I.A ir.MME
I,;i vallée signale la colline. 11 y a pou d'anntii' dans Icninndo, et siiiloii( l'iitrc égaux , (jiKii qu'on ait ])ii (lire. S'il en e\i-ile, i:\'sl entre sn|>eiieiirs v.\ intirirnis . la ileslinee de l'un étant comprise dans «elle (Je laiilre.
Bacor.
Parmi les moyens de juger de la civilisation d'un peuple, il n'en est pas de plus si\r cpie d'examiner la condition de cettemoilié du. genre humain que l'autre moitié tient sous sa puissance, en vertu du droit du plus fort. Jugée à ce point de vue, la civilisation américaine paraît d'un oidre inférieur à ce qu'auraient pu faire espérer quelques autres symptômes de son état social. Dans le traitement de la femme, non seulement les Américains ont méconnu leurs prin^ cipes démocratiques, mais ils ne sont pas même à la hauteur de quelques contrées de l' Ancien-Monde.
Ce qui prouve sullisamment le degré inférieur de civilisation sous ce point de vue impoilant, c'est que les deux parties ignorent toute la gravité des griefs de la femme contre ceux qui ont en main le pouvoir. Tandis que l'intelligence de la femme est comprimée, sa moralité écrasée, sa santé ruinée, ses faihlesses encouragées et sa force punie, on lui dit qu'elle hahite le paradis des femmes, et il n'est pas de j)ays au monde où Ton fasse plus d'étalage du traitement clievaleresqne dont elle est l'ohjet. Voici en quoi ce traitement consiste : elle a la meilleure place dans les voitures publiques; quand il n'y a pas assez de chaises ])our tout le monde, les mes-
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sieurs se lionnent debout; dans les cérémonies publiques, elle entend les déclamations oratoires sur les femmes et le foyer domestique, et des apostrophes à la femme; son mari sent ses cheveux se dresser sur sa tête à la seule pensée de la voir travailler, et il n'est pas de fatigues qu'il ne s'impose pour lui fournir de l'argent. Elle est libie de se troubler le cerveau à force d'exaltation leligieuse, afin de distraire son attention de la morale, de la politique et de la philosophie. On a grand soin surtout de conserver intacte sa moialilé, en observant en sa présence les convenances les plus strictes; en un mot, on lui donne des jouissances pour lui tenir lieu de justice. Sa position ne diiïére en principe de celle de l'esclave qu'en ce sens, que la somme de jouissances qu'on lui accorde est large et universelle, au lieu d'être étroite et arbitraire. Dans les deux cas, il y a déni de justice sans autre motif que le droit du plus fort; lassentiment du grand nombre et le mécontentement profond du petit nombre, c'est à dire des opprimés, attestent, le premier, la dégradation actuelle de la classe, et l'autre son aptitude à jouir des droits humains.
L'intelligence de la fenune est comprimée; j'en vis une preuve évidente. A peine élais-je débarquée depuis dix jours, que je rencontrai, parmi les femmes, d'insupportables pédantes ; dans mes excursions dans le pays, j'ai trouvé un plus grand nombre et une plus giande variété de femmes pédantes que l'expérience de toute une vie n'en ferait découvrir en Europe. Je pourrais remplir de portraits le reste de ce volume, mais je m'en abstiens par respect même pour ce pédanlisnie. Partout où l'intelligence a la carrière libre, le pédautisme n'existe ni chez les hommes, ni chez les femmes : il est le résultat d'une intelligence qui ne peut rester entièrement passive, mais qui, se sentant le besoin de déployer
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quoique force, le fait par rinlernu'diaire d'une moralité étroite. Le pédantisme indique le jjremicr effort de Tintelligence pour rompre ses entraves* c'est donc un symptôme encourageant.
