CHAPITRE XIV
Détails étendus sur les établissemens espagnols en Californie. — Naturels. — Colons. — Culture. — Produits du sol. — Administration civile et militaire. — Commerce d'échange. — San - Francisco. — Monterey. — Santa-Barbara. —San-Diégo.
Parvenu à l’époque de mon départ définitif de la Californie, je vais réunir les principaux
renscignemens que j'ai recueillis sur cette partie de l'Amérique septentrionale. Toutefois je ne traiterai dans ce chapitre que de ce qui a rapport aux établissemens des missions, croyant superflu de revenir sur ces objets.
Les établissemens espagnols dans la Haute- Californie se composent de quatre Présidios, ou postes militaires ,.et de dix-neuf missions, dont -chacune est sous la protection d’un des Présidios qui y entretient un détachement.
Ces divers établissemens, tels qu'ils se présentent sur la carte, en les prenant du Nordau Sud , sont :
18:18, NOMS NOMS des des PRÉSIDIOS. MISSIONS QU'ILS PROTÉGENT.
San - Francisco , Santa - Clara, San-Jose,
San-Francisco. San-Crua
San-Carlos ou Carmelo, San - Juan - Batista, la Soledad, Sant-Antonio, San-Miguel , San-Luis Obispo.
San-Carzos ou Monterey.
La Purissima, Sant - Inès, Santa-Barbara ,
SANTA-BARBARA. San-Buonaventura, San-Fernando Rey. San-Gabriel, San-Juan Capistrau, San-Luis SAN-Diéco. Rey, San-Diégo.
À la fin de 1817, on a fondé le nouvel établissement de San-Raphaël, situé sur la côte Nord du port San-Francisco. Il n’était encore qu’une succursale de la mission de ce nom, à la fin de 1818.
À cette époque (1817), la population totale était de 20,330 individus. Des deux classes qui la composent, la première, formée par la race espagnole, ne comptait qu'environ 1300 âmes.
Elle est désignée sous le nom de gente de razon (gens ou hommes de raison) , qu’on donne dans l'Amérique espagnole à tout ce qui n’est pas de race indigène, même aux noirs esclaves. Le gouverneur , un officier , et les missionnaires, sont les seuls natifs de la péninsule. Les Indiens composent la seconde classe au nombre d’envi-
ron 19,000, répartis très-inégalement dans les
missions. Celle de Santa-Barbara, la plus populeuse, en a 1800, et San - Carlos, la plus faible, 400.
La moitié à peu près de la population espa-
gnole, ou plutôt créole, se compose de militaires et de leurs familles résidant dans les Présidios, dont celui de San-Francisco comptait cent cinquante-deux individus. Le reste, qui se compose ou qui descend des familles de soldats retraités , habite les trois villages (Pueblos).de San-José, Nuestra-Segnora de los Angeles, et Villa de Branciforte. Le premier est le plus considérable : trente individus seulement. forment la popuiation du dernier. Les créoles des deux sexes sont généralement de belle taille , forts et bien proportionnés ; leur extérieur annonce la douceur et l’indolence qui les caractérisent. Cette partie de la population s'accroît rapidement.
La population indienne présente un extérieur tout différent : les individus s'élèvent rarement au-delà de la taille moyenne ; leur corps n’a ni grâce ni vigueur, et leur physionomie porte l'empreinte de lapathie et de la
stupidité. Leur personne et tout ce qui les entoure est de la saleté la plus horrible. Dans aucune mission les naissances ne compensent la mortalité ; leur population ne sentretient que par les renforts qu’elle reçoit des Indiens indépendans ; mais’la plupart de ces recrues sont des vieillards qui, n’ayant plus la force de pourvoir à leur subsistance, viennent chercher auprès des missionnaires un asile contre la faim. Les principales causes de cette diminution de la race indienne sont, 1° les avortemens volontaires ; 20 l’insouciance des mères pour leurs enfans, dont la plupart périssent pendant l'allaitement ; 3° la voracité et l’incurie des deux sexes, qui ne leur permettent pas de s’astreindre à aucun régime pendant leurs maladies; aussi très-peu de victimes échappentelles à la dyssenterie et à la maladie honteuse si commune dans ce climat. Il n'existe dans la Haute-Californie qu’un seul médecin , qui s’éloigne rarement de Monterey. De toutes les missions, celle de Saint-Luis Rey est la seule qui possède un hôpital passablement tenu ; et l’on peut remarquer que la mortalité y est moins
considérable que dans aucune autre. Il y a cu
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en 1817, parmi les Indiens, 1634 décès et 1990
baptêmes. Dans ce dernier nombre on ne
comptait que 762 enfans des missions , les 1228 restant se composaient de nouveaux convertis, parmi lesquels étaient 780 adultes. Quoique cette majorité d'individus d’un âge avancé doive faire supposer une mortalité plus considérable parmi les Yrdiens venus de l'extérieur , quelque réinection sur les décès que puisse autoriser
Le considération, leur nombre, comparé à celui des niissances , sera encore approximativement dans la proportion de 3 à 2; d’ou il est évident que quoique cette année le nombre des chrétiens ait augmenté de 376, la population a réellement éprouvé une diminution considérable. D’après tous les rapports, il en est de même dans les autres missions.
Dans toute la province, la race espagnole n'avait perdu que 57 individus, et avait eu 741 naissances. D’un autre côté, quoique la mission de San-Francisco eût recu 135 naturels, la population était tombée de 1210 à 10go. Au contraire , dans le courant de cette année et de la précédente , le Présidio avait compté 26 nais-
sances et seulement 7 décès.
Dans la même année, les produits agricoles des missions donnérent les résultats suivans :