II
achetées à ce prix , pcmr lequel j'aunûs ea , à Tonga, un gros porc on deux à trois cents cocos*
Voyant que je ne pouvais: avoir ma chaloupe.en ëtat assez promptement et ne voulant pas perdre de tems , je fis armer trois bateaux baleiniers et j*en donnai le commandement au dessinateur qui devait contourner r lie et se conformei" aux instructions rap^ portées plus loin. Ces embarcations emportaient des vivres pour trois jours et des présens peur les trois cbe& de Dennemah, ainsi que. pour douze autres cbefs, si Ton en rencontrait un aussi grand nombre pendant le voyage. En outre de ces présens, je fis . embarquer une caisse de quincaillerie , de coutellerie et d'étoffes, pour échangercontre tout ce que le* insulaires pourraientavoir d*ob|ets ayant appartenu aux vaisseaux naufragés.
J'aurais désiré accompagner cette expédition , mais je craignais qu il ne survînt du mauvais tems , le changement de kme et l'équinoxe devant avoir Reu à quelques joursPun de l'autre ; je me crus , en conséquence, obligé deresfeer pour veiller à la sûreté du vaisseau qui , étant mouillé dans utie rade ouverte , aurait pu courir de grands dangers par un coup de vent de la partie du norde^st.
Instructions pour V officier commandant les canots,
« i8 septembre 1817.
- «Monsieur, les capots sous vos ordres étant destinés à une
{» ii5 <<
recoimaMsance -autour de cette ile^ ]e désire qtie vous partiez demain màtàa entre^foaire et daq heùrea , et vùns vous dirtgères conmie il smi i
» £n qmtlant le vaisseau, vous vous rendrez aussi promptement ^e possible au vittage de Dennemah, près de la pointe sud-^st de Mannicoio, et vous remettrez au trois cbeb les présens dont je vous ai chargé pour epï.
» Si vous pouvez déterminer OudKe à vous accompagner, pour faire le tour de Vue et rejoindre le vaisseau, emmetiezle et promettez^Jui trae récompense de ma part Si Ouallie n'est pas disposé k Caire ce voyage ^ tâchez d'obtenir qu'uades deux. autres chefc vienne à sa place, c'est-à-dirie dans le cas où ce chef aurait souvenir du naufrage.
» De Dennemah vous suivrez la c6te jusqu'à Pââou , en dukt à tous les villages que vous rencontrerez sur votre oute. C'est près de Paiou, d'après le rapport des insulaires, que fnft^onstrmt un petit bâtiment ou briclL, il y a trente-cinq è quarante ans. A votre arrivée sur ce point, vous exane^eet soigneusement le lieu où ce bâtiment fut construit, pour voir s'il reste quelques traces des imtifieation?^^ en pierre ou , en bois, que les ^(Histructeurs auraient érigées pour se défendre contre les insulaires. Vous rechercherez aùsid avec soin les traces de quelque tranchée ou chenal qui auraient été creusés pour pouvoir lancer le bâtiment;
» Apportez un soin particd^r à examiner les arbres, pierres et rochçrs voisins du lie«i oâi le bâtiment fut construit , pour voir s'ils ne portent pas quelque inscription qu'on y aurait grafvée , ou si i'^n n'y aurait pas attaché quelque plaque de cuivre ou d'autre métal. Si vefB trouviez une épitaphe ou inscription indiquant le tombeau de qu<îlqu'un des malheureux naufragés, faites ouvrir ce tombeau et emportez les os~ semens s'ils s'y trouvent encore.
^^gpch ^Broute.
» On De saurait supposa qae des hommes aussi éclairés i|iie le comte de La Péronse et ses'^officiers fassent restés sur cette fie, pendant ptusieurs mois, sans laisser' quelque relation de leurs infortunes grarée sur les arbres icm sur les ro- chers, ou enfouie dans la terre, avec des instructions prc^res à la faire retrouver par les navigateurs qui visiteraient ces pa^ rages après eux. Je désire ardemment que Vous rJiussifisiez à (aire une découverte de ce genre, pour la satisfaction du gouvemenMïnt et de Thonorable compa^ie des Indes.
» Vous ne pourrez peut-être trouver la place où le bâtiment fut construit sans Tassistance de quelques vieux in^ilaires des environs de Paiou. Si vous êtes assez heureux pour découvi'ir cette place, je suis ornement persuadé que vous trx>uverez gravé sur les rochers ou les arbres quelque témoignage suffisant pour résoildre le problème qui occupe etrinj^^ resse, depuis quarante ans, les amis de Thumapité. ^9
» Après avqjr terminé vos recherches. à Paiou, vous vous rendrez k Whanou et de là à bord^u vaisseau, en toirchantV à tous les villages intermédiaires, pour acheter àes insulaif^ res tous les objets provenant des vaisseaux naufragés, de manière k me mettre k même de découvrir k qui ils ont primitivcKient appartenu et quel était leur usage.
» Yqus 'Considérerez comme un de vos premiers devoirs ie ne permettre k persoicine de vos ^ens d'acheter des insulaires aucun àes ob}ets-en question tCt vous aurez soin jqae ces objets soient payés avec les articles destinés pour cela et non avec aucun autre. «
I» Si M. Chaigneau, Fagent français qui vous accompagne, juge k propos d'ofïîi^ir en présent aux insulaires, en débarquant ou en rembarquant, quelques-uns des objets qui lui apjpartiennent, vous lui laisserez cette faculté.
» A votre retour à bord du vaisseau , j'exigerai de vous un
engagement duement signé que tous êtes disposé 4 affirover sous serment que tout ce que contiendra Votre raf^port est exact, quand vous en serez requis par le gouvernement que vous servez et qui a ordonné cette expédition par des motifs de là plus pure philantropie^
» Je désire que vous demmdieis au chef OaalUe de quelle manière vinrent à terre les quatre hoftimes du vaisseau naufragé à Pàiou qui réussirent à atteindre Dennemak. Ayesr soin de ne pas adresser aux insulaires, non plus qu'à Martin Bdshart et Rathea , des questions qui indiquent la réponse , mais prenez note de ce qu'ils diront. D'après vos questions, si elles sont faites d'une manière judicieuse, et d'après leurs réponses, vous pourrez tirer une conclusion.
» Dans aucun cas n'accordez de confiance à ce, que dira le Tucopien, qui répond toujours de la manière qu'il croit plaire le plus. Quant à Martin Bushart , il entend notre langue médiocrement. Vous tâcherez doi^c de bien hii faire c6inprendre les questicms qu'il doit adresser imx insulaires par l'intermédiaire de Rathea.
» Une distribution judicieuse des articles destinés en présent à douze chefs , non compris ceux de Dennemah , doit nous assurer le respect el; l'estime des insulaires.
» Employez, k Paiou et k Whanou, tous les moyens possil>les pour obtenir des renseignemens sur les vaisseaux naufragés dans le voisinage et enfin sur les tètes qu'on dit exister dans la maison des esprits* Faites-vous des anôs des prêtres des différens villagies que vous visiterez et tâchez de les engager, par des flatteries, à vous vendre quelques--uns ou la totalité des objets , provenant du naufrage, qu'ils auraient fait servir d'offrandes à leurs dieux.
» Quant à vous tenir en garde contre les insulaires , ne pas découcher des canots, pe laisser débarquer à la fois qu'un cer-
9^ nB m
tam nombre d'indiri^kis, tevir tes canots réunis , sonder el faire une reconnaissance exacte de la cAte, des baies, havres , rédfs Y etc., vous vous conduirez comme- il a été précédemment ordonné.
» Je termine en souhaitant que votre exenrsion soil heureuse et obtienoe des résultats aatis&isansy.etje crois deroîr TOUS dire qu'il est nécessaire ^pie tous soyez de retour il bord du vaisseau dans la soinée èa vendre^ ai de ce mois* ' Je sots, etc., Pi DijLix>if.
Du i^. Au poifitdu jour les canots barlîrent pour Texpëdîtion concertée la veille. Dans le courant de la journée , il nous vînt des pirogues des dpux villages voisins de notre mouillage. Elles apportaient des cocos et des bananes qui nous furent vendus très-cher. Pour on ciseiau à bois et un coupon d'étofFe rouge , je me |Mrocnrai un morceau de porcelaine formant la moitié d'un vaisseau que je supposai être un des plats dans lesquels les Chinois servent le curry. Les dessins représentaient des fleurs, des poissons et un oiseau. Ce pkt pouvait avoir fait partie d'un service de porcelaine que La Pérouse se serait procuré pendant sa relâche à Manille, avant de partir pour la côte de Tàrtarîe et le golfe de Sachilène. J'achetai aussi la partie coudre d'iitie courbe en fer avec les restes de deux trous pour chevilles ; c'était le huitième objet semblable que j'avais »eçu des insulaires depuis mon arrivée à Mannicolo. Au
tems du nauDragede LaP^oase, on n'emplojrait de
courbes en fer que daas k construclîoa des bâtimens du roi. '
Du 20. Tous les habîtans mâles àe notre voiisinage vinrent le long du vaisseau apportant des cocos, des bananes et quelques poissons de l'espèce des mulets ; ils en avaient aussi d'une autre espèce singulièrement nuancée de bandes ou lignevS bleues » jaunes » noires et grises. On voyait »ager' autour du vaisseau des requins d'une grosseur monstrueuse , tachetés de blanc et de noir. Nous en accrochâmes un , mais il ^e débattit pendant près d'une demiheure que nous cherchâmes à le tirer à bord ; tandis qu'il était suspendu à lîaoitic hors de l'eiau, on- le perça de plusieurs balles de pistoletet il eiatie ventre déchiré par un autre montre de son espèce ; malgré tout cela il parvint à se décrocher et nous échappa.
