DUR
Mai 1618, Le temps était superbe, la mer était belle et
seulement ondulée par une petite houle du S.-0. Les hautes terres de l’île du roi Georges, ou plutôt la chaîne de montagnes couronnées de neige qui la composent, présentaient un coup - d'œil imposant quoique monotone et sombre. On remarquait le mont Engano, dont la proximité faisait ressortir la masse; mais auprés du mont Beautemps , qui s'élevait dans le nord, toutesles autres montagnes paraissaient en quelque sorte s’abaïsser.
A sept heures du soir la brise se fit de l’O., faible; on tint le vent tribord amures, sous les trois corps de voiles (t). |
Cette petite brise tint de la partie de l'Ouest, pendant six jours, avec quelques intermittences de variétés de S.-E., encore plus faibles et mélées de calme ; le 9, elle passa de l’O.-S.-0. au S.et S.-E., d’où il venta bon frais. Le temps , qui jusque-là avait été assez beau, devint sombre ct pluvieux. Nous rencontrâmes
du compas; lat. Nord 86 deg. 44 min., long. Ouest 138 deg. 28 min.
(1) A huit heures on releva, pour point de départ, le mont Saint-Hyacinthe au Nord 48 deg. Est. Latitude Nord 56 deg, 45 min. , longitude Ouest, 138 deg. 36 min.
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un gros arbre, un baleineau (fin-back ), et un banc de gros marsouins noirs; on avait vu fréquemment des. baléines et tous les jours des oiscaux de différentes espèces, entr'autres quelques albatros.
Le 10. — Je me faisais à 70 milles à l'Est du cap Tchiniat, le nombre des oiseaux avait beaucoup augmenté : on commençait à voir des algues. Mais la brise, qui avait déjà perdu de sa force au Sud, mollit encore en hälant le N.-0. l'après-midi, et nous laissa presqu’en calme dans une grosse mer du S.-O.
A sept heures du soir il venta tout-àa-coup grand frais du N.-O., avec beañcoup de pluie. Cette bourrasque survenüe brusquément sans être annoncée par aucun indice, se modéra au bout de quelques heures en hâlant PO., et à trois héures et demie du matin on put larguer les ris et faire de la voile. En même temps je rapportais à terre, que la force du vent et la brume m’avaient fait craindre de rallier pendant la nuit. nes
Le 11. — A sept heures on aperçut confusément les hautes terres de Kodiack, à grande
distance dans le nord-ouest demi-nord.
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La brise était faible, le temps assez beau ; le navire faisait son sillage au travers des algues, mais les oiseaux étaient en petit nombre.
À midi quelques sommités paraissaient dans l'Ouest quart - Nord - Ouest, et Nord - Ouest quart-Ouest, mais pas assez distinctement pour pouvoir se reconnaître. Nous étions par lati tude Nord 57 deg. 36 min. et longitude Ouest, 153 deg. 4 min.
Après midi, la brise tomba et nous laissa en” calme avec un temps très-bean quoiqu'un peu brumeux. A onze heures, la fraîcheur s'étant fait sentir du N.-E., on orienta grand larguc les bonettes à tribord , le cap à l'Ouest-Sud- Ouest.
A sept heures on vit la terre de l’avant.
À midi le cap Tchiniat restait à l'Ouest- Nord : Ouest, l’ilot Ougak au Sud 60 deg.
Ouest, l'extrémité Nord de la grande île au Nord 13 deg. Est (1).
