‹ Voyage autour du Monde par les Mers de l'Inde et de la Chine: executé sur la Corvette de l'État (volume 2)Chapitre 8 sur 13 · II. IQ · texte numérisé non relu

II. IQ

inconnu pour elle jusqu'alors. La capitale Hué -Fou, située sur les bords d'une rivière assez profonde qui arrose des plaines étendues et bien cultivées, avait été détruite pendant les guerres civiles : elle fut repeuplée et entourée de fortifications , construites sous la directiort d'un ingénieur français et d'après le plan , dit-on , de celles de Strasbourg. L'immense palais du roi , dont la rivière baigne en partie les murailles hérissées de canons, reçut de nombreux embellissements et renferma dans sa vaste enceinte des casernes et de très-beaux jardins, dont un vaste étang entouré d* élégants édifices occupe le milieu. Le port, situé devant la ville à une lieue de l'embouchure de la rivière , fut creusé et mis en état de contenir plusieurs centaines de galères sinon légères et de formes élégantes, du moins solidement construites et pouvant chacune porter facilement cent soldats. Des ouvriers étrangers, attirés par les libéralités du souverain , vinrent instruire les Gochinchinois dans tous les arts mécaniques; bientôt des canons de bronze, de la poudre, des armes blanches sortirent d'un arsenal bien approvisionné et que des chefs habiles dirigèrent avec soin. Les rues de la ville furent tracées régulièrement et bordées de maisons bâties la plupart en pierres daiis un genre "k peu près européen , pour servir de demeure aux mandarins qui avaient vieilli dans l'exil avec le roi , et versé leur sang dans les combats pour le replacer sur le trône Le souverain heurreux ne fut pas ingrat, et des bienfaits sans nombre enrichirent ses vieux compagnons, parmi lesquels les Français qui l'avaient si bien servi jouirent toujours de sa confiance

DE LA FAVOHITE. 291

et furent une des principales causes de la prospérité du pays.

M algi*é son heureuse position , si favorable à l'exportation de ses produits par mer, la Cochinchine proprement dite, c*est- à-dire le pays qui s*étend depuis Hué-Fou jusqu'au cap Pandaran, ancienne frontière du Tsiampa, ne produisait encore , à la fin des guerres civiles , que ce qui était absolument nécessaire à la subsistance de ses pauvres habitants. Quelques champs de pistaches et d'ignames , dont les animaux sauvages venaient disputer la possession aux cultivateurs, entouraient de misérables villages. Des plaines fertiles , traversées par une multitude de petites rivières, quune pente douce amène de montagnes peu éloignées et couvertes de belles forêts, restaient en (riche sous un climat délicieux et favorable à toutes les productions des tropiques. Mais, sous le sage gouvernement du roi Gya- Longi tout changea de face en peu d'années; les champs autrefois incultes se couvrirent de cannes à sucre, dont les produits , quoiqu'on les obtint par des moyens bien imparfaits, trouvèrent cependant de nombreux acheteurs à bord des navires européens et des jonques chinoises que lés avantages du commerce et la protection qui leur était assurée attirèrent dans les ports du royamne; une belle route, construite à grands irais, franchit la branche de hautes terres qui sépare , en venant jusqu^au bord de la mer, la province de Hué-Fou ou Quan-Haï de celle de Tourane ou Quan-Ham. Cette dernière, quoiqu'elle soit pressée par les montagnes du Laos , qui dans cette partie semblent menacer la mer

de leurs masses sauvages et majestueuses, n'est pas moios productive cependant que sa voisine. Son territoire , dentelé pour ainsi dire par la mer, est très-étroit , mais bien arrosé, par&itement cultivé, et nourrit un grand nombre de bœu& et de buffles qui sont paiement employés au labourage et aux travaux de force. Cette province fournit du riz et principalement du sucre, dont une partie est embarquée à Tourane sur les bâtiments français ; le reste , acheté par les Chinois et transporté à Fai-Fou, résidence du gouverneur de la province, prend sur des jonques la route de Canton et d*Émouy.

La ville de Faî - Fou est assez grande , bien bâtie et presque entièrement habitée par les Chinois , qui en ont fait le centre dun grand commerce; sa position sur la côte , à Tembouchure d'une rivière assez profonde pour recevoir les caboteurs, lui assure des avantages qui augmentent chaque année, surtout maintenant que la baie de Tourane ne reçoit plus que trè»-peu de bâtiments européens. Chaque mousson favorable voit arriver sur ce point de la cote de Cochinchine, ainsi que dans le port de Hué-Fou, une multitude de jonques venant de la Chine, d'où elles apportent du thé dont les Cochinchinois font autant d'usage que leurs vobins, de la porcelaine commune, des étoffes de soie, des confitures, des fruits secs, qui sont échangés contre du sucre, du riz, des bois de construction, de l'or, de l'aigent, enfin contre deux espèces de cannelle également incgnnues à nos marchands : l'une est très-épaisse , huileuse et donne beaucoup d'essence ; l'autre plus fine et

supérieure même , dit- on , à celle de Geylan , coûte ex trêmement cher et se trouve, comme la première, dans les forêts où les Chinois vont en caravane , à certaines époques de Tannée, acheter une grande quantité de cette précieuse écorce aux sauvages noirs du Laos. Mais la partie la plus riche du chargement de ces jonques, qui s*en retournent ordinairement en juin ou en juillet avec la mousson de S. O., est composée de nids d*oiseaux dont j*ai déjà parié et que les indigènes récoltent sur les rochers élevés de la cote et des nombreuses îles qui entourent Fai-Fou , parmi lesquelles le seul groupe de Ghan>Colao en livre au roi douze cents livres comme tribut annuel.

Pendant longtemps les épaisses forêts qui descendent jusqu'au pied des montagnes du Laos servirent de retraites inaccessibles aux nègres , qui en sortaient à f improviste pour ravager les plaines voisines et massacrer tes habitants ; mais la guerre d'extermination que leur ont faite les Cochinchinois il y a quelques années , en a si fort diminué le nombre et tellement efirayé le reste, que depuis cette époque ils n*ont plus reparu qu en petites troupes et seulement pour commercer. Mais ces mêmes forêts servent aussi de repaires à d'autres ennemis dont il est encore plus difficile de se défendre et qui portent la désolation parmi de pauvres cultivateurs : ce sont les animaux sauvages qui , malgré la plus grande surveillance, déciment les troupeaux et ravagent les plantations. Les champs de pistaches et d*ignames sont souvent bouleversés d'une manière incompréhensible , et que la charrue pourrait à peine imiter, par des troupes

de gros sangliers : une multitude de singes de la grande espèce ravagent les champs de cannes à sucre avec une désolante effronterie , que ni les pièges , ni les cadavres de pUlards qui ont été attrapés et pendus aux arbres, ne peuvent réprimer. Tous ces différents ennemis commettent leurs déprédations avec d'autant plus d'impunité que les habitants ne possèdent point d'armes à feu , et que ifis milices mêmes n'ont que des sabres et des lances, défenses bien faibles contre de nombreuses bandes d'éléphants , les plus grands que l'on connaisse au monde, et qui dévastent les campagnes, dépouillent les arbres , font disparaître dans une nuit les plus bdies moissons , et se retirent ensuite dans les forêts avant le jour.

Cependant, malgré tant de raisons de redouter ces monstrueux quadrupèdes , les Gochinchinois montrent pour eux une espèce de respectueuse prédilection , inspirée probablement par l'intelligence extraordinaire de ces animaux , et par les grands services qu'ils rendent dans l'état de domesticité , auquel bien moins par force que par adresse on les réduit facilement. Tantôt les chasseurs ayant reconnu , à certaines traces, l'arbre contre lequel un éléphant sauvage s'appuie la nuit pour dormir, le scient presque entièrement par le pied; le soir, l'animal sans défiance vient prendre son gite accoutumé, il tombe, et pendant qu'il fait de vains efforts pour se relever, on parvient à le placer, solidement attaché , entre deux femelles dont les forces réunies et les coups de trompe ont bii^ntot dompté sa fureur. Tantôt l'éléphant sauvage, tombé dans une grande fosse recouverte de

feuitles, ue reçoit à maiiger que lorsque épuisé par un long jeûne, il s est laissé enchaîner et que deux femelles Tout conduit jusqu*à la prochaine écurie. Alors commence pour le captif un nouveau genre de vie : après quelques jours de repos il reçoit les soins d un cornac, dont les leçons, données avec douceur, captent en peu de temps son affection. Le Cochinchinois monté sur le lai^e cou de son docUe élève, qu'il lui est défendu d'abandonner un seul instant, le mène hors de (écurie et dans les pâturages désignés. Par combien de témoignages d'attachement et de preuves d'un instinct aussi doux qu*admirable , celui-ci ne dédommage-t-il pas son cornac des peines et des rares moments d'inquiétude qu'il peut lui donner! Voyez -le dans tous les instants de la journée , quand il sent son conducteur assoupi par la fatigue ou par la chaleur, adoucir ses mouvements, respirer sans hruit dans la crainte de l'éveiller : d'autres fois, après avoir brisé les jeunes branches des arbres, il les lui présente pour se construire un abi^i contre les rayons du soleil. La bienveillance de l'éléphant s'étend même sur ses compagnons , qui employés à leui* tour aux tx*avaux, n ont pu venir paître dans les champs ; il ramasse avec adresse et place sur son dos autant d'herbe et de feuilles qu'il peut en porter, et revient le soûrà l'écune, heureux d'avoir fait une bonne action , et annonçant son retour par des cris joyeux.

