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Août 1818, succès, je m'embarquai dans la grande balei-
nière, et laissant le bâtiment à l'entrée, aux soins de M. Foucault, je me rendis à la Nouvelle - Archangel. On n’y avait pas entendu parler du capitaine Davis, dont le retard donnait de l’inquiétude. Après avoir diné chez M. Yanosky, gouverneur par intérim , j’allai avec lui à bord de la frégate la Kamschatka, arrivée depuis peu, et commandée par le capitaine de vaisseau Galownine. qui n’était pas à bord. Je fus accueilli de la manière la plus grâcieuse par M. Moravief, premier lieutenant. En descendant à terre nous trouvâmes le commandant Galownine, chez M. Yanosky; je n’eus pas moins à me louer de l'accueil que je reçus de lui : sa conversation instructive et intéressante m’ayant fait oublier les heures, lorsque je voulus m'embarquer, il était trop tard pour pouvoir espérer de me rendre à bord avant la nuit. Le temps était couvert et sombre, je me décidai à différer mon retour. A l’imitation de M. Patouchkin, lieutenant de la marine impériale , j'allai passer la nuit à bord de lOkdritié, bâtiment de la compagnie, qu’il commandait.
Le 21. — La matinée ayant été brumeuse,
Août 1818.
je ne rejoignis le navire qu’à onze heures. On
s’occupa aussitôt après à embarquer la baleinicre et le peu de provisions que j'avais pu faire à l'établissement. À midi, je fis servir pour sortir de la baie. Les rochers du milieu restaient au Sud-Ouest quart-Ouest, à une demi-lieue, la brume couvrait toutes les terres. Nous louvoyàmes pour gagner le large.
À dix heures, sous le cap Engano, nous eùmes connaissance d’un feu à petite distance, et peu après on entendit un coup de fusil.
Croyant que c'était un navire en danger, j'arrivai dessus avec un feu à la corne. En accostant je reconnus un brick qui manœuvrait pour nous rallier. À onze heures, nous primes la panne tribord. En même temps il partit un coup de fusil du brick, j'en fis tirer un sur son avant ; il mit ensuite en travers sous le vent et nous nous hélàmes. Il dit être le brick de sa majesté britannique la Colombia, paru d'Europe en novembre 1817. Il cula pendant que nous nous parlions et s’éloigna : à minuit il reparut encore dans nos eaux; une demiheure après il tira deux coups de fusil auxquels il ne fut pas riposté. Nous mimes en panne, et
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AUTOUR DU MONDE. 123 Août 1818.
le capitaine me héla qu'il allait se rendre à
bord. Nous recûmes en effet sa visite. Il refusa de prendre connaissance des expéditions du navire, disant qu’il venait en ami et seulement pour avoir des renseignemens. Je lui communiquai tous ceux que je possédais sur la côte, sur l'établissement russe, etc. Il parut prendre beaucoup de partau changement de gouverneur qui venait de s’opérer à la Nouvelle-Archangel, où il allait entrer. Il avait laissé l'Europe dans | l’état le plus paisible; il m’annonça la restitution de la Colombia aux Américains, il me L parla du départ de l’Uranie, pour un voyage de découverte, sans pouvoir dire le nom du commandant. Ce capitaine, nommé Robson, mettait peu de suite dansses discours, et rien dans son costume, sa tenue et ses maniéres , n’annonçait un officier. Il partit à trois heures du matin, après avoir fait une rude chute sur le pont. Les 24-25. — La recherche infructucuse que je venais de faire à Sitka m’ayant encore fait perdre plusieurs jours, je résolus d’aller directement dans l'entrée de Perès, et de borner à quelques points des côtes qu’elle baigne,
et à Noutka, mes tentatives pour échanger,
124 VOYAGE Août 18:18.
contre des fourrures, le reste de ma cargaison. A neuf heures du soir on eut connaissance de l'ile Forester, située dans le Nord-Ouest de l'entrée. Je dirigeai au Sud. À minuit nous étions sur le parallèle moyen, entre les îles de la Reine Charlotte et du Prince de Galles, qui forme l'entrée. On ne voyait aucune terre, mais le temps était très-beau. J’arrivai dans le canal avec joli frais du S.-0O. à l'O. A trois heures on aperçut l’île Forester dans le Nord-Ouest, et celle du Prince de Galles dans le Nord-Est.
Nous donnâmes dans l'entrée de Perès, en ral-
liant la bande Nord que nous longeâmes jus-
qu’au cap Muzon. En le doublant, je fis tirer un coup de canon et hisser le pavillon américain , avec lequel le navire se présenta à l’'ouverture du port Cordova que les Indiens appellent Kaïgarny.
Ayant appris des Américains et des Russes, que les habitans de ce canton avaient eu le plus de part à l'affaire du 18 juin, j'avais formé le projet de me saisir des premiers qui viendraient à bord, et d’en tirer une rançon en fourrures , comme une juste indemnité des pertes que la perfidie de ces Indiens avaient
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, AUTOUR DU MONDE. 125 Août 1818.
fait éprouver à l'armement. Dans cette vue, afin de déguiser le navire, j'avais fait fait divers changemens ; il avait été peint difféfmment ; les mâts de perroquets simples avaient été remplacés par d’autres à flèches, etc. Après avoir doublé le cap, je dirigeai sur un village au fond d’une petiteanse, la première en remontant la bande Ouest du port. Ilen sortit une pirogue montée par einq Indiens qui, après nous avoir observé de loin, approchérent à portée de voix, et hélèrent en anglais, demandant d’où venait le navire, son nom, celui du capitaine, etc. Je fis à toutes ces questions les réponses les plus propres à leur inspirer de la sécurité, et je les invitai à me donner un pilote pour me conduire au mouillage. Mais au lieu d’accoster, ils profitèrent d’un virement de bord, pendant lequel le navire leur présentait l'avant, pour s'éloigner à force de rames et gagner la côte. Jugeant que toute autre tentative de ce genre serait inutile,
et le temps et le défaut de connaissance des localités ne me permettant pas de chercher à leur infliger une punition méritée, je pris le large et fis route, le cap au Sud-Est, pour le port Estrada (Masset), sur la côte Nord de liîle de la Reine-Charlotte.
