‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 29 sur 48 · DE 070 MEN ES · texte numérisé non relu

DE 070 MEN ES

AUTOUR DU MONDE. 279 Novembre 1818,

quis’éléventau Nord du cap, s'étendant du Nord- Nord-Est à l’Est-Nord-Est, à neuf ou dix lieues de distance. La nuit, qui commençait à se faire, ne nous permit de voir la terre que le temps nécessaire pour la reconnaitre. Je fis route parallélement à la côte. La brise s'était modérée en hâlantle S.E., et letemps , quoique chargé dans cette partie avec des grains de pluie, n’avait pas une apparence menaçante. Comptant avoir à louvoyer devant Sitka en attendant le jour, on prit un seul ris, et on garda le grand perroquet , la bonnette basse et celle du grand hunier. Mais le baromètre, dont le mouvement avait été à peine remarquable dans le cours de l’aprés-midi, commença à baisser sensiblement. Un rideau bleuâtre, signe le plus certain de gros temps dans ces parages, s’éleva à l'horizon dans l’Est-Sud-Est, et enveloppa bientôt toute cette partie où la brise passa, et prit en peu de temps beaucoup de force. Je fis porter au large pour décharger le navire de sa voilure qu’on réduisit à la misaine et au grand hunier ; mais lorsqu'on vint au vent à minuit, il fallut serrer la misaine , et à quatre heures le grand hunier , et rester en cape sous

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les voiles de tourmente avant la tempête.

Le 5.-— La tempête s'était déclarée d’une violence extrême, la mer était grosse et dure à l’avenant; le temps était pris de toutes parts et de l'apparence la plus menaçante.

Une mer énorme qui couvrait le bâtiment de l'avant à l'arrière, cassa le bout-dehors du beaupré, que la violence des lames avait empêché de rentrer , causa sur l'avant d’autres avaries dont on ne s'aperçut pas d’abord , et défonça le petit foc de cape. La rupture des amarrages des bagues de la voile d’étai l'ayant déjà mis hors de service, je pensai d’abord à fuir vent arrière ; mais voyant le navire tenir

très-bien sous sa petite goëlette, pendant qu’on larguait la misaine, je fis tenir bon, et je continuai à capayer sous cette seule voile. Quoiqu'avec les perroquets hauts, le Bordelais continua à se comporter admirablement, malgré la force de la tourmente, laquelle était sans contredit la plus terrible que j'aie jamais

vue. Dans l’après-midi, on parvint après beaucoup de travail à saisir au beaupré, afin de moins le fatiguer, le tronçon du mât de foc, dont on ne put pas le décharger entièrement,

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les manœuvres de l'extrémité que je voulais conserver étant engagées avec la civadière. On tenta inutilement de dégréer les perroquets ; on soulagea le mât d’artimon en amenant le guy et la corne sur le pont. Quoique la tempête eût un peu molli, le vent était encore si violent que le matelot le plus propre à ce genre de travail par sa force et par son adresse avait à peine assez de ses deux mains pour se tenir sur les barres. Une boucle et la sangle de la baleinière, qui était en portemanteau, ayant manqué, il fallut abandonner à la mer cette embarcation, qui était déjà fortement avariée. La tourmente se calma après quatre heures, et ne donna que par grains dans la nuit qui fut d’ailleurs affreuse : pluie, grêle, fort tonnerre, éclairs éblouissans, feux de Saint-Elme, cependant la mer moins dure.

Le 6. — Le matin on put dégréer le petit perroquet et dépasser le mât. On s’aperçut que la guibre était éblanlée au point de jouer sensiblement dans les forts mouvemens de roulis et de tangage, de manière que les lieures ne travaillaient plus, et que le beaupré n’était plus

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tenu en dessous que par des sous-barbes. On établit aussitôt les caliornes pour tenir le mât de misaine de l'avant; on gréa un fc& en trinqualle. Après ces dispositions on arriva vent arrière. Afin de remédier autant que possible à ces avaries, une forte jumelle fut clouée de chaque côté entre les jotreaux qui éta'ent rompus. On fit un lieure sur la poulaine et les apôtres, et un second saisissant la poulaine et le beaupré. On coupa les herses et courbatons de babord qui étaient ébranlés : les autres avaient été emportés par la mer. Après cette opération pénible dans la circonstance où nous nous trouvions, nous revinmes au vent avec le grand hunier, les ris pris. Le matin on vit quelques canards et un oiseau de proie.

Le 7.— La brise, qui avait molli, reprit de la force en passant au Sud-Ouest et au Sud.

Nous en profitämes peur courir au Nord-Est sous les cinq majeures et les bonncties. On put prendre un angle horaire et la hauteur méridienne. Nous nous trouvâmes par 56 deg. 5 min. Nord, et 140 deg. 4o min. Ouest, à vingt-neuf milles à l'Ouest de notre estime (a trente-sept

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lieues du cap Engano), malgré qu’on eût largement alloué pour la dérive pendant les trois jours écoulés depuis les dernières observations. Le baromètre, qui était à 27 p. 9 1. le 4, et n’était descendu qu'à 27 p. 2 1. pendant le plus gros temps, remonta de 2 1.