Généralement cet animal , qui ne se multiplie pas en Cochinchine dans l'état d'esclavage , a gagné presque toujours, quand il est pris dans les forêts, son entier développement. Son corps, quelquefois haut de plus de

douze pieds , est court, ramassé , sans grâce , recouvert d*une peau noirâtre, écaillée, raboteuse et salie par la boue ou la poussière que ranimai y jette constamment pour ]a garantir du soleil ; mais sous ces formes grossières, f éléphant cache une grande agilité et des forces prodigieuses dont son instinct sait parfaitement se servir. Cependant à une certaine époque de l'an* née, l'usage qu'il peut faire de ces mêmes forces exige une très- grande suiVeiUance ; car il entre parfois tout à coup dans des accès de fureur e£Gray ants , arrache les plus gros arbres, renverse les maisons, écrase les habitants et même son cornac , dont il ne connsdt plus la voix. Mais celui - ci , responsable sous des peines très - sévères de la conduite de sa monture, veille à ce que de pareils malheurs soient prévenus ; aux premiers symptômes d'impatience, les femelles sont encore appelées et calment le rebelle amoureux, non par leurs caresses , mais par des coups de trompe aussi nombreux que durement appliqués. Si ces pi^cautions n'ont pu êtie prises à temps , le cornac tue l'éléphant en lui enfonçant dans la partie supérieure du crâne un fort poinçon de fer , dont il est toujours armé et qui dans les circonstances ordinaires lui sert d'a^illon pour presser la marche de sa monture.

Le gouvernement seul entretient à grands lirais pour son service ces énormes animaux, qu'il emploie à porter l'artillerie et les bagages à la suite des armées: peutêtre combattaient*-ils conune chez les anciens, avant que les G)chinchinois connussent les armes à feu ; mais maintenant, d'après ce que l'on m'a dit, leurs fonctions

sont beaucoup plus pacifiipies , et réunis en un certain nombre dans chaque prorince ils font partie de sa garnison. Celle de Quan-Harn en possède vingt auxquels on fiait parcourir successirement pendant Tannée différentes stadcms, afin de trouver facflement la grande quantité de pâturages nécessaire à leur nourriture. Un pareil voisinage est redouté des habitants, dont ces animaux privilégiés dévastent souvent les propriétés , et dont les rédamations ne seraient pas plus écoutées que ne le sont en Europe ceiies des fermiers dont les champs avoisinent les parcs royaux. Les écuries, du moins celle que je visitai auprès de Tourane, n*ont rien de cette magnificence dont parient les historiens orientaux. Cest un immense hangar d'une grande hauteur, entouré de gros murs de terre, et couvert avec des feuilles de bananier : de l*un et de Tautre côté, je comptai dix compartiments que séparent entre eux de fortes poutres disposées k peu près comme dans nos écuries d'Europe , et dans chacun desquels le terrain forme un talus dont le sommet se tem^ine par un renflement qui sert k l'animal pour reposer sa tète quand il est couché , et de point d'appui pour se relever , ce qu'il ne parviendrait pas k faire sans cette précaution , car, outre la difficulté qu'éprouve la bète à se remettre sur ses jambes, elle porte au cou une forte chaîne de {ev fixée k un énorme poteau enfoncé profondément dans la terre. Je n'ai remarqué dans l'édifice ni grandeur ni propreté; en dedans le sol était raboteux et aussi sale que les murs , sur lesquels on voyait les traces des pluies ; en dehors une mare infecte recevait les immon-

dices que plusieiirs tranchées profoodes y conduisaient. Tous les eu virons me panirent dévastés , les aii>reA dépouiUés de leur feuillage et les champs de leur verdure; du reste, les habitants soumis passivement k ce fléau» semblaient ne redouter que fort peu leurs voisins , dont sans doute ils avaient souvent éprouvé la douceur. Cependant cette dernière qualité s accorde mal avec un genre de fonction réservé par la coutume aux éléphants, qui s'en acqyittent le plus souvent avec une répugnance marquée; i] faut que les cornacs les excitent pour qu'ils brisent avec leur trompe ou écrasent sous leujrs pieds les malheureux condamnés à ce supplice destiné aux meurtriers obscurs et principalement aux femmes , dont souvent les cris et les supplications attendrissent le compatissant animal.

(jes seuls éléphants mâles sont appelés à remplir dans les deux capitales du royaume un rôle plus conforme à leur force et surtout à leur courage. On les fait combattre contre de grands tigres sauvages, dans le vaste cirque construit, depuis peu d'années, au milieu de Hué-Fob. Le roi , entouré de toute la cour, assiste à ce spectacle : devant lui et dans l'arène se tient son bel éléphant blanc qu'avant d'être souverain il nourrissait de sa main , et qui maintenant encore vient chaque matin faire ses génuflexions devant lui. Le superbe animal , objet de la vénération du peuple , semble orgueilleux de la faveur dont il jouit; il est fier de l'or qui couvre ses défenses dont un acier brillant arme les extrémités, et des housses superbes .sur lesquelles son cornac est assis. Plus loin les élc-

pliants de la provioce rangés sur une seule ligoe et excités par les acclamations de la foule, attendent impatiemment le signsd du combat : à l'autre eitrémité du cirque parait leur féroce adversaire, dont une prudence peut-être injuste a raccourci les terribles griffes et limé les dents; une grosse corde fort longue , attachée à la partie postérieure de son corps et fixée à un poteau par f autre bout, Tempéche de se précipiter sur les spectateurs ou de fuir ses rivaux. Ceux-ci viennent successivement le combattre ; les cris , la fureur de rélépbant irrité par les blessures et par son aversion naturelle pour le tigr0, les bonds prodigieux, les afEreux hurlements de la béte sauvage réduite à une résistance désespérée, ofi&ent un spectacle effirayant. Enfin le tigre succombe dans ce combat inégal , mais non sans vengeance , et il expire déchiré par les défenses de ses implacables ennemis qui foulent avec fureur son cadavre sous leurs pieds.

Au milieu d'une de ces luttes sanglantes, le tigre étant parvenu à rompre sa corde , menaçait de tourner sa rage contre les assistants. Les éléphants étonnés par les cris de la multitude qui fuyait de tous les côtés, refusaient d'attaquer r ennemi, intimidé lui-même et ne profitant pas de sa liberté. Le moment était critique: sur un signe du roi , le superbe favori court au tigre , lattaque avec courage , le met à mort après un combat acharné , et revient fièrement recevoir les caresses de son maître au milieu des bruyants applaudissements des spectateurs.

L*horreur que le tigre inspire à f éléphant est habile-

ment mise à profit pour habituer ce dernier à Texplosion de Tartillerie ; une petite pièce de canon est cachée sous la peau de la héte féroce empaOlée , dont l'énorme gueule vomit à grand bruit du feu et de la fumée au moment où le novice combattant vient Tattaquer avec fureur. Celui-ci effirayé recule d*abord en jetant de grands cris; mais ramené plusieurs fois contre Tobjet de sa frayeur, il se &miliarise avec l'apparence du danger et finit par déchirer le mannequin.

Ces tigres de la grande espèce sont tirés des forêts qui couvrent les flancs des montagnes du Laos , d*où ils descendent par bandes dans la plaine pour dévorer les bestiaux. Les ravages qu'ils causent ont été parfois si grands que le roi , assez indifférent d'ordinaire aux intérêts de ses sujets, accorde à présent une récompense de quinze piastres (77 francs) par tête de tigre, et une somme beaucoup plus forte quand l'animal est amené vivant pour paraître dans le cirque contre les éléphants , ou pour combattre les criminels , genre de supplice barbare imité peut-être de ces peuples anciens dont on nous vante tant les gouvernements et les mœurs.

La manière de prendre cet animal redoutable est assez ingénieuse. Un passage étroit et obscur formé de branches d'arbres , mène à une cage au milieu de laquelle est attachée une chèvre. Aux cris de la victime le tigre se précipite vers elle et franchit la porte, qui n'étant retenue que par un &ible obstacle, se ferme derrière hii et le livre ainsi au .pouvoir des chasseurs. Malgré la récompense dont une bonne partie, il est vrai , reste aux mains des mandarins chargés de la délivrer.

le nombre des tigres diminue fort peu, et il diminue d'autant moins que les Cochinchinois paraissent les redouter beaucoup. Cependant, conmie je l'ai déjà dit, ce peuple est courageux et guerrier; la conduite quil a tenue dans les dernières guerres et la crainte qu'il inspire à ses voisins , semblent le prouver d'une manière incontestable ; mais la civilisation qui , dans la plupart des contrées d'Europe, a fait conquérir à Fhomme la propriété du sol sur les bêtes sauvages , est concentrée eu Cochinchine dans les villes, et entièrement étrangère au reste de la population qui est encore aux prises avec la misère et la barbarie. Les villages sont composés â^woL amas de cases construites en bois et en terre, d'une malpropreté dégoûtante et qui mettent leurs habitants à peine à couvert des injures de Tair. Ces demeures qui ne sont pas , comme celles des Malais , élevées sur des pieux au-dessus du sol pour être à l'abri de l'humidité dans un pays où il pleut continuellement pendant six mois de l'année , sont infestées d'insectes dangereux et de rats dont la rapacité cause les plus grands dommages. L'intérieur des cases est divisé par des nattes , seub produits de l'industrie des indigènes , en plusieurs pièces qui n'ont pour ustensiles de ménage que des vases de bois ou de porcelaine commune de Is^ Chine , et pour ameublement , qu'un grabat formé par des bambous, et recouvert de plusieurs grossières étoffes de coton. Les ornements ne sont pas plus recherchés ; ils se bornent à une image représentant d'une manière informe les traits d'un être humain de grandeur naturelle, avec une bouche, une langue et des yeux teints en

rouge , des cheveux hérissés , une longue barbe et des moustaches doires ; hideux portrait d*ua mauvais génie, le même vraisemblablement que celui des Chinois, car il ressemble parfaitement à la plupart des hideuses peintures que j*ai remarquées à Canton. Tel est à peu près , je crois, le seul point de similitude que les Cochinchinois aient conservé avec leurs ancêtre* les Chinois , si toutefois ils ont la même origine , et je suis forcé de convenir qu'il y a sous beaucoup de rapports une dissemblance complète entre les deux nations. Les sujets du cé> leste empire ne jouissent pas, il est vrai, de la réputation d'être braves et belliqueu)!, mais ils sont beaux hommes, industrieux et surtout d'tme grande propreté , qualités que leurs voisins ne possèdent certainement pas; car parmi tous les habitants de notre globe il n en est pas dé plus laids , de plus sales que les individus de* deux sexes chez ce pauvi*e peuple qui semble avoir pris plaisir à se rendre repoussant.

