‹ Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse (volume 2)Chapitre 23 sur 37 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

ËvéuemeDS à la terre de Van Diémen.

Du 6 açril. Dès le matin, je descendis à tenc pour faire le rapport d*usage lors de rarrive!e d'un bâtiment* Le docteur Tyf 1er me demanda la permission de débarquer, ce que je ne pus lui accorder, lerèglement des ports de la Nouvelle-Galles du Sud interdisant la communication avec la terre avant d*en avoir obtenu la permission du gouverneur,

A dix heures et demie, je fus présenté par le collecteur des douanes au Keutenahl'rgouverneur de la terre de Van Diémen. Je lui fis connaître l'objet de Texpedîtion. Il en parut très-satisfait et loua beaucoup la philantropie du gouvernement du Bengale. Je lui annonçai ensuite que j'avais besoin de vivres çt que j'étais autorisé par le gouvernement à t;rer sur les autorités de la terre de Van Diémen pour le montant dès dépenses nécessaires au ravitaillement du vafsseau. Le lieutenant-gouverneur me répondit qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour abréger la relâche du vaisseau et m'invita à lui communiquer Tautorisafion dont j'avais parlé , |>ro^

mettant d'envoyer chercher le commissaire pour arranger celte affaire sur-le-champ. Il me pria de revenir le lendemain à la même heure. C'est alors que je l'informai que j'avais à bord deux passagers , savoir : le consul de France à la Cochinchine et un capitaine de l'armée du Bengale. Il m'invita à les lui présenter le lendemain ,-et-je pris<:ongé de lui.

Peu de tems après avoir ijuitté la maison du gouverneur, je fus accosté dans la rue pdr le collecteur des douanes, qui mé dit : ^ Capitaine Dillon,le lieu-^ tenant-gouverneur vous adresse ses complîmens , et m'a chargé de vous dire qu'il venait de recevoir une lettre du docteur Tytler, et qu'il vous priait de laisser descendre le docteur à terre. — Certainement , réppndis-je. » J'accompagnai etisuite le collecteur à bord du vaisseau , et j'envoyai dire au docteur que je lui accordais la permission de descendre ^ terre , mais que \e comptais qu'il reviendrait le soir. Le docteur partit aussitôt^ En conséquence des pro^* messes qu'oîo^ venait de me faire , je passai marché sur-le-champ pour leS vivres et aufres' objets dont j'avais besoin, et je fis de j^ dispositions pour remettre à la voile le ii.

Du y. Conformt^ment à l'invit^ioa du Keutenant-gouverncur, je descendis à terré dans la matinée accompagné de M. Chaigoeau el du capitaine Speck. Nous arrivâmes au gouvernement à dix heures , mais nous n'y pâmes entrer qit'a mîdt et

demi. On nous laissa attendre dans la rue « ce qui BOUS fut Urès-dësagrëable à raison de ce que nous nVtions couverts que de nos vétemens l^rs de rinde et qu'il faisait froid, le thermomètre , à Tair libre , marquant seulement 39® (1). Lorsque enfin nous eûtncs étë introduits, le lieutenant^gouverneur m'annonça qu'il avait vu le commissaire , et qu'il avait jugé qu'il ne convenait pas de m'asstster. Je loi adressai de vives remontrances, l'assurant que, d'après ses promesses de la veille, j'avais dé)à passé des marches et qUe les personnes avec lesquelles )' avais traité ne me permettraient pas de me rétracter. J'ajoutai que, si ces promesses ne m'eussent point été faites, je me serais rendu au port Jackson pour y réclamer 1 a&^istance qu'il me refusait. « Fort »bien, capitaine Dillon, répondit le lieu tenant- » gouverneur, allez à la Bourse et tâchei de négocier » vos billets ; si vous n'y réussisses pas , je vous asv » itérai isans^lélai. »>

Il me parla ensuite de l'objet de mon voyage et parut ajouter peu de foi à ce que je lui avais dit la veille, m'objectant qu'il était très-extraordinaire que je ne me fusse pas procuré les renseignemens nécessaires sur le naufrage de l.a Pérousc , pendant que j'étais près de Mannicolof sur le Samt-Pafnck.

(i)DansPéchelledeFahreLoheit, Si"" «st le poîptrépopdaot au zéro de Réaumur, et ua thennoi^ètre français n'eût marqué alort qu'environ 3^ au dessus de glace.

Je ne pus me rendre compte du changement si étrange qui s'était opéré dans sa conduite en si peu de tems , que quand je découvris qu'il avait vu le docteur Tytler, dans rintérvalle , et que cet artisan • d'intrigues 4ui avait présenté tout ce qui regardait l'expédition sous un point de vue propre à égarer un homme tel que lui. J'eus dans la journée des entrevues avec le lieuteiMint^gonverneur. A la dernière, il médit quHI avait vu le docteur qui se plaignait béau^ coup de moî^ mais qu'il ne Voulait pas intervenir dans cette affaire, et qu'en conséquence il avait engagé le docteur à s'adresser aux magistrats dé police. Le docteur Tytler, an mépris de mes ordres, n'étant pas revenu ii bord le soir du jour où je lui avai^s permis de descendre à terre, et n'ayant pas pai'u le lendemain matin , je crus devoir inviter le docteur Scott à venir voir mes malades tous les jours jusqu'à leur rétablissement.

Ayant appris que le docteur Tytler s'était présenté au bureau de la police , je m' v rendis à mon tour ,^ accompagné de deux personnes, pour m'informer de l'affaire qui l'y avait amené. Le magistrat, qui était un de mes anciens amis , me dit que le docteur avait porté plainte contre moi pour voie de fait, et réclamait la protection de la loi ; que, par conséquent , il était obligé de me sommer de fournir caution de garder la paix jusqu'au lundi 9 du courant , où l'affaire serait examinée.

Avant de relâcher à la terre de Van Di<$men , mon intention était de poursuivre le docteur pour ]a lettre qu'il avait écrite à mon premier officier, et qui 9 dans moo opinion ( ainsi que celle d'autres personnes qui en avaient lu le contenu et avaient été instruites des circonstances connexes), dénotait l'intention de porter les officiers et l'équipage à se mutiner contre moi , et à m'cnfermer sous prétexte d'aliénation mentale. Cependant j'avais , de^ puis JorSt pris le parti de passer sous silence , pour Je présent , toutes les attaques et les insultes du docteur, pour ne pas apporter le moindre retard à l'expédition, me réservant de diriger mes poursuites contre lui à Calcutta , au retour du voyage. Le docteur avait tiré avantage de cette conduite prudente et s'était porté ' plaignant le premier, sans égard pour les conséquences qui pouvaient en résulter au préjudice de nos chefe. N'écoiitant que sa méchanceté, et persistant dans ses anciens projets de faire manquer l'expédition, il avait entamé une procédure qu'il savait devoir durer plusieurs mois , au moyen de quoi le vaisseau serait retenu dans le port où nous nous trouvions , et la compagnie aurait à supporter une dépense inutile de dix mille roupies par mois, indépendamment de la chance qu'il y aurait que nous ne pussions atteindre les lies Mannicolo dans la saison convenable pour mes opérations. *

J}tê 9, Dans la matinée, on reçut à bord des assignationsdu docteur Tytler,adres5ées à qudques-ira» des officiers et des gens de l'équipage , qui se rcn^dirent avec moi au bureau àt la police à dn: heures. Le premier témoin qu'on mterrogei fut le capitaine Speck ^ qui déclara la vérité. Vint après le premier officier du vaisseau^ Comnte, en ayant caché pen-^ dant long-tems les machination» dirigées contre moi y il s'était presque aussi ^ortemei^ compromis que le docteur hii-méme, on devait s*attendre qu'il parlerait plutôt de manière à soutenir un corn* plire qu'avec la sincérité et l'impartialité d'un témoin désintéressé. Sa déposition fut, comme de raison » appuyée par l'homme du docteur, cet Hel-* mick f qui , bien que presque nonr^ déclara qu'il était devenu pâle de frayeur quand il m'avait vu charger une esjungole. Il fut suivi par.Mumro , m^ commis 9 qui était sorti avec lui plus qu'à UEioitîé ivre d'Un cabaret où on les avait £aut boire powr leur donner du cœur au venii-c. D'après les dépositions de ces ivrognes ,, et d'un des GompKcesdu docteur, on me somma de fournir caution , de me pré* senter à la prochaine session^ devant la cour suprême pour répondre à une accusation de voitô de fait , basée sur ce que j'avais touché de ma main Tépaule du docteur, en lui or€k)nnant les arrêts sur le gaillard d*amère.