Le contentement que nous faisait éprouver le vent qui nous portait sur le port, etun temps agréable en comparaison avec celui qui venait de régner, fut troublé par la découverte de plusieurs fentes au beaupré à la naissance de la

. Caisse; quoiqu’elles ouvrissent peu, et n’eussent

que dix-huit pouces de long, je jugeai le mal assez grave pour diminuer de voile de l'avant. Nous continuâmes à courir sur la terre; on faisait assez bon sillage, la brise étant fraîche du S.-E. au Sud-Sud-Ouest.

Le 8.— À deux heures du matin, on estimait n'être qu’à quelques lieues de terre; je mis le cap au large sous petite voile. À quatre heures on revira, et on tint le plus près tribord sous les cinq majeures, les ris largues, la brise alors au S.-E. avant molli. À cinq heures trois quarts on eut connaissance de la terre de

l'avant, s'étendant jusque par le bossoir sous

Novembre 1818, le vent. À huit heures, le cap White restait à

l'Est quart-Nord-Est du méridien, à sept milles seulement de distance, d’où nous pümes juger

que nous avions été portés de vingt milles au Nord et de 59 min. ou trente - deux milles à l'Ouest dans vingt heures. Jusque là nous n'avions jamais éprouvé de courans sur cette partie de la côte quenousattaquions pourla quatrième fois, et ils ne pouvaient venir plus à contretemps. Le vent étant passé à l’E.-S.-E., nous fit prendre la bordée du S. , et perdre l'espoir d'entrer, d'autant plus quele courant continua à se faire sentir. À midi, la côte au pied du mont Saint-Hyacinthe restait à l'Est, distance onze | milles, et les extrémités apparentes trèés-embrumées, à l'Est 26 deg. Sud et au Nord 4 deg.

Est. Contrariés par le vent et le courant, nous ne pümes gagner l'entrée de Sitka que le lendemain matin, où nous eûmes des variétés S.-O., mais si faibles, que nos progrés étaient à peine sensibles, Cependant à midi nous étions à une lieue dans l'Ouest, 0 deg. Sud de l'ilot qui forme la pointe Est de l'entrée. La brume couvrait toutes les terres par intervalle. Le baromètre était à 27 p. 2 L., c’est-à-dire aussi bas

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que pendant le gros temps. La brise, toujours faible et inégale, passa à l’Est-Nord-Est par le Nord l’aprés midi. Cependant, à une heure et demie, nous donnâmes dans le Sound , en rangeant à un mille l’ilot de l’Est. A deux heures trois quarts il vint à bord une kayouque montée par un seul Kodiaque. Comme à raison de la saison et de nos avaries il était urgent d’entrer sans délai, j'expédiai aussitôt ce pêcheur à l’établissement avec une leitre pour le capitaine de port, que je priais de m’envoyer un pilote le plus tôt possible, en lui faisant connaître notre position. On tira deux coups dé canon et on mit le pavillon eu berne au grand mât. On fit des dispositions de mouillage. Au coucher du soleil, la brume, qui se levait parintervalle ,ne laissait à vue que quelques masses de laterre, et cachait toutes les pointes.

A cinq heures un quart le pilote vint à bord, nous louvoyämes pour gagner le port sous sa direction et à la faveur du feu du fanal qu’on avait changé de place. Nous virâmes de bord plusieurs fois à vue des rochers, que la lune, presqu’à son plein, permettait d’apercevoir. La brise ayant fraîchi à l'O., à dix heures, au

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moment où l’on venait de mettre le canot à la mer à Cause du calme, nous pûmes courir largue sur la passe du Sud-Ouest, qui, dans les variétés, doit être préférée à celle du Nord, qui est plus étroite. Elle nous masqua de l'Est, à onze heures, entre les rochets à Fentrée dé la rade, et nous ne pümes gagner que quelques encàblures à l’aide du canot et des avirons de galère jusqu'à deux heures et demie, qu'une bouffée de l'O. nous fit gagner la rade où il fallut mouiller par dix-sept brasses vase, la brise én variant au N. nous ayant empêchés de gagner le port.

Lé' 10. — A neuf heures j'allai faire ma visite au commandant Haguemeister, ainsi qu’à M. Yenowsky, à qui il avait remis ses pouvoirs de. gouverneur à raison de son prochain départ pour l’Europe. Ces messieurs ne firent aucune difficulté de recevoir, conformément à nos conventions, les grains que je portais, quoique le Kutusoff en eût prisuneeargaison en Californie. Sa traversée avaitété aussi longue que la nôtre, et il avait éprouvé sous Pile de la Reine Char-

lotte un coup de vent aussi de la partie de l'Est, qui l’avait obligé de mettre àla capeet lui avait

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