‹ Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse (volume 2)Chapitre 20 sur 37 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Négociations ayec le gouvernement de l'Inde anglaise , qui eurent pour résultat l'expédition dont je fus ohar^. '

Le 19 septembre 1826, j'eotraî ea correspondance avec le gouvernement du Bengale» en adres-» sant la lettre 3uivante à M. C. Lushîngtou, premier secrëtaire de ce gouvernement :

Monsienr, étant convaincu que vous êtes animé de Tesprît 4e pbilantropie qui a toujours marqué la conduite du gouvernement luitannique, ie n'ai pas besoin d*excuse pour appeler votre attention sur certaines circonstances qui me paraissent Relatives à l'infortuné navigateur français comte de La Pé-^ rouse, dont le sort est demeuré inconnu depuis près d'un demi-sîècle.

Tous renseignemens concernant cet homme qui a servi les sciences ayec tant de zèle , et qui est devenu victime de SCS efforts pour en étendre les progrès , ne peuvent qu'être &vorablement accueillis par le monde entier, mais plus spé-^ cialement par la nation à laquelle il appartenait.

Je suis encore encouragé dans ma démarche par le décret ^c l'assemblée nationale (dont j^ joins ici une copie), lequel prescrit à tous les ambassadeurs , consuls et autres agens fran-. çais dans les pays étrangers d'inviter, au nom de l'humanité ^

Aes arts et its sciences, les souverains de ces pays à ordon* * ner à tons les navigateurs et agens quelconques de s'enquérir de toutes les manières possibles du sort des frégates française la Boussole et ï Astrolabe que commandait M, de La Pé— rouse , etc. , etc. Conformément à cette invitation et d'après rimpulsion de mon cœur, je vais avoir Fhonneur de vous soumettre, pour être mis sous les yeta de rhonoraUe vice-président en cçnseil , les renseignemens que je possède sur ce sujet, dans l'espoir que mon rapport sera communiqué à l'agent français accrédité dans ce pays, afin que des mesures soient prises pour obtenir la solution d'un doute qui existe depuis si long-tems, et rendre à leur patrie quelques-uns des hommes ^es équipages des deux frégates françaises qui , ainsi que j'ai tout lieu de le croire, existent encore dans une des îles de l'Océan Pacifique. Permette%r>mçi de comçiençer par déda-r rer que je n'avancerai rien que ce que je sois parfaitement en mesure d'appuyer sur les preuves les plus évidentes.

Pour me faire comprendre claicement, il çst nécessaire que Je fasse remonter mon récit jus^'à l'année i8i3,etje ré<clame votre indulgence en même teins que votre attention, parce que je crains d'être un peu long et peut-être enpuy eux.

En septembre i8i3^ j'jâtais officier sur un navirç du Bengale, le HunteTj capitaine Robson, parti de Calcutta pour un voyage à la Nouvelle-rGalles d^ Sud, les îles Fidji (ou plus cprrectement Biti ) ^t Cantop.

Pendant notre séjour a^x l^idji, nous décçuvftmes que plusieurs Européens y résidaient, Quelquejs-uns y avaient fait naufrage, d'autres avaient déserté ou avaient été congédiés de navires qui avaient toucha, à ce$ îles a,vant notre arrivée. Nous employâmes ces bonimes dans les canots du navire à transporter à bord les objets qui devaient former notre cargaison, savoir : des biches de mer, du boi$ de 3andal et d'au7

fres productions de ces îles. Malheareusement il s^éleva uc^e querelle avec les naturels d'un Tillage appelée Vilear, situé sur k côte de Sandal. Il s'ensuivit, le 7 septembre, une rixe dans laquelle tous les Européens qui se trouvaient h terre lurent tués à Téxception de moi, d'un nommé Martin Bushart, natif ie Stetdn, en Prusse, qui résidait dans ces tles, et de Wil-. liam ^^iison, un des hommes de notre équipage. Pour les détails de cette af&ire e\ les moyens à l'aide desquels nous échappâmes au massacre, je me réfère il la Gazeiie du gowfervemeni de Calcuita du 6 février 181 7. Martin Bushart et un Lascar^ que. nous avions également trouvé ai|x tles Fidji, se réfugièrent à bord du Hunier j et comme ils eussent certainement été massacrés, si nous les eussions renvoyés dans ces îks^ le capitaine Rçbson accueillit leur prière dé les emmener et de les débarquera la première terre que nou^ rencontrerions sur notre route pour Canton.

Nous partîmes des Fidji Iç la septembre 9 et le ao,nous découvrîmes une terre qui se trouva Atre l'île de Tucopia, située par 12® i5' de latitude sud et 169** de Ipngitude est de Greenwich.* Cette île porte le nom de Barwell sur nos cartes, mais les naturels la nomment Tucopia. Le Prussien et son épouse, femme des Fidji, et le Lascar qu'il avait amenés avec lui, demandèrent à être débar^és sur cette île. Nous les y laissâmes et nous poursuivîmes notre route.

Le i3 mai 1826, le Saiat-Patnck^ dont j'étais propriétaire et capitaine et qui se rendait de Yalparaiso à Pondichéry, passa en vue de Tucopia. La curiosité* ainsi que l'affection pour un ancien compagnon de péril me portèrent à mettre en panne au large de l'île, dans la vue de m'assurer si les persoimesque j'y avais débarquées en 18 13 existaient encore. Une pirogue partie de l'île ne tarda pas arriver le long du bord ; k I^ascar ^taît dans cette embarcation. Une seconde pirogue

m'amena le Prussien Martia Bashart. Tous deux étaient ta

bonne santé^ et témoignèrent une Joie extrême de me reroir.

Ib m'apprirent que les naturels lesLavaient bien reçus et qu!ils

vivaient d'mie manière très::ConfortaUe parmi eux ; que, de*-

puis leur débarquement jusqu'à environ un an avant mon ar*

rivée, aucun navire n'avait passé à vue de l'ile , mais qu'alors

deux baleiniers anglais étaient venus successivement pécher

dans les environs. Le Lascaravait apporte une poignée d'épée

en argent qu'il troqua avec un de mes hommes contre quel-*

ques hameçons. Je demandai au Prussien d'où provenait cet

objet II me répondit qu'à son arrivée dans File , il avait vu en.

la possession des naturels pettc poignée d'épée, plusieurs

chaînes de haubans, un grand nombre de chevilles de fer ^

cinq haches, le ^nanche d'une fourchette d'argent, quelques

couteaux, des tasses à thé, des verres et des bouteilles, une

cuiller d'argent, marquée d'un chiffre surmonté d'une coit^ '

ronne , et une épée , tous objets de £abri<pie française. Il

ajouta qu'aussitôt qu'il eut acquis une connaissance suffisante

de la langue du pays, il demanda aux naturels comment ils s'é-*

taient procuré ces objets , attendu qu'ils disaient que le HurUei^

était le prenner navire avec lequel ils avaient communiqué.

Ceux-ci répondirent que , sous le vent de Tucopia et à deux

journées de route à la voile avec leurs pirogues, se trouvait

un groupe considérable d'îles nommées Malicolo , où ils Cad-»

saient de fréquens voyages, et qu'ils avaient reçu ces objets

des insulaires de Malicolo qui' avaient en leur possession un

grand nombre d*articles semblables.

