‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 33 sur 48 · CAL EAN SERIE AVE PRIE ESS M · texte numérisé non relu

CAL EAN SERIE AVE PRIE ESS M

1848, nés de l'effet dé ces armes nouvelles et redou-

tables entre des mains vigoureuses accoutumées à les manier, se ralentirent de leur première ardeur. Les matelots les poussent , gagnent du terrain, et quoique affaiblis par la perte d’un des leurs, parviennent au coffre d’armes que les Indiens venoient de défoncer. Leur ardeur s’accroit avec ces nouveaux moyens de vaincre; ils acculent leurs perfides ennemis, tuent des uns, et forcent les autres, qui prennent l’épouvante, à se jeter à la mer, en laissant à bord plus de trente de leurs compatriotes. Ayant sauvé leurnavire, ces braves marins, vainqueurs, après des actes de valeur dignes d’un plus grand théâtre, ne se trouvérent plus que cinq en état d’agir(un des leurs ayant été blessé dangereusement au milieu de cette sanglante lutte }, soit pour sortir le navire dans des canaux étroits où ilsétaient enfoncés, soit pour le défendre contre dés:ennemis nombreux qui habitaient les côtes envitonaarites, dont. les’ passions . forcenées étaient: exaspérées par le dépit et la soif de la vengeance. Heureusement la brise passa à l'Est, on ‘appareilla en coupant les câbles sous le commandermenñt du maître, qui conduisit le vaisseau T. Il. 20 *

à Kaigarny, où il trouva d’autres Américains qui lui fournirent les hommes nécessaires pour continuer son voyage vers la Chine.

Parmi les dispositions défensives, les pius efficaces pour prévenir ces attaques et les faire échouer, sont d’avoir des filets d’abordage bien établis, et de n’admettre à bord qu'un petit nombre de naturels, après s'être assuré qu’ils n’ont pas d'armes. Il faut exclure soigneusement de ces précautions tout ce qui peut exciter le ressentiment en choquant l’amour-propre, qui domine chez les peuples les plus sauvages autant que chez les peuples les plus policés. On doit surtout chercher à capter la bienveïlirnce des chefs par des égards. J’ai reconnu par moimême que ces hommes savent reconnaître les bons procédés, et que leur cœur n’est pas étranger aux sentimens affectueux ou généreux.

Notre échouage à Masset aurait pu avoir les suites les plus funestes, si nous n’avions eu le protecteur le plus affectionné dans Itemtchou.

Il faut s'abstenir d’aller à terre, surtout dans les parties qu’on sait être habitées, à moins que les besoins du navire re l’exigent absolument. Dans ce cas, les corvées, qu’il faut garder

le plus près possible, doivent être armées ainsi que les embarcations, et éxpédiées dès l’arrivée du navire , afin de ne pas donner le temps aux Indiens de dresser des embüches. Il est préférable de les employer eux-mêmes quand l'occasion s’en présente, à faire de l’eau et du boïs, ce qui est expéditif et peu dispendieux. On se procure partout du poisson, et de temps en temps du cerf et des oiseaux aquatiques. La navigation de traite exclut en partie la circonspection dont on use ordinairement dans les parages peu fréquentés , à causé de la perte du temps et des occasions qu'elle entraînerait. Il faut aller , la sonde à la main, chercher des mouillages même inconnus, lorsqu’il y a quelque chose à faire. On trouve parfois des pratiques Indiens qui , à la vérité, connaissent les sinuosités de leurs canaux, mais dont il faut toujours se défier, à cause dela différence énorme qui existe sous les rapports de la manœuvre, entre nos navires et leurs pirogues. En entre-

prenant cette navigation , il faut se disposer à

se passer de tout secours extérieut.