Les Cochinchinoîs sont généralement d'une taille audessous de la moyenne , ils ont les membres maigres et grêles ; un turban de soie noire ou de coton bleu couvre leurs têtes garnies de longs cheveux ; des yeux assez grands mais rarement bien ouverts, des pommettes saillantes , un nez large et court , un teint cuivré , une bouche énorme rougîe par le bétel et garnie de dents noires et malpropres , composent des figures fort vflaines , mais qui , au moins dans les classes moyennes ou inférieures, oflrent quelque chose de doux et de résigné, lorsque au contraire la défiance et la fausseté empreintes sur la physionomie de la plu-

part des mandarins leur donnent un air encore plus hideux.

L*habillement des hommes est simple et ressemble beaucoup à celui des Chinois (PI. 55) : la robe, ordinairement de même étoffe et de même couleur que le turban, n*a pas de collet, se boutonne sur le côté gauche et tombe plus bas que les genoux pardessus un pantalon large qui descend jusqu'aux pieds, ordinairement nus ; car il n'y a que lés mandarins auxquels il soit permis de porter une chaussure, et seulement devant leurs égaux ou leurs inférieurs. Diraije, poiu* terminer ce portrait avec la même vérité, que ces vêtements qui doivent tomber de vétusté sans avoir été jamais abandonnés un seul instant avant d'être remplacés, donnent asile à des myriades d'insectes dont les femmes disputent par gourmandise aux-hommes le soin toujours renaissant de les débarrasser !

Ce goût extraordinaire est commun à tous les Gochinchinois, même à ceux du plus haut parage; et refuser à un fonctionnaire le don qu'il vous fait d'une partie de ses richesses serdit commettre une grande &ute dont les Européens, qui ne sont nullement disposés à partager un semblable festin, ont souvent eu lieu de se repentir.

Le beau sexe n'est pas mieux partagé au physique, et n'a rien de séduisant même pour des marins auxquels une longue réclusion a fait oublier les femmes de leur pays. La Cochinchinoise va toujours nu-tête, ou momentanément coiflée d'un grand chapeau de paille , abri nécessaire contre un soleil brûlant. Ses longs cheveux

sont relevés avec peu de soin et fixés sur le derrière de la tête au moyen d'un cordon et d'une longue aiguille de métal plus ou moins prédeux. Les traits de sa figure , la forme de ses vêtements , absolument sem* blables à ceux des hommes, n'ont rien d'agréable à l'œil. Cependant la nature n'a pas tout à fiût déshérité ces pauvres créatures des attraits qui nous plaisent dans les femmes de presque tous les pays. Un regard doux et bienveillant, une taille bien prise k laquelle des seins conservés avec soin et l^èrement couverts achèvent de donner un air de mollesse entraînant , enfin des pieds petits et des mains délicates pourraient faire surmonter la sensation pénible que fiiit éprouver la malpropreté qui voile ces charmes, si la vue d'une bouche bordée de grosses lèvres pendantes, d'où le jus rougeâtre du bétel découle constanmient , et qui laissent apercevoir jusqu'à leur racine des dents entièrement noires et souvent corrodées par le contact de la chaux , n'inspirait un invincible d^oùt. Les individus des deux sexes , pour donner à leurs dents cette couleur qu'ils considèrent comme une grande beauté , les fit)ttent pendant plusieurs jours avec du citron; puis quand elles sont su£Bsamment amollies par l'acide et qu elles ne tiennent plus que très-peu dans leurs alvéoles, ils les noircissent au moyen de caustiques tirés de certaines plantes , assez communes dans le pays.

Quels avantages les Cocbinchinois ainsi que la plupart des insulaires malais retirent-ils de cette diabolique opération qui les condamne à mille soufirances aiguës et k une abstinence sévère durant plusieurs

mois ? Pressés de questions , ils répondent que c est la mode et que c'est beau. Quelle autre réponse auraient faite nos mères couvertes de rouge , de mouches et de (aux cheveux , et quelle autre feraient maintenant nos él^antes et même nos élégants presque étouffés dans leurs corsets?

La teinte de tristesse répandue sur les physionomies des femmes de la Gochinchine , leur éloignement pour la danse et pour tous les plaisirs bruyants, ne proviennent nullement de leur position, car, du moins dans le^ classes moyennes, elles jouissent, surtout avant detre mariées, dune liberté très-étendue et exercent beaucoup d* influence sur Tautre sexe , qu elles surpassent en aptitude pour les affaires et le commerce ; aussi sont-elles ordinairement, dit-on, maîtresses au logis. De leur côté les hommes déploient dans les travaux des champs une intelligence qui prouve que ce peuple bien gouverné marcherait k grands pas dans la carrière de findustrie. J*ai admiré souvent Tadresse avec laquelle les pauvres cultivateurs ménagent Tirrigation de leurs rizières, le soin avec lequel ils élèvent et entretiennent une multitude de petites digues pour contenir les eaux, enfin leur persévérance dans les fatigues qu'exigent les cultures au milieu de plaines inondées.

La douceur de caractère du Gochinchinois parait encore dans les soins qu^il prend des buffles compagnons de ses travaux; jamais il ne les maltraite, et Tanimal, logé auprès de son maître , montre pour lui une affection qui développe son instinct d'une manière étonnante et

double son utilité.

n. ao

La Cochînchine étant située sur les bords de la mer qui offre aux habitants une nourriture abondante, aurait une population d'autant plus nombreuse, si les enfants ne mouraient par milliers de la petite vérole, que rémigration est défendue sous des peines trèssévères. Je faisais observer à un mandarin le grand nombre de ces petits êtres, u II y en a beaucoup sans u doute , mais il en mourra une partie quand il fera a chaud , » me répondit le fonctionnaire avec autant de sang-froid que s'il eût parlé de la pluie ou du beau temps.

Il y a peu d'années qu* un missionnaire introduisit ia vaccine en Cochinchine , les expériences eurent un plein succès; mais le roi, après avoir fait vacciner ses enfants et quelques-uns de ses parents, défendit. au bon prêtre de répandre davantage ses bienfaits. Quelles raisons purent déterminer ce souverain à repousser Theureux moyen de préserver ses sujets d'une af&euse maladie? La crainte sans doute que la masse des habitants n'augmentât trop et ne devint plus difficile à gouverner, ou peut-être encore cet égoîsme qui parait inhérent aux institutions des peuples de l'Asie , et dont on pouirait retrouver des traces dans celles de plusieurs autres parties de Tancien monde : c est lui qui porte les rangs âevés de la population de ces contrées à considérer le trop grand accroissement des classes inférieures comme ntusible au bien-être général , et les fléaux dont les ravages les moissonnent si souvent comme une conséquence nécessaire de la marche de ia nature, qui moins fière que nous de son ouvrage et ne faisant aucune différence

entre la race humaine et les différentes espèces d* animaux, rem|>êche également de trop se multiplier et de dépasser ainsi les bornés que, dans sa sagesse, elle lui a fixées.

Une très -grande sobriété met le Gochinchinois à l'abri de la plupart des maladies suites ordinaires de l'intempérance : l'usage de l'opium lui est à peu près inconnu; il mange fort peu, ne se nourrit que de poisson , de riz , d'ignames , de pistaches et d'une espèce de pois très-petits mais asses bons. Les habitants moins pauvres joignent à ces aliments bien simples, du porc qui ne paraît que dans les grands repas , et des canards dont ils élèvent une prodigieuse quantité sans employer de moyens artificiels pour leur multiplication; mais ils partagent l'aversion des Chinois et de la majeure partie des insulaires du grand archipel d'Asie contre les poules , dont cependant ils conservent l'espèce pour avoir des œu& , que, par un goût bien extraordinaire , ils préfèrent couvés ou fermentes. Ils ne «mangent pas les bœufs ni les autres grands quadrupèdes domestiques, dont les peaux forment cependant une branche considérable de commerce avecÉmouy, et ils laissent multiplier paisiblement les chiens et les chats, pour lesquels leurs voisins montrent un goût si décidé. Les vaches ne servent qu'à la reproduction, et leur lait injipire aux indigènes une répugnance k laquelle, je crois, la superstition a quelque part, car, malgré les o&es les plus séduisantes, nous n'avons jamais pu en obtenir pendant nôtre relâche à Tourane. D'où peut provenir

l'éloignement qu'éprouve ce peuple pour le lait de ses

troupeaux et pour la chair de plusieurs animaux qui, partout ai]leui*s, servent à la nourriture derbomme, lorsque au contraire le corps de Téléphant tué par les chasseurs est partagé entre plusieurs villages et devient la cause de nombreux festins ? Malgré toutes mes re* cherches, je n'ai rien appris de satisfaisant à ce sujet.