En examinant la poignée d'épée , je crus y découvrir les: initiales du nom de La Pérouse , ce qui me fit naître des soup« çons et me porta à pousser mes questions aussi loin que possible. Par rintermédiaire de Bushart et du Lascar, j'interrogeai quelques-uns àt^ insulaires sur la manière dont leurs.

Toisios avaient pu se procurer tous les objets en argent et en fer qu'ils possédaient. Us me répondirent que les naturek de Malicolo racontaient que, bien des années auparavant, deux grands vaisseaux étaient arrivés près de leurs îles; qu'ils avaient jeté l'ancre, l'un à l'île deWhanou et l'antre à l'île de Paiou , peu éloignées l'une'' de l'autre. Quelque tems après ^ qu'ils avaient mouillé , et avant qu'ils eussent eu aucune communication avec la terre, une tempête s'était élevée et avait poossé les deux vaisseaux à la câte. Celui qui avait jeté l'ancre à Whanou échoua sur les roches. Les naturels se portèrent alors en foule au bord de la mer, armés âé massues, de lances et d'arcs, et lancèrent quelques flèches h bord du vaisseau» L'équipage riposta par des coups de canon et de fusil et tut plusieurs sauvages. Le vaisseau, battu par les vagues et con<^ tinuant de heu^r contre les roches, fat bientât mis en pièces. Quelques hommes de l'équipage se^etèrent dans les canots et forent poussés par le vent à la c6te, où en débarquant ils forent tués jusqu^an dernier par les sauvages. D'autres, qui s'étaieni jetés à la nage , ne gagnèrent la terre que pour partager le sort de leurs compagnons ; de sorte que pas un seul homme de ce vaisseau n'échappa à la mort

Le vaisseau qui échoua à Paiou fiit jeté sur une plage de sable. Les naturels accoururent et lancèrent leurs flèches sur ce navire comme ils avaient fait sur l'autre ; mais les gens de l'équipage eurent la prudence de ne pas répondre par les armes à cette agression. Au contraire , ils montrèrent aux a^ saillans des haches, de la verroterie et d'autres bagatelles comme offrandes de paix, et ceuxr*ci cessèrent les hostilités. Aussitôt que le vent eut un peu diminué, un vieillard poussa au large dans une pirogue et aborda le vaisseau. C'était un des che& du pays. Il fut reçu avec des caresses et on lui offirit des pri^sens qa*il accepta. Il revint à terre, ^atsa ses compa-^

Irioies et les assura ({ue les gens du vaisseau étaient des hommes bons et af&bles ; sur quoi plusieurs naturels se rendirent à bord où il leur fut offert k tous des prësens. Bientôt ils apportèrent en retour à Tëquipage des ignames, des volailles, des bananes, des cocos, des porcs, etc., et la confiance se trouva établie de part et d'autre*

L'équipage du vaisseau se trouva obligé de l'abandonner. Les hommes blancs descendirent à terre apportant avec eux une grande partie de leurs provisions. Ils restèrent quelque tems dans l'île, et Mtirent un petit vaisseau avec les débris du grand. Aussitôt qu^Ie petit bâtiment fut prêt à mettre à la voile, il partit avec autant d'hommes qu'il en put convenablement porter, après avoir été approvisionné, de vivres frais en^ abondance par les insulaires. Le commandant promit aux hommes qu'il laissait dans l'ile de revenir promptement les chercher, et d'apporter ék même tems des présens pour led naturels ; mais jamais les insulaires n'entendirent parler de ce petit bâtiment ni de ceux qui le montaient. Les hommes de l'équipage demeurés dans l'île se partagèrent entre les divers chefe auprès de qui ik résidèrent jusqu'à leur mort. 11 leur avait été laissé , par leurs camarades, des fiisils et de la poudre , et ces objet^ les mirent à même de rendre de grands services à leurs amis dans les batailles avec les naturels des tles voisines.

Les Tucopiens assurèrent qu'un grand nombre des objets qui avaient été tirés des vaisseaux en question existaient encore en bon état dans les tles. Environ sept mois avant que je touchasse à Tucopia,une pirogue était revenue de Whanou, apportant deux grandes chaînes de hauban et une cheville de fer d'environ quatre pieds de long. Je parlai à quelques-uns des hommes de la pirogue qui avait fait le dernier voyage à Malicolo. Ils me dirent qu'il restait encore dans le$

tles une grande quantité d'objets en fer provenant des raisseaux naufragés. Ceux 4{u'ayalt vus Martin Busbart étaient considérablement oxidés. J'appris avec regret que la seule cailler d'argent qu'on eût apportée à Tucopia avait été défor-^ mée par Bushart afin d'en Caire des anneaux et d'autres orne* mens pour les femmes.

J'ai actuellement en ma possession la poignée d'épée et un des anneaux faits avec la cuiller.

Le Prussien ne s'était jamais hasardé à faire un voyage à Malicolo avec les Tucopiens, mais le L^^ar y était allé une fois ou deux. Il affirma qu'il avait vu à Paiou deux Européens qui parlaient la langue des insulaires , et qu'il avait conversé avec eux. C'étaient des vieillards qui lui dirent avoir fait naufrage plusieurs années auparavant dans un des vaisseaux dont ils lui montrèrent les débris. Ils lui dirent aussi qu'aucun vaisseau n'avait touché aux iles Malicolo depuis qu'ils y étaient ; que la plupart de leurs camarades étaient morts, mais qu'ayant été disséminés dans les diverses iles, ils ne pouvaient dire précisément combien d'entre eux étaient encore vivans. Je pourrais rapporter d'autres détaik. des conversations que j'ai eues avec le Lascar et les insulaires, et qui me paraissent corroborer leurs assertions ; mais je néglige de le faire craignant déjà d'avoir lassé votre patience.

En apprenant tant de circonstances tendantes toutes à confirmer les soupçons que j'avais conçus du moment que j'avais vu la poignée d'épée avec le chiffre , )e résolus de me rendre aussi promptement que possible aux iles Malicolo , d'examiner moi-même les débris des Vaisseaux, et, s'il était possi* Ue, d'emmener les deuxibommes dont parlait le Lascar, et qui, disait-il, étaient françab. Dans cette v]iie, je l'invitai à m'accompagner. Je craignis qu'il ne me refusât , et mes craintes se céalisèrent. II me dit qu'il était marié dans l'ile et y vivait

paisiblement, que son intention était d^y demeurer toute sa ▼ie. Promesses , prières , menaces , rien ne put le faire changer de résolution. J^aliai jusqu'à m'engager à le ramener moimême à Tucopia, mais il ne voulut pas m'écouter. Le Pros— sien , au contraire , était fatigué de la vie sauvage qull avait menée depuis quatorze ans , et désirait rester avec moi. J*y consentis de bon cœur. Je réussis , en outre , à déterminer un Tucopien à m^accompagner. L'un de ces deux hommes est encore h bord de mon bâtiment, et se présentera, si on le juge à propos , Bf ur certifier le rapport que j'ai l'honneur de vous soumettre.

