III^ PARTIR. CIVILISATION
rendant coûteuse l'obtention du divorce, et après une réconciliation des parties, la cause peut être facilement reprise. Dans le IMassacluisetts, le terme crnantë reçoit une si grande latitude, et les motifs admissibles ont été si sagement réglés, que les divorces s'obtiennent avec une facilité remarquable. Il en est résulté ce qu'où devait natureilemeut attendre ; c'est que là on n'entend jamais i)arler d'un divorce, etc. Un îép^iste émincrU de Boston, exerçant sa profession depuis longues années, m'a affirmé qu'il n'en avait jamais vu qu'un exemple. Il en est aiusi partout où la loi ])résente un remède facile, et, toutes choses égales , en raison même de ses facilités, par la raison évidente qu'il résulte de la protection offerte par la loi à la partie lésée que les mariages se contractent avec plus de sécurité et qu'une égalité plus grande préside aux relations conjugales. On sait que la violation des devoirs conjugaux ne restera pas impunie. Pendant mon séjour dans la Carol! uc du nord , la femme d'un joueur obtint le divorce sans la plus légère difficulté. Quand elle eut prouvé les dangers pécuniaires et moraux résultant pour elle-même et ses enfants de la passion de son niari ])Our le jeu, la loi passa à l'unanimité dans les deux Chambres.
Bien évidemment la iépislalion ne doit interveuir dans le mariage que pour les arrangements relatifs à la propriété; sa mission se borne à veiller aux droits réciproques de la communauté et des enfants issus du mariage. Là, doit s'arrêter sa compétence. Cil progrès veis la reconnaissance du vrai principe de lintervention législative, en matière de mariaoe, a été fait, en Anpleterre, dans la nouvelle loi qui fait du mariage un contrat civil, laissant l'oi)li.;';ation religieuse à la conscience et à la convenance des prirlies. Op. Isnira probablement par reconnaître (j'ie, lorsfpK' Tobligatloii civile est rem-
248 DK LA sor.iF/n': \MKniCAixr:.
plit; , !ors{[oe les })ailics , sans I'assislaiicp de la législation, ont assure crime manière satisfaisante les intérêts des enfants issus du maiiap;e, la loi n'a plus en pnnci])e rien a y von\ Ce principe a été nus en pratique à Zurich, et il en est résulté les meilleurs elïels pour la moralité des relations conjugales. Là, les é|;oux ont le droit de divorcer d'euxmêmes, en se soumettant aux prescriptions de la loi , c'est à dire en prouvant qu'ils ont légalement pourvu aux intérêts des enfants issus du mariage. Dans les commencements, on redoutait les effets moraux de l'absence de lestrictiojis légales ; mais l'événement a justifié la conilance de ceux qui avaient la convic(io:i cpje les lois de l'aiTection humaine, quand on îcîs laisse à elles-mêmes, sont plus sacrées et plus ohligaloires que lorsqu'elles sont, l'œuvre des législateurs, il y eut d'abord un peu de légèreté dans l'application, surtout de la part de ceux qui souffraient de l'ancien état de choses; mais la moralité de !a société devint bienîôt et est restée dcjiuis éminemment pure.
On prétend, eu Améri(pîe, particulièrement dans laNouvelle-Angielerie, que la morale de la société y est d'in^.e exîrêu^.e pureté. J'en doute tout en regrettant d'en douter. Aucune comparaison ne doit être permise entre des pays ])lacés dans des circonstances diiléreiites, et il n'entre dans la pensée de personne (Vl'i\ établir une. Le vice profond, la corruptio!! universelle de la société européenne ne peuvent trouver, en Amérique, aucun ternie de comparaison; mais il n'en est pas moins vrai qu'il n'est pas de prospérité extéi'ieure, de combinaison, decirconslancescapabies de main tenir la pureté d'une société lorsqîi'ii y a corruptioii dans son orgar.isation fondamentale et dans le mobile des actions individuelies; même en Amérique, où un jeune homme peut se mai'ier, s'il lèvent, à vingt et un ans, et se
in'" PARTIE. — - c^VILISATIO.^^ 2'i0
procurer (ou I h^ i)i<M!-étietlela vlodomcsti([iio, n]èni(î là, il y a vice. Les îiommes ne veulent pas se mai-icr de bonne heure, parce qu'ils ont appris à regarder d'antres cîioses comme [)ins importantes cpie le bienêtre de !a vie domestique. Un habitant du Massachusetts, ayant acquis une longue expérience de la vie, me parlait, avec une profonde inquiétude, de laUération des mœni's, de l'accroissement des cé!i])ataires, des mariages nieicenaires, et des conséquences funestes qui peuvent en l'ésulter. Le temps n'est pas encore venu où l'Amérique pourra suivre les erremenis de l'Ancien - Monde. Dans ce vieiix monde, la nécessité de penser aux moyens d'existence, avant de penser à se n;!arier, oblige à avoir un certain état de fortune avant de prendre une Femme, et ensuite, hélas! à prendre une femme ponr s'assurer un certain état de fortune. Cette espèce de corrnplion commence déjà, sans nul donte, à se propager dans le Nouveau-Mon(!e, surtout dans les viiies où se rassensbient ceux cpii visent à la fortune ou vivent sous l'empire de l'opinion.
Dans la Nouvelle- Angleterre, je fiis frappée du grand nombre de femmes mariées à des Ijommes assez âgés pour être leur |;ère. Quelque temps ap.rès mon arrivée, je fus témoin d'un fait qui me snrjnnt beaucoup et dont on ne me doursa pas une expHcation satisfaisante. Une jeune 1111e avait éié pronuse à un jeune homme auquel elle était aîtnchée; la mèrerompitrengagementet la maria à un riche vieillard. Cetie aventure p^roduisil sur moi r.ne impression douloureuse; car je m'étais persuadée qu'en Amérique, du moins, on ])onvait échaDuer au déffoùtant spectacle du manage mercen.aire ; par la suite, je n'enai vu que îropd'cxemples. On meditquecela provenait a un fait iloni j'ai eu plusieurs fois l'occasion de parler : de ce qii'nn grasid nombre déjeunes gens émigraient dans Toriesl, laisp,;5P.r cî^iles qui auraient
250 DE LA SOCIKTK AMKRICALNK.
dû être leurs femmes épouser des veiîfs ayant le double de leur àfje. L'histoire du vieux Robin Giuy est un drame qui se joue souvent dans ce pays; or, un des syniptômes qui m'ont lephisdouloiu-eusement aflectée, c'est que, dans les cas de cette nature, on faisait habituellement un appol à ma svmpathie. Je n'ai point de sympathie pour celles qui, sous l'empire de circonstances quelconques, sacrifient les a (lections de leur cœur à une prostitution légale, et tous les presti;<^es de la beauté et du sentiment ne sauraient dépouiller cet acte de ce qu'il a de coupable à mes yeux. Je puis moins encore sympathiser avec des femmes qui donnent l'exemple des mariages d'argent, dans un pays nouveau où, plus que partout ailleurs, le lien conjugal devrait conserver sa pureté native.