J'obtins des insulaires quelques chevilles et un ciseau à froid auquel on avait adapté un manche dans le genre de celui d'un marteau :
A six heures du soir, les capots comman4és par M. Russell revinrent à bord après avoir fait le tour de rîle. M. E.ùssëll avait a^liete dés insulaires les objets suivans.
Une grande ^uaotHè de fer à chères -ùon^^ssvrté^ de diverses dimensions, Ttuie de ces tringles ayant plàs de neaf pieds de long, «ne mxtce plus de six pieds et^ one troisième plus de cinq piedtf'v plus, MvtTaâs ^kevitteit façonnées, dom une longue decinq pieds et demi, ayant une téspèee de croix à un bout .
tJo morceau d'un fort grattd piton ou cherille à odl, trè^ oxidé par l'action da tems et des éiémens.
Un morceau de fer ressembbnt à un levier.
Un dtto avec un trou de goupille.
Un dUo ressemblait à une yieille ripe^
Un dito comme un chandelier, de chaloupe.
Trois grands clous du chevilles pointues transformés en ha< meçons paf les kisulatres.
Un âHù^ plus petit transformé de mtoie* *'
Trok dons*
Un morceau de baguette à^ fosil de six ponces et demi de long.
Cinq petits morceaux de fer de différentes formes et dimen* siOns«
Trois raorceatix de chevilles à oeil.
Un morceau de chandelier avec les oreiUes enfières.r
Une grande dieviUe de chatne de hadban avec la tête m-^ tacte.
Un morceau de cheville percé au bout d'un trou dans le^ quel était un morceau de goupille*
Trois morceaux de boulets ramés^
Un coin.
Sit morceaux de courbes en fer de la partie la plus mince.
Deux portions de parties coudées de courbes en fer brisées att.bas des trous des chevilles (ce qui en faisait dix k bord).
Un morceau de guirlande de proue brisé aux trous des che^ villes.
Deiu^ masses de charpentier de fabrique étoangère*
Un petit fer à calfat.
Quatre crocs à palans dont trois grands et un petit.
Un morceau de vis d'étau, probablement de celle dont on avait déjà retrouvé un autre morcelai.
Un morceau de fer paraissant avoir servi de chandelier à on pierrier.
Un antre morceau de fer, de forme singulière, ayant proba- Uetnent servi à suspendre une cloche.
Une ferrure d'^tambot pour un petit bâtiment.
Une ferrure d'étambot pour un grand navire, laquelle avait un dé en alliage de cuivre et plomb pu étain.
Lederpier article fournit matière à une observation. L'incrustation d'un dé en cuivre avait sans doute pour objet de préserver de Faction desti^uctîve de Teau de mer la partie de la ferrure , qui sert de pivot au gouvernail , et de maintenir, aussi exactement. que possible, la rotation de cette machine iraportanre. C'était probablement Tespèce de ferrures dont on se servait iinmédiateiûent avant "xrelles en usage aujourd'hui , qui sont entièrement en cuivre , du moins celles qui se trouvent au-dessous de la flottaison. Il y a trente à quarante ans que Ton imagina ce perfectionnement et guère plus de vingt qu'il a été généraleiUent adopté. Les bâtimens qu'on envoya à la recherche de La Pérouse , trois ans après sa disparition, n'étaient pas doublés en cuivre. Au reste , quoique la ferrure en question fàl assez grande pour un bâtiment de huit cents à mille tonneaux le trou percé au milieu du dé n'avait pas une ouverture capable de recevoir un aiguillot assez fort pour soutenir-le gouvernail d^un navire de cent tonneaux.
^ Parmi les objets en fer, on rapporta un flacon de verre à diit faces sans cou et un cul de bouteille.
Voici la liste des objets en cuivre et en plomb que rapportèrent les canots.
Une petite eloche en cuivre dSm diamètre de pltts de bnit ponces, sans batiaat| et portant trois âeoFsde lis moulées.
Une grande cloche de vaisseaa, de dotize pouces et demi de diamètre ^ sans battant et ayant un morceau détaclié de la tête.
Sur un (des cMé$ de cette cloché on -voyait, en figures moulées , la mainte croix dr^îssée entre Timage de la vierge Marie et celle d'un saint qui portait une croix sur les épaules. Du côté opposé se trouvaient trois images epfennées dans une sorte de médaillon elleptique au-^dessus duquel était un soleil rayonnant. Ces images semblaient être celles de la vierge, du Sauvei^r et de saint Jean, Sur tous ces omejnens, il y avjait des lettres que , faute de loupe , je ne pouvais déchiffrer. \ droite de la grande croix , on lisait ces mots ^ JBqsin m'a /ait.
Un petit canon de bronzé du calibre de deux pouces, mais tdkment oxidé 411'il était nnpossibïe de découvrir ce ^ s'y trouTAKt de ffioi:^ ^u de graVéi
Un mojnçeau 4e cercje en cmvre denté i rintérieur et ayant quelque ressemblance avec un niorçeau^dç l'espècç d'instrument dont on ae sert aujourd'hui et qui porte le nom de machine à sonder patentée*
' t5n morceau de cuivte plié en forme d'hameçon avec un petit trou à une extrémité.
^ ia3 m
Ub pot d^élaio entovré dé çiatreligiièfi circulaires et ayant il peu près la forme d'une bolle à mitraille du calibre de dix-huit.
Un morceau de plomb de sonde pour les grands fonds.
Une poissonnière en cuivre avec le couvercle garni de son anse; sur un des c6tés de ce vaisseau étaient gravées deux fleurs de Us.
Une cuiMer à chaudière sans manche.
Une casserole de cuivire saus couvercle ni queue et timbrée de deux fleuri de lis.
Un plateau de balance en cuivre.
Un dito en bois tourné.
Un morceau d'entonnoir en cuivre.
L'ôfficîer qm avait commande Texpedîtion me fit le rapport siiivant :
a matin, nous entrâmes dans le chenal situé entre la c^f e de Mannîcolo et la chaîne de récifs qui entoure Fîle. Apercevant quelque chose sur un des hancs de ^able qui tlentient au récif, nous nous en approchârmes et notrs reconnûmes que c'était du bois que la mer y avait apporté* Notià vîmes là aussi «njeune cocotier qui paraissait plein de vigueur et qui sans doute atteindra toute sa croissance si les naturels ne l'arrachent point.
» A neuf heures et demie , sk^MS arrivâmes au village de Dennemah ; npus y fûn^es bien reçus* On nous <tb]lduiâit a Id nÉabottudes ei^^ts, ou je remis à deux des chefs les présens qui leur étaient destinés. Le troisième se trouvait absent et était allé à Wha-
Dou. Je demandai h Qualité comment les qoalre hommes qui s'étaient sauves du vaisseau naufragé à Paiou avaient gagné la terre près de Dennemah. Il me répondu qu'ils étaient sur une grosse pièce de Lois que le courant porta à terre près du village ; que les naturels les reçurent bien, les emmenèrent à leurs maisons où ils les hébergèrent pendant une nuit , et que» le lendemain matin, ils les laissèrent partir paisiblement pour se rendre à Paiou , lieu où ils arrivèrent sains et saufs et rejoignirent leurs compagnons d'infortune.
» Ayant appris d'un homme de Davey, qui était à bord , que deux des naufragés avaient été tués à Dennemah , je demandai à Ouallie si sa tribu n'avait pas tué deux hommes. Il me répondit positivement qu'il n'y avait eu personne de tué dans cet endroit.
» Notrecoiïversation tertoinée,nous commençâmes les échanges. Je me procurai, par ce moyen, les objets suivans :
Deux courts en fer.
Quatre morceaux de courbes semblables.
Une cheville à œil.
Un morceau de ris d'étau.
Un iborceau de plomb de sonde pour les grands fonds.
Une casserole de cuivre timbrée de deux fleurs de lis.
Un pot d'étain*
Une petite ferrure d'éiambot.
Un crocliel en cuivre.
Un morceau de cheville en.fer.