Les années 1804, 1805, 1806 et 1807 ont

été l’époqué la plus florissante de la traite des

308 VOYAGE 818, pelleteries : dans ce laps de temps les Améri-

cains introduisirent à la Chine 59,346 peaux de saricoviennes, dont 17,445 dans le cours de 1805 seulement. A l'exception d’un petit nombre qui ont pu provenir de la Californie, ces fourrures ont été extraites de la cûte Nord-Ouest. Cette branche de commerce se ressentit de la décadence que les prétentions tyranniques de l'Angleterre, et les inquiétudes qu’elles inspirérent, firent éprouver à la navigation des Etats- Unis les années suivantes, et en 180®, 1809, 1810,1811et1812, elle ne produisit que 47,962 peaux, dont plusieurs milliers ont dû étre extraitesde la Californie. Les deux annéesde guerre 1813 et 1814 ne donnérent ensemble que 6200 peaux, celles de 1815, 1816 et 1817, respectivement 4300, 3650,4177. Je ne connais pas exactement le produit de 1818, mais je suis fondé à croire qu'il a été de 4500 à 4800. Cette

diminution doit étre presque entiérement attri-

buée à celle du nombre des navires employés à ce genre de navigation. À ma connaissance, la dernière importation en Chine a été le fruit de la traite de trois navires seulement; il y en avait annuellement un nombre triple, lors de la pre-

mière époque citée ci-dessus. Il faut observer que les Américains font deux campagnes à la côte, soit qu'ils y hivernent, soit qu’ils aillent passer la mauvaise saison aux Sandwick. Ils comptent sur un produit total de 1500 peaux de saricoviennes, outre cellés de moindre valeur. Un des derniers navires avait presque doublé ce nombre. Le prix moyen de cette espèce de pelleteries à la Chine était de 30 piastres ces dernières années.

D’après ce que nous avons vu et fait nous-

mêmes, on peut croire que, munis de cargaisons convenables, les Français obtiendraient des résultats peu inférieurs à ceux des Américains, en rivalisant avec eux d’activité, de persévérance et d'entreprise. Quatre navires au moins, dont le tirant d’eau ne devrait pas dépasser douze pieds, pourraient étreemployés à la traite sans se nuire mutuellement, ni porter ombrage à nos devanciers. Des produits de leurs opérations à la côte et dans la mer du Sud, ils extrairaient dela Chine les objets dont l’habitude nous a fait un besoin, et cette branche de commerce se trouverait ainsi alimentée, sans perte de numéraire.

Les expéditions à la côte Nord - Ouest d’Amérique joindraient à cet avantage, dont le dépérissement actuel du commerce et l’épuisement de nos richesses métalliques relèvent encore l'importance, celui non moins précieux de

former d’excellens marins, sans qu’on eût à re-

douter de voir les équipages perdre en nombre ce qu’ils gagneraient en pratique. L'expérience prouve que, malgré l’âpreté du climat et les fatigues longues et continues de cette navigation, les hommes faits conservent leur santé, et les jeunes gens se fortifient au milieu des travaux, grâce à la salubrité de l'air dans cette partie du Nouveau-Monde, et dans toutes celles du grand Océan où peuvent être appelés les navigateurs.

Avec une perspective aussi flatteuse, cette branche de commerce qu’on avait à peine essayée avant la révolution, et que trente ans d’oubli nous ont rendue nouvelle, ne peut manquer d'attirer l'attention d’un gouvernement réparateur, jaloux d'ouvrir à la France toutes les sources de prospérité. IL serait digne de lui de stimuler l'esprit d'entreprise desarmateurs,quisont intimidés par l’époque reculée des retours, et l'incertitude attachée aux premières tentatives.

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tives.

D’aprèsles faveurs qu’il accorde aux expéditions faites pour la Cochinchine, la Chine et Manille, l'exception intégrale des droits serait ; à raison des risques et de la durée des voyages, un encouragement à peine équivalent, pour les armemens composés de produits nationaux, qui rapporteraient de la Chine des cargaisons procurées par les résultats de la traite à la côte Nord-Ouest, ou par des opérations dans la mer du Sud.