L'inévitable conséquence de ces sortes d'union est l'altération, pour ne pas dire profanation, de la sainteté du mariage; c'est un appel au vice. Quand on voit des hommes et des femmes s épouser sans s'aimer, on peut tout au moins craindre que les uns et les autres aiment ceux qu'ils n'ont pas épousés. Cette vérité est attestée, çà et là, dans les c^impagnes par des f;iiîs douloureux, et plus encore dans les villes, dans une classe de la société où ces choses sont rares en Angleterre. Je crois que la vie conjugale est inlininu nt plus pure en Amérique qu'en Angleterre; mais je ne crois pas que, sous les autres rapports, l'Amérique puisse, en cette m.atiere, se vanter d'une ijrande supériorité. Ce que je puis dire, c'est que, dans un seul Etat, j'ai entendu ])ar- 1er d'un plus grand nombre de fautes commises dans des familles distinguées qu'il n'en est jamais venu à ma connaiPvsance en .\ngl('terre , et j ajouterai qu'elles étaient l'obj^'t d'une réprobation plus passagère et plus superiicielle qu'elle ne Triurait été dans ma patrie. Je s;us (pi en Europe, par un calcul d'é-
Ill* PARTIE. CIVILISATION. 251
goïsme, les victimes sont choisies de préférence dans mie classe qui ne peut faii'e connaître ses périls et ses griefs, tandis qu'en Amérique il n'existe pas heureusement de telles classes. .îe sais que cette circonstance rend toute, comparaison impossihle; mais il n'en est pas moins cerlain cpie la moralité de la société américaine est moins pure qu'on ne le prélend. Si l'on veut parler de la population agricole, à la honne heure; mais (pie, du moins, une gratitude pieuse ou un patrioti([ue orgueil enq^èche les classes aristocratiques des villes d'élever cette prétention, elles qui, en introduisant l'hahitude des mariages mercenaires, se sont rendues responsables de toutes les conséquences qui peuvent en rc'sulter. Un étrangler examinant la moi'alilé de la société américaine en vient a cette conclusion, que la nature humaine est à peu près jiartout la même, et que ce n'est pas dans ramélioration des fortunes, mais dans la justice rendue à la nature humaine, qu'il faut placer l'espoir de temps meilleurs. Les lois et les couluuies en.Cfendicnl des causes de vices et doivent, par conséquent, être perpétuellement surveillées et corripjées ; mais les lois et les coutumes ne sauraient non plus créer la vertu : elles ])euvent l'encourager, la fortifier, mais elles ne peuvent la produire. Aujourd'hui, il faut agrandir les objets d'existence et forlilier la discipline individuelle dans la société tout entière, afin que cliacun perfectionne sa nature et compte, pour cela, sur ses propres efibrts plutôt que sur des combinaisoiîs incertaines que feront naître, ])eut-èt!e, des eireonslances sociales et extérieures. Surtout il faudra laisser aux femmes l'usage et le bénéfice de toute la somme de force natiuelle que le Créateur a jugé à propos de leur donner. Il est essentiel h la vertu de la société qu'il leur soit accordé une. liberté d'action morale non entravée par l'ignorance, nnn intimidée
252 DR L.V SOCIKTÉ A^[KIUCAINK.
par raiitoritô; en elTot, ii'ost-il pas vrai rpie, si les femmes n'étaient pas faii)lcs, ies hommes ne pourraient être j)ervcrs ; que, si les femmes étaient courageusement pures, l'infâme tyrannie de la licence au l'ait un terme?
SECTION il.
OCCLPATIOXS.
Les occupations de la plupart des Américaines sont la dii'ection des affaires domestiques, le soin du mén;ige et des devoirs maternels. En l'absence de ces occupations, la femme n'a que deux ressources pour lucr le temps : lexagéraiion des pratiques religieuses et l'excès de la dissipation. Hors de là, une femme américaine n'a rien à voir et rien à faire. Aux Etats-Unis, comme ailleurs, il y a des fenuues aussi inspropres à être épouses et mères qu'à être hommes d'État et généraux, aussi incapables d'une responsabilité quelconque que d'une plus grande responsabilité. Il n'est pas nécessaire de les signaler; on peut les voir partout; je n'en parle que pour iiippeler que beaucoup de femmes, appartenant à Cette catewjrie, naiviennent à se soustraire à quelques Uiies d(\s occupations de leur sexe, en se réfugiant dans les i.ensions bourgeoises. C'est une circonstance très défavorable à la moralité de quelques Américaines, que la vie de pension ait été rendue nécessaire par la rareté de la main-d'œuvre, la dilFiCulté de se procurer le service domestique. Plus j'ai examiné la vie de pension ])Oui'geoise, plus j'en ai conçu une opinion défavorable, quoique je n'aie vu, en ce genre, que ce qu'il y avait de mieux. Eiïectiveraent, le degré de mérite de ces établissement'^ n'entre que pour peu de chose dans la consideration du mal résultant de leur exirstence même. Dans les maisons de ce genn^ les niien\ ienuos, c'est qui'lque chose
111'^ I'ARllE. CiVlLiSATlOA. 253
que d'avoir une compagnie h'lcu composce, une bonne table, une bôtesse bien élevée et polie, et toutes ses aises dans un appartement séparé; mais les vices du système rejettent toutes ces considérations sur ledcîTiier plan.
Commençons par les enlants. il est impossible de leur faire observer, dans leur nourriture, le réprime convenable. Coiîiment veut-on qu'ils manpent connue l'exigerait leur âge à une lable de djpquante personnes, entourés d'une douzaine de valets obséquieux, et ayant sous les yeux une foule de mets qui les tentent? Il est à craindre que l'enfant n'ose pas manger ou mange trop. Ensuite, il est triste de voir des jeunes lilies de douze ans se rapprocher de leurs mères, et rougir jjenibknicnt au moindre regard que peut jeter sur elles l'on des cinquante étrangers, ou regarder elfi'ontément tout ce qui se passe et se servir elles-mêmes, comme de petites femmes du monde. Aj^rès le thé, la coutume est de conduire les jeunes demoiselles au piano, pour y jouer un nir et cbanler pour une société composée, en grande partie, d'hommes, et à la composition de laquelle n'a présidé d'autre considération que celle de l'aisance. Puis, vient ledangerpourics jeunes femmes mariées, qui, dans les pensions bourgeoises, forment la classe la plus nombreuse. L'incertitude du service domestique est si grande, l'économie de la vie de pension est si séduisante pour ceux qui ne se sont pas pourvus de maison et de mobilier, qu'il ne faut pas s'étonner qu.e beaucoup déjeunes couples s'accommodent de ce genre de vie. ?.iais nul époux raisonnable, saebant d'avance les dangers de ce mode d'existence, n'exposera volontairement à de pareils risques la paix de son ménage. J'en ai vu assez quand les dames, en parure élégante, descendaient dans le salon comnuui a|)rès lo déjeuner, et le déjîart de leur mari pour Icin- bureau. Là, ces
lô-l DE LA bOClilT;: A Ml, HIC AIM-..