» Vers onze heures , je me disposais à partir pour continuer ma tournée. J'invitai Ouallie à m'accompagner à Paiou pour me montrer la place où le petit bâiiment avait ëté construit , lui promettant de le ramener au bout de deux jours , sain et sauf, chez lui , avec de grands présens pour sa récompense. Il refusa , disant qu'il avait des ennemis à Wha'noli. Son fils s'offrît volontairement pour le remplacer* J'acceptai cette offre , et le fils d'Ouallie partit avec nous accompagné d'un autre jeune homme. Tous deux étaient armés d'un arc et d'une %dngtaine de flèches empoisonnées, dont la pointe était formée de fragmens d'os humains. Je fis un présent à chacun de ces intrépides jeunes gens , et, après avoir distribué aux femmes et aux enfans quelques grains de verroterie , je quittai Denncmah.
» Nous longeâmes là côte vers le sud-ouesl. Nos sondes , dans le chenal entre le récif et la terre , varièrent de, trente à quarante brasses. Dans cet endroit le chenal était plus parsemé d'amas de corail et d'autres petits écueils que nous ne l'avions tf ouvé à l'entrée. A midi nous doublâmes la pointe du sud de l'île et nous trouvâmes que la côte prenait sa direction vers l'ouest.
» A deux milles à l'ouest de cette pointe , nous découvrîmes une grande baie s'en fonçant dans les
terres à environ quatre milles vers le N. N.-E. Elle nous parut libre de toute espèce d'ëcueils , et nos sondes varièrent de vingt à trente brasses , fond de vase« En remontant la baie.» lious trouvâmes deux ruisseaux d'eau excellente qui se déchargent vers le côté nord. La chaîne de récifs e.^t éloignée de cette patlie de la côte d'environ trois milles.
j» Je iie vis point de maisons depuis Dennemah jusqu'à la pointe sud. Là un hotnme tout seul sortit des halliers ; mais, en now apercevant, il s*enfuit, précipitamment et je ne le revis plus. Je demandai à Tinlerprète et auxhabitans de Dennemah si cette partie -de la côte était habitée. Ils répondirent quelle ne réiaît pas , mais que quelques insulaires y venaient de tems à autre planter du tara et s'en retournaient chez eux.
» Je longeai la cô^e à partir de la baie en portant à l'ouest et à l'O. '/î N.-O. pendant une heure. J'aperçus alors le village de Paiou. En approchant , je vis quelques maisons ^ mais pas un seul habitant. A deux heures ^près midi , je mouillai près du rivage et j'envoyai a terre Rathea et les deux jeunes gens de Dennemah à la recherche des habitans des maisons dont y étais assez proche, et d'une desquelles sortait de la fumée ; mais Rathea , au lieu de parlementer avec les naturels qui s'étaient enfuis dans les
bois , se mit à pillei* les maisons , enlevant tous les objets en fer et les provisions qu'elles contenaient et
fi» 127 <<
apportant son butin aux canots. Je me montrai ex«>trêmement mécontent de cette conduite et je lui or* donnai d'aUer replacer toutes ces choses où il les avait prises. Je remis ensuite aux jeunes gens quelques articles de quincaillerie et des étoffes , en leur faisant entendre que je dësirais qu'ils cherchas$ent leshabitans dû village et leur remissent ces objets, ta-* chant en même tems de les engager à venir nous par-^ 1er. Us exécutèrent mes ordres et revinrent bientôt accompagnés de deux femmes et de quatre enfans. A l'approche de ces individus, je débarquai et je fus li leur rencontre ; mais ils témoignèrent quelque alarme eh me voyant. Pour calmer leur frayeur, je donnai h chacune de ces femmes un collier de verroterie , une paire dé^ ciseaux tît des hameçons. Je distribuai aussi quelques hameçons aux en&ns.Tous alors parurent convaincus de nos intentions amicales.
» Les jeunes gens de Dennemah me dirent que les maisons que je voyais n'étaient habitées que temporairement par des hommes d'une tribu xiommée ^/nmrï^5 qui venaient avecleurs familles, à une certaine époque de l'année, pour planter du tara et re-^ - tournaient à leurrésidence habituelle quand la saison de planter était passée. Ils me dirent encpre que les seuls habitans du lieu étaient ceux que j'avais près de moi , plus un homjae , mari des deux femmes et pcre des enfans , mais que cet homme était telle-
meot effraye qu'on n'avait pu le déterminer à quitter Tendroit où il ctait allé se cacher. Les femmes furent si contentes des présens que je leur avais faits qu'elles envoyèrent un dçs enfans chercher son père qui à la fin se décida à venir. J'appris que son nom était Pakelley et, qu'il résidait là depuis environ un an avec sa famille , dont tous les individus du sexe féminin étaient d'une laideur hideuse^
» Le district de Paioq présente un terrain plat et uni qui s^étend le long de la côte jusqu'à une distance de deux milles dans la direction de l'est à l'ouest. La plaine s'avance dans l'intérieur jusqu'à deux ou trois milles et est couverte d'un bois trèsépais, excepté dans une très-pfctite place qui a été défrichée. Quelques arhressont d'une grosseur énorme. Au milieu de cette plaine coule une petite rivière où le Amx se fait sentir. Nous remontâmes cette rivière avec nos canots jusqu'à un demi-mille, mais là nous trouvâmes le passage obstrué par un vieil arbre qui était tombé en travers du lit 4e la rivière.
» La petite portion défrichée de la plaine a à peine un acre de superficie. Elle est bornée au sud par la mer, à l'est parla rivière et au nord et à l'ouest par le bois. C'est le lieu le plus commode de toute Tîle , soit pour construire un bâtiment , soit pour le lancer, parce qu'il n'y apas de roches près du rivage et que les bords de la petite rivière sont couverts d'arbres pouvant fournir des bois de toutes
formes et dimensions. Rathea , les deux jeunes gens de Dennemah et Pakelley dirent que c'était là que le brick avait été construit et lancée et je ne mets pas en doute leur assertion , parce que c'est le seul terrain déboisé de toute la côtei et il est évident qu'il Ta été par la main des hommes. Or, comme les insulaires ne pouvaient avoir aucun motif pour le faire , j'en ai dû naturellement conclure qu'il le fut par les naufragés qui y résidèrent et y construisirent leur bâtiment.
» J'ai examiné cette place avec tout le soin possible pour tâcher de trouver des traces de fortification en pierres ou en bois , mais je n*ai pu rien découvrir de ce genre. Si l'espèce de rempart dont il s'agit fut construit en bois , ce bois , exposé depuis trente-neuf ans à toutes les intempéries des saisons, a eu le tems de se pourrir et de se détruire complètement. D'un autre côté, il n'existe dans le voisinage ni pierres ni rochers qui eussent pu servir à élever une sorte de muraille.
» Mes recherches pour trouver des inscriptions furent également infructueuses , attendu que les arbres qui environnent le terrain déboisé ne sont pas assez gros pour qu'on y eût pu rien écrire, e^^f comme je l'ai dit, il n'y a point de rochers dans le voisinage. J'ai examiné très-minutieusement tous les environs , mais je n'ai pu découvrir la moindre tra^ce qui indiquât que des Européens avaient séjourne u. - - 9
^ lia ^
• là. J*ai aussi examiné tous les arbres qui bordent la petite rivière sans y trouver aucune plaque de cuivre ou de plomb. Tai vu néanmoins vers le haut de la rivière , les souches d*arbres qui avaient été abat-
• tus , très-anciemiemént , à coups de hachç , et je ne doute pas que ce ne fussent ceux qu'on employa pour construire le bâtiment dont parlent les naturels.
» Dans le cours de ma conversation avec Rathea , les deux jeunes gens de Dennemah et Pakelley, j'avais appris que le bois employé à construire le bâtiment avait été coupé dans le haut de la rivière, où on en avs^it Ibrrae des trains fiottans pour le faire descendre. C'est d'après ce renseignement que j'ai remonté la rivière et trouvé les souches dont jeviens de parler.
M Pakelley paraît avoir cinquante ans. A la première question que je lui adressai touchant les vaisseaux naufragés , il nia avoir aucune connaissance de l'événement : mais nos interprètes l'ayant pressé de dire la vérité , il montra le récif qui se trouve à Touest de Paiou et dit qu'un vaisseau s'était brisé en pièces à cet endroit, il y avait bien long4ems. Il ne se souvenait pas lui-même du naufrage , mais il avait entendu d'autres en parier. Il convint que plusieurs hommes s'étaient sauvés et avaient construit un autre vaisseau à la place même où il résidait en ce moment. Je lui demandai s'il possédait quelquef*-
uns des objets saurës du naufrage ; il me répondit que tïui et m'apporta les articles suivans :
Ud morceau de cercle en cuivre denté à Fintérieur et qui doit avoir fait partie de quelque machine.
Deux grands clotis.
Une chevîHe à œil.
