CHAPITRE IX
La Tour de Stansstaad. Le lac des Qualre-Cantons. Lucerne. Wœggis, le Rigi , le bassin de Baochs , Gersau , Brflunen , FIflelen , Beggenried.
La lumière luttait avec la brume. Nous nous sommes avancés jusqu'à la tour carrée de Stansstaad, d'où nous avons contemplé pour la première fois le lac des Quatre-Cantons, ses grandes vagues bleues, ses monts, les uns presque purs, les autres submergés par le brouillard, ses pentes vertes, tantôt sauvages, tantôt champêtres, tantôt diaprées de pavillons sur les rives.
Nous nous sommes établis dans une barque, au pied de la tour, nous abandonnant à ces lames d'azur toutes frémissantes. Nous avions quatre mariniers qui battaient de leurs rames ce lac de mes rêves. Nous fendions son sein qui se répandait en plaintes, en sanglots, en colères
superbes, en vastes joies. Était-ce Tamour, était-ce la liberté qui s'exhalait par cette »oble respiration?
Nous étions entre les golfes de Lucerne, d' Alpnach et de Kussnacht. Les souffles nous apportaient à la fois des mélodies lointaines et des odeurs alpestres.
Ce ne fut pas l'histoire qui m'envahit d'abord ; ce fut le songe, l'imagination. Des métairies pleines de mugissements, des troupes de vachers et de chevriers, de petites chapelles qui s'avançaient des rochers sur les eaux, des grottes profondes, des tentes flottantes, des chalets dont les balcons s'ouvraient sur les promontoires, des enroulements fantastiques d'horizons, des caps, des anses, des ombres, des lueurs, ces choses mobiles et diverses me jetèrent dans une ivresse où se confondaient toutes les inspirations , tous les souvenirs de la musique et de la poésie.
Les bois, les parcs apparaissaient, disparaissaient. Les prés , les mousses, les bruyères se succédaient. Un rayon, qui dorait à demi les feuilles des arbres et les frissonnements du lac, tombait du firmament. Les grues, les pluviers volaient dans le tourbillon des brises, et les hiron-
délies mouillaient le bout de leurs plumes au sillage blanchissant de notre barque. Toutes les anfractuosités, tous les phares, toutes les baies, tous les pacages s'égayaient de pâtres et de troupeaux. De jeunes hommes, de jeunes filles rustiques passaient et repassaient, parles sentiers, en couples amoureux qui chantaient ou soupiraient de bonheur.
C'est au roulis de cette navigation, au bruit cadencé des rames, au frais tumulte de l'eau, que j'aperçus, dans le fond du golfe, la ville qui lui a donné son nom, — Lucerne, qui surgissait avec ses édifices, ses tourelles, sa cathédrale et ses églises !
Lucerne a douze mille habitants, presque tous catholiques. Elle sort de sa conque aquatique et forestière, au point où la Reuss s'échappe du lac des Quatre-Cantons.
Cette ville est la Constantinople de la Suisse. Son quai , son port , son golfe sont admirables.
Elle regarde le lac. Elle a le Rigi à l'est, et à l'ouest le Pilate. Le Rigi semble fleurir d'un cataclysme de la terre, comme une immense île de
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verdure; le Pilate s'élance du chaos, comme un léviathan gigantesque arrêté dans son essor et durci en granit. Les Alpes de Schwyz et d'Engelberg achèvent la suprême beauté de ce lac et de cette perspective en les étoilant de glaciers éternels.
Le voyageur qui, du quai, retoUrne, le jour, au soleil, ou, le soir, aux lanternes, dans la ville, ne la trouve pas indigne de sa situation géographique.
Les vieux murs crénelés, flanqués de tours carrées et rondes, les ponts couverts transformés en musées, la Reuss écumante comme le Rhin, les clochers , les clochetons, les flèches qui percent les nues, les fontaines, soit féodales, soit modernes, qui jaillissent de mille bouches de pierre, de cuivre, de bronze, sous les reflets des astres ou des réverbères, tous ces charmes de Lucerne la font aimer aussi pour elle-même, et retiennent ou rappellent ceux qui ont une fois posé le pied sur les bateaux de son lac ou sur le pavé de ses rues.
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Nous avons consacré trois jours aux collines de Lucerne et à son golfe.
Partout nous avons été ravis d'étonnement et vivement émus des magnificences de cette nature privilégiée. L'eau qui change de couleur sans changer de beauté, les coteaux qui s'étagent, les rochers qui pointent dans les lichens, les maisons de plaisance dont les galeries aériennes touchent aux algues par leurs piliers, les forêts qui revêtent de crinières tout ce que les prairies n'ornent pas de fleurs, les montagnes qui dominent les paysages innombrables , tous ces spectacles, entrevus d'un premier éclair, se sont imprimés plus avant dans mes yeux et dans mon cœur.
