TOUR DE SIAM
Siain ; pour ces producteurs innombrables dont le travail ne' fait bénéficier que leurs rois, c'est une loi fatale et nécessaire de chercher un appui a l'ombre du pavillon protecteur d'une nation forte qui, en améliorant les ports, et en ouvrant véritablen^ent un champ au commerce, infuse dans leurs veines abâtardies et desséchées un sang vivifiant et nouveau* Telle est la situation de la Cochinchine, placée à la porte de cette Chine qui est si populeuse qu'elle ne suffit point à s'alimenter elle-même, et qu'elle demande du riz h chaque mousson favorable. Notre colonie, qui peut produire plus de vingt fois sa consommation, doit, elle aussi, chercher avant tout, — d'une part , à ne point laisser se perdre ses ressoiirces naturelles ni s'aliéner ses rois tributaires ; — de l'autre , à maintenir ouverts ses débouchés les plus organiques. De là le litige avec le cabinet de Siam, derrière lequel nous devons toujours craindre un empiétement britannique qui mettrait l'embargo sur nos points de sortie.
Si le Me-Nam estle Nil de la valh^e de Bangkok, le Me-Khong est celui du Cambodje : ce sont les afQuents de ce dernier fleuve que nous avons voulu assurer à notre protectorat. L'indifférence ou l'inattention ^ur ce point .pouvait tout perdre ; car celui qui , en dehors de nous , y prendrait position , comnuinderait ainsi une immense étendue de pays très-riches. Mais le Me*» Khong, dont l'estuaire nous appartient, reçoit des eaux du lac Thale-Sap; le fleuve et le lac sont de véritables viviers : nouvel et grand élément de fortune en ces régions, où le poisson , séché au soleil , s'exporte avec des millions de bénéfices pour Java, la Chine et l'Inde. Par un curieux phénomène et une disposition peut-être unique dans le monde, les canaux avoisinant le lac, et le lac lui-même (une petite mer intérieure), se trouvent à sec, dit-on, à une même saison tous les ans, et laissent sur le sol une couche épaisse de deux et trois pieds de poissons d'espèces recherchées. Là est la clef de la question franco -siamoise, là l'objet du litige, qui, perdu, nous appauvrit, qui, gagné, donne à notre protectorat sur le Cambodje une prospérité assurée.
Le malheur veut que la frontière de Siam et du Cambodje coupe le lac en deux parties égales. Aujourd'hui que le Cambodje dépend de nous, nous voulons le lac tout entier, ..... et les Siamois le veulent aussi !
Voilà pourquoi Nat-Phloï prend la route de Paris, emportant dans les phs de sa toge les poissons innombrables du Thale-Sap, et risquant fort de revenir bien déchargé et bien appauvri à l'ombre des cathédrales de porcelaine de sa ville natale. Le Père Lamaudie sert d'interprète à cette mission, conmie il l'avait déjà fait lors de la fameuse ambassade peinte par Gérôme. Les missionnaires, en effet, ont, dans cette situation délicate, compris les
intérêts de Siam menacés par les projets conquérants de la France. 11 faut le dire, jamais peut-être gouvernement européen n'a plus fiavorisé la civilisation chrétienne que ne Ta fait la cour de Siam : non-seulement elle a laissé à notre culte la plus entière et la plus favorisée des libertés, mais les missionnaires sont devenus les amis personnels du Roi. Alors on peut s'expliquer comment la reconnaissance pour le passé et Tintérét de prospérité pour l'avenir les portent à se mettre, dans cette grave affaire, du côté des plaignants.
