‹ Voyage autour du monde par les mers de lI̓nde et de Chine exécuté sur la corvette de le̓́tat la Favorite pendant les années 1830, 1831 et 1832 sous le commandement de m. LaplaceChapitre 49 sur 53 · RAPPORT DU LIEUTENANT DE VAISSEAU MORICE · texte numérisé non relu

RAPPORT DU LIEUTENANT DE VAISSEAU MORICE

Commandant la corvette le Victor, A S. E LE GÉNÉRAL DECAEN.

« Mox cénénaL |

« Le 17 septembre, étant appareillé du port Napoléon avec la frégate la Vénus pour donner la chasse à un bâtiment qui était en vue, je vis bientôt que la Vénus avait un avantage de marche considérable sur la corvette que je commandais. Je tentai tous les moyens que j'avais pour acquérir plus de vitesse, mais ce fut en vain, car à six heures du soir le commandant était à quatre ou cinq milles sur l'avant à moi, et le bâtiment ennemi m'avait beaucoup gagné.

«A ‘deux heures du matin on aperçut quelques amorces qui étaient brülées de l'avant et un peu sous le vent à moi. Je gouvernai d'où partaient ces feux, présumant bien que ce ne pouvait être que la Vénus; peu de temps après, ces amorces se répétèrent si vivement, que je ne doutai plus que le commandant avait atteint le bâtiment ennemi et le combattait. On voyait alors la terre de Bourbon par notre travers, à bâbord. Je ne pouvais reconnaître entre ces deux navires lequel était le commandant; enfin, à cinq heures, étant à portée de canon, je fis rentrer les bonnettes, carguer les basses voiles et les perroquets. Dans ce même moment, je m'aperçus que ces deux bâtiments étaient démâtés de leurs mâts de hune et un de son mât d’artimon; chacun était à son poste et prêt à combattre : le feu cessa alors, et je reconnus la Vénus. Je passai à portée de pistolet de l'ennemi sans qu'il tirât sur moi. Je laissai arriver lof pour lof et lui passai encore à la même distance sans qu'il tirât. Je vins auprès du commandant, qui m'ordonna de demander à ce bâtiment s’il était amené : j'exécutai l'ordre sur-le-champ, et vins lui rendre compte que l'ennemi s'était rendu. Je mis aussitôt en panne et j'envoyai un canot, commandé

NOTES. 519 par M. Ménager, enseigne de vaisseau, pour prendre les officiers de ce bâtiment et les transporter à bord de la Vénus.

«À six heures quinze minutes mon canot revint à bord, et j appris par l'officier qui en avait le commandement que ce bâtiment était la frégate le Ceylan, de 4o canons. Le même canot porta à bord du commandant un officier général des troupes de terre, ainsi que le capitaine et autres ofhciers de cette frégate : nous étions alors par le travers de Saint-Denis, un peu sous le vent et à la distance de trois lieues.

« À huit heures, j'aperçus une voile sortant d la baie de Saints Paul ; je la fis signaler au commandant: un instant après, elle fut reconnue à trois mâts, et deux autres, un trois mâts et un brick, appareïllèrent aussi de la baie de Saint-Paul. Ensuite le commandant me donna l'ordre de remorquer la prise; je manœuvrai en conséquence, et ce ne fut qu'à neuf heures que je parvins à la lui donner, parce que les lignes qui servaient à cette opération furent plusieurs fois cassées. A neuf heures trente minutes la remorque cassa; m'approchant du commandant pour lui en rendre compte, il m'ordonna de 1#lui redonner en prenant un grelin à.bord de la frégate prise, vu que je n'en avais pas. Dans le même. instant il vint à bord de la corvette un bateau de la Vénus, et me porta l'ordre par un aspirant de fournir quinze hommes au Ceylan, et de donner au commandant, par SA des PRE AS res COTE En t Rorx-

renseignements sur la positi vel. J'exécutai ces des ét lui écrivis que je n'étais pas certain de la position où croisait cettedivision ; mais que lorsque je quittai M. Bouvet, il me dit qu'il croiserait au vent et à l'ile vers Saint-Benoît et Sainte-Rose. La Vénus était alors devant la grande chaloupe.