Je portai au vent de la baie de Tchimiat, au fond de laquelle est le port Saint-Paul, avec joli frais de N.-N.-E. En ralliant l'ile Poustoy
(1) La différence en dix jours, depuis Sitka, était: Sud 12 milles, Est 88 min. ; elle avait été Ouest le premier jour.
de
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qui ferme la baie dans le Nord, j'arrivai en dé-
pendant, ayant le pavillon français à la corne et celui de Russie au mât de misaine. À quatre heures je donnai dans la passe du Sud entre le rocher qui est au milieu de l'entrée et la pointe Sud de Poustoy, que nous rangeâmes à un quart de licue. L'agent de la compagnie, qui avait fait plusieurs voyages à Kodiack, servait de pilote. Nous passämes ensuite à un mille et demi, sous le vent de la pierre, devant la pointe Sud du Lesnoy. Aussitôt après, nous tinmes le vent et nous louvoyämes dans le canal entre cette dernière ile et celle de Kamenoy, située au Nord- Est du port. Nous prolongeâmes les bordées sur celle-ci, excepté à sa partie Nord qui est cernée de rochers détachés. La côte opposée de Lesnoy en étant aussi bordée, le chenal praticable à moins d’un mille de large dans cette partie.
À la pointe Nord :l vint une grande baidarque (chaloupe en peau) avec un pilote dont nous n'avions plus besoin, les dangers étant doublés. Nous arrivames en rangeant d’abord la côte de Kodiack, et en donnant dans le canal étroit entre cette côte et Pradsnik qui forme le port ; nous prolongeàmes cette dernière
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à un demi-mille, jusqu’au mouillage ordinaire, où nous laissâmes tomber l'ancre de babord à cinq heures, par huit brasses gravier. Le grand canot fut mis à l’eau et porta un grelin à terre sur une ancre enterrée sur la côte dansle Nord- Ouest.
Le 13. — On fit un salut de sept coups de canon, qui fut rendu à nombre égal. Je descendis pour voir le chef de l’établissement, gouverneur de l’île, nommé Patarotch, qualifié de super-intendant. Il me fit un accueil plein de bienveillance , me félicita de mon arrivée, par l'intermédiaire d’un Américain qui parlait le russe, me fit part des ordres qu’il avait reçus en notre faveur, etse montra disposé à faire en son particulier tout ce qui dépendrait de lui pour la prompte expédition des baidarques, et pour toute autre chose qui pourrait n'être agréable. Les baidarques étaient prêtes en exécution des ordres antérieurs du gouverneurgénéral ; il ne restait plus qu’à les réunir, ce qui devait être l'affaire de peu de jours. Les
deux jours suivans on déchargea les objets embarqués à Sitka pour cet établissement.
J'usai des offres de M. Patarotch pour ré-
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parer le guindeau originairement mal construit et qui était délabré. On le mit à terre près de la forge où le forgeron put travailler à faire des cercles, tandis que le charpentier changeait les flasques.
On envoya aussi du blé au moulin de l’établissement pour le réduire en farine. On sapercut, en visitant les futailles qui le contenaient, qu’une partie était gâtée, ayant été mouillée d’eau de la cale lors de l’échouage à Sitka; le tout fut mis à terre pour faire l’extraction du mauvais et sécher le reste. La plus importante de nos opérations fut l’extirpation des rats, qui avaient pullulé d’une manière étonnante depuis notre départ du Pérou , et dont les dégâts et l'audace allaient toujours en croissant. Ayant obtenu du super-intendant l’usage d’un magasin, on y déposa la poudre et tous les objets qui craignaient les injures du temps ; le reste fut déposé sur des radeaux le long du bord. L'intérieur étant suffisamment dégagé, et les mesures prises pour prévenir les accidens du feu, le 19, onalluma, dans cinq endroits différens, autant de réchauds chargés de charbon de bois, on mit en même temps dans chacun une
Ë À pe Le + ;
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livre de soufre, et on condamna toutes les ouvertures ; par ce moyen , tous ces animaux furent étouffés ; il n’en parut jamais depuis sur le Bordelais. On courut la grande bordée comme à la mer pour parer à tout accident : le quart qui n’était pas de service coucha à terre dans des logemens que le surintendant nous préta. Dans la nuit il venta grand frais à PO. Le flot qui venait de cette partie étant aussi très-violent , l'ancre chassa à l'appel du grelin.
Le 20. — Au matin, on porta sur l'ile Pradsnik un grelin dont on laissa go brasses dehors. On ouvrit les panneaux, on parfuma la cale pour purifier l'air, après quoi on travailla à rembarquer le sandal, etc.