L'intelli/^ence de la femme est comprimée par une injustifiable restriction des deux moyens d'éducation : l'enseignement positif et la discipline des circonstances. La première de ces restrictions, quoiqu'elle précède l'autre dans la chronologie de l'individu, en est une conséquence directe pour la totalité du sexe; et comme, d'ailleurs, les femmes n'ont dans la vie aucun but qui exige une éducation large, cette éducation ne leur est pas donnée. L'éducation des femmes, en Amérique, est à peu ])rés ce qu'elle est en Angleterre. On leur enseigne certaines choses qui sont jugées nécessaires parce (|ue tout le monde les apprend, dont l'utilité se borne à remplir le temps, à occuper innocemment Tattention, àperfectionneiia conversation, à mettre les femmes à même de tenir compagnie à leurs maris et d'enseigner quelque chose à leurs enfants; mais ce qu'on leur communique ainsi est, en général, reçu passivement, et ce qu'elles apprennent est dû surtout à la mémoire. Il est rare qu'on les entoure d'une condjinaison d'influences propres à développer une saine acti-* vite intellectuelle; cette activité même est réprimée, quand elle dépasse ce qui est nécessaire pour rendre facile la besogne du maître. Cela sera logique aussi longtemps que les femmes seront exclues des objets pour lesquels les hommes sont élevés. Tant qu'il y aura des droits naturels dont l'usage est interdit aux femmes, des réclamations justes qui ne doivent pas être écoutées, des matières importantes qu'elles ne doivent pas aborder même par l'imagination, l'activité intellectuelle leur sera dangereuse, et pourra paraître inconvenante. En conséquence , le mariage est le seul but laissé en perspective à la
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femme. Elle ne pent cultiver la philosophie que par caprice et sous peine du ridicule; la science, que comme un passe-temps et à la même condition. L'art leur est, dit-on, laissé ouvert; mais on leur refuse l'instruction nécessaire et surtout l'indispensahle expérience de la réalité. La littérature leur est aussi permise, dit-on; mais sous quelles peiîies et avec quelles restiictions .'* Pour montrer jusqu'où va l'insolence à laquelle est exposée, en Amérique, l'intelligence des femmes, il me su (lirait de citer les ti'ois dernières pages d'un article de la Revue de rAmérùjue du nord, sur le dernier roman de miss Sedgwick. Je sais que heaucoup en ont rougi et ont exprimé hautement leur désapprobation; mais le fait seul qu'il apu se trouver dans le paysun homme pour l'écrire, un éditeur poiu^ le lépandre, que d'aussi intolérables outrages aient pu se produire en public, un tel fait est une preuve suffisante de la dégradation du sexe. Ainsi, il ne reste aux femmes que le mariage. Je me trompe; on prétend qu'elles ont encore la relipjion. La religion est un état de l'esprit, non un but : c'est l'atmosphère morale dans laquelle les êtres humains doivent vivre et se mouvoir. On ne vit pas pour resj)ircr , on respire pour vivre. Une Allemande douée de talents et de facultés extraordinaires me faisait observer, avec surprise, que toutes les connaissances des Américaines étaient basées sur la théologie. Elle me disait que, dans son pays, la théologie était cultivée avec les autres sciences, mais que l'Amérique était le seul pays o\x elle constituait la base de toutes les connaissances. Cette dame, même en se plaignant ainsi, présentait la chose sous un aspect trop favorable. Les femmes américaiiies ne réunissent pas les conditions requises pour l'étude de la théologie; la différence entre la théologie et la religion , la science et le caractère est encore à peine connue parmi elles. C'est la re-
ligion qu'elles cultivent comme occupation; de là ses faibles influences sur la conduite aussi bien que sur l'intelligence. Les femmes se rejettent sur le mariage comme sur le seul but qu'on leur ait posé dans la vie; caria somme et la substance de l'éducation des femmes, en Amérique comme en Angleterre, ont pour but de les accoutumer à considérer le mariage comme la condition unique de leur existence, sans qu'elles puissent ^ ambitionner une autre.
