MONUMENT DE BURKE
ce ne peut être que rocéan Pacifique! Après six mois de labeur , ils se sentent à quelques pas du glorieux accomplissement de leur grande mission : il veulent le voir, cet Océan!* Ils hachent, ils grimpent, ils escaladent tous les points les plus élevés d'où ils pourront dominer ITiorizon, mais ils retombent, harassés et énervés , dans les marais boueux dl'où la mer s'est retirée le matin même, et où bientôt le flux de cette mer qu'ils ont tant cherchée, le flux qui monte, vient presque les engloutir. Cet Océan qui manque de les faire périr, ils veulent à toute force le voir! Mais ce bonheur consolateur leur est refusé. Moïse du moins ne vit-il pas du mont Nébo la terre de Cha-
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naan? Mais non, de cet Océan, ils entendent le murmure lointain ; mais ils ont beau faire de surhumains efforts, la vue même de ces flots bleus était réservée à d'autres qui avaient moins mérité de les voir.
Pourtant, au fond, leur but était atteint; mais le spectre de la faim était là dans toute son horreur devant leurs yeux. Ils avaient emporté pour douze semaines de vivres, ils étaient à moitié route et il leur en restait à peine pour cinq. L'angoisse poignante que leur inspirait la disette grandissait chaque jour davantage, et la précipitation qu'elle causait dans leur marche 4^ retour a dû précipiter aussi, par son excès, la mort de leurs bêtes et leur propre épuisement. Des pluies torrentielles défoncent tellement les vallées, qu'ils risquent encore cent fois d'être engloutis. Le 6 mars, Burke est presque mourant pour avoir mangé un morceau de grand serpent qu'il a fmt cuire! Le 20, ils commencent à alléger la charge de leurs chameaux qui ne peuvent plus avancer, et à jeter, par bête, environ soixante livres de ces provisions dont ils craignent tant de manquer. Ainsi les navires envahis par les eaux jettent k la mer tout ce qui les charge, quel qu'en soit le prix ! Le 30, ils tuent un de leurs chameaux. Le 10 avril, ils tuent Billy, le cheval favori de Burke, sur lequel il était parti de Melbourne et qui avait le mieux résisté dans toute la campagne. Le 11, ils sont forcés de faire halte un quart d'heure pour attendre Gray, qui ne peut plus marcher : la faim les exaspère tant que ces deux hommes, au cœur pourtant bien généreux, en arrivent à rudoyer leur ami!... C'est qu'ils avaient réser\é la farine pour leur dernière extrémité , et qu'ils avaient trouvé Gray se cachant derrière un arbre pour en manger ! Comme les dernières souffrances incomprises de ce malheureux Gray durent leur revenir en mémoire quelques jours plus tard, quand ils. se sentirent, eux aussi, à l'agonie!
Enfin, le 21 avril au soir, ils arrivent à l'oasis! ils n'étaient plus que des squelettes vivants ; ils appellent de la voix leurs camarades, auxquels ils avaient tant dit « Attendez-nous» : l'oasis est déserte, pas une voix humame ne leur répond ! . . . Que de pensées tristes ont dû leur percer le cœur à cette
heure solennelle ! En cherchant, éperdus, ils voient bientôt inscrit sur cette dcorce d'arbre « dig » , ce mot de tout h l'heure, ils fouillent : quelques provisions de vivres avaient été laissées par Brahe dans la caisse en fer; des papiers y étaient aussi, exphquant les motifs du départ, et ils étaient
datés du jour même, du 21 avril au matin!
- Ainsi, aprc$ une course presque désespérée jusqu'à l'Océan et un retour plus désespéré encore, après avoir perdu ou mançé presque tous leurs chameaux et leurs chevaux, excepté deux, après avoir fait la plus grande découverte que puisse enregistrer l'iiistoire de rAuslrahe, ils arrivent à Toasis a laquelle ils avaient tant rêvé dans leurs tortures, et les hommes qui
lîas-relief du monument de Ikirkc : lielonr à Coopers Crech.
les auraient sauvés, sur lesquels ils comptaient, sont partis depuis sept heures seulement !
Que devenir? Épuisés au point de ne pouvoir faire quelques pas, devaientils tenter, avec des bètes demi-mortes, de suivre, pendant six cents kilomètres, une caravane bien montée et longtemps reposée, de courir après le salut, à quelques milles en avant, sans pouvoir jamais Tatteindre? Certes c'eut pourtant été le parti le plus sage, est-il facile de dire, quand on juge les faits une fois accom|)lis et qu'on n'est pas éperdu par des mois de torture. Mais Burke se souvient qu'il y a près du mont Désespoir, à cent cinquante kilomètres de là, une « station » de moutons : celle-là au moins ne fuira pas devant lui; et, malgré eux, après deux jours de repos, il y entraîne Wills et King avec quelques provisions. Il dépose dans la caisse de fer le journal de toute sa découverte, de son retour, journal dans lequel il déplore enfin l'abandon de son lieutenant et annonce sa marche vers le. mont Désespoir.
Pour mettre le comble à tant d'infortune, pendant que Burke, se traî-