CHAPITRE XIV
DE3CillPT10N DE LA CQGHIMCUIME. — MOBURS ET COOTDMES DB 9kS HABITANTS. — CONSIDÉRATIONS ciMÉlULES SDR LE COMMERCE FRANÇAIS I>ANS CES CONTRÉES.
Si les lecteurs qui ont bien voulu suivre jusqu ici les traces de la Favorite, jettent les yeux sur la carte d'Asie, ils remarqueront que dans la partie orientale de ce vaste continent , la côte de Chine , après avoir formé , sous le 20* degré de latitude, une presqu'île étroite, assez longue, et séparée d'Haynan , comme nous Tavons déjà vu, par im canal très-étroit, revient brusquement sur elle-même dans le N. O. , pour former ensuite, en arrondissant jusqu'au S. E., le golfe du Tunquin ; alors, après avoir contourné à environ quarante lieues de distance la partie méridionale d'Haynan , elle se dirige directement au S. et au S. 0. , et approche du 8* degré au N. de Téquateur. C'est là que le Camboge confine à l'extrémité S. de la Cochinchine, qui, vers le N. 0., bien près du 1 7* degré , a pour frontière le royaume du Tunquin.
Ce grand développement de côtes annoncerait ua
empire puissant par son étendue ; cependant il n*en est rien : car une longue chaîne de montagnes trèsélevées et presque inaccessibles, qui bordent cette partie du continent Tespace de cent lieues, presse pour ainsi dire , entre elle et la mer, une bande de terre de vingt lieues d'étendue dans sa plus grande largeur, à laquelle était borné autrefois le royaume de la Cochinchine, que SCS belliqueux habitants ont considérablement agrandi , depuis soixante années , aux dépens de leurs voisins du nord et du sud.
L'origine desGochinchinois, comme celle des peuples qui conquirent les grandes îles de l'archipel d'Asie, est restée jusqu'ici enveloppée d'une profonde obscurité; cependant quelque similitude dans la religion , dans les coutumes des deux peuples , et surtout dans ces préjugés , ces goûts qui se perpétuent dans les classes inférieures et résistent au temps et aux événements, pourrait faire supposer que les Cochinchinois descendent des Chinois chassés de leur patrie par les invasions successives des Tartares : dans cette hypothèse , les émigrants seraient venus, soit par mer, soit par terre en traversant le Tunquin , s'établir sur les rivages de la Cochinchine, où ils peuvent avoir perdu, sous un climat différent et par leur inélange avec quelques tribus malaises , qui peut-être les avaient précédés , le caractère et même une grande partie des traits distinctifs de leur race primitive.
Il est à croire que les exilés ne conquirent pas facilement leur nouvelle patrie, qu'ils trouvèrent au pouvoir d'une population noire , nombreuse , guerrière , et aussi
sauvage que celle dont les Maures ont exterminé une partie et confiné le reste dans les forets des Philippines et de Bornéo. Ces nègres , appelés Moyes, ne furent pas plus heiu^ux : forcés de céder les bords de la mer, dont suivant toute apparence la nature les avait faits les premiers possesseurs , Os se retirèrent , mais non sans avoir opposé une résistance désespérée , dans les montagnes du Laos, du profond desquelles, il n y a pas encore longtemps, ces tribus féroces descendaient comme un torrent sur les basses terres de la côte, incendiaient les villages, ravageaient les campagnes, et massacraient ies habitants, auxquels cependant ils inspirent plus d aversion que de frayeur.
Les hommes de cette race sont plus grands, plus forts que les nègres de Luçon , avec lesquels du reste il parait qu ils ont ime grande analogie pour le caractère et la barbarie. Quoique maîtresse des deux versants des montagnes et même de quelques plaines du côté de l'O., cette population est horriblement misérable : tout son commerce, son industrie se bornent à récolter et à vendre les bois précieux que renferment les forêts immenses qu elle parcourt. Soumise dans ces contrées au même joug qui pèse partout sur Id malheureuse race noire , elle fournit aux habitants des côtes des esclaves assez estimés pour leur force et leur patience dans le travail : ce sont de pauvres victimes de la guetTe, ou des enfants vendus par leurs parents dans les temps de famine, dont parfois les suites sont aflreuses parmi ies nègres des montagnes du Laos.