La moralité des femmes est écrasée. S'il est quelque chose dans le monde d'une universalité absolue, c'est la découverte et l'adoption du principe et de la loi du devoir. Comme tout individu, homme ou femme, a une raison et une conscience, c'est une tâche que chacun est autorisé à accomplir par luimême. Mais non seulement cela est interdit aux êtres qui , comme les Américaines, n'ont, pour ainsi dire, aucun but en perspective dans la vie, mais toute la force de l'opinion est dirigée i^ivec amertume contre celles d entre elles qui font un lihre usage de leur intelligence, en décidant en quoi consiste le devoir et quels sont les moyens de Vaccompiir. Il n'y a rien d'extraordinaire, aux yeux de l'observateur désintéressé, dans l'intérêt profond qu'inspire à des femmes la situation des esclaves, de ces mères, de ces é[;ouses, de ces hommes découragés et avilis par l'esclavage; il est naturel qu'elles cherchent à leur venir en aide, il est naturel qu'elles rougissent de la lâcheté de ces esclaves blancs du nord, que l'intimidation empêche d'user du droit de la parole et de la presse en faveur d'une race opprimée; il est nature! qu'elles prennent la résolution de ne pas suivre cet exemple; il n'y a rien que de justiliabie en elles à user de leur liberté morale, chacune pour son compte et en bravant les menaces de châtiment; et, toutefois, que d'efforts n'a-t-on
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pas faits pour comprimer l'action des femmes qui consacraient ainsi leurs facultés humaines à la question de l'abolition, et pour étouffer les convictions de celles qui seraient tentées de lever les yeux et de se laisser entraîner par l'admirable exenq)le qu'elles voyaient. On se rappellera que des femmes lirent les premières prévaloir le droit d'association et de discussion, le jour où Garison fut saisi par la populace des gens connue il faut de Boston. En cette occasion , des affiches placardées dans la ville accusaient ces femmes de fouler aux pieds les bienséances et de compromettre la délicatesse de leur sexe. Les journaux, qui louent l'intervention des dames dans toutes les autres questions de chaiité et de bienfaisance, pour lesquelles elles ont coutume de se réunir et de conférer, étaient remplis des reproches les plus vils et des insinuations les plus offensantes; tous les pamphlets publiés sur cette question censurèrent l'acte de devoir que les femmes avaient accompli en décidant elles-mêmes ce qu'elles avaient à faire. Une dame haut placée par ses talents et son caractère, dont on recherchait les ouvrages avant qu'elle eût fait quelque chose de mieux que le meilleur livre, en obéissant aux inspirations du devoir et en devenant abolitionniste, a été presque excommuniée depuis. Une famille de dames que leurs talents et leur loyauté recommandaient à l'estime de la société, et qui jouissaient d'une honorable réputation dans l'enseignement, a perdu toutes ses élèves depuis qu'elle a fait connaîtie ses opinions abolitionnistes. Le reproche qu'on fait aux femmes dans tous les cas de cette nature, ce n'est pas d'avoir des opinions abolitionnistes, mais bien d'y conformer leurs actes. Le bruit qu'on fait, en parlant de la modestie du sexe, ne prouve qu'une chose : c'est que la fidélité à la conscience est inconqxilible avec cette modestie. S'il en est ainsi, que la modestie succombe. C'est
une fausse modestie qui est ainsi en danger. Sans doute, il y eut, à Rome, des hommes scandalisés de l'audace inconvenante des femmes chrétiennes venant dans l'amphithéâtre se faire mettre en pièces pour leur religion; sans doute, il y eut, dans Tarmée anglaise, plus d'un oilicier trouvant incompatible avec la modestie de leur sexe l'action des femmes et des filles des héros révolutionnaires transformées en héroïnes révolutionnaires ; mais l'événement a une puissance mei'veilleuse pour modifier la sentence définitive. Les chrétiennes intrépides , les braves Américaines d'il y a cinquante ans sont maintenant honorées, pendant que les courageuses abolitionnistes de nos jours, dignes de leurs aïeules, sont les confesseurs et les martyrs de notre âge.
Je pourrais citer un grand nombre de conversations et de faits pour prouver à quel point la moralité des femmes est éciasée; mais je me bornerai a un seul exemple : une dame qui p;isse pour avoir un cœur sain et une tète lucide, quand des questions épineuses ne sont pas sur le tapis, louait, un jour, devant moi l'ouvrage du docteur Channing sur l'esclavage. (( Mais, » ajcuta-t-elle, « ne trouvez-vous pas que ce soit grand dommage qu'on parle tant de l'esclavage en ce moment ?
