CHAPITRE YII
flelâche à la Nouyelk-Zélaude.
Du i^KJuilleL Au paiïit du jour, fait rout€ pour
donner 4ans la baie des Iles. A 9 heures , nous mouillâmes par cinq brasses et demie dans Tanse de Korararicka. Nous n'avions pas encore laissé tomber Tancre, que le vaisseau ëtait eiitouré de pirogues contenant un grand nombre de naturels. Je leur adressai la parole dans leur langue ; mais ils furent long-tems avant de me reconnaître. A la fiii une jeune femme se mit à crier de toutes ses forces; Rangaihira no Patarîcki ( c'est le capitaine du Saint-Patrick ) , se souvenant du nom du bâtiment que je commandais l'année précédente. Toutes les bouches zélandaises firent chorus avec elles, et pendant quelque tems on n'entendit que le mot Peter ^ nom sous lequel je suis connu des insulaires de la mer du Sud. Sur une des pirogues se trouvait un personnage d'une certaine importance, qui demanda qu'on le laissât monter à bord au, vaisseau ; mais je m'y refusai , alléguant pour motif qu'il n'avait rien à troquer. Il me répondit qu'il
avaît quelque chose. Je répliquai que je ne voyais rîcn. Alors il me montra de la main Tarrière de sa pirogue, où une jeune fille c'tait assise, et me dit ,• avec un coup d'oeil significatif, qu'il avait quelque chose ^ui valait mieux qu'un buocka ( un porc ). Je le remerciai de ses bonnes intentions; et je lui dis que le vaisseau ëtait tahou ( sacré ) , c'est-à-dire qu'on ne pouvait l'approcher jusqu'à ce qu'une autre ancre eût été mouillée et que les voiles fussent serrées., Notre conversation prît ensuite une tournure polî-^ tique. Il m'apprit qu'il élait neveu de Bou Marray , chef puissant et propriétaire de ce port , que Aies amis de la Tamise (rivière dû pays) avaient tué il y avait environ un ati. Il ajouta qu'un des fils de Bou Màrray avait également été tué avec environ deux cents guerriers, et qu'il se préparait , contre les tribus de la Tamise , une expédition compôséç de tous les chefs du Nord, qui s'étaient coalisés pour exterminer tous les Borou et les Mac Marragh. Il me demanda ensuite où pétaient les deux jeunes gens du pays de la Tamise , que j'avais emmena sur le Saint-Patrick. Quand je lui eus appris quils étaient avec moi , il me dit : « Livrez-les nous » pour être tués et mangés sur-le-champ. » Il était revêtu de la natte dé guerre, avec un manteau de peau de chien jeté négligemment sur ses épaules. En ce moment sa physionomie prit un air de féro*cité impossible à décrire. Ses yeux sortaient de leurs
QrbitÊs, et exprimaient le dësir le plus ardent de saisir de malheureux qui ii*^vaient commis d'autre crime que d'appartenir à une tribu avec laquelle il ëtait en guerre* Je n*ai pa^s besoin de dire que je déclarai à cç cannibale que les jeunes gens en question étaient sous la protectio0 du pavillon et des çaaons anglais» et ne seraient pas molestés tant qu'ils resteraient sur le vaisseau i que là ils étaient iabou; que, quand ils seraient à terre» on pourrait les traiter conformément aux lois de la Nouvelle-Zélande ; mais que les intentions qu'il avait manifestées à leur égard me feraient apporter du soin ^ choisir le lieu où je les mettrais à terre.
J'ordonnai alors qu'ion fît monter sur le pont ines amis Bryan Bôrou et Morgan Mac Marmgh. Ils se présentèrent à Fescalier du vaisseau et entamèrent une conversation avec l'homme qui venait de se montrer si avide die les dévorer. Le chef leur parla ^vec autant de sang-froid que s*il n'eût pa^ témoigner le désir de se régaler de leur chair ; chose dont, à en juger par les préparatifs qui avaient été faits dans sa pirogue » 11 paraissait avoir eu l'idée avant de venir auprès du vaisseau. II s'exjNrima avec le plus grand respect sur le compte du père de Bryan » et dit que deux des fils de Bou Marray avaient été faits prisonniers dans une bataille avec d'autres personnages d'importance appartenant à sa tribu , et emmenés en esclavage ; que , peu de tenis après , le
père de Bryan avait ordoaiu^ qu'on teur rendit lai liberté , et leur avait fourni une pirogue pour hs ramener dans leur pays ; qu'en ce moment ils se trouvaient à deux journées de marche dans Tintërieur, mais quils viendraient rendre viisîte à Bryan aussitôt qu^ils seraieat informes de son arrivée.
Le vaisseau étant amarre , je permis à ce chef de venir à bord. Bryan Borou et lui se prirent pap k main et avancèrent leurs têtes jusqu'à ce que leurs nez se touchassent, après quoi ils s'entre- 4mrent dçs exploits des compatriotes de Bryan dans les dernières guerres.