Le 22. — M. Foucault fut avec une corvée pour relever un sloop de la compagnie amarré dans le port, qui avait chaviré en touchant à mer basse dans la nuit.
Le 23. — Il arriva par la passe du Nord- Est vingt-cinq baidarques faisant partie de l'expédition.
Le 24. — 1] venta bon frais de l'E. avec force pluie ; la brise augmenta considérablement dans la nuit en hâlant le N.-E.; l'ancre chassa
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à l'appel du câble amarré sur Pradsnik ; nous nous trouvämes le derrière à demi-longueur de navire de la côte de Kodiack. Nous ne nous tirâmes de cette position désagréable qu'avec beaucoup de peine , à cause de la violence du vent. Enfin, après six heures de travail , le navire se trouva surtrois amarres par huit brasses à + encäblure de la côte, à mer basse. La nuit, nous mouillâmes l’ancre de veille, à cause de la violence de la tempête plus forte que jamais. Elle se modéra vers le matin en hâlant le Nord.
Les 25-28.— On prit à bord 8 tonneaux de lesten pierre, et l’on acheva d’embarquer les objets qui avaient été déposés à terre. On reçut aussi des poissons secs , de l’huile de baleine et dutabac pourles Kodiaques ainsi que des caisses pour serrerles peaux. Les charpentierstravaillèrent à établir un faux pont dans la grande cale; on disposa tout pour recevoir les baidarques dès qu’elles seraient assez sèches pour être embarquées, ce que le temps pluvieux n'avait pas encore permis.
Le 29.—On commença à embarquer les baidarques, qu’on fut obligé de faire passer
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par une fenêtre de poupe. Les vingt-deux qui purent entrer dans l’entrepont avec beaucoup de peine furent ainsi placées : deux sous le faux pont du grand panneau, quatorze dans l'entrepont tribord et babord, trois en travers sur l'avant et trois autres entre barreaux. On travailla en même temps à faire une cambusce dans le carré, l’ancienne ayant été démolie pour faire place aux baidarques.
Le 30.— La plupart des Kodiaques de l’expédition portèrent à bord leurs lances, dards et autres apparaux de chasse, qu'on plaça entre barreaux. Je prescrivis à l'équipage assemblé la conduite qu’il devait observer envers
ces gens paisibles, mais d’un caractère suscep-
tible. Je défendis toute relation autre que celles nécessitées par le service, et tout achat d'effets, d'armes, etc., sous quelque prétexte que ce fût. On reçut un périer, dix fusils, etc., pour l'expédition. On acheva les dispositioris d’appareillage.
Le 31.— On leva l'ancre de bonne heure ; le navire resta sur ses amarres de terre; on tira un coup de canon pour faire rallier les Kodiaques. Les cinq malades que nous avions encore,
Juin 18:18, et qui avaient été logés à terre, revinrent à bord. L’incertitude du vent variable de l'O. au N. et inégal, ne permit pas d’appareiller.
Le 1° juin. — À onze heures trois quarts nous appareillâmes du port Saint-Paul avec joli frais de S.-S.-E, et dirigeâmes à sortir par le nord-est, passant entre la grande île à babord , et Lesnov et Poustoy à tribord. À midi et un quart, croyant avoir doublé tous les dangers, le pilote nous quitta ainsi que M. Patarotch, que je chargeai d’un paquet pour le [gouverneur , et je dirigeai à lest-quart nord-est, sous trois corps de voile, avec bon frais du S.
A midi trois quarts, on eut connaissance d’un brisant à petite distance, par le bossoir de tribord ; je fis arriver au nord-nord-est , et nous doublûmes à trois encäblures sous le vent.
On vit à plusieurs reprises la mer briser avec force sur ce danger, qui ne découvrit pas, la marée étant haute. Il a au plus une demi-encàblure de développement. Desontraverson releva au compas le cap Tchimiat au sud-sud-est, la pointe nord-est de Poustoy au sud-sud-ouest ,
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