126 VOYAGE Août 1818,
A quatre heures, les relèvemens ayant indiqué un @ourant portant sous le vent, on loffa au Sud-Sd-Est. À cinq heures, on reconnut, dans l’Est-Sud-Est, l'entrée du port Estrada, sur lequel nous arrivämes en ralliant la côte à une lieué de distance. Les terres, dans cette partie, contrastent d’une manière frappante avec celles du Nord, ou pour mieux dire avec tout ce que j'ai vu de la côte Nord-Ouest. Elles sont bässes, particulièrement les bords de mer, ne s’élévent que par un talus peu sensible en avançant dans l’intérieur, où elles ne forment que des collines de moyenne hauteur, dont les sommets arrondis etles pentes douces n’offrent ni les rochers escarpés ni les dentelures anguleuses qui se rencontrent ailleurs si fréquemment. Le feuillage des bois me parut étre aussi d’une teinte moins sombre, et tout l’ensemble beaucoup moins sauvage.
Le tracé de la côte que Vancouver a donné, d’après les Espagnols, me parut très-exact , et je n’eus pas de peine à distinguer le port que je cherchais, du port Massaredo et de plusieurs autres coupées qui étaient en même temps à vue dans l'Ouest. Ayant eu connaissance de
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AUTOUR DU MONDE. 127 Août 1818.
quatre pirogues, dont trois à la voile, or rentra les bonnettes afin de les mettre à même de‘nous rallier. On vit, attenant à la pointe Nord- Ouest de Masset, des rochers et des brisans, et, au large, un espace considérable d’eau décolorée, jaunâtre, qui semblait annoncer un banc. Les pirogues passèrent sans nous accoster, et le jour étant beancoup trop avancé pour permettre de donner dans une passe que je savais être dangereuse , nous portâmes au large.
Le 26. — Nous donnämes de bonne heure dans le port ou plutôt bras de mer de Masset, sous la direction d’un Indien nommé Tayan, venu dans une pirogue à notre rencontre. Nous rangeämes la pointe Nord-Ouest de l'entrée à une demibieue, et, quoiqu’à mer basse, sans avoir conpaissance du banc dont nous avions eu des indices la veille. L'Indien nous fit souverger sur la partie Sud-Est. La nécessité de veiller la manœuvre ne me permit pas de faire les remarques que j'aurais désirées.
À huit heures, nous rangeämes la pointe
(:) Latitude Nord 54 deg. 1 min. ; longitude Ouest 144 deg 6 min.
128 VOYAGE Août 1818.
Sud-Est avec bon flot, et, peu après, étant
devant un gros village, nous fûmes environnés d’embarcations. A neuf heures, nous trouvant à sept ou huit milles en dedans de la pointe, nous laissèmes tomber par treize brasses, fond de gravier, l'ancre de détroit pour le flot , et l'ancre à jet dans le Sud-Est pour le jusan; de cette manière nous nous trouvâmes affourchés.
Le 27. — Plusieurs pirogues vinrent à bord avec des pelleteries, dont nous ne pümes obtenir que deux, les Indiens, qui voulaient des lainages en échange, trouvant les nôtres de mauvaise qualité.
Le matin, il venta grand frais de S.-E., nous chassames et fùmes obligés d’affourcher de nouveau. Le mouvement d’ancre fit croire aux naturels, dont nous avions plusieurs pirogues à bord, que nous allions appareiller. Je cherchaï à leur faire comprendre que ce n’était pas mon intention; mais malgré mes assurances, le petit foc ayant été hissé pour faciliter nos opérations, ils se jetérent dans leurs embarcations avec tant de précipitation qu’ils abandonnèrent trois peaux dont ils n’avaient pas
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AUTOUR DU MONDE. 129 Août 3818.
encore reçu le prix. Malgré tout ce que nous pûmes faire pour les détromper, ils allérent à terre à la bande du Sud. À deux heures du soir, une pirogue revint à bord en reconnaissance : rassurés par nos promesses et surtout en voyant mouiller l’ancre d’affourche, ils hélérent leurs compatriotes, et un grand nombre d’embarcations nous accostérent. Ceux qui avaient laissé leurs fourrures le matin ne manquérent pas de venir en demander le paiement, et ils parurent agréablement surpris de le recevoir. Ils avaient peu de pelleteries, et se montrèrent dans leurs relations les plus avides de tous les Indiens avec qui nous ayons traité sur la côte.
Le 28.— Il vint encore beaucoup de pirogues, mais elles avaient peu de peaux de loutres. Les Indiens attribuèrent ce dénuement aux visites qu’ils avaient déjà reçues des Américains. Nous fimes acquisition d’une jolie pirogue en échange d’un mauvais fusil à deux coups. Ainsi que dans les autres mouillages , nous nous étions procuré une suffisante quantité de poissons, et, pour la premiére fois sur
130 VOYAGE Août 1818,
cette partic Nord de la côte, des oiseaux aquatiques qui ne sentaient pas la marée.
