‹ Voyage autour du mondeChapitre 2 sur 11 · DÉPART · texte numérisé non relu

DÉPART

Les préparatifs sont faits : Fheure est arrivée oii toutes les ardeurs des trois voyageurs doivent êtix étouffées par les poignantes émotions du départ. Une triste cérémonie, celle des funérailles de la

reine Marie-Amélie , avait été dans cette même se-

maine comme le dernier «t touchant tableau de notre vie d'Europe; le deuil extérieur et le deuil des cœurs étendent une ombre lugubre sur tous nos parents accourus au quai de Gravesend et dévorant du regard le navire qui va nous emporter jusque dans rOcéan Austral; leurs larmes coulent comme pour bénir le vaisseau qui, pendant six mille lieues, portera les voyageurs au milieu des tempêtes, et qui n'aura pourtant à affronter que la plus faible partie de tous les périls appréhendés par des cœurs de mères. C'est là une de ces scènes émouvantes que ceux qui les ont le plus ressenties ne peuvent ni ne roulent décrire , mais qui laissent dans Tâme une impression ineffaçable !

s atlSTBALIE,

Tous les nôtres montèrent à bord alîn de voir dans ses moindres détails ce qui allait devenir pendant trois mois notre demeure et, pour ainsi dire, notre inonde. Comme le cœur s'attache aus choses nuLliirielles , quand elles sont reliées par une uniuu si Irappante aus destinées de ceus qu'on aime! Comme ou veut voir ce pont qui sera le jardin de notre île flottante, ces cabines que quelques-uns appellent nos prisons, ce carré oit nous développerons nos cartes, et cette haute mâture que les vents ne briseront pas! Qui ne comprendra qu'après les premiers feus et, je l'avoue, le véritable enthousiasme que nous avait inspirés à tous la décision d'un voyage autour du monde, après l'i m patience de voir les premières étapes d'une campagne dont le plan ne faisait qu'exciter, à chaque phase nouvelle, nos jeunes imaginations, qui ne comprendra qu'à cette heure solennelle oii il fallut s'arracher

pour longtemps peut-être pour la dernière fois,

à nos parents bien-aimés, les forces nous aient manqué et que notre cœur se soit fondu en sanglots!

Mais le temps est inexorable, et, â une heure de l'après-midi, le 9 avril 1866, notre navire à voiles, l'Oinai--Packa, lève l'ancre, et deux remorqueurs l'entraînent rapidement entre les berges de la Tamise, qu'un ciel pluvieux et sombre couvre de sou voile de deuil.

Page 1