CHAPITRE III
ENFAMS.
C'est clans l'ccolier un douloureux inJice de maigreur et de croissance tardive.
CoWl'EK.
Il faudrait un ouvrage entier pour discuter le sujet de l'éducation dans un pays quelconque. Je me bornerai à indiquer ici deux particularités qui frappent l'étranger dans la discipline des enfants, en Amérique, dans les États du nord; car on doit comprendre sans peine que ceux qui sont élevés au milieu des esclaves n'ont pas les meilleures chances possibles de moralité et de sagesse.
Les Américains, surtout ceux de la Nouvelle- Anglelerre, regardent avec une juste lierté le svstèmegénéral d'éducation appliqué à la population tout entière (i). Il y a des écoles pour tous les individus, dès l'âge le plus tejidre; des collèges pour recevoir l'élite des écoles; et das lycées et autres institutions semblables pour rinstruction ultérieure des classes ouvrières. Les écoles sont établies en nombre sulîisant pour tous les besoins du pays, en sorte qu'un citoyen qui voit jouer un enfant pendant les heures d'étude peut lui demander pourquoi il n'est pas à sa classe, et s'il ne lui donne pas une jjonne raison, le conduire à l'école du district. Le principe est que dans une démocratie où la carrière de la vie et de la société est également ouverte à tous, et oi^i tous
(i ; Voir J\ip2^cndi.\ D.
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sont convenus d'exi-ger les uns des autres une certaine somme d'aptitude iiitellectuelie et morale, quand les moyens en sont fournis, le devoir de tous est de veiller à ce qu'il en soit fait usage ; cet usage est'une condition indispensahiement attachée aux privilèges du citoyen. Nul contrôle n'est exercé sur le mode d'éducation, ni sur le lieu où elle se donne: le y)ère peut envoyer son ills à une école publique ou particulière, ou le faire instruire chez lui ; mais, dans le cas où rinsullisance de son instruction serait constatée, il est loisible à tout citoyen de lui procurer le bénéfice des moyens d'éducation fournis par la société.
L'instruction donnée n'est pas assez bonne pour la jeunesse d'un pays dont les enfants seront appelés un jour à exécuter une tâche aussi importante que la mise en action de la première organisation démocratique que le monde ait vue fonctionner. L'instruction est tout à la fois étroite et superficielle. On n'a pas même songé à établir systéina(i(}uement l'enseignement de la morale politique; lacune immense dans une république. Mais il faut se rappeler combien est jeune la société, combien elle a déjà dépassé la plupart des autres contrées, et combien grande est la certitude que la majorité qui finit toujours par être dans le droit agrandira graduellement le caractère de l'instruction qu'elle a déjà eu la sagesse d'établir. Il faut aussi se rappeler que, dans une démocratie, la même espèce et le même degré d'instruciion conduisent à des résultats bien plus importants qu'ailleurs. L'alphabet luimême n'est c[ue de peu d'utilité à l'esclave; mais c'est un inestimable trésor pour Tintelligence du jeune républicain. Il suOit de jeter les yeux sur une école de charité en AiîPileterre , et sur une école gratuite dans le Massachusetts, pour voir combien la lecture et l'écriture constituent une ac-
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qnisition différente pour les enfants qui, si leurs yeux se portent dans l'avenir, n'y aperçoivent qu'une Tie de travail mécanique, et pour les jeunes citoyens qui savent qu'ils auront à accomplir leur part de l'œuvre du gouvernement du peuple par le peuple. Les vieillards d'Amérique })euvent sourire, et les étrangers de tout âge plaisanter, en voyant à quel point sont satisfaits d'eux-mêmes les jeunes gensqui viennent, pour la j)rcm!ère fois, d'exercer le diT.it de suffrage ; mais l'assurance de sa dignité, la certitude d'être pleinement et efficacement représenté, la responsahiiité d'arriver tôt ou tard à remplir quelque charge politique responsable, ce sont là des stimulants qui suppléent, jusqu'à un certain point, à ce qui manque à l'instruction acquise. Il serait à désirer que ce stimulant fût aussi fort et lussi vertueux, dans un on deux collèges dont les élèves sont sur le point d'exercer leur droit politique, que dans quelques unes des écoles ]}rimaires. L'atmosphère aristocratique de luniversilé d'Harv.'ard, par exemple, ne' pourrait que gagner à être purifiée par le souffle de l'inspiration démocralique qui s'exhale des écoles de certains districts agricoles.
