‹ Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse (volume 2)Chapitre 21 sur 37 · Dans le cas où vous auriez découvert les débris des bâ · texte numérisé non relu

Dans le cas où vous auriez découvert les débris des bâ

Umens , vous feriez , comme de raison , les recherches les plus minutieuses pour vous assurer de Fexistence de quelque personne ayant £ait partie des équipages ; et c'est en vous livrant à ces recherches que le conseil de marine considère que vous aurez le plus besoin d'employer la prudence, la vigilance et la sagesse qui vous distinguent, puisqu'elles amèneront nécessairement avec les naturels des communications beaucoup plus étroites et plus fréquentes que celles qu'exige la simple recherche des débjis des vaisseaux naufragés. Si vous trouviez quelques individus qui eussent survécu au naufrage , il est inutile de vous dire que vous devrez leur offrir l'occasion de retourner dans leur pays, et leur procurer tous les secours et toutes les commodités qu'il vous sera possible^ 6. Si, néanmoins , vous ne trouviez pas les débris des bâtimens aux fies situées à l'ouest de Tucopia , il vous resterait à diriger vos recherches parmi les antres tles , soit en allant de l'est, vers la Louisiade, soit en por-» tant au sud , d'après les informations que vous auriez reçues. Toutefois, avant d'agir, suivant ces informations d'une xn^tnière qui pourrait tendre à retarder votre retour dans ce port après une recherche infructueuse aux îles IMLan-^ nicolo i vous réunirez un conseil composé du docteur Tyt- 1er, de M, Ghaigneau, l'agent français qui accompagne l'expédition , et de votre premier officier (i), et dans lequel la probabilité du succès sera discutée, et toutes les circonstances mûrement examinées. Vous vous considérerez ensuite comme obUgé de vous conformer à la décision de ce conseil, décision qui, accompagnée des motifs qui l'auront basée, sera enré^

(i) Il convient de faire observer que les délibérations du conseil devaient se borner à un seul point , savoir : la route à suivi e dans le ras supposé. Dans toute autre circonstance, le comniandaùt de I*expcdition devait agir d'après sa propre impulsion.

gistrëe dans ioiM^e sa teneur et transmise au conseil de marine pour qu'il la communique au gouvernement. Si les voix se trouvaient partagées également, la vôtre, comme de raison^ deviendrait prépondérante, en labsant, néanmoins, aux mem- I bres dissidens la Cacuké de mentionner et (aire enregbtrer les I raisons à Tappui de leur opinion. U vous est positivement enjoint, <piand il aura été décidé de revenir, que vous ayez réussi ou non dans vos recherches, de faire route avec la plus grande diligence vers ce port, et de ne vous laisser entraîner, sous aucun prétexte , par le désir de vous livrer à des recherches, quelque louables qu'elles pussent être en ellesmêmes, et encore moins de souffrir que votre retour éprouve une heure de retard par des motifs d'avantage personnel pour quelque individu que ce soit attaché à l'expédition.

7, Vous garderez, comme de raison, pour être transmis au gouvernement lors de votre retour, un duplicata de votre journal, lequel devra contenir, avec tout le détail possible, tous les renseîgnemens nautiques intéressans pour les scient ces et propres à être utiles aux navigateurs qui fréquenteront par la suite les mêmes parages ; et vous ne laisserez échapper aucune occasion de (aire des observations astronomiques , spécialement parmi les îles, dont la position et les distances respectives seront soigneusement notées, ainsi que les sondes -que vous aurez pu obtenir. Les observations devront être notées dans le journal pour pouvoir être calculées et vérifiées à loisir. Il est important que chaque tle que vous visiterez soit exactement décrite , ses abords notés comme dangereux on non, les mouillages indiqués et qualifiés selon qu'ils sont bons ou mauvais. On tiendra également note des meilleurs endroits pour débarquer en indiquant si l'on peut s'y procurei de Teaus et des rafraîchissemens, la nature de ces derniers, l'espèce, d'articles qui conviendraient le mieux pour troquer avec le$^

naturels, le caractère de ceux-ci, etc. Tout ce qui regarde les marées, les vents variables et généraux, spécialement les ùioussons, doit être également noté avec soin. Il vous est particulièrement recommandé de- reconnaître, autant que possible, jnsqu'où s'étend la mousson du nord-ouest.

