‹ Voyage autour du monde par les mers de lI̓nde et de Chine exécuté sur la corvette de le̓́tat la Favorite pendant les années 1830, 1831 et 1832 sous le commandement de m. LaplaceChapitre 47 sur 53 · DES AFFAIRES QUI ONT EU LIEU APRÈS LA PRISE DES QUATRE, FRÉGATES · texte numérisé non relu

DES AFFAIRES QUI ONT EU LIEU APRÈS LA PRISE DES QUATRE, FRÉGATES

A S. E. LE MINISTRE DE LA MARINE ET DES COLONIES. Ile-de-France. le 26 septembre 1810.

« MoxsriGNEUR,

«Après les événements que j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre

NOTES. 507 Excellence par ma dépêche du 18 septembre, j'ai à vous informer des suites de la victoire remportée par la division Duperré.

« Le 29 août, le capitaine de vaisseau Hamelin, après avoir coopéré avec sa division à la reddition de la frégate l Iphigénie et de l'ile de la Passe, ayant aperçu une frégate ennemie (c'était la Bodicea) ; il lui appuya la chasse avec la Vénus et la Manche ; mais malheureusement il ne fut pas possible de l'atteindre pour la combattre.

« La frégate l'Astrée, qui avait été détachée le 28 de la division Hamelin pour éclairer la partie du nord de l'ile, assurer les communications entre le port Impérial et le port Napoléon , et rentrer incessamment dans ce dernier, reprit, le 30 août, la mouche n° 23, tombée précédemment au pouvoir de l'ennemi.

«Le même jour, la corvette l'Entreprenant s'empara de l'aviso la Loterie, ci-devant corsaire armé à l'île Bonaparte, et qui venait d'y introduire trois prises quand cette île tomba au pouvoir des Anglais. J'étais encore au port Impérial lorsque je fus informé de la rentrée de l'Astrée et de l'Entreprenant au port Napoléon. On s’occupait avec la plus grande activité de remettre en état d’appareiller les bâtiments de la division Duperré, avec ses prises. La frégate l'phigénie et Ja corvette le Victor étant déjà en état de pouvoir sortir, je me décidai à former une he. 5 ces pus bâtiments avec l'Astrée et l'Entreprenant. Le c: au coinmandement de ? Tphigénie qui fut fournie d'un cg or et des apr it besoin. Je donnai l'ordre de sortir au premier vent favorable ; en même temps je prévins le capitaine Lemarant , commandant l’Astrée, ainsi que le capitaine de la corvette l'Entreprenant, de se disposer pour mettre sous voiles au premier ordre.

«Je revins le 1° septembre au port Napoléon. H m'est impossible, Monseigneur, de vous exprimer avec quelle allégresse je fus reçu à mon arrivée par les gardes nationales, les troupes, les fonctionnaires publics et les habitants de toutes les classes ; l'air retentissait des cris, mille fois répétés de vive l'empereur ! vive Napoléon le Grand!

« Le 3 septembre, l'Astrée et l Entreprenant sortirent pour aller opérer leur jonction avec les deux bâtiments qui devaient appareiller du port Impérial, et qui le firent effectivement le 1°* septembre. La contrariété des vents ne permit pas que ces deux expéditions ‘venant d'un point différent, se rencontrassent aussi tôt que je l'avais présumé. L'Astrée captura, le 5 septembre, la goëlette l'Alexander, partie du cap de Bonne-Espérance le 6 août. Ce bâtiment était chargé de marchandises envoyées à l'ile Bonaparte, qu'on supposait alors au Cap être au pouvoir des Anglais. Cette prise entra au port Napoléon le 6 septembre.

- «Le 8, je retournai au port Impérial pour m’entretenir avec le capitaine Duperré, dont la santé se rétablissait. Je le trouvai déja à son bord et ses bâtiments mis en état convenable pour appareiller aussitôt que les vents le permettraient. J'y fus informé que l'Astrée et l'Iphigénie avaient fait leur jonction, le 9 septembre, devant le port, et que le capitaine Bouvet, commandant de cette division, en avait détaché le Victor pour venir chercher divers objets dont l'Iphigénie, disposée à la hâte, se trouvait avoir besoin.

« € 108 tembre, une frégate anglaise vint reconnaître l’île de la Passe et le port Impérial. Le lendemain matin elle fut signalée donnant chasse à un brick sur la côte de la Poudre-d'Or. Quelque temps après, on signala que cette frégate avait des avaries dans sa mâture; enfin , que les péniches attaquaient ce brick : c'était l'aviso n° 23, commandé par l'enseigne Massieur, et expédié du port Napoléon pour porter divers objets nécessaires à la division Duperré. Cet aviso ayant manœuvré habilement , était parvenu à se réfugier dans une crique sur la côte du nord; les habitants de cette partie de l'ile s'étaient empressés de marcher pour aller donner secours au n° 23. Le commandant de ce quartier, M.-Hubert Martin, qui s'était de bonne heure aperçu de la poursuite que faisait l'ennemi, avait également dirigé des secours avec des pirogues conduites par le capitaine Dolvire, de la garde nationale. Tous ces braves gens se trouvèrent réunis si à propos au dieu de refuge où s'était jeté l'aviso, que les péniches qui avaient entrepris de l'enlever ou de le brüler furent vivement répoussées.