Les Russes, qui du temps de Vancouver commençaient à s'étendre sur le continent de l'Amérique, aprés avoir soumis Kodiack, occupert à présent tout l'arc que forme la côte, depuis le cap Cross jusqu’à la pointe d’Alaska. Ils ont des postes à la rivière de Cook, à William - Sound, et sur tous les points les plus avantageusement situés pour la chasse et la traite, qu’ils font exclusivement. Il y a environ dix-huit ans qu’ils formérent à Sitka un établissement qui, en 1808, fut surpris et détruit par les naturels. Le gouverneur Baranoff, ayant obligé les tribus hostiles à abandonner cette partie de l’île du Roi Georges, éleva l’établissement actuel sur la bande orientale de la baie,

à quelques milles au Sud-Est du premier , lui

donna le nom de Nouvelle - Archangel, et y transféra le siége du gouvernement général des possessions russes dans cette partie du monde (1).

(1) Un ukase impérial, en date du 16 septembre 1820, motivé par le besoin de délivrer les comptoirs russes de la rivalité dans la traite du commerce étranger, qui y est qualifié d’interlope, contient les dispositions suivantes :

Anar. Ier. Les Russes seuls peuvent fréquenter la côte Nord- Ouest d'Amérique et celle de Sibérie, ainsi que les îles Alleutiennes, Kurdes , etc. Les étrangers sont exclus de toute espèce de navigation, depuis le détroit de Behring jusqu’au 51 deg. de latitude à l'Ouest et 45 deg. 4o min. à l'Est.

Arr. IT. Aucun étranger ne peut approcher ces côtes à moins de cent milles d'Italie, sous peine de confiscation de la cargaison.

L'art. III stipule des exceptions en faveur des bätimens en détresse et de ceux expédiés en découverte par des gouvernemens amis, et munis de passeports du ministre de la marine R.

L'anr. IV oblige les navires étrangers, compris dans le cas d’exception , à choisir un établissement russe pour relâche , sous des peines plus ou moins graves.

Il est pénible de voir de nos jours le puissant monarque du Nord , environné d’une juste réputation d'équité et de modération, consacrer un acte d’usurpation qui paraît calqué sur les ordonnances des Ferdinand et des Philippe au seizième siècle, dans un but semblable et plus mal établi sous les rapports de droit. Excepté aux yeux des naturels, les Russes ont tout droit sur le pays au Nord et à l'Ouest de Cross-Sound, puisqu'ils en ont fait la découverte et y ont formé des établissemens , malgré

Ce chef-lieu est situé par 57 deg. Nord et 13 deg. Ouest, sur une pointe de rocher que la mer baigne de l'Ouest au Sud-Ouest. Il se compose d’un donjon qui couronne un rocher escarpé s'élevant de Peau sur la côte de la rade

les actes de prise de possession faits par les Espagnols et les Anglais, antérieurement à l’arrivée des Russes. Je ne pense pas que personne leur dispute la côte extérieure occidentale de l’île du Roi Georges, où ils ont élevé la Nouvelle-Archangel ; mais de quel droit prétendent-ils s’arroger la souveraineté de toutes les côtes jusqu’au cinquante-uniéme parallèle, et en interdire l'accès aux autres nations? Ils n’ont pas le moindre établissement au Sud du cap Tchirikoff, ni sur aucun des nombreux bras de mer qui séparent les îles entre elles et du continent , pas même sur les côtes de celle du Roi Georges qui donnent sur Cross- Sound et sur le détroit de Chatham. Leurs bâtimens ne fréquentent guère que les canaux qui avoisinent Sitka, et encore faut-il en excepter le détroit, où ils n’entrent pas en vertu de conventions avec la tribu d’Hhoutsnau. Jusqu’à ces derniers temps, au contraire , les côtes, tant extérieures qu’intérieures, ont été ouvertes et fréquentées sans entraves par tous les bâtimens qui s’y sont présentés , et particuliérement par ceux des États-Unis , qui depuis trente ans sont en possession de les visiter et de traiter librement avec les naturels sans aucune intervention étrangère. À la vérité, cet état de choses nuit au monopole que les Russes voudraient établir à la côte Nord-Ouest, ainsi qu’ils ont fait sur le continent et les îles à l'Ouest de Cross-Sound ; mais, sans parler du point de droit, ils ne peuvent obtenir ce résultat qu’en entretenant des croiseurs armés pour éloigner les étran-