— » Non ; je crois que cela est nécessaire et naturel.
— n Mais ceux qui professent les opinions du docleur Channing sur une vie future ne voient pas que l'état des esclaves soit si fort à déplorer ; si la vie présente n'est (ju'un moment en comparaison de l'éternité à venir, il importe peu comment on la passe.
— » Penseriez-vous ainsi à l'égard de vos enfants .'' Prendriez-vous votre parli de les voir esclaves par la raison qu ils ne pourraient l'être au delà de soixantedix ans .^
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— n Oh! lion; mais la vie esl si courle !
— )) Et que pensez-vous de lour condilion au terme de leur existence? Croyez-vous qu'ils ont rempli le but de la vie humaine?
— )) Les esclaves ne sciont pas punis pour l'état où ils sont, puisque cela n'est pas leur faute : la responsabilité en retombera siu* leurs maîtres.
— » Placez la responsabilité où vous voiidiez ; d'après vos propres idées, croyez-vous qu'il soit indifleicnt qu'iui homme entre dans la vie future, complèlement ignorant et sensuel, ou semblable au docteur Channin.glelque tout à l'heure vous le représentiez?
— » Non, certes, cela n'est ))as indifl'érent ; mais, du reste, ce n'est pas notre afl'aire, du moins, à nous auti'es femmes.
— » Je croyais que vous vous considériez comme chrétienne?
— » Sans doute; vous me direz peut-être que des chrétiennes doivent secourir ceux (pii souffrent, quels qu'ils soient et en tous lieux; mais dans tous les cas, cela ne saurait être un devoir pour les femmes.
— » Où trouvez- vous dans la religion une pareille distinction établie? »
La dame se contenta de répondre qu'elle croyait que l'action des femmes devait se renfermer dans leur cercle domestique. Lui ayant demandé ce que sa charité chrélienne la porterait à faire si elle voyait un grand garçon en battre un petit dans la rue, elle me réj)ondit :
(f Oh! j'en ai séparé deux l'autre jour; il eût été mal à moi de t\v. pas intervenir.
— n Eh bien! s'il y a dans le sud mille hommes forts qui battent dix mille esclaves faibles, et si, en déclarant votre opinion, vous pouvez remjiécher, (pie vous soyez homme ou femme, votre devoir chrétien ne vous oblige-t-il pas à faire cette déclaration?
240 Dli LA SOCIETE AMERICALNE.
Qu'a de commun avec cela votre qualité de femme? n Ce qui prouve combien la moralité de la femme est écrasée, c'est la persuasion prédominante qu'il est des vertus masculines et d'autres plus spécialement féminines. 11 est surprenant qu'une société qui professe hautement le christianisme entretienne, presque universellement , une opinion aussi erronée et ne voie pas que, dans cette hypothèse, le caractère du Christ n'aurait pu être le centre de toutes les vertus; qu'il aurait fallu nécessairement un Évangile séparé pour les femmes et des agents distincts pour la propagation de cet Évangile. 11 ne s'agit pas seulement ici de la différence très convenable établie entre les occupations de l'homme et celles de la femme; personne au monde, je pense, n'a contesté ce point ; mais on prétend positivement que ce qu'on nomme les vertus fortes est plus approprié aux hommes, et les vertus douces aux femmes. Comme toutes les vertus sont nourries l'une par l'autre et ne peuvent l'être que de cette manière, il résulte, de l'admission de ce sophisme , que les hommes ne sont pas , à beaucou]) près, aussi graves qu'ils le devraient être, ni les femmes aussi douces que les hommes vou-
draient qu'elles le fussent. Qu'est-ce que le courage mâle, sans mansuétude? Le mot de magnanimité ne
pas
