avions, dès notre arrivée, été porter à lady Young, qui avait aussi reçu royalement l'infortuné Prince de Condé et qui l'avait, comme une mère, soigné jusqu'à sa mort, l'hommage de toute notre reconnaissance. Presque chaque jour, le matin ou le soir, nous avons été fêtés dans ce palais, où, si pleine de grâce et de cœur, elle réunissait tous ceux qui pouvaient intéresser les trois voyageurs français. Ce qui était ravissant, c'étaient les grandes réceptions de jour, que, malgré
i£l AUSETRALIE.
la fin de la « saison » , elle prolongea en l'honneur du Prince.- La musique militaire égayait les jardins, où se trouvaient souvent réunies plus de deux et trois cents personnes. Les jeunes femmes allaient et venaient des salons sur la pelouse , comme dans les matinées du « high-life » de Londres; elles portaient des toilettes venant directement de chez mesdames Soinard et Barenne de Paris (je crois même avoir entendu prononcer le nom de M. Wortli), et formaient la société la plus aimable, la plus gaie, la plus gracieuse qu'on puisse rêver.
Melbourne était la ville de l'or, des clubs, de la démocratie et des grandes affaires ; Hobart était une hospitalière « county-town » ; Sydney, avec tout le cachet « gentlemen » de l'Angleterre , avec l'aimable expansion créole , le pittoresque qu'enfantent un ciel presque tropical et des fleurs seules pour nature, Sydney est la ville du « high-Ufe » pleine d'enjouement, de la société aristocratique jouissant de ses richesses et de tous les charmes du monde élégant. Aussi chaque jour c'étaient de nouvelles parties.
Quel contraste entre cette ville de plus de cent mille habitants , avec ded théâtres, des bibliothèques, des rues animées, dont quelques-unes, Pitt Street et George street, sont ornées de boutiques d'un bout à l'autre et sillonnées sans cesse par des voitures de luxe et des omnibus , quel contraste entre tous les effets brillants d'une civilisation étonnante et l'aspect sauvage de Botany-Bay, où débarquèrent les fondateurs de Sydney!
Nous avons été voir cette baie célèbre. En deux heures à cheval nous y arrivons : des collines de sable la séparent du versant de Port-Jackson r on croirait à une petite langue de désert entre deux oasis de fleurs. Quant le capitaine Cook découvrit, en 1770, les côtes orientales de la Nouvelle- Hollande, il avait marqué son étonnement d'une flore si exubérante, en baptisant cette baie du nom de Botany. Jamais vous ne pourriez vous imaginer, en effet, un parterre naturel plus émaillé des plus délicates et des plus vives couleurs, et cela pendant des Heues! Des tiges aux panaches écarlate que nos chevaux brisent en galopant, un parfum si fort qu'il porte à la tête et serre les tempes, une forêt magnifique de fleurs, toute variée, toute luxuriante, voilà l'ensemble des bords de la baie. C'est sur un promontoire qu'est élevé le monument de La Pérouse. Une colonne de vingft pieds de haut environ porte sur son chapiteau une sphère de bronze , et sur son socle une inscription :
CE UED, VISITÉ PAR M. DE LA PÉROUSE EN 1788, EST LE DERNIER d'ou IL An* FAIT PARVENIR DE SES NOUVELLES.
SYDNEY. lia
Et plus bas :
MOlNUMENT élevé au nom de la FRANCE PAR MM. DE BODGAINVILLK ET DU CAMPER, COMMANDANTS DE LA FRÉGATE LA THÉTIS ET DE LA CORVETTE l'eSPÉRANCE , MOUILLÉES A PORT-JACRSON EN 1825.
 deux cents mètres environ, dans la direction de la "^lage, sous de beaux arbres, se trouve la tombe du Père Receveur, physicien de l'expédition de La Pérouse , mort dans la baie pendant le séjour des corvettes françaises. Sur la pierre tumulaire on a gravé Tinscription suivante :