J'ai fait lentement des traversées sur ce lac des Waldstaetten, comme j'aurais pu en faire sur un lac d'une vie meilleure, tant j'étais dans l'idéal divin et hors des tristes réalités I J'ai parcouru en toat sens ce délicieux golfe de Lucerne, qui, à lui seul, est un lac. Au retour, j'ai côtoyé bien souvent la ville; je l'ai côtoyée de la tour qui fut un ancien fanal jusqu'à la cathédrale séculaire, le long des hôtels et des monuments, qui, en se déployant parmi le prestige des monts
et des eaux , annoncent la capitale gothique des lacs.
Ce matin nous nous sommes embarqués pour Wœggis, d'où nous avons monté au Rigi.
Je le voyais de la fenêtre de mon auberge. Il faisait face au Pilate. Le Pilate était dans la blancheur de Téther; le Rigi, dans la pourpre et dans l'or.
Nous avons déjeuné une heure d'avance sur le pont du bateau à vapeur amarré dans le port de Lucerne. Nous jouissions du mouvement de ce port incomparable. Les voyageurs allaient et venaient sous les tilleuls, les mariniers déchargeaient le bagage, les pêcheurs se jouaient dans le golfe avec leurs barques à voiles ou sans voiles, les milices fédérales se rendaient sur la place d'armes. De jeunes filles, en costume du canton, nous offraient les meilleurs fruits de la Suisse, les pains les plus savoureux du monde et les plus délicats ouvrages de bergers. Tout était animé, vivant, et correspondait à notre allégresse intérieure.
Nous sommes partis de Lucerne. Les coteaux,
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la ville et ses tours se sont éloignés. Nous avons salué, près du promontoire de Meggenhorn, la seule île de ce lac magique. Elle verdissait sur les flots comme une petite merveille parmi ces grandes merveilles qui nous environnaient.
Nous l'avons dépassée et nous sommes entrés dans la croix du lac, formée par le golfe de Lucerne, le sommet de cette croix ; par le golfe de Ktissnacht et par le golfe d'Alpnach qui en sont les deux branches. La tige de la croix est le canal de Brunnen; et le pied, le golfe d'Uri qui se recourbe versFlûeleu.
Nous sommes arrivés à Wœggis par les miracles et par les circonvolutions des eaux.
On nous a présenté des chevaux et des chaises. J'ai loué un cheval pour moi , une chaise et trois porteurs pour ma femme. Précédés d'un guide, nous avons gravi , avec un enthousiasme tranquille mais profond , le Rigi.
La route tournait dans les rochers qui surplombent le lac des Quatre-Cantons. Nous avons fait halte, au tiers de la montagne, à l'ombre d'une chapelle dont la cloche jetait, au milieu
de la solitude, comme un son épique du poëme du Tasse. N'était-ce pas là une chapelle delà Jérusalem délivrée ? Glorinde pouvait bien avoir détaché son casque sous quelque hêtre de ce creux ravin ; Herminie pouvait bien s'être cachée dans quelque grotte de cette Alpe grisâtre. Je regardai, mais vainement ; s'il y avait des héroïnes, elles ne daignèrent pas se montrer. En revanche, une hôtelière empressée fournissait des rafraîchissements à notre rude escorte et à nous - mêmes.
Nous sommes repartis. Nous avons monté, monté parmi les gouffres , monté toujours. Notre guide et nos porteifrs soufflaient fortement, comme je faisais au Stockhom et au Brtinig.
Mon cheval renâclait entre ces rochers perpendiculaires du Rigi, où le cri du vautour en haut et le brisement des vagues en bas , n'étaient presque pas perceptibles à de si formidables distances. Le lac des Quatre-Cantons s'enroulait et se déroulait comme notre sentier et nous distinguions avec notre lunette la variété des caps, des baies, des eaux tour à tour bleues, blanches, moirées, violettes, tantôt d'émeraude, tantôt de nacre, tantôt de turquoise.
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Nous montâmes longtemps, longtemps encore, puis nous atteignîmes, par une température élyséenne, le Kaltbad, T avant-dernière cime, d'où nous a resplendi, au delà des deux versants du mont, la première apparition des lacs. Notre enthousiasme n'a plus eu de bornes. Nous avons redoublé de coups de collier et le sabot de mon cheval a frappé enfin le Kulm, la dernière crête du Rigi.
Nous nous sommes arrangés pour vingt-quatre heures au Kulm, comme des moines dans leurs cellules. Il y a là un couvfent de voyageurs.
Nous étions à cinq mille six cents pieds au dessus du niveau de la mer.
