‹ Voyage autour du monde [microforme]Chapitre 36 sur 48 · RES · texte numérisé non relu

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Janvier 1819.

baie de Toéyaya (Toeaigh de Vancouver), devant laquelle nous courûmes des bords avec la grande voile serrée et des ris aux huniers. La brise modéra à terre étant toujours forte au

large.

Le 9.— Nous courûmes de bonne heure sur la baie avec le pavillon au grand mât ; mais les variétés contraires et les calmes nous empéchè-

rent de rallier le village, que je savais être souvent le séjour de Taméaméa (1) dont la vie et

(1) Taraéaméa était, lors du passage de Cook, chef héréditaire d’un canton de l'ile d'Owehie, où une espèce de système féodal était depuis long-temps établie, ainsi que dans tout l’archipel. Dans une discussion qui s’éleva quelques années aprés, à la suite de différends entre le chef suzerain de l’île et ses vassaux, le premier, emporté par la colère , frappa Taméaméa à la figure. Pour punir ce traitement indigne, que ces peuples regardent comme le dernier des affronts , l'assemblée des chefs condamna le malheureux prince à opter entre le poignard et le poison. Faméaméa se conduisit avec tant d'adresse dans ces circonstances, qu’il fut appelé à remplacer le défunt à l’exclusion des héritiers naturels. Après cette élévation inattendue, mais non pas illégale dans ce pays, arrivée vers 1985, Taméaméa sut s'attacher, par des alliances ou des bienfaits, les chefs les plus influens et les plus capables de le servir. Les bâtimens ‘ qui commençaient à fréquenter ces parages lui fournirent des armes à feu et des munitions , et il réunit autour de lui des aventuriers intrépides. Son autorité une fois solidement établie à Owehie, Taméaméa attaqra successivement les îles voisines,

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le règne se sont prolongés jusqu’à ce temps.

On voyait sur la côte quelques pirogues et un petit bâtiment à deux mâts. À dix heures, il vint à bord une embarcation qui nous apprit que Taméaméa était parti depuis cinq jours

plus ou moins soumises à l'influence de son infortuné prédécesseur. Aprés des guerres longues et sanglantes , soutenues de part ct d’autre avec autant d’animosité que de constance, tout l’archipel fut réduit. Au milieu des obstacles sans nombre qu’élevaient contre lui les droits et l'ambition des grands, et la rivalité qui régnait entre les peuples des diverses îles , Taméaméa sut s’affermir dans ses conquêtes, et après celle de Woao, achevée en 1808, son autorité fut reconnue dans les six îles les plus orientales de l’archipel, où il entretint des gouverneurs dévoués. Atouai et Oniow, défendues par leur éloignement, n'avaient pas été attaquées ; mais Tamari, souverain de ces îles, reconnaissait sa suzeraineté et lui payait tribut.

Non content d’avoir dépossédé ces princes, Taméaméa resserra dans des bornes étroites la puissance des vassaux jadis presqu'indépendans. Plusieurs furent dépouillés de leurs domaines , d’autres n’en conservérent qu’une partie , et un grand nombre , retenus par le conquérant, restérent éloignés de leurs possessions. Pendant que ce despote habile tenait les chefs dans l'impuissance de lui nuire, la justice et la fermeté de son gouvernement lui conciliaient l'affection et le respect des peuples dont il avait mérité l'admiration par ses exploits. Il établit dans ses états un ordre et une police qui pourraient servir de modéle à plusieurs royaumes de l’Europe. Après avoir employé utilement dans ses guerres tous les aventuriers que le hasard lui avait

amenés , Paméaméa sut distinguer les plus recommandables par

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AUTOTEH DU MONDE. 341 Janvier 1419.

pour Taïroa, où il devait passer quelque temps, et qu'il n’était pas possible de se procurer des vivres, aucun chef ne pouvant en fournir aux étrangers sans l’autorisation du souverain. Sur cet avis, je me décidai aussitôt à aller le trou-

leur conduite et leur dévouement, et se les attacha en les élevant aux premiers rangs de la hiérarchie du pays, et en leur donnant des terres. Il adopta quelques coutumes européennes, mais sans paraître youloir les substituer à celles des insulaires, qu’il observait toujours dans les cérémonies religieuses ou politiques.

En écnange du bois de sandal et des provisions que ces îles produisent en abondance, T:néaméa s'était procuré par les navigateurs, presque tous Américains , qui les fréquentent depuis trente ans, des bouches à feu de divers calibres , plusieurs milliers de fusils avec une quantité proportionnée de munitions, beaucoup plus de marchandises de toute espéce que ses besoins n'exigeaient , et 200,000 piastres. Des magasins en pierre ont été construits pour recevoir ces richesses. Le port. d’Anaroura, sur la côte Sud de Woao, rendez-vous ordinaire des navigateurs, est défendu par un fort carré armé de quarante canons. Ces moyens imposans ne peuvent être redoutables entre les mains d’artilleurs aussi inexpérimentés que les naturels : ils l’a vouent volontiers ; mais ils ajoutent que les agresseurs une fois débarqués trouveraient d’autres obstacles. Taméaméa s'était aussi créé une marine à l’européenne ; elle se composait derniérement de trois bricks de cent cinquante à deux cents tonneaux, et de quatre petites goëlettes.

Ces bâtimens sont presqu’entiérement montés de gens du pays, qui deviennent en peu de temps de bons matelots de manœuvre. Les matelots de ces navires vont faire la traite des pelleteries à

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ver à sa résidence. Nous fimes peu de progrès l'après-midi, dans l'exécution de ce projet, ayant été contrariés tant par la brise du S.-O. que par le courant portant Nord , et retardés par un accident qui nous obligea de

la côte Nord-Ouest d'Amérique. Il est étonnant de voir avec quelle facilité ces jeunes gens, nés sous la zone torride, suppottent les fatigues de cette navigation si rude et si active.

Taméaméa possédait des troupeaux nombreux, provwenus des animaux déposés par les premiers navigateurs : il avait aussi à Woao des chevaux de race californienne. Jusqu'à ces derniers temps les naturels et les navigateurs n’ont retiré que peu de fruit de la inultiplication de ces races : on n’én fait aucun usage pour les travaux, et le chef, qui n’en consomme querarement, est peu disposé à en céder aux étrangers.

Malgré son âge avancé, Taméaméa jouissait d’ane bonne santé en janvier 1819. Loin d'annoncer l’approche de la mort, son extérieur portait encore l'empreinte de la force prodigieuse dont il avait été doué.

T1 était complétement habillé à l’européenne , comme le sont nos bons artisans en hiver ; sa mise était propre et décente. Un regard sombre et scrutateur était le caractéristique de sa physionomie. Chez lui l'ambition satisfaite paraissait avoir cédé le pas à l’insatiable avarice.

Les événemens mémorables qui ont agité le monde civilisé n'étaient pas sans intérêt pour Taméaméa, et ce qu’il en avait appris paraissait lui avoir inspiré une haute idée de la France, malgré nos derniers désastres.

On s'attendait dans le pays à une révolution à la mort de Taméaméa , ct son fils Riorio, peu semblable à lui, ne paraissait

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