« Le commandant prit les amures à stibord et me dit qu'il m'attendrait lorsque j'aurais donné la remorque à la frégate le Ceylan; je m'en approchai de très-près sous vent et lui envoyai quinze hommes. commandés par M. Marcaille, aspirant. J'ordonnai au lieutenant de vaisseau M. Ducrest, commandant la frégate, de parer un grelin pour m'en envoyer le bout; il me héla qu'il allait

y travailler, et ce ne fut qu'à onze heures trente minutes qu'il m'envoya le bout d'un grelin de six pouces qui me servit à le remorquer. Ce fut à cette même heure que je fis route sous les huniers, la misaine, le faux foc et la brigantine pour rallier le commandant qui était à une lieue et demie sur l'avant à moi, s'étant dégagé de son gréement et voiles, et ayant établi deux basses voiles ; le vent toujours à l'E. S. E. bon frais et la mer grosse ; la corvette faisant très-peu de chemin et dérivant beaucoup. La frégate prise ayant tout son gréement tombé sur ses basses voiles, et ces mêmes basses voiles sur le mât, je hélai à M. Ducrest de se dégager le plus tôt possible, afin que je pusse acquérir plus de vitesse. À midi on ne voyait plus les bâtiments que j'avais signalés le matin. .

« À deux heures trois minutes j'aperçus et signalai au commandant trois voiles au vent à nous, et se dirigeant sur moi sous toutes voiles possibles : un de ces Patniss que Je: reconnus bientôt pour une frégate ennemie, m° t, que j'augmentai de voiles pour me ripprocher du saumendent: ce qui me fit craindre que le grelin qui me servait de remorque ne vint à casser. À trois heures trente minutes j'apercus une quatrième voile sortant aussi de la baie de Saint-Paul : ces quatre bâtiments ennemis se dirigeaient sur nous. À quatre heures quinze minutes la remorque cassa, et je continuai ma route pour rallier le commandant, qui lui-même laissa arriver à moi : à quatre heures trente minutes j'en étais à portée de voix; je le prévins que la remorque venait de casser et lui demandai ses ordres ; il me répondit que les bâtiments qui venaient sur nous étaient ennemis, et m'ordonna de faire route, sous toutes voiles possibles, pour le port Napoléon. Il prit alors les amures à bäbord pour courir sur l'ennemi, qui n’était plus qu’à deux milles de nous, et me facilita, par celte manœuvre, les moyens d'échapper à l'ennemi, auquel il était impossible de résister, cette division étant composée de deux frégates, une corvette et une autre voile que je n’ai pu distinguer assez pour la bien reconnaitre.

« À quatre heures cinquante minutes la frégate ennemie la plus

NOTES. 521 près du commandant a cargué sa grande voile et tiré un coup de canon auquel la Vénus a répondu de toute sa volée. A quatre heures cinquantequatre minutes le combat s'est engagé. A cinq heures la frégate ennemie a passé sous le vent du commandant ; et l'a combattu dans cette position jusqu'à cinq heures vingt minutes que le feu a cessé, la Vénus ayant amené. Je pense que cette frégate était la Bodicea ; car, outre ses couleurs anglaises, elle avait le guidon de commandant ; les autres bâtiments l'ont ralliée et ont mis en panne pour amariner l& Vénus et le Ceylan.

« Le 19, à une heure de l'aprèsmidi, je vis une voile que je reconnus pour être une goëlette, et que je crus être le parlementaire expédié de l'Ile-de-France pour l'île Bonaparte : je continuai ma route sans la chasser ; au point du jour je la-revis tout près sous le vent à moi , et je la reconnus pour l'aviso le Lutin, je lui fis des signaux de reconnaissance auxquels il répondit, et nous continuâmes de faire route pour le port Napoléon, d’après l'événement qui venait d'arriver. Je me tie: mon général, à vous présenter les faits tels qu'ils se sont passés

« J'ai l'honneur d'être de Votre Exdliyace le très - humble et très-obéissant serviteur.