ter contre les fatigues et les dillicultés qui accompapTient la simple possession de l'intelligence? ne doitelle pas bi-aver la douleur physique et morale, les dangers phvsiques et moraux? est-il un jour dans sa vie où elle ne soit pas livrée à des combats où nul ne peut venir à son secours , où elle trouvera plutôt de nouveaux ennemis que des défenseurs? Elle reste isolée dans l'exercice de la vie morale, seule à lutter contre des émotions, des penchants. L'honneur
peut défendre la femme contre les attaques de la violence, mais il ne peut la garantir de la souflrance, de la douleur, empêcher le sol de la vie de trembler sous ses pieds à chaque pas, ni cachera ses rcp'ards l'ahime qui est au dessous d'elle, ni renipêcher, à la fin, d'y tomber seule. Puisqu'il en est ainsi, puisque Ja femme est un être hum.ain, les hommes dev raient se garder de la priver d'aucune partie de la force qui lui est nécessaire pour soutenir la hute et le fardeau de rhumanité. Qu'ils se gardent de la laisser désai'mée et sans défense en l'iibusant par des promesses qu'ils ne pourront remplir; projuesses d'une protection qui ne peut venir que d'elle-même , d'un sup]}ort qui n(; peut dériver que de l'action morale la plus libre , de la foi en soi-même qui ne j)eut provenir d'aucune prolcclion extérieure.
iMais, dira-t-on : Comment marche la société? que fait-elle autre chose? n'agit-elle pas d'après la snpposition ({u'il est des veitns particulières aux honmies et d'autres qui sont propres aux fenunes?
Cela est vrai, et les conséquences en sont telles qu'on devait les attendre. Les honsmes sont durs, tyraniiiques; ils abusent du droit du plus foit, de quelques concessions qu'ils voilent cetabus. Ils n'ont ])as la magnanimité de discerner les droits humains de la fenuîie, et ils compriment sa moralité au lieu de lui en permettre l'usage. Les femmes sont, comme on devait s'y attendre, faibles, ignorantes et soumises, en tant, qu'elles échangent l'appui qui est en elles contre un appui étranger. Celles qui refusent de se soumettre à cette suspension de leurs fonctions, morales (car l'oeuvre du perfectionnement de la femme par la femme doit s'elïecdier iôt ou tard) ont à expier la fidélité à leurs devoirs. Elles ont tout autant besoin de courage que les hommes Jiéroïques, ({ui revendiquent les droits les plus pi'iHMcux de la lemme , ont besoin de douceur pour se défendre des
2'l2 DE La société A3iÉuiCAl.M!:.
eiiipièlcmcnls auxquels conduisent inccssamnieiU le. pouvoir, In coulume et l'éducation.
11 est, aux États-Unis, de ces femmes courageuses et de ces hommes justes disséminés dans !a multitude qu'une fausse intellif^ence des droits conduit à un complet abandon des devoirs. Leur nombre est assez Jjrand pour faire pénc'trer l'intelligence et la pratique véritable, dans les cœurs siniples et fidèles, sous le témoignage desquels le vrai princij)e doit se propager et fleurir. Sans la prosjîérité extérieure du pays, la moitié opprimée de la société y obtiendrait plus facilement justice que dans aucune contrée de l'Europe; et pourtant, la prospérité même de l'Amérique est une circonstance défavorable aux Américaines. Il s'écoulera bien du temps avant qu'elles aient l'occasion de prouver ce qu'elles seraient capables de ])enser et de faire; épreuve à laquelle des milliers d'Anglaises ont été mises par l'adversité et dont le résultat a été une remarrjuable amélioration de leur condition sociale dans le court intervalle de dix ans. La persécution pour cause d'opinion, les châtiments pour toute manifestation de force intellectuelle et morale sont encore le partage des femmes qui ont des oj)inions et font preuve de force; mais des choses sont faciles et l)eaucoup sont ])ossibles à des femmes douées .seulement de facultés ordinaires, dont raccomplis.sement, il y a quelques années, eût exigé du génie.