Le capitaine» Speck n'ayant pu se procurer un

logement à terre , eoniinua de résider à bord arec moi ; mais le docteur, qui avait déserte le vaisseau , alla se loger dans une taverne d'Hobart Town. Il arriva que le capitaine Speck donna un dîner à quelques-uns de ses amis , daas^ cette maison même. Comme le docteur y logeait , il lui fit la politesse de Imviter. Pour moi, Ton conçoit qne je refusai d'être de la partie.

Du lo. Je fus informé dans la matinée, par quelqu'un de la ville , que , la veille , il avait vu le docteur Ty tler, sans habit et sans chapeau , les manches de sa chemise retroussées, et faisant un grand bruit , comme s'il venait de se boxer. En al-^ lant aux enquêtes , j'appris que le docteur s^était enivré après diner^ et qu'étant dans cet état , il s'était mis à crier qu'il était maintenant dans un pays où le pavillon anglab flottait seul ; qu'il avait toujours été opprimé sous le gouvernement de la com^ pagme des Indes et n'avait jamais pu obtenir justice de ce gouvernement; qu'alors qu'il était sous la protection du pavillon anglais , il ne voulait plus servir la compagnie et se trouvait déshonoré d'en porter l'uniforme» et qu'en disant cela il avait ôté son habit et J'avait Jeté à terre , d'où venait qu'il était resté en corps de chemise toute la soirée. J'appiis , en outrç , qu'il avait insulté plusieurs personnes de la société , mais que le lendemain , quand on lui avait fait sentir ses torts , il avait adressé des ex-

cuses à chacune d'elles par rcntremise du capitaine Speck.

Dans le courant de la journée je fus voir les principaux nëgocians de la ville, et je leur offris de m^escompter des traites sur le gouvernement du Bengale, afin que je pusse solder les dépenses du vaisseau qui désormais paraissaient devoir être considérables, attendu qu'il serait retenu pendant plusieurs semaines, par suite du procès que m'avait intenté le docteur Tytler. Les négocians me répondirent que le commerce entre Calcutta et la terre de Van Diémen était si borné, qu'ils n'avaient pas de remises à faire pour la capitale du Bengale.

Du II. Dans la paatinée, je descendis à terre et me rendis chez le lieutenant-gouverneur. Je lui annonçai que je n'avais pu négocier mes traites. Il me dit alors , avec une sorte de répugnance , qu'il ordonnerait au coix^missaire de m'avancer 4^000 piastres d'Espagne aux taux de 4 s* 4 ^' sterling chacune ( ce qui fisiisa it une somme de 866 1. i3 s. 4 d. sterling) \ mais qu*il comptait que je lui donnerais en échange des traites sur k secrétaire delà compagnie des Indes à Londres. Je lui répon-* dis que je n'avais aucune autorisation pour tirer sur l'Angleterre , et je lui montrai mes instructions qui m'autorisaient à tirer sur le gouvernement du Bengale. Apres les avoir lues , il me déclara qu'il n'avancerait pas d'argent sur la foi du gouverne-

nœM de riode, et que ce n'dtait que dans la vue d*ob1iger le gouvernement de la mëtropolc qu*il se dëcideraîtà avancer des fonds, dans quelque circonstance que ce fât^

Je n'eus pas de peine & deviner d*où il avait tire les renseignemens 3ur lesquels il fondait son refus : aussi le priai-je de ne pas avoir égard aux faux rapports d'un homme qui ëtait un fléau pour la so-

' ciété depuis quatorze ans. Cependant , voyant qu'il

demeurait inflexible, il ne me resta d'autre ressource que de tirer sur le secrétaire de la compagnie des Indes , à Londres ;.ce que je fis.

Je vins ensuite en ville et je rencontrai une personne qui m'informa que le docteur disait tout haut que, quand notre procès serait terminé , il obtieiidrait de me faire renfermer, et qu'alors mon premier officier pi'endrait le commandement du vaisseau et poursuivrait l'expédition. Le docteur avait dit la même chose à M. Chaigneau qui l'avait vivement blâmé, tant par des motifs d'équité que parce qu'il avait un grand intérêt au succès de notre

I voyage.

J'allai sur-le-champ trouver deux hommes respectables qui étaient membres de la commission de paix et avec qui j'étais extrêmement lié depuis plù-

^ sieurs années. Je leur fis part de ce qu'on venait de

1 m'apprendfe. Ils me dirent qu'ils avaient su , par le

moyen d'un prédicateur méthodiste, que le docteur,

qui avait beaucoup de goût pour les discussions tfaéo^ logiques, était parvenu à se meUre en grande faveur auprès du lieutenant^ gouverneur, et qu'au quartiergénéral il était regardé comme un saint. Ils me dirent en outre que le juge de la cour suprême était soupçonne de régler ses arrêts d'après la fantaisie du gouverneur.

Du 12. En arrivant à bord, j'appris que mon premier officier laissait l'équipage insulter les officiens-mariniers parce qu'ils étaient mes partisans. D'un autre côté , mon commis s'enivrait journellement , ce qui n'aurait pu arriver si le premier of-* - ficier eût fait son devoir.

L'officier en question n'avait jamais servi à bord d'un bâtiment armé , avant d'être embarqué sur le Research^ et était aussi ignorant sur ce qui concernait le service de l'artilieinc , l'usage des menues armes, la distribution des postes, etc., qu'il l'était sur la pratique du métier de marin. 11 n'y avait pas dans le port un bâtiment marchand qui ne fût tenu plus proprement et en meilleur ordre que mon vaisseau, qu'on appelait par dérision le vaisseau lascar. J'avais lieu de soupçonner que cet officier avait en perspective la léalisation des espérances que lui avait données le docteur Tytler, de devenir commandant du vaisseau , dans le cas où je serais renfermé, et que, mû par ces espérances, il négligeait de maintenir parmi l'équipage la subordina-

tlon qui est si nécessaire à bord des bâlimcns, comptant par ce moyen ëcarter tout obstacle que pourrait présenter un refus de faire voile sous son commandement; car les hommes étant naturellement ennemis de la contrainte, il pensait qu*ils préféreraient pour leur capitaine l'officier qui était le moins strict.

Du ùi. Depuis le 7, j'avais clé bercé par les promesses du gouverneur touchant l'argent que j'avais demandé et qu'il avait assui^é qu'il m'avancerait sans délai. Je lui annonçai que mon intention était de partir le lendemain ]^our le port Jackson , si , d'ici là, je n'avais pu me procurer l'argent qui m'était nécessaire. 11 déclara que le délai n'était pas venu de lui et qu'il allait mander sur-le-champ le commissaire et s'informer de la caqse qui l'avait empêché de satisfaire à ma demande.

A midi , je trouvai le commissaire qui jn'invila à préparer mes traites en me disant qu'il me compterait aussitôt les 4 9000 piastres. Je fis sur-le-champ préparer ces traites et les lettres d'avis et je rétournai au commissariat. Le commissaire étant absent^ la personne qui le remplaçait m'engagea à laisser mes traites qu'il lui montrerait à son retour, ajoutant que , si je voulais revenir dans une heure , l'ai'* gent serait prêt a m'êtrc comptée Je revins au tems fixé ; mais le bureau était fermé , et ne devait plus être ouvert que le mardi suivant. I^ première idée

qui me vînt fut qu'on m'avait joué un tour. San* doute , me dis-je , en retenant mes traites, ils se sont donne une garantie suffisante que je ne mettrais pas il la voile demain. Si ce n^est pas une ruse de guerre, c'est au moins un trait d'habileté digne d'un commissairc-généml d'armée.