Quelques personnes prétendent que l'enseignement des principes de la politique est moins urgent que 1 amélioration de quelques autres objets de 1 instruction , les enfants apprenant chaque jour la politique par ce qu'ils entendent chez eux et partout où ils vont; mais ce qu'ils eniendent, en fait de priiicipeâ, est bien peu de chose. Ils n'entendent discutoi' que le mérile de tel on tel homme, de telle ou telle mesure récente ou projetée. Pins il y a certitude qii'ils apprendroiît ailleru'S les détails, plus il est nécessaire de les familiariser avec la connaissancedes priiicipes d'aprè.^. lesqueîslos détails doivent êtrejiîgésrî rendus profitables. Us sortent des écoles
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la tète encombrée de préjugés et la mémoire de mots, alors que la mission des écoles devrait être d'y établir la vérité et la clarté, eu substituant aux préjugés des principes et en attacbant des idées aux mots.
Un maître d'école demandait à un enfant : « Qui tua Abel? — Le général Jackson. » Un aulre demandait à unécolier : « Encpicl état le genre liumain fut-il laissé, après la chute du premier honmie? — Dans l'État de Vermont. »
La conliance républicaine et précoce dont j'ai parlé, et la place importante cpie les enfants occupent dans une société dont la population est faible encore proportionnellement à ses ressources, sont les deux circonstances qui produisent, dans les enfants , cette liberté de manières dont les observateurs se sont si souvent plaints, et qui a été lobjet de tant de remontrances inutiles; je dis inutiles^ parce que les remontrances ne servent de rien contre un fiiit nécessaire. Tant ([ue les Etats-Unis n'auront pas cessé d'être républicains, et que leur vaste Itrriloire ne sera pas complètement peuplé, les enfants continueront à avoir la liberté de manières et à montrer la même importance qu'aujourd'hui. Pour ma part, j'aime à la folle les enfants américains, ceux surtout qui ne sont pas trop surchargés d'instruction religieuse. Comme partout ailleurs, on trouve en Amérique des enfants gâtés, impertinents et égoïstes; là, comme ailleurs, il y a des cœurs paternels qui saignent. Mais Tindépondance et la hardiesse des enfants me charmaient toujours, car je ne sais rien de plus intéressant que de voir naître et se développer les idées de ces jeunes esprits, quand ils pensent d'après eux et disent naturellement tous ce qu'ils peiisent. J'eus occasion d'en observer d'adiisirables exemples à un bal d'enfants à Baltimore. Je n'aurais pas pu en voir autant, en Angleterre; en une année; si, en elVet, je m'y
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étais trouvt'e au milieu d'une centaine d'enfants de huit à seize ans, je n'aurais guère pu en tirer autie chose qu'un oui, inndaine, ou un non, nia^ dame. A Ballimorc, une douzaine de petits garçons et de petites filles nrentouraient, questionnant, discutant, coiijcciurant, bahillant d'une manière dont j'étais enchanlée. Dans les maisons particulières, les observations faites à tahje par les enfants étaient souvent la partie la plus remarqnable et, en général, la plus amusante de la conversation. Ils disent tout ce qu'ils ont snr le cœur. Souvent ces confidences sont dignes d'attention en ce qu'elles indiquent la valeur relative des choses aux yeux des enfants. Une aflicclueuse petite sœur de moins de quatre ans stimulait son frère William, qui en avait cin([, en lui disant que, s'il était bien bon, on l'appellerait un jour William ^\ebster, et qu'alors il ponnait devenir aussi bon que Jésus-Cbrist. Tiois enfants s'entretenaient au sujet de la fête de l'un à\'u:^ âgé de dix ans, et sur la manière dont ils aimeraient à la célébrer. Ils conclurent en disant que les j.'ersonnes qu'ils préféreraient pour passer la journée avec eux étaient miss Sedgwick, M. Bryant et moi. Ils ne prirent pas la liberté de nous inviter, et leur intention n'était pas que leur désir nous fut C(mnu. Un jour, causant avec une mère véritablement éclairée, je parlais du changement de relations qui a lieu quand les enfants supérieurs de parents ordinaires deviennent les guides et les protecteurs de ceux qui ont comprimé leur enfance sous une autorité rigide. Nous pai'lions des diiïlcultés de la transition en. pareille circonstance (la partie la plus ci-itique du devoir filial), et nous nous demandions ce qui arriverait apérs la mort, ey sujjposant que les deux générations se reconnussent dans une nouvelle vie de ])rogression. Mon amie observa que la seule chose qu'il y eût à faire étiit d'éviter, avec le plus grand