gers, ou en formant, comme dans les pays déja soumis, une

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qu'il domine. Cette enceinte contient le loge-

ment du gouverneur et quelques dépendances;

elle a deux tours bastionnées, construites par

le gouverneur Heigmeister, dont celle qui bat la rade dans le Sud a trois étages, chacuue armée de cinq canons de petit calibre; quelques pièces plus fortes placées aux embrasures en forme de sabords, pratiquées dans l'enceinte, battent la rade, et d’autres la campagne dans l'Est. Une seconde palissade embrasse le rocher du côté de la terre et ensuite la pointe, qui ne laisse entre le port et la rade qu'un passage étroit. Cette enceinte, qui dans l'Est et dans

chaine de postes. Le premier de ces moyens, pour être efficace, exigerait des dépenses considérables, devant être adopté sur une grande échelle, outre les suites que son exécution pourrait avoir, La formation de nouveaux établissemens devrait éprouver de grandes difficultés de la part des naturels , et il est même probable qu'après l'avoir sffectuée on serait encore loin du résultat désiré, d'aprés le caractère belliqueux et indépendant de ces peuples, et leur aversion prononcée contre les Russes, dans lesquels ils voient des dominateurs injustes. Le concours de ces deux moyens serait peut-être nécessaire pour obliger des hommes jaloux de leurs droits et avides de gain, comme le sont les Américains civilisés et sauvages, à qui on aurait affaire, de renoncer à l’exercice de l’un des plus incontestables dont ils sont en possession depuis tant d'années, celui de commercer avec qui ils veulent.

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l'Ouest aboutit à la premiére qu’elle enveloppe, contient les magasins de vivres, de pelleteries, de marchandises, d'objets d'armement, etc. , ainsi que les casernes des ouvriers russes et les logemens “ de quelques employés. L’enceinte extérieure se rattache dans l'Est à la seconde, et appuie son extrémité opposée à la mer, laissant entre elle et la deuxième palissade un espace libre qui sert de débarcadaireet de cale de construction. Sur le terrain qu’enferment ces deux ouvrages, et la plage, se trouvent les ateliers de divers métiers, des hangars, les casernes des Kodiaques, et quelques logemens d'employés. On communique avec l'extérieur au moyen de deux portes qui donnent sur la plage. Dans l'Est et le Nord-Ouest, en dehors de la première, on trouve quelques bâtimens appartenans à la Compagnie, un entre autres qui contient l’église et la voilerie , et une vingtaine de maisons qui s'étendent au bord de la mer, et dont le nombre augmente tous les ans. Sur le rivage du port il y a au dehors une maison en pierres qui appartient à la Compagnie, ainsi que quelques cases en bois, occupées temporairement par les chefs indiens qui viennent

faire visite à l'établissement. Le marché, où les naturels sont admis à vendre leur poisson et les faibles produits de leur industrie, se tient devant cette maison, qui estla seule construction de maçonnerie. Un vieux navire américain, qui sert d'hôpital, est échoué le long de la palissade, à quelques pieds en dehors. Le cimetière se trouve du même côté, à quelques encäblures des cases, et plus loin est la grève où nous échouâmes le Bordelais.

La lisière étroite, entre la mer et les montagnes, de l’un et l’autre côté de l'établissement, est occupée par des champs de pommes de terre, seule culture que permette ce terroir ingrat, dont l'aspect est le plus affreux de tout ce que nous avons vu de cette côte. Les cochons, qui conservent le goût du poisson, dont ils se nourrissent toute l’année, donnent la seule nourriture animale qu’on puisse se procurer : les bœufs, les chèvreset lesvolaillessonten trop petit nombre pour pouvoir être considérés comme

une ressource. On a formé dans la baie, ainsi

qu’en dehors du cap Engano, et dans le Sud

vers le cap Omancy, divers petits postes favorablement situés, tant pour la chasse du lion

et du loup marin, que pour la pêche. Son produit le plus important consisteen harengs, dont on prend ordinairement une quantité suffisante pour alimenter la c1 ionie pendant l’époque de

leur passage, qui a lien au printemps et plu-

sieurs mois après. Gette espèce de denrée avait presqu'entiérement manqué en 1818.