L'aviso fut ensuite remis en état par l'activité des officiers et de l'équipage, et par les secours qui furent donnés par ceux qui l'avaient si bien défendu. Le lendemain ce bâtiment appareilla pour remplir sa mission. J'ai été informé depuis que cette attaque avait coûté à l'ennemi une vingtaine d'hommes tués ou blessés.

«Après les succès obtenus au port Impérial, j'avais considéré qu'il fallait profiter de la victoire et qu'il importait d'établir une croisière sur l'île Bonaparte, soit pour intercepter les navires de l'ennemi qui pouvaient y arriver, soit pour détruire la Bodicea , si la division Hamelin n'avait pas eu ce bonheur. Le capitaine Bouvet, aussitôt sa jonction opérée, devait en outre détacher une de ses corvettes pour aller explorer les côtes de Madagascar, où je phésurmais qu'on pourrait rencontrer des bâtiments ennemis occupés à y prendre des approvisionnements.

« J'ai annexé à ma précédente lettre le rapport de M. Hamelin, dans lequel Votre Excellence verra que seulement quelques chances des vents, favorables à la Bodicea , l'avaient sauvée de tomber en notre pouvoir, ainsi que les motifs du retour de cette division à l'Ile-de-France.

« À mon retour au pe Napoléon, le 14 septembre, je reçus l'agréable nouvelle qu'un transport ennemi avait été aperçu la veille au mouillage de l’Ile-Plate: le lieutenant Morice, commandant la corvette le Victor, s'en était emparé et l'avait amené dans le port. I y avait à bord trois cent cinquante cipayes, des munitions de guerre, entre autres quarante milliers de poudre, et 30,000 piastres environ.

« L'enseigne Gauthier, pris avec là mouche n° 23, dans le mois de juin, se trouva sur ce transport. Il apprit que ce navire venait de Rodrigue; que la frégate l’Africaine , capitaine Corbet, partie de Londres à la fin de juin, y avait touché, et que de là cette frégate s'était dirigée pour venir à l'He-de-France, etc.

« Alors il n'y eut pas de doute que ce bâtiment qui avait paru devant le port Impérial le 10 septembre, et qui avait entrepris de s'emparer de nouveau de la mouche n° 23, sur la côte du nord de l'Hle-de-France, était la frégate l'Africaine.

«C'était un surcroît de force pour l'ennemi, sur lequel je n'avais pas dû compter; c'était le capitaine Corbet, l'âme de toutes les entreprises de destruction exercées contre ces deux îles.

« Sur ces entrefaites on signala, le 17, à huit heures du matin, une voile à trois mâts au vent. Ses manœuvres la faisant ; suspecte, je prévins le capitaine Hamelin de se ebipeôt à sortir au premier ordre. Une heure après, les vigies dirent que ce bâtiment se dirigeait pour venir devant le port Napoléon, et qu'il élait vaisseau de guerre. Vers midi, quand il fut en vue du port, on le jugea vaisseau de la compagnie.

« La Vénus et le Victor firent de suite leurs dpiitions d'appareillage , sorürent du part et donnèrent chasse à l'ennemi, qui pouvait t alors se trouver à environ douze milles sous le vent du port, dont il avait passé à peu près à la même distance au moment de l'appareillage. Un caboteur qui rentrait annonça à M. le capitaine Hamelin qu'ayant passé assez près de ce bâtiment, qui avait expédié après lui une embarcation, laquelle lui avait envoyé quelques coups de fusil, il lui avait paru être un vaisseau de compagnie. D'après ce récit, on supposait que c'était encore un bâtiment chargé de troupes, et on dut s'attendre à le voir revenir le lendemain avec la Vénus.

« Le 18, les vigies ne signalèrent qu'un brick sous le vent.

« Le 19, à huit heures du matin, elles signalèrent un trois mâts arrivant du vent sur l'Ile-de-France ; il fut reconnu ennemi, faisant route pour passer devant le port Napoléon ; s’y trouva entre onze heures et midi. Son éloignement ne permettait pas de bien juger ce qu'il était ; on le présuma cependant être un vaisseau de transport. Cosempe ÿ: Saei dans le pork l'aviso le Lutin, petite goëlette d'une ; que j'ai fait construire afin d'avoir un moyen d'aller aux en dur j'expédiai cet aviso, commandé par le lieutenant de vaisseau provisoire Dutertre, et je lui donnai l’ordre d'aller à la reconnaissance de ce bâtiment et d'agir à cet égard selon qu'il le jugerait à propos.