. Les Indiens ne nous donnèrent aucun sujet d'inquiétude. Ce sont les plus beaux hommes de la côte Nord-Ouest ; ils paraissent mieux nourris, plus forts, et beaucoup moins sales que les autres. Il règne sur leur personne, et dans tout ce qui leur appartient, un air d’opulence et de propreté comparative supérieure à ce que nous avions remarqué jusque là. Autant que nous avons pu en juger en passant, les cases qui,composent, les quatre villages que l’on voit sur les deux rives de l'entrée, sont mieux construiteset mieux tenues que celles du Nord. L’ensemble de ces fortes bourgades a quelque chose ” de pittoresque ; il est surtout remarquable par l'aspect des figures monstrueuses et colossales qui décorent les maisons des principaux per- ‘sonnages, et dont la bouche béante sert de porte. En remontant le bras de mer, on voit sur la côte Nord, au-dessus du plus graud village , un fort dont le parapet est couvert d’un ‘beau gazon, et entouré d’une palissade en bon | état, ce qui lui donne l'apparence de nos cu-
AUTOUR DU MONDE. 131 Août 1838.
vrages extérieurs de places fortes. Ce canton, et toute la bande Nord de File de la Reine Charlotte, est sans comparaison ce que nous avons vu de plus beau dans cette partie de lAmérique. Les Indiens savaient non-seulement notre affaire de Kowalt, mais même notre apparition à Kaïgarny, une pirogue de cette tribu, leur alliée, étant venue leur en donner avis. Cette circonstance, et leurs querelles récentes avéc Le Brutus, explique la terreur de ceux qui nous avaient quittés si brusquement la veille. Ils improuvaient la conduite de ceux de Kaïgarny, ou du moins ils cherchaient à nous le persuader. Le 29. — Mon intention était d’appareiller à mi-jusan, mais la brume m’en empécha.A l’étale, on vira sur l’ancre à jet pour désaffourcher ; mais elle avait chassé et était prise avec l’autre; le flot s'étant fait on ne put pas travailler à les dégager. À dix heures , on fila quarante brasses de chaque amarre, le courant ayant plus de quatre nœuds, On hissa au haut des mâts trois pavillons à armes pour les sécher ; leur aspect nous procura la visite d’une douzaine de pirogues, dont il n’était venu que deux précédemment.
132 VOYAGE Août 1818.
Itemtchou, grand chef de Masset , vint dans
une belle pirogue, accompagné de ses trois ferames. Sa figure est longue, tant soit peu sévère et sauvage , avec quelque chose de suisse. Une ligne anguleuse en rouge, au front, se prolongeait sur une partie de son nez aquilin.
Il portait en manteau une couverture blanche avec une raie bleue aux extrémités, ouverte par le devant et retenue par an cordon ; son chapeau était en cône obtus à la chinoise, dominé par une colonne coupée ‘en quatre parties, et chargée de dessins bizarres. Il ne voulut monter à bord qu'après avoir reçu l'assurance qu’un officier resterait en otage dans sa pirogue. Nous
l’accueil'imes de notre mieux, et je lui donnai
quelques présens ainsi qu’à ses femmes. Notre entretien se faisait par l'intermédiaire d’un Indien de Skitigats, nommé Intchortge (1). Ayant
(1) Intchortge était bien fait, d’une taille avantageuse ; son teint était une légére nuance basanée, et sa physionomie toute européenne, aux yeux prés, qui, chez tous les naturels que j'ai vus, de la côte Nord-Ouest, ont toujours quelque chose de farouche. Il se piquait non-seulement de bien parler anglais, mais même d’avoir de belles manières; il cherchait à nous le persuader, en disant fréquemmént : « Me all the sames Boston » gentleman. » Par ces Indiens, qui n’ont guère de relations
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AUTOUR DU MONDE. 133 Août 18:18, | demandé le nom du chef en lui disant le mien,
il crut que je désirais changer de nom avec lui, ce qui est parmi ces peuples le gage d’amitié le plus inviolable. Il accéda avec empressement à cette proposition qui parut le flatter. L’échange se fit malgré la difficulté qu'éprouva le chef à prononcer son nouveau nom, dont je fis en sa faveur le diminutif Roki ; nous nous fimes réciproquement quelques présens, et nous nous séparâmes en amis. À trois heures, lorsque le navire commençait à dériver avec le jusan, on avait levé les deux ancres, en virant sur la grosse. À quatre heures et demie, nous avions dépassé le mi-canal: le courant paraissant porter sur la bande du Sud-Ouest qui a peu de fondet qui est parsemée de rochers dans cette partie, nous virâmes lof pour lof. En approchant l’autre côte très-saine et accore, le courant nous drossa dessus, et ayant ensuite contrarié les manœuvres que nous fimes tant pour culer que pour virer, à cinq heures un quart le navire toucha par son avant, et aussitôt après par son travers, ayant le vent par hanche de babord et portant a terre. On aurait
qu'avec des navires de cette ville, Boston est la capitale du
monde civilisé.
Août 1818,
pu y sauter de dessus le beaupré, et un fourré épais s'étendait jusqu’à la laisse de basse mer, qui était à portée de pistolet. Nous n’avions pas eu moins de onze brasses à une encàblure et dernie de terre, dix minutes avant d’échouer. Nous n'avions alors que huit pieds devant et douze sous les porte-haubans d’artimon.