Quelle vue vastement circulaire ! Au nord , les lacs de Zug, de Zurich, et le lac d'OEgeri, non loin de Morgarten , où les pâtres de la Confédération naissante rompirent , sous leurs marteaux hérissés de clous , toute la fleur de la noblesse autrichienne ; à l'ouest, le lac des Quatre-Cantons, dont on découvre trois golfes , ceux d'Alpnach , de Kûssnacht et de Lucerne au delà desquels s' étendent la Reuss, comme un ruban , et ,
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comme des pans du ciel , les lacs de Sempach , de Baldegger et d'Hallwyl ; au midi , le lac de Sarnen, et par delà, nos grands glaciers de rOberland , TEiger, le Mœnch , la Jungfrau , la Blumlisalp , le Wetterhorn , le Finsteraarhorn ; à Test , le lac Lowerz , avec Schwyz qui le domine et qui est dominée par les deux beaux monts Mythen ou Mitres. Ces monts ressemblent, en effet, à des mitres gigantesques d'évêques.
Comment expliquer des explosions de préférence entre tant de prodigieux paysages ? Tout à coup, dans cette immensité, je me suis épris du lac Lowerz , de sa petite île et du village de Schwyz , le berceau de la liberté helvétique. Et parmi cette foule de montagnes, j'ai eu, du premier regard, une prédilection pour les Mythen , qui protègent de leur ombre ce berceau sacré. Je ne savais pourquoi , mais instinctivement et avant toute réflexion, mon cœur s'était fait une patrie, une famille, des compagnons, des amis, sous le clocher du bourg de Schwyz, et j'y avais ma maison près de celle de Stauffacher.
Le Kulm embrasse plus de cent lieues. La partie la plus magnifique de cet horizon est la partie alpestre , la chaîne des glaciers de Berne,
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d'Unterwalden, de Schwyz, dTri, de Glaris et des Grisons.
Tel est le sublime spectacle dont nous avons été témoins trois heures , par le firmament le plus pur et dans l'azur le plus bleu.
Nous étions parvenus au Kulm , à une heure après midi. A quatre heures, de longues bandes de vapeurs échevelées s'éparpillaient en capricieux essaims. Mille nuées pâles, aux mille fantômes, aux envergures incommensurables , volaient , avec leurs ailes déchirées , du nord au midi et de l'est à l'ouest, d'une vitesse aussi rapide que la pensée. Elles franchissaient cinquante lieues dans l'espace, quand moi, je franchissais vingt pas sur le Kulm. J'avais peine à les suivre de l'œil. Leur course me communiquait le vertige. J'étais haletant et tout en nage. A la fin , elles se condensèrent sur les Alpes d'Uri, de Glaris et des Grisons, laissant dans la lumière le reste du panorama.
Je contemplai les hautes Alpes de l'Oberland, le Pilate , le lac des Quatre-Gantons , le lac de Zug et le lac de Lowerz qui enferment le Rigi comme dans un triangle. Le soleil couchant était beau sur tous ces points dégagés. 11 éclatait aux
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flancs du Pilate , il teignait de rose les glaciers de rOberland, inondait d'or les golfes de Lucerne, de Kussnacht et d'Alpnach, puis, ricochant, par le lac de Zug , il répandait des étincelles orangées sur le lac de Lowerz et il empourprait de sa plus éblouissante couleur rouge les cimes des Mythen , au dessus de Schwyz.
J'espérais retrouver le lendemain ces cimes éclairées par l'aurore. J'ai été déçu dans mon attente. Le soleil ne s'est pas levé ou plutôt il s'est levé derrière un brouillard impénétrable.
Je m'en suis allé content, néanmoins du Rigi. Car je l'ai vu trois heures dans toute sa pompe , et j'y ai assisté à un splendide coucher de soleil , quoique partiel.
J'ai passé au Kulm une nuit de songes. J'avais donné des gâteaux à une vache noire du pacage. Cette vache m'avait pris en amitié et ne m'a plus quitté d'un instant, pas même lorsque je suis rentré daps ma chambre. Escortée de plusieurs de ses compagnes, elle est demeurée toute la nuit sous mes fenêtres. Je me suis endormi, j'ai rêvé et je me suis réveillé au tintement des clochettes et aux doux mugissements de tendresse des vaches du Kulm.
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Le soleil n'a lui qu'à neuf heures. Nous avons jeté encore un regard à ce magnifique panorama du Rigi et nous avons descendu le Kulm, ma femme en chaise , moi à pied , à travers tous les triomphes de la nature.
