MONUMENT DJ BURKE. J
nant à peine pt,a|:|}q^^ de douleur, perdait de vue To^i^s çli 3e,,dF^igiç;jitti^ Touest, Brahe ^..Wright, qui s'étaient rencontrés, comme vous, yqu? ,qi^ souvenez, le 83. avril, revenaient à cette même oas^s^ poussés par.ji^ remords, pour s'assurer que personne n'était de retour : a^^^gi légers .qu'imj prudents, ils ne songèrent pas à creuser dans le sable et à fouiller. I3 cachette! Ils auv^ient trouvé le dépôt de Burke, daté du, matin mén^e^ et l'itinéraire de sa,rpute^.., ils l'auraient 3auvé! Mais non, ils trouvent |i.Ja surface de la te^*re toute chose dans le même état qu'à Içur départ^ pt, ils repartent dans Iç Sud-Ouest pour le Darling.
Ainsi, deux fois de suite dans la même semaine, ces hommes qui se cherchaient, fet dont la réunion eût mis une heureuse fin aux plus affreux supplices, s'étaient trouvés, sans le savoir, tout près les uns des autres, dans un rayon de quatorze milles seulement, au milieu de l'immensité des déserts !
En ce moment Burke, Wills et Ring descendent la vallée du Cooper, emportant avec eux les provisions de la cachette. Un chameau tombe de fatigue, ils le tuent et sèchent sa chair au soleil; le lendemain le dernier meurt aussi. A bout de ressources, ils se traînent jusque vers une tribu aborigène, chez laquelle un tel spectacle fait taire lès plus féroces instincts; elle les prend en pitié et partage avec eux sa nourriture, une graine atroce, aj)pelée « nardou M , qu'ils mâchent à grand'peine et ne peuvent digérer. Et ils vivent ainsi jusqu'au 1 5 mai !
Tout d'un coup, par un réveil d'habitudes nomades, les Noirs s'enfuient et ne reparaissent plus. Ainsi, ceux dont les trois voyageurs avaient si longtemps craint les hostilités, mais qui étaient devenus leur providentielle ressource, les abandonnaient sans motifs ! Alors, la nécessité les pousse à conr» tinuer leur marche vers le mont Désespoir, et à se traîner jusqu'aii 24 mai sur une terre sablonneuse et brûlante. Ne découvrant rien sur l'horizon, ife tombent de fatigue et renoncent désormais h cette dernière espérance. Vraiment le naalheur les poursuivait, car depuis on a suivi leurs traces et on a trouvé que, s'ils avaient marché seulement un jour de plus, ils aul;ai€nt^al la montagne et ils auraient été sauvés!
Le 27 mai, ils sont de retour à Cooper's Creek, vivant dé nardou, dopt la mastication les épuise et dont le suc ne les nourrit pas. « Ils viennent, écrivent-ils, revoir l'oasis et mourir! » et ils enfouissent dans la caisse, la relation, en quelques hgnes, de leur dernière tentative. CombiqU/ide tepîp^ dura cette demi-mort , c'est ce que nous apprennent les mot3 traces iefliCÇt^*^ (le temps à autre par Wills ou Burke et déposés comme le testament.de leui.'S dernières heures, dans la caisse en fer, au pied de l'arbre! C'était pour eux comme une consolation d'écrire, presque dans leujr agonie, dea fragwtents
de mots destinés h leurs concitoyens, et montrant tout ce qu'ils avaient souffert en vrais martyrs de l'amoiir de la science et des découvertes. •
Le 20 juin , le nardou qu'ils broyaient ne les soutenait presque plus : deux Hgnes de Wills en ce jour disent « qu'il est trop douloureux de se sentir abandonné, et que pour lui il ne peut plus durer. » Le 22, il écrit « qu'il se couche sur le sable pour ne plus se relever; que désormais ce sera- King, le plus valide, qui portera ses derniers adieux dans la cachette. » Du 29 juin sont datés ces derniers mots : c'est line lettre à son père, pleine de douceur et de résignation : « Ma mort. . . ma mort est certaine d'ici à quelques heures, mais mon âme est calme! »
Le jeune Howitt ne trouva plus, sous l'arbre de triste mémoire, rien d'autre qui pût l'éclairer sur le sort de Wills. Était-il mort, ou bien vivait-il? Où pouvait être son squelette desséché ou son corps râlant encore? Les derniers mots d'O'Hara Burke sont datés d'un jpur plus tôt que ceux de Wills, du 28 juin : quoique faible et mourant, il voulait encore chercher la tribu des Noirs, son unique espoir de salut! Ses adieux portaient plus de vigueur, mais autant d'héroïque résignation : « King survivra, j'espère; il a montré une grande âme : notre tâche est remplie, nous avons les premiers gagné les rUa{;os de TOcéan..., mais nous avons été aban... » Ce dernier mot n'était pas achevé, il n'eut pas le courage de l'écrire.