dames pnssentcîes hciiiTS rnlières, sans autre occupation qne de causer avec le j)remier venu, avec des visiteurs ou desinessienis d(; la maison n'avant rien à faire. Il est vrai que les dames raisonnables peuvent se retirer dans leur appartement pendant la matinée; mais elles se plnifjnent de ne pouvoir s'y livrer à ime occupation régulière aussi commodément que si elles étaient cliez elles. Tantôt elles ne sont là que momenlanénient, tantôt elles n'ont pas de place pour leurs livres, ou bien elles sont interrompues ])ar les visites de leurs connaissances dans la maison. Enlln, on s'accorde unanimement à dij-e qu'on ne peut faii'c que bien peu de clîoses dans les pensions bourgeoises; et, s'il en est ainsi pour les personnes raisoiniables, cela sera encore bien pis pour les peî'sonnes légères et habituées à une complète oisiveté. Elles trouvent, parmi les pensionnaires, une ou deux chères amies à qui elles confient les secrets de leurs maris. Une femme capable de faire cela une fois le fera deux lois, ou aussi souvent nu'el le changera de pension et trouveia une cbèie amie nouvelle. On m'a assuré que des hommes ontsouvcmt éprouvé desdillicultés nombreuses etgiaves dans leurs alfaires commerciales et domest!([ues, par suite de l'indiscrétion et de la légèreté de leursjcunesfemm.es, au milieu de la vicoisive etfiivoîedesjjensions bourgeoises. Quant aux maris, ils sont véritablement à plaindre. Des repas pris en public, une maison bruyante, Tinconvénient de n'avoir qu'une ou deux chambres particulières, la privation d'une foule d'objets de convenance et de goût, tout cela est un bien triste délassement pour i homme occupé, après les fatigues et les soucis de la journée. Si à cela on ajoute les pièges auxquels leurs femtr.es sont exposées, on devra conclure qu'un homme délicat et de sens supportera tous les inconvénients ]'('sultant de Tineeititude et de la mauvaise qualité du service domestique plu-
m- PAUTiE. — (;ivii,is\Ti()>. 255
lot que do renoncera vivre dans son ména.oe. Mieux vaudrait pour lui diner avec du pain et du fromagje, allumer lui-meme son feu et laisser. sa feranie épousseter les meubles, quelques jours dans l'année, que de renoncer aux avantages et à la sécuiité du chezsoi. Je pense qu'en général les maris sont de cet. avis, et que, s ils ee.ssent de tenir maison et se metîent en pension bom-geoise, c'est pour complaire à lenrs femmes qui, si elles étaient sages, en manifeslerdient moins souvent le désir.
L'étude de l'éconoiiiie du service doraesti(jue était, pour moi, nn amusement continuel. Ce que j'ai vu à cet égai'd remplirait un volume. Un grand nombre de familles sont eî. ont été depuis longtenqis aussi bien ])ourvues de domc-^tiques qu'on ])eut l'être en Angletei-rc, et je dois dire que, parmi les personnes qui se plaignaient le plus haut, il y en avait beaucoup qui, ]jar leur défaut de jugement ou de caractère, méritaient les embarras où elles se trouvaient. Cela est vrai, surtout des dames anglaises établies en Amérique. Elles apportent des habitudes de commandement et, veulent être obéies, et, quand elles voient qu'elles ont complètement échoué sous ce rapport, elles commencent à avoir peur de leurs domestiques. Lors même qu'elles savent qiîe le service domestique est un contrat, un échange de service contre une rémunération, l'autorité du maître ne pouvant exiger autre chose que l'accomplissement du service pi'omis , quand les dames ont appris à acquiescer verbalement à cela, elles n'en sont pas moins portées à se formaliser de choses qui ne les regardent pas. Si une domestique veut servir a table, eu lunettes et sans ini bonnet qui couvre sa rare chevelure; si une autre va, le dimanchcmatin, à l'égli.se, habiilée exactement comme sa maîtresse, la dame n'est aucunement responsable du mauvais goût de ses serviteurs. Mais ce sont
25G Dii L\ sociihÉ améiîjcai.m:.
des choses que lys Anglaises ne peuvent pas comprendre; elles ne ver.lcut pas laisser leurs domestiques faire leur ouvrage à leur manière, ou dislri- Jjuer leur temps comme il leur plait, entre l'ouvrage de leur maitressc et le leur, ïl en résidte qu'elles se trouvent bientôt dans Timpossiirilité d'avoir des domestiques américains, et qu'elles sont réduites à la nécessité de prendre des Irlandais ; or, tout le monde sait ce que c'est habituellement que ces domestiqueslà. Quelques uns sont des meilleurs quon puisse trouver eu Amérique : ce sont ceux qui savent apprécier une maison respectable, un levenu fixe et suffisant, l'honneur d inspirer la conljance et l'avantage d'avoir, pour le reste de leur vie, des amis précieux; mais un trop grand nombre est changeant, iusouesaut, mal[)ropre; ({uelques uns manquant de prol)iié et d'autres de tempérance.
J'ai toujours trouvé que les maitiessesde maison les plus heureuses étaient celles qui se conformaient le plus exactement à des principes de justice et de honié. Ceiies-là ont soin que, dès l'abord, les conditions mutuelles soier.t complètement expliquées, alia qu'il n'y ait jamais matière à contestation. Le candidat est non seulement informé avec précision de la nature de l'ouvrage; non seulement on le met au fait de tout dans la maison ;, mais encore on s'entend d'avance avec lui sur les cas où les convenances des deux parties contractantes pouri'aientètre en opposition : par exemple, la maîtresse stipule que sa domestique, avant de sortir, la préviendra ([uelques heures d'avance, et que ces sorties ne pourront avoir lieu quand il y aura de la société. En retoui', elle accorde lout ce (lu'il lui est possible d'accorder au domestique pour les délassemenis, les visites de sa famille, etc. Ouaiid on s'est bien entendu, il y a probabilité <'.ue les. clauses du cou-rat sciont fidèiemcnl exécutées et libéraleuient interprétées de partet
m^ I'AP/riE. — cniLiSATioN. 257
d'autre. J'ai vu des exemples de domestiques ayant passé cinq, sept, onze et même quatorze ans dans la môme maison, satisfaits et en bonne Intel!!, «en ce avec leurs njailres. J ai vu d autres lamiiles qui, sans qu'il y eût de lern- faute, ont changé trois fois de domestiques en quinze jours. J'en ai connu aussi (}ui ne seront jamais satisfaits sous ce rapport , à moins qu'ils n'apprennent les premiers principes de la démociatie.
Beaucoup de dames, surtout à la campagne, prennent des petites filles (pi'elles forment au service, après leur avoir fait contracter i.n engaçf^ement. On choisit ordinairement une petite iiile de l'âge de onze ans, et elle est tenue de rester jusqu'à l'âge de dixhuit ans. Sa maîtresses engage à la vêtir, à l'envoyer à l'école le dimanche et certains jours de la semaine, et à lui donner, au terme de son engagement, excepté en cas de mauvaise conduite, \nw sonnue de 5o dollais ou une vache, ou queUpie chose d'une valeu l'égale. Sous une bonne maitj'csse, c'est un excellent marché j)0ur la petite lille; mais les maîtresses se plaignent de ce qn'aussilôt que ces domestiques deviennent véritablement utiles, à l'âge de quatorze ou (luinze ans, elles commencent à se montrer mécontentes^ ne manquant pas de bons amis pour leur dire quels excellents gages elles gagneraient si elles étaient libres (i).
