CHAPITRE XI. É
Reconnaissance et deseription de la côte d’Iknou, de
son port et de ses environs. — Retour à la Nouvelle- Archangel. — Infructueuse tentative du capitaine du Bordelais, afin d'engager les Indiens à venir à son bord pour traiter de peaux de loutre. — Ile de la Reine Charlotte. — Port de Masset. — Le capitaine change de nom avec ltemtchou, chef indien. — Le Bordelais échoue. — Indiens de Skitigats. — Détails sur Skitansnana et surseshabitans.— Retour à Noutka. — Fourberie présumée de Macouina.— Le Bordelais fait une ample provision de bois, d’eau, de gibier et de poissons, pour une valeur de 5o fr. en marchandises. — Départ pour la Californie.
Le 7 août.— Nous appareillâmes le matin du port Suddart. Nous fimes route à sortir de Hood-Bay (Tzakoa), en rangeant à moins d’une encàäblure les bancs de la partie Sud que le jusan mettait à découvert. Après avoir doublé la pointe, nous'manœuvrâmes pour nous élever dans le Sud et pour aller visiter Cbristian-Sound. Dans cette courte traversée, nous fûmes singulièrement contrariés par les vents,
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la brise n'ayant été favorable que quand elle était faible; elle fraîichissait au contraire en hâlant le Sud et Sud-Est ;. où elle nous était directement opposée.
Le 9.— Nous rencontrâmes deux pirogues qui traversaient à la voile de Pile du Roi- Georges à celle de l’Amirauté : en les accostant, un des Indiens , se doutant de la cause de notre empressement , nous héla qu'il n'avait point de fourrures. Nous jouimes de la vue de plusieurs torrens, qui, enflés par la fonte des neiges, se précipitaient en cascade du haut des montagnes de l'ile du Roi-Georges, et dont les eaux rougeâtres se faisaient remarquer sur une large bande, Nous étions encore en dedans de la pointe Gardner, lorsqu’à sept heures la brise porta au Nord, joli frais : nous fümes bientôt hors du détroit, et une heure après nous en trâmes dans Christian-Sound. ::
Le 10.— Dans la nuit, les courans furent vialens, particulièrement le flot que le navire reflouait à peine , quoique filant plus de quatre nœuds. Le:watin, les variétés, généralement de l'Ouest, nous favorisérent pour rallier Iknou sur la côte Est , Où j'avais le projet de mouiller,
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A dix heures, M. Foucault fut expédié pour reconnaître l'entrée ; il revint à midi et me fit un rapport satisfaisant de sa reconnaissance. À une heure, nous donnâmes dans la passe, et peu après nous mouillèmes dans le port extérieur d’Iknou par vingt-deux brasses , sable et coquilles brisées. Le soir, j'allai faire une tournée dans le port intérieur.
Le 11.=—On tira de bonne heure dent coups de canon pour appeler les Indiens ; mais quoique le temps fût assez beau, on ne vit qu’une seule pirogue qui n'avait que du poisson. Les officiers trouvèrent sur la côte Nord-Ouest | un petit espace de terrain cultivé où il restait |quelques pommes de terre. Cette découverte, :fortifiant mon opinion sur le passage récent du | capitaine Nye qui m'avait parlé de ce jardin, me détermina à ne pas faire un plus long séjour dans cet endroit, où il ne restait plus rien à glaner.
Le 14.—Contrariés par les calmes, les bru-
mes et les marées, dont celles du jusan avaient moins de durée, nous ne pümes sortir que le jour à la touée et aprés trois mouillages. A cinq heures du soir, étant babord amures à
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petite distance des bancs qui découvrent au Sud- Ouest de l'entrée, sans pouvoir les doubler, des variétés favorables nous permirent de les doubler à l’autre bord , et lorsque le flot se fit, nous étions hors du parage où il porte dans Iknou. Il fut à peine sensible en dedans des bancs; mais aussitôt dans le canal libre, le navire fut drossé dans le Nord avec une rapidité qui ne permet pas de sap pose 1 moins de trois nœuds au courant.