Nous avons rencontré un autre pacage et trois bergers. Les vaches, devinant que je les aimais ou me reconnaissant peut-être, venaient à moi du fond des pâturages. Nous avons renouvelé notre intimité; je me suis reposé au milieu d'elles. Rien ne me plaisait, tandis qu'elles ruminaient, comme d'entendre leurs sonnettes métalliques, leurs voix prolongées; rien ne m'attirait, comme la clarté de lune de leurs grands yeux fixes sur moi ; rien ne me délassait, comme de me sentir dans une communauté de bienveillance avec ces habitantes des plateaux alpestres et des monts herbeux. •
Je me dérobai à cette sieste rustique et je redescendis. J'admirais les pics, les rochers. J'admirais les éclaircies qui s'ouvraient sur les Alpes de l'Oberland. J'admirais principalement ce beau lac des Quatre-Cantons qui me conso-
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lait des autres que je n'ai pas même tous nommés. Quelques voyageurs comptaient vingt-deux lacs du haut du Rigi ; moi , je n'en ai compté que onze vraiment grandioses, et c'est assez.
Notre seul poids nous poussait d'escarpement en escarpement. Nous étions entre un double azur, celui du firmament et celui du lac des Quatre-Cantons. Celui du lac est le plus beau. Car il est mélangé de turquoise , couleur plus adorable que l'azur, couleur sans doute du ciel de Dieu.
Nous touchâmes de nouveau, comme la veille, à Wœggis, mais ce n'était plus avant, c'était après l'ascension. Nous fîmes un léger repas entre le Rigi et le Pilate , deux des monts les plus majestueux , parmi ceux qui ne sont pas rois et qui ne portent pas des glaciers pour diadèmes.
La cloche du bateau à vapeur nous a interrompus. Nous avons joint le Guillaume Tell et parcouru tout le lac depuis Wœggis jusqu'à Brunnen. Nous avons traversé le bassin de Buochs. Cette route forme la tige de cette croix liquide
que Ton nomme le lac des Quatre -Cantons. Le pied de cette, croix s'enfonce de Briinnen à Fluëlen : c'est le golfe d'Uri.
Briinnen est le port de Schwyz, comme le petit Leith est le port d'Edimbourg. Schwyz se groupe au-dessus de Brùnnen et au-dessous des Mythen qui couronnent de leurs tiares tout Thorizon.
Nous avons gagné Flûelen par le golfe d'Uri.
C'est le golfe historique. Il court jusqu'à Fluelen, au milieu de deux chaînes de montagnes immenses, fermées par le glacier énorme du Bristenstock qui a neuf mille cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer.
A peu de distance de Briinnen , pendant notre navigation sur le golfe d'Uri, nous avons remarqué une esplanade d'herbe et de fleurs. C'est là, selon la légende, que jaillirent trois sources, au moment où Walter Furst, Werner Stauffacher et Arnold an-der-Halden, prêtèrent le serment magnanime d'où naquit la liberté helvétique. Cette esplanade est le Grûtli.
Plus loin, sur l'autre rive du golfe d'Uri, audessous de TAchsenberg, se noue le roc sur lequel
s'élança Guillaume Tell et d'où il repoussa du pied Gessler dans la tempête.
J'ai visité seul sur une petite barque louée à Flûelen, cette prairie et ce roc de la liberté et de l'héroïsme.
Je suis rentré à Flûelen par une forte houle. Le vent du midi, qu'on appelle le Fœhn, soufflait avec violence. C'est par ce vent que manqua de sombrer, il y a quelques années, M. Joanne, l'écrivain érudit, l'excellent géographe, auquel tous les voyageurs doivent tant de reconnaissance. Mon bateau était agité, comme le sien, dans un tourbillon. Lorsque j'ai touché le port, cinquante personnes à peu près étaient là, qui regardaient les barques attardées et ballottées sur les flots. Je me suis hâté vers notre auberge, où ma femme m'attendait avec anxiété. J'avais faim, j'ai dîné et je suis retourné au golfe bouleversé par l'ouragan. C'était un sublime chaos de vagues sombres, vertes, blanches, qui s'entre-choquaient, soit dans les nuées basses, soit contre le granit des monts, puis retombaient sur elles-mêmes en ruisselant d'écume. L'orage durait encore, quand je me suis couché. De mon lit, avant de m'endormir, j'ai longtemps écouté, à la lueur trem-
blante de ma veilleuse, le Fœhn rugissant dans le golfe dTri, à faire peur aux vieux matelots dont j'avais vu pâlir les visages stoïques sur ma barque et sur le port.
J'ai exploré le lac des cantons forestiers dans ses quatre grands golfes : Lucerne, Alpnach, Kûssnacht et Uri. Je F ai exploré dans le bassin de Buoehs, et dans les deux bras qui relient, soit à Wœggis, soit à Brûnnen, ce bassin qui est, à lui seul un lac. Au milieu des enchantements du paysage, je savourais une extase intérieure et une religieuse admiration . Une pensée étrangère à cette ivresse de tous mes sens, me préoccupait toutefois de plus en plus et s'emparait entièrement de moi.