Plusieurs jeunes dames de distinctk>n lignèrent monter à bord ; et , en peu de tems , les ponts furent couverts de femmes , dont quelques-unes avaient un certain air d'élégance, étant revêtues de chert mises , de jupons et de robes à l'anglaise ; d'autres portaient le costume du pays. Sans aucune sollicvtation de- notre part , elles se mirent à chanter, à danser, à pousser les cris de guerre, et à exécuter des espèces de scèiies mimiques , ce qu'elks firent d'une manière admirable^
Beaucoup d*entre elles furent assez bonnes pour rester toute la nu^t à bord , et même elles y demeurèrent jfusqu'au départ du vaisseau. Je ne l'eusse pas permis , si je n'avais su qu'elles regardaient celqi comme une chose de droit. La coutume des baleiniers qui fréquentent ces côtes étant de les bien
traiter, j^aurais cramt , en dérogeant à cette cou-*tume , de leur inspirer une défiance que le reste àes insulaires eût bientôt partagée , ce que f'avais particulièrement à cœur d'éviter.
Cette manière de se conduire envers les sauvages est , selon moi , d'une très-bonne politique. Tous les peuples sauvages avec lesquels )*ai eu des relations depuis dix-neuf ans, ont Un usage remarquable. Quand ils ont des desseins hostiles contre des gens qu'ils regardent comme leurs ennemis , leur premier soin est de mettre en sûreté leurs femmes , leurs enfans et leurs vieillards. Quand on ne voit parmi les sauvages ni femmes ni enfans , on peut, avec certitude, en conclure qu'ils méditent une attaque. Lorsque , au contraire , ils permettent à leurs femmes et à ïenrs filles de rester it bord d'un navire , c'est une sûre garantie de leurs intentions pacifiques. Elles deviennent comme des otages qui répondent de la vie des matelots em-^ ployés à teife pour faire de l'eau ou du boi$ ; et , en effet , si quelques sauvages formaient un complot contre ces hommes , d'autres , intéressés à )a sûreté des femmes , s%)pposeraient à leurs desseins, et ne manqueraient pas de leur dire : « Si vous faites du mal à ces gens , ma sœur, ma mère ou ma fille « qui sont sur le vaisseau , seront tuées. »
J*ai touché à des îles où rien ne pouvait engager les naturels à venir à bord du navire jusqu'à ce
qu'ils y eussent aperçu des femmes e^ des enfans. Leurs craintes se dissipaient alors et faisaient place à la plus entière confiance , et non-seulement les hommes se hasardaient à venir sur le vaisseau , maî$ encore ils amenaient avec eux leurs femmes pour rendre visite aux étrangers. La confiance dtant ainsi mutuellement établie , }e me suis toujours arrangé de manière à avoir un certain nombre de femmesi en visite à bord , pendant que mes gens étaient occupés à terre à faire du bois , de Teau , ou à la recherche du sandal.
.L'ouverture de la baie des Iles sç trouve entrela pointe Pocock au N. O. et le c^p Brctt à Test. La distance d'une pointe à Tautre est d'environ quatre lieues. On peut approcher la terre jusqu'à une encablure des deux côtés de cette vaste baie. Il n'y a qu'un seul danger à éviter; c'est la roche de la Baleine du capitaine Gook ; je l'ai marquée sur ma carte.de cette baie.
A partir d'un demi-mille des îles qui bordent la côte depuis le cap Brett , jusque vers la pointe de Thapecka , formant l'extrémité de l'anse de Koraral'icka du côté de l'est , les hauteurs , de chaque côté de la baie, sont couvertes de hautes fougères et d'une innombrable quantité d'arbres de grandeur cl d'espèces variées.
Du 2. Employé l'équipage à divers travaux. Dès le point du jour plusieurs pirogues partirent de la côte
pour vemr accoster le vaisseau. Elles étaient chargées de porcs, de patates, etc. J'échangeai quelques fusils et de la poudre contre «ne partie de ces comestibles.
Vers dix heures du mat^n , je descendis à terre accompagné de M. Chaigneau et de M. Griffiths , mon chirurgien. Nous débarquâmes à Faiguade , où nous trouvâmes la source presque tarie par suite d'une longue sécheresse. Les naturels nous reçurent fort bien, et nous guidèrent dans un sentier qui menait, disaient-ils, à la maison d*un Anglais.
Nous ne tardâmes pas , en effet , à arriver auprès d'une hutte très -propre et entourée d'une palissade d'environ neuf pieds de haut. Nous y entrâmes. Elle était habitée par un tonnelier anglais et son épouse, fepime du pays. Le mari nous dit qu'il avait été second tonnelier à bord d'un navire baleinier, et qu'on l'avait laissé dans l'île à cause de sa mauvaise santé ; qu'il n'était pas encore rétabli de sa maladie , et qu'il ne comptait pas se rétablir jamais. Les bâtimcns qui viennent relâcher dans la baie l'emploient quelquefois pour réparer leurs pièces à eau , faire des seaux , et d'autres ouvi'ages de son métier. On le paie^n fusils , poudre^ balles, pierres à feu , ccmtellerie , quincaillerie, etc., et il troque ces articles avec les naturels contre des porcs , de la Volaille , des pigeons , des canards sauvages , etc. Par ce moyen , il vit d'une manière très-* confortable , ainsi que sa femme. Il est sous la pro-
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tection d'un chef puissant quii»c Êiit appeler le roi George , et qui était alors occupé , dans le haut de la rivière 9 à faire couper du bois de mâture pour 6on gendre , capitaine d*un baleinier anglais dodt on attendait sous peu rarrivée, au retour de la pèche où il avait emmené sa royale épouse.