Nous partîmes de Tucopia le i3 mai, et nous arrivâme3 près des îles Malicolo au bout de deux jours. Malheureusement nous y fûmes pris d'un calme qui dura sept jours. A celte époque mes vivres étaient presque épuisés, et il n'y avait pas moyen de se procurer à Tucopia ni viande ni autre nourriture animale. Nous vivions principalement de patates et de bananes de la Nouvelle-Zélande. D'un autre côté , mon bâtiment faisait beaucoup d'eau, par suite d'une longue navigation, et j'avais à bord une personne intéressée dans la cargaison, qui avait éprouvé du mécontentement de ce que je m'étais arrêté à ces lies, et m'avait souvent fait des représentations sur ce qu'elle regardait comme des retards inutiles. Toutes, ces raisons ^me déterminèrent, quoique avec la plus grande répugnance et le plus grand regret, à profiter d'une •brise qui vint à s'élever et à continuer ma route ; avec l'aide du Tout-Puissant , je suis arrivé dans ce port, non sans beaucoup de peines à cause des voies d'eau de mon bâtiment.

Je viens, Monsieur, de vous faire un exposé simple et sincère des faits teb qu'ils sont venus h ma connaissance, et j'espère que vous m'excuserez s'il vous parait renfermer quelque chose de contraire aux formes et k l'éliquette. Depuis mon

}»• 4-7 *^ «nfonce )'ai toujours hanté la mer; il est par conséquent superflu de dire que je ne saurais guère orner une histoire. Celle-ci a du moins la vérité pour ornement, et je me flatte qae les renseignement que j'apporte ne seront pas sans intérêt pour r£urope savante , et particulièrement pour la nation française.

Maintenant, JVIonsieQr, j'offre mes services pour aller chercher les individus qu'on disait exister aux îles Malicolo , et qui, je le crois fermement, appartenaient à l'équipage de l'ane des deux frégates que commandait le comte de La Péroase. Je pense que la connaissance que j'ai des îles de la mer du Sud pourrait Are utile au sucCès de cette mission. J'ai fait pendant dix-huit ans le commerce dans cette mer et je parle couramment le langage deia plupart des îles connues et fréquentées. Indépendamment de cela, ayant le Prossien avec moi, son assistance serait d'une éminente utilité. Si donc les autorités françaises, dans ce pays, jugeaient à propos de m'employer, j'entreprendrais volontiers cette expédition. Toutefois je crois devoir déclarer positivement et solennellement qu'en présentant l'exposé ci-dessus je ne suis mu par l'espoir d'obtenir aucune récompense pécuniaire. Quelque chose qui arrive, je retournerai aux îles en question s'il m'est possible ; je ramènerai les Européens, s'ils sont encore vi vans, et je recueillerai des détails plus exacts relativement aux bâtiment naufragés.

Je termine. Monsieur, en vous remerciant par avance de la complaisance que vous aurez mise à me suivre dans les longs détails où j'ai cru nécessaire d'entrer, et vous prie de me croire

Votre , etc. Peter Dillon.

Calcutta , le 19 septembre i8a6.

En réponse à la lettre ci des&us , M. Lushîngton «l'invila à une conférence verbale. Je me plais à déclarer qu'il partagea toutes mes idées relativement • ! à une tentative pour ramener des îles Mannicolo ^ les Français qui avaient survécu au naufrage. !

J'étais alors sur le point de partir pour TAmérique du sud , à bord de mon navire le Saînl-Pairick. Il me fut proposé de toucher, à mon retour, aux îles Mannic^o et d'en' ramener toute personne ^ que j'y trouverais ayant appartenu aux frégates i françaises , ce à quoi je consentis ; mais , quelques jours après , voyant que je ne pouvais mettre à la voile qu'au bout d'un certain tems, j'écrivis de nouveau , en ces termes , à M. Lushington :

Monsieur, d'après renlrelien que j'ai eu avec vous, il y a quelques jours, relativement à l'infortuné comte de La Pé— rouse, je prends la liberté de vous informer qu'il n'est pas probable que je fasse d'ici à long-tems un nouveau voyage k l'Amérique du sud ; je ne §uîs par conséquent être immédiatement utile aux hommes encore existans parmi ceux qui ont échappé au naufrage des deux frégates françaises. Toutefois j'espère que, dans l'intérêt des sciences et de l'humanité, on prendra quelques mesures pour aller à leur secours. Une telle occasion ne se présentera peut-être jamais. Il y a le Prussien Bushart, mentionné dans ma première lettre, qui parle la langue de Tucopiaet pourrait déterminer quelques-uns des naturels de cette île à accompagner la personne qu'on enverrait à Manpicolo, et, par le moyen de ces hommes, on pourrait, au pis aller, apprendre tout ce qu'il est nécessaire

de connaître rclalivenlent an naufrage , dans le cas où le$ deux Français vus par le Lascar seraient morts.

Maintenant permettez que je vous soumette k proposition, suivante :.

Mon bâtiment, le Saint-Patrick^ avant d'aller à la mer, a besoin d'entrer dans le bassin et d'être réparé. Si les autorités d'ici jugeaient convenable de se charger des frais de répara* tîon et d'armement, je me rendrais ensuite directement aux ties Mannicolo , je procurerais l'assistance nécessaire aux survivans des deux équipages français^ et, par l'entremise An Prussien et des Tucopîens, je recueillerais tous les détails relatifs au naufrage.

Pour garantir au gouvernement le recouvrement des avances qu'il aurait faites, je passerais un contrat à la grosse qui en imputerait le montant sur les corps et quille ; et en outre, je ferais assurer à son nom le même montant, principal et intéréts. Tout en remplissant ma mission à 1 égard des restes des équipages français, je pourrais me procurer une cargaison d'esparres, d'écaillés de tortue et d'autres objets utiles ou curieux qui me mettraient à même , lors 4e mon retour, de rembourser la somme censée prise à la grosse, et je me confierais entièrement à l'honneur du gonveriiîèhtent français pour la rémunération de mes services.

Si le gouvernement de Calcutta n'approuvait pas le plan ci-dessus, je lui soumettrais celui ci-après :

Que le gouvernement mette à ma disposition un des bateaux pilotes du Bengale, équipé en hommes et armé comme je l'indiquerai, et je ferai le voyage en suivant ses ordres, me reposant toujours sur l'honneur du gouvernement français , et sur les dispositions du décr^et de l'assemblée nationale en date du 9 février 1 791, pour ce qu'on jugera convenable de m'ac- I. i

corder comme récompense de mes services dans ceHc occasion.

J'ai rhonncur d'être, etc. Petir Dillok.

CaldiUa, le lo octobre tSiC^

Ea réponse à cette lettre, je reçus un billet de M. S. Fraser, remplaçant moirientanëment dans les fonctions de secrétaire du gouvernement M. Lushington qui était allé à la mer pour rétablir 5a santé. L*absence de ce dernier me causa d'abord quelque inquiétude , parce qu'il m'avait paru sincèrement et vivement disposé à appuyer mes propositions ; mais j'eus le bonheur de trouver dans son successeur, M. George Swinton , et dans M. E. Molony, autre secrétaire du gouvernement , deux fermes appuis et deux amis qui me procurèrent toute Tassistance possible. Le billet dont je viens de parler était ainsi conçu :

AU CAPITALE p. DILLON.