8. Quoique vous ne deviez point vous laisser détourner de Follet principal de l'expédition, vous devrez cependant permettre de profiter des circonstances qui pourront mettre^ le docteur Tytler à même de faire des observations d'histoire naturelle. Le gouvernement ayant ordonné au docteur Tytler de tenir un journal exact et complet de tous les faits relatifs à l'histoire naturelle, à la minéralogie, et en général aux sciences physiques, vous regarderez comme un de vos premiers devoirs de le seconder de tout votre pouvoir, en tant <{ue cela sera compatible avec les objets plus immédiats de l'expédition* En conséquence vous procurerez au docteur Tytler toutes facilités poilr le transport et l'embarquement des échantillons des trois règnes qu'il aura été dans le cas de recueillir, et vous les ferez placer convenablement à bord, * €n prenant les plus grands soins^pour leur conservation. Pour garantir l'exactitude dans la mention que le docteur Tytler fera sur son journal, de la position locale du vaisseau, vous devrez lui fournir chaque jour par écrit, et revêtu de votre signature, le point de midi, c'est-à-dire la latitude et la longitude du vaisseau, en notant si la dernière a été obtenue par des observations lunaires, par l'estime ou par le chronotnètre, et, de tems h autre, quand vous en serez requis par le docteur Tytler, vous lui ferez connaître les changemens qui pourront avoir eu lieu dans la position du vaisseau.

g. Le gouvernement ayant autorisé l'emploi d^un dessinateur dans l'expédition, M. Russell a été nommé pour occuper ce poste. Vous permettrez au docteur Tytler de profiter des

£► 77 ^ talens de cet ar liste en lui faisant £aiire tous les dessins qu'il désirera. M. RusseU devra, comme de raison, dessiner des Yues de toutes les îles , baies, havres, caps, etc., et construire

toutes les cartes qui pourront être nécessaires pour indiquer

les positions relatives des dUTérentes iles.

10. A nulle époque du voyage, vous ne devrez recevoir aucun passager, excepté ceux qui pourraient être utiles pour fournir des informations relatives à l'objet de l'expédition.

11. Il n'est pas nécessaire de vous rappeler les grands avantages qui doivent résulter d'une conduite conciliante envers les naturels des îles que vous visiterez dans le cours de vos recherches. Un de vos premiers devoirs sera de Cadre sentir, à toutes les personnes attachées à l'expédition , la nécessité impérieuse de s'abstenir de toutes choses qui pourraient tendre à irriter les naturels d'une ile quelconque, particulièrement ceux des îles situées dans le voisinage immédiat du théâtre de vos recherches. Les injonctions les plus strictes doivent être données relativement à l'usage des armes à feu, auxquelles on ne devra avoir recours que dans les cas d'extrême danger, ce qui, ainsi que le conseil re3père, d'après votre connaissance intime du caractère général des insulaires de la mer du Sud et les moyens que vous avez pour vous les concilier, n'arrivera pas.

12. Toutes précautions devront être prises pour éviter des collisions fâcheuses , en restre^ant autant que possible les communications entre l'équipage et les naturels^ en renfermant les trocs dans des limites peu étendues, et ne permettant pas à un trop grand nombre de naturels de se trouver à bord en même tems. Cette dernière précaution pourra être prise au moyen de vos filets d'abordage qui devront être tendus pendant tout le tems que vous séjournerez dans le voisinage de quelque île.

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^X Lcg précautions indiquées ci-dessus 6teront aux naturels un grand nombre d'occasions de commettre de ces petits larcins qui, dans tant de circonstances , ont amené des résullats funestes. Il conviendra que vous preniez toutes les mesures pour vous mettre k Tabri d'une surprise ; que vous mainteniez constamment un officier de service sur le pont , et que tout soit disposé pour repousser mie attaque.

i4* Le conseil juge à propos de vous engager à prendre garde d'accorder trop de confiance aux naturels que vous emmenez d'ici avec vous. Par un emploi judicieux des articles qui vous ont été donnés pour flaire des présens aux naturels ; par un ton doux et conciliant dans toutes vos relations avec eux, et ce qui est le plus important de tout, par un bon accord et une bienveillance mutuelle entre toutes les personnes attachées k l'etpédition, vous réunirez le plus de chances possibles pour son succès final.

i5. Pendant tout le cours de votre voyage, vous ne devrez laisser échapper aucune occasion d'adresser an conseil, pour être transmis au gouvernement, des détaib aussi complets qiie possible de vos opérations.

i6» La roule que vous devrez suivre pour opérer votre retour est laissée à votre jugement et à votre discrétion, dans la vue d'obtenir la traversée la plus prompte , ce que vous regarderez comme le seul objet de vos efiforts, après que vos recherches auront été terminées. A votre arrivée à Calcutta , vous devrez vous présenter au conseil de marine avec votre journal et tous les autres papiers relatifs au voyage.