Le tonnelier me dit qu il avait appris qu'il s'était formé en Angleteire une compagnie dans le but d'établir» sur ce point de la Nouvelle-Zélande , une factorerie pour s'y procurer du bois de mâture , du lin et d'autres productions du pays ; que déjà un navire et une allège , appartenant à cette compa-; gnîe, étaient arrivés d'Angleterre, sous le commandement du capitaine >Herd , un de ses agens „ avec des ouvriers des diverses professions les plus utiles pour l'objet en vue : tels que dçs charpentiers de navire , des scieurs de long , des forgerons , des serruriers , etc. , pourvus de tous les outils et man chines propres à leurs travaux ; mais que le capitaine Herd avait tellement été mécontent des Nouveaux?* Zélandais(i), qu'il avait renoncé à l'expédition et était retourné au port Jackson où il avait congédié la plus grande partie de ses ouvriers. Quatre d'entre eux étaient revenus à la Nouvelle-Zélande et s'y . étaient casés avec le tonnelier.. Ils étaient a^ors employés de l'autre côté de la baie, par les missionnaires qui y sont établis , à réparer une goélette qui
(i) Et cet tes , d'après sou récit , il avait eu tout lieu de Télre. ^
va et vient constamment de la baie des Iles à laNou^ velle-Galles pour les besoins 4le leur établissement;
En suivant le bord de la mer, nous trouvâmes une autre petite case habitée par un forgeron qui avait fait partie de Tejcpédition du capitaine Herd , et qui , à son premier voyage , sVtait établi là. Il avait épouse une femme du pays.
Un peu plus loin , nous vîmes une troisième ha-» bitation. Elle était occupée par quatre Européens qui travaillaient à scier des planches. Le propriétaire , nommé Johnston , avait été congédié d'un baleinier, environ trois ans auparavant , et , résolu de s*établir dans le pays , il avait épousé une naturelle , dont il avait eu deux beaux enfans. Il vendait ses planches aux navires qui relâchaient dans la baie^ recevant en échange du thé, du sucre, du biscuit, de k farine , et des articles semblables à ceux que le ton^ neHer se faisait donner pour le prix de ses ouvrages»
Cet homme m'apprit qu'il était sous la protection de Moyhanger , ic chef qui avait accompagné M. John Savage en Angleterre, il y avait une vingtaine d'an-^ nées , et qui était le premier des naturels de la Nouvelle-Zélande qu'on eût vu en Europe, où du moins à la cour du roi de la Grande-Bretagne. Moyhanger est un chef de grande importance; il a pour sœur la reine Touroulou , mère du roi George.
Nous continuâmes notre promenade en traversant un isthme, de l'autre cMé duquel nous trôu^-
vâmes une baie sqpcrbe, éloîgoëe d'environ un* miHe et demi du vaisseau. Nous arrivâmes ensuite près du village et du fort de feu Bou Marray, au milieu duquel se trouvait une maison en planches, construite à l'anglaise , ou plutôt à la manière de celles de la Nouvelle-Galles , et ayant des fenêtres vitrëes. Cettfe maison ne renfermait ijue deux pièces : une chambre à coucher et une salle à mange:\ Elle ëtait meublée de quelques chaises , d'une table , d'un asselbon ht, d'un miroir, d'une toilette, et de quelques autres objets utiles. Cette maison appartenait au capitaine du baleinier anglais VEmily, gendre de feu Bou Marray. A l'ëpoque de notre visite , ce capitaine élait avec sa femme à pêcher sous l'équateiur.
Notpc guide , nomme Thi Thory , était un personnage. Il était chef de Wyematti, et beau-frère du grand chef Shanghi ; son rang coiTCspondait à celui de marquis en Europe. C'était un des plus beaux hommes que j'eusse jamais vus. U nous informa que Shanghi avait tout récemment fait la guerre à la tribu de Wangeroa , dont la moitié avait été tuée et .l'autre expulsée de cette partie du pays.
Wangeroa est situé à environ seize milles de la baie des Iles, et est l'endroit où eut lieu la temhie catastrophe du Boyd. C'est là que l'équipage et les passagers de ce bâtiment furent cruellement massacrés et dévorés en 1809.
Àlafmde 18289 ou au commencement 4e 1824* cette tribu féroce attaqua le Mercury, brick baleinier anglais , et enleva de ce bâtiment tout ce qui était de nature à pouvoir être emporté. Le capitaine et l'équipage s^enfuirent dans leurs embarcations , à rexceptîon du second et du cambusier» qu'ils n*avaient pu emmener à cause de la précipitation qu'ils avaient étc obligés de mettre dans leur fuite. Ils parvinrent à gagnor la baie des Iles et à se réfugier à bord de quelques baleiniers qui s'y trouvaient à Tancre. Les deux hommes laissés à bord du Mer-^ cury auraient été massaci^s, sans l'intervention d'un des missionnaires établis à Wangeroa , qui arriva à bord assez à tems pour leur sauver la vie. Le missionnaire ayant réussi dans ses efforts pour engager les naturels à quitter le brick , et le vent s'étant élevé de terre , le second , aidé de ce digne homme et du cambusier, mit à la voile et gagna le large.