« Signé MoricE. »

Le 23 septembre 1810.

Note 8, page 78.

Un lieutenant de vaisseau, officier de mérite et ayant de grandes connaissances, M. Parisot, que les prétendues épurations dont le corps de la marine fut victime en 1815 ont éloigné de notre métier depuis cette époque, a rappelé, dans un style si énergique et si clair en même temps, le combat heureux que soutinrent deux frégates francaises contre le même nombre de vaisseaux anglais qui bloquaient le port N. O. de l'He-de-France, que dans la crainte d'en aflaiblir l'effet, je me bornerai à rapporter ici textuellement son article inséré dans les Victoires et Conquêtes, ouvrage vraiment national, pour lequel M. Parisot a rédigé la partie maritime des premiers volumes.

or de dents + intitalé Victoires et Conguétes.)

; patois de nos bâtiments de guerre, sortant à propos Hs ports de l'Ile-de-France, faisaient des irruptions dans les mers de l'Inde, fondaient à l'improviste sur les convois venant de ce pays ou de la Chine, faisaient leur proie d'une partie des riches navirés qui les composaient, et ruinaient ainsi la compagnie anglaise et le commerce de la Grande-Bretagne. Dans ces expéditions lucratives, notre marine militaire était puissamment secondée par une multitude de corsaires qui amenaient dans les ports de l'Ile-de-France leurs nombreuses captures, dont la vente porlait au plus haut point la prospérité de la colonie. On évaluait déjà à 150 millions de francs les prises qu'on y avait introduites depuis le commencement de la guerre.

« Résolu de mettre un terme à ces calamités, le gouverneur de l'Inde anglaise prépara, vers la fin de 1794, une expédition pour tenter de s'emparer de vive force de l'He-de-France, ou tout au moins, s'il ne pouvait réussir par ce moyen, de la réduire par la famine, en la tenant rigoureusement bloquée. Dans ce dessein, des vaisseaux avaient été armés à grands frais à Madras et à Bombay; tous les autres préparatifs étaient faits, et le rendez-vous avait été fixé à l'ile Rodrigue, où l’on devait se réunir aux forces envoyées d'Europe, sous le commandement du général Meadows ami du ministre Pitt, qui avait en lui la plus grande confiance. Déjà le commodore Newcome avait été détaché en avant avec une escadre qu'il partagea en deux divisions, dont l'une eut la mission de se porter dans les détroits, au-devant du convoi qui amenait des troupes d'Angleterre, et l’autre, composée des deux vaisseaux le Centurion et le Diomède , vint établir sa croisière sur les côtes de l'Ile-de-France. :

« La position de la colonie était assez critique; confiants dans leur courage, les habitants ne craignaïent point qu'elle fût prise par l'ennemi; mais ils redoutaient les funestes eflets d’un blocus. Les subsistances commencçaient à être rares, parce que les bâurments qui devaient approvisionner la colonie étaient déjà en re-

NOTES. 525 tard, et l'on appréhendait le coup fatal que porterait au commerce de l'ile la perte prsiqué inévitable de tous ces corsaires, alors croisière ; et qui à leur retour ne trouveraient plus de refuge pour eux ni pour leurs prises. On tint à ce sujet un conseil, auquel assistèrent toutes les autorités civiles, les commandants des forces de terre et de mer, ainsi que plusieurs des principaux habitants de la colonie, et l'on résolut de tout tenter pour la débloquer. D'une voix unanime, on décida que la division française, composée des deux frégates la Prudente et la Cybèle, et du brick Le Coureur, mettrait sur-le-champ à la voile pour aller attaquer les deux vaisseaux de ligne ennemis, et tâcher de les maltraiter au point qu'ils fussent obligés de lever le blocus pour aller réparer . leurs avaries, ce qui assurerait la rentrée des bâtiments chargés de farine qu'on attendait , ainsi que celle des corsaires et de leurs