On s’occupa de suite à serrer les voiles,
dégréer les perroquets et dépasser les mâts ; en même temps on établit trois bigues à tribord ét deux à babord , et peu après on travailla à mettre le grand canot dehors, les bigues , en perdant le fond à plusieurs reprises, nous ayant fait voir que l’eau montait malgré le courant de jusan qui filait encore un demi-nœud. Ces divers mouvemens nous ayant obligé à amener les filets, les Indiens qui nous accompagnaient.en grand nombre pour faire des échanges s'introduisirent peu à peu, en nombre au moins égal à celui de nos gens. Quoique la faible quantité d’armes et le nombre de femmes et d’enfans qu'on voyait dans les pirogues n’annonçât rien d’hostile de leur part, non plus que leur conduite, ces apparences pacifiques pouvaient changer d’un moment à l’autre. Mais dans les
AUTOUR DU MONDE. 135 Août 1818,
circonstances où nous nous trouvions, il était moins dangereux d’agir de confiance que de témoigner une méfiance qui, en faisant voir ce que notre position avait de critique, pouvait les porter à en profiter pour nous attaquer. J’étais d’ailleurs rassuré par la présence de mon ami Itemtchou, qui était venu à bord peu après léchouage sans exiger d’otage. Il chercha à me rassurer sur la position du navire, et surtout sur ses dispositions personnelles en notre faveur, sur lesquelles je devais entièrement compter, me disait-il , d’après l’amitié qui nous unissait. Je lui témoignai l'entière confiance que j'avais dans ses sentimens pour nous, ainsi que dans les dispositions pacifiques de ses sujets; mais je lui fis sentir en même temps que le grand nombre d’hommes dont le pont était couvert , et la quantité de pirogues qui environuaïent le navire, sans nous donner d’inquiétude, nous génaient beaucoup dans les mesures qu’il fallait prendre pour remettre le navire à flot. Il ne fit aucune réponse à cette sollicitation indirecte, mais un moment aprés, lorsqu'on allait élonger l'ancre à jet, il prit congé de nous. Après avoir débordé, il prononça quel-
136 VOYAGE Août 1819.
ques paroles à haute voix, et au bout de cinq minutes, jl ne restait plus une seule embarcation le long du bord , ni un homme sur le pont, excepté l'interprète. Cet Indien m’annonça qu'il n’y restait qu'avec l'autorisation du chef, et il me demanda la mienne, que je lui accordai avec plaisir. Cet homme, dont je comprenais l'anglais, était très-intelligent et connaissait fort bien son pays.
La nuit, il venta joli frais de N.-0. + O.
À huit heures, on commença à virer sur le grelin; peu après , l'avant évita au large, et le navire vint à l'appel de l'ancre à jet dans la direction du courant de flot, qui avait déjà
pris beaucoup de force. À neuf heures, on
mouilla la moyenne ancre, et on fila du grelin pour la faire travailler ; mais le grelin étant à bout sans que le câble fit force , on s’aperçut quela violence du courant avaitempéché l’ancre de prendre en la portant sur larrière. On fit ajus sur le grelin avec une haussière qu’on mollit après avoir filé du câble à grandes brassées. Nous passämes la nuit avec trente - cinq brasses de câble et cent quatre-vingts d’haussière, sur quatorze brasses, fond de gros gra-
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AUTOUR DU MONDE. 137 Août 1818.
vier, relevant au flot les pointes de l'entrée à l'Ouest - Nord-Ouest-demi - Nord et au Nord quart-Nord-Ouest, celles de l’intérieur Su ar deg. Ouest et au Sud-Est.
La matinée du 30 fut employée à lever l'ancre à jet, à refaire la drome dont un mât de hune qui avait servi de bigue se trouva manquer.
À onze heures, nous chassämes de deux encäblures pendant le flot; on mouilla l'ancre de veille par quinze brasses fond gravier ; on fila trente brasses de son câble et vingt-cinq de plus de celui de babord.
Mon ami Itemtchou reparut le matin, en homme sûr d’être le bien venu, et témoigna beaucoup de joie du succès de nos opérations. Je lui donnai, outre divers petits objets, un fusil à deux coups. Cet homme n’est pas étranger aux sentimens du cœur, et c’est là peut-être ce qui a prévenu toute tentative hostile de la part de ses sujets.
Nous traitàmes encore de quelques peaux de loutre.
À une heure et demie, on leva l'ancre de veille, on dérapa la moyenne, on mit la brigantine, le perroquet de fougue, le petit foc, et le
138 VOYAGE Août 1818.
navire dériva avec le jusan. À quatre heures et demie, nous étions sous la pointe Nord - Est de l'entrée, babord au vent. Le remoux du courant portant à terre, on manœuvra pour virer vent arrière. La violence du jusan ayant fait manquer l’évolution, on mouilla l'ancre de babord qui fit éviter le navire vent arrière. On appareïlla aussitôt les huniers, l'ancre fut dérapée, et on sortit en dérivant contre un vent violent qui soufflait en poupe. À cinq heures un quart, ayant doublé la pointe, on serra le vent babord sous les huniers, perroquets et focs, portant au vent des bancs qui sont dans le Nord-Est. Le fond diminua graduellement de dix à six et à quatreet demie. A cinq heures trois quarts nous étions à une demi-lieue au vent des bancs, mais la sonde ne donnait que quatre brasses, et depuis quelque temps la mer brisait de l’avant. Quoique cela parût étre oocasionné par un ras de marée, j'envoyai vent devant. Ayant manqué à virer, je fis mouiller les deux ancres ensemble par seize pieds, fond de gros gravier. On fila quarante brasses de babord (premier mouillé) et quatorze de tribord, on serra les voiles, etc. À sept heures un
AUTOUR DU MONDE. 139 Août 1818.
quart j'expédiai la grande baleiniére sous M. Briole, pour sonder de l'arrière; à huit heures trois quarts elle était de retour. M. Briole rapporta avoir trouvé vingt-deux pieds à terre et plus grand fond jusqu’à six brasses dans l'Est, à un mille dans le Nord de notre position d'alors, partout sable ou gravier. Le brasseyage et le fond étaient les mêmes dans l'endroit où la mer avait brisé par l’effet du courant, quoiqu'il filât deux nœuds de jusan portant Est- Norû Est. Lorsque nous mouillâmes, la mer mon: :. l:jà. Le courant de flot ne fut sensible que vers dix heures : à onze heures et demie, le navire était entre le vent et le courant.
Le 31. — À une heure, on embraqua vingt brasses du câble de babord , qui ne travaillaït pas. Le navire évita au courant peu après, et à trois heures, le jusan se fit.
À quatre heures et demie, n'ayant que quinze pieds d’eau , on fila du câble de babord afin de mettre le navire en dehors de ses ancres, et qu’il ne tombât pas dessus. La mer perdit encore un pied et commença à monter à cinq heures et demie. On embarqua le grand canot et la grande baleiniére.