Quand les insulaires avaient abordé le Mercury, ce bâtiment venait d'échouer, ce qui lui avait causé une voie d'eau considérable ; de sorte que les trois individus dont je viens de parler forent obligés de Vabandonner pour ne pas couler avec lui , et de gagner la terre dans la pirogue baleinière. Peu de tenis après, le bâtiment vint à la côte , près du cap Nord, et se brisa en piècesr
Nous apprîmes que l'objet que les quatre charpentiers mentionnés plus haut avaient eu en vue, en
retournant à la Nouveltc^Zélande, ëtaiide se rendre à H'oukTanga , port situe sur la côte ouest de Tile , et ëloignë d'environ 35 milles du point où nous étions , et, une fois arrivés là, d'y construire un bâti-» ment pour leur compte. MM. Gooper eî Levery et MM. Raine et Ramsay, chefs de deux des meilleures maisons de commerce du port Jackson , avaient déjà formé un établissement à Houkianga , pour se procurer des porcs , du lin» des bois, de mâture , des planches, etc. , et étaient très -bien traités par les naturels^ qui leur a\'aient permis, dans Fespace d'environ un an, de construire deqx ou trois petites goélettes.
Dans l'après-midi nous revînmes à bord avec notre guide ^ le marquis ^e Wyematti. L*apparençe militaire du vaisseau sembla lui causer le plus grand plaisin II examina avec curiosité tous nos appareils de guerre ; mais ce fut surtout notre râtelier de fusils qui fixa son attention. Il contemplait ces armes d'un œil avide , et je ne pus qu'avec une peine infinie parvenir à lui faire porter ses regards sur d'autres objets. Il témoigna un très-vif désir d'aller au Bengale , et il demanda au prince Bryan BoroU, en l'embrassant avec tendresse, s'il pouvait espérer d'être aussi bien reçu au Bengale que son parent Sanghi l'avait été en Angleterre par son frère le roi George IV, qui lui avait donné une armure impénétrable aux balles, aux lances et aux flèchps,
et un superbe fusil double avec divers autres pre'sens.
Le prince Bryan s'efforça, maïs sans succès, de le dissuader de s'exposer au climat de l'kide , qu'il lui peignît comme très-malsain , disant qu'il y régnait une chaleur insupportable , et qu'on y était infesté de moustiques au point de ne pouvoir jamais dormir; que lé seul personnage qu'il eût trouvé au Bengale pour lui donner des fusils , le loger, le nourrir ei le vêtir, était son ami Peter, et que , tout considéré , il ferait beaucoup mieux de rester dans son pays. L'idée des belles choses que son parent avait reçues en Europe avait fait une telle impression sur l'esprit du marquis, que sa résolution de visiter le Bengale ne put être ébranlée par tous les argumens de Bryan, et il déclara que san intention était d'en informer son beau-frère Sanghi, qui me connaissait et avait fait voile avec moi , quand lui (le marquis) n'était encore qu'un jeune garçon.
Thi Thory me fit présent de sept porcs et de quarante ou cinquante corbeilles de patates, chaque corbeille pesant environ .1 7 livres. En retour, je lui donnai un vieux fusil et un peu de poudre , et c'était ce que je pouvais lui offrir qui lui plût davantage , à en juger par l'air de satisfaction qui brilla sur son visage en me remerciant. Après cet échange de présens, il me dit adieu et partit pour se rendre. à Wangeroa, résidence de son beau-frère.
Le soir, je dÔBnai aux officiei*s les ordres les plus stricts de faire bien veiller tout autour du vaisseau , ^ de ne pas se relâcher de leur vigilance, sous prétexte de l'apparence amicale des naturels. Et eri effet , s'ils faisaient b6n accueil aux baleiniers ^ notre conduite ne devait pas être rëglëe sur celle de ces derniers , puisque notre position était bien différente. Les fusils, les munitions et lès armes blanches que nous avions à bord étaient des objets de grande tentation pour un peuple guerrier et féroce , et pouvaient fournir à ces sauvages un stimulant de plus pour cherciherà ùous surprendre, comme ils avaient surpris léi Boyd et le Mercury. D'après cela , il était impoitant ^ pour le salut général , de faire bonne garde pendant la nuit.
Du 3. C'était pour la sixième fois que je relâchais dans cette baie. La première fois , j*y étais venu sur le Mercury, en novembre 1809; la seconde , aved le brick tAciis^e, de Calcutta, envoyé sous mon commandement, en juin i8i4» par le révérend Samuel Marsden , pour porter MM. Kéndall et Hall, sonder les dispositions des naturels, et reconnaître s'il serait possible d'établir avec quelque sûreté une mission parmi eux ; la troisième , en août 1828 , sur le Calder de Calcutta , que je commandais ; la quatrième , sur le même bâtiment, en février 1825; et la cinquième" , sur mon navire, le Saint" Patrick y en avril 1826.
Loréâenion yxyyz^e^it VActii^e, en i8t4f j'a* Yans amené comme passagers, au port Jackson, six chefs du^pays^ savoir : Duîtarra, Korrakorra, Tui, le roi Sanghi ; Deperô , fils de Sanghi , et Thenànâ.
Avant ma relâche sur le Saint^Patrick , j'ct^s allé dans la Tamise ^ où j'étais resté à l'ancre pendant les mois de janvier, février et mars, occupé à me procurer une cargaison de bois de mâture pour les vendre dans Tlnde.
