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n'était qu'une facétie. Telle qu'elle est malheureusement, je pense que monsieur votre grandpère aurait tout aussi bien fait de vous léguer d'autres exemples et d'autres maximes. Il a une excuse néanmoins : Il était émigré.
Nous nous sommes décidés, Selbor et moi, à quitter Interlachen pour le Simmenthal et Weissenburg, en passant par Seebûbl, où ma femme et notre amie nous attendaient.
Notre but était de demeurer près d'elles une semaine , et , à Weissenburg une autre semaine avec Gérald. Nous le ramènerions ensuite à Seebûbl. Je me réjouissais de pénétrer bientôt dans le Simmenthal dont la façade sur 1q lac de Thun est si majestueuse.
Seebuhl, même après Interlachen, a été un bonheur pour nous. Les jours s'y sont écoulés comme des minutes.
Le 1& août, nous sommes partis pour le Simmenthal. Ma femme et notre amie nous ont accompagnés jusqu'à Hilterfingen. Là, nous nous
sommes jetés, Selbor et moi, dans une barque. Nous avons ramé jusqu'à l'embouchure de la Kander, grossie des eaux de la Simme. Nous avons percé dans la vallée, entre le cône vertsombre du Niesen et la chaîne crénelée du Stockhom, qui ne m'attirait pas moins que le SimmenthaL II eàt gardé à son seuil, le Simmeathal, par un autre mont gigantesquement accroupi comme un sphinx, et dont la Kander lèche les griffes de granit.
Nous n'avons loué une voiture qu'à Brodhaûsi, où les parois abruptes de la Simmenilûh se dressent entre le Niesen et le Stockhom.
De ce défilé monumental, la vallée s'est ouverte un peu plus.
Nous avons remonté la Simme, et sa vallée, l'une des plus belles de l'Oberland Bernois. Cette vallée a treize lieues. Nous avons dépassé Erlenbach, Weissenburg. Nous avons parcouru le Simmenthal entier.
L'aspect de cette grande vallée est rustique et charmant. Elle est très-fertile. Toutes les maisons, soit les maisons isolées, soit les maisons des villages, sont de bois. Elles sont entourées de fontaines, de jardins, de vergers, de pâturages.
le long des rives de la Simme , entre des monts qui ressemblent parfois à d'énormes baleines de l'air. Presque partout, et singulièrement à Erlenbach, les chalets sont enduits, à l'extérieur, d'écailles de sapin et ciselés aux fenêtres. Les provisions de chauffage de la famille sont empilées artistement sous les balcons. Les vignes montent d'étage en étage. Les roses, les œillets, les jasmins , les giroflées , les coquelicots , les capucines, pendent des galeries et flottent légèrement aux brises du Simmenthal. Cette vallée serait une Ârcadie à souhait pour des dieux pasteurs. L'Arcadie grecque n'est rien auprès; elle est insuffisante même aux hommes.
Weissenborg, 17 août 1856.
Nous nous sommes établis à Weissenburg.
Gérald n'est qu'à une demi-heure du hameau, à la maison des bains neufs. Nous nous y sommes rendus par la gorge du Bun tschibach. Cette gorge est très-pittoresque. Nous avons tourné avec le sentier au-dessus des pentes rapides semées de sapins qui plongent jusqu'au torrent de Buntschi. Ce torrent qui gronde au fond de ses rochers,
OÙ il blanchit en cascades innombrables, est souvent d'une surprenante beauté. Il nous entraînait au fracas de ses chutes. Nous étions dans un vaste entonnoir où toutes sortes d'arbres résineux distillaient leur baume et répandaient leur odeur onctueuse. Là , trois monts ferment colossalement la gorge. Par un effet d'optique singulier, qui nous retenait au pied de ces murailles éternelles, l'un des monts, le dernier, luttait de hauteur avec le ciel. A ne consulter que les yeux, nous étions dans le doute. Nous avions besoin d'appeler à notre aide la logique, pour nous assurer que c'était le ciel qui dominait le mont.
Un pauvre ménétrier nous a indiqué la maison des bains neufs. Gérald s'y ennuyait au milieu de cent compagnons. Il regrettait Seebûhl. J'ai demandé ce cher exilé. Il est accouru et nous nous sommes embrassés cordialement. Je lui ai appris que Selbor et moi nous logions au hameau de Weissenburg, et que nous lui consacrerions toutes nos journées jusqu'à son retour à Seebiihl avec nous.
tu VOYAGE