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A huit heures, il vint deux canots de nos amis de Masset pour nous engager à rentrer, prétendant qu'il allait venir beaucoup de peaux, mais je ne jugeai pas devoir me laisser aller à de pareilles espérances (1).
A neuf heures, on leva l'ancre de babord et on vira sur l’autre, qui dérappa au tangage lorsqu’elle n’était encore qu’à long pic. Le navire abattit à terre malgré la manœuvre, et fut long-temps à prendre vent arrière et à revenir au vent à cause du jusan qui marquait encore portant Est. À neuf heures trois quarts, on appareilla les huniers, les goëlettes et auriques, babord amures, et aussitôt J’ancre caponnée,
on établit largue sous les trois corps de voiles et les bonnettes hautes, dirigeant d’abord au Nord-quart-Nord-Est, et arrivant ensuite jusqu’au Nord-Est.
D'après plusieurs sondes prises avec grand sillage, il doit y avoir mouillage jusques à plu-
(*) Relëvement du mouillage à huit heures. — L'ile du Prince de Galles, le cap Chacon, Nord-quart-Nord-Est ; l'ile de la Reine Charlotte, le mondrain de la pointe Invisible , à l'Est; la pointe Nord-Ouest de Masset, à l'Ouest-Nord-Ouest; la pointe Sud-Est au Sud 28 deg. Ouest. Des bancs dans le Sud-Est, les plus proches à un mille.
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AUTOUR DU MONDE. 141 Août 1818,
sieurs lieues au large, comme l’annonce l'aspect de la terre, qui est basse et se perd à la mer en talus imperceptible.
La seconde partie de la journée fut trèsbelle ; nous contournâmes avec joli frais de l'O.- N.-0O., à la distance de quatre à cinq milles, la pointe Invisible, qu'on ne pouvait pas mieux nommer. La langue de terre basse et sablonneuse qui la termine, me parut se prolonger plus que ne l'indique Vancouver d’après les Espagnols. Au Nord de la partie boisée, son peu de hauteur, ses sables blancs, et son inclinaison à peine sensible, donnent à son aspect quelque chose de vague même dans un temps clair, et doivent la rendre très - dangereuse, pendant les brumes, qui sont fréquentes dans ces parages. En doublant la pointe, nous trouvâmes que le jusan portait dans le canal entre l'archipel de la Reine Charlotte et celui de Pitt. À trois heures, nousgouvernâmes sur ce détroit dans lequel nous donnâmes à quatre heures et demie, la pointe Invisible nous restant alors à Ouest.
Cette soirée fut d’une beauté singulière ; l'atmosphère était pur, le ciel sans nuage, la
142 VOYAGE Août 1818,
mer unie, la température douce. Les côtes qui bornent ce beau canal étaient à vue des deux bords; celles des îles de la Reine Charlotte qui commencent à s'élever à peu de distance de la pointe Invisible, et forment bientôt des montagnes escarpées, étaient assez rapprochées pour qu'on püt distinguer parties de rocher ,des masses boisées. Pendant plusieurs heures, l’aspect le plus extraordinaire et le plus magnifique s'offrit à nos regards. Sur un développement qui, d’après la distance et l'angle compris entre les extrémités, devait être d'environ deux lienes, leur profil se dessinant sur l’azur du ciel, présentait une suite d’édifices dont les uns paraissaient dans un état parfait de conservation et les autres étaient ef ruines, Ceux-ci représentaient des monumens grecs, ceux-là des ouvrages gothiques. D’autres, d’après leur grandeur gigantesque , ressemblaient à des travaux égyptiens. On distinguait aussi d'immenses fortifications, les unes antiques , avec de hautes tours, les autres figurant nos ouvrages rasans, modernes. Des rochers qui ne représentaient que le chaos, se mélaient souvent à & -numens illusoires de l’industrie humaine , qui ailleurs
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Août 18:18, paraissaient disposés dans un ordre parfait, et
semblaient former, non-seulement des édifices entiers, mais même des parties d’enceintes pour de grandés cités. Cette vue singulière, assemblage aussi remarquable par sa grandeur que par les formes des masses qu’elle présen’::, doit être attribuée, je crois, à la disposition des rochers qui couronnent les hauteurs de cette partie desiles de la Reine Charlotte, ainsi que la plupart des montagnes de ces contrées. Je dois dire que quoique plusieurs eussent déjà fixé notre attention dans d’autres parties, aucune n’approchait de la régularité et du grandiose qui, dans cet endroit , excita notre admiration. Nous pûmes les contempler pendant plusieurs heures, et la nuit seule les cacha à nos yeux, en les couvrant de son voile, sans que leurs formes eussent subi d’altération sensible, autre que celle que ‘devait produire le mouvement progressif du navire. Cette circonstance me fait croire que cela ne peut étre attribué à des nuages, ce qui au reste ne serait guère moins extraordinaire, La grandeur de ce tableau, que relevait la splendeur du soleil à son coucher, remplissait nos cœurs d'une
144 VOYAGE Septembre 1818.
émotion religieuse, et j'en conserve un souvenir
ineffaçable.
J'aurais désiré toucher à Skitigats, un des \ principaux villages Indiens, dont le capitaine du Brutus et Intchortge m’avaient beaucoup parlé; mais ne pouvant pas y arriver avant la nuit, il aurait fallu en perdre la plus grande partie devant l'entrée, et les circonstances ne me permettaient pas de sacrifices de ce genre.
Le 1° septembre. — Nous fimes route avec joli frais de N.-0. pour descendre le canal, en tenant le milieu par précaution pour les courans, sur lesquels je n’avais aucun indice, Vancouver, mon seul guide, n'ayant pas exploré
cette partie. Elle n’est portée dans son atlas que d’aprèsles relèvemens espagnols et tracée d’une manière particulière, qui paraît indiquer que la reconnaissance en est.moins parfaite que celle des autres côtes.