Ce lac avait été le berceau d'un peuple. La liberté helvétique était née sur ces rives. Des hommes simples avaient mêlé leur grandeur à la grandeur de la nature et ils avaient porté leur héroïsme plus haut que ces monts de leur patrie.
Au xiv* siècle, ce lac des cantons forestiers était un lac autrichien. L'aigle de Habsburg
tenait la Suisse dans ses serres, comme il y tient ritalie. Cet aigle insatiable, béni par le pape, ne s'acharne qu'aux plus belles proies. Il les perdra toutes. Il fut bien réduit à lâcher la Suisse dans les temps anciens.
Il y avait, en 1307, un bailli qui habitait aux flancs du Rigi une forteresse. Ce bailli, Hermann Gessler de Brounegg, était l'un des favoris de l'empereur Albert de Habsburg, et son gouvernement sur Schwyz, Lucerne,Uri, pesait, comme celui de Landenberg à Sarnen, le poids d'un brigandage officiel. Gessler et ses gentilshommes ne respectaient rien. Ils attentaient à l'honneur des femmes, ils suppliciaient les vieillards, ils outrageaient les pauvres habitants des montagnes et des vallées. Ils volaient, ils emprisonnaient et ils pendaient. Leur caprice était la loi.
Gessler était le chef de ces rapines , de ces désordres, et l'approbateur de ces forfaits. Il mettait le comble à ces excès par des paroles de mépris sous toutes les formes. Le droit du mépris qu'il s'arrogeait était pour lui l'assaisonnement et l'un des attributs du pouvoir.
Un jour qu'il se promenait à cheval, avec son escorte, à Steinen, il s'arrêta près de la maison
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de Werner Stauffacher et s'écria : — « Comment puis-je permettre à de vils paysans de bâtir de si agréables demeures?»
La femme de Stauffacher recueillit ces mots de dédain, et, le soir, elle eut soin de les répéter à son mari , lui demandant si de telles humiliations seraient éternelles. Stauffacher lui répondit : — « Elles auront un terme. »
Insensible à ses injures personnelles, mais ulcéré du profond abaissement de son pays, Stauffacher s'en alla un matin à Brunnen, puis, par le lac à Fliielen, d'où il se rendit au bourg d'Attinghausen, chez Walter Fûrst, son ami.
Furst avait pour gendre un brave archer de Btirglen, du nom de Guillaume Tell.
Stauffacher trouva, chez Walter Fûrst, Arnold de Melchthal qui avait fui la colère de Landenberg. Ces trois hommes antiques avaient des âmes saines et des cœurs énergiques, dans des corps robustes. Ils avaient le sentiment de la justice et le pressentiment de l'indépendance helvétique. Ils s'entendirent entre eux et ils résolurent de mourir libres plutôt que de vivre esclaves. Ils se promirent de se revoir souvent; et, afin d'échapper à la police de Gessler, ils
choisirent pour lieu de leurs séances nocturnes, une prairie solitaire, au centre des cantons d'Uri, d'Unterwalden et de Schwyz.
Cette prairie où j'ai abordé dans un petit bateau de pêcheur et où je suis demeuré plusieurs heures, est le Grûtli. Du lac elle verdit aux yeux et au cœur. Il faut la gravir par une pente rapide. Elle est assez élevée au-dessus du lac, et une ceinture de rochers bruns la défend contre les flots. Elle s'étend comme une clairière entre les hêtres, les chênes et les sapins. Le voisinage d'un verger l'égaie, tandis que les eaux du golfe d'Uri et les arbres du mont Seelisberg la rafraîchissent de leurs brises et de leurs ombres.
Tel était le théâtre, digne de leur cause, où * conspiraient les trois hommes des trois cantons.
Leur intrépidité grandissait avec la tyrannie. Ils sondèrent en secret le peuple autour d'eux et ils reconnurent avec une joie profonde qu'ils ne faisaient tous qu'un. Il se communiquèrent l'heureuse nouvelle et ils amenèrent au Grûtli , en témoignage de cette unanimité patriotique, Werner Stauffacher dix hommes de Schwyz, Arnold de Melchthal dix hommes de l'Unterwalden, et Walter Furst dix hommes d'Uri, parmi lesquels,
son gendre Guillaume Tell. Ce fut le 8 décembre
1307, que ces hommes généreux, levant leurs bras vers le ciel, jurèrent devant Dieu de respecter les propriétés de la maison de Habsburg et la vie des baillis autiichiens , mais de chasser ces baillis dont le despotisme ensanglantait tout le pays. Ce grand acte du serment accompli, ils fixèrent, au 1" janvier de Tannée
1308, l'exécution de leur sainte entreprise. Ils se serrèrent alors les mains et se séparèrent pour retourner dans leurs humbles chalets, au milieu de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs troupeaux, — tout ce qu'ils voulaient préserver.