ils avaient expiré sans dojiite, lui et les siens, et ils étaient restés sans sépulture, après avoir fermé la tombe où étaient ensevelis leurs écrits qui dévoileraient les mystères du continent et qui témoigneraient de leurs douleurs surhumaines. Aucun autre vestige ne donnait d'indication. Quand Howitt était arrivé, la cachette était bien recouverte de sable. Dans toutes les traces confuses et répétées, marquées sur le sol, indiquant d'innombrables allées et venues du camp à la flaque d'eau, impossible de distinguer la dernière,
Howitt chercha dans toutes les directions environnantes, trompé chaque jour par des empreintes de pieds de chameau qui le ramenaient, par de longs détours, toujours à l'oasis, quand enfin le 10 septembre, au milieu des traces de pieds nus d'une tribu de naturels , il trouve l'empreinte d'une cliaussure ! . . . C'est pour lui un moment d'angoisse, et bieQtôt, découvrant au miUeu des bois les feux des Noirs, il arrive soudain et aperçoit un malheureux couvert de guenilles, une ombre d'être humain, faible à ne pouvoir se tenir debout, témoignant par des yeux étincelants une joie délirante, mais pouvant à peine proférer un son.
C'était un survivant de la grande expédition! c'était King, l'ancien soldat! Peu à peu la parole lui revint avec les forces, et il put alors raconter
MONUMENT DE HURKE.
ce qui était advenu aux trois voyageurs, depuis le jour où il avait recouvert de sable-la cachette, et où, pour tous en ce monde excepté pour lui, tout était resté mystère,
Le 28 juin,Wills, à l'agonie, l'avait supplié d'aller à la recherche des naturels : il mettait en eux tout espoir de salut; il confie à Burke sa montre et un mot d'adieu pour son père, et les trois amis, tant éprouvés par de communes tortures, se séparent douloureusement pour ne plus se revoir sur cette terre. Au bout de deux jours de marche, Burke tombe artéanti, demandant ù son compagnon « de ne le point quitter jusqu'à ce qu'il soit mort » , et de laisser ensuite sans sépulture son cadavre exposé au soleil des déserts dans lesquels il avait tracé la route de son siècle et trouvé la mort.
ÏJas-relief du inoniinicnt de lîurke : .A7//^ retrouve.
Le 29, il se sent fléchir pour la dernière fois sur le sol desséché : ses narines s'enfoncent dans le sable, il regarde la Croix du Sud, qui est le signe consolateur des mourants dans l'hémisphère austral, puis ses grands yeux s'éteignent, et il meurt en se débattant dans le sable du désert! ^ Le dernier survivant, tout éperdu, revint à la rivière sur les bords de
1 aquelle il avait laissé l'infortuné Wills... qui était mort aussi, mais sans un ami pour lui fermer les yeux. King erra alors seul dans les bois, plemant ses deux chefs; enfin il retrouva la tribu hospitahère dont la nourriture le soutint plus longtemps qu'elle n'avait pu le faire pour ses deux compagnons. Howitt, guidé par lui, retrouva les deux squelettes, que les naturels avaient recouverts de branches en signe de respect : à côté de Burke, h sa droite, était son revolver. Howitt enterra ses restes mortels dans l' Union-Jack, le pavillon national, la plus digne sépulture qui soit due à un brave, et, après avoir récompensé les naturels, il reprit le chemin de Melbourne, rapportant
• \e journal et le testament des explorateurs.
Le 9 décembre de la même année, il repartait pour visiter de nouveau ces tombes solitaires, chargé par la colonie de Victoria de rapporter les restes des deux héros australiens; un an après, tous les habitants de Melbourne recevaient en deuil le triste cortège. Ils voulurent honorer par des funérailles publiques, d'une magnificence inconnue jusqu'alors, et par un monument élevé au centre de la cité, ces hommes morts à la fleur de l'âge en se dévouant pour leurs concitoyens. — Mais non, de tels hommes ne meurent pas tout entiers; c'est à leur audace, à leur désintéressement, à leur dévouement et à leurs souffrances, qiie l'Australie doit son merveilleux développement d'énergie et de vie, de prospérité et de splendeur! Du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest, elle a eu ainsi ses hardis pionniers; ils ont avancé dans l'inconnu et, le plus souvent, ils y ont succombé; mais la route était ouverte par eux, et la colonisation, la richesse et la vie les ont suivis.
Dans les nations de l'ancien monde, les souverains voient sans scrupule mourir aux guerres qu'ils allument des milliers de soldats; dans ce nouveau monde, où le désert est le champ de bataille, où l'explorateur est le soldat et l'apôtre de la civihsation, quand dix-sept hommes ont été en péril, une population d'un million d'âmes s'est levée pleine d'angoisse, et, pour les sauver, ce que peut la force humaine, la force héroïque, elle l'a fait.
Mais si la mort a triomphé de ces viriles tentatives, la ville née d'hier suit du moins honorer ses grands hommes, et nous, voyageurs et étrangers, pleins d'admiration pour leur histoire, ne devons-nous pas nous incHner devant ce deuil qui la couvre encore, et saluer en eux les créateurs d'un empire dont les destinées futures semblent aussi augustes que ses commencements sont extraordinaires?
Bas-relief tin inonumeiit de Burke : Morl de Jiurke.