Dans plusieurs localités où j'ai résidé plus ou moins longtemps, ton.t marchait, dans la maison, d'une manière aussi facile et aussi agréable qu'on eût j)u le désirer même eu Angleterre. Ailleurs, les détails d'embarras domestiques étaient tout à la fois instructifs et amusants : d'abord, on me parlait peu
(i) Les g.igi'S ili.'s t^(i!in'>!i(jiic.s vai iiul solnn li-- ( irciiii^l.'incc^. U.ms Jcs villes d»; rest , nu !m>ii \;>h-[ <U- pictl rc-oil \ini;t-Lm(j ilolhiis | ar moi?; nue ciiisiniùic , licux iloliars l'ar sctnaim;; l'I une IVniinc ilu cliainbic, un dollar cl ck'ini. (lYolc ifc ['y/nfcnr .)
'258 DE LV SOCli-TK a3Ii':rical\e.
tin CCS choses-là, car on ci'oitgcncralemeiit, en Aniciicjuc, ((lie les AiiJ^laises s'occiiiDcnt à ])eine des affaires flu mcna.f^c. Les Anglaises doivent l'erreur où 1 ou est sur ce point, ainsi que sur beaucoup d'autres, àiix romans fashionables qui inondent le pays depuis Nev> -York jusque par delà le Mississipi. Quoique les Américains répètent et croient rpie ces livres n'offrent qu'un tableau erroné de la vie au.;}laise, ils ne peuvent se défendre lout à fait des impressions qu'ils y puisent, l'n trop grand nombre d'entre eux se figurent involontairement les dames d'Angleterre semblables aux duchesses et comtesses de ces livres de bas étages, ( t sont fort éloignés de croire que les femmes des né.;ociants, des manufacturiers, des boutiquiers et de la majeure partie des hommes appartenant aux professions libérales achètent elles-mêmes leurs provisions, tiennent leurs livres de dépense, surveillent les travaux d'aiguille, la cuisson, les conserves, etc.,c! préparent même quelqr.efois, de leurs propres mains, un mets affectionné par leur mari. Lorsque l'on eut appris de moi (jue les Anglaises et les Américaines avaient, après tout, à peu près les mêmes choses à faire, je fus initiée à l'état réel de l'économie intérieure.
Toutes les Américaines doivent savoir empeser, repasser, tenir l'argenterie et la vaisselle, apprêter des mets clioisis ; et si, en outre, elles savent faire le pain et la soupe, c'est pour elles un avantage de plus. Les messieurs se chargent habituellement d'aller au. marché, ce qui ne me pnraît pas convenable. Une dame foi't instruite me disait cpi'il loi était ai'rivé ]-écemment de se trouver sans domestique dans un villafe où elle ne pouvait espérer d'en trouver promptement. reiidar.t six semaines, elle et sa fille firent le pain et tinrent à elles seules la maison qui, pour la propreté, le luxe, Vabondance, pouvait ri-
• III'' rAjrni:, ~ civjiisatioa. 259
valiser avec celles des plus grands seigneurs, il en était résulté que, depuis cette époque, elle ne pouvait plus endurer le nuuivais pain ; elle ni'aliirnia qu'il était toujours possible d'en faire d'excellent, malgré les chan,;^einents de temps et tous les motifs habituellement allégués. Je fus frappée d'un fait que me raconta cette dame : quand il lui falkiil quelque domestique de surcroît, elle avait l'habitude d'employer, pour les travaux de la cuisine, une pauvre femme de couleur. Ses domestiques avaient toujours paru en bonne intelligence avec cette femme; mais, un jour qu'on devait avoir du ujonde le soir, la principale domestique refusa de servir la compagnie, alléguant pour rair^on qu'elle ne pouvait, sans se compromettre, s'asseoir à la même table f[ue la femme de coideur. Sa maîtresse la réprimanda avec douceur de sa fierté mal placée et ajouta : cf Si vous regardez comme au dessous de vous de servir les j^ersonnes de m;i société, ma famille se chargera de ce soin ; vous verrez ma fiiie ]iorter le plateau au thé, et ma nièce les gâteaux. » La lille se repentit et supplia qu'on la laissât servir; mais on n'accepta point son offre, sur quoi elle, pleura à chaudes larmes. Le lendemain, elle était foit humble, et sa maîtresse la raisonna avec un succès complet. La dame fit en silence une concession : nu lieu de faire venir !a femme de couleur avant le dîner, elle la lit venir après.
Une autre dame qui habitait l;i campagne lit trente milles j)Our se rendre dans uiie ville où elle savait que devaient arriver des Lriaiidais venus du Canada, dans l'espoir dese fournir parmi euxdedoniestiques. Elle s'engagea, s'ils voulaient entrer à son service, à les laisser, deux fois par an, aller à confesse, à une distance de trente n)ille^. Une autre dame encore me dit que sa famille avait nuuuju.é d'eau parce que le domestique refusaitd'en apporter^
260 DE LA SOCIETE AMKRlCAJiXE-
il fallait que les femmes allassent la chercher : le domcstu[ae était intraitable sur ce point. Elle ne put se résoudre à le renvoyer pour ce motil", tant il faisait bien son service, quoiqu'il ne pût pas conduire la voiture, attendu qu'il Ji'avait qu'un ceil, et quoiqu'il s'enivrât dès que son ouvrage était fini. Cette dame avait une maison assez bien tenue, mais il fallait qu'elle surveillât tout elle-même. Un jour, voulant faire mettre du papier à ses chambres^ elle crut devoir confier cette tâche à son domestique, qui s'en chargea volontiers. La besogne terminée, elle fut invitée à venir admirer la manière dont il avait fait ressortir les raccords; il avait rais toute son attention à faire en sorte qu'il n'y eut pas deux lés dont le dessin ne se raccordât.
La mère d'une jeune mariée de ma connaissance se flattait d'avoir, durant le voyage matrimonial des époux, doté la maison de sa iille de deux domestiquesmodèles : la veille du retour de la mariée, avant que les doniestiques eussent vu leiu^ maitre et leur maîtresse, ils avertirent qu'ils allaient partir sur-lechamp, parce qu'ils venaient de recevoir des nouvelles de leur famille qui avaient changé leurs plans : on obtint d'eux qu'ils resteraient une semaine; ce temps écoulé, ils persistèrent à vouloir s'en aller, bien qu'on n'eût pu encore les remplacer, etquc leur jeune maîtresse dût, le lendemain, recevoir du monde. Ce qu'il y avait de pire, c'est que la maîtresse de la niaison n'entendait rien au ménage; elle leur fit cuire toute la quantité de comestibles qui pouvaient se garder pour élre mangés froids, et, lorsqu'ils l'eurent quittée, elle s'assit et pleura pendant v.ne heure entière. J'ai oublié comment elle se lira d'affaire; mais elle était fort gaie quand elle me raconta cette histoire.