Plus un cul de bouteilk qu'il dit avoir ramassé iui-*mlme sur le récif oà se perdit le vaisseau.
» Ayant termine là mes opérations, je remis à la vmle à quatre heures et je longeai pendant une heure la côte qui suivait la direction de FO. ^4 N-O. 6* N. Voyant la nuit approcher je hantai le rivage de plus près , cherchant un mouillage commode pour les canots*. Je trouvai une petite crique d*eau douce dans laquelle nous entrâmes et nous laissâmes tomber nos grappins. Peu de tems après que nous eûmes mouille , une pirogue venant de Touest s^avança comme pour nous reconnaître. Elle ëtait xnontëe par deux guerriers dont l'un maniait une pagaye pendant que Tautre se tenait debout sur la plate forme ayant en main un arc et des flèches et paraissant prêt à combattre. Notre Tucopien Tayant remarque lui cria que nous ëtions des amis, qu'il pouvait quitter ses armes et approcher sans rien craindre , ce qu'il fit. Je lui fis présent , ainsi qu'à son compagnon , de quelques hameçons. En ce moment nous crûmes entendre du bruit dans les bois. Le guerrier qui était dans la pirogue se mit à ap-
peler et bientôt après nous vîmes une pirogue doubler la pointe ouest de la crique et s'approcher de nous. Elle était montée par six femmes à chacune desquelles )e donnai quelques grains de y.erroierie et des hameçons. Ces gens nous apprirent qu'ils appartenaient à un village nommé Ammah^ situé sur le bord de la côte ^ à une assez grande distance vers l'ouest , et qu'ils étaient venus près du Heu où nous étions pour planter du iarcL
» J'avais l'intention d'entrer plus avant dans la crique pour passer la nuit , mais j'en fus empêché par les sollicitations des insulaires et de notre interprète , qui me soutinrent que pendant la nuit le fond de la crique était visité par des esprits qui descendaient àts montagne^ , et que par conséquent il serait dangereux de nous y enfoncer davantage. Les jeunes gens de Dennemah et l'interprète ne se soucièrent nullement de coucher dans les canots et me demandèrent la permission d'aller coucher à terre ; je la leur accordai. Ils allèrent en iconséquence joindre les gens diArnmah.
» Ce malin 20 , au point du jour, ces hommes revinrent à bord des canots et nous fîmes voile en longeant la côte qui court à l'O. N.-O. 6*» N. A sept heures et demie nous doublâmes la pointe ouest de l'île et nousgouvernâmes auN.-E.,le long de la côte jusqu'en face du village d'Ammah, où je descendis à terre, vers huit heures, avec nos interprètes. Nous
fûmes conduits sur-le-champ à là maison des esprits où je fiis présenté à six chefs , à chacun desquels je fis présent d'un coupon d'étoffe , d'une hache et d'un grand couteau. Je demandai alors sî quelqu'un^ se souvenait du naufrage d'un vaisseau près de Paîou. On me répondit que non , mais que tous les assistans en avait ouï parler et que quelquesuns avaient en leur possession divers objets qui avaient appartenu à ce vaisseau et qu'ils avaient recueillis à basse mer sur le récif; que plusieurs hommes échappèrent au naufrage et qu'ils bâtirent , àf Paiou , un autre vaisseau sur lequel ils quittèrent l'île , laissant derrière eux deux hommes qui résidèrent dans le voisinage dé Paiou parmi une tribu établie dans cette partie de l'île ; qu'un de ces hommes mourut à Paiou et que l'autre s'enfuit de l'île avec le chef sous la protection duquel il vivait ; mais qu'on ne savait pas dans quelle île ils s'étaient réfugiés ; que le motif qui avait porté le chef et l'homme blanc à s'enfuir était des revers que ie premier avait éprouvés à la guerre. Je demandai, si l'homme blanc qui était mort avait été enterré. On me répondit qu'on lui avait attaché une pierre aux pieds et qu'on l'avait Jeté à la mer suivant la coutume du pays.
» On me présenta ensuite les objets suivans que j'achetai : Une petite cloche de vaisseau d'environ huit pouces de diamètre , portant trois fleurs de lis moulées ; un petit canon de bronze marqué d'une
ileur de Ks ; une grande ferrure d'ëtambot avec un de en cuivre v cinq tringles de fer à cheviltes d'une grande longueur ; une cheville de chaîne de haubans avec sa tète intacte ; un croc à palan avec un morceau de cheville ; un morceau de fer percé d un trou à l'une de ses extrémités ; un flacon cassé par en haut; la moitié d'un boulet ramé et plasieiu^ petits morceaux de fer de différentes formes et dimensions.
» Je quittai Ammah à 1 1 heures ; je longeai la côte en gouvernant au nord-est , et à midi je mouillai devant Whanou. Les habit ans nous reçurcfnt comme à l'ordinaîre sur le rivage. L'injterprète me présenta à cinq chefs auxquels je fis des présens semblables à ceuxque j'avais offerts aux chefs d'Âxn^ mah. On me conduisit ensuite à la maison des esprits » où je commençai mes opérations en disant que je venais pour^cheter^tous les vieux objets que les habitans auraient pu se j^curer des débris des vaisseaux naufragés sur leur côte , et je demandai si quelqu'un avi^t souvenir de ce naufrage. On me répondit que tous ceux qui en avaient été témoins étaient morts » mais que les habitans actuellement vivans avaient appris de vieillards qui n'existaient plus, qu'un événement semblablcav^ât eu lieu ; que les gens de Whanou possédaient quantité d'objets provenant d*un des vaisseaux naufragés, et que ces objets avaient été ramassés sur le récif h enriron
^ lis m
mi-distance de Whanou à Patou ; que , d'après ce qu*on leur av^it rapporte , la nuit où le vaisseau se perdit y il s'était élevé un ouragan qui avait brisé les arbres à fruit , abattu des maisons et causé d'au*^ très ravages ; qu'un second vaisseau s'était perdu près d' Ammah ; qu'il s'en était sauvé quatre hommes qui étaient allés rejoindre leui*s compagnons « occupés à bâtir un autre vaisseau à Paiou. On affirma qu'aucun homme des vaisseaux naufragée n*avait été tué à Dennemah ni à Whanou. Beaucoup d'hommes, disait-on, s'étaient sauvés d'un des vaisseaux qui avaient péri, et ces hommes avaient bâti un petit navire sur lequel ils étaient partis, laissant deux des leurs à Paiou. Les deux blancs demeurés après les autres étaient connus des insulaires sous le nom de Marrah^ et n'étaient pas mariés. L'un d'eux résida avec la tribu de Paiou et l'autre avec ceUe de Paueoriç. Le premier était mort À Paiou il n'y avait pas longr-tems: Quant au second , on donnait sur sa disparition les mêmes, détails que j'avais recueillis à Dennemah et à Ammah. On assurait qu'il ne re54ait plus sur le récif aucun débris des vaisseaux naufragés. Je dis alors que j'avais appris que plusieurs têtes des hommes tués après avoir échappé au naufrage avaient été offertes aux dieux dans la maison des esprits *, mais on le nia , et bien que j'eusse examiné soigneuse-
nfent tous les tei6plés , je ne trouvai aucune trace d'une semblable offrande.
i¥ Les gens de ce village me parurent très-rréservë^ dans leurs réponses , et surtout semblaient ne faire qu'avec répugnance celles qui regardaient le massacre des Européens et l'offrande de leurs crânes ; mais> d'après ce que j'ai appris du Tuco[»en et des naturels qui visitèrent le vaisseau à notre arrivée , je ne doute pas que les gens de Dennemah et de Whanou n'aient tué quelques-uns des hommes qui avaient échappé au naufrage.
» J'ai acheté à Whanou les objets suivaôs : Une grande cloche ayant un morceau enlevé à la partie supérieure, n'ayant pas de battant , et portant une croix et trois figures moulées, avec ces mots : Bazin m'a /ail, placés à la droite de la croix ; une poissonnière en cuivre a^ec son couvercle et ses anses intacts, et timbrée de deux fleurs de lis; quatre crocs à palan ; deux gramls clous ; deux masses , dix chevilles de fer de différentes dimensions ; un morceau de guiriande de proue ; une grande barre de ier avec une croix à un bout ; une cheville de fer avec un trou de goupille ; un morceau de baguette de fusil avec d'autres morceaux Ae fer dé diverses formes et dimensions; deux plateaux de balance, J'un en cuivre et l'autre en bois tourné.
» A !2 heures, j'allais partir de Whanou pour rejoindre le vaisseau en achevant le tour de l'île.
lorsqu'une pirogue poussa au large pour se rendre à Dennemah* Les deux jeunes gens de ce village dësirèrent profiter de cette occasion pour retourner chez eux. J'y consentis, et je leur fis présent à chacun d'une hache, d'une pièce d'écarlate » d'un couteau et de quelques hameçons. Ils parurent trèssatisfaits. Je fis voile ensuite pour rejoindre le vaisseau. Depuis VHianou jusqu'au mouillage du vaisseau, nous ne rencontrâmes qu'un seul endroit habité, p .
