AAA UMA AAA CHAPITRE XII
Détails historiques et géographiques sur Noutka. — Produit du sol. — Pêches et chasses indiennes. — Rapport entre certaines coutumes des Madécasses et celle des sauvages de Noutka. — Coutumes. — Moœurs. — Habillement. — Travaux. — Croyance religieuse. — La pluralité des femmes en usage chez les tahis et chez les gens riches. — Mariage. — Sépulture des chefs de Noutka.
CETTE partie de la côte Nord-Ouest d’Amérique a été reconnue, pour la première fois, en 1774, par la corvette espagnole le Sant-Fago, commandée par l'enseigne de frégate don Juan
Perez, expédié de Saint-Blas pour un voyage
de découvertes. Cook vint, quatre ans aprés, et ne sachant pas qu’il avait été précédé à la baie, que l'Espagnol avait déjà appelée Puerto de San-Lorenzo, il lui donna le nom de King- Georges- Sound. Il adopta ensuite celui de Noutka, qu’un quiprequo lui fit croire être la désignation en usage parmi les naturels; mais ils appellent leur pays Youcouast. Ils ne le conuaissent sous le nom de Noutka que par
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suite de leursrelations avec les navigateurs chez qui il a pris racine. Le mot Nou, celui de leur langue qui en approche le plus, signifie montagne. Au reste, le nom de Youcouast n’appartient qu’au canton actuellement sous la domination de Macouina ; l’île Quadra et Vancouver, ainsi que toutes celles © e certaine étendue, dans ces parages, n'ayant pas de désignation propre parmi les Indiens. C’est une suite de leurmorcellement en peuplades presque toujours ennemies ,.et n'ayant presque jamais aucun autre rapport entr’elles que celui de la guerre.
Le Sund, dont l'entrée a au moins trois quarts de lieue de large, contient plusieurs îlots de hauteur moyenne et couverts d'arbres qui sélèvent parmi les rochers, dont les plus gros se montrent à nu. Ï] y a passage presque par tous et plusieurs bons mouillages. Lorsque les Américains fréquentaient cette partie, ils donnèrent la préférence à celui de Macouina, à septou huit 9 milles dans le Nord de l’anse des Amis. Trois canaux navigables aboutissent au Sund; le principal qui en est commeleprolongementdela partie Ouest, s’'avance d’abord dans le Nord, et après avoir fait deux coudes rejoint la mer à la baie
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de la Bonne-Espérance, et forme une île particulière de treize ou quartorze lieues de circuit, à laquelle appartient l’anse des Amis, appelée Mamma-Ho par les naturels, qu’on trouve à l'entrée du Sund sur la côte Ouest. Elle est fermée par la côte dans cette partie et au Sud, et à l'Est par un rocher qui n’en est séparé que par un canal de quelques brasses de large, praticable pour les embarcations. Son entrée, ouverte au Nord-Est, donne sur l’intérieur de la baie. Ce petit port ne peut recevoir que quatre ou cinq navires à moins d’amarrer à quatre heures. La tenue y est bonne et l’eau partout d’une profondeur suflisante jusqu'au pied des rochers, sur lesquels on peut porter des amarres. L'établissement est de 12 à 20 lieues. Les marées sont de quinze pieds. Cook y a remarqué quelques irrégularités qui, dans ces parages, ne peuvent pas tirer à conséquence.
D’après les Espagnols qui y ont été établis plusieurs années, le temps est généralement beau dans le mois de mai et les mois suivans. La brise de terre du N.-E., se fait sentir de
minuit à huit heures, et avant midi elle saute au N.-0., d’où elle donne parfois avec force.
Le soir elle tombe et häle le N. A la fin d’août, les vents sont de la partie du S., soit par VE. soit par l'O. ; les brumes et les pluiés deviennent fréquentes. En novembre on éprouve des tempêtes et des orages d’une extrême violence , quoique le tonnerre se fasse rarement entendre, et dans l’hiver, de furieuses tourmentes du Nord qui déracinent les arbres et mettent en danger les bâtimens qui se trouvent au mouillage. Il ne géle qu'en janvier; la glace prend les ruisseaux, mais la baie et les grands canaux sont toujours libres. D’après notre expérience, il paraît que la chalenr est aussi modérée que le froid. Pendant notre reche en 1817, du 5 au 17 septembre, le thermomètre marqua de 10 deg. 5 min. à 14 le jour, et l'année suivante de 10 deg. 5 min. à 18 deg. , dans l’une et l’autre il ne descendait guère que d'environ 8 deg. la nuit. Il est évident que dans ces mers septentrionales, la température est infiniment plus douce à la côte occidentale qu’à celle orientale.