Du 4* Je reçus , dans la matinée , la visite de la reine Touroulou , cleson frère Moyhanger et de son fifs , le roi George , qui était de retour à Korararicka*
A peine le roi George était -- i! monté sur le pont , qu'il s'informa de Brjran Borou. Celui-ci , que j 'eus beaucoup de peine à y déterminer, consentit enfiû à se çrésenrer. Le roi George s'approcha de lui et l'embrassa tendrement , ce que firent aussi sa fflcre et Moyhanger, après quoi il adressa un long et éloquent discours à Biyan Borou et* à Mac Marragh, pour les prier, à leur arrivée dans la Tamise , d'informei' leurs amis que lui et les chefs du nord n'avaient pas oublié là perte de Bou Marray , et que son intention était de partir pour leur pays , dès que la récolte des patates serait rentrée (cest*^*-dirc au mois de janvier suivant) , pour tirer vengeance de la mort de Bou Marray et de plusieurs autres de ses amis , qui avaient été tués dans la bataille livrée Tannée précédente, H avoua
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ed même tems que la bataille dans laquelle Bou Marray avait péri, s'était donnée en plein jour; qu'il p'y avait pas eu de trahison nocturne , et»que tout s'était passé loyalement. Il fit ensuite présent à Bryan Borou de quelques corbeilles de patates , l'assurant qu'il avait lé plus grapde estime pour son père , et qu'il était extrêmement peiné que les loiade la Nouvelle-Zélande l'obligeassent à rechercher sang pour sang , et à faire la guerre aux amis de ce )eune prince.
M oyhanger est un homme qui a Fœil petit et malin. Sa physionomie indique toute la ruse qui caractérisé l'homme dans l'état de nature. Envoyant les Lascars, il les reconnut pour être. d'un pays qu'il avait jadis visité. Il me demanda si j'avais vu son ami Missi Savage. Il voulait jiarlcr du docteur Savage, aujourd'hui chirurgien au service de la compagnie des Indes , à Calcutta. Je répondis : « J'ai vu le » docteur Savage il y a quelques mois , et il m'a » demandé si Moyhanger était encore vivant. Je » lui ai dit que je le croyais; que vous aviez pris le j* nom de roi Charley , et que je vous avais vu à mon » passage sur le Saint-Patrick. »
Il se mit à pleurer à chaudes larmes, et dit : « Missi Savage était un très-bon homme. Il m'a- » mena en Angleterre et me conduisit à la maison y> du roi George. J'étais un sot alors , et je ne savais » pas ce qui était bon. Quand le roi George me'de-
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v^ ixianda ce que je voulais , je rc^pondis : quelques » iokrs (des outils en fer) et des clous. Si j'avais de- » ipandé des fusils , il m'en aurait donné un cent. St » je retournais aujourd'hui en Angleterre, et que le » roi George meîdey ( le fils ) me demandât ce qui » me pîairait le plus dans son royaume, je re'pon- » drais : bou , bou , ( fiisil , fusil ). »
Je le priai de me dire comment il étaifallé en Angleterre. Il mç fit , à peu près en ces termes, le récit de son voyage :
« Missi Savage vint ici du port Jackson sur un » baleinier. Nous mîmes quatre mois à nous » rendre à Sainte - Hélène , où nous restâmes à w Tancre pendant quelques semaines en attendant » qu'il arrivât un, nombre considérable de grands » vaisseaux du pays des Lascars (un convoi de vàis- » seaux de la compagnie des Indes). Nous passâmes >> du baleinier sur itti de ces vaisseaux , et tous par- » tirent ensemble de Sainte-Hélène "pour l'Angle- » terre. Avant d'arriver à Londres , je vis la côte de » France , qu'on m'avait dit être le pays de Mai> rion qui avait été tué à Paraô , long-tems aupa- » ravant.
» Après mon arrivée à Londres, un ami de Missi » Savage (le comte Fitz William) me mena à la » maison du roi George. J'étais vêtu de mes nattes » de la Nouvelle-Zélande. Nous entrâmes dans une w grande chambre, et bientôt après le roi George
» et la reine Chariolte vinretit. Je fus bien trompé. p Je m'attendais à voir un grand gyerricr, et le roi }} était nn vieux homme qui n'aurait pu lancer un » javelot , ni tirçr un fu^il. La reine Charlotte était » ^ussi très-vieiUe. Elle était courbée par l'âge. Ils » çae traitèrent fort ^ien et me demandèrent ce que » {.'aimais le mieux en Angleterre pour emporter w ^vçc moi. Je répondis : l^oki. La reine Charlotte » mît alors la main sou^ sa natte dan$ un petit $ac M qu'elle y avait , en tira quelques morceaux tout » ronds de métal jauiic ( des guinées ) et me les » donna. Elle me demanda dç danser la danse de ¥ guçrre de la Nouvelle -SSélande. Quand je le fis , » çUe parut effrayée ; mais le roi George §e mit à ^ rire en criant : Ha , ha , ha , ha !
» Je m'en allai ensuite avec mes amis et j'eus plein V ma main de pièces de métal blanc ( des shillings ) » pour une des jaunes. Je pçns^aique les gens d'An- » gleterre étaîeut trè$-fous de me donner tant de » morceaux blancs 4^ la niém^ grosseur en échange » d'un des j^aunes de la reiqe Charlotte. •
/> Bientôt après , j'achetai une femme avec quel- » ques jaunes de la reine. Son nom était ÎJancy. » Elle m'aimait beaucoup çt devint enceinte. Elle » avait coutume de me demander si notre enfent » irait à la Nouvelle-Zélande et s'il aurait en nais- » sant des marques sur son visage commç j'^en avals.
» Je m'embarquai ensuite sur un bâtiment de
» guerre nommé le Porpoise^ avec lequel j'allai à 3» Sainte-Hélène , au cap dç Bonne-Espérance et à n Madras , où je vis le gouverneur Ç^arlowqui vous » ressemblait beaucoup. Je crois qu'il est votre »vpèi*e. C'était un grand homme. » Je ne crus pas devoir le désabuser.