Mais, du sein de cette capitale asiatique, la figure la plus vivante, la plus virile, la plus frappante, est celle de M. Aubaret, notre Consul, qui, audacieux et ferme, travaille de toutes ses forces à la grandeur de son pays, bien plus encore pour sa conscience que pour les apparences humaines. Je ne crois pas que les Siamois Taiment : je suis sûr que les Anglais le redoutent; et je ne doute pas qu'il ne soit compris dans les bureaux, de Paris. Irrite des tromperies périodiques des Orientaux , isolé comme Robinson dans son tle , mais isolé au niilieu d'êtres humains , — ce cjui est bien plus dur que de l'être sur une terre physiquement déserte , — il est enflammé de ce feu qu'inspirent les questions de prédominance coloniale, mille fois plus vivement ressenties par ceux qui habitent ces lointains parages, que par ceux qu'endort la jouissance banale des cités métropolitaines. Ah ! nous croyons trop chez nous que la France est assez grande et assez belle de la Manche à la Méditerranée , et de l'Océan au Rhin ! Là se borne trop souvent notre horizon! Et ceux-là, presque seuls, qui courent les mers lointaines, voudraient imposer son influence , et voir flotter le pavillon de son commerce et de ses grandes idées dans les pays que nous traitons de sauvages et d'indignes de notre attention.
Puissent du moins les Français qui s'expatrient être dignes de propager si loin notre nom ! A part quelques exceptions , conmie la maison Malherbe par exemple , quelle satire je pourrais vous faire de la composition de la société qui s'est domiciliée à Bangkok ou qui a été en rapport avec cette ville ! Il fiaut venir au bout du monde pour en trouver une pareille : une foule de déserteurs , d'aventuriers et de faillis se disputent le triste honneur de duper le Roi. L'un vend des bijoux faux, venant de Paris, pour deux cent mille francs ; l'autre échappe ici à ses créanciers de Manille et de Ghang-HaY; un troisième est rappelé de Bangkok parce que, logé gratuitement par le Roi, il n'en chargeait pas moins les comptes de son gouvernement d'un loyer de douze mille francs ; celui-ci épouse une Siamoise qiii a ses entrées au harem, il la couvre de bijoux que lui achètent les sultanes à un prix centuple de la valeur; et réalisant près d'un million de gain, et se
KETOUK DE SIAM. a«7
disant Tépoux d'une des filles du Roi , il vient faire la roue il Paris ! Celui-là enfin (et c'est le sublime du genre) , revenu à Paris, écrit au roi Mongkut une belle et longue lettre « pour supplier Sa Majesté de lui accorder le grand honneur d'être transporté à Siam après sa mort, et d'être brûlé sur le bûcher de la pagode royale ! »
Mais en regard de cette décadence morale , qui se traduit en opérations de commerce trop honteuses pour être citées , je ne veux pas m'éloigner du fameux royaume sans rendre justice au Roi actuel , qui , sous les titres pompeux de « descendant des anges , justice parfaite , pieds divins , inexpugnable maître du monde » , n'en a pas moins régné avec des idées très-libérales pour les étrangers.
Il a passé de l'austère et mendiante discipline du talapoin à l'exercice du pouvoir et à la possession d'un harem illimité. Depuis le 3 avril 1851 , jour où il a jeté le froc... aux houris, il a favorisé les arts, construit des navires à vapeur, établi une imprimerie royale , proclamé la Uberté des cultes , etc. , etc. Mais il est vrai de dire que ces dehors , cette écorce de civilisation , ne font que recouvrir la sève la plus pure des adorations asiatiques dont il est l'objet; — l'accaparement de toutes les richesses minérales et agricoles du pays; — la jouissance égoïste de revenus qui, en s'engoufFrant dans le trésor royal, maintiennent le royaume en stagnation complète; enfin la crainte que lui inspirent les influences européennes, sont autant d'obstacles jetés sur la voie qui conduirait Siam à la prospérité véritable.
S4 j.invîei'.
Moins houleuse, mais plus nauséabonde qu'à l'aller, notre traversée de retour touche à son terme. Ce soir la lune sort tout argentée de l'Orient, et éclaire les rivages de la presqu'île de Malacca que nous suivons. Nos Siaipois se remettent un peu du mal de mer, et madame Naï-Phloï, s'agenouillant religieusement , brûle des bâtonnets parfumés d'encens , pour implorer Pbébé ; mais , tandis que la brise tombe et que le navire se dépouille en un clin d'œiPde ses voiles inutiles, comme un arbre qui perd ses feuilles d'automne, l'ambassadrice se dépouille encore plus vite de son dîner laborieusement acquis à coups de fourchette. Enfin, après quatre jours et quatorze heures de marche , nous revoyons Singapour.