Le Cochinchinois est naturellement triste, ne danse pas et ne chante jamais; il n'est ni bruyant ni verbeux dans la conversation , à laquelle une espèce de cadence dans le langage, un accent qui semble venir du nez, donnent quelque chose de monotone et de désagréable pour f oreille d'un étranger. Cependant k l'époque où commence l'année cochinchinoise , ce qui arrive alternativement après la douzième ou la treizième lune, cette population si paisible et qui semble végéter, se réveille pour ainsi dire; tous les travaux sont suspendus; les amis, les parents se rassemblent; la plus misérable case prend un air de fête; chaque famille tue son cochon, ses canards, et dévore dans le court espace de trois jours les économies de toute l'année; la tempérance ordinaire est mise de côté , et les hommes passent les nuits à boire une liqueur semblable au camchou des Chinois, mais qu'ils mêlent avec de l'eau-de-vie appelée rock , dont la saveur est désagréable et l'ivresse presque mortelle pour les Européens.

Cette solennité, ces jours d'intempérance ne sont pourtant pas tout à fait les seules circonstances oix les Cochinchinois semblent oublier leur tristesse accoutumée et le joug de fer qui pèse sur eux. Les mariages et surtout les enterrements sont encore des occasions de

longs repas, que la présence des mandarins» convives de rigueur, n'empêche pas d'être souvent accompagnés de débauches qui durent toute la nuit.

En langage cochinchinois , ces réunions sont désignées par une expression qui veut dire^àîre an cochon, en l'honneur sans doute de la principale pièce du festin.

Les indigènes du Tsiampa ne difièrent que trèspeu du reste de la population du royaume , avec laquelle ils sont mêlés depuis fort longtemps. Cependant, soit que le voisinage des peuples malais et des établissements européens sur les îles de la Sonde ou dans le détroit de Malaca leur ait fait faire de plus grands progrès en civilisation , soit que leur patrie, dont les dernières guerres civiles n'ont point troublé le repos intérieur, ait beaucoup profité du gouvernement sage et éclairé du dernier souverain , les indigènes de cette province sont plus industrieux et un peu moins malpropres que les Cochincbinois. Il eist vrai que leur pays n'est pas aussi montueux que l'autre partie du royaimie, et qu'il s'étend davantage en largeur à mesure qu'il s'avance vers le S. Les villages sont plus considérables, mieux bâtis, et liés entre eux par des communications plus faciles. Les plaines, qu'entrecoupent de nombreuses rivières, produisent une immense quantité de riz, principale richesse de la contrée; les forêts fournissent du bois d'aloès, de la gomme-gutte et des bois de construction aussi estimés que le teck de llnde. Toutes ces différentes productions sont portées à Saî-Gong, chef-lieu de la province et centre d'un grand commerce que les Chinois, seuls étrangers auxquels la jalouse défiance du

roi permet d*habiter ses possessions , tiennent presque entièrement entre leurs mains. Cette capitale est bien bâtie , ornée de plusieurs beaux .monuments , et renferme dans ses fortifications une armée considérable et bien exercée, de nombreux éléphants de guerre, enfin un arsenal maritime qui contient la flotte de galères toujours prête à prendre la mer pour attaquer ou repousser Tennemi , et pour protéger les caboteurs dont le port est rempli. Tout cela est Touvrage du vice-roi Tacoun , eunuque de naissance , homme sage , prudent, beaucoup plus éclairé que la plupart de ses compatriotes , aimant les Européens et surtout les Français avec lesquels il a longtemps combattu pour remettre sur le trône le roi Gya-Long , dont il était lami et le meilleur général. «Gè prince avait une si haute opinion de lui, qu'il déclara par une loi que « Tacoun a était trop vertueux pour pouvoir jamais devenir « coupable. » Le vieux guerrier a justifié cette noble confiance ; quoiqu'il soit adoré du peuple aussi bien que de l'armée, et plus puissant peut-être que son maître actuel , il n'a jamais usé de Tascendant que lui donne sa position , qu'en faveur de la justice et pour la grandeur de sa patrie. Mais malheureusement Tacoun est très-âgé , et avant peu d'années sa mort , en déUvrant le souverain de la Cochinchine d'un sujet trop puissant pour né pas 'être craint et par conséquent haï, fera tomber le gouvernement du Tsiampa aux mains de quelque obscur favori , et cette province si belle maintenant verra disparaître rapidement sa prospérité. Le Camboge, qui occupe une des extrémités les plus

méridionales de l'Asie, forme la frontière S. du Tsiampa, et s'étend f espace de soixante lieues le long de la côte S. £. do golfe de Siam.

Lies habitants de ce royaume étaient trop pacifiques pour résister à des voisins belliqueux; aussi sont-ils tributaires des Cocbinchinois, plus braves qu'eux sans doute, mais moins industrieux. Leur pays est très-plat; une multitude de^ ruisseaux répandent la fertilité dans des plaines parfaitement cultivées, qui produisent en abondance du riz , de la cannelle , de la gomme-gutte , du cardamome très-estimé, ainsi que plusieurs plantes médicinales de grand prix, enfin du coton qui, transformé en étoffes grossières , est vendu dans les pays environnants.

Le Cambogien est d'une haute taille , et fortement constitué ; ses traits n'ont rien de repoussant; et tel est le caractère doux et timide de cette nation , que mal^ gré l'attachement qu'eHe porte à son roi, rile n'a pas tenté une seule fois de secouer le joug de la cour de Hué-Fou. Il est vrai que ce serait pour tomber sous la dépendance de celle de Siam , qui probablement aurait déjà tenté la conquête de cette riche contrée, sans la crainte que lui inspirent les Cochinchinois.

Non-seulement la nature a donné au Camboge un sol fertile que couvrent de riches moissons et des productions très-variées, mais encore elle Ta pourvu d'un bon port qui lui permet de les exporter par mer. En effet, ce royaume possède la rivière de Cambosa, dont l'embouchure, située quinze lieues au S. de Sai-Gong, offre am plus grands navires un bon mouillage, d'au

tant fins précieux qu*à Vexception du petit port de Gancao , sur le goife de Siam , et dans lequel les caboteurs peuvent seuls pénétrer, toute la cote de Gamboge, depuis ce port jusqu'à Ventrée du fleuve qui conduit à la capitale du Tsiampa, est basse > inondée, très-difficile à apercevoir, et bordée de bancs dangereux pour les bâtiments, auxquels une mer très-grosse, des brises presque toujours fortes et un ciel sombre font redouter ces parages pendant Tune et T autre mousson.

Le premier abri que les navigateurs trouvent sur la côte de Cochinchine, en remontant de la rivière de Gambosa vers le N., est donc Sai-Gong , que des terres d'alluvion sépaœnt de la mer. Pour y entrer, le cap Saint-Jacques, terre haute et avancée, sert de point de reconnaissance aux pilotes du pays , qui sont toujours en station , par Tordre du vicenroi , sur Tile de Poulo- Gondor, que les grands navires doivent prudemment reconnaître avant d'approcher du continent. Un peu plus au N., par lo^ de latitude, commence la loi^ue suite de beaux ports et de bons mouillages que possède la Gochinchine. Il n'est pas de pays au monde que la nature ait plus favorisé sous le rapport de la navigation : partout des pointes ou des côtes élevées forment des baies parfaitement abritées contre tous les vents; mais ces avantages si précieux sont restés inutiles jusqu'ici aux bâtiments emppéens , qui n'en profitent que très-peu , et seulement à la suite des mauvab temps. Gependant ces côtes sont couvertes d'une grande quantité de villages , où relâchent les nombreux bateaux qui vont d'une capitale à l'autre, suivant la direction des moussons.

Parmi ces caboteurs, les uns cfaaigent du. sd daas le» vastes salines qui entourent le cap Pandaran; les autres écfamgent ie ris , les toiles de coton dn Taiampa et du Camboge, contre le sucre, les bois de oonstnju> tion, ies étofies de soie des f»t>vinces du N., et les marchandises européennes ou chinoises, apportées, à Tourane et k Fai*Fou. Mais c'est principalenient en mars que la navigation est le plus animée sur ces rivages : sdors la mousson de N. Ë. ayant perdu de sa violence, laisse la mer plus tranquille et permet aux beaux temps de reparaître peu à peu; une foule de pêcheurs s*éiancent au lai^e pour aller j»endre possession des nombreux rochers qui furent pendant kmgteropp reffroi de nos navigateurs, et qui maintenant encore, quoiqu'ils soient mieux connus , . assistent à bien des naufri^;es. . Ces em^ barcations, à peine f»ontée9 , dont la plupart ont jusqu'à cinquante pieds de loi^y sont construites grossièrement; souvent une espèce de trefllîs d'osier tDè8'4erré , et enduit de plusieurs couches de résine mêlée avec de la chaux, en forme seulement la carène; le rotin remplajce les dou» pour joindre les. bcK>dages, et des voiles de nattes font ployer les mâts de bambous. On voit pourtant qu'une longue expérience v que cette industrie qui , chez tous les peuples , a précédé les arts et leur sert souvent de guide ^ ont préssié à la. construction dos bateaux codiindiinois, auxquels leurs extrémités pointues et relevées, amsi que l'énorme balancier qlii \e& soutient de chaque coté, permettent de braver les g|rosses mers, sui^ lesquelles, emipoirtés par trois voiles en pointe et parfaitement taillées , ils re-