17, Le commandement plein et entier de l'expédition vous étant confié avec la sanction du gouvernement, toute personne qui en fera partie sera informée qu'elle est placée sans restriction sous vos ordres. Le conseil est pleinement con-^ vaincu que vous répondrez h la confiance qu'il met en votre

I» 79/^ pru^nce, Yolrç jugeroenjt et voire sagesse, par une manière ^'agir propre à entreteDir une parfaite harmonie entre toutes les personnes composant l'expédition. On fera bien entendre à ces personnes que leur bonne conduite ne peut manquer de leur assurer les faveurs du gouvernement; tandis que, si elles se conduisaient de £atçoh à faire échouer ou à déshonorer une mission faite pour exciter les sentimens les plus généreux, elles seraient assurées de recevoir les témoignages les plus marqués de son mécontentement (i).

i8. Depuis que ce qui précède a été écrit, le gouvernement a transmis au conseil une communication du capitaine Cordier, chef des établissemens français au Bengale , d'après laquelle on est fondé à croire que la corvette française V Astrolabe a été expédiée de Toulon , en avril dernier, pom^ aller explorer les côtes de la Nouvelliè-Guinée et de la Nouvelle- Zélande, dans l'objet de découvrir le lieu où le comte de La Pérouse a fait naufrage.

ig. Vous rencontrerez très-probablement ce bâtiment à la mer ou à quelqu'une de vos relâches. Dans ce cas, vous êtes invité à faire connaître au commandant la destination du Re*search et les motifs que vous avez de supposer que les frégates du comte de La Pérouse ont fait naufrage près des îles Mannicolo.

20. Le conseil désire que vous regardiez comme un point additionnel et essentiel de vos instructions que tous les journaux et autresN documens de quelque espèce que ce soit, en la possession de tout individu faisant partie de l'expédition^ soient scellés par celui à qui ils appartiennent et délivrés

(i) Ce passage élaît évldemmenl une sorte d'averlissement adressé ail docteur Tyller, dont la conduite suspecte était dé]h venue à la connaissance du gouvernement.

enlre vos mains, pour, qu'à voire retour en ce port, vous les transinettiez au conseil de marine. M. Chaigneau luimême est compris dans celle mesure ; mais , comme de raison, j^s papiers seront finalement, et sans avoir été ouverts, adressés aux autorités françabes; un autre point est de ne souffrir qu'aucun individu emporte avec lui à terre , ni journal ni autre document relatif au voyage, dans le cas où le Re^ search toucherait à quelque port pendant sa traversée pour revenir des îles Mannicolo à Calcutta.

J'ai, etc. J. Trotter, sécrétai.

Conseil de marine, le aa décembre i8a6.

Avant que ces instructions , basées sur les renseignemens que j^àvais fournis , ne m'eussent été données , quelques-unes de ces personnes qui prétendent tout savoir mieux que les autres , avaient recommandé que Ton traçât la route du Research, partant à l'époque fixée (le i5 décembre), de manière à ce qu'il passât par le détroit de Malacca pour traverser ensuite la mer de Chine et déboucher dans la partie nord de la mer Pacifiquei par le détroit de San Bemardino qui sépare Lu çon, la plus grande des Philippines , des autres îles de cet Archipel. Je fus obligé de leur apprendre qu'il était tout-à-fait impossible de suivre une pareille route à cette époque de l'année , et je leur dis que je ne croyais pas qu'on l'eût jamais essayé ni même qu'on eût songé à le faire pendant la mousson du nord-est, qui était directement contraire à cette route ,,bîen que je fusse