SECTION L
S'il est un pays au monde où la carrière de 1 amour véritable doive être heureuse et douce , c'est l'Amérique : c'est un pays où tous peuvent se marier de bonne heure, où Ton n'a pas besoin de s'inquiéter des moyens dVxistence, et où les soucis
m" l'VUTlE. C.iVILIS VTION. 2 'l3
nés des considérations conventionnelles de la liiérarchie et des familles ne sauraient exister. Il est dilTicile , an premier abord , à un étranj^er, de comprendre pour(}noi tons n'aimeraient pas et ne se marieraient pas nainrellement et librement, de manière à empêcher le vice hors dn mariage et prévenir les causes ordinaires dn maîhenr qui s'attache aux nnions conjugales.' Toutefois raltente de l'étranger n'est pas remplie, et elle ne le sera jamais tant qîi'nn sexe tlominera l'antre. Le mariage est, en Amérique, p^îus universel, plus sûr, phis tranquille, plus heureux ([u'cn Angleterre; mais il est encore sujet anx maux qui naissent de l'inégalité des parties dans leurs idées et leurs occupations. Il est plus nnivcrsel pai- suite de la complète prospérité du pays; ii est plus sûr, parce que la faculté dn divorce est phr^ grande, ce ([iii empêche l'indigne spéculation des mariages d'argent. Il est plus tranqnille et plus heureux , parce que les vœux du mariage sont absolument réciproques, que les lois sur la propriété sont, généralement, beaucoup plus favorables à la femme qu'en Angleterre, et qu'elle nest pas, comme en Angleterre, rendue en tout et pour tout la [propriété du mari. Les conditions exféi'ieures du bonheur sont presque eonqilètes , et l'institution est purifiée des plus grossiers scandales qui la dégradent dans ri\ncien-Monde; mais cette institution est encore imparfaite, comme elle lésera tant que la femme continuera à être mal élevée, passive et soumise, on bien élevée, vigoureuse et libre seulement par tolérance.
L'institution du mariage présente un aspect different dans les divers Etats de l'Amérique. J'ai parlé des mariages précoces dans le sud et l'ouest, où, grâce à la disproportion dans le nombre des individus des deux sexes, une femme est mariée avant d'avoir pu connaître ce qu'il y a de sérieux dans
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la vie humaine. La loi lui accorde un avantage dont Lien peu de fennncs jouissent ailleurs : elle a l'administration entière de ses biens. Ce serait dans tout autre pays un sujet d'étonuement que de voir une femme de vingt et un ans, dans son second vcuvap'e, dirin;er elle-même sa ferme ou sa plantation, et le faire avec inteihgence, parce que, durant sou mariage, elle les avait déjà administrées. Dans la Louisiane et dans le 3Iissouri fet probaljlemeiit dans d'autres États encore), une femme non seulement a droit à la moitié de ia propriété de son mari après sa mort, mais encore h la moitié de ses bénélices pendant sa vie, ayant, en tout temps, la faculté ù^cn lépuer le montant. Dans le sud , le mari intervient beaucoup moins dans Tadministration des biens de sa femme, même de son conscnlement volontaire, ({u ou ne le voit communément dans les contrées où la loi reconnait aux femmes le droit de posséder, même en état de maria;ge. Dans les journaux du sud , on lit souvent des annonces qui commencent ainsi : ;( Mistriss A, femme de Yi. A, disposera
de ^J Dans l'émeute dirigée, h la rSouvelle-Or-
léaus, contre madame Lalaurie, on respecta son mari et ses propriétés , attendu que M. Lalaurie n'était pas responsable de la manière dont sa femme administrait sa propriété humaine. En générd, les femmes les plus faibles et les phis ignorantes abandonnent leurs propriétés à leur mari, les maris de ces femmes étant précisément les hommes les fins dis'posés à accepter cet abandon; les femmes les plus fermes et les plus consciciicieuses sont celles, au contraire, qui gardent leurs propriétés et usent de leu! s droits, les maris de ces femmes étant précisément ceux (jui se refusent à priver leurs femmes de l'exercice de leurs devoirs et de leurs privilèges sociaux.