Il m'a semblé respirer dans les grandes effluves du golfe d'Uri le souffle héroïque de ces poitrines libres, et j'ai erré avec attendrissement de la prairie aux trois fontaines qui, selon la touchante superstition populaire, bouillonnèrent du sol, à l'instant où les trois libérateurs, donnant l'exemple à leurs trente compagnons , se dévouèrent sous la voûte étoilée , entre le lac et les monts, à l'affranchissement des villes et des campagnes.
Cependant Hermann Gessler de Brounegg redoublait ses exactions et ses cruautés. Il sentait l'inquiétude sourde de la liberté chez cette na-
tion qu'il aspirait à enciiaîner. 11 se détermina brusquement à une insulte décisive, se persuadant aiec la logique insensée des despotes, qu'il énerverait ce peuple en le déshonorant une fois pour toutes.
11 ordonna de couper un jeune sapin dans la montagne et de le planter profondément sur la place du marché, à Altorf, chef -lieu du canton d'Uri. Il habitait là une tour carrée, mais sa résidence ordinaire était son châteaufort de Kûssnacht. L'arbre de la tyrannie fut consolidé dans cette terre sacrée qui devait lui refuser toute racine, et Gessler le fit surmonter d'une de ses toques, ornée de la plume de paon. Cette plume étincelante était haïe du peuple, parce qu'elle brillait à ses yeux comme l'emblème du joug autrichien. C'était justement pour abaisser l'orgueil national que Gessler avait commandé d'arborer ce symbole exécré du moindre paysan. Le gouverneur enjoignit, sous les peines les plus sévères , à tout homme qui passerait de saluer cette toque et cette plume abhorrées. Beaucoup furent saisis de crainte et se soumirent. Gessler se félicitait de son expédient auquel nul n'osait résister,
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lorsque le gendre de Walter Fûrst , un arbalétrier renommé pour son courage autant que pour son adresse, vint de Bûrglen, son village, à Altorf. Il s'appelait Guillaume Tell et c'était l'un des hommes du Grûtli. Son fils, âgé de treize ans, l'avait suivi sous les noyers qui bordent encore la route.
Après avoir réglé ses affaires à Altorf, Tell s'en retournait avec son enfant à Biirglen. Tout à coup sur la place du marché qu'il traversait par hasard, il aperçoit l'arbre odieux. Il le regarde tristement, silencieusement, et il ne s'incline pas. Aussitôt les gardes du gouverneur se jettent sur l'arbalétrier téméraire. Ils l'entraînent avec son fils à la tour carrée du bailli. Gessler, qui avait des renseignements sur Guillaume Tell, le reçoit brutalement. — « Rustre que tu es, s'écrie-t-il, je t'apprendrai à obéir. On dit que tu es sans rival dans ton art. Eh bien, tu vas nous le montrer. Tu tireras une pomme sur la tête de ton enfant. Si tu t'y refusais, malheur à toi et à lui ! » Tell réfléchit un instant, et comprenant qu'il a dans son habileté la seule chance de salut pour son fils , il accepte l'épreuve.
Gessler et ses gentilshommes choisissent le
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champ près de la tour. L'enfant est condait à une grande distance. La pomme est mise sur sa tête. Tell dépose son rustique étui à flèches. Il en cache une dans sa poitrine ; il en ajuste une autre sur son arc. Il vise avec l'âme d'un père et le génie d'un archer. Les spectateurs frémissent. Un frisson même agite les oppresseurs étrangers. Soudain la flèche vole, la pomme tombe. L'enfant n'est pas effleuré. Il court et se précipite dans les bras de son père.
Tout le monde est touché , mais Gessler est implacable. — «Pourquoi, dit-il à Guillaume Tell, avais-tu fait provision de deux flèches?» — «Sachele donc, dit Tell indigné; si la première flèche n'avait pas épargné, jusqu'au moindre cheveu, la tête de mon enfant, la seconde t'aurait percé le cœur de part en part. »
Gessler, se tournant alors vers ses gardes :
— « Cet archer, dit-il, est un homme dangereux, qu'on l'arrête de nouveau et qu'on le garrotte. » Tell parla bas à son fils, qui s'en alla, tout pleurant, à Biirglen, avertir sa mère et son grandpère Walter Fûrst de ce qui était arrivé.
Le peuple d'Altorf et des environs était ému, désespéré. Peu à peu, le trouble s'accrut dans
la foule. Gessler eut peur qu'on ne lui enlevât son prisonnier. 11 se décida à l'emmener sans retard avec lui dans son château de Kûssnacht, où il avait plus de troupes et plus de ressources contre la révolte.