La population totale de la Nouvelle-Archangel, qui s'accroît considérablement, réunit au plus six cents individus; dans ce nombre on compte environ cent soixante Russes et cent créoles, le reste se compose de Kodiaques et de naturels des îles Alleutiennes : cette classe ne s'occupe que de pêche et de chasse, et des travaux qui y ont rapport. Les Russes, employés dans les bureaux et les magasins de la compagnie , exercent différens métiers et arment des navires ; ils font aussi le service militaire de la place , auquel on porte une exactitude proportionnée aux dangers d’une surprise. Les commandemens de confiance sont donnés à des étrangers, à l’exception d’un ou deux officiers de la marine impériale, attachés au service de la Compagnie. La paie qu’elle alloue est géné-

ralement très- modique, et ses salariés sont

forcés d’en recevoir la plus grande partie en fournitures. Des dettes que plusieurs ont contractées les tiennent attachés. à ce service à

l'ordre de choses établi par M. Heigmeister

paraît devoir prévenir de pareils inconvéniens.

Autrefois le poisson et les misérables productions de cette terre ingrate étaient à peu près la seule nourriture de toutes les classes d'employés ; maintenant la compagnie leur donne à chacun une ration de farine ou de légumes , depuis qu’elle a ouvert avec la Californie des communications que tout annonce devoir être permanentes. Malgré ces améliorations dans le sort des colons de la Nouvelle- Archangel, on peut dire que de tous les Européens les Russes sont seuls capables de supporter un pareil genre de vie. La plupart des autres établissemens, et surtout celui de Slaviauka-Ross, sont plus heureusement partagés.

Une chaîne d’ilots très-rapprochés, qui borde la côte à une petite distance, forme devant la Nouvelle-Archangel un port dont la longueur git Est et Ouest, et qui, de chaque côté, est précédé d’une rade ; il a cinq à six encäblur :s dans cette direction , et deux ou trois de large ;

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il ne communique avec la rade de l'Est que par une passe trés-étroite et obstruée d’une pierre entre la pointe de l'établissement et des îlots. À son extrémité Ouest, beaucoup plus ouverte , on trouve prés de la côte Nord un rocher qui découvre. La plus grande profondeur de l’eau est de quinze brasses, et elle est assez considérable près de terre, pour permettre de mouiller à moins d’une encäblure de distance. Le fond, généralement de sable vasard, n'est pas trés-tenace. Il ÿ a dans la partie de l'Ouest quelques rochers qui coupent les càbles; le meilleur mouillage est dans le recran que forme la plage de l'établissement dans l'Est: la tenue y est très-bonne, on y est parfaitement à l'abri des vents de S.-E. , mais il ne peut contenir qu’un petit nombre de navires, et ceux de la compagnie l’occupent ordinairement.

Des bâtimens venus des îles Sandwich ont porté à Sitka de gros vers qui font les plus grands ravages dans les carëênes qui ne sont pas doublées en cuivre. Malgré la différence des climats, ce fléau se multiplie d’une manière singulière.

Ïl y a un bon mouillage à une profondeur

320 VOYAGE 1818, ’ modérée, non-seulement sur les deux rades,

mais encore sur la plupart des points de la côte et entre les îlots. | Trois passes conduisent au port, une par la rade de l'Ouest, et deux par celle de l'Est.

Malgré le nombre des rochers entre lesquels il faut passer, on peut, avec un plan et des circonstances favorables, venir chercher le mouillage, en observant les précautions nécessaires. À moins d’un motif particulier, la passe du milieu mérite la préférence sur celle de l'Ouest, qui a des dangers cachés, et sur celle de l'Est, quoique beaucoup plus libre , mais où les vents sont souvent trop courts. En venant du large, il faut, «prés avoir reconnu le mont Saint- Hyacinthe ou Edge, hanter l’une ou lautre bande suivant le vent. À moins de circonstances fort heureuses, on doit passer dans l'Est du banc et des rochers du cap White, qui s’avancent jusque vers le milieu de l'entrée ; de kon doit déjà découvrir le fanal. En dirigeant au Nord-Est quart-Nord du monde; on reconnaît bientôt la passe qui s'ouvre entre des îlots alignés sur la direction Nord-Est et Sud-Ouest,