« Le même jour entra un parlementaire que j'avais nil le 7 à l'île Bonaparte pour y porter des femmes et des enfants, et quel-

NOTES. 5IL ques hommes du nombre de la grande quantité de prisonniers de la division Duperré, ainsi que pour pressentir M. le Léo sur un échange:

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de faire ee. re On lui remit cependant les personnes que je luïavais envoyées.

« ne fut pas permis au capitaine du parlementaire de descendre à terre; on lui envoya, avec les paquets à me remettre, des Moniteurs jusqu'au 25 mai, provenant de la goëlette la Clara , sortie de Bayonne et arrivée en soixante-quinze jours: Le capitaine de ce bâtiment a laissé prendre les dépêches de Votre Dans une gazette du 13 août, les Anglais ont fait imprimer partie de votre lettre du 31 mars 1810. Votre Excellence verra dans cette gazette, ainsi que dans les exemplaires de deux proclamations qu'on avait aussi joints aux Moniteurs, tout ce qu'on a fait pour subjuguer l'esprit de la majorité des habitants de l'île Bonaparte, qui est loin d'éprouver de la satisfaction d’être sous le joug anglais.

« Dans l'après-midi du 20, on signala de nouveau des bâtiments louvoyant pour approcher de terre. On supposait toujours que c'était la Vénus avec des prises. Enfin le lendemain 21, deux de ces bâtiments furent reconnus être l'Iphigénie et l'Astrée, avec une prise faite la veille : tous les trois prirent mouillage au port Napoléon, à quatre heures après midi. Le capitaine Bouvet descendit bientôt à terre. Je m'attendais qu’il allait m'annoncer que c'étaient les forces supérieures de l'ennemi qui l'avaient déterminé à rentrer, et qu'il n'avait eu d’autres succès que la prise qu'il avait faite à la vue des vigies (c'est une corvette de la compagnie, l'Aurore, armée de 16 bouches à feu, cent hommes d'équipage, et partie de Madras le 16 août); mais, Monseigneur, le capitaine Bouvet avait eueilli de nouveaux lauriers. Vous verrez dans son rapport ci-joint, comment les deux frégates sous son commandemént ont combattu et réduit en une heure un quart la frégate anglaise de 40 canons l’Africaine,

« Malheureusement on n'a pu avoir de cette frégate que ce qui restait d'hommes qui n'avaient point été tués ou blessés, et quelques munitions.

« Le 22, dans le moment ou les deux frégates & S. M. qui viennent de soutenir si glorieusement l'honneur du pavillon français arrivaient au mouillage, on signala le Victor. Je conjecturai que si la Vénus ne FaEpag init pas, c'est qu'elle était plus en arrière : le Victor n’arriva au port que le lendemain 23.

«I est bien pénible, Monseigneur, de troubler à présent la satisfaction qu'excitent des actions aussi brillantes que celles dont j'ai l'honneur de présenter le tableau, par le récit d’une action encore plus éclatante, laquelle malheureusement n'a point été couronnée de tous les succès auxquels le capitaine Hamelin avait tant de droits de prétendre.

« Le bâtiment sur lequel il s'était dirigé le 17, était une frégate qui s'était masquée; entre autres déguisements, elle avait une fausse dunette. Le capitaine Hamelin l’atteignit pendant la nuit, quoiqu'elle eût près de quinze milles d'avance, lorsque la Vénus appareïlla. Elle fut vivement attaquée, combattue sous toutes les voiles, ne voulant point s'arrêter, et forcée de se rendre. après deux heures et demie de combat.

« Le Victor, qui n'eut pas ce jour-là une marche aussi avantageuse qu'à son ordinaire, ne put arriver que lorsque l'ennemi ne tirait plus; car autrement cette corvette aurait coopéré sans doute à une plus prompte reddition ; la Vénus n'aurait pas eu probablement autant d'avaries, et tous ensemble ils ne se seraient pas trouvés aussi rapprochés de la côte de l'ile Bonaparte, où se termina le combat; voisinage qui donna l'éveil aux forces ennemies, qui sortirent de Saint-Paul pour venir attaquer la Vénus avec sa prise, ce qui malheureusement leur réussit. Après trois quarts d'heure de combat, le capitaine naar sg dans la À ares obligation d'amener son pavillon, qu'i Avant de s'engager de nouveau avec l'ennemi, il avait donné ordre au Victor de faire route pour Y He-de-France, afin de m'iniformer de

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NOTES. 515 ce fâcheux revers de fortune, dont les circonstances sont exposées dans le rapport de M. Morice, annexé à la présente.

« La frégate ennemie réduite à amener son pavillon par la Vénus, est le Ceylan, de 40 canons; elle portait le général Abercrombie, destiné à prendre le commandement de l'ile Bonaparte.”

« Je suis heureux d’avoir à prier Votre Excellenee de mettre tant d'actions éclatantes ‘sous les yeux de S. M. Les capitaines, les ofhciers et équipages de ses forces navales dans ces mers ne peuvent mieux se recommander que par le tableau de leurs faits d'armes.

« Signé DECAEN. »

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