Monsieur, j'ai ordre d'accuser réception de votre lettre du lo courant, et, en répons», de vous informer que le trèshonorable vice-président , avec l'avis du conseil, est entièrement disposé à vous seconder dans l'exécution de vos vues généreuses et humaines pour secourir les survivans de l'énuipage du comte de La Pérouse ; niais , avant de prononcer sur les mesures à prendre, il a renvoyé votre lettre au conseil de marine , afin d'en obtenir un rapport sur les dépenses prol>ables de la réparatioa de votre bâtiment, et sur la question de savoir jusqu'à qifel point le contrat à la grosse et l'assurance offerts par vous peuvent être considérés comme une

garaotie suffisante du reflfibourseinentties sommes que legmi-^ vernement pourrait avancer sur votre demande. Je suis, etc. S. Fraser,

/*'. /''. de secrelahe du gout^rotmcnt IviaiAbre du cansril , le la octobre i8a^.

Après avoir reçu celte réponse, je fus jusqu'au 25 du même mois sans entendre parler de Taf faire. Ce jour-là, M. Sargent, l'un dec membres du conseil de marine, m'informa que M. Seppings , inspecteur des constructions navales pour Thouorablecompa-^ goiedes Indes, avait examiné monbâtiment et statué^ dans son rapport , que les dépenses de réparation et d'armement s'élèverait probablement à 4o»ooo roupies , et qu'après cela le bâtiment serait tout-à-faii impropre au service de l'honorable compagnie , à cause de ses grandes dimensions et de son tirant d'eau considérable. Je fus étonné de ce rapport , sachant que mon navire était d'une belle forme , ^ parfaitement sain et avait été construit avec le bois {MTesque étemel du Paraguay. N'ignorant pas qu'il n'y avait point à appeler de l'arrêt de M. Seppings, je n'insistai pas davantage sur la proposition d'employer mon propre navire, bien que je susse parfaitement que les frais d'armement et d'expédition d'un ' des bâtimens de la compagnie s'élèveraient au moins à un lac et demi de roupies. M. Sargent me demanda alors si je ferais quelque difficulté pour aller à Man-

nicolo sur le Ternate , vaisseau de la compagnie qui ëtail alors à Rangoon; ajoutant que le commandant de ce vaisseau serait mis sous mes ordres. Je répondis que je n'avais aucune objection à faire.

M. Sargent me dit alors que le désir du trè's-hono-

rable vice-président , lord Gombermère , était que je fusse expédié aussitôt que possible , et qu'un bâtiment à vapeur du gouvernement allait partir pour Rangoon dans quelques jours , et que , par conséquent , il était nécessaire que je me tinsse prêt à partir sur ce bâtiment avec mes interprètes et mes Indiens, pour aller rejoindre le Ternate, et mettre à la voile pour les i\eè Mannicolo.

Le premier mercredi de novembre je fus invité par M. Horace Hayman Wilson , secrétaire de la société asiatique , à l'accompagner à une séance de cette société savante ; j'acceptai cette invitation. En entrant dans la salle , je fus présenté à plusieurs des membres. Avant la clôture de la séance , le colonel Bryant , l'un dés membres qui étaient assis à mes côtés, entra en conversation avec moi touchant mes voyages aux îles de la mer du Sud , et me dit qu'il attachait une grande importance à mon rapport sur la perte de la Boussole et de V Astrolabe. Il ajouta qu'en qualité de membre de la société asiatique , laquelle avait été formée pour contribuer à répandre les sciences dans cette partie du monde , il consi<lérait comme un devoir pour lui de proposer à l'as-:

semblée qu'il fût envoyée une députaiion de ses membres auprès du vîcc-prësident du gouverne-» menl , pour recommander que Ton prit quelque mesure afin de secourir les survîvans de l'expédition du comte de La Pérouse et de les ramener de l'île où Tonsupposait qu'ils avaient fait naufrage. Il dit encore que , comme l'expédition du comte de La Pérouse avait eu pour objet le progrès des sciences, et par conséquent l'avantage de tout le genre humain, lui ou ceux de ses compagnons qui auraient survécu auraient de grands droits à la considération de la société asiatique.

Une motion fut cfTectivement faite et approuvée à Tunanimité par rassemblée.- L'honorable John Harrington , président de la société et l'un des membres du conseil suprême, annonça, dans sa ré- . ponse à la proposition , qu'il avait appris que l'on se disposait , par ordre du président transmis au conseil de marine , à m expédier à M annicolo de la manière proposée par M. Sargent. Toutefois il déclara qu 'il appuierait la motion. Un des membres présens dit que ce serait pour lui un gi*and plaisir que de m'accompagner à M annicolo ^ parce qu'il avait un goût extrême pour les recherches scientifiques. Le colonel Bryant , à qui )e demaUilai quel était le nom de cette personne , m'apprit que c'était le docteur Robert Tytler , auteur de divers écrits et entre autres d'un ouvrage sur le choiera mocl?us.

^54 -if

Le lendéraaiti , le docteur Tytier vint me trouver aux salks de vente. Nou5 parlâmes efisemble de l*af-* feire relative à JLa Pérouse. 11 me dit alors qu'il avait UD grand désir de connaître des. îles de la mer du Sud et leurs productions ; que , d'un autre côté , il avait à cœur de quitter Calcutta pour dix ou douze mois , parce qu *il ëtai t persécuté par les aii torités publiques à <^aufie de l'esprit d'indépendance avec lequel il avait signalé > par la voie des gazées, b conduite criminelle (ce sont ses propres termes ) de 1 administration de Tarméc pendant la dernière guerre avec les Birmans , où des milliers de sujets de Sa Majesté avaient péri , disait-il , par suite des mesares adoptées par cette administration. Il me dit encore qu'il était placé dans une situation pareille vis-à-vis des membres du conseil de maritie , parce qu'il avait dévoilé l'acte d'inhumanité qu'ils avaient commis , en envoyant à Arracan , pour le service «des malades et des blessés , un bâtiment qui faisait tant d'ea# que ce fut avec la plus grande diïïi*icuité qu'on l'empêcha de couler. Son éloquence et le Tecit touchatit qu'il me fit de sa situation produisirent un tel effet sur moi, que je m'imaginai réellement voir en hiinn patriote persécuté. En conséquence , je lui promis d'employer toute mon în- Ihience pour le faire attacher à l'expédition en qualité de chirurgien , et je lui recommandai d'écrire au gouvernement pour témoigner le désir de m'accon^-

pagner, afin que mes amis et moi nous pussions agir en sa faveur. Op verra plus ]oin comment \e fus payé de retour pour cet acte <Je .bieoveillaace.

Ayant annoncé à un de mes amis , qui occupait un poste élevé dans l'administration civile, m0n in-^ tenliori d'emmeâer le 4<x^teur Tytler, il me dit: « Vous feriez beaucoup mieux de vous passer de lui. Il n'a jamais été placé sous le commandement;' àt qui que ce fût sans chercher à le calomnier et à le perdre ; il est d'un caractère méchant et vous en éprouverez les effets avant votre retour- » Je sois fâché de dire que cette prédiction ne tarda pas à se vérifier.

Je fus encore quelques jours sans entendre parler de l'expédition. Enfin ^ le samedi 1 1 novembre , M. Sargent me fit mander et me dit que le bâtiment à vapeur ne serait pas prêt d'ici à très-Jongtems et qu'il y aurait une grande difficulté à trouver à Hangoon de quoi ravitailler le TerncUe pour im aussi loog voyage ; qu'en outre l'équipage européen de ce vaisseau était engagé pour servir <lans l'Inde et réviserait peut-^ire de faire campagne dans des parages aussi éloignés ', et qu'en conséquence il îne conseillait de pœndre le c<muaandemeait du vaisseau de la compiagme la Recherché (Research), qui venait d'arriver de la rivière de Rangoon et de partir avec ce vaisseau pour Mannîcolo. J'acquiesçai à celte proposition. Il me pria ensuite de dresser un

ëtat des individus de Itoules classes qui devaient composer mon équipage , parce que nous arrangerions sur-le-champ cette partie de l'affaire.