et d’autres dispersés irréguliérement dans le

Nord-Ouest des premiers, que l’on peut ranger à l'honneur ; on reçoit ordinairement le pilote à l'entrée. La position de Sitka sur la côte extérieure met les navires à même de gagner le port peu d'heures après leur atterrage, ou de prendre le large en appareillant. C’est probablement cet avantage qui lui a fait donner la préférence sur les nombreux mouillages des détroits.

En 1818, la marine de la compagnie se composait de dix bâtimens de vingt-cinq à trois cent cinquante tonneaux ; savoir : sept à flot, tant à la Nouvelle-Archangel qu’en mission, et trois en construction , dont deux en Californie et unau cheflieu, L'ordre et l’activité régnaient dans ce petit chantier , ainsi que dans tous les travaux.

Parmi les bâtimens attachés aux établissemens pour entretenir les communications, pour protéger la chasse, etc., on ne comprend pas ceux que la compagnie expédie d'Europe. Les commandans, les éiats-majors , et les équipages de ces derniers, appartiennent à la marine impériale, ainsi que quelques officiers qui restent en Amérique ; ils cumulent la paie de l’empereur avec celle de la compagnie : le temps qu’ils pas-

1818, sent à son service est compté pour leur avance-

ment, dans le corps où ils continuent à jouir de tous les avantages de leur grade (1).

Au mois de mai de chaque année , un bâtiment est expédié de la Nouvelle-Archangel pour Ochotsk , avec les dépêches du gouvernement et les lettres des particuliers; il revient en automne avec les paquets de Pétersbourg et de nouveaux employés, quand il peut effectuer sa sortie de la mer d’Ochotsk avant septembre. Dans le cas contraire, son retour est différé jusques à l’année prochaine, comme il arriva en 1818.

La Nouvelle-Archangel est le chef-lieu et le siége du gouvernement de toutes les possessions russes, tant sur le continent d'Amérique que

(1) Cet avantage existe aussi dans la marine anglaise : les officiers qui en font partie peuvent employer leur temps de dispouibilité à desnavigations particulières, dont le service est compté comme celui actif. La seule condition qui leur soit imposée est derejoindre leurs drapeaux sitôt qu’ils en reçoivent l’ordre; s'ils refusent à s’y soumettre, alors ils perdent leur emploi. Il est utile de remarquer toutefois que ces ordres sont toujours justifiés par le besoin et non dictés par des motifs particuliers. Si cette mé. thode était établie en France, sa marine pourrait lutter avec la marine anglaise, car les avantages que les officiers en retirent sont une des principales causes qui lui font tenir un rang si distingué parmi les nations civilisées.

ent

dans les îles que leur position attache à cette partie du monde. Ki n’y a'probablement pas plus de six cents Russes naturels dans tous ces pays, dont la population indigène, quelque faible qu’on la suppose, doit être au moins centuple; ainsi on ne peut attribuer qu’à la modération et à l'adresse de leur conduite la tranquillité dont jouissent les Russes, qui, au milieu des préventions les plus hostiles , ont consolidé leur emoire , originairement fondé sur la force , par l'affection et le: respect qu'ils ont su inspirer aux naturels , dont le caractère doux et en apparence impassible supporterait toutefois difficilement l'oppression. C’est par l'emploi judicieux de ces moyens que la compagnie maintient son autorité à Kodiack et dans toutes les îles Aleutiennes, et qu’elle fait tourner à son profit toutes les facultés de leurs habitans. Ils lui livrent à un taux fort bas, fixé par celle, toutes les dépouilles’ précicuses ou communes que la chasse peut leur procurer.