On loffa de bonne heure pour rallier l’ile de la Reine Charlotte, dont la côte élevée formait plusieurs entrées. Le courant n'avait pas eu d'effets sensibles ; je fis tirer un coup de canon et mettre un pavillon au grand mât pour attirer les naturels. Nous étions par 52 deg.
Septembre 1818.
étions par 52 deg. 46 min. ; la terre de l'avant
était à cinq à six miles. Nous avions sous le vent une pointe d’où s'élevait de la fumée : elle formait l’extrémité Sud d’une entrée spacieuse par-
semée d*’-. Nous tenions le vent pour donner dansunautre plus Nord, où les deux Indiens des Sandwich que javais reçus du capitaine Nye, et dont j'avais reconnu l'intelligence, m'assuraient qu’il avait traité. Les naturels se firent attendre, et j'allaisarriver sur la pointe où paraissait le feu, lorsqu'on aperçut une pirogue sortie de la baie du Nord. Un des cinq Indiens qu’elle portait monta sans méfiance, et, suivant l’usage, nous engagea à venir mouiller à Skitansnana, village qui m'était déjà connu , tant par le rapport du capitaine Nye, que par les renseignemens que j'avais puisés à Masset. Cet Indien avait plusieurs peaux deloutre ; il nous en fit voir une très. médiocre, et demanda en échange quatre couvertures. Îl parut faire peu de cas de celles qu’on lui montra, ainsi que de tous nos lainages.
Deux autres pirogues, dont une de l’entrée sous le vent, vinrent aussi nous visiter. Celles-ci produisirent quatre peaux de loutre et beaucoup de petites pelleteries ; les naturels en avaient
146 VOYAGE probablement encore d’autres dans les coffres
qu'on voyait dans leurs pirogues. Tous partagèrent l'opinion du premier venu, sur n0s marchandises, et ne voulaient que des tissus de laine et non la poudre que nous leur offrions, Ils échangérent assez volontiers leurs petites peaux pour des ustensiles de fer blanc et quelques autres objets de quincaillerie. Mais ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on put obtenir la mauvaise fourrure du premier qui vint, et il fut impossible d’en avoir d’autre. Nous eûmes encore une fois le déplaisir de voir nous échapper des fourrures précieuses, dont
l'acquisition était le principal but de l’expédition , faute d'objets d'échange convenables.
La brise ayant considérablement molli, j'avais viré au large pour ne pas me trouver engagé dans lobscurité parmi ces groupes d’ilots et de rochers inconnus. Le calme étant survenu avec la nuit, il fallut border les avirons de galère pour tenir le cap au large, la houle du Nord-Ouest faisant abattre le navire sur les îlots, dont le plus près n’était qu’à un mille. Au calme succédérent des risées variables du Nord-Ouest au Sud, à la faveur des-
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quelles nous manœuvrâmes pour nous détacher des terres. À dix heures et demie, la brise se fit du N.-0., et on tint le vent babord amure. Mon intention était de revenir au jour me mettre en position de communiquer de nouveau avec les naturels, malgré le peu de succès de nos premières relations et la mauvaise qualité des objets qui font la base des échanges, mais la brise fraîichit progressivement et leva bientôt une grosse mer. Dans ces circonstances, dont l'apparence animée du temps annonçait la continuation, je ne pouvais pas espérer de recevoir des pirogues au large. Mes projets ultérieurs ne me permettaient pas de prendre un mouillage, où je pouvais être bloqué par les vents de SE. La brise étant favorable pour faire route au Sud, j'en profitai pour me rendre à Noutka, me réservant de toucher, chemin faisant, à Nouhiti ou à Naspaté, à la pointe Ouest de la même île, si le temps le permettait. En conséquence, j'arrivai en dépendant jusqu’au Sud-Est , route sur laquelle on gouverna vent arrière.
Le 2.— La brise mollit dans la matinée pendant laquelle l'ile de la Reine Charlotte fut
148 VOYAGE Septembre 1818.
constamment à vue. À midi, nousétions par
51 deg. 58 min. Nord et 132 deg. 4o min. Ouest, d’après les relèvemens. Le cap Hector, extrémité Sud de l’île, restait à sept ou huit lieues dans l'Ouest demi-Sud.
Les naturels de Skitansnana sont évidemment inférieurs à ceux de Masset, tant pour la taille et la vivacité que pour la vigueur et l'énergie. Ils paraissent moins bien nourris, et leur extérieur est loin de présenter cet air d’aisance, d’abondance et de propreté qui distingue leurs voisins du Nord-Ouest. Une différence marquée se voit aussi dans l'apparence du canton qu’ils habitent : quoiqu'il soit moins sauvage que sur les côtes desîles plus septentrionales, il est plus
montueux et entiérement couvert d'arbres, que je croisrésineux, d’après la teintesombre deleur feuillage. La coutume de porter une écuelle à
\ la lévre inférieure n’est pas usitée sur ce rivage;
au moins aucune des femmes que nous vimes
dans les pirogues ne portait cet affreux et ridi-
cule ornement ; elles étaient trés-réservées. L’après-midi, la brise varia du N.-E. aus.,
et fut trés-faible. À quatre heures, quoique
nous n’eussions fait que quatre milles dans le
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AUTOUR DU MONDE. 149 Septembre 1818,
Sud-Est quart-Sud , on relevait le cap Hector à l’Ouest-Nord-Ouest demi-Ouest à la distance d'environ dix lieues, relèvement qui indiquait un courant portant à peu près Sud-Sud-Est. À cinq heures, la brise se fit du Sud-Ouest et donna bientôt grand frais, avec un temps gris, à grains et pluvieux. Ces circonstances mi: firent renoncer à la reconnaissance des mouillages situés à l'extrémité de l’île Quadra et Vancouver, d'autant plus que je n’avais que des données vagues sur leur position, et qu’à cette époque de la saison, une visite qni ne promet tait que de faibles avantages, ne pouvait étre qu’un objet de curiosité ; ainsi je fis route directement pour Noutka, le cap au Sud quart- Sud-Est, souûs les cinq voiles majeures avec deux ris aux huniers. Malgré le grand chemin que faisait le navire, comme nous ne pouvions pas espérer d'entrerle jour suivant, je ne voulus pas doubler de nuit les ilots Berefoii , dont les eourans avaient pu nous approcher. Dans: la matinée on arriva en dépendant jusqu’à l'Est quart-Nord-Est:: On n'eut pas connaissance des ilots dont on passa dans l'Ouest. Le matin à cinq heures la terre parut dans le Nord-Est ;
Septembre 1818.