Le port d’Iknou (1) est situé au fond d’un entonnoir formé par la côte, qui des deux côtés est bordée de rockers et d’ilots, dont plusieurs ne découvrent qu’à mer basse. On double tous les dangers, au moins ceux que j'ai vus à dé couvert, en se tenant en position de relever la pointe Sud-Est de l'entrée à l'Est du Nord.30 deg. Est et la pointe Nord-Ouest au Nord de Nord 65 deg: Est, ou quand on a vent sous vergue , en tenant la première et la deuxième entrée l’une par l’autre. À un mille de la premiére entrée , nous n'avons pas eu moÿns de
(:) Latitude Nord 56 deg. 37 min.; longitude Ouest 136 deg. 22 min. à l’Est-Sud-Est de la pointe Salivan, sur la côte Ouest de la petite Kekh.
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quiniré brasses ni plas de vingt-cinq, mais le brasséyage eët irrégulier, Le fond est varié de coquilles brisées, corail ; gravier, roche et quelqüefois éable en approchant. La première entrée a environ trois éncâblures de large. De la côte Est, des rochers coulés s'étendent à une demiencâblure ; il s’en trouve aussi à l’autre bande, mais portant moins au large. Des algues les signalent des deux côtés.
Le port extérieur a plus d’un mille de profondeur du Sud-Ouest-quart-Ouest au Nord-Estquart-Est, sur une demi-encäblure de large : quelques rochers paraissent sur les deux côtés, mais à petite distance, et je ne crois pas qu'aucun danger s’étende à une demi-encäblure. Nous n'avons pas eu au-delà de vingt-deux brasses d’eau au milieu du port; notre ancre de détroit était mouillée par cette profondeur, et l’ancre à jet par quatorze. Il y a beaucoup d’eau jusqu’à terre à la bande du Sud-Est qui est accore, mais moins à la côte opposée ; l'apparence de celle-ci me fait penser qu'il y a quelque banc. Nous trouvämes des ruines d'habitations sur in rocher peu élevé, mais escarpé, qui n’est séparé de la côte Sud que par un canal de moins
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d’une demi-encâblure. Une palissade, dont il restait encore une partie, défendait le débarcadaire dans les endroits les moins difficiles.
Le port intérieur a environ trois milles sur cinq, dans la direction Nord-Est du compas.
Aprés être sortis des passes d’Iknou, nous manœuvrâmes pour débouquer du Sound, dans l'intention de tenter les parties les plus méridionales de la côte, où , à défaut des succès que le mauvais assortiment de notre cargaison ne permettait pas d'espérer, nous devions recueillir des connaissances qui pouvaient fructifier par la suite. Nous fûmes tellement contrariés par les calmes et le vent toujours faible de la partie du Sud, que malgré le soin que nous mîmes à profiter des variétés et à tenir la partie Ouest du canal où les courans dévaient être plus favorables, nous n’atteignimes que le troisième jour la hauteur du cap Tchirikoff, à douze lieues d’Iknou. Cette traversée n’eut rien de remarquable que sa lenteur.
Le 17.— À midi, nous n’étions que par 36 deg. 3 min., c'est-à-dire à quelques milles seulement au Sud du cap Tchirikoff. Outre les courans qui portaient dans le détroit, et le
Août 1818, calme, le peu de brise qui se faisait sentir par
intervalle était du Sud, et, par conséquent, ne nous permettait pas d'avancer dans cette partie. Considérant ces contrariétés dans une époque déjà avancée de la saison, et le peu de chance probable de succès qui nous restait sur ces
côtes, moins abondantes en pelleteries que celles où nos recherches avaient été si peu fructueuses, je crus devoir suspendre la visite de la côte, et sacrifiant aux intérêts qui m’étaient confiés le désir d'augmenter mes connaissances sur cette . navigation, je me décidai, d’après l'ouverture | qui m'avait été faite par le capitaine Nye, à traiter avec quelques Américains de l'échange du reste de notre cargaison contre des fourrures. Dans cette intention , je gouvernai pour la Nouvelle-Archangel , où j’espérais trouver le capitaine Davis.
Le 18.— A six heures du matin, nous eûmes connaissance de la pointe Woodhouse, mais la brume était trop épaisse pour tenter l'entrée, et les forts vents, qui nous obligérent de tenir la cape pendant quelques heures, nous firent perdre cette journée et la suivante. Le surlen-
demain, le calme ne promettant pas plus de
= 2edté