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soin, l'exercice de son antoiité, et qu'il fallait commencer par se faire aimer Je ses enfants. Elle et beaucoup d'autres parents en avaient agi ainsi avec le plus heureux succès. En agissant ainsi , les parents américains ne compromettent point kurs principes démocratiques, quoiqu'ils aient entre les mains un pouvoir presque illimité. Ils suiveillent et gardent, ils écartent les pierres d'achoppement , ils manifestent leur approhation et leur désapprobation, ils expriment des désirs, mais, en même temps, ils prennent en considération les désirs de leurs enfants; ils laissent, autant que possible, le naturel se montrer, niaiposent aucune opinion, n'en réprouvent aucune, en un mot ils exercent la plus tendre affeclion, sans jamais s'en prévaloir. Qu'en résulte-t-il? J'eus le plaisir d'entendre dire à mon amie : (f 11 n'y a rien de si facile au monde que de diriger des enfants, de leur faii'e faire tout ce que l'on veut. )) J'ajoutai à part moi : « Quand on appor;e à cette œuvre un cœur et un esprit comme ceux des parents américains. )> Un des motils du plaisir quej'éprouvais à suivre le développementde la liberté chez les enfants, c'est qne j'y voyais un signe cpie l'une des souffrances les plus eiïroyables de la vie humaine est probablement diminuée dans ce pays, si même elle n\i pas complètement disparu; je veux parler du supplice de renfermer en soi-même ses doutes et ses craintes, et d'avoir le cœMir gros de chagrins solitaires, ce supplice qiïi fait, des pivmieres années d'un enfant timide, un eftVoyabie purgatoire, quoique ce supplice ne purge d'aucun défaut, et en engendre beaucoup. Je suis forlenuîiit portée à croire que iesdéfauts de caractère, si universellement répandus aux lieux où l'autorité paternelle est forte et où l'existence des enfants est rcLjdue aiissi insignifiante que possible, et rexcelienccde caractère qu'on remar(jue en Amérique, doivent s'attribuer à la difféiencedc
direction donnée aux enfants, sons le point de vue de la liberté. Aul doute que beaucoup d'enfants ne soient irréparablement déprimés et énervés, faute de savoir que quelqu'un leur porte intérêt. Ils nourrissent des doutes, des craintes et des soupçons, portent eu eux des préjugés et des erreurs, faute de songera faire des questions; et lors même qu'ils se corrigeraienl de ces défauts et de ces erreurs, il en resterait toujours quelque trace. On jette, en travers de leur devoir filial, des obstacles inex|)liqués et inexplicables que l'organisation la plus forte ne surmonterait pas; la vigueur du caractère est paralysée, ou se cbange en opiniâtreté; le calme du respect de soimêmeest perdu, ainsi que la sécurité d'une confiance affectueuse en autrui; enfin le naturel est détruit et- la vie faussée; et tout cela, parce que, dès l 'origine, les parents ne se sont pas fait des amis de leurs enfants. Nul ne supposera que je veuille représenter cette erreur comme générale dans un pays quelconque; mais j'ai acquis la conviction qu'elle est très commune en Angleterre, et que, selon toute probabilité, elle ne peut jamais devenir très répandue en Amérique. J'en ai vu un ou deux exemples douloureux, et un petit nombre de cas où des parents essayaient injustement de régler les actes de leurs fils et de leurs iîlles, que leur age plaçait en debors d'un tel contrôle, non par des commandements exprès, mais par des avis qui, venus d'un père ou d'une mère, sont plus irrésistibles même que des commandements; maisc'étaienl là des exceptions remarquables et remarquées. Je vis un contraste frappant entre deux jeunes filles du môme voisinage, élevées, l'une, selon le principe de l'amour, l'autre d'après celui de la crainte; ces deux filles offraient en elles le meilleur enseignement de pbilosopbie morale que j'aie jamais reiicontré. Sous le point de vue de la naissance, de forganivsation, de réducation, elles étaient à peu prés égales.