Je me rendis sur-le-champ au gouvernement pour mè plaindre de ce manque de foi de la pari du commissaire ; mais quelle fut ma surprise en ap-** prenant que le gouverneur avait quitté la ville et ne reviendrait que le hindi! J'appris ensuite que le commissaire était aussi allé faire un tour de campagne et qu'il était parti à l'heure même où il m'avait donné rendez-vous pour toucher l'argent qui devait accélérer le départ dèf mon vaisseau.

Il serait difficile de se faire une idée du sentiment que me fit éprouver une pareille conduite ; je me voyais ainsi forcé de rester dans le port ou de risquer de perdre mes traites , par l'effet d'une ruse qui n'avait sans doute pour objet que de me retenir jusqu'après l'issue de la plainte du docteur Tytler.

Du 24. A dix heures du matin , commença le procès que m'avait intenté le docteur Tytler parde- Tant une cour martiale ; car je suis fondé à appeler ainsi un tribunal qui se composait du juge (que je puis comparer dans cette occasion au juge avocat des " tribunaux militaires) et de six officiers du 4o' régi-

ment. Les poursuites étaient dirigées, dirai-je par qui ? C'était Tavocat du docteur Tytler qui faisait fonction de procureur-général. Il ouvrit les débats par un long et éloquent discours dans lequel il saisit toutes les occasions de me dénigrer aux yeux de la cour, et de m'attaquer dans le style le plus injurieux. Entre autres choses qu'il allégua pour prévenir les membres de la cour contre moi çt en faveur de son client , il dit qu'il croyait devoir leur rappeler que le plaignant était un homme de leur profession (un militaire ! ) et qu'il était de leur honneur de témoigner combien ils étaient sensibles à Tiasulte faite à cette profession dans la personne du docteur Tytler. Conune une relation complète de ce procès pourrait être déplacée ici , et convient mieux à un appendix qu'au texte du livre , pour ne pas abuser de la patience des lecteurs, je me bornerai à' en pré* senter une simple analyse. L'accusation était appuyée en grande partie sur le témoignage du plaignant lui-même, et, comme on pouvait s'y attendre, sur ceux des hommes embarqués à bord du vaisseau qui , ayant été complices de ses machinations, savaient qu'ils seraient compromis par la perte de sa cause.

Le docteur jjrit ensuite la parole et parla comme s'il eût été un des plus grands hommes de l'Inde. A l'entendre , c'était lui qui avait obtenu par son influence et ses talens qu'on entreprendrait l'expé-

dîtion ; il était la seule personne en qui le gouvemement eût confiance. En un mot, semblable au philosophe du roman de Rasselas , qui pensait que les vents , les saisons et le mouvement des corps cëlestes dépendaient d'un signe de lui , le docteur se donnait pour un homme de la pluis haute importance, dont les efforts pour le bien de l'humanité et l'instruction des générations futures étaient entravés par un tyran de capitaine qui , disait -il , lui avait fait éprouver Sians motif le traitement le plus Cruel et le plus ignominieux.

IJ j|mt convenir qu'en un certain point , il était conséquent dans sa manière de parler de lui. Il s'était recommandé à moi comme une victime de la persécution, il se {^ésentait encore comme un mar* tyr. Il est vrai qu'il me peignait alors comme son persécuteur et que ses anciens op^Nresseurs dans l'Inde (je me sers des termes qu'il employait en noie racontant autrefois ses infortunes), ses anciens op' presseurs étaient métamorphosés en amis et en bienfaiteurs qui entreprenaient des expéditions lointakies à sa recommandation pour lui offrir l'occasion de terminer glorieusement sa carrière.

Pour faire voir que je n'amplifie pas, je vais citei^ une partie de sa déposition. Lors de son contre-examen, on remarqua les questions et les réponses suivantes :

« Q. Je vous demanderai , docteur Tytler, si , en

en point de fait , le gouvernement avait eu ou non en vue ce voyage de découvertes avant la séance dont vous parlez (celle de la socie'té asiatique) ?

» R. Il m'est moralement impossible de connaître les secrets du gouvernement. J*ai ouï dire que c'était avec beaucoup de difficulté que le gouvernement s'était décidé à ordonner cette expédition, et d'après l'explication que j'avais donnée du chiffre gravé sur la garde d'épée. On montra ce chiffre à lord Combermère, qui adhéra à mon explication.

» Q. Fût-ce par voire entremise ou d'après vos représentations que celte expédition fut ordonnée ?

» R. On me l'a dit positivement. Le secrétaire du conseil médical me Ta^dit, et il doit connaître mieux que moi les secrets du gouvernement.- »

En réponse à une autre question, il dit :

<« La mésintelligence que j'ai dit antérieurement avoir existé entre le gouvernement et moi avait cessé entièrement à cette époque, et j'étais sur le point d'aller rejoindre mon régiment. J'avais reçu ma commission un mois auparavant. Je pense que ce fut en considération de cette mésintelligence que l'expédition fut entrepris^ , pour me donner une occasion de briller et mettre un terme à tous nos différends. (Eclats de rire dans la salle.) Telles sont les paroles qu'employa M. Swinton. »

Sans les motifs que j'ai exposés plus haut, je pourrais signaler au moins cinquante autres faussetés

dans la déposition du docteur ; mais ce que ^'ai cité mot à mot des débats teb qu'ils ont été recueillis par un habile sténographe suffit pour donner un échantillon de Timpartialité et de la véracité de cette victime demacruauté, ou, laissant de coté Tironie, pour prouver combien peu il respectait la vérité quand elle était défavorable au succès du dessein qu'il n'avait n'avait jamais cessé d'avoir en vue ^ savoir de me faire enfermer comme aliéné et de se faire constituer chef de l'expédition , mon premier officier étant investi du commandement du vaisseau.

Qui ne sourirait de pitié en voyant un homme qui prétend que le gouvernement de l'Inde anglaise était si peiné d'avoir eu un différend (où plutôt mill^ différends) avec le grand docteur 'ïytler, que» pour sceller la paix , il prépare une expédition dans les mers du Sud, et s'ii;npose une dépense de i5o,ooo roupies, pour lui fournir l'occasion d'ex-* plorer la route de la reine de Sahjà , les riches côtes d'Ophir, ou la course d'un aérolite qui, en i8o3 » avait , dIsait'U, traversé les airs depuis l'île de Java jusqu'à Allahabad où le docteur résidait alors ; en un mot pour réaliser quelqu'un des rêves chimc-? riques dont il avait fatigué la presse pendant tant d'années , insultant ainsi au bon sens du public.

Et c'est sur les dires de cet homme, que tout le monde, dans l'Inde, regardait depuis long-tems comme un cerveau fêlé (ce qui s'est malheureuse-

ment confirme plus lard par le dérangement complet de son esprit), que le sage tribunal militaire de la terre de Van Diëmcn rendit une belle sentence portant que j'étais blâmable pour avoir posé ma main sur son épaule , Tavoir tenu aux arrêts forcés pendant deux heures et l'avoir menacé de 4e mettre aux fers ou de lui infliger un châtiment corporel , s'il ne renonçait à ses tentatives pour exciter la révolte et le carnage à bord de mon vaisseau !

Il aurait été de la plus grande importance pour moi de pouvoir prpuver la connivence coupable qui avait existé entre mon second et lui au sujet de la lettre dans laquelle il provoquait mes officiers à me renfermer comme aliéné ; mais il paraît que , quand il vît que , soit par la lâcheté des uns , soit parle se» timent du devoir qui animait les autres , cette lettre avait manqué son effet , il s'était hâté de la retirer et de détruire une pièce qui , si Ton eût pu la produire, aurait exposé lui et ses complices à être mis 6n jugement et peut-être condamnés à mort comme feuteurs de révolte.