moiiteDl avec une étonnante rapidité contre le vent. Cest en vain que j'ai chei^hé chez les pécheurs cochindiinois cette propreté ^ cet air d'aisance et de santé qui m'avaient tant charmé daa3 les équipages des bateaux dont les colies de la Chihe sont pour ainsi dipe peuplées. IcLdes oorps maigres et. fatigué» couverts de hailloiis dégoûtants , annonçaient la misère et Tabjection : je ne reUrouvaia pas dans ces yeux ternes, sur ces physionomies lâchement résignées» ce reg^urd aspuré, cet air de faardieftse, cette. molMlité d'imagination , èaraotère distinctif du- marin ; et cepmid^nt , à l'empressement que ces malheureux mettaient à s'éloi^ gner poàr quelques tnoii^ des cotas de leur patrie, on voyait que tenrs cœnrs n'étaient point fermés enti^ment à l'amont* de la liberté. En effet, les privafkions aiutqoelles Ils sont ^oumb . pendant pinsieurs mois de l'aiinée sur des réd£i, on sur de petites ifep désertes, arides et déponrtues d'eaa d<mce 4 doivent leur paraître « quelque oruellesr qu'elles soient , moins dures que les veatations 'des mandarins; mais il Ssiudra au mois de juin , quand la moinasdn de & O. ramèopera les nàauvais temps, revemr eoooré sous le joug, et livrer à des tyrans subalternes la plus gninde partie dix fruit de longs et dangereux tmvauxi ■ > , .

) La quantité de poisson salé et d'holothuries que ces pécheurs> rapportent en Godnnchine est très -considérable, et» forme une branche lucrative de commerce dtant lèS' revenus ne sont pourtant pas supérieurs k ceuxr qne> fa pêidié jourabdière^ à laqudle la plupart des habitants doivent leur ^subsistance, donpe au roi et prio-^

cipalement aux, mandarins, qui, après avoir prélevé les droits inoiposés sur chaque bateau, s'emparent de ce qu*il y a de meilleur dans le chaigement.

En remoiitant toujours au N. et inclinant un peu vers rO. , nous troilverons d'abord les ports de Quin* Hone et de Niatrang, villes fortifiées, ayant une garnison et des galères sous les ordres de mandarins- que Ton peut appeler à juste titré le fléau de la population des cotes; puis Faî-Fou, dont noua avons déjà parié, avec son bon mouillage, que forme im groupe di'iles dont |^$ieurs sont habitées; enfin nous arriverons, à quinae lieues envifon de la càpiUde, dans la baie de Tourane, seul point du royaume Duvert'aui tiavires européeiis^ et par laquelle se terminé la longue chaîne d'excellents pcHts qui tôt ou tard attireront l'attention des jouissances de l'Europe, leurs armes et leurs pavillons.

Les nombreuses embarcatiotis appartenant à • tous ces ports doivent employer, comme on voit , beaucoup de matelots ; et si l'on frit attention ^oe le * transport des voyageurs et des marchandises se fiât presqtie exi^lu* sivement par mer sur ime ibule de caboteurs , on ne sera plus étonné de la facilité avec laqueUë Gya^Long était parvenu à feire oombattrfe leis Goehinchinoîs sur terre et sur mer avec une égale supérioifité J :

Tel est le roy aumd que ce priiice avait anbché , après de longues guerres,, aux Tunqûinois, puissamment se* bondé, dans éette hittë,' par ses fidèles sujets et surtout par révèque Dadran, missionnaire fi*ançâis auquel il avait confié l'éducation' dei son fils a!né', qui par -ses belles qualités donnait lès espérances les phiis bradantes:

Ce fut ce missiounaire qui détermioa Gya-Long à envoyer ce jeune prince en France, pour solliciter des secours auprès du gouyemement de ce pays. Uhéritier du trône parut en effet , accompagné de son mentor, k la cour de Louis XVI en 1789, et signa un traité par lequel la France s'engageak , moyennant une cession de territoire et des avantages pour son commerce, à fournir au roi de ]a Cochinchine , alors seulement maître du Tsiampa, des troupes et des vaisseaux pour reconquérir son royaume. Ensuite le négociateur retourna dans sa patrie, accompagné de plusieurs officiera français, qui eurent une grande part aux succès de Gya-Long. La révolution, qui bientôt après éclata en France, empêcha les deux parties de remplir tout esles conditions du traité.

Pendant la guerre, qui recommença avec une nouvelle violence peu de tanps après le retour du jeune prbce à Sai-Gong, l'infatigable évêque Dadran rendit les plus grands services. Excités par lui, les chrétiens, trèsnombreux dans le Tsiampa , prirent les armes et combattirent pour leur roi avec un courage et une persévérance admirables ; ceux des provinces envahies vinrent augmenter l'armée à mesure que les Tunquinois furent repoussés vers le N. Le digne missionnaire, qu'une étroite amitié Uaît avec Tacoun , quoique celui-ci n'eût pas voulu abandonner la religion de ses pères, à laquelle le fils de son maître était atrssi, dit-on, resté fidèle, assura AUX' Français une grande influence dans le conseil des mandarins.

L'évéque Dadran conserva longtemps auprès du roi de la Cochinchine , devenu paisible possesseur de son

royaume , la considération que méritaient ses k>i^ et importants services. Les chrétiens, dont le nombre avait considérablement augmenté , furent récompensés et jouirent du libre exercice de leur religion. Nos marchands obtinrent de grands privil^es , et si la France avait su profiter des circonstances, elle pouvait nonseulement s'assurer le monopole du commerce de ces contrées, mais encore obtenir la presqu'île de Tou* rane , dont la cession formait une des clauses du traité de 178g. Des fautes sans nombre, un incroyable oubli des convenances affaiblirent de si &vorables dispositions, et l'occasion fut perdue pour toujours.

Une lettre de Louis XVIII , accompi^née de présents peu dignes de la grande nation qui les donnait, fiit' portée au roi de la Cochinchine par le capitaine d'un bâtiment marchand que le commerce du sucre attirait dans ce pays. Aussi lorsque plus tard , après 1 avènement du nouveau souverain , nos frégates et même plusieurs bâtiments de guerre réunis ont visité la Cochinchine , les chefs d'expédition ont été tenus éloignés de la capitale , et les lettres dont ils étaient chaînés par le ministre des relations extérieures en France sont restées sans réponse.

L'évèque Dadran n'eut pas la douleur de voir ainsi détruites les espérances qu'il avait conçues pour l'avantage de son ancienne patrie ; la triste fin de son élève , qui était mort d'une cruelle maladie , hâta la sienne. Il termina sa carrière en 1817, dans un âge très-avancé, universellement regretté des Cochinchinois , et surtout de Gya-Long, dont la reconnaissance lui éleva un ma-

gnifiqne tombeau, qui est le raoïvumciit ht plua oiineuK de ia yiUe de Hué-Fou*

Bientôt les événemeuls firent sentir aUx deux jeunes fils que rhéiitier du troue avait laissés en mourant , combien ils devaient déplorer la pcirte de réréque Dadran, leur proteeteur et leur soutien.

Le vieuK roi, constamment préoccupé du désir d*effiaicer les traces des guerres civiles et du soin de contenir le caractère beUiqueux de ses sujets, emt assurer la paix et la tranquillité du royaume en nommant pour son sucace^eur au trône , à L'exclusion du légitime héritier, le second de ses fils, qommé Miguea-Man, né d'une concubipe, jeune prince adonné aux sciences, et qui a ciomposé en c^nob , seule langue dans laquelle écrivent les habitants de la Cochindûne, plusieurs ouvrages dont les mandarins lettrés font, à ce qu'on • prétend, très^and cas.

Cette résolution, contraire aux coutumes suivies jusr qu'dèrs, trouva une grande opposition dans le conseil, surtout' parmi les ancicins mandarins de guerre, qui connaissaient le naturel vindicatif et tyraimique du futur souverain , et portaient de l'attachement aux enfants du prince que si souvent ils avaient vu combattre au mflieu d'eux. Cette opposition, qui du restç fut inutile, alla si loin, qu'uii Aéa principaux officiers de la couronne ayant donné son opinion avec une noble firanchise qui déplut au roi , la renouvela par écrit et s'empoisonna.

