SOLE ADI LIRE
AUTOUR DU MONDE. 27 Juin 18:18,
distance quatre à cinq milles. On n'avait parlé de ce rocher, que le pilote croyait avoir doublé.
On loffa en dépendant à l'E, + N.-E. à une heure, et peu après à l'E. A trois heures il fallut serrer les perroquets.
A cinq heures, la terre paraissait encore du sud-ouest à l’ouest-quart-sud-ouest, mais on nr distinguait aucune pointe. Je pris pour point de départ le relévemeut fait à une heure. Latitude nord 57 deg. 51 min. , longitude ouest 154 deg. 17 min. Je dirigeai sur la partie nord-ouest de l’île du Prince de Galles, dont le cap Addington restait alors à l’est 40 deg. sud , distance 225 lieues.
Le défaut de connaissance de la langue russe et de celle des indigènes ne me permit de recueillir que peu de renseignemens sur Kodiack. La population y est considérablement diminuée depuissasoumission aux Russes : elie n’est maintenant que de douze à quinze mille âmes. Je m’assurai par moi-même que les bourgades sont très-clairsemées , et que les îles, en avant du port, jadis occupées par une population nombreuse, ne comptent aujourd’hui que trois pe-
tits villages. Cette diminution est surtout attri-
mé
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buée aux ravages de la petite-vérole. Ce fléau avait été probablement arrêté depuis quelque temps par la vaccine, car je ne vis que trés-peu d'individus qui en portassent les marques.
La compagnie emploie, tant dans son administration civile et commerciale que dans ses ateliers, environ trente Russes, et un nombre à peu prés double de créoles nés de femmes du pays.
L'île produit spontanément une grande quantité de baies dont les naturels font une consommation considérable, particuliérement dans la belle saison. Quoique le terrain soit marécageux en beaucoup d’endroits, on cultive avec succès la plupart de nos légumes; mais les tentatives qu'on a faites pour naturaliser nos céréales ont été infructueuses. Les soins qu’on a donnés à l'éducation des bestiaux ont été plus heureux. La compagnie possède des troupeaux considérables de bœufs et de moutons, dont la chair est excellente. Les côtes sont très-poissonneuses. Nous trouvâmes la morue en si grande abondance dans le port Saint-Paul, qu'avec un seul hameçon on en prit une centane dans unc heure. Nous en salâmes une bar-
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rique, qui, malgré ce que sa préparation avait sans doute de défectueux, se trouva en bon état aprés plusieurs mois. Les naturels trouvent des ressources encore plus précieuses dans la baleine et surtout dans le lion de mer; ils se nourrissent de sa chair, couvrent leurs embarcations de sa peau, et font de ses boyaux et. de son gosier des vêtemens et des chaussures imperméables. Presque toutes les espéces dephoques fréquentent ces côtes, et il arrive queïquefois que les loutres s’y montrent impunément, tandis que les chasseurs, ne comptant pas sur leur retour dans les parages dont des siècles de persécution les ont éloignées, ont été les chercher sur les rives du continent.
Le bois est rare à Kodiack. La pénurie du chauffage a motivé l'abandon du vieux port, situé dans la partie sud-ouest de l’île , où était l'établissement principal, qui fut nee il y a environ quinze ans, au port Saint-Paul. Aujourd’hui les environs de celui-ci sont entièrement déboisés, excepté dans le nord-est; mais les petites îles Poustoy et Lesmoy suppléent à cet épuisement.
La compagnie russe d'Amérique exerce le
oo
30 VOYAGE Juin 1818° moñopole le plus absolu à Kodiack, ainsi que
dans toutes Les possessions de la Russie dans cette partie du monde. Les mesures qu’elle a adoptées pour l’assurer, jointes à la soumission et au caractère des naturels, opposent de si grands obstacles à la contrebande, et ne lui laissent espérer que de si faibles résultats , qu'il n’est pas probable qu’on pense à la tenter. Sous un régime moins exclusif, les armes à feu , la poudre , et autres munitions, les gros tissus de laine et de coton, avec les instrumens les plus communs de charpentage, seraient d’une défaite avantageuse. On obtiendrait en échange dés peaux de loutre et autres fourrures précieuses, dont les Kodiaques, s'ils étaient libres, préféreraient traiter avec les étrangers, comme font les Indiens de la côte Nord-Ouest, plutôt que dé les livrer aux Russes au taux actuel fixé par la coipagnie. Ïl est à remarquer qu’on ne permet pas aux Kodiaques d’avoir dés armes à feu én leur posséssion, qüoïqu’on leur èn prête ét qu’on leur en montre l'usage pour les mettre à même de se défendre contre les Indiens continentaux.