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Toutes deux avaient reçu le don de beauté et d'intelligence. L'une est pâle, indolente ; qiioiqueayant laréputation d'être instruite, elle est dépourvue de goût, timide, triste, ne manifestant rien, si ce n'est, de temps à autre, un profond égoïsme et une pruderie qui passe toute croyance. L'éducation de cette fille a été l'unique objet de la sollicitude de ses parents depuis le jour de sa naissance : ils n'ont oublié qu'une cbose, c'est de lui faiie connaître et sentir quequelquunl'aimait. L'autre, l'enfant cliéried'une famille nombreuse, rencontrait l'amour dans tous les regards, la tendresse dans toutes les voix, belle comme Ilébé, belle de liberté et de joie, si bien que sa pi'ésence est comme un rayon du soleil entre deux nuages. Elle sait qu'elle est belle et accomplie, mais, autant que j'en ai pu juger, elle n'en tire pas la moindre vanité. On lui a dit mille et mille fois qu'on la regardait comme un génie : elle contredit silencieusement cette assertion; ce qu'elle sait, c'est qu'elle peut tout acquérir, mais rien créer. Elle étudie de toute la puissance de sou être, comme si elle devait, dans un an, embrasser une profession savante; elle danse comme si la salle de bal était pour elle le monde entier; elle va et vient par la pluie ou le beau temps, à jned, à cheval, en voiture, se chargeant de petits messages d'obligeance, et, au nuiieu des éclats de sa joie ou dans les profondeurs de ses méditations studieuses, les plus petits intérêts de ses amis lui sont toujours pi'ésents. A d'ennuyeuses soirées, elle s'assied sous la lumière de ia lampe (se doutant peu combien elle est belle en ce moment), s'amusant tranquillement à regarder des gravur(?s, sans avoir besoin qu'on s'occupe d'elle : elle ex- ])rimera sa pensée et ses sentinjeuts, devant un cercle d'admirateurs, avec autant de siuîplicité et de gravité que si ci le parlait à sa mère. J'ai vu des gens Sf coller 1*1 tête et exprimer la crainte qu*élle ne fût
gâtée; mais j'ai la conviction que celle jeune créature esl ingàlahle. Elle obtient tous les éloges et toute l'admiration qu'on peut prodiguer : la vigilance de ses parents ne peut les empêcher d'arriver jusqu'à elle; elle n"a pas besoin d'éloges et d'admiialion, elle a d'autres objets en vue et d'autres désirs, et je crois fermement que si, demain, elle restait seule, la dernière de sa famille, elle n'aurait rien h craitidre; elle serait occupée et, un jour, heureuse comme elle l'est maintenant sous la garde de leur tendresse. Elle offre le plus complet exemple que j'aie jamais vu d'un être grandissant à la lumière et à la chaleur d'une parfaite liberté d'amour; elle m'a laissée très peu disposée à tolérer l'autorité en matière d'éducation comme en toute autre matière.
On m'a souvent fait une question qui indique la différence qui existe entre l'Angleterre et l'Amérique, relativement aux relations intérieures de la famille : on me demandait s'il était possible que la famille des Bennet agit comime on la représente dans Orgueil et préj II i^é ; si une mère déraisonnable", qui a des filles grandes et formées, pourrait gâter deux filles plus jeunes sans que les autres intervinssent. Il est certain qu'en Amérique les esprits supérieurs do la famille prendraient la diiection, tandis qu'en Angletei're, bien que les affaires domestiques finissent graduellement par sairanger, fidée ne viendrait à personne de mettre en question l'autorité de la mère. La différence la plus remarqiiable est qu'en Angleterre les parents regardent laulorité comme un droit, quelque douceur qu'ils puissent mettre dans l'usage (juils en font ; en Amérique, les parents la désap[;rouvent sous le point de vue de la raison ; et, s ils agissaient rationnellement, ils feraient mieux dé l'abdiquer. De petits incidents excitaient tout à la fois mon étonnement et mon intérêt, et me rêvé-
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laient journellement l'état des choses; les moindres circonstances y contribuaient : par exemple, une dame, me parlant un jour du mariage de sa fille ainée, me disait que deux ou trois de ses enfants n'étaient pas présents à la cérémonie. Pourquoi? ils éprouvèrent un tel chagrin de se voir enlever leur sœur, qu'ils ne voulurent se montrer que lorsque leur beau-frère eut quitté la maison avec sa fiancée : quels enfants, en Angleterre, eussent pu concevoir l'idée de s'absenter pour un pareil motif?