On me pardonnera de m'être étendu sur un pro^^» ces mémorable pour moi, puisqu'il me coûta plus de 5oo livres sterling. Au reste , si je l'ai fait , c'est moins pour occuper de ce qui me concerne personnellement que pour faire sentir la nécessité de s'enquérir soigneusement du caractère des individu^ qui sollicitent des emplois publics^

. . Du 28. Les débats étant terminés, ie juge présenta h résumé de la cause à peu près comme suit :

Il commença par dire aux membres de la cour qu'ils ne devaient pas juger la cause d'après leurs notions de la justice militaire , ni d'après les lois portées contre la mutinerie ; qu'en point de fait le vaisseau en question était précisément semblable à un navire marchand faisant le commerce de Londres avec la colonie et que le défendeur n'avait pas plus d'autorité à bord que le maître ou patron n'aurait eu Sur ses officiers et son équipage. Il déclara que les seuls points k décider par la cour étaient , V, s'il y avait eu des voies de fait de commises ; 2*» si l'auteur de ces voies de fait avait présente une justification valable; que cette justification pouvait être appuyée sur deux circonstances : ou que le plaignant avait adressé aux officiers une lettré dans laquelle il représentait le capitaine comme aliéné , quand il savait qu'il ne t'était pas , et parce moyen voulait le déposséder de son commandement , ou qu'il avait représenté aux officiers ce qu'il croyait être vrai , mais qui ne l'était pas , etque le défendeur, lorsqu'il avait mis le plaignant aux arrêts, croyait que celui-ci avait fait un faux exposé dans le but de lui faire ôter son commandement. Le juge exprima son opinion que , dans l'un ou dans l'autre cas, la justification était valable et que le défendeur avait droit d'obtenir un verdict en sa faveur^ mais

que, sur le dernier poiat , les membres de la cour devaieut considérer qu'il était constant que le capitaine avait réuni ses officiers , les avait consultée et avait pris tous les moyens pour être instruit de la fiature et du contenu de la lettre qui leur avait été adressée. -

La cour se retira pour délibérer, et, au bout d'une demi-heure , rendit le verdict suivant.

« Coupable sur le quatrième chef d'accusa- » tion (i). La cour néanmoins est d'avis que le » docteur Tytferaurait dû mettre plus de réserve en j? présentant des observations qu'il savait propres » à irriter le capitaiiie Dillon. »

L'arrêt ordonnait ensuite que le capitaine Dillon eût à se présenter devant la cour, le mardi suivant , pour recevoir sa sentence.

L'avocat du défendeur déclara que son client était présent pour recevoir la sentence de la cour. Le juge répondit : « Je ne saurais prononcer la sen- » tence , dans le cas présent , sans avoir relu les » dépositions. Si le défendeur est préparé à donner » caution, je la recevrai tout de suite. Je prononn cerai la senteij^e mardi prochain. >»

Le juge m'adressa ensuite la parole en ces^termes : « La coutume est ici , lorsqu'un accusé a été dé-

(i) Ce quatrîème chef était d'avoir arrête le docteur Tytler et d'avoir , en le faisant , posé ma main sur son épaule , ce c^ue ^ par une interprétation forcée , on constituait en voie de fait.

n clarë coupable , de le mettre en prison jusqu'à » ce que la sentence soit prononcée. Je ne veux » pas néanmoins vous causer ce désagrément , si » vous êtes préparé à fournir caution de vous re-» » présenter îqi mardi prochain à dix heures. »

Je demandai quelle caution était nécessaire. Le juge répondit : « Deux cautions de ^o livres ster-r » ling chacune et la votre de 80 livres. » Ces cau*« tîons furent données sur-le-champ.

Le lieutenant f gouverneur était alors à la campagne et ne devait revenir que le lundi d'ensuite. Si le juge eût substitué ces mots : « Je désire consulter » le gouverneur avanî de prononcer la sentence , » à ceux par lesquels il avait annoncé le motif de son ajournement , il eût sans doute été plus sincère.

Deux causes jugées à Hobart Xown, antérieures^ ment à la mienne et où il s'agissait de voies de fait de la nature la plus évidente , peuvent donner une idée de la manière équitable dont la justice est rendue k la colonie anglaise de la terre de Yan Diémen.

Le navire le Cumhèrland, commandé par le ca-r pitaine Carns , à la fois capitaine et propriétaire, arriva d'Angleterre à HobartTownen i825. Pen-» dant la traversée , une dispute s'éleva entre le docteur Crowder et l'avocat Stevens. Le résultat fut que le médecin étrilla l'homme de loi à grands coups de cravache. Le battu , en homme du métier, intenta un procès à celui qui l'avait rossé et obtint cin-

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quante livres sterling de dommages et intërêts ( i ). Quelques jours après , le capitaine, qui ëtait un vrai pêcheur de baleine , aperçut le docteur sur la dunette , et , sans avertissement préalable , le saisit d'un bras vigoureux par la nuque et le lança sur le gaillard où, dans sa chute, il eut deux côtes brisées. Le docteur, qui avait perdu son procès contre M. Ste^ veos , voulut prendi'e sa revanche , persuadé d'avoir gain de cause et de combler au moins le déficit qp'a* vait éprouvé sa bourse. Il obtint effectivement un verdict en vSa faveur ; mais , pour dommages et in-^

térêts , on lui adjugea quarante shillings! Je

n'exagère pas ; quarante shillings pour deux côtes brisées par tin acte de la brutalité la plus révoltante et commis sans provocation. C'était vingt shillings par fracture. Il faut croire ^ d'après cela, que le juge considérait les coups de cravache comme un outragé de la nature la glus grave , même quand ils étaient mérités j et que c'était pour lui la chose la plus redoutable.

Du 29. A midi , j'appris que le navire le Hope , de Londres , revenant du port Jackson ^ s'était échoué pendant la nuit à l'entrée du port. Je me rendis sur-le- champ à bord de mon vaisseau et j'expédiai un canot avec un officier pour porter secours au bâtiment en détresse. Je trouvai , comme à l'or-

fi) Par un hasard singulier, M. Stevensse trouvait être TaYOcat de ma partie adverse.

dinaire , fe raîss«àu extrêmement malpropre; j'en fis l'observation à mon second , qui me répondit que depuis quelque tems je ne cessais de lui adresser des reproches, et qu^il me priait d'embarquer un autre officier à sa place. Je ne fus pas fâché de Tentehdre me parler ainsi , mais je ne crus pas qu'il parlât sérieusement.

Du 3o. Après mon déjeuner, je rencontrai le docteur Scott qui revenait de voir mes-malades. Il me dit que mon second parlait de quitter le vaisseau et qu'il allait se rendre à terre pour solliciter l'autorisation nécessaire à cet effet. Peu de tems après, mon second vint effectivement pae trouver et me dit qu'il ne se trouvait pas bien à bord du vaisseau et qu'il espérait que je consentirais à ^e qu'il débarquât. Je répondis que je ne m'y opposais pas ; mais je l'invitai à retourner à bord et à y rCsSter jusqu'à ce que revînt l'officier que j'avais envoyé au ^secours du bâtiment naufragé , ou jusqu'à ce que j'eusse trouvé une autre personne pour le remplacer.

Dans l'après - midi , le lieutenant - gouverneur revint en ville. Le juge, dont j'épiais les mouvemens , se rendit sur-lè-charop au gouvernement où je suppose que mon sort fut décidé.

Bu I*' mai. Dans la mçitinée , je fus à bord faire ^ ma visite d'usage. Ayant remarque des ordures sur ]es cables, j'en fis l'observaiion à mon second-, qui me répondit : « Capitaine Dillon , je désire quitter

le vaisseau , veuillez vous procurer un autre officier. »> Je me rendis sur-le-champ à bord de \ Albion, Je fis part au capitaine Ralph , commandant de ce bâtiment , de la situation dësagrëable où je me trou* . vais par le manque d'un bon officier, et le priai de me donner un des siens. Il répondit que son second, qui avait été retenu à Sydney comme tdmoin dans un procès , était revenu sur le Hope ^ mais n était pas encore de retour à bord, étant resté pour aider à sauver le navire échoué ; qu'au surplus , quand il serait arrivé , il me l'enverrait.