on tint le vent pour la reconnaître. À huit
heures, on était encore à cinq lieues de la côte, qu'on reconnaissait pour les hautes terres à l'Ouest de Noutka, s'étendant de l'Est au Nord- Ouest. À midi, l'entrée de la baie se découvrit dans l’Est-quart-Nord-Est. On arriva le long de terre, faisant peu de progrès, à cause de la faiblesse de la brise qui sauta au sud. À trois heures, nous étions encore à deux lieues de l'entrée, malgré tous nos efforts pour l’atteindre. Dans la nuit , la brise d’abord faible du S.-S.-E. fraîchit en hâlant PEst; je louvoyai à petits bords pour m’entretenir à terre de la pointe aux brisans, en dehors de laquelle les courans portent généralement au Sud-Est.
Le 5.-— Ces contrariétés durérent toute la nuit; le peu de brise qui se fit sentir au premier quart souffla de la partie de VE. ; c’est-àdire droit de bout; elle fut succédée par le calme et de petites risées variables. Plusieurs pirogues parurent peu aprés le jour et vinrent aussitôt à bord. On hissa les filets, moins pour se prémunir contre les hostilités des Indiens que pour se garantir des importunités de ces bonnes gens, qui témoignaient, par leurs syacoch
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réitérés , beaucoup de joïe de notre retour. À huit heures, je fis prendre la touline au grand canot, précédé de la baleinière.
À quelques encäblures de l'entrée, je rappelai les embarcations pour faire déjeûner l’é quipage avant de remorquer le navire au mou] lage. Aussitôt après, le grand canot reprit la remorque, aidé de seize pirogues qui étaient venues avec beaucoup d’empressement au-devant de nous, et qui se portérent à ce service avec la meilleure volonté du monde. Les Indiens qui les armaient nageaiïent autour de nous avec ardeur en poussant des cris de joie. À onze heures, le Bordelais mouilla dans lanse des Amis par huit brasses et demie, fond de sable vasard et coquilles. Chacun des Indiens des pirogues qui nous avaient toués reçut un petit hameçon: ils furent trés-satisfaits de cette récompense: Cette seconde entrée s’effectua le jour anniversaire de la première. On porta aussitôt un ancre:à jet en affourche dans le Sud- Ouest avec trente brasses de touée de grelin et soixante du càble.
‘ À midi, Masvuina vint sans suite ; il se montra fort heureux de nous revoir ; mais il
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nous témoigna bientôt qu’il était mortifié de ne pouvoir nous satisfaire sur l’objet principal qui nous attirait chez lui, après la perte qu'il venait d’éprouver. Il raconta ensuite, avec toutes les marques de douleuret d’indignation, qu’un trois mâts américain étant entré dans l’anse, il s'était rendu à bord avec son fils, à la sollici-
(tation du capitaine , qui était boiteux ; qu'après
avoir été reçus avec l'apparence de la cordialité et régalés à la table du capitaine, ils avaient été saisis et garottés par ses ordres; que pour recouvrer sa liberté et celle de son fils, il avait fallu donner une grande quantité de fourrures, rançon qui avait épuisé ses coffres : il ajouta que ce navire était parti depuis dix jours et avait été à Naspaté. Malgré tout ce qu'il y avait de louche dans ce rapport, je ne manifestai pas de doute sur sa véracité. L'intelligence avec laquélle le tahi suppléait par des signes aux termes que nous ne comprenions pas , et l’aptitude singulière d’Eyssautier à saisir les discours de ces sauvages, me font croire que je ne m’étais pas trompé sur la substance de ce récit, que le vieux chef prononça d’un ton persuasif ‘et pénétré. Je lui répondis que, quoique déçu
AUTGUR DU MONDE. 153 Septembre 1818,
dans l'espoir de trouver chez lui des fourrures, je n’en étais pas moins de ses amis; que'je lui savais gré de l’accueil qu’il nous avait fait, ainsi que les siens, à notre premier passage ; enfin que la confiance avec laquelle il s'était empressé de venir à bord, aussitôt mon retour, était fort agréable pour moi. On fit un salut de sept coups de canon , et j'ajoutai à cet honneur un présent dont il ne parut pas moins satisfait. Je donnai aussi divers objets de moindre valeur à son fils Macoula, qui était arrivé peu après dans une pirogue chargée de poissons pour le navire. Je fis savoir au chef que les fourrures étant le principal but de ma visite, je partirais le surlendemain s’il ne venait pas de peaux, mais que si on en apportait, je resterais quatre ou cinq jours. Je le priai de permettre aux sujets de Wicananich de venir avec nous. Nonseulement il accéda à cette demande, mais même il promit d'envoyer son fils donner la nouvelle de notre arrivée à ses voisins, et les engager à nous porter leurs pelleteries. Il se chargea aussi avec empressement de nous procurer une esparre propre à un mât de hune, et de faire faire du bois. Je voulais profiter des
enfans. On fit des présens à ces dames qui, de même qu’anotre premier passage, ne montérent pas à bord.