Il est amusant d'observer l'instinct de conservation personnelle que montrent les enfants dans un pays où les bonnes d'enfants sont rares. Dans les commencements, j'étais effrayée de voir des petits enfants jouer sur des ponts en bois tout délabrés, où, à travers de larges trous, on voyait bouillonner l'eau mugissante; des petits garçons grimpant à des arbres suspendus sur des l'ochers, ou s'avenlurant dans un canot sur une rivière rapide; mais j'ai reconnu qu il arrive rarement des accidents aux enfants. Il résulte évidemment, de ces premières habitudes, une dextérité, une intrépidité, une présence d'esprit et une aptitude aux exercices du corps qui leur sont, par la suite, d'une grande utilité.
J'ai vu avec j)eine, dans quelques villes et surtout à Boston, que les parents semblaient ne pas comprendre combien, dans l'œuvre de l'éducation, la discipline des circonstances l'emporte sur celle de renseignement positif. Nul sans doute ne contestera que la meilleure éducation est celle qui exerce tout l'âtre de l'enfant. : toutefois une méthode d'éducation est maintenant h la mode à ]5oston, qui . doit détruire de bonne lieure ses victimes et faire un mal irréparable, moralement et physiquement, à celles qui auront été épargnées. Les Bostoniens, ou phiîùl cette partie de la société qui ])rétend eonsliluer la ville, sont plus susee[)libles d enthousiasme
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que de log-que. Quand Spr.izncim était à Boston, le cerveau était tout, et SCS sages et i)ienveiilanlc.s remontrances sur lauégligcnce ou l'abus des facultés physiques étaient accueillies avec une grande bonne foi et beaucoup de conviction apj^arenfe. Très peu de temps après, im grand nombre de ses disciples embrassa une doctrine tout opposée, et leur spiritualisme n'eut plus de bornes. Ceux-ci basent leur théorie et leur pratique sur ce principe que tous les êtres liumains ont, dans un corps enfant, une intelligence parfaite; d'aiitrcs vont encore plus loin et enseignent do.frmatiauement, à de i;auvres petits êtres qui n'eu peuvent mais, qne c'est l'esprit qui fait le coi'ps, et que le corps est le résultat des efforts de l'esprit poiu^ se manifester. On pourrait abandonner au ridicule d'aussi pitovables absurdités sans les conséquences pratiques qui en dérivent : lorsque je quittai Eoston, ii y avait dans cette ville une école nombreuse dirigée d'après ce urincipe. Le maître présuppose dans ses petits élèves la possession de toute vérité philosophique et morale; il croit que sa mission consiste à eu provoquer le dévcloppemeiit, à aider la vie extérieure à se conformera la lumière intérieure, et, surtout, à baisser humblement pavillon devant îa supériorité des lumières de ces petits pro;1iges. Rien ne serait plr.s aisé que de démontrer.tout le mal cpi'un pareil homrae fait à ses élèves, en affaiblissant leur corps, caressant leur imagination, stimulant à l'excès la conscience des uns et endurcissant celle des autres, et par la direction fausse qu'il leur impiirae, les «induisant de toute manière au mensonge et à l'hypocrisie; mais un système aussi méprisable ne mérite vraiment pas que l'on s'en occupe sérieusement. A coup sûr, s'il pouvait garder assez longtemps les mêmes élèves pour ap}):iquer complèti'ment sur eux sa méthode^ ceux deutre eux qui survivraient à
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l'absence des exercices tiii corps, à la surexcilatioii du cerveau seraient les premiers à j'ejeter tontes ces stupidités, en s'apereevant à la fin que leur (juide moral a employé leurs ])remières années à poursuivre des omiîres et à mépriser des réalités. Toutefois il n'est pas à craindre cpie cette expérience complète se fasse jamais; il sullit de quelcpies semaines pour convainci'e les parents raisonnables de la tendance destructive d'un tel système; c'est un caprice qui passera à Boston conune tant d'autres, et bientôt on n'en entendra plus parler.