Peu d'heures après , je rencontrai cet officier sur le quai et je lui fis part de ce qui s'était passé entre le capitaine Ralph et moi. Je lui proposai le^ mêmes avantages dont jouissait mon second et il accepta* Gomme je devais me rendre au tribunal , je promis dé lui donner mon engagement et de l'installer en qualité de premier officier du Research , dans l'après-midi.

A dix heures, le tribunal entra en séance. Le juge-avocat de cette cour martiale, après s'être assis , demanda d'un ton brusque si Peter Dillon était présent. Je me levai. Le juge rappela alors succinctement les faits de la cause , et dit qu'il regardait comme nécessaire de signaler ma conduite, afin de prévenir pour le futur de semblables Iraitemens de la part des capitaines de navires, soit envers leurs officiers , soit envers leurs passagers ; et que ,

bitîn qu'il fût constant qu'aucune violiuoce n'avait dté employ(?e, et que le plaignant n'était resté que deux heures aux arrêts forcés, néanmoins, dans son opinion, les faits établis au pro<^ès dénotaient un sentiment de malveillance, et avaient été ac-^ compagnes de circonstances aggravantes ; que ^ d'a-^ près toutes ces considérations, la âentépce de la cour était que le défendeur^ Peter Dillon , serait emprisonné pendant deux mois à la geôle de Hobart Town, paierait une amende de 5o livres sterling^ et devrait déposer la somme de l^oo livres sterling comme caution de garder la paix pendant un an.

Cette sentence fournit un autre échantillon remarquable de l'impartialité des organes de la justice» à la terre de Van Diémen. Le juge tasmanien semble en effet établir la rigueur de se& sentences , en raison inverse de la faute à punir. Ici , par exemple , le gouvernement de l'Inde , qui était certainement plus innocent que moi , se trouvait puni plus sévèrement (i). Ce savant jurisconsulte dédaignait la méthode vulgaire du commun des juges , qui règlent Jçurs arrêts d'après la gi^avité matérielle et positive du délit. Il se lançait dans les hautes régions de la méthaphysique , allant à la recherche du sentiment

(i) D'après la sentence portée contre moi, Texpidition devait être n tardée de deux mois , ce qui en augmentait considérable-: ment les dépenses ; de sorte qu'il devait m'en coûter 5o livres sterling, et: au gourerncment du Bengale au moins 3,000 !

qui avait dû animer l'auteur d'un acle, pour y trouver le moyen d'incriminer cet acte. Mais, même en suivant ce mode, que je puis appeler excentrique, il s'égiarait quelquefois et n'élait pas toujours conséquent ; témoin l'affaire que j'^ai citée , du docteut Crowder et du capitaine Garns. Là, il avait adjugé quarante shillings de dommages - intérêts pour deux côtes brisées par un acte de brutalité commis sans la moindre provocialion. Avait-il alors consulté le sentiment ? Et , en l'admettant , quel sentiment ? Celui qui avait porté le défendeur à maltraiter d'une manière cruelle un homme qui ne l'avait pas offensé , ou le sien propre ? Je ne pousserai pas^la comparaison plusioin.

Le résultat si différent de ces deux procès offre un nouvel exemple de la non-infaillibilité des juges et de$ gouveroans , et peut servir à faire connaître de quelle manière la justice est rendue dans les contrées éloignées de la métropole. Les militaires qui composaient le juiy, et les gens de loi chargés de les ériger dans l'appréciation légale des faits , n« pouvaient avoir une juste idée de l'espèce de disci- ]^ine qui est nécessaire à la mer, où le capitaine d'un bâtiment est isolé comme un monarque ab-* solu, et n'a pour soutenir son autorité que la subordination la plus stricte et l'obéissance la plus entière.

Il paraît, au reste , que les bonnes gens de la

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tenrç de Van Diémen «'étaient laissé imposer par le prétendu chef-d'œuvre du docteur Tytler, inti-? tulé : Eclaircissemens sur la Géographie et VHi$^ ioire anciennes , qui n'est qu'une rapsodie présentant un amas informe des rêveries les plus bizarres^ Â leurs yeux; ilétaitle plus grand génie qui eût para sur la terre* Je ne serais pas étonné qu'ils n'eussent cru sur sa parole qu'il était un des descjendans dés prophètes, persécuté ainsi qu'eux par des hommes ignorans et impies, au nombre desquels on me rangeait, et que< comme il le prétend, Sumatra est rOphir de l'Ecriture , et Java l'île de Saba. Je ne doute pa3 que , s'il eût continué le voyage avec moi , il n'eût enrichi' ]e monde d'un savant traité i dans lequel il eût prouvé que l'île de Mannicolo était la Laputa de Gulliver, qui, cédant à la force universelle de gravitation , avait enfin cessé de planer au-dessus des autres îles, dont elle était la reine^ et, descendant majestueusement dans l'Océan Pacî-^ fique, y avait- pris racine, engloutissant, dans W tourbillon que son immersion avait formé, les vaisseaux de l'infortuné La Pérouse. A coup sûr, il n'y' avait pas de châtiment trop sévère pour celui qui avait prétendu arrétilf le caractère prophétique d'utf si grand homme !

Le sous-shérifF, présent à l'audience , m'invita ^ l'accompagûer à mon nouveau logement , et en chemin nous fûmes rejoints parole haut-shériff.

Ce dernier, qai était le fils d^iln riche banquier anglais, voyait a\ec beaucoup de peine la situation dans laquelle je me trouvais. Il me traita avec les plus grands ëgards, et me présenta an gouverneur de la prison , qui , de la manière la plus obligeante , me céda la moitié de ses appartemens, et me combla At prévenances ainsi que son aimable époUse. Mon nouvel hôte était né en Angleterre ^ d'où il avait immigré trois ans auparavant , avec Tin-* tention de. devenir ce qu*on appelle dans le pays un ^iïier (colon). Dans tetté vue , il avait pris possession d'un domaine dans Tintérieur; mais, peu de tems après , il avait été entièrement pillé par les bandes de condamnés errans qui infestent les bois, et sont désignés communément sous le nom de râ* deurs de buissons. Se voyant de la ^rte à peu {Hrès ruiné , et sa femme, en proie à des fi-ayeurs continuelles; ne voulant pas résider plus long-tems sur fe théâtre de pareils brigandages, il revint à Ho^ bart Town , où on lui donna le poste qu'il occupait alors.

Nonobstant le pompeux simulacre de justice avec lequel on avait conduit l'affaire, je n'ignorais pas quel serait le dénouement de^ cette farce judiciaire. J'en avais été prévenu , et par conséquent ma nouvelle situation ne m'inquiétait nullement. Je savais qu'on avait l'intention de n'exécuter qu'une partie ^ de la sentence, relativement à la détention. Mais

sachant aussi quel était le principal objet pour lequel on Tavait rendue,' je pris soin de dëjouer les projets qu'on avait formés.

Avant le Jugement , un homme en place m'avait donné à entendre que l'emprisonnement formerait une partie de la sentence , et que les choses avaient été arrangées de manière que mon élargissement parût être principalement dû à Tintervention du docteur Tytler en ma faveur, ce que l'on présumait devoir aplanir les voies aune réconciliation complète et permanente entre nous ; qùe/dans le cas où cette réconciliation n'^aurait pas lieu , je resterais en prison jusqu'au terme assigné par la sentence , et mon premier officier prendrait le commandement du vaisseau et continuerait le voyage. Malheureusement nion emprisonnement subit m'avait empêché d'installer mon noiiveau second, bien que je l'eusse engagé. -

Du 2. Plusieurs piefsoimes respectables de la ville vinrent me visiter ; entre autres ^ M. Edward Lord , frère de sir John Owen Lord , membre du Parlement pour lé cohaté de Pembroke. M. Lord fut investi dû gouvernement de la colonie, à la mort du gouverneur CoUins ,' et occupa ce poste pendant long-tems, à la grande satisfaction dés colons.