On rap})orle de plaisantes anecdotes sur les jeunes gens des deux sexes cpiî viennent, des parties les
Ill*" PARTIE. — civrusvTiox. 201
plus reculées du pays, prendre du service à Boston : Une fille de la campagne obéit exactement à ses instructions en plaçant le diner sur la table et en allant avertir la famille; on tarda quelques minutes pour je ne sais quelle cause; et, lorsque les conviA'es entrèrent dans la salle à manger, ils trouvèrent la domesti(pie assise et mangeant; elle s'était servi une cuisse de volaille, pensant que fc les gens étant si lents à venir, c'était dommage de laisser de bonnes choses se refroidir. » Un jeune homme de Vermont fut engagé par une famille qui avait un besoin extrême d'un valet de pied : c'était un fort pacifique personnage, de bonne volonté et sans gène; mais il n'avait acquis la connaissance du monde que dans l'enceinte d'une petite ferme. Un ou deux jours après son arrivée, il y eut nombreuse compagnie à la maison ; sa maîtresse s'appliqua à lui faire comprendre qu'a l'heure du thé, lout ce qu'il y avait à faire était de suivre, avec le sucre et la crème, le domestique qui portait le thé, et d'avoir soin que chacun eût de la crème et du sucre ; il exécuta son role avec une gravité extrême, allant attentivement d'un convive à l'autre. Après avoir achevé le tour et gagné la porte, tout à coup il lui vint un doute ; il ne se rappelait plus si un groupe, placé dans la partie la plus reculée du salon, avait profité de ses attentions : (( Je le demanderai, » se di(-il à part lui ; puis, se levant sur la pointe du pied, de manière à dominer toute la compagnie, il s'écria d'une voix de Stentor : « Dites donc, comment êtes-vous sucrés, vous autres, là bas dans le coin ? »
Assurément, ces exemples sont fort ridicules ; mais il faut se rappeler que ce sont des cas exceptionnels. Pour ma part, j'aimerais mieux me soumettre a quelques inconvénients, avoir à m'occuper parfois dans les chaini)res et à la cuisine, et voir déranger quelques uns de mes projets hospitaliejs, que
2G2 DE LA SOCItTÉ AMÉRICAL\E.
d'être témoin de la soumission dans laquelle la classe des domestiques est tenue en Europe. En Angleterre, les domestiques ont été si longtemps accoutumés à celte soumission, il est tellement reçu que c'est à leurs maîtresses à régler leurs manières, leurs vêtements, leurs relations avec leurs amis, et beaucoup d'autres choses qui devraient être laissées à leur libre arbitre, qu'il est devenu dilbcile (\q les traiter mieux. Les maîtresses de maison qui s'écartent de ces règles ne tardent pas à reconnaître qu'elles gâtent leurs domestiques, et les chefs de famille, qui veulent se faire des amis, les trouvent peu disposés à les payer de retour. En Amérique, il en est autrement, et puisse-t-il en être toujours ainsi ! A l'exception des gens qui recherchent leur satisfaction personnelle plus que le bien-être de ceux qui les entourent, tout le monde doit être charmé d'avoir, dans ses domestiques, des amis intelligents et désintéressés, dont on peut s'assurer TafTection, duton avoir d'abord quelque peine à les conserver, et êh'e obligé de prendre son parti sur quelques singularités de manières et de costumes.
On éprouve une grande satisfaction en voyageant dans un pays démocratique, c'est de ne point voir de livrée. Aux Etats-Unis, on ne rencontre nulle part ce signe de servitude, si ce n'est à Washington, chez les ambassadeurs étrangers. L'exemple suivant montrera combien les domestiques américains l'emportent, en dignité morale, sur ceux qui souffrent qu'on les affujjle d'un costume spécial. Je jiassai une soirée chez le président de l'Université dîlarward. La compagnie était servie, au thé, par un domestique du président qui est, en même temps, major de cavalerie dans la milice. Les jours de revue, lorsqu'il y a un banquet duiégiment, le major, en grand uniforme, préside à table, ayant le présidi ni à sa dr!>ile. il fait les honneurs, comme
III^ PARTIE. — CIVILISATION. ioJ
s'il n'existait pas entre eux d'autres relations. Quand tous les toasts ont été portés, il rentre à la r|"|aison, quitte son uniforme et va, à l'heure du thé, servir les convives du piésident.
Quant anx occupations par lesfjuelles les Améri-; caines remplissent leurs loisirs, ce ([u'on a déjà vu indique qu'elles ne sauraient avoir beaucoup d'importmce ou de divcrsilé. La plnpapt s'oecnpent d'actes de bienfaisance, faisant du bien ou du mal, selon le ])lus ou le moins de lumières. Dans la Nouvelle -AuJîleterre , les Américaines emploient beaucoup de temps à écouter des [)rédications , et dans d'autres l'éunions religieuses, ou à visiter, dans un but religieux, les pauvres et les aflligés. Les résultats de ces pratiques sont,»les mêmes que partout où ces choses ont lieu. Cette pratique est bonne en tant qu'elle stimule la sympathie et qu'elle établit des relations entre les diverses classes de la société; mais elle est mauvaise en ce qu'elle exalte l'esprit, encourage un faux-goût pour les citations religieuses, conduit, d'une part, à l'hypocrisie, de l'autre aux empiétements sur le domaine de la conscience, aigrit ou tyrannise ceux à qui CCS secours sont le moins nécessaires, tout en aliénant ceux qui en auraient le plus besoin. Je suis portée à croire qu'il)» a beaucoui) de bien et beaucoup de mal d'accomplis, et que toutes les fois que les femmes ont des afTiiires plus indispensables, il vaut mieux pour elles faire le bien et communiquer des consolations religieuses, qnand Toccasion s'en j)résente, que de s'en faire une occupation i)ermanente; on accomplira plus de bien que maintenant, et on évitera le mal.
Toutes les dames américaines ont jilus ou moins de littérature, et il en est à qui ce genre de connaissances sert ù combler le vide du temps. Celles qui lisent sont nondjreiises, celles qrri pensent ."-oui rares.
264 DE LA. SOCIKTÉ AMÉrIC\LNR.
Leiirespiit est d'un caractère extrêmement passif ; il
s'ensuit que les lan.oiies sont beaucoup cultivées.
(Kiand on mesL<rnalait une femme comme disliupuée
• -I'll
par ses connaissances, j étais sure d'avance cpie c'é-
taitune linguiste. J'ai rencontré un grand nom])rede dames qui lisaient le latin, d'autres savaient le grec, d/autres Tliéhreu, d'autres rallemand. A l'exception de cette dernière langue, leur insi ruction ne me parut pas utile , si ce n'est pour fournir à leur esprit un exercice iimocent. J'ai trouvé plus d'activité intellectuelle, plus de faculté puissante dans le grand nombre des dames qui donnaient peu de temps à la lecture que parmi celles qui se distinguent par leur instruction littéraire. Je n'ai pas rencontré, ^nrmi les dames des États-Unis, un seul l>on artiste. Il ne m'est ariivé qu'une seule fois de voir un dessin passable, et deux fois d'entendre de bonne musique. Cette inaptitude au dessin est un jiroblème ])0ur moi. Ce n'est ])as faute d'essaver^ mais les lésultats sont au dessous de la critique. Les sciences physiques ne sont pas non plus cultivées par les femmes; elles ont quelques prétentions à la phiiosopliie morale; mais le moins qu'on dira sur ce cbapilie sera le mieux.