Vers le milieu du siècle dernier, les Cochinchinois
n'étaient pas encore beaucoup supérieurs en civilisation aux tribus qu'ils avaient vaincues : leurs côtes n'offraient aucune sécurité aux bâtiments européens , dont souvent les équipages avaient été massacrés ou réduits en esdavage par cette population toute maritime et adonnée alors à la. piraterie (9). Mais à cette époque commença une longue suite de révolutions sanglantes qui , au lieu d'épaissir encore dans ces contrées les ténèbres de la barbarie , y firent luire au contraire les premières étincelles de la civilisation.
 l'extrémité méridionale de la cbsune des montagnes du Laos, par le 1 5* degré de latitude N., est le royaume de Tsiampa : la mer en borde les rivages, tantôt élevés et d'un aspect sombre , tantôt bas et inondés par des fleuves. Sa population , maintenant tout à fait semblable à celle des provinces de la Cocbinchine , avait autrefois une grande analogie avec les Malais , dont les pays avoisinent le Tsiampa vers le S. : elle était plus industrieuse, plus avancée en navigation que les Gochinchinois , mais ne leur cédait en rien pour la perfidie et pour le goût du brigandage, qui les avaient rendus également l'efiroi des navigateurs. La paix et des alliances firent tomber, après de longues guerres , la couronne du Tsiampa sur la tête du roi de la Cocbinchine; celui-ci, fier de sa nouvelle puissance, voulut encore l'augmenter en profitant des troubles qui agitaient le Tunquin, pour le joindre à ses possessions. Ce royaume était en proie à la guerre civile que se faisaient , pour disputer le trône, les deux fils du dernier souverain. Sous le prétexte de soutenir le plus jeune, le nouveau roi du
Tsiampa, qui espérait iea écraser tous les deux, déclara la guerre à Tainé; il fut cruellement trompé dans son attente : les Tunquinois , dès longtemps ennemis implacables des Gochinchinois , se réunirent contre eux, les vainquirent dans plusieurs batailles, s'emparèrent de leur capitale, puis enfin de tout leur pays, dont ils forcèrent le roi & se réftigier dans le Tsiampa, que sa population guerrière et nombreuse défendit avec succès contre Tennemi victorieux.
La Cochinchine resta soumise aux Tunquinois, dont le souverain la fit gouverner par son frère cadet, première cause des hostilités, et qui régna, dit-on, fort sagement. Le roi vaincu mourut bientôt , laissant à son fils Gya- Long un trône chancelant et un royaume épuisé par des guerres continuelles contre des voisins puissants. Le nouveau prince , dans la force de fâge , rempli de courage et d*énei^ie , assura d'abord les frontières en repoussant les Tunquinois dans plusieurs sanglantes rencontres, avec des succès qui ranimèrent Ténergie de ses adhérents. La tranquillité ainsi garantie à l'extérieur, il s'occupa de la prospérité de l'intérieur; la piraterie, réprimée sévèrement, n'inquiéta plus le commerce européen ni celui des Chinois , qui fiirent principalement attirés dans la* capitale Saî-Gong. Cette ville, située à quinze lieues de la mer, sur les bords d'une grande rivière, navigable pour les plus gros bâtiments, devint une place forte, entourée de magnifiques fortifications construites d'après les plans et sous la direction d'un colonel de génie français, que la générosité et la brillante réputation du roi de Tsiampa avaient détaché, ainsi
que d'autres officiers ses compatriotes, du service de noti^ compagnie des Indes , alors expirante.
La culture des terres et les manufactures encoura* gées donnèrent des revenus qui rétablirent les finances; une grande quantité de galères, destinées à porter des troupes exercées à combattre également bien sur terre et sur mer, furent construites sous la direction des offi* ciers français qui devaient commander les flottes ; des bâtiments marchands achetés aux Européens reçurent des canons et de forts équipages.