D'après ce qu^je pus comprendre de la iîn de son récit , je supposai qu'il était allé dans le golfe persique. Il me dc^crivit un pays qu'il avait visité , çaais que je ne fus pas en état de reconnaître par sa description (i). Je compris clairepaent, néanmoins, qu'il avait fait voile de Madras pour l'Anglçjerre , et que là, on l'avait embarqué sur un baleinier commandé par le capitaine Skelton, qu'il s'était rendu a la terre de Yan Diémen , et de ce point à la Nouvelle-Zélande sans toucher au port Jackson.
Il me pria de nouveau avec instance , ainsi que «a sœur la reine et son neveu le roi George, de Tem-^ mener avec moi au Bengale pour voir son ami Missi Savage. Ayant dix à douze hommes de moins dans mon équipage , j'y consentis. Il ïoe dit qu'il ne saurait pas tirer les corde;» ♦ mais qu'il fci^it un bon soldat et se battrait biçn, soit à bord du vaisseau , soit dans un canot. Je lui dis de faire ses préparatifs
(i) Depuis mon retour eh Angleterre , j'ai appris que Moyhan* g r n'avait pas fait le voyage de l'Inde , comme il me Tavait dit , pour servir quelque dessein qu'il avait , ou satisfalie une fantaisie qui lui était passée par la tête. At^ril 1829.
Cl que je le ferais venir à bord quand je serais pfét à mettre sous voiles.
M oyhanger a3^nt , dans son récit , mentionné le nom de Manon, je jugeai à propos de m'enquérir des circonstances qui avaiqait amené le. massacre de ce navigateur dans la baie même où je me trouvais. Voici ce que j'appri^ : Le capitaine, Manon, dans le cours d'un voyage de découvertes, en 17^2 , relâcha à la baie des Iles , où ses bâtîmens jetèrent Tancre à un endrok nommé aujourd'hui la Baie du Vaisseau, et situé derrière Tîle deParao, Tune de celles qui bordent la côte^ depuis le cap Brett jusque vers la pointe de Thapecka. La reine Touroulou dit qu'elle s^ souvenait parfaitement bien.du massacre ; qu'il y avait à bord du bâtiment de Manon une femme européenne nommée Micky, laquelle av^it avec elle ijn enfant , mais je^ne pus comprendre de quel sexe il était. JVIicky était descendue 3i terre à Parap pour laver du linge , et des gens de la tribu de VVangeroalui en dérobèrentdifférentes pièces. Une rixe s^éleva ensuite entre les matelots et les iiaturels au sujet de quelques poissons pris dans un filet. Micky fut Irès-effrayée et se sauva à bord du vaisseau dans un des canots. Sur ces entrefaites , le capitaîne Marion, ignorant ce qui se passait, était descendu à terre ; il fut tué.
La nouvelle de cet événement ne tarda pas a arriver aux vaisseaux , et deux cents hommes dé-
, barquèrent armés de fusils. Les naturels, se fiant su« leur nombre , leur firent face hardiment, hepatou-^ paiou et le javelot n'avaient pas beau jeu contre les balles de fusil , et les gens de Wangeroa qui tombaient par douzaine ne concevaient pas comment cela arrivait , ne pouvant apercevoir Tobjet qui les blessait. A la fin , ils s'enfuirent sur la grande terre et prirent poste dans un endroit fortifie. Ils supposaient qu'ils s'étaient battus contre des esprits qui soufflaient du feu et de la fumée sur eux par la bouche avec de gros tubes de fer. Ils donnèrent au fusil le nom de hou:qà\ lui resta et qui dans leur langue signifie souffler. Les Français les poursuivirenl> sur la grande terre et en massacrèrent un nombre considérable.
L'homme qui "avait tué le capitaine Manon se nommait Couley (le chien); il était natif de Wangeroa « et il est assez remarquable que la tribu de Wangeroa fut la première et la dernière à faire dn mal aux Européens.
Les bardes du pays ont composé plusieurs chansons sur cette bataille et sur la mort de Marion. Il y est souvent fait mention de Micky et de son enfant. J'avais, en diverses occasions^ entendu' chanter ces chansons ^ mais je n'en avais pas jusqu'alors conipris le sens.
Quand les naturels apprirent que M. Chaigneau elait un compatriote de Marion, ils lui donnèrent
1^ nom de Marion et cotitinuèrent loujours de Tappeler aipsi.
Vers le soir, le roi George, ainsi que 3a mère et son oncle, quittèrent le vaisseau, après avoir obtenu de moi, à force d*importunilés, chacun^n fuâil.
Du 5. Au point du jour, je montai sur le pont et je fixai au charpentier et aux autres ouvriers leur lâche pour la journée > après quoi je retournai à ma chambre. J*étais à peine redescendu que mon second vint me dire que le charpentier refusait de travailler sous prétexte qu'il était malade. Je trouvai la chose assez extraordinaire , ayant vu cet homme peu de minutes auparavant sans qu'il se plaignît d'aucun mal. Je retournai sur le pont et l'on me dit que le charpentier était allé se coucher. Je ^c fis amener devant moi et je lui ordonnai de se mettre à l'ouvrage. Il s'y refusa et me dit hardjment • qu'il s'en irait à terre. Pour l'en détourner en l'effrayant , je lui demandai s'il avait vu des têtes humaines conservées que les naturels avaient offert de nous vendre. Il répondit que oui. « Eh bien ! re- » pris-je , si vous vous avisez de déserter le vaîs- » seau, je paierai les sauvages pour qu'ils arrangent » votre tête comme celles que vous avez vues , çt » me l'apportent , afin que je la garde comme objet » de curiosité et pour servir d'exemple à tous ceux ^ qui voudraient vous iiniler. » Cette meoacc produisit son effet.