d'accord qu'on pouvait suivri* ce chemin avec là plus grande facilité pendant la mousson du sud-ouest ^ Je leur demandai en même tems pourquoi , si Ton pouvait prendre cette route pendant la mousson du Bord-est , les navires anglais et américains « ainsi que ceux de Bombay, de Madras , de Calcutta, de Pulo -Pinang et de Batavia se rendaient à la Chine en longeant la côte de Java , se dirigeant vers Tirtior^ traversant les détroits de Bouro et de Dampi er , et suivant la côte de la Nouvelle - Guinée jusqu'à ce qu'ils eussent gagHc assez à Test pour pouvoir atteindre Canton en faisant route au nordouest. Mes adversaires n'eurent rien à répondre. Je leur demandai encore pourquoi , si la route qu'ils proposaient était si facile , les navires allant à la côte orientale de la Nouvelle-Galles et à l'Amérique du siid ne Fadoptaient pas de préférence à contourner la terre de Van Diémen , et je les priai de me dire s'ily avait quelque exemple qu'un bâtiment de|[uerre ou un navire de commerce eût débouché dans la mer du Sud soit par le détroit de San Bçrnardino, soit par le canal qui sépare ta Nouvelle^Guinée de la Nouvelle-Bretagne, soit parle canal Saint-George , en contournant la Nouvelle-Hanovre. Toutes ces questions restèrent également sans réponse.

Je dis alors que j'étais positivement d'avis qu'il ftait praticable de pénétrer dans l'Océan Pacifique penSant la mousson du nord-ouest, en suivant les i/ 6

trois dernières routes , mais qq'on né TaYail jamais fait, excepté quai>d le célèbre Dampier, sur le bâtiment de découvertes le Roebuck^ en 17049 ayant poussé à^Test jusqu'à la Nouvelle-Irlande et ayant longé la côte de ce pays jusqu'à la pointe méridionale ( le cap Saint-George ) , dirigea sa rbute à l'ouest pour revenir à Timor. Je finis par rappeler qu'il était à ma connaissance qu'une expédition composée des vaisseaux de la compagnie le Duc et la Duchesse de Clarence , sous le commandement du Commodore Haycs ( aujourd'hui directeur du port à Calcutta), fut envoyée de l'Inde en 1 793 pour explorer la côte orientale de la Nouvelle-Guinée et les îles adjacentes, et qu'après avoir perdu plusieurs semaines dans une tentative infructueuse pour passer à l'est, elle dut laisser arriver et contourner la terre de VanDiémen, où elle vint jeter l'ancre dans la baie de l' Adventure du capitaine Cook. (Test dans ce voyage que le commodore découvrit la rivière à laquelle il donna le nom de Derwent ; découverte qui amena , quelques années après , la colonisation de cette partie de la terre de Van Diémen. L'établissement fondé alors est aujourd'hui une colonie florissante et doit son existence à ce brave officier.

Quelques jours après cette discussion, je fus mandé au conseil de marine, où l'on m'invita à faire connaître la route que je comptais suivre pour atteindre les

tles Mamiicolo. Je répondis que mon inliention était

de suivre la même route que le commodore Hayes^

et îe in*appuyai sur les motifs exposés ci-dessus»

Mon plan étant approuvé , les instructions furent

dressées conformément , c'est-à-dire en m*ordon-

nant d'aller chercher la terre de Van Diémen.

A la suite de cette conférence , )e reçus la lettre qu'on va lire et par laquelle on me prescrivait de faire reposer l'équipage et prendre des vivre» frais à la terre de Van Diémen.

Au capâèine Dillon , commandant le çaisseau de Vhenorablè

compagnie le Research.

Monsieur, par forme de sapplémeat à ma lettre du 22 dii mois dernier, et reiatirement à la partie qui concerne votre relâche au port Dalrytnple ou dans la ririère de Derwent^ j'ai ordre du conseil de marine de vous transmettre son autorisation pour Tachât des rivres frais et autres objets dont vous jugerez absolument nécessaire de vous pourvoir font l'équipage du vaisseau de l'honorable compagnie le Researck que vous commandez, et aussi, dans le cas où vous vous y trouveriez obligé, pour tirer sur les autorités de ces établis-^ semens pour le compte du gouvernement du Bengale, en ayant soin d'informer le conseil, le plus promptement possile, de vos opérations sur ce point et sur tous les antres relatifs à votre mission.

J'ai, etc. J. TrotteA^

Conseil de marîile , le 9 janvier 18S7.

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