LE PETIT SUISSE
Ne suis-je pas un joli garçon?
J'ai toujours gai courage;
S'il en est qui ne me croient pas ,
Qu'ils aillent au diable I
Je sors quand se lève le soleil ,
Je rentre quand les étoiles sont levées;
Berger suisse, berger suisse,
J'aime tant ma chanson.
Tra la la.
Dès que je souffle dans ma ti'ompe, Mon cher troupeau me suit; En allant, en venant çà et là.
Je le conduis par le pacage.
J'arrive le soir à l'étable Et je chante, je chante mon ranz.
Et la bergère s'écrie : Joli garçon.
Où es-tu resté si longtemps?
Tra la la.
dis VOYAGE
Dès que j'eus fini, je regardai autour de moi. Ma femme considérait le lac. Le pâtre s*essuyût le front , où perlait la sueur sous Teffort qu'il avait fait pour m' aider à traduire. Le vieux Pierre remaillait un grand trou à Tun de ses filets. D'autres filets de pêche étaient suspendus à des rames qui tenaient au mur par des pitons. Plus de vingt nasses étaient rangées à la paroi qui faisait face aux rames et aux filets. — « A revoir, madame, dit le vieillard, pendant que nous nous disposions à nous en aller. Que deviendront, ajouta -t- il tout bas à mon oreille, ces nasses, ces filets, ces rames et ce jardin , et ces barques, et cette maison elle-même, puisque cet enfant, mon héritier, vivotera toute sa vie dans la montagne, puisque mon nom ne sera plus prononcé sur le lac ? Tout cela sera vendu et tombera en des mains étrangères. Voilà ma peine, monsieur. » — » Prenez-la en patience, mon cher Pierre ; chacun a la sienne, et il y en a de plus lourdes que la vôtre. »
Nous chargeâmes le vieillard du soin de nos sacs de voyage et nous montâmes à Seebûhl.
Elsi était sur la porte. Elle avertit précipitamment sa maîtresse. Nos amis accoururent. Us
nous ouvrirent leurs bras et leurs cœurs. Nous étions heureux de les retrouver et de retrouver Seebuhl.
SeebQhl, 30 septembre IS56.
Je me suis promené, dès Taube, malgré les menaces du temps. On fauchait les regains, on les fanait ; on m'envoyait cette bonne odeur de bienvenue. Tous les fléaux du village et des chalets isolés battaient en cadence sur Taire de bois, comme pour me faire fête, par cette musique agréable au laboureur, agréable aussi au voyageur, qui aime avoir passer, du pré et du champ au fenil et à la grange , les trésors des foins et des moissons.
Le tonnerre a retenti toute la matinée dans les monts. Il y a eu plusieurs orages. Le camp de Thun mêlait le bruit de son artillerie au bruit de la foudre , et les deux échos se croisaient, à travers les Alpes, auprès, au loin, dans des fracas épouvantables. Les faucons, les aigles et les vautours désertaient leurs nids, et k terreur les portait à des hauteurs incommensurables.
A midi, tout était calme. Il y avait trente-trois degrés de chaleur. Le lac immobile ressemblait à un miroir de plomb fondu. On aurait juré que les glaciers étaient vêtus de cendre.
A cinq heures, le vent soufflait, les vagues se jouaient, les arbres frissonnaient, les fleurs se balançaient. Les petits oiseaux sautaient de branche en branche. La nature, sans cesser d'être grande, redevenait riante. Les glaciers étaient d'un blanc plus étincelant que la neige, et le lac d'un bleu plus céleste que le ciel.
J'ai eu successivement toutes les scènes du déluge, du chaos et du monde rensdssant.
Secbflhl, 10 octobre 1856.
Encore une journée de tempêtes. J'ai été témoin de trois arcs-en-ciel sublimes.
Le premier s'est courbé de la cime du Stockhom à la cime du Niesen et a fait une arche prodigieuse au Simmenthal.
Le second formait un croissant merveilleux sur la chaîne des hauts sommets de l'Oberland, depuis la Blumlisalp, d'où il s'élevait, jusqu'à
TEiger, où il s'abaissait, venant d'une mer de frimas et aboutissant à un océan de glace.
Le troisième arc-en-ciel irradiait du Schwaendi, illuminait le village de Hilterfingen et plongeait dans le lac de Thun. Le lac agitait l' arc-en-ciel, Tarc-en-ciel teignait le lac, et ils en étaient plus beaux l'un et l'autre.
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