Le peu de maladies auxquelles les indigènes sont sujets, dépose de la salubrité du climat. Nous en avons vu plusieurs qui avaient perdu
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un œil, et un plus grand nombre dont la vue était affectée : il est probable que leur saleté habituelle est une des principales causes des incommodités qui leur surviennent à cet organe. Le sol est fertile, quoiqu'il ne soit en général formé que d’une mince couche de terre audessus des pierres qui en font la base. La forét qui le couvre en entier contient des arbres de la plus belle dimension ; elle abrite beaucoup
de plantes médicinales et d’autres à fleurs d’un
parfum trés-agréable , enfin le sol produit diverses espèces de fruits, de baies et de racines nutritives, agréables et salutaires. On y trouve surtout, et en abondance, l'espèce de morelle si connue à l’île de France et à Bourbon sous le nom de bred. Elle nous fut indiquée par les naturels, comme étant recherchée par les Espagnols. Je fus d’abord, seul à en manger, mais bientôt tout. le monde y prit goût, et on en fit une grande consommation. À l’époque avancée de notre passage, la plupart des fruits étaient passés. Nous vimes cependant plusieurs baies, dont l’une était produite par un joli arbuste, et qui ressemblait à la groseille pour la forme, le goût et la couleur.
Les Espagnols ont trouvé que les divers légumes qu’ils y ont cultivés, ne le cédaïent, pas à ceux de l'Andalousie, tant pour la grosseur que pour la qualité; mais le blé et le maïs ne réussiraient pas. À Noutka il serait difficile d'y élever des bestiaux, autres que des chèvres et des cochons, les herbes n'étant pas assez abondantes pour suffire aux approvisionnemens nécessaires pour passer la mauvaise saison, pendant laquelle la terre est couverte de neige. .
Les forêts sont pleines d'animaux. Nous vimes seulement quelques daims et quelques cerfs que les Indiens avaient tués; mais d’après leurs rapports et les dépouilles qu’ils nous présentérent , elles renferment des ours, desloups, l'élan; le linx , la martre, la belette, le renard, le blaireau, l’écureuil , etc. Ils ont aussi le castor et la loutre de‘terre, ces deux espèces en, petit nombre; mais les ours surtout sont trés-ngmbreux : le morceau de fourrure à à poils, blancs que, nous vimes sur la tête d'un chef, me fait penser qu'il yen avait de cette couleur,
‘épaisseur de la, peau, la: longueur et la rudesse. du. poil, semblaient indiquer une taille, énarme dans l'animal auquel ils avaient appar-
tenu. Comme c’est leseul échantillon que nous en ayons vu, cette espèce doit être rare; peutêtre même ne se trouve-t-elle que sur le continent. Il est probable que ces forêts ont nombre d’autres habitans qui ne sont pas parvenus à notre connaissance, mais je ne crois pas que le mouton de montagne qui se trouve dans le Nord se répande au Sud jusques ici. Nous n’en avons eu aucun indice etles Indiens ne nousen ont pas parlé. :
Il nous a semblé que les volatiles sont beaucoup moins nombreux que dans notre Europe.
Les plus communs, au moins sur la côte, sont les oiseaux de proie et surtout les corbeaux et les corneilles : nous avons aussi vu des aigles à tête blanche, des faucons, des pies ; et dans les autres espèces, des hérons, des ramiérs, des moineaux, desalouettes, des oies et des'canards d’assez bon goût. Les oiseaux aquatiques, dont les espèces sont peu variées, sont les goëlans, les plongeons, les taille-vent : il ÿ a aussi des albatros, mais en trés-petit nombre. Leur existence dans cette partie du monde est niéc par le savant rédacteur du Voyage de Marchand, mais nous pouvons assurer en avoir vu plusieurs
en mer, et un à Nitinat qui nous fnt présenté
par les Indiens.
Les ressources qu'offrent la terre et les forêts, sont pour les naturels de Noutka et de toute la
côte d'Amérique au Nord de la Californie, trés-inférieures à celles qu’ils tirent de la mer. Elle est peuplée d’une infinité de poissons et de phoques qui leur procure la principale nourriture et leurs vêtemens, en leur fournissant des moyens d'échange. On trouve en grand nombre dans ces parages diverses espèces de baleines : nous n’en avons cependant pas vu autant que dans le Nord et dans l’océan austral, peut-être à cause de la saison à laquelle nous avons fait nos deux relâches. La plupart des amphibies sont aussi très-multipliés, mais l’espèce de la loutre saricovienne, qui, jusqw'à présent, fait la grande richesse de toute cétte partie de l'Amérique, a beaucoup diminué et paraît devoir s’éteindre sous peu dans les eaux de Noutka. Les Indiens préfèrent sa chair à celle de tous les autres phoques qui'passent avant celle de la baleine. Toutes ces espèces sont moins nombreuses que dans le Nord. Les poissons les plus communs sont la sardine , le
hareng, Île turbot, la traite, la morue, le goulu, étc. Au reste, les Indiens fontventre de tout, excepté du marsouin. Une partie de ces espèces sont de passage comme chez nous, 'entr'autres le saumon , qui ne paraît guère qu’en été. Les naturéls en prennent une quantité :
énorme à cette époque, ils le fument'et c’est leur principale provision d'hiver : ce poisson est infiniment plus délicat ici que dans les parties septentrionales de la côte Nord-Ouest. Le hareng, la sardine et la plupart des autres espèces sont aussi excellens. On irouve, en outre, beaucoup de testacées, surtout des moules
de plusieurs espèces, dont quelques-uns ont jusqu’à huit pouces de long (1). Il y a aussi quan- | tité de petits crustacées de bon goût ; mais les espèces en sont peu variées.