rises. * « Malgré l'effrayante disproportion entre les forces navales de la république et celles de l'ennemi, l’intrépide Renaud ; commandant la division française, recoit avec joie l'ordre d'aller combattre, et jure de périr ou de forcer les deux vaisseaux à s'éloigner des côtes. Les équipages, renforcés par un grand nombre de volontaires marins ou citoyens spécimen à toutes les classes de la population du port N. O. ’, partagent l'enthousiasme de leur chef ; et, le 1°* brumaire (22 octobre), on appareille, aux cris mille fois répétés de vive la république ! mort aux Anglais! Tout présage en ce moment sinon un succès complet, au moins une lutte opiniâtre et glorieuse. Bientôt l'on découvre les deux vaisseaux ennemis au vent, à environ huit lieues de la côte, et à trois heures et demie on se trouve à un quart de portée de canon de ces vaisseaux, la Prudente par le travers du Centurion, et la Cybèle par le travers du Diomède. Alors commence un combat terrible, où pour racheter la faiblesse de nos bâtiments, et pour remplir le but proposé de faire aux Anglais des avaries telles qu'ils soient contraints de s'éloigner de l'ile pour aller se réparer, nos c ! Parmi ces volontaires étaient M. Willaumez, aujourd'hui vice-amiral, et M. Clémendot, capitaine de vaisseau.

canonniers s'allachent peu à tuer du monde à l'ennemi; ils pointent-au contraire tous leurs coups, en rivalisant d’adresse, les uns sur les mâts et les vergues du vaisseau qu’ils ont par le travers, d’autres sur son gouvernail, d’autres enfin sur un même point de sa coque, au-dessous de la flottaison, pour le percer à l'eau. Malgré cette habile manœuvre, le combat était par trop inégal, et après une heure du feu le plus nourri et le mieux dirigé, les frégates se trouvant. ellesmêmes un peu maltraitées dans leurs agrès, le commandant, dont le guidon est déployé à bord de la Prudente, fait forcer de voiles à cette frégate, en hissant le signal de s'éloigner de l'ennemi, pour s'assurer le temps de se regréer, afin de revirer de bord ensuite, et tâcher de gagner le vent aux vaisseaux. La Cybèle, qui a le plus souffert dans son gréement, tente vainement d’obéir à cet ordre: elle ne peut réussir à dépasser le Centurion. C'est également en vain que le commandant lui fait alors le signal de laisser arriver, en faisant cette manœuvre lui-même; couverte par le feu et la fumée de trois bâüments, elle ne l'aperçoit pas, et d’ailleurs son capitaine sent bien toute l'imprudence qu'il y aurait à exécuter ce mouvement, qui lui ferait présenter l'arrière à l'ennemi, dont les boulets enfileraient sa batterie. Elle se voit donc obligée de continuer seule le combat :e plus périlleux, car la retraite de la Prudente la laisse aux prises avec les deux vaisseaux, dont l’un la canonne par la hanche, tandis que l’autre la foudroie par le travers. Pendant assez longtemps elle essuie tout leur feu, auquel elle riposte de la manière la plus vigoureuse, soutenue par le petit brick, qui la seconde avec une audace d'autant plus admirable, qu'une seule volée du Diomède, qu'il a osé approcher, le coulerait à fond ; mais sa petitesse même le dérobe aux coups, et le bon état de son gréement lui permet de prendre une position avantageuse pour faire du mal à l'ennemi sans courir beaucoup de danger; enfin le Centurion démâté de deux de ses mâts, démonté de son gouvernail, et faisant eau de toutes parts, quitte la ligne. La Cybèle peut alors effectuer son mouvement d'arrivée, et force de voiles. En vain le Diomède veut lui donner la chasse en lui ti-

rant quelques volées; il est trop désemparé pour pouvoir la suivre, et bientôt ses boulets n'arrivent plus à bord. ce moment la

Prudente, qui avait viré pour retourner au feu, rejoint la Cybèle, lui donne la remorque, et la division rentre triomphante dans le port, aux acclamations de tous les colons qui couvraient le rivage. Dans l’action, la Cybèle eut vingt-deux hommes tués et soixante-deux blessés; la Prudente, quinze hommes tués et vingthuit blessés ; le Coureur, un homme tué et cinq blessés. Le brave commandant Renaud fut renversé de son banc de quart, et reçut quelques blessures, heureusement fort légères.