Le juge et le lieutenant*gouvemeur se montrèrent vivement irrités des témoignages d'estime qui m'étaient doniiés'daû6 celte occasion, par une si

grande portion de l'aristocratie du pays. M. Lord et MM. Bé thune et Kemp , deux des principaux nëgocians de la ville, firent réd'rger une pétition adressée au gouverneur, et dans laquelle on deiinandait la remise de la partie dé ma seiitence qui concernait Temprisonn^ent, dans Tintérêt de l'expédition dont j'avais été chargé. Cette pétition fut signée par les personnes les plus respectables, et les plus opulentes de la colonie , qui prenaient un vif intérêt à mon sort , à cause des cabales dont j'étais la victime. •

M. Lord, qui était une de mes anciennes connaissances, me donna dans cette occasion de grands témoignages d'amitié, malgré le risque auquel il s'exposait dé perdre la protection des autorités locales, et toutes les indulgences et immunités accor- . dées d'ordinaire à ceux qui partagent les sentïmens du gouverneur.

. Du 3. Dans la matinée ^ je transmis au lieutenant-gouverneur la pétition qui avait été signée la vaille , et je l'accompagnai d'une lettre dans laquelle je représentais que l'expédition était exposée à manquer si j*étais retenu deux mois en prison , attendu que la mousson changerait avant que je ne pusse atteindre les îles Mannicolo , et que par là tous les plans du gouvernement de l'Inde échoueraient. J'ajoutais que j'étais disposé à payer Tamende de 5o livres sterling et à fournir cation de revenir à la

tçrre de Van Diëmen , après mon voyage terminé ^ pour subir le reste de mon emprisonnement, offrant de donner pour cette caution telle somme qii*on jugerait convena^.

Du 4* Afin de déjouer ks projets du docteur, je ^ quitter le vaisseau à mon domestique, Martiii Bushart , et je lui fis donner asile chez un ami. £n même tems j*epvoyai mon autre interprète, M.Ross^ au port Jackson. Par^ ce moyen, si le commandement du vaisseau venait à m'étre ôté , il n*y avait plus^à bord d'interprète , ni même une seule personne qui connût la latitude et la longitude de Man->. nicolo. Martin Bushart déclara qu'il ne m'àban*. donnerait jamais de son plein gré , et que , si on le forçait à rester à bor4 sous un autre commandant «^ on aurait à redouter les conséquences qui pourraient en résulter, aussitâ^ qu*il débarquerait à M annicolo ou à Tucopia.

Dans la soirée je reçus la visite de Tavocat du docteur Tytlcr, qui m'adressa ainsi la parole : « Ca- » pitainç Dillon^ vous avez écrit une lettre au gou- ^ vemçurpour demander votre élargissement; mais. » je puis vous assurer que vous ne serez pas élargi , » à moins que vous ne vous réconciliez avec le docja tcur Tytler, et que vous ne déposiez entre leà M mains de vos officiers une somme dç 4^^ livres x> sterling, comme caution que vous garderez la paix » envers le docteur pendant le reste du voyage. »

Je répondis : « Supposez-vous ^ Monsieur, qu« ]» je veuille aHer et la mer les m^ns fiées? Avez- » vous ouï dire que le capitaine d'un navire soit )» allé à la mer avec dé semblables restrictions? La )» |ustice (si |e pi^s appeler ahisi, les tribunaux de » la teire de Yan Diémen) a déjà suffisamment » pourvu à la protection du docteur Tytler. Que y» faut-il de plus? Le docteur peut revenir à bord » du vaisseau et y continuer son service. Je ne le » molesterai pas , à moins quil nç le mérite par sa » conduite. »

L'av ocat réclama alors une réponse en forme. Je lui dis qu*il pouvait consulter mes conseils , et je les fis mander sur-le-champ. Voulant me: pousser dans mes derniers retranchemens » ii me déclara que , si je ne faisais pas la paix avec le docteur, le gouverneur enverrait le vaisseau à la mer sous le commandement de mon premier officier. Je ré-^ pondis que ce serait une atrocité , mais que , pour empêcher un tel acte, j*avais, quelques jours auparavant , envoyé à Sydney tous les papiers du vaisseau ^ et que par conséquent , si on l'envoyait à la mer, ce serait sans papiers et sans interprète. Il répliqua que cette dernière difficulté serait facilement surmontée, parce que la police forcerait Martin Bushart de retourner à bord du vaisseau. « Gela se » peut, répliquai-je à mon tour; vous pourrez me * priver de mon domestique comme vous m'avez

>) prive de ma literie^ Mais si ï», police 4e ce pSty& » force Bushart de se rembarquer ^ que ceux qui le » retiendront à hcrd songent, aux conséquences >> qui pourront en résulter, quand la police de Mau^ » nicolo en sera instruite. A Tucopia et à Mannir- » colo , les sentences , dans des c^s.semblal^les ^ sont » rend^fs et exécutées d'une manière très-som-r p maire , et de sévères représailles forment le prîn-r >> cipe.sur lequel leis naturels de ces îles basent leurs » idées de justice. Qu'on prenne donc garde com- » ment on agira dans cette affaire. » L'avocat changea subitement de ton et chercha à m'apaiser en me disant de ne pas être fâché , qu'il n'avait fait que plaisanter, à quoi je répondis : « Comment pour-^ » rait-il se faire que je ne fusse point fâché , quand p je pense à l'injustice commise à mon égard PVous» » M. Stevens, bien que vous eussiez été rossé » cojpame il faut à. coup de cravache par le docteui^ » Crowder, vous n'avez pu obtenir que 5o livres » sterlings dç dommages et intérêts ; et moi , qui » ne me suis servi ni de fouet , ni de bâton , ni » même de mon poing, je suis emprisonné! »

En ce moment mes conseils entrèrent dans la cour de la prison , et l'avocat du docteur, qui n'était pas du tout satisfait de la tournure que j'avais fait prendre à notre conversation, sortit pour les aller rejoindre.

Du 5. J'appris dès le matin, par un ami , que

Tavûcat du docleur s'étaii rei^du la veille au soir, accompagne de son client, chez le capitaine Speck, où ils avaient trouvé M. Chaîgneau et mon second , desquels ils avaient obtenu une déclaration portant qu*a{H:ès ce qui s'était passé à bord du vais» seau, entre le docteur et, moi, il ne serait pas çon^ vcnable que nous continuassions le voyage ensemble. Le même ami m'informa aussi que mon second avait reçu Tordre de se, rendre aujourd'hui au gouvernement pour être invesli du commande-^ ment du vaisseau.

Cet officier vjnt me tromper à neuf heures et demie , et me dit qu'il avait reçu la veille l'ordre de se rendre ce matin chez le gouverneur, qui voulait Tentretenir relativement au commandement du vaisseau. Il ajouta qu'il allait de ce pas au gouvernement , et qu'il me verrait à son retour. Vers midi il revint en effet. J'étais alors occupé avec mes conseils. 11 lïie dit en leur présence qu'il n'avait pas vu le gouverneur, mais que le secrétaire du gouvernement lui avait parlé 3ur le sujet en question , et lui avait demandé s'it consentirait: à se charger du commandement du vaisseau et à achever le voyage. Comme il savait qu'il ne serait pas secondé par M. Chaigneaù , ni par les autres officiers , ni par les insulaire^ de la mer du Sud, ni par beaucoup d'autres personnes du bord, il avait refusé le corniuandeinent , et on lui avait sigi^ifié de donner sogi

refus par écrit. Je lui <!onseillai de ne point le faire qu'on iw lui eût adresse également par écrit la proposition de lui conférer le commandement.