30 janvier.
La mauvaise nouvelle à notre arrivée a été celle du départ de la malle française douze heures avant notre débarquement : ainsi s'évanouissent nos ardentes espérances de naviguer avec des compatriotes , et de voir la rivière
de Saigon. Sans notre séjour malencontreux sur la barre du Me-Nam, toutes ces joies nous auraient été données ! Ne pouvant attendre un mois encore pareille occasion, nous partons, aujourd'hui par le Behar, malle anglaise, directement pour Hong-Kong. Notre séjour ici a été marqué par deux événements bien dissemblables : l'arrivée en inspection du général Le Marchant , commandant en chef les troupes de Tlnde anglaise ; puis TinspectioD que nous passons nous-mêmes avec l'ambassadrice Naï-Phloï dans les bazars de Singapour , afin de l'aider à acheter des crinolines , des « suivez-moi jeune homme » et des bottines vernies qui la rendront plus grotesque encore que son langoutis, quand elle fera son tour du bois de Boulogne.
PAC-SIMILE D UNE LTITItE AUTOGRAPHE DU ROl MONGKUT.
li^iéy^é
HONG-RONf..
diinoiaes et palacquins. — Prisonniers à queue coupée. — Un diner chez Ilang-Fa-Lob-Cbunç. — Création et progrès du comptoir de Hong-Kong. — Le turf angio -chinois.
Kn nior, Ik hord du Behar, en vue des rivages de la Chine, 8 fcvrier.
Il y a neuf jours que nous avons tlit adieu, — avec un vif plaisir, — à l'îlot resserré de Singapour. Le quai de la Compagnie péninsulaire et orientale est assez éloigné de la ville même, et New-Harbour ressemble plus à une anse riante de Taïti qu'à un dépôt de charbon où les malles viennent s'approvisionner. Plusieurs centaines de huttes faites de bambou et de feuilles abritent une tribu de a Klings » ; une soixantaine d'enfants nus, montés sur des pirogues longues de trois pieds, sont les derniers Indigènes des pays tropicaux que nous devons voir avant ceux du Mexique et de la Nouvelle-Grenade. Ces petits moricauds amphibies tournent avec une étonnante agilité autour du navire, et dès que les passagers jettent un « cent » dans la mer, ils plongent, se disputent la pièce de cuivre au fond de l'eau, et reviennent en grappe à la surface, enlacés comme des algues marines. Souvent, grâce à leurs évolutions de marsouins, leur primitive pirogue se remplit d'eau; mais, nageant avec les pieds seulement, ils ont un talent 'extraordinaire pour la secouer, la débarrasser de l'eau envahissante, et pour y sauter sans faire chavirer cette coquille de noix.
Mais à mesure que nous nous avançons vers le Nord, notre gros Behar, vapeur de 1,600 tonneaux, de 250 chevaux et de 179 hommes d'équipage, commence à éprouver de terribles secousses. Il n'y a plus véritablement le charme du voyage nautique dans ces restaurants-malles-poste où les passagers ne sont que des consommateurs , et il devient impossible de s'intéresser à la route et de se considérer comme autre chose qu'un colis vivant. La mer, qui chaque jour eàt devenue plus grosse, nous fait passer des heures cruelles : elle est creuse , courte et irrégidière : la machine donne toutes ses forces, et par moments nous n'avançons que de trois milles à l'heure : nous dépassons nos mâts de perroquet; nous stoppons par instants, volontaire-
ment et involontairement, quand l'hélice , élevée hors de Teau par le tangage , y rentre avec une telle violence que le choc la paralyse. Bref, la mer de Chine nous salue d'un coup de vent terrible , qui ', sans compter certains moments de danger véritable, fait craquer dans toutes ses parties notre coque loiu'de et maladroite, et nous porte en dehors de notre route, à droite, presque sous le vent des Philippines.