« Parmi les nombreux traits de courage auxquels ce beau combat donna lieu , nous citerons ces deux-ci : Lehyr, capitaine en second d'une des frégates, tombe frappé d'un biscaïen au talon; des matelots veulent l'enlever pour le transporter au lieu où l'on panse les blessés. « Non, leur dit-il, j'ai juré de mou- « rir à mon poste, je ne le quitterai pas. » Peu d’instants après, il reçoit un boulet dans les reins, et meurt en s’écriant : « Courage, «mes amis! vengez-nous. » Le nommé Sixte Brunet, chargeur, a une main emportée au moment où on lui présente le refouloir ; il le saisit de la main qui lui reste, et achève de charger sa pièce avant d'aller se faire panser.

« Le résultat de cette brillante affaire fut tel qu'on l'avait eu en vue, sans cependant oser trop se flatter de pouvoir l'obtenir; les vaisseaux anglais disparurent, levant le blocus ; les subsistances attendues arrivérent, et tous les corsaires qui étaient en mer firent leur rentrée, amenant dans le port quantité de prises richement chargées. Transportés d'admiration pour le courage héroïque de nos marins, et pleins de reconnaissance pour le service important qu'ils venaient de rendre à la colonie, les habitants de l'Ile-de- France ouvrirent, au profit des familles des glorieuses victimes de ce combat mémorable, une souscription volontaire dont le produit s'éleva bientôt à la somme de 265,000 fr., qu'ils adressèrent au président de la Convention nationale, en le priant de la répartir conformément à leurs intentions... »

Note 9, page 107.

Ce fut sous le gouvernement de deux officiers généraux de la marine que la colonie de Bourbon atteignit le plus haut point de prospérité. Le contre-amiral Millius gouverna Bourbon depuis 1818 jusqu'en 1821; c'est lui qui le premier réveilla chez les habitants de cette colonie l'esprit d'entreprises et d'associations commerciales qui ont eu de si favorables résultats. Son caractère ferme et très -droit à la fois sut contenir les esprits remuants, connaître el protéger avec discernement les hommes capables d'être utiles à leur pays et au gouvernement.

Le général Millius porta dans les autres colonies dont il fut successivement gouverneur, ces mêmes précieuses qualités d'homme d'état, et partout son administration bienfaisante et éclairée a laissé d'honorables regrets.

Au combat de Navarin, qui fut si glorieux pour notre marine et pour l'amiral de Rigny, M. Millius termina par un beau fait d'armes une carrière militaire aussi utile à sa patrie qu'honorable pour lui. Sa santé, dérangée par de longs et actifs services, ne le laissa pas, malheureusement pour l'état, jouir longtemps de l'honneur qu'il venait d'acquérir : il mourut le 11 août 1829.

Le contre-amiral Freycinet succéda au général Millius dans le gouvernement de Bourbon. Non-seulement il mit à fin toutes les mr utiles commencées par son prédécesseur, mais sous

ouvernement fut fondée la banque coloniale; les communi-

ons entre les divers points de la colonie furent établies, et les

Indiens. es à la qtare donids terres. iéee belles qualités, la

grandeur et le noble dé tère, lui avaient

assuré un pouvoir sans bornes sur les habitants à Bourbon,

dont il reçut à son départ des témoignages d'affection et de regrets aussi touchants que mérités.

Appelé dans des circonstances difficiles au gouvernement de la Martinique, M. Freycinet sut y maintenir l’ordre, et capter en même temps l'estime et l'attachement des colons. Rentré mainte-

NOTES. 527 nant au milieu de son corps, et major général à Toulon , le contreamiral Freycinet exerce sur le nombreux état major de cet important arsenal maritime une autorité que ses talents, comme offcier de marine, et son aménité font aimer généralement.