C'est un triste état de choses. On me demandera peut-être : «Que sont donc iesfAméi'icaines? w Elles sont mieux instruites par la Providence que par les hommes. Le lot de l'humanité est le leur; elles ont travail, épreuves, joies et douleurs. Elles sont bonnes épouses, et, sous la direction de la nature, bonnes mères. Elles ont, dans le cercle de leur activité, le bon sens, le bon caractère et les bonnes manières. Leur beauté est très remarquable, et, je pense aussi, leur esprit. Leur charité sans bornes, n'aurait besoin que (l'être plus éclairée. Elles semblent ne pouvoir exister sans religion : la religion surabonde, niais elle n'es! pCvS toujours d'un earaclêre sain. H
Iir PARTIR. CIVILISATION. 265
est dur, peut-è(re, de dire cela; mais n'est-il pas vrai que la religion émane de la nature, de l'état moral dclindividu.'*
Une conséquence doulonreuse et funeste de l'esprit chevaleresque d'un pays à l'égard des femmes, c'est qu'il leur est dilFicile, quand cela ne leur est pas impossible, de pourvoir à leur existence. Là où l'on vante avec orgueil que les femmes ne travaillent pas, il n'est assi.o;né à leur travail ni encouracrement ni rétribution. Dans quelques parties du pays, il y a maintenant lui si grand nombre de femmes qui ont l>esoin de travailler pour leur subsistance, que le mal disparaîtia devani la force des circonstances.
En attendani, le soit des femmes pauvres est triste. Avant l'éîablissemeiitdes manufactures, elles n'avaient que trois ressources: enseigner, travailler à l'aiguille et tenir des pensions bourgeoises. Maintenant il y a des filatures; dans les imprimeries, les femmes sont employées comme compositeurs , ployeuses et brocheuses.
C'est à peine si j'ose effleurer ce sujet, tant il serait inutile de s'y arrêter; car le mal réside dans le système en vertu duquel les femmes sont compiiinées, (ït le plus .grand nombre des objets d'occupation placés hors de leur portée, plutôt que dans des combinaisons de détail qui pourraient être rectifiées par le signalement d'inconvénients particuliers. Je demanderai seulement aux philanthropes de tous les ])ays de s'enquérir des médecins quel est l'état de santé des couturières, et de juger s'il n'est pas incompatible avec les sentiments d'humanité que les femmes ne puissent gagner leur subsistance que dans cette occupation. Qu'ils s'informent comment cette espèce de travail est rétribuée, et qu'ensuite ils s'étonnent que les j)laisii's des liijcrtins soicînt principalement alimentés par cette classe. Qu'ils honorent la vertu de celles qui se mainticuneut ])U)'es,
alors que le travail, qui abrège lentement et infailliblement leur existence, sallità peine à leur donner du pain, tandis que le luxe et l'oisiveté sont le ])artage de 1 inconduite. Dans l'intervalle, entre l'époque féodale actuelle et l'époque à venir, où la carrière de la vie sera pleinement ouvcrle aux femmes comme aux bommes , la condition de la classe ouvrière parmi les femmes est telle que, si l'on faisait connaître ses souffrances, des émotions d'horreur et de honte feraient ti'essaillir la socJ(!té tout eniiére.
Foui' les femmes qui reculent dt vaut la condition de couturière, presque égalemenl redoutable depufs la marchande de modes fashionable jusqu'à l'humble ravaudeuse, pour cciiesqui y répugnent par un motif de herté, ou dans l'intérêt de leur santé, ou par la crainte de la pauvreté ou de la tentation, il n'existe guère d'autres lessources que la prétention à enseigner. Quelle fonction entraine une responsabilité plus grande, exige plus de qualités et devrait par conséquent être plus honoiée que celle de renseignement.^ Quelle ]>rofession demande plus impérieusement une vocation décidée et un génie à part?
Cependant, en Amérique comme ailleui's, les gouvernantes se recrutent parmi celles qui enseignent, parce qu'elles manquent du nécessaire, et que, sans ce motif, elles n'enseigneraient certainement pas.
L'enseignemeat et l'éducation des enfants, malgré les fatigues et les peines qui y sont attachées, S(>nl, pour un bien petit nombre, une tâche agréable: mais, excepté j)Our ce petit nombre, c'est une tache pénible, et, c[uand la pauvreté et riiumiliatioa l'accom.pagnent, elle est inlolérahle. Que les philanthropes s'enq nièrent de la proportion des gouvernantes dans les hospices des aliénés. La réponse à cette question sera tout à la ibis instructive et affîigcanle. Quelle doit être la condition du sexe quand on j)ense que celle profession est assiégée de candidats compé-
Iir PARTIE. — CIVILISA.TIOX. 2GT
tents ou non? Qu'espérer de la génération d'enfants confiés aux soins d'une classe, consciencieuse peutêtre, mais fatiguée, rebutée, découragée?
Aux États-Unis, les gouvernantes les pins accomplies peuvent obtenir im traitement de six cents dollars, dans les familles de planteurs du sud, pourvu qu'elles promettent de tout enseigner. Dans le nord, elles sont moins payées, et, dans l'un ni dans l'autre cas, il n V a possibilité pour elles d'économiser pour les maladies et la vieillesse. Les dames cpii méritent réellement la confiance publique peuvent, dans le nord, réaliser une cerîaine aisance en quelques années, en tenant école; mais, en général, la faible rétribution du travail des femmes, en Amérique, continue à juslilier le reproche des philanthropes. J'espère qu'ils persévéreront à signaler le mal, bien que des remèdes spéciaux ne puissent le guérir. Sa racine est profonde, elle est dans la subordination du sexe, et, sur ce point, les réclamations et les remontrances des philanthropes finiront par fixer l'attention de la société , particidiôrement des femmes. Le progrès ou l'émancipation d'une classe s'eftectue habitnellemeiîl, sinon toujours, par les ellorîs des individus de cette classe, et il en sera nécessairement ainsi dans la question qui nous occupe. Toutes les femmes doivent s'enquérir de la condition de leur sexe et de leurpropre position. Il en résultera infailliblement que les plus capables d'entre elles déploieront, tôt ou tard, une puissance morale qui détruira l'hypocrisie, et qu'elles briseront les chaînes (de soie pour les unes, de fer pour les autres) que les préjugés et les usages féodaux leur ont imposé<'S.
208 DE L\ sociktjé américaine.
SECTION III
SANTK.
En Amérique, des écrivains populaires onr récemment traité ce sujet au grand avantage de la société dans laquelle ils vivent. Les principes de physiologie du docleur Combe ont eu plusieurs éditions, et je sais qu'il en est résulté une amélioration dans le besoin du grand air, et une consommation d'eau et de savon plus considérable ; mais il reste encore beaucoup à faire. Dans les maisons particulières, les bains sont rares. Sur les bateaux à vapeur, les facilités pour les ablutions sont extrêmement limitées, et, dans tous les hôtels, à l'exception de ceux de première classe , le principe de la propreté personnelle n'est certainement pas compris. Les créoles de la Louisiane sont ceux dont les demeures offrent les dispositions les plus satisfaisantes sous ce rapport; il faut y joindre un petit nombre de personnes disséminées dans les autres parties de l'Union. Dans la maison d'un créole, on a, nuit et jour, dans un coin de sa chambre, une grande terrine d'eau fraîche avec du savon et des serviettes. Sous un climat comme celui de la Nouvelle-Orléans, la santé et le bien-être exigent une ablution complète deux fois par jour. A bord des bateaux à vapeur qui n'ont pas de chambres séparées, il n'y a aucun moyen suffisant pour la conservation de la propreté et de la santé. Comment les dames de la cabine peuvent-elles s'attendre à jouir d'un degré quelconque de vigueur et de bien-être pendant un voyage de quatre ou cinq jours, pendant lequel elles se lavent seulement la fignre et les mains; c'est ce que je nesaïu'ais comprendre. Il faut espérer que bientôt on exigera qu'il v ait des cabinets de toilette, dans tous les bateaux à vapeur dont les voyages dureront plus de vingt-quatre heures.