- Ne trouvant pas le rapport' ci-dessus assez positifrelativement aux deux blancs restés sur l'île après le départ de ceux qui avaient construit le brick , Je demandai à M. Cbaigneau et à Martin Bush^rt ce qui s'était dit stir ce sujet à Ammah et à Whanou. Ils me répondirent :
« Nous avons entendu les naturels de Whanou et d'Ammah dire que l'un dea deujc hommes qu'ils avaient, nommé Marrah mourut à Paiou, il y a environ trois rackeys ( trois retours de mousson du nord-ouest ou trois ans ) , et que l'autre partit avec le chef de Paucorîe pour aller se réfugier dans quelqu'une des îles voisines. Nous ne les avons jajnais entendu dire que le chef de Paucorie et l'homme blanc qu'ils appelaient Marrah étaient Jes deux seules personnes de la tribu qui se fussent enfuies , mais que toute, la tribu avait pris la fuite. >»
Du 2 1 . Jolies brises de vent alise. A mer basse »
j'allai avec trois canots sonder la passe IKlk>n , qui ddbouche à Test dans la baie de Bayley et à Icaesl dans celle de Lushington , et qui est bomëe au nord par la pointe Bryant et au sud par la pointe Ghester. Vers le milieu du chenal , qui n*a pas plus d'otie encablure de large , il y a une chaîna d*ama^de corail recouverts de quati>e à neuf pieds d*eau à mer basse. A une encablure à Test et à Touest des extrëmitës de cet ëcueil , on trouve no brasses , et des deux côtés il y a passage pour un vaisseau de moyen tirant d'eau. La passe au sud a environ 60 pieds de largeur, et celle au nord 90 pieds. La plus petite sonde que j'aie obtenue dans la dernière ëtait de 3 brasses à 3 brasses et demi« à basse mer de grande marëe,^et dans la première 4 brassés. La partie de la passe du nord qui n*a que 3 brasses à 3 brasses et demie, se trouve sur un banc de 1 20 pieds de longueur de l'est ài l'ouest , et aux deux extrémités duquel le fond augmente subitement jusqu'à 10, i5 et 20 brasses. En balisant la passe Dillon , au nord et au sud de Técueil , un grand navire pourrait y passer en cas de nécessité.
Je revins à midi, et, à une heure , j'envoyai les canots explorer lapasse de Birch par laquelle le vaisseau était entré. Les canots gouvernèrent dans différentes directions à partir du récif en dedans duquel nous étions mouillés. Le prunier canot prit celle de l'E.-N.-E. et dériva considérablement sous
îi^ i39 ^
le vent, ^algrë cela, il doubla le rëcif qui s'ëte&d au large à partir de la pointe est de Tîle d'Amherst , et ne rencontra sur sa route qu'un banc sur lequel il restait lo brasses d*eau.X.e second se dirigea vers l'est et rencontra deux bancs sur lesquels il n'y av^ que 2 brasses d'eau, bien que la marée fut plus d'à moitié montpe. Le troisième se dirigea Ters l'E.-S.-E. le long du récif qpii borde la côte de la grande île au*sud du chenal; il trotnra plusieurs bancs et am^s de corail détachés , sur lesquels il n'y avait que 2 brasses à 2 brasses et demie d'eau.
La basse mer eut lieu à 10 heures 10 minutes , et , selon toute apparence , la mer haiite à 5 heures moins 10 minutes. La marée s'élèTe de 4 à 5 pieds, dans la baie ; le jusant porte à l'ouest et le flot à l'est. Je conjecture qu'en dehors, le jusant, le long de terre, porte au N.-O., et le flot au S.-E. Il y a, au large de la pointe du récif j^ès duquel nous jetâmes d'abord l'ancre , un banc de corail , situé dans la direction du N.-O. de cette pointe , distance d'un quart de mille. U restait alors sur ce banc 3 brasses d^eau , et il n'y avait pas de brisans. Dans les mortes eaux, la mer brise d'une manière ef** frayante sur ce banc , entre lequel et la pointe du récif, il y a au reste grandement de la place pour faire passer un vaisseau.
Nous reçûmes dans la journée la visite de presque tous les halÂtans mâles des deux viUa^s voi*
sins de notre mouillage. Ils nous apportèrent, comme à Tordinaire , des cocos , des bananes , du poisson et du tara , qu^ils nous vendirent cher , ainsi que de cputume. Ayant appris que nous devions repartir sous peu pour Tucopia , ils témoignèrent du regret de notre départ et chargèrent notre interprèle de notis prier de les prévenir quelques jours À Tavance, afin qu'ils pussent nous apporter des provisions pour notre traversée.
Dans l'après-midi , nous prîmes un des énormes requins qui sont. si nombreux dans cette baie. Je destinais ce monstre en présent à sa majesté noire , Néro , roi de Davey, et je voulais le lui faire porter en grande pompe au retour de mes canots ; mais , n'ayant pas fait part de mon intention à l'officier de service , le requin mort fut rejeté à la mer quand on débarrassa le pont pour le branlebas du soir.
Du 22. Employé l'équipage à tout préparer pour reprendre la mer. A 8 heures du matin , j'envoyai trois canots sonder le chenal Hayes , jugeant cette précaution nécessaire , au cas que je ne pusse louvoyer pour sortir par le chenal de l'est à raison des nombreux écueils dont il est parsemé. En prenant la passe DîUon que j'avais fait reconnaître la veilje , je pouvais déboucher en mer à l'ouest de File Amherst en traversant la baie Lushington. A 2 heures et demie, les canots revinrent avec un rapport satisfaisant sur le chenal Hayes, dans lequel
ïi> l4l ^ •
il y ayaii àsscz d*eau pour que tout vaisseau put gagner la mer par un bon vent.
Les naturels de notre voisiqage vinrent comme d'habitude. Le principal article qu'ils apportèrent était des cocos y ^our lesquels le chef demanda des bouteilles vides ^ raison d'une pour dix cocos. Je leur achetai aussi quelques poissons de Fespèce des mulets, très-beaux et plus gros qu'aucun de ceux que j'eusse jamais vus à la Nouvelle-Zélande ou nulle part ailleurs dans la mer du Sud.
liu aSi. La journée commença avec un. tems sombre et un vent frais- qui soufflait juste dans la direction du large vers notre mouillage , dé manière à empêclier le vaisseau de mettre soiis voiles. Un peu après le point du jour, il nous vint quatre ou cinq pirogues montées chacune par quatre hommes, qui nous apportèrent des productions de l'île et demandèrent en échaiigc des bouteilles irides. Son excellence Morgan Mac Marragh leur montra un miroir qui leur causa une extrême surprise. Ils appelèrent auss|itôt leurs compagnons restés dans les pirogues pour qu'ils vinssent voir cet enchantement. Morgan et les autres Nouveaux- Zélandais sourirent de pitié pour Tlgnorance des pauvres Maniiicolais , et ne parurent pas peji fiers de leur supériorité sur ces insulaires. Je trouvai en eux une admirable caricature de ces demi-savans de nos contrées , si bouffis d'orgueil et ignorant souvent
tout ce qtn ne ie rapporte pas immëdîatement à Tobjct spécial de leurs études : témoin ce légiste qui se moquait d*un matelot parce qu*il n*entendait pas les termes demandeur et (fêfendcnr, et qui, luimême , n'aurait pu distinguer tribord d'avec bâbord.
Le roi Néro était au nombre de nos visiteurs , et , comme j'exprimsû le désir d'avoir quelques feuilles de cocotiers pour en feire des corbeiHcs et d'autres ouvrages de vannerie , il offrit de m'en apporter si je voulais lui confier un canot, ce que je fis. Il paitit accompagné de ses deux soivans et de son excellence Morgan Mac Marragh. Bien qu'ils ne pussent entendre mutuellement leur kngaget avec cet instinct que possèdent à un si haut degré les sauvages , ils réussirent par signes à s'apprendre l'usage de leurs armes respectives. Les Manntcolab enseignèrent aux Nouveaux^-Zélandais avec -quelle certitude ils pouvaient ajuster une flèche empoisonnée dans l'oeil d'un de leurs ennemis , et ceux-^i , à leur tour, indiquèrent par une pantomime expressive comment ils coupaient la tête aux leurs. A midi le canot re^nt avec ce que j'avais «demandé.