‘Les Indiens ont diverses manières de pêcher, dont la plupart sont ingénieuses et exigent
beaucoup d’adresse. Pour prendre le gros poisson qui paraît à fleur d’eau, leur instrument ordinaire est le harpon : leurs filets de peu d'étendue ne servent guère que pour pêcher le
() Ils contiennent souvent de petites perles mal cunformées et ternes.
fretin. Ils emploient aussi, pour le petit poisson qui vient en bancs, une éspèce de peigne double de la longueur de quatre à six pieds.
Le dos de cet instrument est en bois, et les dents qui ÿ sont adaptées sont généralement en os, et à chaque coup de ce peigne , on le relève chargé de poissons qui se trouvent embrochés aux dents. Le corps de leurs hameçons, tiré d’une racine d'arbre résineux aÿant la courbure convenable, est armé d’une pointe d’os on de pierre (quoique ces hameçonñs remplissent bien leur destination, les naturels préfèrent les nôtres.) La ligne de substances végétales qu’on voit rarement adaptée à une gaule, est attachée à une petite vessie qui flotte à quelques pieds du bout hors de l’eau , et le reste de l'appareil est amarré sur la pirogue; par ce moÿen, le pêcheur peut surveiller plusieurs lignes avec facilité.
Ces différens genres de pêche, sans danger et sans gloire, sont abandonnés aux mistchimis (esclaves), les chefs seuls font celle de la baleine, au moins c’est à eux à la harponner. I\s partagent avec la basse classe celle de la loutre, quoique moins honorable. Pour prendre
cet amphibie deux canots vont de conserve, chacun monté par deux hommes armés d’arcs, de flèches, et d’un petit harpon muni d'une ligne d’une certaine longueur, au moyen de laquelle les pêcheurs peuvent arrêter dans sa fuite l'animal qu’ils ont frappé, et le hâler à bord. Parfois on surprend la loutre donnant à fleur d’eau, mais le plus souvent ce n’est qu’après une longue chasse qu’on l'approche à portée de la flèche et du harpon. L'organisation de ces animaux ne leur permettant pas de rester plus de deux minutes sous l’eau , ils sont obligés de se montrer à cet intervalle de temps pour respirer, ce qui tient leur ennemi sur leurs traces. Malgré ce désavantage, la vitesse et la ruse de la loutre mettent fréquemment la vigilance des chasseurs en défaut et rendent leurs
efforts infructueux. Mais il s'engage toujours un furieux combat entr'eux et la proie qu'ils
ont surprise : lorsqu'ils l’ont tirée dans le canot, il leur reste à vaincre la résistance opiniâtre jue fait la loutre au moyen de ses dents trèsfortes, et des griffes dont elle est armée à ses ailerons de l'avant, qui, ainsi que ceux de larriére, lui servent de nageoires dans l’eau, et de
pattes pour se traîner à terre. Quand les chasseurs rencontrent ces animaux avec leurs petits, qu'ils portent sur leur dos quand ils cheminent, et sur leur ventre quand ils reposent , ils font facilement leur proie de toute la famille, car les petits ne pouvant pas se sauver, et le mâle et la femelle ne les abandonnant jamais, ils les défendent au contraire avec une vigueur incomparable ; ils mettent en pièces avec leurs dents les dards dont ils sont percés et saisissent même le bord de la pirogue, mais ces pauvres animaux ne sauraient alors éviter leur perte, et meurent en couvrant leurs petits de leur corps.
IL arrive aussi, mais rarement, qu’on les trouve dormant à terre, et c’est dans ce cas qu'il est le plus facile de les prendre.
C’est avec des pirogues qui n’ont guère plus
de quinze pieds de long, sur deux et demi de
large , armées de trois ou quatre hommes, que les naturels de cette partie de l'Amérique domptent l’animal le plus énorme de la création. Ils font usage pour la pêche de la baleine d’un harpon adapté à une hampe d’un certain poids, afin que l'instrument enfonce plus facilement.
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