Les rafales ont confiné un grand nombre de passagers dans leurs cabines, et le pont tout entier nous a été laissé en compagnie d'un équipage trèspittoresque. Il n'y a de vrais matelots de gros temps que les vieux loups de mer écossais, quartiers-mai très rigides. Mais les chétifs Bengalis, vêtus de blanc; les Malais, grimpeurs en général, mais bien mous au coup de vent; les Nègres d'ébène de Zanzibar, à la barbe et à la tignasse du roux le plus ardent, manquent de force et grelottent. Le pittoresque de cette Babel maritime mis à part , il ne nous reste que la lecture de toutes les u Âurora Floyd » et «t Lady Auddley's Secrets » de la bibliothèque du capitaine.
Enfin, ce soir, passant en huit jours de route de 4P de chaleur à Ty et goûtant fort peu ce brusque et malsain changement de température , nous voyons les falaises hong-konquoises ; nous entrons dans a Sulphur Canal*, et dans les chenals les plus resserrés et les plus dangereux. Après une périlleuse traversée, après des émotions de voiles et de vergues brisées, de machine convulsivement ébranlée, rien de joli et d'imposant à la fois comme d'arriver dans l'obscurité à une rade aussi calme que celle de Hong- Kong. De toutes parts des roches hardies , de hautes montagnes , encadrent un véritable lac d'abri contre les vents déchaînés; sur leurs flancs sont échelonnées en amphithéâtre toutes les maisons brillamment éclairées des marchands anglais, qui, en vingt-cinq ans, ont déjà formé une grande ville. Des milliers de lumières se détachent sur ce fond grandiose , tandis que des centaines de jonques , dormant sur leurs ancres entre les hautes mâtures des clippers, balancent leurs lanternes bariolées, leurs dragons ailés, leurs transparents lumineux , et semblent s'incendier par des fusées , des pétards (ît des soleils tirés du sommet de leurs proéminents gaillards d'arrière. Nous arrivons, paraît-il, au milieu des réjouissances du premier de l'an chinois, et même les échos lointains nous apportent les éclats des fanfares et des grosses caisses qui animent un bal donné au palais du Gouvernement. Hélas ! tous ces feux de paille ne nous réchauffent guère ; mais le spectacle de ce feu d'artifice multiple , sur la terre et sur l'onde , nous retient tard sur le pont. Si Bangkok est l'image asiatique de Venise , la ville de Hong-Kong, appliquée comme un rideau sur une pente rocheuse et escarpée, nous semble être la Gênes de l'extrême Orient.
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9 février.
Au grand jour, les sam-pangs nous accostent : les matelots qui les montent sont de roses Chinoises, en large pantalon lustré, portant un baby ficelé siu* leur dos par une écharpe. Ces gondolières, musclées en lutteurs, emportent vigoureusement les lourdes caisses d'opium , chacune du prix de quatre mille francs, qui font notre principale cargaison : s'animant d'un chant aigu et cadencé, elles les transbordent sur le vieux ponton « Fort-William » (receiving ship), d'où ce poison sera octroyé aux demandeurs. — Nous choisissons du doigt deux barques dans cette flottille, et huit dames du Céleste Empire, entassant nos bagages, nous emmènent en ramant jusqu'au quai. Mais les barques n'ont pas de cale , et l'échafaudage de nos malles , plaçant le centre de gravité à plus d'un mètre et demi au-dessus de l'eau , échappe par miracle au premier chavirement. A terre , c'est à coups de poing qu'il nous faut défendre notre bien , tant les coulies se ruent sur nous en vociférant, et, proh dolor! ils se battent si furieusement, que la caisse du
chocolat et du biscuit destinée au voyage de Pékin tombe au fond de l'eau salée !