En 1819 Migues-Man monta sur le trône , et justifia en peu de temps les craintes que son caractère avait

DE LA PAVOAITE. 310

inspirées : tDU5 les maodarii» ancâens compagnons de son père , dont fls avaient partagé la mauvaise fortune , tombèrent en disgrâce; les FVançais qoe le tempe et la guerre avaient épai^és eurent le même sort, et tetoumèient dans leur patrie (lo) : ils fturent remplacés par des hommes sans talents, sans importance, instruments faciles à briser et toujours disposés è obéir aveu^ément aux caprices du maître. Les chrétiens, soupçonnés peuVètre avec raison d*étre peu favorables au nouvel ordre de^obosest éprouvèrent des persécutions , et les missionnaires , après avoir été éloignés du royaume sous différents prétextes, ne purent plus y rentrer. Les sages institutions établies sous le r^e précédent et favorables au peuple , tombèrent en désuétude ; les magasins destinés dans chaque grand village à recevoir, dans les années d*abondanoe , le ris nécessaire pour nourrir les classes inférieures, pendant les famines qu*amène souvent la sécheresse, fiirent enlevés è leur destination , et les approvisionnements n en sortirent que pour être échangés , avec d'énormes gains, contre le sucre des pauvi^es cidtivateurs, dont les récoltes tombèrent entre les mains du prince, devenu ainsi le seul possesseur de la principale branche de commerce qui attire les Européens dans ses Etats« Les droits aussi forts qu'arbitraires que les martchands étrangers durent payer, servirent à augmenter encoi« les inunenses trésors que f avarice du souverain amasse dans un lieu retiré du palais, qui, dit-on, renferme plus de quarante - cinq millions de francs, auxquels viennent se joindre annuellement les produits des ri>

ches mines d*or et d'argent du Tunqnin. L*étain, que fournit également cette dernière province, transformé en mcHinaie, les revenus des terres de la couronne, cultivées par les milices , enfin les impôts perçus sur les propriétés particulières, payent non - seulement toutes les dépensés du gouvernement, mais encore les dispendieuses fantaisies d'un despote capricieux. Arrivé au pouvoir contre les voeux de la plupart de ses principaux sujets, le prince, en suivant une pareille route, n*a pas dû diminuer le noiûdkré des mécontents; il est en efiet considérable et augmente encore chaipe jour : la plupart se retirent dans le Tsiampa, auprès du vice-roi, protecteur déclaré des chrétiens. La haine du peuple, Tesprit inquiet des Tunquinois, le peu de Confiance que lui inspirent sa garde et sa cour, forcent ce malheureux prince à se tenir renfermé au fond de son palais , véritable citadelle toujours munie de deux ans de vivres , et dans laquelle il fait tenir, à ce qu'on prétend , des éléphants toujours prêts pour le transporter à la première alarme, avec ses trésors, dans les montagnes voisines ; et la crainte d'être poursuivi dans sa fuite l'a décidé même à faire venir de Calcutta un cheval anglais de graîide taille , qui pût dépasser à la course les chevaux les plus vites du pays.

Le bâtiment cochinchinois chargé de cette intéressante mission fut forcé, par la mousson contraire, d'entrer dans le port de Sai-Gong, et le voyage du précieux animal devint pour les habitants le sujet d*innonibrablés vexations : on le mit dans une énorme cage , et Ton établit, k des distances très-rapprochées , des relais

de cent hommes, pour le porter jusquà Hué -Fou, à travers un pays diflicile et montagneux. Un aussi fatigant trajet ne dut pas rétablir la santé de l'illustre voyageur, qu*une longue traversée par mer avait déjà mis en assez mauvais état ; aussi n'avait-il que la peau sur les os quand il arriva auprès du roi , qui en le voyant (ut d'abord grandement désappointé, mais eut, quelques mois après , la satisfaction de voir son coursier, auquel les forces étaient entièrement revenues, laisser loin derrière lui dans sa course les chevaux et les éléphants. Glandant jusqu'ici rien n'a justifié ces précautions , et même la foitune semble vouloir affermir de plus en plus le trône du roi de la Cochinchine : car non-seulement une formidable révolte des Tunquinois a été heureusement réprimée par les troupes, sous les ordres du vieux Tacoun, que le danger imminent avait fait appeler, mais des ennemis bien plus à craindre encore ont consommé eux-mêmes leur ruine.

Les deux jeunes princes petits - (ils du précédent roi, et légitimes héritiers de la couronne, étaient le centre autour duquel se ralliaient tous les mécontents : l'ainé mourut d'une maladie de langueur, suite de ses débauches; bientôt après, son frère, accusé et convaincu d'intimités criminelles avec sa propre mère, fut condamné à une prison perpétuelle ainsi qu'à la perte de son rang et de ses honneurs; sa complice, enfermée dans une étroite cage de fer et plongée dans la rivière, expira sous les yeux de toute la population de Hué-Fou. La même solennité avait été mise dans le procès et le jugement, auxquels assista en personne le vice-roi du II. ai

Tsiampa, que les Cochinchinois considèrent généralement comme le protecteur de cette famille infortunée. Cest ainsi que le souverain actuel a été débarrassé de deux compétiteurs dangereux ; mais aux soucis que lui donnent toujours des sujets remuants et dont il redoute avec raison les entreprises , vient se joindre une cause d'inquiétudes plus alarmante encore : je veux parier du système d'envahissement que les Anglais suivent sans interriiption dans cette partie du monde, et qui fera tomber en leur pouvoir les principaux points maritimes de la Gochinchine , quand ils le jugeront utiii i leur politique ou à leurs intérêts.

En effet, le maître de Hué -Fou, auquel les succès des Anglais dans leurs guerres contre les Birmans ont inspiré autant de frayeur qu'à ses voisins, a vu depuis cette époque ces redoutables ennemis s'approcher chaque année davantage de ses possessions, que maintenant ils pressent pour ainsi dire par les deux extrémités : au N., ils sont, comme nous l'avons déjà dit, sur le point de s'établir militairement à l'embouchure du Tigre , d'où leurs flottes domineront sur toutes les cotes environnantes; au S., le royaume de Siam, voisin du Tsiampa, et entièrement soumis à l'influence de Sincapour, est pour l'Angleterre un allié dont elle dirige la politique à son gré. Déjà, en 182g, la mésintelligence a été poussée très-loin entre la cour de Hué -Fou et celle de Siam, dont les sujets avaient égorgé sur les frontières du Camboge un mandarin cochinchinois avec toute sa suite : un semblable attentat, dont la réparation a été aussi tardive qu'imparfaite, aurait, dans d'autres

circonatan€e$ , amené une guerre terrible; mais le roi de la Cochinchine est arrêté dans ses projets de vengeance contre un ennemi trop fiûble pour lui résister, par ta crainte de fournir aux maîtres de Sincapour un prétexte d*offiîr leur médiation, qui deviendrait bientôt également £itale aux deux parties.

L'état politique du royaume est donc aussi critique à fextérieur que peu rassurant à l'intérieur, et doit causer au souverain des craintes très-vives , qui ont peutêtre influé sur son caractère et sur sa manière de gouverner. En effet , ce prince , qui parait insensible aux souffinances de son peuple, dur envers les mandarins, et sans cesse occupé du soin d'augmenter ses richesses , est, dit-on, aSable et bon au sein de sa iamille, aime à s'instruire, se fait traduire par un missionnaire firançais nos ouvrages de sciences , et possède même quelquiM connaissances en géographie. Avant d'arriver au trône, il a donné plusieurs fois des preuves d'une grande intrépidité : im jour il monta sur son éléphant favori , et s'exposa au danger le plus imminent, pour sauver la vie d'un de ses oflBciers , qui était sur le point d'être dévoré par un tigre monstrueux; enfin , juste admirateur du courage et du dévouement, jusque dans les derniers de ses sujets , il fit colonel un simple soldat qui avait attaqué corps à corps et tué un tigre au moment où l'animal furieux, échappé du cirque, faisait fiiir la multitude devant lui.

Le roi aime la justice et punit avec une grande sévérité les plus légères prévarications ; mais renfermé dans son palais et entouré de mandarins intéressés à lui ca-

ai.

cher la vérité , peut-être ignore-t-il , corame la plupart des souverains d'Asie , les vexations sous le poids desquelles ses sujets gémissent ; car il &ut convenir que tous les détails du gouvernement auxquels sa surveillance peut atteindre sont dirigés avec une activité et une persévérance qui sembleraient justifier le choix que son père a fait de lui pour son successeur.

La marine militaire n était encore composée , il y a quelques années, que de grands bateaux et de galères dont les derniers combats avaient fait sentir la faiblesse et les défauts ; l'arsenal de Hué - Fou manquait de chantiers , d'ouvriers et même d'une partie des matériaux les plus nécessaires pour construire des bâtiments semblables à ceux des Européens; cependant le roi voulut avoir des corvettes de guerre, et tous les obstacles furent surmontés : un navire bordelais , coulant bas , vint s'échouer dans la baie de Tourane ; on démonta sa coque pièce à pièce; les morceaux, apportés par mer dans la capitale, furent imités parfaitement; et bientôt, sous les .yeux du roi et par les soins d'un maître charpen* tier français , les ouvriers cochinchinois construisirent un beau trois - mâts , qui ne peut sans doute être comparé à son modèle pour la grâce ni pour les installations intérieures , mais qui est aussi solide et possède à peu près les mêmes qualités. Les mines de la Cochinchine et du Tunquin avaient fourni le fer et le cuivre; les forêts donnèrent de beaux bois de construction, et le Tsiampa offrit des mâtures dont les jonques chinoises connaissaient depuis longtemps tout le prix ; enfin une plante indigène des provinces dû S.

JW

servit à faire des cordages qui sont aussi forts que les nôtres ; mais, comme ils ne prennent pas le goudron , rhumidité les détruit promptement. Un essai aussi heureux ne pouvait être le dernier : aussi compte-t-on maintenant dans le port de Hué-Fou douze trois-mâts et vingt bricks , armés de canons de fer ou de bronze, mais qui sont peu redoutables entre les mains d*hommes mal dressés et commandés par des mandarins de guerre eur tièrement étrangers à la manœuvre de leurs bâtiments, dont la direction , quand ils prennent la mer , est confiée à des marins européens , loués à Sincapour ou à Batavia.

Cependant le roi avait eu, peu de temps avant notre passage à Tourane , la fentaisie de faire paraître dans les ports de France des navires de sa nouvelle marine ; mais son amour -propre a craint, et je crois avec raison , que la vue de leurs équipages ne donnât en Europe une triste idée de la mine ainsi que de la propreté de ses sujets; et Tespèce de réprobation dont fut frappée dans le port de Calcutta une de ses prétendues corvettes, dont la hideuse saleté fit craindre qu'elle n'eût la peste à bord , acheva de le détourner de son projet.