Note 10, page 132.

À Mahé, je vis une carte très-nouvelle de la côte d'Afrique et de Madagascar, dressée par le capitaine Owen, qui, après des recherches longues et dangereuses, avait trouvé Jean-de-Nova. La partie occidentale de cette île est par 48° 49° E:; elle était donc encore éloignée de 37 milles vers l'O., quand la nuit nous força de cesser les recherches.

Il serait à désirer, pour la sûreté de la navigation, qu'une carte de la multitude de petites îles et de rochers, à peine connus ou très -mal déterminés, qui couvrent ces parages, füt faite par les bâtiments légers de la station de Bourbon.

Note 11, page 163.

Le célèbre press eginie ou qui marchant sur les traces de notre d’Après d admirable ouvrage sur les mers de l'Inde tout ce ou l'expérience des navigateurs anciens et modernes, et la sienne propre, pouvaient fournir de renseignements certains, n'a rien laissé à dire sur ces parages si fréquentés maintenant. Je me bornerai . seulement à joindre ici mon hommage et mes remerciments à ceux ‘de tant de capitaines qui, dans les mauvais temps, ont béni si souvent les connaissances et les travaux de M. Horsburgh, et admiré la clarté, l'exactitude parfaite de tous les renseignements ” ‘il a donnés sur la navigation d'une grande partie du

Honneur au marin qui, ayant Gobsnéné ses er sa vie presque entière aux intérêts de la navigation et du commerce, a guidé heureusement tant de navires au milieu des dangers, et conservé tant d'équipages à leur patrie !

ne NOTES.

Note 12, page 260.

Ces radeaux, appelés catimarons dans le pays, sont composés de trois pièces de bois réunies ; la plus forte et la plus longue tient le milieu et forme en même temps les deux extrémités en pointe du radeau, dont les parties, solidement assemblées avec des morceaux de lianes, sont séparées cependant chaque soir pour être portées sur le sable à l'abri du ressac. Les Indiens, accroupis sur l'étroite surface du catimaron , passent facilement les grosses lames qui brisent presque constamment sur la côte, et vont assez loin au large pour pêcher. Les seuls ennemis à craindre pour eux sont les requins, qui fourmillent sur les rivages de l'Inde, et dévorent souvent les matelots tombés à la mer, ou le pauvre pêcheur qu'une lame a renversé ve son catimaron.

Ces iquefois de très-grande di ion ; alors ils servent à nine à Sr des bâtiments mouillés sur Le rades, des objets très-pesants et ne craignant pas l'humidité : c'est ainsi qu'a Madras nous reçûmes à bord les deux ancres et la chaine, malgré une forte brise et la grosse mer.

Note 13, page 2635.

Je joins ici le rapport que me fit M. Boissieu à son retour; je pense qu'il ne sera pas sans quelque intérêt pour le lecteur. A bord de la Favorite, le 2 juillet 1830.

« COMMANDANT, « De retour à bord de la mission que vous m'avez confiée, je m'empresse de vous en rendre compte.

« La mer étant étale au moment où vous me donnûtes l'ordre de ot je ne perdis pas un instant, et muni de cin- ‘avaient été remises par l'agent comptable, je descéndlis.s sun Je ati , Suivi du matelot Bourgain. Les quatre Indiens qui le montaient poussèrent de suite au large, et après