Je dematidai , entre autres choses, qu'on attachât à Fexpëdition un chirurgien , un naturaliste , un dessinateur et un botaniste , dans le but d'obtenir toutes les connaissances possibles sur la consti- Hition physique de ces îles jusqu'alors inconnues aux Européens et sur le caractère de leurs habitans. Je dis à ce sujet que si l'on pouvait me procurer une personne telle que le docteur Wallich (médecin atts^ché au jardin botanique de la compagnie ) , qui fût versé à la fois dans la chirurgie , l'histoire naturelle et la botanique, ce serait une grande économie. Je me hasardai alors à proposer mon noù-^ vel ami le docteur Tytler, attendu qu'il m*avait donné à entendre qu'il avait une connaissance parfaite de toutes les partie^» en question. Il prétendait en effet posséder toutes espèces de sciences humaines et divines , et cela à aussi juste titre que celles pour lesquelles je l'avais cautionné ; c'est ce dont je ne fus pas long-tems à m'apercevoir.

Le j6 novembre , je reçus de M. E. Molony, faisant fonction de secrétaire du gouvernement * la lettre ci-dessous avec les trois pièces qui la suivent.

AU CAPITAINE p. DILLON.

Monsieur, par suite de la leUre ii vous adressée, le 12 du

mois âemîer, par M. Fraser, j'ai ordre ile vous informer que le très4kOBorable yice-présideot, en conseil, a Hen voulu décider aujourd'hui que le vaisseau de Thonorable compagnie The Research serait placé sous votre commandement pour TOUS mettre à même de vous transporter aux iles Mannicolo, dans rob)et d'obtenir des renseignemens exacts et complets relativement au naufrage des deux vaisseaux mentionnés dans votre rappprt du 19 septembre dernier, et que vous regardez», d'après des conjectures très-probibles, conune étant les deux firégates françaises commandées par le comte de La Pérouse, dont le sort n'a point été connu jusqu'ici avec certitude.

J'ai pareillement ordre de vous transmettre pour votre instruction et direction, copie d'une décision prise aujourd'hui par le gouvernement, pièce dans laquelle vous trouverez. plus particulièrement détaillés les objets qu'il a eus en vue en pré^ parant l'expédition dont on vous a confié le commandement. Vous recevrez, ci-jointes également, copies des lettres qui ont été adressées au^rd'hui par ordre du. gouvernement au conseil de marine et au docteur Tytier.

Vous voudrez bien vous mettre en conununicatien avec le conseil de marine, au nom duquel vous recevrez. les instruc^ tiens ultérieures qui pourront être nécessaires pour vous diriger dans l'accomplissement de la mission qui vous est confiée. U ne me reste plus qu'à vous témoigner la confiance qu'a le goovernement que, par votre zèle et votre activité, vous ne négligerez rien pour atteindre le but de Yotre entreprise , et aussi l'espérance que vos efforts seront couronnés d'un succès complet.

Je suis, etc. E. Molony.

A. A. i/e secrétaire du govçememcnK

Chambre da conseil , le 16 noyenibrje i8a6.

Exilait des actes du très-honùrable çke- président en conseil ,

à ta date du \^ novembre 1826.

Après lecture et enregistrement d'une lettre du secrétaire de la société asiatique, en date du 4- courant, d'une lettre du docteur R. Tytler, en date du 6, et d'une lettre du conseil de marine, datée du i3, et lecture nouvelle des actes des 12 et 34 du mois dernier^ au su^et de la proposition adressée au gouvernement par le capitaine Dilipn de se rendre aux îles Mannicok) à la recherche des survivans de l'expédition du comte de La Pérouse ; décidé les points suivans :

1. Après un mùr examen de toutes les circonstances exposées dans la correspondance ci-dessus mentionnée, le viceprésident en conseil est convaincu que les faits qui ont été mil sous les yeux du gouvernement par le capitaine Dîlion soiat suffis2»is pour justifier Fespërance d'obtenir, si l'on prend à cet eSet des mesures «convenables , quelques renseignemens certains sur la perle dès frégates fratiçaises la Boussole et VAs" trolaèe que commandait le célèbre comte de La Pérouse, dont le sort, nonobstant les actives recherches qui ont eu lieu depuis près de quarante ans , n'a jamais été connu.

2. Les faits contenir dans le rapport du capitaine Dillofl paraissent avoir été vérifiés avec exactitude. Us présentent par eux-^fliémes un motif raisonnable de -conclure que les frégates de M. de La Pérouse se sont perdues aux îles Mannicolo; en ce qu'il n'y a rien dans ces faits, soit pour la date, soit pour la position géographique, qui ne puisse se rapporter avec les dernières nouvelles reçues concernant la route suivie par La Pérouse; il paraît,. en outre, que la poignée d'épée que possède le capitaine Dillon a été examinée par les officiers au service de France qui la regardent comme étant,

clairement de la forme et de Fespèce de. ceHes que portaient ks officiers de la marine française k Tépoque oùlToii suppose que le conate de La Pérouse a fait naufrage. lU concluent également , d'après Texamen du chif&e graré sur cette poignée et qui paraît correspondre aux initiales de cet infortuné commandant , qu^il est probable que Tépée lui appartenait.

3. 11 paraît «ncore , d'après les témoignages produits par le capitaine Dillon, qu'il est probable que quelques-uns des hommes ayant &it partie de l'équipage des bâtimens naufrargés (que ce soient en effet ceux de La Pérouse ou d'acres ) existent encore.

4* Prenant en considération les circonstances ci- dessus mentionnées, le désir qu'ont exprimé les autorités françaises àChandernagor que les recherches soient poursuivie^, et enfin le vif intérêt que le sort de La Pérouse a toujours excité en Europe, sa seignem^ie le vice-président, en conseil, ne peut « douter que rbooQrabie cour des directeurs approuvera pleinement toutes mesures qui , étant basées sur des informations aussi plausibles et promettant autant de succès , auront été adoptés par le goarernement de ce pays , pour tâcher de s'assorer du sort des deux frégates françaises et découvrir et rendre à le«r patrie ceux des gens de l'équipage qui pourraient avoir survécu.

5. Conséquenunent, sa seigneurie^ en conseil , décide , d'après la recommandation du conseil de marine , que le vais^ sem de l'honorable compagme Tke Research sera immédiatement équipé de la manière recommandée par ledit conseil, et placé sous le commandement du capitaine Dîllon , lequel se rendra avec ce vaisseau aux tles Mannicolo , par la route et suivant les instructions qui lui seront tracées-, et s'efforcera, àe tontes les manières possibles, d'acquérir une connaissance ^c jkdne et entière de toutes les circonstances relatives k la perle

(les deux bâtîmens dont il est fait mentioa dans son rapport, ainsi que de découvrir tout individu de l'équipage de ces bÂtlmens qui pourrait encore etister.