Outre les expéditions qui partent annuellement de ces îles et y effectuent leur retour avec le produit de leurs chasses, la compagnie er tire un certain nombre de chasseurs avec leurs fa-

324 VOYAGE milles, qui sont répartis dans les établissemens

de la côte Nord-Ouest , à Slavianka-Ross. La Nouvelle-Archangel, qui a le plus fort détachement , en envoie tous les ans le plus grand nombre pour explorer les canaux situés à l'Est de l’île du Roi Georges, avec une escorte de petits bâtimens armés. Ces expéditions n’entrent jamais dans le détroit de Chatham, pour ménager la puissante tribu d'Houtsnau (Hood-Bay), qui n’a jamais donné de sujets de plainte.

Les dispositions favorables aux Russes dont je viens de parler, n'existent que chez les habitans de Kodiack et desîles Aleutiennes, et à un degré moins éminent chez les sauvages de

la rivière de Cook ; elles sont loin d’être partagées par les autres Indiens de la côte Nord- Ouest, dont le caractère altier, violent et cruel,

forme un contraste frappant avec la douceur et la docilité de leurs voisins de l'Ouest, envers lesquels ils manifestent beaucoup de haine et de mépris. Aussi les Russes, qui à Kodiack vivent en sécurité au milieu des naturels, sontils toujours sur le qui vive à Sitka, et ne s’éloignent jamais de leurs palissades qu'avec la circonspection qu'inspire la proximité d’un ennemi perfide etimplacable. Une despremières

et des plus fortes expéditions sorties de la Nouvelle - Archangel fut surprise au port Cornwallis (Kekh), et perdit les deux tiers de ses chasseurs. Malgré les mesures les plus sages, peu d’étés se passent sans que quelque colon ne soit victime des tentatives hostiles des Indiens. En 1818, pendant que nous éprouvions à Kowalt l'effet de leur animosité, deux Russes, surpris à vue de l'établissement, payaient de leur vie l'infraction de la consigne. L’expédition qui, dans les mois suivans, parcourut Christian-Sound, Frederick-Sound et le canal Seymour, fut menacée parles Indiens de Kekh.

Quoique composée de soixante-dix baidarques, elle ne recueillit que quatre cent cinquante peaux de loutres.

Les pelleteries des divers postes sont envoyées à Kodiack ou à Onolaska, sur de petits navires expédiés annuellement de la Nouvelle-Archangel, qui les transportent à ce chef-lieu. Depuis quelque temps il reçoit régulièrement tous les aus, de Pétersbourg, un navire chargé de marchandises de traite, et de tout ce qui peut être utile aux établissemens ; il prend à son retour des peaux de loutres et d’autres fourrures fines.

326 VOYAGE On garde pour le marché de Canton la plu-

part des peaux de joups marins qu'on tire principalement des îles Saint-Pierre et Saint- Georges.

Jusqu’à 1818 les Américains ont fait avec la Nouvelle - Archangel un commerce trèslucratif. La rareté des expéditions d'Europe et la perte de plusieurs navires, mettaient les établissemens dans un dénüment pénible, et autorisaient le gouverneur Barannoff à chercher chez les étrangers les ressources qu'il ne rece-

vait pas de Russie. Jusques à cette époque, les bâtimens des Etats-Unis étaient, pour ainsi

dire, en possession de fournir aux établissemens les marchandises de traite, ainsi que les produits de lun et l’autre monde, dont le climat et l'habitude font un besoin. En outre, ils portaient souvent des fourrures à Canton pour le compte de la compagnie ; ils prenaient en retour les objets de ce pays convenables pour les établissemens, et principalement du thé, du sucre , des nankins, et des soieries communes : ils faisaient même le cabotage et étaient parfois employés à transporter au chef-lieu les fourrures recueillies dans ses divers arrondis-

semens. Le paiement de leurs fournitures s’ef-

fectuait en peaux de loups marins, dont ils

trouvaient une défaite avantageuse à la Chine. Ils obtenaient aussi l’assistance de plusieurs Kodiaques pour faire la chasse aux loutres , de compte à demi avec la compagnie. Ces relations paraissent proscrites par le système mis en vigueur sous l'administration de M. Heigmeister ; déjà les Américains ne sont plus admis qu’en relâche , et la compagnie manifeste l’intention de subv . aux besoins de ses possessions , au moyen ues expéditions qu’elle fera de Russie, tandis que les bâtimens armés dans les ports d'Amérique entretiendront les communications entre les divers établissemens , et feront les voyages de Manille.