Mais les marines militaires des puissances de l'Europe ont- elles eu des commencements plus brillants? Les bâtiments de guerre espagnols ou portugais sont -ils, même à présent , beaucoup mieux tenus , plus propres que ceux de la Cochinchine ? Je ne le pense pas , et ces derniers ont de plus l'avantage d'être armés par des matelots sobres, agiles, endurcis à la fatigue et aux

privations , et joignant le courage et la résolution à la douceur et à l'obébsance : avec le temps et de pareils éléments , la marine cochinchinoise , déjà redoutée des nations voisines , pourra jouer un plus grand rôle dans ces mers.

Les troupes de terre et leur armement ont également eu part à la sollicitude du prince : les dix mille hommes de garde royale sont tous uniformément habillés ; leur costume a quelque chose qui plaît dans sa bizarrerie : il est composé d'une espèce de bimise sans col et sans manches, d'étoffe de coton jaune, dont la bordure assez lai^e et d'une couleur tranchante, sert à désigner le régiment; ainsi que d'un pantalon, de toile bleue ou blanche, qui descend à peine au-dessous des genoux ; enfin un petit chapeau de paille tressée , pointu et terminé au sommet par des plumes rouges et jaunes réunies en panache, un fusil finançais de munition , une giberne noire fermant à clef, achèvent de donner un air presque martial au soldat cochinchinois. (PI. 54.)

Mais c'est principalement sur f arsenal que le roi semble avoir tourné ses soins : le nombre des ouvriers nationaux ou chinois a été considérablement augmenté, et les ouvrages en tout genre qui sortent de leurs mains, quoique imités pour la plupart, frappent d'étcm^ nement par le fini du travail. Le subrécai^ue d'un bitiment français qui faisait depuis plusieurs années le commerce avec la Cochinchine, avait apporté à ce prince un fusil à quatre coups et à piston , richement monté , ouvrage curieux d'un des meilleurs armuriers de Paris :

à peine deux mois s étaient -ils écoulés qu un mandarin rapporta au marchand français le même fusil, avec sa copie» si parfaitement exécutée, quelle ne fut que difficilement reconnue. Petit triomphe auquel, à ce qu*il parait , Tamour- propre du souverain tenait beaucoup.

On peut conjecturer cependant que les ateliers royaux ne fabriquent les armes à feu qu'en petite quantité et à grands lirais; car les quarante mille fusils qui sont tenus en réserve dans l'intérieur du palais ont été vendus par les négociants français, lesquels fournissent encore maintenant à la cour de Hué-Fou tous les objets de luxe et ce qui est nécessaire à Tarmement des troupes ; mais ces deux branches d*importation ont beaucoup diminué depuis qu elles sont soumises aux caprices du roi , qui seul k présent leur donne quelque activité.

Lorsqu en 1 8 1 5 la paix ouvrit de nouveau la route des pays éloignés à nos bâtiments de cojnmerce, quelques armateurs, guidés sans doute par de bons renseignements, allèrent à la Gochinchine, et y furent fkworaUement accueillis. Lies marchandises qu'ils apportaient n avaient jamais paru ou étaient oubliées depuis bien longtemps dans ces contrées, dont les habitants ne commerçaient qu'avec les Chinois: mais à cette époque, le royaume commençait k éprouver l'heureuse influence de la paix et d*un bon gouvernement ; le vieux roi paya de ses trésors tout ce dont son armée, ainsi que ses arsenaux, était dépourvue; et la cour, qui depuis quelques années seulement avait quitté la vie des camps, voulut jouir des douceurs du luxe et d'une civilisation

avancée. L*honorable opinion que les mandarins français avaient donnée de leurs compatriotes, la grande influence qu'ils exerçaient sur la population, firent accorder la préférence aux produits de notre industrie sur ceux des autres nations européennes , et assurèrent une protection particulière à nos marchands. Aussi les expéditions furent heureuses et les cargaisons s écoulèrent promptement : ces dernières étaient composées de fusils et d'effets d'équipement pour l'armée ; de meubles pour les appartements; d'armes de prix; de quincaillerie; de cuivre , de fer et d'acier ouvrés ; enfin d'une grande quantité de soufre pour fabriquer de la poudre , ainsi que de cent autres approvisionnements nécessaires dans les arsenaux. Â tous ces différents objets , tirés de nos manufactures ou fournis par notre sol, se joignaient encore beaucoup d'étoffes communes de laine ou de coton , dont la consonunation s'accrut rapidement dans les classes inférieures, trop pauvres pour payer les soieries de la Chine ou du Tunquin.

En échange de leurs cargaisons , les bâtiments français reçurent du sucre d'une qualité très-estimée pour les ra£Bneries , et qui pourtant leur était livré à un prix d'autant plus modéré, que d'année en année les récoltes augmentaient, et en même temps la consommation des marchandises qu'elles devaient payer; Tor et principalement l'argent entraient pour une petite partie dans les retours, et ofiaient quelques avantages aux marchands.

De si favorables commencements semblaient annoncer que la France avait enfin trouvé une contrée où les produits de son industrie n'auraient point à i*edouter

la concurrence de riYaux qu'efle retrouve partout; mais cette incompréhensible fatalité qui semble présider aux destinées de notre commerce maritime, et s'attacher à toutes ses entreprises, est venue d*abord a£faiblir de si belles espérances, puis les faire disparaître presque entièrement.

Les nouvelles lois qui en 1 8a 5 imposèrent d*énormes droits sur les sucres de Manille, à leur entrée en France, dans rintérêt peut-être mal entendu de nos petites colonies, firent sentir, comme nous Tavons déjà vu, leur effet désastreux au conunerce de la Gochinchine , commerce exclusivement basé sur cette denrée : au lieu de cinq ou six navires qui arrivaient autrefois annuellement dans la baie de Tourane , fl n*y en parait aujourd'hui qu'un seid tous les deux ans ; et encore Tarmateur, qui est forcé d'âever beaucoup le prix de ses marchandises pour compenser les pertes auxquelles il doit s'attendre, à son retour en France , sur la vente des sucres qu'il a reçus en payement, se dé&it difficilement de sa cai^aison. Cet abandon commence à avoir des conséquences faitales pour nos relations avec ce pays , car le roi , qui exerce, comme je l'ai déjà expliqué, une espèce de monopole sur les sucres, et qui en outre a planté de cannes une immense surface de terrain , ne sachant plus comment se défaire des produits dont ses magasins sont encombrés depuis plusieurs années , s'est décidé à envoyer ses bâtiments porter à Java, à Sincapour et même dans l'Inde des chargements de sucre qui , heureusement pour nos marchands, ont été mal vendus, ou échangés à grand'perte contre des diamants et d'au-

très pierres précieuses, pour lesquelles ce prince oiootre depuis quelque temps un goût aussi prononcé que dispendieux : mais ces tentatiYes, que nos rivaux encourageront sans aucun doute , finiront par obtenir un plein succès , et les établissements anglais fourniront alors la Cochinchine des marchandises qu'elle recevait de nous auparavant. Ainsi donc la France laisse encore échapper cette heureuse occasion de ranimer son commerce maritime , par les mêmes fautes qui depuis dix*sept années de paix lui en ont fait perdre tant d'autres ; &utes qu ont fait commettre la partialité ou Tignorance qui semblent avoir présidé jusqu'ici à la rédaction d'une foule de lois de douanes que chaque année voit mettre h exécution et l'année suivante rapporter.

Un jour sans doute, et cette époque n'est peut-être pas éloignée, ]e commerce entre les différents peuples lie sera plus que l'échange libre des produits de leur territoire et de leur industrie ; mais en attendant cette révolution, dont les résultats tendront à rapprocher les nations agricoles et les manufacturières , la France a bien des intérêts à ménager : celui de sa nombreuse population^ celui de ses manu&ctures , celui de son commerce maritime, et enfin, le moins important de tous , celui de ses colonies : c'est entre ces partis opposés qu'est engagé dans ce moment un débat auquel les manufactures ne prennent qu'une part secondaire» / et dont le commerce des sucres est le sujet intéms-

* sant.

Trente millions de consommateurs attendent que le prix de cette denrée, qui est maintenant de première né-

oessité, seh abaissé ; quelques milliers de cdons exigent au contraire que les produits de leurs habitations soient soutenus k une haute Yaieur; enfin notre cammeroe ■laritime expirant sollicîle de roccupation, mais en craignant d*étre mis en concurrence avec des marines étrangères dont les bâtiments naviguent à beaucoup meilleur marché que les sietis. QoeUe que soit la solution d'une aussi importante question « elle lésera sans doute bien des intérêts ; mats il me semble que ceux de notre eommerce extérieur doivent et peuvent être ménages. A n'envisager la question que sous ses rapports généraux , il est aisé de voit* que le seul moyen de feire baisser le prix du sucre en France est de recevoir cdui qui vient des pays étrangers. Mais cette mesure présente deux cas : les sucres sèrràt^ils importés ches nous par les bâtiments étrangers concurremment avec les nôtres? ou bien ceux - ci auront-fls seuls le droit d'y introduire cette denrée, quel que soit le pays d'où elle proviendm? En admettaùt le premier cas , qu'arrivera-t-il ? Les Anglais, et piincipalement les Américains, se précipitefont dans nos ports; et telle est réconoaaie que ces étranger^ mettent dans leurs armements et la préférence accordée dans tout le mcmde à leurs marchandises sur les nôtres , qu ils pourront , ma%ré tous les droits dont on aura pu frapper raisonnablement les sucres apportés par eufii , livrer au même prix que les armateurs nationaux cette denrée, prise peut-être par les uns et les autres à la même source. D'un autre côté, nos colonies , que le nouvel ordre de choses aura affivm^ies nécessairement, et peut-être â leur grand r^ret, du mont^ole.

assurément fort illusoire, que la métropole exerce sur elles, vendroot leurs productions aux marchands étrangers . alors les bâtiments français, que la concurrence repoussera des deux cotés, seront réduits à une condition pire que celle sous laquelle ils gémissent maintenant. Mais si la France, adoptant l'autre système, reçoit uniquement les sucres des Philippines et de la Cochinchine importés par des bâtiments français, elle donnera, suivant toute apparence , de l'activité à son commerce maritime, è ses manufiictures des débouchés qui prendront avec le temps une grande extension , et aux consommateurs le sucre à meilleur marché ; enfin nos colonies, quoiqu'elles. soient sacrifiées à l'intérêt général, n'auront pas i craindre une concurrence que leur permettront de soutenir des droits bien balancés et établis sur la connaissance certaine de la valeur du fi^ pour Manille et Tourane et du prix d'achat des sucres dans ces deux places.