Ill" PAUllE. — ClSiLlS.VTlOIV. 269
L'excuse qu'on donne habituellement pour justifier la privation du grand air et le manque d'activité, c'est le climat; mais cette excuse ne saurait être admise, alors que des dames conservent leur santc, en faisant des promenades à pied et à cheval, et en aérant complètement leur maison. Quiconque connaît Stockbridge, et a vu ses jeunes filles gracieuses et fraîches, ses femmes alertes et bien portantes, n'admettra pas celte prétendue diliicuUé de se procurer de l'air et de l'exercice. C'est l'un des inconvénients d'un pays nouveau, que les environs des villes n'invitent que fort peu à la promenade. On doit avouer qu'il faut quelque résolution pour aller se promener dans des lieux aussi peu al trayants que l'avenue Pensylvanie à Washington, Broadway à New-York, les rues de Philadelphie, ou même le joli cours de Boston; pour avoir des lieux de promenade agréables, il faut d'abord désirer d'en avoir. Quand toutes les Américaines aimeront autantl'exercice que les dames de Stockbridge, les facilités nécessaires viendront bien vite. En attendant, si l'on eii. excepte trois ou quatre grandes villes, la population a partout de jolies promenades à sa portée. Boston est mal partagé sous ce rapport, en ce qu'il occupe, un promontoire qui ne communique avec la terre ferme que par des parcs d'une grande longueur. Par un vent froid, ou sous un soleil bridant, on ne tente ce passage que lorsqu'il y a nécessité; mais ceux qui ont des voitures peuvent aisément braver cet inconvénient, et pour ceux qui n'en ont pas il y a le Cours et le Neck.
Tout le monde, je le crois, tient à jouir d'une bonne santé; or, il n'est pas poiu^ cela de moyen plus efficace que d'imiter les résidents de Tlnde accoutumés à faire une promenade matinale. Pendant les mois chauds, les matinées sont délicieuses; et, tant <|u'ils durent, on n'est pas excusable de né-
'2T0 . DE LA SOCIKTH A >! F. Il ICA I Mi.
gliger cet exercice. Dans les Etats du Nord^ la meilleure saison de l'année est l'automne, alors que les teintes et les brises du Paradis sont réjDandues dans la campa(^ne. Pendant la plus grande partie de l'hiver, l'exercice est possible : la liiseest trop piquante pour qu'on s'y expose; mais les jours de gelée calmes et purs peuvent s'employer beaucoup mieux à marcher qu'à aller en tranieau. Tout ce qu'on peur dire en faveur du traineau ne me le fera pas aimer : je n'en puis souffrir le mouvement, et au bout de quelque temps le tinl^ement des clochettes m'importune. Mais ma raison principale est le danger auquel on est exposé. De jeunes demoiselles, qui dessèchent leur constitution à la chaleur d'un feu de charbon, qui ne lespirent l'air extérieur que pour aller à l'église, et lorsqu'elles montent en voiture et en descendent en allant en soirée, se donnant de temps en temps le plaisir d'une excursion en traîneau, assises immobiles au grand air, avec des briques chauffées sous les pieds, et la figure exposée à être gelée; s'il y a du plaisir dans de tels amusements, il est trop ché" rement acheté par le péril. Si les troupes déjeunes lilies qui déploreraient l'abolition du tr-aineau essayaient seulement de la délicieuse jouissance d'un exercice actif et journalier au grand air, elles gagnei'aient à ce changement, même sous le point de vue du plaisir.
Les dames prétendent que le soin de leiu- ménage leur donne beaucoup d'exercice chez elles. Si j'en excepte les occupations qr.i consistent à faire les lits, frotter les tables et jouer avec les enfants, je ne connais pas de soins de ménage qui entraînent beaucouj) d'cxer'cice. La hjtigue occasionnée par quelques uns des travaux est dune nature que soulagerait la promenade. D'ailleurs ces occupations ne donnent point la jouissance au giand air, dont on ne saui'ait avoirunc quantité sulîisanle sans sortir, excepté dans
m" PAr.TlE. CIVILISATION. "271
quelques résidences à la campn,Qjn('. Je ne pouvais voii- sans douleur des enfants reurerniés pendant linver dans des maisons chauffées au chai'hon-antlu'acite à une températuie de vingt-cinq degrés; je ni'afïlifîeais de voir ces pauvres petits êtres pâles et desséchés longtemps avant qu'ils eussent la perspective d'être délivrés de leur emprisonnement. Ceux d'entre eux qu'on laissait sortir dans les beaux jours ne manquaient presque jamais d'attraper un rhume; ceux-là seulement se portaient bien, qu'on tenrât dans des pièces modérément échaulk'eo, et à qui on faisait faire un exercice vigoureux au grand air, toutes les fois que le temps le permettait. L'usage du cîiarbon-anthraeite m'a.iTectait désagréablement, excepté lorsqu'il y avait dans la chambre une vaporisa îi(Ui d'eau. Je soupçonne que c'est à cela qu'il faut attribuer quelques unes des maladies du pays. Une preuve de ce qu'il y a de funeste dans Tabseiîce de l'exercice, c'est la distorsion de l'épine dorsale, encore plus commune chez les feuunes en Amérique que chez les hommes. Les médecins qui se sont spécialement occupés de ce symptôme disaient qu'on trouverait dillieilement dans les pensions une épine dorsale parfaitement droite; et quand Tépocpie de la croissance est terminée, dans un grand nombre de sujets il reste toujours à cette partie une certaine faiblesse. On connaît fappareil orthopédique des États-Unis; il faut qti'il y ait une cause à une tendance aussi générale : celle qu'on assigne est la langueur produite par le climat. Les dames, ne pouvant user de la même lil)erté que les hommes, se débarrassent, comme elles peuvent, de hun* Inngneur; mais elles n'emploient ])a5 toujoiu'S pour cela les meillcuî's moyens. Au lieu de rester chez elles pendant toute la durée des froids et des chaleurs, elles feraient mieux de prendre de l'exercice durant une partie de la journée, et de se
coucher aux heures où la chaleur est la plus graude; et, daus 1 hiver, profitcrde toutes les occasions d'exercice. Si elles en agissaient ainsi, il est à croire que la génération suivante ne se ferait pas remarquer, comme la génération actuelle, par ia maigreur du corps et la pâleur du teint.