A deux heures et demie, à la sollicitation de Macouina, je descendis à terre avec lui. 1 me
conduisit dans sa maison , où je fus accueilli
par sa nombreuse famille et quelques personnages marquans , aux cris mille fois répétés de wacoch! wacoch ! Ces acclamations se répétérent souvent en chorus, pendant le discours très-animé que fit le vieux chef, dont je ne pus saisir, plutôt par ses gestes que par ses paroles, que l'expression de son affection: pour nous, et il me sembla comprendre aussi quelques imprécations contre les Américains. Il me parut que cette partie de son discours était écoutée avec indifférence par l'auditoire, etque lui - même y-mettait-un air d'affectation. Ces indices alimentaient:les:soupçans que j'avais conçus dés lé premier récit de Macouina, qne ce qu'il m'avait débité sur la perfidie du capitaine américain; était une invention pour se laver d’avoir manqué à la parole qu'il m'avait donnée l’année précédenté,: de me réserver.
toutes ses fourrures. Toutefois, la pauvreté qui
AUTOUR DU MONDE. 197 Septembye 1818.
se faisait remarquer dans la demeure du chef et l'habillement de ses sujets, paraissait déposer de la véracité de son rapport. Je ne vis dans sa grande case qu’un seul fusil , qui était celui que je lui av. : donné la ville. A la vérité, on pouvait supposer qu'il avait déjà transporté à Tachès, sa résidence d’hiver, la plupart de ses richesses. Après son discours, il mangea’ du poisson bouilli, et il fit ensuite tirer d’un goffre un gobelet et une bouteille contenant un peu
d’eau-de-vie, aprèsm’avoir fait comprendre que
c'était le reste de celle que je lui avais donnée à mon précédent voyage, il m’engagea à boire. D’après ce qr’il avait vu pratiquer à bord, il désira trinquer, ce que nous fimes de verre à bouteille. Il satisfit ensuite à. un autre besoin sans se lever de l'endroit où il était assis, et sans observer aucune des précautions que nous prescrit la décence. Il se servit dans cette occasion d’un vase de bois formé de planches carrées, que lui présenta un enfant, et qu’il posa ensuite derrière lui. Tout cela fut fait avec un air de gravité qui prouvait qu’on ne croyait nullement déroger à la bienséance , ni même aux égards dus à un étranger à qui on veut faire honneur.
198 VOYAGE Septembre 1818.
Après cette visite, j'allai voir nos charpen-
tiers, et fis une tournée dans le village, dont les habitans des deux sexes me témoignèrent la joie que leur inspirait notre retour. Je remarquai le même dénuement de marchandises d'Europe quim’avait déjà frappé sur les Indiens
qui venaient à bord. Très-peu avaient des couvertures, et la saleté de ces vêtemens annonçait qu’ils, n'étaient pas le produit des échanges de l’année. Le village, que nous avions trouvé entièrement abandonné à pareille époque l’année
précédente, l'était en grande partie lors de notre second passage.
Pendant ma promenade, Macoula reparut tout désappointé, ayant été obligé de renoncer a son ambassade, et de rentrer par la grosse mer qui l'avait trouvé dehors. Je retournai chez Macouina avec son fil:, et cette fois je prolongeai ma visite pour examiner sa grande maison, que nous avions trouvée inhabitée et même découverte l’année précédente. Elle avait soixante-quatorze pieds de long, trente-six de large, environ treize de hauteur au fäîte, et n’était partagée qu'en trois compartimens. Des cloisons qui ne s'élevaient pas jusqu’à la toi-
AUTOUR DU MONDE. 159 Septembre 1818.
ture, formaient deux appartemens à droite et à gauche de la porte principale pratiquée au milieu du grand côté donnant sur le port. Ces chambres, entre lesquelles régnait un corridor, occupaient à peu près la moitié dela profondeur de la maison. Le long de trois des côtés était élevée une estrade de quelques pouces de haut, qui était couverte de nattes et servait de lit; des coffres étaient placés sur les côtés, et d'énormes outres, formées de la dépouille entière du veau marin, et contenant de l’huile de baleine, étaient suspendues aux murailles et à la charpente du toit. Plusieurs de ces vases énormes étaient ornés de peintures bizarres.
Macouina habitait l'appartement qui était à gauche, et son fils celui de la droite. Chacun avait son foyer situé au milieu ; le toit était ouvert au-dessus pour l'évacuation de la fumée. Je remarquai plus de propreté dans le logement de Macoula, qui, à la vérité, était moins fréquenté et moins encombré que celui du père.
Le jeune chef avait une femme d’une physionomie assez agréable, qui était déjà mère ; à son arrivée de sa navigation pénible etinfructueuse, elle lui présenta à manger : ces soins peu em-
Après cette visite, j'allai voir nos charpentiers, et fis une tournée dans le village, dont les habitans des deux sexes me témoignérent la joie que leur inspirait notre retour. Je remarquai le même dénuement de marchandises d'Europe qui m'avait déjà frappé sur les Indiens qui venaiert à bord. Très-peuavaient des couve-tures, et la saleté de ces vétemens annonçait qu’ils n'étaient pas le produit des échanges de l'année. Le village, que nous avions trouvé entièrement abandonné à pareille époque l’année précédente, l'était en grande partie lors de notre second passage.
Pendant ma promenade, Macoula reparut tout désappointé, ayant été obligé de renoncer à son ambassade, et de rentrer par la grosse mer qui l'avait trouvé dehors. Je retournai chez Macouina avec son fils, et cette fois je prolongeai ma visite pour examiner sa grande maison, que nous avions trouvée inhabitée et même découverte l’année précédente. Elle avait soixante-quatorze pieds de long, trente-six de large, environ treize de hauteur au faite, et n’était partagée qu’en trois compartimens. Des cloisons qui ne s'élevaient pas jusqu'à la toi-