m'avoir indiqué la manière de me tenir assis, en saisissant fortement les liens qui réunissaient les trois morceaux de bois formant le radeau , ils s'occupèrent d'accoster la côte le plus promptement possible. Les fortes lames de barre qui tombaient sur nous exigeaient l'emploi de toutes nos forces pour leur résister. Un quart d'heure après avoir quitté le bord, nous débarquâmes sur une plage brûlante. Deux des Indiens me guidèrent vers le gros bateau que nous avions vu le matin, en me faisant passer dans une flaque d'eau déposée par la marée, et à travers un bras de rivière assez large, mais qui n'avait pas plus de trois pieds de profondeur. Rendu au bateau, que je jugeai, malgré sa mauvaise et vieïlle construction, susceptible de nous rendre de grands services, j'essayai, mais inutilement, de me laire entendre du chef des dix ou douze Indiens qui le montaient, Un flux de paroles fut leur seule réponse à mes gestes, et il en à été de même pendant tout le temps de mon: séjour à terre. Je n'ai pu obtenir une seule fois, malgré tous mes eflorts, qu'ils essayassent de me faire comprendre par des signes le sens de leurs paroles. Le seul mot de roupa (roupie) avait une signification parfaitement comprise des deux côtés. I était impossible de songer à se rendre à bord dans cette après-midi. Le vent qui était encore bon frais et la marée qui montait étaient des obstacles invincibles ; je me résignai donc à attendre le lendemain, et je je contre les moustiques qui me dévoraient, une lutte qui n’a cessé qu'à mon retour à bord, et m'a empèché de j ee” pendant mon séjour Ge d’un seul instant de repos.

« Vers cinq heures du soir, les Indiens me firent remonter le fleuve dans la direction de l'O. à environ trois milles. J'i ignorais où ils me menaient, et je n'étais pas sans un PME

doit être submergée par la crue des eaux. Celles ci 4 Ar une ps D sn 55 ni parait, à la végétation, | elle ne donne naissance qu'à des roseaux et à des j jones Ébonetis

et clair-semés ; de l’autre côté du fleuve, le terrain, un peu plus élevé, paraissait plus fertile, et probablement quelques habitations existent au pied des bouquets de palmiers et de cocotiers qui se laissaient apercevoir. Nous parvinmes enfin près d’un village situé sur une petite éminence de sable; je passai, sur les épaules d'un Indien, le marais qu'il fallait traverser pour y arriver. Les huttes en‘bambous dont ce village est composé ont leurs toits joints entre eux par des claies, et forment un carré dans l'intérieur duquel se trouve une cour servant d’étable et de point de réunion, et sur lequel donnént les seules ouvertures qu'il y ait à ces cabanes, dont l'entrée ne m'a pas été permise; je n’ai pas longtemps profité de la faculté de rester dans la re car Ï ‘en cs we

chassé par les moustiques et par l'odeur i

les buffles. Du reste, ces bons Indiens me Nitires Fe leur mieux; ils m'offrirent une volaille vivante que mon compagnon de voyage fit rôür, et du lait de buflle chaud, qui m'a paru être leur seule boisson, les éaux du fleuve étant tellement fangeuses qu'elles ne doivent être potables qu'après avoir longtemps reposé. Il pouvait y avoir dans ce village de quatre-vingts à cent personnes, tout compris.

« Le lendemain, à la pointe du jour, je grimpai sur un tamarinier qui était tout près du village, et le seul arbre des environs. H ventait encore beaucoup, et je vis les lames couvrir la corvette. Mon désir d'arriver à bord avec le bateau en fut encore augmenté, et j'attendis avec une vive impatience que l'heure du jusant arrivât. Fais rejoindre le bateau , mais il ventait trop encore; enfin à deux

, le vent étant moins fort, je parvins, à force de prières et de nt dns à obtenir des Indiens qu'ils profitassent du reste de jusant, et nous nous mimes en route. Ils poussaient de fond'avec de longs bambous , et ne manquaient pas d'adresse pour ralentir ou apgmenter l'aire du pe . a ë ere amortir le choc