Je ne pouvais ni'expliquer cette apathie, au sujet de la santé, qu'en supposant que le sentiment d'une santé vigoureuse est presque inconnu dans ce pays. Les malades ne se plaignent ni ne s'alarment, et on leur parle dune poitrine Jaiblc, de poumons (UlicatSf aussi peu sérieusement qu'on parlerait à des Anglais d'un rhume ordinaire. Les ecclésiastiques quittant leur troupeau, les professeurs leur chaire, les jeunes gens des deux sexes leur pays, enquête de la santé, ni'alHigeaient quelquefois , pendant que leurs amis et leurs voisins prenaient leur parti tranquillement et comme la chose la plus ordinaire. Comme j'ai la conviction que des mesures plus judicieuses remédieraient à cet état de choses, je trouve cette lésignation d'une nature singulièrement fataliste; ce que j'ai vu de plus remarquahle sous ce rapport, c'est une clame qui déclarait, avec une satisfaction évidente, qu'elle ne pouvait marcher un mille; elle avouait que le défaut d'exercice, dans les Américaines, abrégeait leur vie de quelques années, mais que celles-ci ne s'en apercevaient pas, et qu'elle-même n'y ajoutait qu'une faible imj)nrtancc.
J'aimerais à voir une réforme radicale dans le régime alimentaire, comme moyen d'amélioration de la santé générale : je voudrais voir bannir les gâteaux et le pain chauds, une diminution dans la quantité des conserves, et je voudrais voir manger moins de viande; je désirerais que Ton simpliliàt le régime des enfants. Un objet de celte importance vaut bien la peine ({ue l'on essaie (juelqucs innovations. On ne peut considérer sans ellroi ce que dcvieiidronl les
111^ PAilTIE. CIVILISATION'. 273''
générations suivantes, si on ne parvient pas à améliorer la moyenne de la santé publique : je n'ai vu régner une santé vigoureuse que dans les parties élevées de la chaîne des Alieghanys, dans l'Etat du Michigan, et, peut-êti-e, je pourrais ajouter parmi les dames deCharlt-ston, qui passent les trois quarts dé l'année au grand air dans leur piazza (i).
Tous ces moyens pour améliorer la santé, quoique probablement nécessaires, seront insulîisants si on n'en ajoute d'autres. Il faut qu'il y ait moins d'anxiété d'esprit parmi les hommes et moins de vide parmi les femmes. En donnant à leur cerveau un exercice abondant mais égal, en calmant leurs nerfs, les Anséricains, à l'aide des moyens dont nous venons de parler, arriveraient probablement à délier les variations atmosphériques de leur climat ; mais l'amélioration de l'état du cerveau et des nerfs est indispensable. 11 est à remarquerque cette anxiété domine surtout dans les parties du pays qui font le plus hautement profession de religion. La foi et l'espérance religieuses devraient naturellement accroître la santé et le calme, en enseignant à rinteiligencc à s'appuyer sur des principes in^imuables et sur des lois éternelles, en débarrassant l'esprit des inquiétudes mondaines et en donnant du repos aux âmes affligées de souffrances. Si la religion ne calme pas et n'allège pas l'esprit, elle manque son but; si elle dérange l'économie intellectuelle et corporelle, son action est pervertie : il serait bien d'y regarder. Les plus modérés d'entre les religicnnistes montrent les tombes des jeunes gens des deux sexes qui ont succonîbé victimes de l'exaltation religieuse. Qu'ils fassent un retour suv eux-mêmes, qu'ils se demandent
(i) Je tiens (Win mi-ilccin rononinn; qu'il se rappelle nue t'liofjue ovi les i^oîlres etaicni Irès i-nmiirins à Pil tsljoiiri; : on en i;n('rissait ea allant liaijilcf la plaine (le i'aiilic ? ôlc delà inontaçjnc. Depuis que les iurèis ont Ole aliull'ien el inie ia ville a elc aiiree, la maladie a complètcnien l ilispai u. (]\^ote de i Auteur.)
274 DE LA. SOCllhlî AMÉRICAINE.
si nulle concniTcnoe spirituelle, nulle mysticité ascétique ne déranî^e l'équilibre de leur constitution, cet équilibre qui maintient les forces dans une action vigoureuse et allègre, sansancuue exagération.
On ne saurait douter que cette anxiété qui mine l'homme ne soit la cause principale de l'usage excessif du tabac aux Etats-Unis; on comp;end le charme qu il peut avoir pour des hommes qui ne peuvent opposer à la fatigue et aux soucis l'élasticité de la santé et de la gaité naturelles : espérons que l'emploi du stimulant ïjaturel et parfait fera renoncer à l'usage du stimulant artificiel et pernicieux.
C'est au vide de l'esprit, dans un grand nombre de femmes, qu'il faut, je pense, attribuer un vice qu'il m'est pénible de mentionner; mais je ne puis le passer sous silence, dans 1 intérêt de la moralité et de la santé des Américaines. Ce n'est point un secret, dans le pays, que l'habitude de lintempérance se rencontre assez fréquemmentparm.i les femmes que leur éducation devrait surtout en garantir; j'en ai vu quelques exemples, et un plus grand nombre encore est venu à ma connaissance. Il ne m'a pas seml)lé que ce vice excitât la douloureuse surpiise qu'il devait naturellement faire naître. Aux étrangers, une nouveauté si horrible, un spectacle si funeste suggère d'amples et profonds sujets d'investigation. Si, dans un pays que je prétends plus religieux que tout autre, des femmes, vivant dans le calme extérieur le plus j)rofond, entourées de ])rospérité et honorées d'une manière plus éclatante que dans aucune autre contrée, si ces femmes peuvent en venir à fouler aux pieds tout respect d'elles-mêmes, toute honte, toute affection domestique et jusqu'aux idées que l'éducation a le ])lus profondément enracinées en elles, au point de se plonger dans lenfer vivant de l'intempérance, il faut qu'il y ait dans leur position quelque chose
Ill*" PARTIE. CIVILISATION, 275
de bien vicieux et de bien faux. Un iîomme intempérant peut, du moins, s'excuser sur la force delà tentation; il a commencé par la convivialité, et l'inlempérance solitaire est, chez lui, le dernier point de la dégradation; une femme, an contraire, s'abandonne à ce vice dans la solitude et le secret, aussi lonf^temps que le secret est possible; elle sait qu'elle n'a ni excuse, ni consoiation, ni espérance; elle n'a devant elie que le désespoir ; or, la scuie chose qui puisse expliquer sa conduite, est-ce le désespoir qui accompagne le vide de l'esprit, .le crois que, dans certains cas, ce vice provient de i'h;;i)itu(!e qu'ont les médecins de prescrire des cordiaux aux jeunes fdles au moment de leur croissance, et de la difiiculté qu'elles éprouvent ensuite à renoncer à l'usage de stimulants agréables : quelquefois c'est nn vice héréditaire. Pour la plupart de ces cas, la seule explication qu'on puisse donner, et celle-là est sufiisaiite, c'est le vide de l'esprit. On -aurait tort de croire que celte habitude est générale : je déclare donc que je n'ai eu occasion de connaître que sept ou huit exemples de cette nature, dans la haute société dune seule ville : ce nombre n'est jias élevé; toutefois l'existence d'uîi seul fait semblable serait sufiisant pour (pie la société tout entière le prît à cœur et s'en oceuj?at de toute la force de son intell i (renée.
2ib DE LA SOCIETE AMERICAINE.