Je voyais avec un regret infini que je ne pouvais apprendre d'une manièi^e satisfaisante , par l'intermédiaire de Martin Busbart et de Rathea, les détails 4lu naufrage ni ceux du massacre d'un certain nombre des survivans à Dennemah et à Whanou ; je
di^sîrais ncanmoinâ be perdre ancufie chance d'obtenir des éclaircîssemens sur un sujet quiinteVessait le monde entier. II existait encore sur l'île plusieurs individus qui avaient une connaissance personnelle de la catastrophe ; mais , d'ici à quelques années , il ëtait probable qu'ils mourraient, emportant avec eux les seules preuves orales qu*on pût avoir de la réalité de con}ectures approchant autant que possible de Incertitude. J'imaginai un moyen pour remé^r à ce fâcheux inconvénient. C'était de laisser dans Tîle^ parmi les babitans de Whanou, un jeune homme qui pût apprendre leur langue , et , par ce moyen , ^ acquérir pei>à peu , dans ses conversations avec les vieillards, la connaissance de toutes les circonstances du gaufrage et des événemens qui en forent la suite. C'ét^ , à mon avis> la n^rclo^ la plus sûre à suivre pour parvenir à connaître positivement quel avait été le soit de T^ Pérouse. Je fis part de mon projet à Stewart, le jeune Anglais que j'avais recueillie Tueppia, lui faisant envisager les avantages qui résulteraient, non-seulement pour l'intérêt général, mais encore pour le sien propre , d'un séjour de quelqy es années à Mannicolo , pendant lequel il prendrait connaissance de la religion, ainsi que des mœurs et usages des naturels ; il accepta ma proposition en me disant qu'il lui importait peu dans quel endroit il résiderait pendant trois ou quatre ans, si les renseignemens qu'il se serait {WToçurés durant cet
inten'atle pouvaient intéresser le public et le mettreà même de s*avancer dans te monde. Je ne manquai pas de tui rappeler que le climat de Mannicolo était mal sain et quHt ëtait important quHl ne compromît pas sa vie en prenant part aux guerres des in-sulaires. Il m'engagea à être tranquille sur son compte, assurant qu'il avait l'intime confiance de ne pas mourir avant le tems fixé et que son séjour à Mannicolo n'amènerait pas le terme de son existence. Stewart est un jeune homme fin , d'environ vingt-cinq ans , et dont l'esprit naturel a ëtc développe par une éducation passable.
Le tems se maintint sombre toute la journée avec de légers éclairs dans la partie du sud-ouest. Gomme c'était précisément le jour de l'équinoxe, cette circonstance expliquait le désordre des élémens.
Du 24. Tems couvert avec une légère brise de la partie de l'est et des ondées de ^luie par intervalles. A la pointe du jour, j'envoyai l'interprète à terre demander au roi Néro la pei*missioQ de faire couper une certaine quantité de bois à brûler. Sa Majesté noire me l'accorda en disant à Rathea que je pouvais faire couper du bois partout où il me plairait , qu'il regardait le pays comme m'appartenant, et lui-même comme soumis à mes ordres. D'après cela j'envoyai à terre une corvée co\nposée d'Indiens sous la conduite du marquis
de Wycmalîe €t de Morgan Mac Marragh avec neuf hache$.
Les insulaires nous apportèrent , dans la jour-* née , des végclaux , quelques esparres et des flèches. Getait^la première fois que je leur voyais apporter des armes de ce genre ^ et je demeurai persuade qu'ils ne l'auraient pas fah si quelques personnes du vaisseau n'eussent témoigné le dé-^ sir d'en acheter pour en faire^préseitt à leurs amis lors de notre retour. •
Ayant h^aucoup entendu parler de la vertu mortifère^ de ces flèches, je voulus |uger par moi« inémc sHl était vrs^ , comme on me Tayait <£t , que la moindre piqûre de ces armes redoutables fût mortelle. Dànsi cette vue , -j'engageai un des insulaires k aller à terre me chercher de la gomme dont ils se servaient pour enduire la pointe de leurs flèches. Au bout de très -peu de tems , cet homme revint avec trois corbeilles remplies de noix de la grosseur et de la forme d'une grosse mangue du Bengale. Un des officiers venant d^achcter quel-* qucs flèches, j'invitai Tinsulaire à en empoisonner une devant moi. Il commença par biîser une des noix qu'il avait apportées , puis il en gratta l'inté-*rieur avec l'ongle de son pouce jusqu'à ce qu'il en eût fait sortir un peu <?e suc qu'il prit entre le "pouce et l'index et dont il enduisit le bout de la flèche. Il prit ensuite un peu de chaux en pou- II. 10
dre dam sa boite k bétçl , -en fit un petit tas sur sa cuisse nue , y porta le bout de son doigt encore kumide et frotta la pointe de la flèche )usqu*à ce que le soc dont il l'avait emloîteprit la consistance d'une pâte lëg^e. L'opeFation se troifra alors terminée. La partie de la flècbe ainsi prép^e pouvait avoir hmk pouces. Ce n'ëtait pour moi que la moitié de rei^>ériénce et je vouitis lapouisser jusqu'au bour.
Il y ava(it sur le pont une dojuzaine de naturels qui tous, ainsi que Ratbea, affirmaient positiveflMontqae la moindre j^qâre qui ferait venir le sang catMerait la mort an boutade cinq jours au plus tard. Martin j^shart difc qne ^ pendant ^ résidence à Ttt^ cofMa,. on y apporta ^ de Maomcolo , des flèches ampoisonnëeaavec une desquelles un amatit rebuté blçssa sa maîtresse , qui mK)unYt quatre ou cmq jours après dans des douleurs horribles. Il cita aussi plusieurs exemples dé querelles particuBères où les flèches avaient été employées^ avec le même résul- Uin avant que des amis^ pussent inlervenir pour empêcher qu il ne fiH fait usage d'armes à la blessure de^queSes €«q ne pomvait porter rëijEièdé.
Tons ces disc<»irs ne m'^nt point convaincu , je fis prendre ou amoial dans k parc à cochons et avec un couteau il' hri fut fait une incTstôti dans la p^iude la cuisse ; j'y. introduisis la flèche quW venait de préparer jusqu'à ce qu'il sortît quelques gouttes de sang. En voulant retirer la flèche la
pointe cassa et demeura dans la blessure. J'ordonnai alors qu'on remît lé porc où on Tavait pris.
La noix en question a lenvcloppe un peu molle cl ressemblant^ la peau du mangoustan. Avant sa maturité elle est verlç; mais, en mûrissant , elle devient rouge. Le noyau est assez semblable à une poix d'Europe; mais si^ç ou huit fois plus gros. L'extérieur de Tenveloppe est couvert d'une espèce de. croûte comme celle qui se fornft dans Tintérieur des bouteilles de Porto quand le vin vieillit. Je pris environ deux cents de ces noix pour le jardin botanique de Calcutta.
Du 25. Brises légères de vent alise , beau tems. L'état de la mer^ qui était unie comme un miroir, nous procura la visite de presque tous les insulaires mâles des environs. Deux femmes qui tra- -versaient la baie vinrent aussi à bord pour avoir quelques graiï^s de verroterie que leur monti*a notre î^une fille de Tonga. Vers le soir, à leur retour de Davey, elles nous firent une seconde visite sans y être invitées, preuve de la parfaite confiance que Tious avions inspirée à ces sauvages. La nature n'avait pas favorisé ces femmes; Tune d'elles était déjà avancée en §ge el proportionnément laide ; c'était tout ce qu'un Européen peut imaginer de plus repousiiant. L'autre était une jeune fille d'environ dixliuiVans qui, dans tpute autre île de la mer du Sud, que Mannieolo , aurait pu atteindre l'âge de Ma-
^ lis <
iKusâlcm avant de trouver à se marier. Elles étaient vêtues d'une espèce de cotillon qui les couvrait depuis la ceinture jusqu'au genou , et elles ajoutaient aux charmes de leur personne en mâchant une énorme quantité de bétel et de chunam.
Le marquis de Wyematie et les gens sous ses ordres, achevèrent, dans .la journée, de faire notre provision de bois. Dans le courant de cette opération, il arriva un accident qui me causa beaucoup de peine. Le médecin du marquis, que j'avais baptisé du nom de Robert Tytler, se fil au pied une large blessure, avec sa hache, et perdit considérablement de sang avant qu'on ne pût le transporter à bord où le docteur Griffiths le pansa. Cet homme avait pendant long-tems partagé la fortune du marquis , dans ses diverses campagnes contre les gens de la tribu de Borou , et éprouvé toutes les vicissitudes de la guerre. Quoique jeune ,' il était regardé comme très- expert à disséquer ou dépecer les tués dont son noble maître se régalait dans ses festins , et il était généralement reconnu parmi ses compatriotes que Tytler était le plus habile homme de la Nouvelle-Zélande pour saler une tête humaine.