Guillaume Tell fut conduit, lié sur un char attelé de deux chevaux, jusqu'à Flûelen où le bateau du gouverneur attendait dans le port.
Gessler fit serrer les nœuds du prisonnier qu'on attacha par de nouveaux cordages, à fond de cale. Le bailli soucieux s'embarqua, malgré les menaces d'un orage. Gessler était entre deux tempêtes, celle du lac et celle du peuple. Il préférait celle du lac et il lui tardait d'être en son château du Rigi. Le vent souffla de plus en plus à travers les sauvages montagnes du golfe. Les matelots luttèrent d'abord vigoureusement contre les flots soulevés. Mais bientôt, à bout de forces, ils déclarèrent avec épouvante au gouverneur qu'un seul homme pouvait les sauver tous et que cet homme était Guillaume Tell. Gessler, après quelque hésitation, consentit à délivrer son prisonnier pour se soustraire lui-même à la mort. — «Conduis la barque, lui dit-il, sur un point accessible de la rive, et ta liberté sera le prix de ce
service. » Tell, sans répondre, s'empara des avirons et rama du côté de TAcbsenberg. Il y avait là un petit rocher qu il connaissait. Il y toucha. Du même bond, il saute sur le rocher et repousse la barque dans les flots. Il disparaît, lui, parmi les anfractuosités de TAcbsenberg.
J'ai examiné de près le rocher et ses environs. Au-dessous, du côté de Fluelen, on a bâti une chapelle où Ton dit tous les ans une messe en mémoire du héros. Deux chalets surmontent la chapelle. Des arbustes couronnent le rocher qui est tout embaumé de sauge, de serpolet et de la gloire de Tell. Le lac murmure à la base, tandis que TAchsenberg élève au-dessus ses sommets granitiques à plus de cinq mille pieds.
C'est par les détours de ce mont abrupt , que Tell se dirigea vers Brunnen, puis vers Schwyz. Tout en marchant sur ces pentes rapides d'où un autre aurait glissé cent fois. Tell avait pris un parti décisif. — «Les tyrans, se disait-il, ne reculent devant rien. Pour un coup de bâton d'Arnold, Landenberg a fait crever les yeux au vieux Melchthal. Que ne tentera pas Gessler contre ma famille ? Quels supplices ne réserve-t-il pas à ma femme, à mes enfants, à Walter Fûrst, un père
pour moi, et déjà suspect? De quels nouveaux crimes ne désolera-t-il pas tout le pays ? »
Voilà sans doute les pensées qui bouleversèrent Guillaume Tell dans sa course de FAcbsenberg à Brunnen et à Schwyz. Là, il était déterminé. Il continua sa route dont j'ai suivi, du Kulm, les inflexions jusqu'au bourg de Kussnacht. Il ne s'arrêta que sur les bords du lac Lowerz. Il entra dans un chalet sous lequel il avait un ami, archer comme lui. Il lui emprunta un arbalète et des flèches. Il s'éloigna par les montagnes, et alla s'embusquer à Kûssnacht, dans le chemin creux que devait prendre Gessler pour gravir jusqu'à son château dont on voit encore les ruines.
Gessler, préservé du lac, avait embrassé la terre ferme avec un rugissement. Il s'avançait furieux , au milieu de quelques familiers, dans le sentier qui conduisait à sa demeure féodale. Il roulait en lui-même mille projets de vengeance impuissante. Car Tell, au nom de tous les pères et de toutes les mères, au nom de la patrie et de Dieu, avait résolu d'en finir avec le tyran et avec la tyrannie. Il allait être plus terrible à Gessler que les comes du taureau d'Uri et que les abîmes
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du lac des Quatre-Caatons. Sod arc bandé. Tell ne visa le bailli antrichien qu'à la place où s'élève encore la chapelle commémorative. Le trait partit et Gessler tomba baigné dans son sang, l'ne seconde Qéche fut inutile; il expira de la première.
Tat cru entendre, à travers les siècles, dans ces lieux si paisibles aujourd'hui , alors si ravagés, le sifilemeot de la Sèche de Tell. Ce pedt bruit fut le signal de l'indépendance helvétique. L'Autriche rassembla vingt armées et livra vingt batjùlles pour reconquérir ce pays de l'héroïsme ; elle fut toujours vaincue. Les conspirateurs du Grûtli et leurs successeurs triomphèrent, parce que, dans leur amour de l'honneur et du droit, Us tinrent la liberté ponr tout et la mort pour
que Ift** li'jmmes de Schwyz , d'Un-
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Le lac des Waldstaetten m'est doublement sacré. Il doit être le lac préféré du patriote et du poëte.
Après mon odyssée historique, j'ai dormi une nuit à Gersau.