J'ai déjà montré, quand il a été question de nos relations avec Manflle, combien il était fâcheux que la France eût né^igé les avantages certains qu'offraient les Philippines ; l'abandon dans lequel a été laissée la Cochinchine doit aussi inspirer des regrets d'autant plus amers que des essais heiuvux pnMnettaientde beaux résultats pour l'avenir, et que tout semble conspirer maintenant pour détruire même les espérances que l'on aurait pu conserver.

En e£fet les ciroonstances , si favorables d'abord pour nos marchands , ont beaucoup chaîné depuis quelques années, et nos infiitigables rivaux cherchent à nous enle-

yer on trésor dont nous n'avons pas su profiter. Depuis la fondation de Sincapour, qui , semblable à un phare élevé, projette sa clarté sur tous les pays environnants, les Anglais ont vu les avantages commerciaux que pouvait leur offrir la Gocbinchine , et dès lors ils ont cherché k les obtenir. Mais leurs marchands avaient à vaincre la défiance et la crainte qu'inspirent les maîtres de Flnde aux souverains malais : aussi toutes les tentatives qu'ils firent pour s'introduire à Tourane ou à Sai-Gong furent déjouées; les bâtiments, bien reçus en apparence, ne purent vendre leurs cargaisons et ne trouvèrent aucune production du pays à acheter. Le gouvernement de Sincapour ne Ait pas dupe de ces ruses et adressa de très - vives réclamations à la cour de Hué-Fou contre la protection spéciale qu'elle accordait aux bâtiments français ; ces réclamations n'ayant eu aucun résultat favorable, le gouverneur général du Bengale envoya en i8aa un de ses principaux officiers au souverain actuel de la Gocbinchine pour lui présenter une lettre et de très - beaux présents. L'Anglais débarqua à Tourane et fut admis dans la capitale, où il reçut un magnifique accueU; cependant, malgré ses instantes sollicitations , il, ne put voir le roi , en la présence duquel , d'après l'usage , l'envoyé d'un souverain peut seul être admis. Les dépêches furent ouvertes par le mandarin des étrangers, qui du reste accorda, au nom de son maître , les demandes qu'elles contenaient , excepté la plus importante pour les Aurais et la plus dangereuse par ses conséquences pour la cour de Hué- Fou, celle dont le but était l'admission d'un consul

britannique dans le royaume , et qui fut repoussée sous différents prétextes , dont le plus plausible était que la France avait précédemment éprouvé le même refus. Toys les résultats de l'ambassade se bornèrent à la pro> messe &ite aux Anglais de n exiger d'eux que les droits que payaient les Français : promesse dérisoire, car nos rivaux n'en reçurent pas un meilleur accuefl dans les ports du royaume ; mais ce qui dut les en consoler, c'est qu'elle fit perdre beaucoup à nos marchands , pour lesquels ces niêmes droits qui, jusqu'alors, avaient été asses équitablement fixés d'après le tonnage des navires , n'eurent plus d'autre tarif que les caprices ou les intérêts du roi et souvent des mandarins. Notre commerce avec les habitants (îit soumis k mille entraves et k des exactions sans nombre ; enfin la cour de Hué- Fou englobant tous les étrangers dans sa haine contre les Anglais , et craignant par - dessus tout de donner encore lieu aux plaintes du gouverneur de Sincapour, éloigne maintenant les Européens et s'oppose de tout son pouvoir à leur séjour sur le sol de la Gochinchine. Tel était , quand la Favorite parut dans la baie de Tourane , l'état peu riant de nos a&ires , et que des événements déplorables étaient «icore yenus compliquer récemment. Au lieu du navire de Bordeaux le Saint- Michel, dont mes instructions annonçaient la présence pour cette époque en Gochinchine , nous ne trouvâmes que son malheureux équipage , qui après avoir échappé & un naufirage terrible comme par miracle, manquant de tout , en proie aux maladies et à toutes sortes de privations , restait livré k l'insolence des autorités du pays.

Notre arrivée changea la position de ces pauvres naufragés , qui trouvèrent dans les oflEiders et les matelots de la corvette des compatriotes et des amis , dont ils vinrent partager presque tous , pendant le reste de la campagne, Texistence aventureuse et les dangers. Il est triste d'ajouter que, malgré les soins multipliés dont ils furent Tobjet, plusieurs d'entre eux succombèrent aux suites des soufirances essuyées précédeipment ou aux maladies contractées dans un pays malsain ; les autres ont rivalisé de zèle et de dévouement avec leurs camarades de la Favorite , et je les ai toujours comptés parmi nos meilleurs matelots.

Le consul , que le Saint-Michel apportait de France , avait subi le même sort que les autres passagers : il était comme eux réduit au dernier dénûment et habSlé à la mode du pays. De semblables circonstances devaient être fort peu favorables au succès de son voyage , entrepris dans le but de se faire accréditer aupjrès du souverain cochinchinois : aussi M. Chaigneau avait été accueilli avec peu d'égards par le mandarin des étrangers, qui avait rejeté ses lettres de créance et ne tolérait qu'impatiemment son séjour à Tourane.

Pour un gouvernement aussi défiant , aussi soupçonneux que celui de la Cochinchine , peu habitué â la visite de bâtiments de guerre, la présence d'une grande corvette, armée d'un nombreux équipage, devait être un sujet de vives inquiétudes; en effet j'eus bientôt mille affaires à démêler avec toute la diplomatie des mandarins , qui sans doute me soupçonnaient d'avoir des projets belliqueux, lorsque nous ne demandions que

du repos, un peu de liberté et surtout d'abmidantes provisions ; ce fut justement cette dernière et bien innocente demande qui m'attira une multitude de tracasseries auxquelles notre départ seul put mettre un terme. Jai déjà dit que les Gochinchinois mangent fort pea et ne vivent ordinairement que de riz et de poisson : quel dut donc être leur étonnement quand ils virent le grand nombre de bœufs, de cochons et de canards achetés chaque semaine au marché pour nourrir cent quatre-vingt-cinq Français de bon appétit! En peu de jours les villages voisins furent épuisés : il fallut avoir recours à Fai-Fou, et cette énorme consommation persuada aux autorités que la Favorite contenait une armée.

' Ce bruit une fois propagé, et, suivant la coutume, exagéré encore à la cour par une suite de rapports journaliers, nos moindres démarches devinrent Tc^jet d'un espionnage continuel; en vain nous évitions avec soin de donner le plus léger motif de plainte ou même d'inquiétude à nos surveillants, chaque jour n'en amenait pas moins de nouvelles vexations : tantôt les marchands, secrètement menacés par les mandarins , refusaient , à leur grand regret , de nous vendre les provisions dont nous avions besoin ; tantôt , sous quelque prétexte dénué de fondement, l'entrée du village de Tourane, qui avait été interdite dès notre arrivée aux matelots de la corvette , était refusée pendant plusieurs jours à leurs officiers et à moi; enfin, dès que l'un de nous s'éloignait un peu du rivage désert sur lequel dominaient nos canons , il était suivi de plu-

sieurs soldats , qui parfois , devenant plus audacieiu , le forçaient à revenir sur ses pas. En vain je portai des plaintes très-vives au mandarin de guerre et à son confrère le lettré (PL 56), pauvres diables qui u étaient ni guerriers ni savants , mais que les petits présents dont je les comblais en secret avaient disposés en notre faveur; il est vrai que, surveillés eux-mêmes et toujours tremblants , leur bonne volonté se bornait à des promesses stériles.

Enfin, après une longue attente, je reçus Tavis officiel qu'un grand mandarin favori du roi était arrivé & Tourane pour conférer avec moi sur les moti£} de ma relâche en Gochinchine. Un vaste hangar construit en bois et environné de nattes , espèce de maison commune qui occupe le centre de presque tous les villages cochinchipois , fut désigné pour le lieu de Tentrevue et entouré de troupes que Ton avait £dt venir de plusieurs points de la province pour servir de garde d'honneur à Tenvoyé du souverain.

De mon coté , je fis mettre à terre soixante matelots en uniforme des équipages de ligne , le casque en tète , le fusil au bras, et tous sans exception dans une brillante tenue. Bs formèrent la haie en dedans de la foule des s<4dats cochinchinois , depuû la maison commune jusqu'au rivage, sur lequel je débarquai dans l'aprèsmidi, entouré de l'état major de la Favorite. (PL 5i.) Le grand mandarin fit la moitié du chemin pour venir . au-devant de moi , me présenta la main , et nous entrâmes avec nos cortèges sous le hangar, où nous trouvâmes ime collation servie sur une longue table, autour

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