6. Le conseil de marine sera invité à préparer et soumettre à l'approbation du gouvernement un projet d'instructions pour le capitaine Dillon. D'après la longue expérience que ce capitaine a acquise des mœurs et coutumes des insulaires de la

^tner du Sud , il est évident qu'on doit laisser beaucoup de choses à sa discrétion, et sa seigneurie le vice-président, en conseil, ne doute pas que sa conduite, dans l'exécution de l'importante mission ^m lui est confiée, sera marquée par toute la prudence 'possible, sans nuire au zèle et à Fénei^te que cette mission doit exiger. .

7. Le vice-président, en conseil, partage pleinement Foptnion du conseil de marine, pour qu'il soit attaché à l'expédition, en qualité de naturaliste et de botaniste, une personne capable de pratiquer l'art de guérir et d'assister sous ce rapport tous las individus qui en font partie ; et conséquemment il a plu à sa seigneurie, en conseil, de décider que le docteur R. Tytler, chirurgien de l'honorable compagnie qui, avec un esprit d'entreprise qui lui fait considérablement d'honneur, a ofifert volontairement ses services dans cette occasion, soit attaché à l'expédition dans la qualité sus-mentionnée.

8. Le capitaine DiUon , en ^jaàHté de commandant de l'expédition , aura naturellement lé choix et la direction de toutes les mesurés qui doivent être adoptées après que le Research sera arrivé à sa destination. Il n'y a pas de doute que les doubles fonctions du commandement du vaisseau et de la direction àes communications avec les naturels àes îles n'occupent pleinement l'attention et le tems du capitaine Dîllon ; c'est pourquoi, en outre de la tenue du journal relatif k tout ce qui concerne la minéralogie, la botanique et en général les

sciences naturelles, il a plu â sa seigneurie, en conseil, d'imposer au docteur Tytlcr le deroir de tenir un journal séparé et complet de toutes les occurrences et de tous les renseignemens qui auront rapport k Tobjet principal de l'expédition, et sa seigneurie est persuadée que cette tâche additionnelle sera acceptée avec plaisir et exécutée avec zèle par le doc tcur Tytler.

9. Le conseil de marine sera invité à soumettre à l'approbation du gouvernement le choix d'une - personne jiropre à être attachée à l'expédition en qualité de dessinateur, indiquant en même tems les émolumens et allocations diverses qa'il conviendrait d'accorder à cette personne.

10. Prenant en cpnsidération l'intérêt que les agens du gouvernement français dans Tlnde doivent prendre, k l'expédition actuelle, il a plu encore à sa seigneurie, en conseil, de décider qu'il serait écrit au chef des établissemens français dans ce pays pour lui demander s'il ne désirerait pas qu'une personne de sa nation accompagnât l'expédition. Dans le cas où une personne serait désignée pour cet objet, sa seigneurie ordonnera qu'elle soit convenablement traitée à bord du Research,

11. Le conseil de marine est autorisé à correspondre et k communiquer avec le capitaine Dillon pour tout ce qui re~ garde l'exécution des mesures prescrites , et à prendre immédiatement toutes les dispositions pour armer et équiper le Research y et le pourvoir d'armes et de provisions de guerre et de bouche de la manière que ledit conseil jugera nécessaire. Sa seigneurie, en conseil, considérant l'espace de tems pendant lequel le capitaine Dillon sera employé au service dont il s'agit (probablement huit ou dix mois), autorise le paiement de la somme de 6,000 roupies proposée par le conseil comme émolmneps pour les services du capitaine, de laquelle somme

îe conseil est autorisé à lui avancer sur-le-champ la moitié. Le conseil est pareillement autorisé à allacher à l'expédition les individus mentionnés dans le dernier paragraphe de sa lettre du 23 courant, et à leur allouer la paie spécifiée dans le même paragraphe.

12. Sa seigneurie, en conseil, ordonne encore que le conseil de marine réclame du capitaine Dillon un état détaillé àç^9> articles qu'il juge convenable d'emporter soit pour servir à faire des présens aux naturels deMannicoIo, soit pour être échangés contre des provisions, soit pour être employés de tout autre manière à faciliter le succès de l'expédition. Ces articles seront comme de raison choisis par le capitaine Dillon , et le conseil de marine est autorisé à dépenser pour leur achat une somme de 2,000 roupies

i3. Sa seigneurie, en conseil, a bien voulu allouer au docteur Tytler un traitement de 800 roupies par mois pour lui tenir lieu de toute solde et allocations auxquelles il aiirait droit comme chirurgien militaire *, ledit traitement courant du I" du mois prochain.

A M, G, Chtsier el aux membres du conseil de ta marine.

Messieurs, j'ai ordre du très-honorable vice-président en (conseil d'accuser réception de votre lettre en date du i3 courant, et, en réponse, de vous adresser la copie ci-jointe d'une décision prise aujourd'hui par le gouvernement, au sujet de l'expédition qui doit être commandée par le capitaine Dillon.

Vous êtes invités à prendre des mesures pour assurer, sous le plus bref délad, l'exécution des ordres contenus dans cette décision, et à soumettre au gouvernement, aussi promptement que possible, le jprojet d'instructions mentionné dans le

siûènie article. En- dressant ce projet vous ne perdrez pas de vue que le commandement de l'expédition est entièrement conûé au capitaine Diilon, et que toutes les personnes qui en font partie, à quelque titre que ce soit, sont placées sans distinction sous ses ordres. Ces instructions doivent pareillement contenir Fin] onction positive au capitaine Dillon d^éviter tous délais qui pourront être évités sans nuire à Tobjet en vue, et de revenir directement, et avec tcmte la célérité possible, dans ce port, après avoir rempli, aux îles Mahnicolo, la mission ifoi lui a été confiée.

Kn présentant à l'approbation du gouvernement le choix que vous avez fait d'une personne pour accompagner l'expédition en qualité de dessinateur, vous êtes invités à spécifier la nature des fonctions que vous entendez que cette personne remplisse à bord pour y être utilement employée, et à préparer pour sa direction telles instructions que vous jugerez convenables.

En ce qui touche au onzième article , par lequel vous êtes autorisé, de concert avec le capitaine Dillon, à lui procurer les articles qu'il pourra juger nécessaires pour offrir en présens aux naturels de Mannicolo, ou faire des trocs avec eux, et jusqu'à la concurrence de 2,000 roupies, j'ai ordre de vou« Cadre savoir que, si le capitaine Dillon juge convenable d'emporter pour cet objet un certain nombre de fusils, ou d'autres menues armes et des munitions, il sera vraisemblalement possible de fournir ces objets de l'arsenal, sur yotre demande adressée à l'autorité militaire.

En considération des fonctions attribuées au docteur Tyller, dans l'acte ci-joint, vous voudrez bien prendre des mesures pour qu'il soit convenablement traité à bord an Research» Le docteur Tytler mangera, comme de raison, à la table du capitaine Dillon , et vous êtes invité à tenir compte de cctlci

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disposition en ordonnant l'équipement et rapprovisionnement du vaisseau.

J'ai J'honneur, etc. E. Molont.

F, F, de secrétaire du goupenememi.

Chambre du conseil , le 16 novembre 182B.

Extrait d'une lettre adressée au docteur R. Tytler,

Monteur, j'ai ordre du très-honorable vice-président en conseil d'accuser réception de votre lettre en date du 6 courant, et, en réponseï, de vous transmettre, pour votre instruction , copie d'une^ décision prise aujourd'hui par le gouvernement, concernant l'expédition qui doit être commandée par le capitaine Dillon.