Voyant les quatre charpentiers de rexpëdîtîon du capitaine Herd établis à terre avec autant de femmes qu'ils voulaient en avoir avec eux, et libres de toute contrainte, cet-homme avait formé le dessein d'aller partager leur existence. »
Je chargeai le ehirur^en de s'assurer s'il avaît quelque indisposition ; il me fut rendu compte qu'il était ivre , et qu'il n'était pas dans un état de santé à devoir être exempté de ti*availler. Je l'envoyai donc chercher de nouveau ; maïs, comme il faisait des difficultés pour monter , je lui fis dire que s'il ne reprenait sur-lerchs^fnp son travail , je le punirais. Il s'approcha de moi alors d'un air menaçant , et tenant en main un outil pointu. Pensant q^i il voulait m'en porter un coup, je saisis pour me défendre , la première chose qui me tomba sous la main : c'était un montant de chais^ , avec lequel je réussis à le tenir à distance , et à la fin je ^ forçai à monter dans [a hune du grand mât où il $ç remit à l'ouvrage (i).
Mon second vînt me dire ensuite que les officiers, de quart avaient beaucoup de peine à faire tenir
(i) L'insubordination qui régnait alors parmi ima partie de mon équipage avait probablement pour cause l'encouragement que lui avait donné le juge de h terre d« Van Diémen , en prononçant que je n'avais pas plus d'autorité sur mes hommes que, le maître ou patron d'un bâtiment marchand faisant le commerce, entre Londres et Botan^-Bay, Toutefois je ne tardai pas de pi ouverte contraire h mes mutius.
leurs hommes sur le pont pendant la niiit , et que plusieurs des gens de Téquipage se trouvaient , eiv ce moment, dans. un état d'ivresse comjdèle. Jç ^l'çja fas pas surpris, la chose ayant souvent en ' lieu pendant que j'avais mon ancien second^, mais^ je ne pouvais concevoir comment on se procurait la boisson. La seule conjecture que je pus former fut qu'on volait dans la cale ou. dans ma soute aux provisions , ayant déjà perdu dix-huit douzaines *de bouteilles du vin que j'avais embarqué pour ra^ table.
Deux des hommes qui avaient refusé de travailler reçurent quelques, coups de bout de corde ^
Les Européens de mon équipage formaient le plus misérable ramas d'hommes quç,}' eusse jamais vu. C'étaient tous des déserteurs d'autres bâtimens, et aucun d'eux n'était enregisti-é sous son vrai nom. Mon ancien second les avait laissé faire tout ce qu'ils voulaient , et ils semblaient se complaire dans leur malpropreté, dont le vaisseau offrait partout des traces. Si un officier leur commandait quelque chose , ils lui répondaient avec la plus grossière insolence ; ils s'imaginaient qu'an de- • * vait leur permettre de se conduire comme auparavant, et que les Lascars étaient faits pour nettoyer le vaisseau , ne laissant rien à faire à ces mutins que de manier le gouvernail , boire , manger et dormir.
Du 6. J'oocupai l'équipage à nettoyer la c^\e de
bout en bout, et je fis monler nos vivres suplè pont, afin de pouvoir ^îsjler les. pièces à eau qui formaient mon premier plan d'arrimage. La pluiie contraria cette opération. Le vaisseau ayant beaucoup souffert pendant le dernier gros iexûs , dans sa mâture et dans son chevillage , je fis venir de terre un charpentier et un forgeron pour aider ceux du bord.
A deux heures et demie du matin , il faisait un clair de lune superbe. N'entendant paà marcher sur le pont', bien qu'il dût y avoir quinze hommes, qui étaient le nombre de chaque bordée de quart > je pensai qu'il y avait quidquè chose d'extraordinaire , et je montai sur le gaillard. A mon grand étonnement , je vis Fofficier dé quart profondément endormi et ronflant d'une force extraordinaire. Je ne le dérangeai pas, voulant voir combien de tems il resterait dans cet état.
Les gens de quart avaient tous quitté le pont , et il n'y i-estait personne, excepté l'officier endormi et moi. Je songeai^, avec un sentiment pénible , aux dangers que faisait courir à tout l'équipage cette flagrante violation de mes ordres les plus positifs.
Pendant que je me livrais à ces réflexions , un matelot, que je n'avais pas aperçu sur la dunette , et qui .venait de m'aperce voir lui-même, descendit sur le gaillard , et , feignant dé regarder par le sabord près duquel l'officier était endormi, eut la
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hardiesse , sous mes yeux , de lui marcher sur le pied pour Tëveiller. Je le réprimandai pour sa prctendue maladresse, et lui reprochai de troubler le sommeil de son officier pendant qu'il dormait si bien. Le matelot me re'pondit que s'il avait touché l'officier, c'était sans intention, qu'il ëlait venu pour voir par le sabord si une pirogue , qu'il croyait avoir aperçu'^ , ne venait pas vers le vaisseau • C'était une excuse bien gauche, puisque la dunetle où il se trouvait étant la partie la plus élevée du vaisseau , c'est ordinairement là qu'on se porte pour mieux voir dehors ; tandis* qu'il était descendu pour regarder par un sabord presque en* tièrcment bouché par une pièce de douze.