rt És & e E,. Je

ALICD VU UE pr UIRILCI

leur donnais la voix, et battais RE mesüre-en faisant sauter dans

mes mains des poignées de roupies. Mais j'avais trop compté sur

la hardiesse de mes nouveaux compagnons ; j'aurais dû savoir ce-

NOTES. 531 pendant qu'ils sont les plus poltrons de tous les hommes. Un de leurs bambous tombé à la mer suflit pour les troubler entièrement. Le désordre se mit parmi eux; le bateau vint en travers, et malgré mes cris, ma colère et mes menaces, ils hissèrent leur voile et rentrèrent dans le fleuve, quoique nous fussions aux deux tiers du chemin. J'avais la rage dans le cœur ; je voulais retourner à bord avec le catimaron, mais il était trop tard, la marée montait. Je pris mon parti, et me laissai reconduire au village par le gros bateau lui-même, qui vint s'amarrer en face des cabanes. La nuit qui commençait à se faire ne m'empêcha pas cependant d'apercevoir, du haut du tamarinier, deux autres semblables bateaux qui étaient mouillés à trois ou quatre milles plus haut dans le fleuve. Je tàchai de faire comprendre aux Idiens combien ce renfort me serait utile, et parvins, moyennant une récompense, à les envoyer le chercher. J'espérais que la concurrence établirait l'émulation et les rendrait plus hardis. Je passai cette nuit comme la précédente a me promener, et j'eus au jour la satisfaction de voir les trois bateaux amarrés près les uns des autres. Je promis à chaque patron quatre-vingts roupies, ce qu'ils comprirent en m'entendant prononcer le mot de roupa à mesure à er je comptais les quatreviagts.n morceaux + un np det terre que le 'avais cassé. Le sé et 5j

ACL

souffrait moins. À dix heures, après Ari dsréficiqus et de longues conversations , les Indiens se décidèrent à partir. Je remontai sur le même sapn é partit le premier et échoua sur un des bancs qui } t du fleuve, ce qui nous retarda d'une heure. Rendus à l'embouchure, même contre-temps, mais cette fois c'était volontairement. Ils adressèrent une invocation à Vichnou ; pour moi, je les maudissais de bon cœur. Tous les ustensiles du bateau débarqués à terre, chaque Indien fit son ablution , en se plongeant trois fois dans l'eau, puis vint aider à dresser un petit autel, sur lequel on mit du lait et du riz; à peu de = tance furent placés la voile, les bambous, les avirons, etc. etc.

La prière faite, le lait et le riz partagés et mangés, tout fut rembarqué, et les Indiens se mirent en route avec un air de résolu-

lion qui était de bon augure : les deux autres bateaux nous suivaient de près et accomplirent la même cérémonie, Vichnou exauça leurs vœux, car le vent et la mer étant devenus beaucoup plus calmes, j'eus une heure apres le bonheur de me retrouver à bord au milieu de mes camarades, dont la franche et affectueuse réception me dédommagea de ce que j'avais souffert pendant ces deux jours d'absence.

«Je ne puis trop me louer de la douceur et des attentions de ces bons Indiens, incapables, jen suis persuadé, de me maltraiter ou de me dérober une roupie. Ceux du bateau que je montais appartenaient en partie, je crois, au village, dont les habitants de tout âge et de tout sexe n'ont été occupés, pendant mon séjour, qu'à filer du coton au moyen d'une bobine qu'ils faisaient tourner entre leurs doigts. Je n'ai pas remarqué qu'ils eussent une autre branche d'industrie, mais j'ai pu m'assurer que, malgré leur pauvreté, ils étaient loin d’être misérables, et qu'ils jouissaient de quelques-unes des douceurs de la vie indienne. N'ayant pu pénétrer dans leurs cases, j'en ignore l’arrangement; mais elles sont très-obscures et doivent être malpropres, comme l'annonce l'odeur qui s'en exhale. Il est probable que les habitants de ce village sont des Macouas ou Parias marins. ji

«J'aurais pris, commandant, la liberté de terminer mon Rep port en recommandant ces Indiens à votre générosité, si je n’avais vu que vous les traitiez avec une libéralité à laquelle sans doute ils étaient loin de s’atte

« Veuillez agréer les Es respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être, commandant , votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« E. pe Borssieu. »

Note 14; page 271.

Lorsque j'arrivai à Canton, les capitaines, de vaisseau de la compagnie anglaise des Indes mirent un aimable empressement à

me faire lire, dans une gazette de Calcutta, la lettre suivante, dont je donne ici la traduction mot à mot :

EDR

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