Cette pièce vous fera connaître pleinement les (bnclLons que le gouvernement désire que vous remplissiez, et le conseil de marine a reçu ordre de prendre des mesures pour que vous soyez convenablement traité à bord du Research , en votre qualité de naturaliste et d'officier de santé attaché k l'expédition.

Le gouvernement désire que vous entendiez clairement que, dans l'exercice des fonctions qui vous sont attribuées,-* vous êtes, ainsi que tout autre officier attaché à l'expédition, placé sous les ordres du capitaine DiUon , et ^a seigneurie en conseil ne doute que vous ne vous efforciez avec zèle et cordialité à seconder cet officier, pour assurer l'entier accomplissement de l'important objet qui a motivé l'entreprise k laquelle vous prenez part

Je suis , etc. E. Moloky.

F. F. de secrétaire du goupamemenl.

Fort William , le 16 norembre i8a6.

En recevant la lettre de M. Molony , avec copie de l'acte du conseil, je fus très-charmé de voir que 'le docteur Tyller avait été attaché à l'expédition d'après ma demande. Toutefois ma joie fut de courte durée , car peu de jours s'étaient écoulés avant que j'eusse occasion de regretter de m'être embarrassé d'un aide aussi dangereux. En effet , je découvris qu'il avait commencé à médire de moi aussitôt que l'objet pour lequel il avait recherché mon amitié avait été accoippli.

En conséquence des lettres du gouvernement et du conseil de marine , je pris des arrangemens avec le capitaine Clapperton , l'un des officiers de port , afin de nous réunir à bord du Research , avec M. Scppings, inspecteur pour la compagnie des Indes , le 22 novembre , à sept heures du matin. Je pris alors charge du vaisseau , et , de concert avec les iospecteurs, je réglai tout ce qui était nécessaire pour l'armement.

A monjretour deKidderpore , où le vaisse auétait à Tancre , je me rendis chez mon agent d'affaires à Calcutta, et je l'informai de l'engagement que j'avais contracté avec le gouvernement ; je l'invitai à se charger de mon bâtiment', le Saint-^Pa^ irick, et de sa cargaison , et de vendre l'un et l'autre pour mon compte , aux meilleures conditions possibles. Peu de jours après on fit entrer le Research dans le bassin pour le visiter, et aucune réparation I. 5

n^ayant été jugée nëcessaire à ses fonds, on le fit ressortir aussitôt après. L'équipage s'occupa surle-champ à le gréer et à embarquer tous les objets d'armement; mais le manque d'affûts de canon nous causa un retard considérable.

Le i4 décembre je fus attaqué d'un rhume violent; j'envoyai chercher le docteur Tytler, qui me tâta le pouls , ordonna qu'on me rasât la tête , et qu'on me tirât trente deux-onces de sang, après quoi il fit appeler deux autres médecins. Je supposai naturellement que cette attention avait été dictée par des motifs d'humanité. Ce même jour, et le lendemain, je me levai et je me promenai dans ma chambre ; je n'étais pa&en danger puisque je pouvais me livrer à cet exercice , ce que le docteur Tytler savait parfaitement, Cependant le 1 7 un ami vint me rendre visite , et me voyant debout , habillé et prêt à sortir pour aller à l'église , témoigna une grande suprise. Il m'apprit que , dans les trois jours précédens, le docteur Tytler avait adressé au conseil de marine deux rapports dans lesquels il me peignait comme étant dans un état tel qu'il me serait impossible de faire le voyage , et représentait qu'il était conséquemment nécessaire , de désigner, sans perdre de tems, une autre personne pour commander l'expédilion. Il avait aussi allégué que j'élais sujet à des attaques d'apoplexie , qu'on devait s'attendre à ce que j'en éprouverais , pendant la traversée ,

quelqu'une qui m'emporterait, et que d*aiUeur5i y étais déjà atteint d*aliënation mentale (i). Je demandai à mon ami comment cet homme avait pu manquer de bonne foi au point de faire de semblables rapports; je Tassurai que, dans tout le cours de ma vie, je ne m'étais jamais mieux porté , et que je pourrais prêter serment que, depuis le jour de ma naissance, je n'avais pas éprouvé un seul accès d'aucun genre. Mon ami répondit : «Vous ne connaissez » pas Tytler ; c'est l'un des hommes les phid lâches » qui existent sur la terre. Il a été souvent châtié à » coups de cravache et d'autres manières pour son » insolence. Il a appris que vous n'étiez pas homme » à vous laisser insulter impunément , et il veut » vous écarter pour qu'on donne à une de ses créa- » tures le commandement de l'expédition. »

Mon ami me quitta après avoir passé une demiheure avec moi. Aussitôt après je reçus la visite du célèbre docteur Savage, qui a fait un ouvrage sur la Nouvelle-Zélande et qui était un des médecins que Tytler avait fait appeler le' 1 4. Il nie dit que la veille il avait reçu une lettre officielle dans laquelle on lui demandait son opinion sur l'état de ma santé et si je pouvais en toute sûreté commander l'expédition ; ce

(1) Il est à propos de faire remarquer que rhomrne qui avait inventé cette calomnie a depuis été enfermé pour la même maladie qu'il m'avait méchamment imputée : exemple frappant des prompts et terribles effets de la justice divine.

à quoi il avait répondu qu'il ne voyait rieo qui pût m'en empêcher. Le docteur Adam , secrétaire du conseil de médecine, et le secondmédecin queTytler avait appelé auprès de moi , avait exprimé la même opinion que le docteur Savage. Je ne pouvais me persuader qu'un homme dans tout son bon sens eût pu agir d'une manière aussi perfide que l'avait faitTytler. Le i8, je fis appeler le docteur Fleming , qui avait été mon paédecin pendant dix années, et j'obtins de lui un certificat constatant qu'il m'avait visité pendant tout ce tems, m'avait toujours regardé comme d'une très -forte constitution et ne m'avait jamais connu sujet à des accès d'aucun genre. Je me rendis ensuite au bureau de police où je fis dresser un affidavit dans lequel j'affirmais sous serment que je n'étais point sujet à des attaques d'apoplexie , ni atteint d'aucune maladie organique de quelque nature que ce fût.

Muni de ces pièces, je me rendis au conseil de marine. Les membres, qui étaient assemblés, furent surpris de me voir après ce qu'on leur avait dit , il y avait à peine deux jours , savoir: que j'étais si dangereusement malade que je ne pouvais conserver le commandement de l'expédition. Aussitôt après je fus rendre visite au secrétaire du gouvernement , qui me reçut avec sa cordialité ordinaire et témoigna qu'il ne pouvait concevoir quels motifs avaient porté le docteur Tytler à faire les rapports qu'il avait pré-

)» 69 <^ sentes concernant ma santé. Je lui donnai sur-lechamp le mot de l'énigme et lui faisant voir clairement quel était le plan de Tytler.

En même tems qu'il répandait adroitement le bruit que l'état de ma sanlé me rendait incapable de commander l'expédition , Tytler avait déclaré qu'avec un officier de marine , quel qu'il fût , pour conduire le vaisseau , il était parfaitement propre à diriger l'expédition , et qu'il le ferait , à la satisfaction du gouvernement , avec l'assistance de Martin Bushart et des insulaires.

