TN FOR PRO RE À CA FAR
AUTOUR DU MONDE. 291 Décembre 1918,
J'allai prendre congé du commandant Hagemeister , des procédés duquel j'avais tant à me louer.
Outre la terminaison des affaires qui nous avaient appelés à la Nouvelle Archangel, cette relâche avait été mise à profit pour les divers travaux du bord, et le bâtiment, malgré tout ce qu'il avait éprouvé, était en état de fournir le trajet qui lui restait à faire , et qui, quoique encore long, offrait proportionnellement peu de difficultés.
Le 12. — Tous nos travaux étaient terminés; on mit à terre le reste des objets que M. Yanowsky avait acceptés en paiement de ce que nous redevions à la Compagnie pour balance de compte. Au moyen de ces marchandises de traite, dont il était impossible de trouver la défaite à la Chine, et des denrées de Californie, nous n’eùmes qu’une somme trèsminime à payer en espèces, tant pour l’indemnité due pour les Kodiaques tués à Kowalt, que pour les diverses fournitures qui nous avaient été faites. Dans cet article figuraient en première ligne un câble et une ancre pris à notre premiére relâche, un canot, plusieurs pièces de
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mâture , du cordage et de la toile à voile, remplacemens nécessités par les avaries du dernier coup de vent, ou par les pertes que nous avions éprouvées à Nitinat.
Après midi, on leva l'ancre d’affourche et celle d’évitage, et on pressa les dispositions d’appareillage, qui cependant ne purent être achevées à temps pour sortir avec le jusan du soir.
Le 13. — À une heure du matin , on leva la seule ancre qui restait mouillée; on appareilla sous les voiles auriques et latines, on fit prendre la touline à la chaloupe du port, la brise étant très-faible et variable du N. E. au N.O. La nuit était superbe, le temps clair, et la lune à son plein. Nous sortimes du port par la passe du château, et de la rade par celle du milieu : à deux heures et demie , on embarqua les canots, c’est-a-dire notre canot-chaloupe, et le peut dont j'avais fait acquisition pour servir de
porte-manteau , et on largua la misaine et les trois huniers. Chaque voile formant un glaçon, on eut beaucoup de peine à les établir.
À quatre heures, nous étions hors du canal, La brise se faisant, je renvoyai la chaloupe, dont l'équipage prit congé du nôtre avec cordialité.
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À six heures, le pilote nous quitta, et nous fimes route pour sortir de la baie, le cap au Sud-Ouest demi-Ouest. A neuf heures, nous avions doublé les pointes. En sortant, nous éprouvâmes un changement de température frappant , et le navire était à peine à une lieue au large, que le thermomètre avait monté de 4 deg. de froid qu'il marquait dans le port, à 4 deg. de chaleur (1). Au coucher du soleil, nous quittâmes définitivement la côte Nord- Ouest d'Amérique, que nous avions explorée pendant dix mois avec plus de dangers et de fatigues que je n’en avais jamais éprouvé à la mer.
(1) À midi, le mont Beautemps fut relevé au Nord quart- Nord-Ouest ; le cap White au Nord 28 deg. Est ; la pointe Est de l'entrée de Sitka au Nord 70 deg. Est; le cap Omancy au Sud 76 deg. Sud-Est ; et le cap Engano au Nord demi-Est du compas, à quinze ou seize milles de distance. La hauteur nous mettait par Nord 56 deg. 48 min. Nord, et le relévement par 138 deg. 1 min. Ouest. De ce point de départ, je fis route pour Ovwéhie , qui restait à 8ov lieues dans le Sud-Ouest demi-Ouest.