Cependant le principe fondamental exerce ses rava.f^es dans d'autres directions. Malheureusement il aftecte le bien-être des aveugles, et plus encore celui des sourds et muets, que la société a jnis sous sa j>roteclion bienfaisante. Aussi longtenips qu'un grand uombiedes membres les plus distingués de la conuiiunauté croiront que iètre intérieur de ces malheureux est dans un élat {)nrfait, les moyens de manifestation étant seuls imparfaits; que leur éducation doit être basée sur la supposition qu'ils possèdent une provision complète d'intentions intellectuelles et morales; qu'ils ont sur les autres hommes un avantage dans lexclusion d'associations fausses et vulgaires : aussi longtemps, dis-je, que cette croyance prévaudra, les élèves n'auront guère à espérer d'autre avantage que la protection et le bien-être qui leur sont assurés dans leurs institutions respectives. Dans la conversation de ceux qui les plaignaient tout haut, je reconnus fréquemment la persuasion intime que les sonrds et muets étaient mieux partagés que ceux qui ont le don de l'ouïe et de la parole : en admirant les compositions allégoriques des élèves, bien peu s'apercevaient que ce n'était guère qu'une réunion d'images absolument dépourvues de la vérité abstraite qu'elles étaient supposées contenir. J'avais déjà vu ailleurs cette er-
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reur deplorable introduite dnns rcnsei^^neraent des sourds et muets, mais je m'attendais peu à la retrouver encore. Quoi qu'il en soit, dans lëcole dont j'ai parlé plus haut, 1 erreur fleurit au milieu (ïélèves en possession de leurs cinq sens et du don de la parole. . ! •
Abstraction faite de ces exemples d'excentricité, les enfants d'Amérique ont l'avantage d'être élevés de bonne heure sous l'influence de la Uieilleure des disciplines, celle de l'activité et de la confiance en leurs propres forces ; le grand défaut ne vient qu'ultérieurement. L'éducation n'est point appropriée à la vocation des sujets; tous, quelle que doive être la destination deleur vie, sont élevésàpeu près de lamême manièie jusqu'à Fàge de dix-neuf ans. C'est là une absurdité cmj)runtée à TAncien-IMonde, mais tout à fait indigne du bo!J sens du ?(ouveau. Elle sera rectifiée quand la vie des riches aura un but aussi bien arrêté que celle des citoyens qui ont leur chemin à faii'e. Les jeunes gens qui ont de la fortune et une prédisposition à la science ou à la littérature ne s'y livrent pas, parce qu il « n'existe encore aucune classe scieuti'ique ou littéraire à laquelle ils puissent se réunir. » Où est pour eux la nécessité de se joindre à une telle classe? Et en admettant cette nécessité, comment cette classe ponrra-t-elle jamais exister si personne ne commence à en former les éléments? Toutefois la chose se fei-a à mesure que la puissance intellectuelle se dégagera des liens qui l'enchainent encore. La passion pour la vérité, le désir de la science finissent toujours, à la longue, par briser l'obstacle que le convondonalisme leur oppose. Un génie s'élèvera tautôîici, tantôt là, qui placera la société en dehors de ses règles et de ses précédents. Ormnd l'Amérique possédera aujourd'hui un ])liilosophe, demain un poète (pii , semblable au véritable artiste de Schiller, « lèvera les
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yeux sur sa dignité et sa mission, au lieu de les abaisser vers son bonheur et ses Ijesoins, » la société élargira sa discipline et deviendra une grande école préparatoire à la jouissance de tout ce que la main de Tbomme trouve à faire, son intelligence à explorer, ou son imiigination à révéler.
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