‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 34 sur 48 · vue ct SE · texte numérisé non relu

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côte Nord-Ouest n’est pas plus rigoureux que celui d'Europe sous les mêmes parallèles. Le plus grand froid que nous ayons éprouvé an mois de décembre 1818 a été de six degrés. L’hiver précédent, le thermomètre n’étut descen !”: qu'à 13 deg., encore cette température n'avait été que de peu de durée. Il paraît cependant que les hivers sont en général plus rudes, mais ils sont certainement plus modérés que ceux des côtes orientales du même continent. Les montagnes et les masses énormes de rochers dont nous avons vu l'ile du Roi Georges couverte paraissent exclure la culture de son sol, d’ailleurs extrêmement humide et ingrat, à en juger par celui de Sitka. Les îles à l'Est et au Sud de celle-ci, quoique généralement trèsmontueuses , offriraiént à l’agriculteur des parties dégagées de rochers, et la plus belle verdure annonce la fertilité dont elles seraient susceptibles. Ces apparences se font particuliérement remarquer sur la partie Nord de Pile de Ja Reine Charlotte, dont Les terres basses au bord de la mer s'élèvent par un talus à peine sensible dans l’intérieur, qui ne présente que

quelques collines peu élevées dont les formes

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arrondies et la verdure fraiche contrastent agréablement avec les rochers pelés . les coupes anguleuses et les teintes noirâtres si fréquentes sur le reste de la côte Nord-Ouest. Les habi-

tans de cette partie sont les plus nombreux,

ainsi que les plus forts et les plus fiers de tous les Indiens; ils paraissent également les moins disposés , non-seulement à se soumettre à des étrangers, mais même à souffrir qu’ils s’établissent dans leur voisinage. Les naturels de Noutka sont les seuls qui nous ont paru ne point partager ce sentiment, qui est surtout dirigé contre les Russes, dont les entreprises ont déjà justifié les inquiétudes des Indiens. En général, ils paraissent voir les Américains d’assez bon œil, et leurs nombreuses tentatives contre eux doivent être attribuées à 14 cupidité plutôt qu’à quelque sentiment d’animosité particulière.

Considérant le caractère de ces sauvages, nous pouvons nous flatter d’avoir laissé parmi eux des impressions favorables. La conduite de ceux de Masset, et particulièrement de leur chef Itemchou, mérite nos éloges et prouve encore une fois que les bons procédés, joints à la fermeté, peuvent commander le res-

re] y!

pect et l'affection des tribus les plus sauvages. Néanmoins, quiconque voudra s'établir sur ces côtes doit s'attendre à trouver, tôt ou tard, des ennemis. implacables parmi les naturels.

* Quoiqu. -… Russes aient pris les devans, la faiblesse de leur population et de leur navigation ne parait pas promettre une grande extension à leurs établissemens situés sur la partie la moins favorisée de la côte. Les Américains, qui n’ont encore que la factorerie de Columbia, seront probablement les premiers à former des colonies considérables. Les négociations du gouvernement des États-Unis pour obtenir de l'Angleterre la cession de cet établissement, ét de l’Espagne celle de la Nouvélle-Albion, jusqu’au cap Mendocin, sa vraie limite dans le Sud , jointes aux tentatives qu'il fait annuellement pour établir uneligne de communication entre le Mississipi et la côte occidentale, annoncent de sa part un vaste projet, dont il a tous les moyens de poursuivre l’exécution. Il est probable que sans négliger leur établissement de la Columbia, à qui sa position sur cette belle rivière assure une importance permanente, les Américains, avec le génie actif et entreprenant

1818, qui les caractérise, porteront leurs colonies

dans le Nord au moins jusqu’à l’île de la Reine Charlotte, que sa situation géographique paraît

mettre hors des limites de la domination que la Russie est probablement destinée à exercer sur la partie la plus septentrionale de ces côtes immenses. Aucune position du globe n'offre peut-être à la marine des avantages comparables à ceux que la nature a accumulés entre le détroit de Fucca et Cross-Sound. La terre et la mer paraissent rivaliser pour fournir aux besoins du constructeur et du navigateur; l’agriculture et l’industrie peuvent donner à ces vastes contrées ce que la barbarie de leurs habitans, et non la nature, leur refuse sous le rapport des subsistances et du commerce.

L'expérience des navigateurs qu’attire la traite , jointe aux rapports des naturels, confirment de la manière la plus incontestable le jugement porté par Vancouver sur la formation des grandes îles du Roi Georges, de la Reine Charlotte, du prince de Galles, etc. Quoiqu’elles ne présentent qu’une masse à l'œil du marin qui les contourne, chacune d’elles*est un groupe de terres détachées plus ou moins éten-

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dues, séparées par des canaux de peu de largeur,mais dont une partie au moins sont navigables. Un bâtiment russe a traversé l’île du Roi Georges par celui qui joint la baie de Sitka au détroit de Chatham, vis-à-vis de Houtsnau. Les navires qui fréquentent la côte Nord-Ouest découvrent tous les ans de nouveaux ports parmi les découpures dont elles sont hérissées : nous avons nous-mêmes mouillé dans plusieurs endroits où les Indiens n’avaient jamais vu de navire. Les circonstances qui précédérent notre entrée à Tchaxa me firent donner à ce mouillage le nomde port Désiré, avant de connaître celui sous lequel les naturels le désignent : j’appelai anse Funeste celle où nous perdimes les Kodiaques, à l'entrée de Kowalt, et dont je ne pus savoir le nom indigène. Celui de l’estimable armateur du Bordelais fut assigné à la petite baie formée par les deux îlots Kitchaka dans le canal de Lyon : les Indiens l’appellent Koukitikakoa.

336 VOYAGE Décembre 1818,

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