Tous ces préparatife terminés « les hostilités recom^ mencèrent avec une nouvelle fureur et des chances moins favorables aux Tunquinois, peu habitués à la nouvelle manière de (aire la guerre qu'employaient leurs ennemis. En effet ceux-ci, montés sur des flottilles nombreuses, attaquaient à la fois plusieurs points des côtes , s'emparaient des villes, détruisaient celles qu'ils ne pouvaient conserver, et augmentaient leurs forces de la population soumise , qui revenait avec empressement sous la puissance de ses anciens souverains ; cependant, malgré tous ces avantages, le courage des Tunquinois fit durer la guerre pendant dix ans ; enfin le roi Gya-Long rentra en vainqueur dans Hué-Fou, capitale de la Gochinchine , et dont les habitants virent peu d années après tomber en même temps la tête de l'usurpateur et celle de son ficère , souverain du Tunquin, pays que Gya-Long réunit à ses États.
Le royaume de la Gochinchine était donc devenu plus vaste, plus puissant qu'il n'avait jamais été; son armée, victorieuse et redoutée des pays voisins, soumit encore
le Camboge , dont le roi dut payer un tribut annuel et recevoir dans son conseil un mandarin de la cour de Hué-Fou ; mais les provinces étaient dévastées » dé*^ peuplées même par les guerres civfles ; la plupart des villes avaient été brûlées ; la population , depuis longtemps sous les armes, avait abandonné la culture des terres ppur courir au pillage et au combat. Tel était le malheureux état dans lequel le roi de la Codiinchine retrouva le royaume de son père ; mais bientôt les lumières et les avis de ses mandarins européens , qu'il sut écouter et aimer au sein de la bonne fortune comme au milieu de f adversité, rétablirent la tranquillité et firent connaître à ce pauvre peuple une civilisation et même tm bien-être qui eflacèrent lés traces des malheurs passés.
Le système de gouvernement qui fut alors établi offre un singulier mélange de nos anciennes institutions avec l'arbitraire d'un pouvoir absolu. De même qu'en Chine, tous les fonctionnaires publics sont divisés en deux classes : les mandarins de guerre et les mandarins lettrés. Les premiers gouvernent les provinces comme autorités militaires, commandent les places fortes et les bâtiments du roi , occupent tous les grades, dans les corps de troupes oi|[anisées qui , au nombre de dix mille soldats d'infiinterie disciplinés à f européenne et de quin2e cents artilleurs environ, forment la garnison de Hué - Fou et la garde du souverain. Ces soldats sont choisis dans les milices , composées de tous les habitants , qui doivent , sans aucune exception , seize années de leur vie au service du roi ,
et reçoivent, quaad ils sont appelés, une espèce d'uniforme , du riz pour vivre et une très - modique paye. G*est par eux que sont remplis tous les services publics : surveillance des villes et des campagnes ; construction des places fortes et des monuments; entretien de la grande et belle route qui traverse le royaume dans toute sa longueur du N. au S. Ce sont encore les milices qui fournissent les postes placés de distance en distance sur les chemins pour veiller à leur sûreté , et pour porter de nuit comme de jour les palanquins des mandarins envoyés en mission par ordre du roi. Cette manière de voyager, dans un pays montagneux où les chevaux sont en très-petit nombre , est fort prompte , mais incommode ; car ces prétendus palanquins ne sont autre chose que des hamacs couverts , suspendus par les deux extrémités à un long bâton que portent sur leurs épaules six hommes , dont les mouvements n'ont rien du tout de la mollesse ou pour mieux dire de la cadence des porteurs indiens. Ceux de la Gochinchine ont encore une autre fonction à remplir : ils sont courriers des dépèches de la. cour, et la manière aussi rapide qu'ingénieuse dont ce service est fait , montre un degré de civilisation qui était ignoré de nos pères il y a moins de deux siècles , mais dont cependant, si l'on en croit les historiens, quelques traces ont été retrouvées chez les Mexicains au temps de la conquête de ce peuple parles Espagnob, alors moins policés peut-être que les vaincus.