On peut se rappeler qu'en plusieurs occasions, et notamment à Tonga , j'avais eu de très-graves sujets de mécontentement envers mon second officier. La nuit précédente , entre trois et quatre heures du matin , je vins sur le pont et au lieu du mou-
veulent qui existe naturellement parmi une bordée de quinze hommes qui font le quart avec vigilance , lé calme le plus profend régnait autour de moi. Je ne trcmvai qu'un seul homme en vigie à la poupe^ C'était le quart du second officier,, et, après l'avoir cherché de tous côtés sur le gaillard , je montai sur la dunette pensant qu'il pouvait y être , mais il n'y était pas davantage. Je demandai alors au matelot en vigie où était rofficier de quart. Cet homtne me répondit qu'il était sut le gaillard. Je répliquai que jel'y avais cherché en vain. Au bruit de cette conversation, un autre marin s'éveilla et, en se frottant les yeux, me dit que l'officier était sur le passavant. J'y allai sur-le-champ et je trouvai ea efFet l'individu que je cherchais profondément endormi, la tête appuyée sur le bastingage. Je le poussai, vivement. Il se réveilla en sursaut et tout chancelant il s'écria d'une voix *mal articulée : « Oh ! capitaine Dillon ! » puis il se laissa tomber sur un canon. Une faute si souvent réitérée ne pouvait rester impunie. En conséquence , j'ordonnai qu'on enlevât son bagage de sa cabine et qu'on le portât à l'avant du vaisseau. Dès ce moment , cet officier, indigne dé son rang se trouva démonté. Je désignai pour le remplacer M. James Haptey, jeune homme qui avait fait sous moi son apprentissage du métier de la mer.
Du 26. Bonne brise de vent alise. La mer étant
très-houleuse dans la baie , le vaisseau tanguait c<hisidffrablement.
Nos voisins les ïnsulaîres nous rcnâirent leur visite accoutumëe. Pendant que j'en avais six ou ht|it assis autour de moi , je leur fis dire que j'avais lintention de visiter les tles d'Otouboa , Indenny , Marne et Thamaco, situées dans leur vc^sinage, et que je désirais savoir si quelqu'un 4*eux voulait m*y accempagner. La plupart déclar&rent qu'ils avaient déjà visité ces îles, et en particulier um homme d'une cinquantaine d*amiées dttqully était allé quatre fois et deux à l^icopia , dans le tems ou le chef Borey Thamaea avait rhabitûde Àe venir à Mannicolo. Jedemandai à l'interprète si cet hommes qu'on appelait Scrou , disait la vérité, fl me répondit que oui. Je dematidai alors k Serou comment il était grand à l'époque du naufrage des va4sseaux« Il me montra un garçon d'environ quârtorse ans et me dît : « Comme cela. » D'âpre cette réponse , j'engageai avec lui la conversation suivante :
<c Borey Thamaea , chef de Tucopia , était-rl ici à cette époque ? » -^ « Non. Thamaea ^taKt^aloI^ à Tucopia ; mais il vînt bientôt après. »
« Counaîssez-^vous ^e Tûcopien bosisu qui a résidé -quelque tems ici? » — « Oilî. Ta Faou était mon beau frère. *
« Ta Faou était-il ici lors du naufrage: ^'^^ *tOai. Il habitait près du lieu oè vmis wez fait del'eau. ^
« Y èui-îl quelques hommes du vakseau naufr^^ 4 Patou tués à Dennemah? » — « Non. Mais les homBieft blancs vinrent de Pàion , dans un b^f^tay josqaau rëcif près de Dennemah , tt tuèreat le dhef de ce village qui s*appelait Naourey» Ik ip^irent un instrument dans leur boache , soujflèrènt du fe« et Ton entendit un grand bruit. Naourey fut blesse, tomba en dehors de sa pirogue et mourut. NaoïMrey ëtait alors à pécher. On n'a ja^aAais retrouve son oDrps. C'est pinsi que sa vçto^i fut racontée paç ceux qui étaient à pêcher avec lui% »
Les assertions de Serou lurent appuyées par plu* sieuits hommes de Davey , qui , à chaque partie de son court récit , déclaraient qu'il disait vrai , ou le redressaient quand il se trompait. Serou et un autre insulaire racontèrent qu'il y avait eu, à Whanou, ' un gprand combat ei^re les hommes blancs et les habitans de ce viUage dont tons les chefe avaient été tués au nombre de cinq , savoir : Yaleco , Oley , Amea, Felo etTàbinga; que presque tons leurs gens avaieiat.été tués paiement , ainsi )que dÎK de» h<Mnmes Uancs dont les tétœ forent offertes à la
divinité.
J'eiK^itoyai j^s de deux heures à cette enquête , non p^ ^nt par la faute de Busbart que par celle de Rathea qui connaissait encore moins la langue de M^kimkok) que Martin ëelle de Tucopia. Rathea
avait pour habitude de questionner les Mannicolai» dan3 sa propre langue qu'ils n'entendaient guère. Je lui fis dire par Bushart que je voyais bien qu'il savait peu ou point la lang^e des gens à qui il s'adressait. U l'avoua et s -excusa en disant que ceux qui Teoaieià jeunes à Mannicolo pouvaient en apprendre la lai^e ; mais, qu'il était déjà âgé quand il y vint pour la première fois.
Ayatit complété mon bois et mon eau, je mepreparai à partir ; mais voyant que le vent ne semblait pas devoir passer de longtems à l'ouest, au sudouest ou au sud , de manière que le vaisseau pût sortir de la baie par la passe de Birch , je me déler-* minai à prendre la passe Dillon et à gagner la pleine mer en franchissant la baie Lushington et k che nal Hayes. A une l^cure après midi, je partis du vaisseau, emportant dix-neuf bouées pour baliser la passe Dillon. Aux orins^eces bouées, j'avais étalingué , en guise d'ancre , de grosses pièces de corail ; mais , en tes laissant tomber sur le récif , elles glissaient jusque dans les grands fonds où mes bouées les tenaient suspendues et dérivaient ellesniêmes entraînées par lé com'ant. Ayaiat échoué dans cette tentative, je fus obligé de retourner à bord du vaisseau et de préparer mes bouées d'une autre manière en substituant de très-grosses pierres aux morceaux de corail.
Du 27. Fortes brises de vent alisé , tems couvert
et grande houle dans la baie. Après notre déjeuner, il Boas vint cinq pirogues de Dennemah , avec une quinzaine d'hommes qui nous apportèrent les articles suivaiis:
Deux morceaux dé courbe en fer.
Une grande cheville dé ehàfne de baubân avec sa tête. Deux mprcenuc de ckaines de baulMns.
Un pot. d!étaiii ayant l'anse, i^l le Iiiord, cassés. Un cercle de baril en cuivre portant une marque qui paraisr sait ressembler à une (leur de lis.
Cnq morceaux de fer, de diverses longueurs ; très-oxidés.
Je conjecturai que le cercle en cuivre provenait 4'un baril de poudre. t
A deux heures après midi, la.marée «étant basse, je partis avec ma chaloupe pour essayer de nou-i * veau à baliser le chenal de la passe Dillon. J'y rëufrsis , quoique le temsne fût pas favorable à cette opération ; le vent soufflant ti'ès-fort , et les nuages qui couvraient le soleil , par interyalles.de cinq à six mi- Dutes, nous empêchant d'apercevoir les ëçueils que nous cherchions pour y placer des bouées. Les naturels nous a'pporlèrent des rotains tout aussi bons que ceux de Malacca, et qui pourraient^ par la suite, devenir un article de commerce avec la Nouvelle- Galles où ils serviraient à faire des fonds de siège. Cet article se tire aujourd'hui de Calcutta et de Canton.
Il nous vint le long du bord un pa^uvre insulaire
afflige d*uB hydrocèle semblable à cekrique )*ai»id remar^ië chcs imr Espagnol , à OtaSM. Sans exagëratioii, celte tofuear ënonne a?ato k groslievir d^un baril de poudre de cinijuante livres. Les kisalaires qui se trouvaient à bord se mirent à plaisanter sur Tinfinnitë dé ce malheureux ; }^fk iémoigMi mon mécontentement de manière à mettre «m tern^ à ces railleries inconvenantes. Toucbé de compassio9 ponr cet homme, je lui envoysd deux ou trois verges de gourrab bleu qu^il reçut avec de grandes marques de reconnaissance ; il me fit présent en retour d'une doiuzaine d*anneaux d'écaillé de tortue qu'il' ôta de ses oreilles.
Depuis l'épreuve de la flèche , nous avions , le clubhirgîen et moi , observé atleniivement Tanimal sur lequel celte épreuve avait été faile , et notH n^aviôns aperçu aucun dérangement dans sa santé : il mangeait conçime à l'ordinaire avec la gloutonnerie de son espèce ;. la ble^ure s*était un peu enflammée et avait pris l'aspect d'un abcès qu'on a ouvert pour donner isisue à la matière purulente ; la suppuration était assez abondante.