Si cette condition du maria.';c semblait étran.";eà
11!*" PVr.TIE. CIVILÎSATIOX. S-'!.')
qiU'lqius Aiif^iais, il est bon qu'ils saclienl que e'esl la loi anglaise qui est étrange et non celle de la Louisiane. Les Anglais seuls s'éloignent de l'ancienne loi saxonne, qui vent que îa femme possède la moitié au moins des gains de son mari. C'est ce que la loi consacre en Espagne, en France, en Italie et probablement aussi en Allemagne. LeMassacbnsetts a imité, sons ce rapport, ce qu'il y a de vicieux dans la loi anglaise; tous les hommes de loi et autres citoyens, avec qui j ai eu occasion de m'entreleriir à ce sujet, ont flétri d'une égale réprobation la barbarie d'une législation en vertu de laquelle les propriétés (rmio femme liassent avec elle-même au pouvoir de son mari. Un avoué de Boston, à irues libérales , me disait qu'il conseillait toujours au testateur de laisser à la veuve la part la plus large possible, à la condition <pie cette part retournerait aux enfants ; mais qu'il ne pouvait voir, sans rougir, les femmes devoir à ses avis ce que la loi devrait leur assurer comme un droit. .] ai entendu souvent exprimer une vive indignation de ce que la femme, l'amie et la con:ipagne de tant d'années, ne reeùt pour sa part qu'un simp.le legs , comme une domestique salariée, au lieu de voir les affaires de son mari passer légalement entre ses mains comme cela devrait être. Dans le Rhode- Island, la veuve a droit cà un tiers de la propriété de son maîi, et, dans le cas où, du vivant de ce dernier, une poi'lion quelcon(pie de ses domaines est vendue, elle est légalement consultée, en l'absence du mari, sur sa volonté relativement à la partie qui lui revient. Dans ce pays, il existe pour la femme des moyens d'indépendance. îl Sv^ra curieux de voir l'usage qui en seia fait quand les entraves de l'éducation et de l'opinioii auxquelles les femmes sont sujettes ne s'opposeront plus à l'exercice de leur liberté morale.
24G DE Li socii'ti'; aaiéricainr.
Le divorce, ai-je dit, s'obtient plus facilement aux Etats-Unis qn en Angleterre. La législation du mariage est, en xVngletene, on ne peut plus inique, et les relations conjugales y sont, par cela même, entachées de vices. Quoi qu'on puisse penser des principes qui doivent jjrésider à la loi de divorce, soit qu'on réduise les motifs de divorce à un seul, comme le voudraient d'étroits commentateurs du Nouveau-Testament, ouà deux comme en Angleterre; soit qu'on en admette plusieurs, comme aux Etats- Unis et dans plusieurs contrées du continent, nul, je pense, ne saurait approuver les dispositions en vertu desquelles, en Angleterre, le divorce ne peut être obtenu que par les particuliers les plus riclies. Faire un privilège de la richesse, d'une chose qui n'a aucun rapport avec l'argent et à laquelle toutes les personnes mariées ont un égal intérêt, c'est une absurdité trop choquante pour que nous avons besoin de la faire ressortir. On voit, au premier coup d'œil, comment un pareil nirangement tend à vicier le mariage, connnent il olTre l'impunité aux avenluriei'3 et des encouragements de toute esjièce aux mariages merci naires ; quelle oppression absolue il inflige à la personne lésée, et comment il produit et aggrave la licence dans une pioporîion incalculable. A l'Angleterre seule appartient la honte d'une pareille législation; et quoique , nulle part, elle ne soit satisfaisante, c'est, sans contredit, dans la Grande-B.ietagne qu'elle est le plus vicieuse.
De tous les Étals américains, celui de New- York se rap|)roehe le p^ius de l'Angleteire dans la législation relative au divorce, sans être fout à fait aussi rigide, en ce sens qu'une ])lus grande latitude a été donnée au mot cnuuité. La loi suj)pose la cruauté de la femme à 1 égard du mari, comme du mari à l'égard de la femme. Une ligne de dém.arcation n'a pas été- tracée eulre les riches ei les pauvres, en