Tout annonce que c’est par l'intermédiaire de cette capitale des Philippines que la compagnie compte se pourvoir dorénavant des marchandises de la Chine qui lui sont nécessaires. La présence d’un consul de Russie (M. Dobell, Américain ), dans un pays avec lequel cette puissance n’a cu jusqu’à nos jours aucune relation quelconque, peut faire supposer à la Russie des projets plus importans (1).

(1) Rien n’aunonce que ces conjectures doivent se réaliser,

C’est vraisemblablement aux obstacles im-

prévus qui se rencontrent presque toujours dans l’exécution des expéditions lointaines les plus sagement combinées, qu’il faut attribuer l'inefficacité des mesures que la compagnie a

sans doute prises pour approvisionner ses établissemens d'Amérique. Lors de notre départ, les magasins étaient non-seulement mal pourvus de thé et de sucre, que les progrès d’une civilisation mal dirigée leur rendent presqu’aussi nécessaires qu'à une colonie anglaise, mais encore d’étoffes de laine dont les rigueurs du climat font un objet indispensable.

Les établissemens russes éteient dans une situation bien différente sous le rapport des subsistances; non-seulement elles étaient assurées pour long-temps au moyen des grains apportés par le Kutusoff et par nous-mêmes, mais les concessions que la Russie paraît avoir obtenues de la cour de Madrid du côté de la Californie, doivent éloigner toute inquiétude à l'avenir en garantissant la facilité des approvisionnemens. La mission de la frégate la Kamtchatka à Monterey, les bruits qu’elle répandit à la Nouvelle-Archangel et en Californie, et surtout les avis parvenus du Mexique, excitaient les

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espérances des Russes et les craintes des Espagnols, à qui la différence de religion fait repousser l’idée de la domination de ces étrangers, quoiqu'’ils les estiment. Il reste à savoir jusqu’à quel point cette attente a été remplie ; s’il s’agit d’une cession intégrale de la province, de l'abandon de la partie septentrionale, ou simplement de l'autorisation d'en extraire des vivres. Ce dernier cas est peut-être celui dont la réalisation offre le plus d'avantages immédiats à la Russie, dont la population ne peut supporter les sacrifices qu’exige la colonisation de ce grand pays, trop éloigné pour attirer des étrangers qui donneraient probablement la préférence aux terres plus rapprochées et aux institutions plus libérales des États-Unis.

À une époque où la Russie ne pouvait avoir sur la Californie que des projets vagues, comme l'ambition s’en permet avant d'y trouver aucune chance de probabilité, une sage prévoyance avait ménagé dans l'avenir à ces colonies du Nord-Ouest les ressources qu’elles puiseront dorénavant dans les établissemens espagnols. D’après les renseignemens imparfaits que j'ai pu me procurer, celui de Slavianka-

Ross est situé dans un terrain fertile, ses cultures sont variées, et les produits en sont déjà considérables. Les bestiaux qu’on trouve dans les missions y abondent; il offrait aussi des matériaux pour les constructions navales. On a dû lancer, à la fin de 1818, deux bâtimens, dont un de plus de cent tonneaux , que le défaut de mouillage obligea d'envoyer à la Bodega. Quant à la population, j'ai appris seulement qu’elle s'élève à plusieurs centaines d’individus , dont les Kodiaques font le pius grand nombre. Plusieurs colons ont pris des femmes parmi les naturels. Des familles de ces Indiens se sont rapprochées de l'établissement , et con:tractent graduellement des habitudes de civilisation dont l’adoption ne peut être attribuée qu'à la force de lexemple , toute espèce de contrainte en étant exclue.

La corvette américaine l'Ontario, commandée par le capitaine Beadle, qui toucha à Monterey en septembre 1818, venait de prendre possession de l'établissement su ; ‘’olumbia, retrocédé par l'Angleterre aux Éta +Unis.

D'après notre propre expérience et ce que uous avons appris des Russes, le cl at de la

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