C'est ici le lieu défaire observer que j'avais passé bien des années à acquérir les connaissances et à former les relations qui me mettaient à même d'entreprendre cette expédition. Lors de mon dernier voyage de Valparaiso pour revenir dans l'Inde, j'avais amené avec moi onze naturels des différentes îles de la mer du Sud; un du rang de prince et un autre» d'une classe distinguée , qui devaient me servir de guides et d'interprètes , outre le Prussien Martin Bushart. Je les avais entretenus pendant long-tems en mer et à terre à mes frais, et j'avais également abandonné mes opérations commerciales pour ce voyage de découvertes vers lequel toutes mes idées s'étaient tournées. Que ne devais-je donc pas éprouver en me voyant sur le point d'être frustré de cette mission par un homme que j'avais protégé et mis en avant pour qu'il prît part à l'enlrcprise; qui n'avait [)asdc-

^ 7» ^ pensé lin lîard pour l'objet propose , et qui ne con-* naissait pas plus le langage, les mœurs et les coutumes des insulaires de la mer du Sud que le grand Mogol ?

J'instruisis de la conduite du docteur quelquesuns de mes amis qui m'engagèrent à ne tenir aucun compte de ce qui s'était passé. Je suivis leur conseil par égard pour des personnes qui avaient apporté un zèle extrême à obtenir que mes plan$ fussent mis à exécution.

Vers cette époque, il parut dans le John Bull, journal de Calcutta , un paragraphe portant que le brick Margarety appartenant à MM. Montgomery et compagnie et commandé par le capitaine Corbin,, avait mis à la voile pour les îles Mannicolo , afia d'aller au secours des infortunés qui av^ientsurvéca au naufrage de La Pérouse. Le docteur, en lisant ce paragraphe, entra en fureur, et soutint avec force que MM. Montgomery et compagnie allaient sur les brisées du gouvernement et devaient être expulsés du pays ; qu'il était honteux de chercher ainsi à priver la personne qui avait fait la découverte de la récompense àlaquelle elle avait un juste droit, bien que de semblables traits ne fussent pas sans exemple, puisque le célèbre Colomb , qui avait découvert TAmérique , s'était vu enlever par un autre la gloire de donner son nom au nouveaa monde. Le docteur courut ensuite d'un bout à Vautre de Calcutta

1^ 7« ^ comme un homme qui avait perdu la raison , demandant de fous côtes des renseignemens sur le voyage mystérieux du brick le Margarel , voyage qui au surplus s'ëvanouit en fumëe. Il décidait , par un arrêt de justice sommaire, que MM. Montgomery et compagnie devaient être déportés pour sept ans à Botany-Bay , tant son intérêt personnel lui faisait redouter devoir l'honneur de Tentreprise recueilli par un autre.

Voyant que tous sts artifices au sujet de ma santé avaient été sans succès, et qu'en dépit de ses pronostics j'étais très-bien portant , le docteur imagina un autre plan pour faire manquer Tcxpédition. Il s'attaqua alors au vaisseau et soutint que le Research était tout-à-fait hors d'état de faire le voyage ; qu'il gouvernait mal , était mauvais voilier et se perdrait infailliblement. Il m'engagea à me joindre à lui pour dresser une protestation contre la conduite des membres du conseil de marine, qui avaient occasioné au gouvernement une dépense inutile en faisant choix d'un vaisseau qu'ils savaient être totalement impropre au voyage projeté. Je répondis que je me regardais comme aussi bon juge que lui de la condition d'un navire , et que moi et mon équipage étions parfaitement convaincus que le Research était en bon état, et que nous le regardions comme un vaisseau convenable pour la mission à laquelle on l'avait destinée ; que si , après le départ , nous venions à en

juger différemment ; je m'en procurerais un autre à la terre de Van Diémen pour me servir de conserve et d'allégé ; qu'il pouvait prolester s'il le jugeait à propos , mais qu'il se gardât de mentionner mon nom dans sa protestation. Là se terminèrent, pour le moment , ses attaques contre le bon vaisseau le Re-, search. Le 23 décembre, je reçus du conseil de marine les instructions suivantes.

Monsieur, le gouyernement ayant bien voulu vous nommer au commandement du vaisseau de rhonorable compagnie le Research^ pour remplir une mission dont Tobjet est de s'assurer, autant que possible, si réellement les frégates françaises la Boussole et Y Astrolabe j que commandait le comte de LaPérouse, ont fait naufrage parmi les îles composant T Archipel situé au nord de la Nouvelle-Calédonie , ce qu'on est généralement fondé à croire d'après les renseignemens que vous avez fournis, et, dans le cas où cette conjecture se trou-* verait vraie, de Cadre les recherches les plus strictes pour vous assurer si quelques-4ins des officiers ou des gens de l'équipage de ces bâtimens existent encore; {'ai reçu ordre du conseil de marine de Vous enjoindre de mettre en mer aussitôt que le Research sera prêt, et de vous rendre avec la plus grande célérité, soit au port Dalrymple, soit dans le Derwent, pour vous y procurer des rafraîchissemens, remplacer vos vivres, et (aire telles réparations qui pourront être nécessaires. Votre route devra être dirigée au sud-est, passant en dehors des tles situées au large de Sumatra, ce qui vous fera profiter de la mousson du nord-ouest, et, quand vous aurez gagné les vents d'est-sud-est, vous dirigerez au sud, jusqu'à ce que vous atteigniez les vents d'oueSt ; alors vous porterez vers la terre de Van Diémen pour vous ravitailler à un des lieux sus-men-

ûonnés. Vous aurez $<àq d'exécuter cette partie de votre voyage avec toute la célérité possible, et sans y apporter le moindre retard par des recherches étrangères à l'objet de TexpéditioD.

2. En quittant la terre de Van Diémen, vous ferez route vers le nord, vous maintenant au sud de l'ile Norfolk et k l'est de la Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides , et ayant soin de passer assez loin au large des dernières, tant pour éviter les calmes et les vents variables qui régnent dans le vobinage de la terre, que pour vous mettre suffisamment à Test pour pouvoir atteindre sans difficulté Tîle de Tucopia.

3. En arrivant à Tucopia , si Martin Bushart et le Lascar, desquels vous avez déjà obtenu tant de renseignemens, y sont encore, vous instituerez, par leur entremise, une enquête propre à confirmer les conjectures actuelles, et vous vous efforcerez par tous les moyens d'engager le dernier ou d'autres habltans de Vile qui seraient en état de parler de l'événement <pii a donné naissance à ces conjectures, h se rendre avec vous aux îles Mannicolo. Il n'est pas invraisemblabib qu'à votre arrivée à Tucopia, vous trouviez quelques habitans d^s iles Mannicolo sur le point de retourner de leurs ^tes périodiques pendant la mousson du nord-ouest.

4-. Les mejsures à prendre dans la recherche immédiate des lies Mannicolo doivent nécessairement être abandonnées à votre discrétion. Si vous étiez assez heureux pour découvrir les débris des firégates, vous vous efforceriez de recueillir aussi exactement que possible- tous les détails relatifs à leur perte, vous attachant surtout à obtenir les preuves les plus com-^ plètes et les plus convaincantes de l'identité des bâtimensx, ainsi qu'à recouvrer tous les objets qu'on pourrait prouver avoir appartenu à quelques-uns des infortunés naufragés,

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