/>ii. 7. Je reçus, dans la matinée, la visite du révérend Philip Connolly, chapelain catholique , et de son ami le haui-shériff , qui me dirent qu*ils avaient préparé une pétition au Kéut^nant-gouvefneur,-qui serait signée, dans le courant de la journée, par tous lès officiers civils et militaires, et dans laquelle on demandait , dans Tintérét de l'humanité et pour le succès de rexpédîtion dont j'étais chargé , que je fusse élargi.

I>ans la soirée je reçus la pétition signée par un grand nombre de personnes respectables. J'y trouvai les noms des quatre membres de la cour martiale qui m'avait condamné. L'avocat du docteur Tytler lui-même l'avait signée ; mais , par une similitude de caractère qui le faisait sympathiser avec son client , il avait ajouté à sa signature quelques observations dont je fus tellement choqué , que je refusai de permettre que son nom figurât parmi ceux des honorables pétitionnaires qui adressaient Içnxs sollicitations en nia faveur.

t-éoi^rd Helmick , pour qui le docteur avait obn tenu l'autorisât ion de venir à terre, comme té-^ moin à charge à l'épqque du procès, n'était plqs revenu à bord , et malgré mes firéqueutes réclamations auprès des magistrats de la police , je ne

pus obtenir quHl fût jorété et reconduit au vabseau.

Du $. A une heure avancée dans la soirëe , je reçus la visite d*un amf qui m'informa que le secré* taire du fieulenanl'gouTemeur avait maniiesté beaucoup de mëcontenlement en apprenant que des officiera avaient Mgné la pétition pour mon élargis* ment, çt que, sans perdre detems, il s'était rendii aux casernes et avait semonce vertement les offi-t ciers en question. Il leur avait dU qu'ib étaient militaires, essentiellement soumis à leurs chefe, et par conséquent ne devaient point se mêler de semblables affaires, et qu'il ne doutait pas <|i|ele gouverneur serait très-mécontent en apprenant cette conduite , et ne manquçnii ]^s de h Içur témoi- Çmar.

Ce discours avait produit une tellç impression sur l'esprit de Tofficier qui avait fait fonction de chef du jury, dans la cour martiale , qu'il était allé en toute hâte à la maison du shériff , et l'avait supplié de lui remettre la pétition pour un moment , afin qu'il pût effacer son nom, parce qu'il craignait que la démarche inconsidérée dans laquelle il avait été entraîné ne nuisît au succès de la demande qu'il avait faite d'un congé pour se rendre en Eu-v rope où il avait quelques affaires à régler.

Du g. Pendant que je prenais le thé avec moi\^ digne hôte et son épouse , M. Chaigneau et mon. second \'inrent mç rendre visite. Peu d'instans après,^

je reçus une lettre du fieutenant-gouYemeur poiv tant qu'il ay ait ëcrit au shériffpour lui ordonner de m'élargir aussitôt que j'aurais payé Tamende et fourni les cautions requises par la sentence.

Aussitôt que j'eus \\x cette lettre , je l'envoyai à mon avocat qui se hâta de la porter au juge à qui il exposa que les conditions préalables de mon éiar^ gissemcnt pouvaient être remplies dans une demiheure, et qu'en conséquence je devais être élargi le soir même. Mais cette manière, irrégulièrê de procéder ne pouvait obtenir Tassentiment, d'un ob* servateur aussi strict des formes judiciaires. Il ré-r pondit donc à motv homme de loi qu'il y avait des heures réglées pour s'occuper d'affaires ; que le lendemain , en tems convenable « je serais amené devant la cour, efn vertu d'un ordre êUhabeas corpus , et qu'après avoir rempli à l'audience lesfcon-r ditions exigées , je serais élargi. Cette manœuvre de la part du juge me porta à penser que j'avais encore une fois été dupé.

Les détails suivans donneront l'explication de ce respect religieux pour les formes légales. Le bruit courait dans la ville que j'avais l'intention , aussitôt que j'îwurais recouvré ma liberté , de forcer le docteur Tytler à retourner à bord du vaisseau , et de le contraindre de remplir l'engagement qu'il avait pris de faire le voyage en qualité de chirurgien. Afin de T^éviter, le docteur avait arrêté un passage

pour le port Jackson, sur ï^bion, qui devait mellre à la voile le lendemsùn matin. D'après cela, si j'eusse été i51argi le soir même , j'aurais pu , ainsi qu'il en était tou^à-^it persuadé, exécuter le dessein qu'on me prêtait ; c'est pourquoi il avait engagé son ami le juge à me retenir en prison ju^ qu'au dernier moment , pour lui laisser le teras de s'évader. ' ^

Du lo. A dix heures du matin, je reçus la visite de MM. Lord et Béthune qui avaient offert de me servir de caution ^ et peu de tems après mon homme de loi se rendit chez le juge pour lui donnei* avis que j'étais prêt à remplir les formalités qu'il avait jugées indispensables avant que j'obtinsse mon élargissement.

Le juge courut aussitôt à une fenêtre de son apjpartemcnt, et, voyant un navire sous voiles qui faisait route pour sortir du port, demanda quel était ce bâtiment. On lui dit que c'était V Albion. « En » ce cas , reprît-il , je suppose que le docteur Tytler » est parti ? » Sur la réponse affirmative qui lui fut faite , il reprit la paroje pour dire à mon homme (k loi: « Je ne veux pa* causer au capitaine DiUon » l'embarras de passer.par toutes les formalités que » prescrit la loi;. que les engagemens pour sacau- » tion soient signés en présence d'un magistrat , et » l'amende gayée , c'est tout ce qui sera nécessaire » pour qu'il obtienne son élargissement. » '^.

Le tout fut exéca\é gur-le^champ ♦ et Je sorlîâ de prison donnant le bras d'un côté à M. Lord » e.t de Faulre à M. Béthune. Pendank i}ue je ciîeminais ainsi escorte , je rencontrai dans' la rue k lieutenant-gouverneur. 3'îl €st vrai que le visage soit le miroir de Tame, je vis assez clairement sur le sien que les personnes qui uLaccompagnsnent se souviendraientun jour du témoignage d'estime qu'elles donnaient en ce moment à un homme quelles savaient être si peu dans les bonnes grâces de son excellence.

Ne voulant pas que mon voyage é{H*ouvât ttn plus long retard , j'envoyai mon agent treuvér le secrétaire de la colonie , pour réclamer les piastres qui devaient m'être livrées en échange de mes traites « dont le commissaire était possesseur depuis près de quinze jours. La première question qu'on lui adressa fut celle-ci : « Le docteur Tytler esl-il parti ? » Quand lient répondu que l^AUnôn élaii déjà loin du port^ le secrétaire lui dit ; « Nous avancerons au capitaine Dillon le montant de ses traites ; mais il nous faut auparavant un contrat à la grosse qui nous garau^ tisse la^somme sur .les corps et quille du vaisseau. » Comme la nuit approchait, nous fûmes obUgés de > iàisser Y Siff ^retH statu qud.

J'étai^ muni d'une autorisation pour tirer sur les autorités de la terre de Van Dicmen, mab je n'en ^vais point pour engager les corps et quille du vaisseau de l'honorable compagnie àes Indes. Si l'on

m* eût fait une telle condition , le 7 avril , jour oij , pour la première fois, j'avais demandé Targent, j'aurais mis à 1^ voile pour le port Jackson » où mes agens m'auraient avancé la somme dont j'avais be- ^in. Je ne pouvais plus le faire alors» parce qu'il fallait que les dettes contractées pour le ravitaille- Il ment du vaisseau et la subsistance de l'équipage , pendant le tems que le docteur Tytier m'avait retena à Hobart Town, fussent acquittées ayant que je pusse partir.