Logés au palais du Gouvernement, qui domine et la ville et la rade, noua avons sous les yeux le spectacle d'une tapageuse animation dans les rues* Les couUes chinois se heurtent et se disputent : les riches négociants du Céleste Empire y fourmillent, trottant dans leurs bottes de toile blanche et cachant leurs bras dans leurs casaquins bleu de ciel; leur queue, d'autant plus longue que le tiers est « en faux » , traîne jusqu'à leurs mollets ; enfin , les femmes de la haute société , soutenues par deux servantes du peuple , mettent lentement l'un devant l'autre leurs classiques petits pieds torturés , dont les plus grands ont de huit à dix centimètres de long. Il parait que , dès leur naissance , on leur foule le pouce en dedans , et que serrant à outrance par des bandelettes le pied meurtri, devenu ainsi un moignon informe, on ne cesse de le comprimer jusqu'à l'âge mûr. A leur démarche saccadée et pantelante, on les croirait des invalides à jambes de bois; mais ces vieiUes de vingt ans ont le teint sanguin , une coiffure abondante, mastiquée et enjolivée, et des vêtements lustrés, soignés et voyants. Avec leurs boucles d'oreilles de jade , leurs joues peintes de jus de betterave , leurs sourcils rejoignant la chevelure, leurs yeux en amande et leur manque absolu d'expression, elles ont l'air de poupées de cire coloriées, et il semble qu'il suffirait de soufiQer un peu fort sur elles pour les faire tomber.
La mode des petits pieds a donné lieu à bien des commentaires : les
kO% JAVA. SIAM. CANTON.
savants graves disent que cet empêchement mis au voyage prouve ramour des Chinoises pour le pays natal , car, « filles du sol » , elles ne comprennent pas que les Européennes voyagent jusqu'à l'Empire du Milieu. « Ces pays d'Europe sont donc bien misérables, disent-elles, puisqu'on en laisse partir les femmes ! »
Les historiens disent que c'est une protestation contre l'invasion des Tartares, ou bien une mode venue de la cour de Pékin. Une fille de l'Empereur étant née avec des pieds nains, les dames du palais emboitèrent le pas et ratatinèrent aussitôt leurs pieds. De la cour à la ville et à la campagne, la « fashion « gagna comme une épidémie , et cela devint le signe distinctif de l'aristocratie . l'impossibilité de la marche et du travail prouvant dès lors une richesse capable d'entretenir des servantes.
Mais, suivant les mauvaises langues, la femme chinoise étant quelque peu volage d'instinct, c'est un moyen assuré de la clouer au domicile conjugal; sans quoi elle tombe immédiatement sur le nez , très-juste punition d'une escapade. En fin de compte, je trouve que cette mode est disgradeuse, repoussante, cruelle et atroce à tous les points de vue.
Gomme ici les rues ressemblent à des montagnes russes, quand elles ne sont pas d'interminables escaUers , et souvent des échelles taillées dans le granit, les Européens ne les gravissent qu'en palanquin. A chaque instant on trouve une place de fiacres humains, et deux ou quatre coulies bien musclés, se relayant d'un commun accord, s'attellent pour un modique salaire. Quant à nous , portés tous trois de front au grand pas trotté , nous trouvons fort agréables l'élasticité de cette légère constmction de bambou et la solidité des épaules des Chinois ; nous escaladons ainsi , dans les trois premières heures après noire débarquement, le pic le plus élevé de Hong-Kong, appelé « Victoria Peak » (1825 pieds), d'où la vue s'étend sur l'archipel des iles environnantes, et, au loin, jusqu'à la grande mer. Mais quelles terres pelées et dénudées que ces premières côtes de la Chine! Quel chaos de roches grisâtres et de montagnes désertes !
Au retour, le Gouverneur nous mène en promenade dans ses palanquins de gala, avec six porteurs en uniforme d'opéra pour chacun de nous. Ces palanquins sont aux palanquins « de place » , ce que sont aux coucous les voitures officielles de la Ville de Paris. Nos porteurs, vêtus d'écarlate, ont les armes d'Angleterre peintes sur leurs chapeaux pointus, et nous avons une escorte de cipayes de l'Inde, armés jusqu'aux dents. Nous traversons le quartier des villas européennes, puis le fouillis des taudis chinois, et nous entrons dans la prison, édifice de granit le plus remarquable de Hong- Kong, et, après les entrepôts, assurément le plus caractéristique. Car si