Chaque courrier, à son départ de Hué-Fou ou de San Gong, les deux capitales de l'empire, reçoit du grand mandarin lui bâton court , rond et creux , dans lequel
la dépêche est enfermée sous le sceau du roi : le Cocliinchinois part en courant et fait sonner continuellement les grelots fixés à Tobjet dont il est porteur, et qui ne doit lui être arraché qu'avec la vie. A ce bruit connu, un homme du poste voisin, éloigné seulement de deux lieues, se prépare, prend ses armes, reçoit promptement le bâton avec un papier sur lequel l'heure de son départ est inscrite, et continue la mission avec la même vitesse, jusqu'à ce qu'il soit remplacé, deux lieues plus loin , de la même manière : par ce moyen , les ordres sont transmis, malgré les grandes distances, avec une célérité inconcevable.
La peine très - sévère dont est passible tout habitant qui, ayant rencontré un courrier blessé ou hors d'état de continuer sa route , n'aura pas pris sa place sur-lechamp, rend les retards extrêmement rares. Si k ces moyens de communication, toujours à la disposition des mandarins gouverneur de provinces ou chefs de districts, on ajoute celui que fournissent les bûchers entretenus avec soin au somniet de hautes montagnes, pour donner par leur embrasement , la nuit et même le jour, avis du débarquement de l'ennemi ou de quelque autre événement dangereux pour la sûreté de l'État, on accordera que le gouvernement cochinchinois est aussi prévoyant qu'intelligent.
Le service des milices ne se borne pas aux obligations que je viens d'énumérer, car en outre, elles doivent non-seulement cultiver les immenses propriétés du roi, mais encore chaque mandarin de guerre ou lettré a droit , suivant son rang, à un certain nombre de
miliciens |)our le servir dans sa maison, faire valoir les teires dont k jouissance lui est accordée par TÉtat, enfin pour Vaccompagner dans les cérémonies publiques. Tant de détails à remplir ont dû nécessiter la formation d'un état^militaire considérable ; aussi le gouvernement estil obligé de tenir toujours sur pied cinquante mille hommes de milices distribués dans le royaume; mais cette espèce d*armée permanente , divisée en régiments et en compagnies , dont les chefs prennent des noms analogue» à oeux de colooeb et de capitaines, ne paraîtra plus aussi disproportioimée pour une puissance secon* daire, quand j'aurai dit que tout Cochinchinois < arrivé à Fâge de dix-huit ans, est soldat, et d(Mt, comme nous l'avons déjà vu, seize années de sa vie à TÉtat; cependant il peut se faire remplacer par un homme ayant déjà fait son temps de service.
Cette institution, qui semble copiée sur nos anciennes milices, et à laquelle ont été jointes les corvées que Ton imposait autrefois aux habitants de nos campagnes , est cependant, toute tyrannique qu'elle paraîtra, devenue par ses conséquences un des plus grands bienfaits que le roi Gya-Long ait répandus sur ses sujets. En effet, l'esclavage était établi dans ces contrées sur les mêmes bases qu'en Chine : une multitude d'en&nts , vendus par leurs parents, perdaient presqu'en naissant la liberté pour toujours. Chez un peuple civilisé , cette coutume offrirait peut-être quelques avantages consolants pour l'humanité ; mais parmi une population à peine sortie de la barbarie et de guerres civiles aussi longues que sanglantes , elle devait être la
source de mille odieux abus. Une loi qu un souverain victorieux seul pouvait mettre k exécution, déclara tout Cochinchinois libre à dix-huit ans, époque à laquelle, comme je l'ai déjà dit, chaque habitant est enrôlé dans la milice. L'autre sexe fîit également appelé à jouir de la même faveur : une jeune fille esclave depuis Tenfance a le droit de réclamer sa liberté à dix-huit ans , quand elle espère faire un mariage avantageux, circonstance qui se présente asses fréquemment dans les mœurs du pays; mais le plus souvent ces pauvres créatures sans appui deviennent concubines de leurs maîtres , et ne peuvent plus sortir de la famille. Les hommes rendus à la liberté ne brisent que rarement les liens qui les unissent à leurs anciens maîtres, auprès desquels ils retournent ordinairement quand le temps du service militaire est termmé.