Jju II. J'écrivis^ dans la^ntatinée au lieutenantgouverneur, pour le prier d'ordonner le paiement de ta somme formant le montant des traites que j'avais déposées au bureau du cominissaire , et pour l'informer que , bien que je ne fusse pas autorise à engager les corps et quille du vaisseau , nos besoins étaient si pressans que, s'il persistait à l'exiger, je lé ferais.

Du 12. A midi, je reçus la réponse du lieutetiant-gouvemeur, portant qu'il allait ordonner dd me délivrer l'argent sur la i^emise que je ferais du contrat de garantie sur Jes corps et quille du vaisseau. Muni de cette lettre , je me transportai chez le secrétaire, qui me dit qu'il ne pouvait rien faire qu'il n'eût consulté le procureur-généraL Bientôt après le bureau du secrétaire fut fermée pour n'être r ouvert que le lundi suivant. De la sorte je perdis eiicore deux jours et le vaisseau fut retenu sans né-«

cfcssîlé , ce qui causait à la compagnie un gi*and surcroît de dépenses. C'était sans doute une manœuvre pour donner le tems au dotteur Tyller de gagner de Tavaiice, et le mettre à même tie raconter le premier son histoire au quartier-général.

J)a 14. Je me rendis chez le secrétaire à Theure où les bureaux sont ouverts. Il fit mander le procureur-général , et après un simulacre de discussion, qgi dura trois heures. (pendant ce tems VAl^ ' bton avançait toujours), \\ fut finalement décidé que l'argent me serait avancé sans <jue }e fusse obligé de donner le contrat qu'on avait d'abord exigé sine quâ non, A une heure je reçus une traite sur la banque, que je remis à l'agent du vaisseau.

L'officier que j*avais engagé le i*' du courant vint me trouver pdur être installé. En conséquence, j'écrivis à mon second que d'après la demande qu'il m'avait faite le 3o du mois dernief et le i** du courant d'être remplacé par un autre officier, j'en avais engagé un qui allaitée rendre à bord pour en- \fev en fonctions, et que je l'invitais à rendre ses comptes à cet officier, et à lui demander une décharge.

Du i5. Je ne fus pas peu surpris en recevant une lettre de pion second, qui me déclarait qu'il ite désfrait pas quitter le vaisseau , et que , s'il m'avait antérieurement demandé à débarquer, c'est qu'il

comptait avoir le commandement de la goélette HeUy.

Du 17. J'appris dans la journée que mon second avait engagé, par Tintermëdiaire de Henry Suttoii, matelot y les Européens faisant.partiedemon équipage , à écrire au lieutenant-gouverneur, pour déclarer qu'ils désiraient être congédiés du vaisseau , attendu que leurs officiers allaient être débarqués et remplacés par d'autres dont ils ne connaissaient pas la réputation. La lettre en question avait été écrite par mon commis Munro , qui m'avait récemment donné de si graves sujets de plainte , que j'avais l'intention de le faire metti'e en jugement, et il l'avait écrite à l'instigation de Sutton. Quelquesuns des gens de l'équipage ayant refusé de la signer, un homme très-dangereux , nommé Graham , et un autre mauvais sujet, avaient menacé de leur couper le cou s'ils ne le faisaient point.

Du 18. Plusieurs lettres furent échangées entre mon second et moi , au sujet de la remise de sts fonctions à l'officier que j'avais engagé d'après sa propre demande ; mais , voyant qu'il n'était pas disposé à quitter le poste sans me donner quelque embarras , je convoquai pour le lendemain une assemblée de capitaines de navires, dont quelques-uns avaient servi dans la marine royale , afin de les conr sulter sur la manière dont je devais agir dans la circonstance actuelle. J'en informai mon second , par I. II

écrit, et Tinvitai à se trouver à cetie réunion, qui devait avoir lieu au magasin du capitaine Bell, le lendemain , à 1 1 heures.

Du 19. De bontie heure, dans la matinée, je partis avec mon honune de loi , pour me rendre à bord du vaisseau , afin d'examiner quelques lettres de change souscrites pour mon compte'au profit de mes agens à Calcutta, par un individu résidant à Hobart Town , lesquelles lettres de change avaient été gardées pendant plus de deux ans. Arrive près du canot , je fus appelé pour une affaire que je ne pouvais négliger, et mon homm« de loi se reûdit sans moi à bord du vaisseau. Après y être demeuré pendant assez long- tems, voyant que je ne revenais point , il redescendit à terre et vint me rejoindre. Il m'apprit qu'il avait eu avec taon second une conversation au sujet de son remplacement , et que cet officier lui avait dit que , si je lui eusse écrit encore une fois sur. ce sujet, il aurait remis sur-lechamp ses fonctions à rofficicr que^ j'avais engagé pour les remplir. Comme de raison , je m'empressai d'écrire la lettre qu'on désirait.

J'avais fait amener mon commis à terre, dans le dessein de le traduire devant les magistrats de la police, pour certaines dilapidations qu'il avait tom- ^ mises à bord du vaisseau ; mais mon homme de loi me détourna de le faire pour le présent, parce que je serais toujours à même d'en venir là, et qu'en ce

moment cela me causerait encore un retard. En conséquence , je renvoyai cet homme à bord, avec ordre à mon nouveau second de ne le laisser quitter le vaisseau sous aucun prétexte.

Je me rendis ensuite à rassemblée des capitaines que j*avais convoqués. Je trouvai réunis, au lieu indiqué , le lieutenant Hanby, de la marine royale , commandant la goélette Hetly; le capitaine Walsh, surintendant de la marine à Hobart Town ; le capitaine Bell, ex-commandant du vaisseau de la compagnie des Indes , Minerça, alors chef de la maison de commerce Bell et C**» et le capitaine Wîlson , ancien commandant de navires , qui faisaient le commerce entre l'Angleterre et l'Amérique du Sud, et depuis établi négociant à Hobart Town. En arrivant, j*appris que mon ancien second n'avait pas jugé à propos de se présenter, et je demandai l'avis de l'assemblée. Il fut décidé , a l'unanimité , que , cet officier ayant agi d'une manière inconvenante , je ne devais pas souffrir qu'il remplît plus long-tems ses fonctions de second sur mon vaisseau. Peu de tems après, je reçus une lettre de lui, par laquelle il m'informait que son intention était de partir pour le Bengale, sur le brick ihe Gif de.

A deux heures après midi , il m'arriva une lettre sans signature , venant de mon vaisseau. Elle portait que l'équipage désirait me voir à bord. Je répondis au

porteur que je ne permettais jamais à mes marins de m'ordonner de venir à bord ou d'aller à terre ; que jVtais capitaine pour commander, et non pour obéir. Bien que j'eusse affaire à bord du vaisseau , je ne voulus pas y aller pour ne pas avoir Tair de céder, et parce que j'avais appris que mon ancien second avait fait distribuer du rum aux matelots , qui étaient tous ivres.

Vers quatre heures , mon nouveau second , M. Deane » vint m'annoncer que mon commis s'était évadé du bord à çon insu. J'appris ensuite qu'il s'était glissé dans le canot qui portait les bagages de mon ancien second , et que le dessinateur était allé à sa recherche , à bord du Guide, où on lui avait dit qu'en effet cet homme était venu avec les bagages^ mais qu'ensuite il était redescendu à terre. Je n'a* joutai pas foi à ce dernier rapport, soupçonnant que mon ancien second avait eu l'intention de ramener cet homme dans l'Inde, pour qu'il pût y jouer un rôle important dans le drame que lui et le docteur avaient préparé pour leur justification. Je me trouvai ainsi privé des services de mon commis , et en outre d'une certaine somme qu'il me devait. Toutefois ^ ne voulant négliger aucun moyen d'obtenir son arrestation , j'envoyai un officier de police ^ sa recherche, dans tous les cabarets et les salles de danse de la ville ; mais , comme je m'y étais attendu, celte démarche fut infructueuse.

Dai^ Taprès-midî , je soldai tous mes comptes , et j'embarquai toutes mes provisions afin de pouvoir mettre en mer le lendemain au point du jour» ainsi que j'en avais Tintention.

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