L'officier étant éveillé , je lui dis : « Il faut , » Monsieur, que vous soyez dépourvu de tout sen^ » timent d'honneur et d'humanité , pour exposer » de la sorte ce vaisseau , qui est la propriété de- la » compagnie des Indes , et la vie de tons ceux qui » sont à bord, à la merci des naturels de la Nou* » velle-Zélande. AVez-vous déjà oublié les recora* » mandations que j'ai fait insérer sur la table de » loch, le 17 juin, pour vous servir de règle, ainsi » qu'aux autres officiers Au vaisseau ? Avez-^vous » oublié quel est l'officier dont la conduite avait » déterminé cette insertion ? Pour quel motif ai-îe '> réuni les officiers lundi dernier, et leur ai-je » prescrit si impérieusement d'exercer la plu«
w grande vigHance, surtout la nuit? Ne me suis- je i> pas efforcé de vous bîen convaincre qu'il n'y » avait Builement à se fier h des barbares qui n'ai- » tendent sans doute qu'une occasion favorable » pour nous massacrer? Rappelez-vous les cata- » strophes du Boyd et du Mercury, Voulez-vous » que ces scènes horribles se renouvellent à bord » du Research ? Que signifié une telle manière de » se conduire? Si j'étais dans un port où je pusse » me procurer un autre officier pour vous rem- » placer, je vous renverrais sur-le-champ. Une » semblable conduite est déshonorante pour "MXi » marin et un officier anglais. Sî vous retombez A dans la même faute , soyez sûr que je vous dé- » monterai de vos fonctions , et vous renverrai du » gaillard. « Il parut affecté de mes reproches et promit de ne plus les mériter à l'avenir.
Du 8. A sept heures du matin arriva un navire anglais , nokhmé YEmily , revenant de la pèche à la baleine, avec une cai'gaison complète d'huile de sperme. Il venait se ravitailler avant de partir pour se rendre directement à I-iondres. A bord de ce bâtiment se trouvait la fille de Bou Marray , que j'avais vue souvent dans mes précédens voyages , attendu que j'étais lié d'amitié avec son père, qui n'existait plus, me dit-elle.
Il est d'usage, à la Nouvelle-Zélande, quand des amis ou des parens se revoient aprè* une Ion-
goe abscÀce , de s'approcher nez contre nez et de verser des larmes. Je me suis souvent soumis à cet usage par complaisance. Si j*y eusse manque, la chose eût été* considérée comme une violation des lois de Famitië , et j*aurais été regardé comme un J^arbare ignorant les premières règles de la politesse.. Malheureusement mon cœur un peu endurci et moins prompt à se fondre que celui des Nou-* veaux-Zélaqdais», ne pouvait toujours distiller une larme à commandemcint , mais Tapplication d'un mouchoir sur mes yeux, petids^nt quelques minutes, et un gémissement accompagné de quelque exclamation dans la langue du pays, suppléaient admirablement au défaut d'une douleur réelle. On se dispense de cette cérémonie avec des Européens que rien n'attache an pays ; mais , aVec moi , elle était indispensable, attendu ma Qualité de ihongàla moury, c'est-à-dire de compatriote.
Après avoir donné cours à notre doulfeur prô* voquée par le souvenir de Bon Marray, l'épouse du capitaine de YEmily parut très-satisfaite d'apprendre que Bryan Borou était à bord de mon vaisseau > et en bonne santé. Elle dit qu'elle avait été autrefois sa maîtresse , et me pria de le protéger contre la fureur de ses frères et de leur tribu. Cette dame et son époux dînèrent avec moi ; elle se servit de son couteau , de sa cuiller et de sa fourchette , et se conforma à tous les usages d'une
table anglaise , d'une manière qui eût fait hcTbneur à beaucoup de personnes nets et élevées en Eu-
rope.
Le capitaine deYEmify dit qu'il avait fait sa cargaison d'huile sous l'équateur et dans les enviroWr entre les longitudes de lyS** E. et de i75**0. L*eau étant venue à lui manquer, il avait relâché pour en faire, à Tile Simpson , par la latitude de o** ab' N. et la longitude de 17 5^ 22' E. Il avait envoyé à cet effet deux embarcations à terre ; l'équipage de l'une s'occupa à creuser un puits dans le sable sur le bord de la mer , tandis que l'autre retourna au navire chercher les barriques.
Quand cette dernière embarcation revint à terre, les naturels sortirent en foule des bois où ils s'étaient rassemblés , armés de lances et de poignards dont les côtés et la pointe étaient garnis^ de dents de requins. Ils attaquèrent les Européens si soudainement qu'ils les mirent un peu en désordre. Il y avait , dans l'un des canots , deux fusils dont un , ayant été mouillé , ne pouvait servir sur-lechamp. Avec l'autre , un des sujets de Bryan Borou fit beaucoup de mal aux sauvages* Néanmoins les marins de VEmily furent obligés d'abandonner une de leups embarcations à la merci des naturels et de gagner le large dans l'autre. Un Européen et un Nouveau-Zélandais furent tués dans cette bagarre , et leurs corps tombèrent enlre les mains des I. 14