Le nombre des mandarins lettrés n'est pas moins considérable que celui des mandarins de guerre, et leurs fonctions sont aussi importantes, surtout en temps de paix. Ces deux autorités, indépendantes fune.de l'autre, et cependant réunies dans les villes et les villages, se jalousent presque toujours, comme du reste cela se voit dans toutes les contrées du monde; car il n'est que trop vrai que les hommes , quels que soient leur pays, leur coideur ou leurs usages, ont toujours les mêmes passions, souvent les mêmes préjugés, et sont mus par les mêmes intérêts.
Les mandarins lettrés remplissent toutes les places de l'administration intérieure du royaume, et perçoivent les droits sur le commerce étranger, ainsi que les impôts
sur les terres; ces derniers sont payés en nature et ne dépassent pas, dit-on, du moins légalement, lo p. o/o. Ce sont encore les mandarins lettrés qui composent les tribunaux où se rend la justice, à laquelle le souverain législateur donna tous ses soins. Un certain nombre de magistrats délégués par le roi parcourent chaque année les provinces, à une époque fixe, pour juger tous les procès civils ou criminels; les séances, auxquelles assistent les premières autorités de la ville voisine, sont publiques , les décisions doivent être gratuites , et Ton peut en appeler au grand tribunal, présidé par le roi, k l'approbation duquel sont soumises les condamnations à mort ou k Texil. Chaque individu a la faculté de défendre lui - même son innocence ou sa propriété , et peut même espérer une justice impartiale , si toutefois la personne ou les intérêts du souverain ne sont pas compromis dans la cause , car alors rarbitraire asiatique reprend le dessus , et tout principe de l^alité est oublié.
La peine de l'esclavage pour les crimes est peu ou point usitée en Cocbinchine , et des tourments qui font horreur n'accompagnent pas , comme chez les Chinois, le supplice des criminels condamnés à mort; mais la confiscation des biens , au profit de la couronne , était trop lucrative pour qu'elle fât omise ; et comme le roi s'est réservé , k ce qu'il parait , le droit de juger lui-même tous les dépositaires de son autorité (attribut assez naturel d'un souverain qui peut, au gré de ses caprices, faire surgir des derniers rangs de la société un haut fonctionnaire , et l'y faire rentrer dans un ins-
tant), il arrive que les mandariiis des classes élevées ne meurent pas toujours paisiblement, ni possesseurs de la fortune qu*ils ont amassée.
Les coups de bâton ou de rotin que les bons missionnaires ont appelés sentimentalement une correction paternelle, sont très-usités à la cour de Hué-Fou , dans laquelle on compte fort peu de grands personnages, à moins qu*ils ne soient de la &niille royale ou du premier rang, qui, pour des fautes souvent légères, n'en aient reçu en présence même du souverain; car les autorités sont soumises aussi bien que leurs administrés à cette punition bonteuse et cruelle , qui met quelquefois le pauvre patient dans un pitoyable état pendant plusieurs mois. Cest en vain que l'on chercbera à faire prendre racine aux institutions des peuples libres et policés sur un sol couvert d'ime population ignorante et esclave; la civilisation doit croître graduellement, affaiblir peu à peu les préjugés , ainsi que les erreurs qui aveuglent les masses , et &ire ndtre enfin ce sentiment d'honneur, le plus puissant mobile des grandes actions; autrement elle fera à l'espèce humaine plus de mal que de bien. Nous verrons plus loin que toutes ces institutions copiées en partie sur celles qui régissaient la France il y a soixante ans , et établies par un souverain plus avancé que son peuple, sont devenues, entre les mains de son despote successeur, des instruments de tyrannie et des barrières inutiles contre la rapacité des mandarins.
Cependant sous un r^ne qui fut long, paisible et prospère, la Cochinchine oublia non -seulement ses désastres passés , mais parvint à un point de prospérité