Le port Saint-Paul est situé par 57 deg. 47
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AUTOUR DU MONDE. 31 Juin 1818.
min. nord et 134 deg. 38 min. ouest. La mer marne de onze pieds : l'établissement est de onze heures trois quarts. Le flot porte au nord- Est et le jusan au sud-ouest. Le port près duquel se trouve l'établissement est formé par le canal étroit entre la grande île et celle de Pradsnik ; il a environ un quart de lieue de long, dans la direction nord-est et sud-ouest. Le meilleur mouillage est dans le récran que fait la côte de Kodiack, dans cette dérnière partié, à la distance d’une à trois éncäblures de là pointe. Il est prudent de s’amarrér sur les ancres que l’on a disposées à cet effet sur les deux côtés, le fond , généralément de gravier, n’ayant pas assez de tenûé pour résister à l'effort des an-
res, lors des vents de N.-Ë., qui sont trés-
violens.
On ne pratique pas la passe du sud-ouest, qui ést trés-étroite et hérissée de dangers ; on entre et on sort par “elle du nord-est, soit en suivant dans cette direction le canal qui sépare de Kodiack les îles Poustoy et Lesmoy, soit en prenant la passe du sud entre Lesmoy dans VEst et Komanoy et Pradsnik dans l'ouest. Si l’on n’a pas de pilote, il faut user de
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beaucoup de précautions en fréquentant ce ca-
nal, à cause des bancs qui bordent les îles. Il n’y a au dehors que deux rochers apparens et accores dans le Sud de ces îles. Dans la passe du Nord-Est, il faut se défier d’un rocher à fleur d’eau , situé à environ une lieue €: demie dans le Nord-Nord-Est du cor pas de la pointe Nord- Est de lile Poustoy.
On m'a assuré que les courans portent au Sud-Ouest sur toute la côte Sud-Est de l’île. Leur vitesse va jusqu’à trois nœuds et demi entre les îles en avant du port : au reste, on me raconta des choses merveilleuses sur ces couraus, qui, au dire des narrateurs, portent à Kodiack des arbres, des bris et autres corps flottans du continent. Il paraît certain que la mer jette souvent sur ces côtes, ou sur les îles situées dans le Sud-Ouest des débris de navires japonais. Il y a peu de temps qu’on trouva sur une d'elles un gouvernaïl que la forme et la qualité du bois annonçaient être d'origine japonaise. Nous trouvames nousmêmes à quarante-cinq lieues de Kodiack un gros arbre qui ne pouvait venir que de la côte nord-ouest.
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AUTOUR DU MONDE. 33 Juin 1818.
On peut assurer comme un fait incontestable qu’en 1815 le brick anglais le Forester, commandé par le capitaine Pigot,, rencontra à trois cents lieues dans l'Ouest de la Californie un bâtiment japonais qui était ‘en mer ‘depuis treize mois, ayant été poussé Au large par une série de coups de vent. De dix-sept hommes qui composaient originairement l’équipage, il n’en restait que trois. Le capitaine Pigot porta ces malheureux à Kodiak, d’où on les fit passer dans leur pays par un bâtiment dé la compagnie. Cet acte d’humanité n’eut pas de résultats pour les communications qu'on espérait ouvrir avec le Japon. Le capitaine Pigot me fit l'éloge du capitaine japonais, qui ne laissait échapper aucüne occasion de témoigner sa’ ré: connaissance d’une manière quiannonçait au:
tant de sensibilité que d’élévation. :
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