Depuis le milieu du xV siècle, Gersau était une république indépendante. Son église de village, au joli clocher rouge, était sa cathédrale; sa maison commune était son château ; son bourg et la banlieue de ce bourg formaient sa capitale et ses provinces. Elle n'avait pas besoin de cavalerie, car elle n'a ni plaines, ni chemins, mais seulement des sentiers d'Alpes. Sa population était de neuf cents âmes. Son armée de terre se composait de cent cinquante hommes de milice, et sa flotte, sa force principale, de soixante bateaux environ. Son forum était la place de l'hôtel de ville, et ses rostres, un échafaudage de maçon. Le chancelier de la république était tantôt un maréchal-ferrant, tantôt un aubergiste, tantôt un pêcheur, et le livre de la loi s'inscrivait sur un comptoir, dans un cahier de négoce.
Gersau lutta vainement pour sa souveraineté.
Elle aspirait à rester séparée de la Confédération , mais , malgré sa résistance , elle fut incorporée
âuxWaldstaetten. Elle appartient maintenant au canton de Schwyz et elle n*en est ni moins prospère, ni moins glorieuse pour cela.
Si Voltaire eût connu Gersau, il aurait dit d'elle avec plus de justesse encore que de Genève : — « D'un mouvement de ma perruque je poudre toute la république. »
Au reste, dans cette ancienne république imperceptible, il y a des mœurs pures, des femmes chastes douées d'une grâce rustique, des hommes robustes, bons et braves comme leurs ancêtres, des cœurs de héros sous des vestes de bure.
J'ai bien joui de la beauté des eaux et des montagnes, sur le lac des Quatre-Cantons. Le charme le plus exquis de la nature est en lui et autour de lui. Si l'on pouvait comparer ces grandes créations aux créations humaines, ce qui est de Dieu et ce qui est des artistes, je dirais que le lac des Waldstœtten est aux autres lacs ce que le génie de Raphaël est aux autres génies des peintres , ce qu'Ivanhoe est parmi les romans, ce qu'est la Jérusalem du Tasse parmi les Épopées.
Le lac des Waldstaetten est le plus varié et le plus intéressant qui existe dans le monde. Pour la diversité de ses golfes , de ses anses , de ses détroits et de ses caps , il triomphe infiniment du lac de Thun et de tous les lacs. Cependant il n'a rien qui surpasse l'entrée du Simmenthal entre le Niesen et la chaîne du Stockhorn , rien qui égale la vallée de Frutigen et les glaciers depuis la Bliimlisalp jusqu'à TEiger. Ces deux vues , qui sont du lac de Thun , lui donnent, en quelque sorte, un caractère de sublimité.
Quoi qu'il en soit, le lac des Quatre-Gantons est un lac adorable , le plus accidenté de tous , le plus fertile en épisodes , sinon le plus religieux. Si l'Arioste eût été sérieux et pastoral, il aurait peut-être fait un poëme semblable à ce chef-d'œuvre des eaux dans les Alpes.
J'ai sillonné pendant plusieurs jours ce lac merveilleux. J'ai vécu de lui, de ses souffles, de ses aspects incessamment ondoyants et nouveaux. J'ai choisi pour y passer presque une semaine son point central : Beggenried ! je me suis enivré à plaisir de cet horizon. J'étais en face de Gersau , la plus petite et la plus belle
des républiques , située au pied de trois montagnes ravissantes. Le magnifique bassin de Buochs s'arrondissait devant moi et balançait sous les barques ses cieux d'azur. Je me trouvais aune même distance de Lucerne et de Flûelen, à deux lieues et demie de Tune, à deux lieues et demie de l'autre, entre le Pilate et le Bristenstock, ces géants du lac.
Ce beau lac a neuf lieues de longueur ; sa plus grande largeur est de quatre lieues. Il a jusqu'à mille pieds de profondeur.
Il arrive souvent que Ton ne ramène pas les noyés à la lumière et qu'ils restent à jamais ensevelis dans les eaux.
Une jeune fille de Beggenried y disparut, il y a quelques années , la veille de ses noces. Son fiancé la chercha, l'atteignit, l'embrassa, et ne pouvant la soulever, il s'engouffra volontairement pour n'être pas séparé d'elle. La légende, qui s'est mêlée à cette histoire , ajoute que le lac les délia de leur étreinte , et les roula dans deux cavernes différentes, où ils soupireront l'un pour l'autre jusqu'au jugement dernier.
Alors ils seront réunis. En attendant , le lac , jaloux de l'homme , garde seul la fiancée dans
une grotte de corail où il Tenveloppe de ses flots les plus caressants. Moins heureux le fleuve de Djanemarck, qui ne put retenir dans son lit d'argent la touchante et tendre Ophélie !