Dtt 28. Vent trèsWioIen*, tems couvert et grande houle dans la baie. Nous eti ressentions les effets d^n^ teanière assez désagréable , quoique nous fbssiotis abrité's par la terre. Si le vaisseau eût été mouillé à mi -distance de son poste actuel à la terre , H se set^ii trouvé entièrement garanti
de tout dang^ résultant de la violence da vent et des lames. L'^at du lenls ne me permît pà^ de mettre à la voîle pour frahcWr la passe ÏHU Ion ; ]e fiis 1 ekpiorer eneote une fois avec dei ranot^ ; je 4a soldai dafts ses divèr^^ parties, ék |e plaçai tke nouvelle lycmëes pour kïùm ^etvit de ptîdà ^and ie tems nous pen(»et^râk d^a^ paiètller*
Une pirogue nous vint de Wha^nom ^ apipoiti un »orceana de fer fintxiant la partie coudëe d'une eburbe, ainsi >qu\me très-*gra»de clievUle et um esnArt petite. La plus grande paraissak avoir éti tirée de l'e&u diefmîs ai^sez pem de teios. Cela me fit siïppioser que Ton pomrait encore trouver ^uet*qvies débris d^ vaisseaux saior le récifs «si ron venait à déconvir la place où ils avaient iait nau«^ frage. Je résolu» , en conséquence , de mouittef le vaisseau dans nn endt^t plus sûr de la btie , et de partir moè^néme ^a^c qtiatre èauMs pour examiner les récifs depuis Whanott jusqu^à De** semah.
Par un be«ci tems , les réci4is qm entourent F^lé àm côté de Test, dk sud , du sdd-^ùest et de Fou€»st , MtEÈt 'découverts dêptiis toi-jusatit jtis<tpi'à mi-41ot ^ et l^rs des pdus hira^s marées (fis ne 9o«t pas couverts de pkis de quatre pieds d'eau dam la plu|mrt des endv^iits; dans quelques s»-^ très ils Testant touj^um À sec. I^diidant ieS'^:mips
ip* i56 <<
de vent du large , \ts lanles brîseot avec vio^ lence contre ces masses de coi^il , ejt , après s'être ëlevées à une hauteur d'au moins ao pieds , retombent dans Tespèce de canal qui sépare la chaîne de récifs de la côte. 15ur les rëçîfs qui entourent la partie nord de Tîle , il reste à marée basse de 9 à m pieds d eau » et iâ mer y brise rarement , ce qui les rend d'autant plus dangereux pour les vaisseaux.
Du ig. Au point du jour , commencé à désafTourcher le vaisseau. A 8 heures , je fis venir le dessinateur (qui se trouvait être devenu le second à commander en cas d'accident ) et mon premier officier , pour les consulter sur le point de savoir quelle passe nous devions prendre pour gagner. la pleine mer. Le premier fut d'avis que nous devions sortir de la baie par le même chemin que nous étions entrés ; tandis que le dernier pensait , ainsi que moi , qu'il fallait prendre la passe Diltoji.
Comme nous devions faire encore une fois le tour de l'île avec nos canots , je jugeai qu'il convenait de laisser pour le moment k vaisseau dans la baie où il se trouvait , afin de {>rendre la passe IMlloù lors des grandes jnarées, où il y aurait sur les bancs 5 à 6 pieds d eau de plus qu'il n'y en avait alors. Nous iioùs bornâmes en coi^éqnence à touêr le vaisseau pour l'approcher da-.
vantage de la côte vers Tendroit où nous avions fait notre eau, et à quatre heures, il se trouva affourchë par î5 brasses d'eàu. Je fis ensuite préparer (Juatre canots pour la tournée que je devais entreprendre le lendemain.
11 ne nous vint des pirogues que très-tard dans Taprès-midi. Elles nous apportèrent un morceau de pince en fer avec les dents intactes , xm morceau dé cheville , et une chaîne de galhauban.
Quoique cinq jours se fassent écoulés depuis r^xpërience faite sur le porc , il c?tait toujours en parfoite santé.
Du 3o. A six heures du matin je partis avec quatre canots portant vingt -neuf hommes armés,, pour faire une reconnaissance complète dé Tîle et des récifs qui Tentourent du côté de Fcst et du sud , afin de découNTir , s'il était possible , le lieu où les deux vaisseaux avaient fait naufrage^
Quand nous eûmes doublé le cdnp ResearoH ^ je trouvai que le vent soufflait avec violence du S.-E. , et que la mer était assez grosse pour met-» tre en danger tout autre embarcation qu^un bateau baleinier. En conséquence ,- à sept heures 4 je fis signal aux autres canots de me suivre pour faire le tour de l'île par le nord et l'ouest. Peu de tems après nous franchîmes la passe Dillon, la baie Lushington , et nous doublâmes le cap Hayes. Nous descendîmes au cap Harrington , où
^ iS8 ^
nous, trouvâmes quelques gens de Whaiiou qui étaient venus là pour planter du tara , des cannés à sucre et des bananiers. Je reconnus biei^ tôt qu'Us ne posséd^ent point d^ob^l de qiielque consëquence ayant apps^e^u aux , vrâseaiix naufrages ; mais^ Tun d'eux avait passe ^soisversalement, daias le t/ou dont ces insiataires percent la cloison die leurs narines , un moreeâu de tube de veiTe; )e, le décidai à ^ s'en défaire. Lui ayant demandé où il avait trouvé cet objet , il me répondit que c'était sur le récif où s'était perdu le vaisseau ». près de Paiou. Ce morceau de tube avait prè»;^de troîsr pouces de longueur et paraissait être un fragitieni de celui d'un thermomètre.
Nous nous rembarquâmes et fîmes route vers Whanott. En débarquant à ce village nous trou vâmes sur le rivage tout ce qu'il contenait d'ka* bitans , qui vinrent nous recevoir , M. Ru&sell , M. Cbaigneau et moi , et nous conduisirent à la maison des esprits, oui' on nous donna des nattes pour nous assieoir* On nous servit ensuite des cocos, et de la tortue cuite , que les naturels nous dirent être excellente. Us nous informèrent que la plus grande partie des babitans étaient allé^ dans différens endroits de l'îlo tra? vailler à leurs plantations , et^ nous dirent qu'ils avaient fait la veille une heureuse pèche , ayant
pris une tortue avec «n fifet neuf. Ils nous montrèrent le foiir dans lequel ils aidaient fait cuire cette tortue , et s'étendirent en ëloges sur Texcelknce de ce mets d'Hne ntanière qui: eût fait honneur an plus gastronome des aldermen de Londres* La ^hair , disaient-ils , était exquise , et l'ëcaîBe Irè^-préeieuse pour faire des pendans d'oreiUcs; lU no»$ montrèrent ensuite quatre gros régimes, de Ikinapet^ et uiïe grande quantité de tara râpé pour foire du pudding, tt ils nous invitèrent à rester pour premirc part au festin qu*aUait doitner aux dieux Thoi^ame qui avait pris la tortue , pour lôur rendre grâces <ïe rheureuse chance qu ils avaient accordée au fikt neuf; Je refusai cette invitation^ hospitalière , en ' alléguant que ]^Vi\s une longue route à faire avant la nuît ^ et ^'engagefî tou^ les individus présens à m'ap-» porter toul ce qu'ils se seraient procurés d'objets prov^KMint du vaise^eau naufragé à Paiou, promettant dé leur en donner un bon prix.
On envoya sur-le-champ quelques hommes chercher les objets que je désirais. Pendant ce tems ii je fis dire aox habitans du village que Ste wart souhaitait àemenvef parmi eux. Ils' en parurent très-coâte«6; et promirent de bieto traiter ce jeune homme jusqu'à mon retour ; après quoi ils me demandèrent en quel endroit mon vaisseau jeterait Tàncre lorsque je reviendrais. Je leur fis répondre
. que ce serait devant leur village. A ces mots , ils s'cleva une acclamation générale et telle que je crus que Tédifice allait s écrouler.
Leurs transpotts ^tant un peu calmés, ils exposèrent les raisons qui leui* faisaient approuver mon intention , et pour m'y confirmer , ils commencèrent à médire de leurs compatriotes habitanis de Davey , village près duquel le vaisseau éfait mouillé. Ils supposaient qu'en dépréciant ain^ ces ge^ns , ils acquerraient pour eux-mêmes Une plus grande portion de notre estime.
Sur ces entrefaites \ on apporta devant moi les articles suivans que j'achetai ; Un morceau de forte courbe en fer ; un marteau brisé ; un morceau de cheville ; un petit vase de bois tourné , et enfin le pied d'un chandelier en argent massif ou plaqué , portant des armoiries gravées que quelques-uns de nous pensèrent être celles 4e La Pérouse.
L'heureux propriétaire du filet qui avait pris la ' tortue me conduisit à sa maison où le festin était préparé. Il retira d'auprès du feu une grande feuille de cuivre très-bien conservée et ayant 3 pieds 4 pouces et demi en quarré. Je lui donnai en échange une grande hache. Une de ses femmes le pria avec instance de ne pas se défaire de cet objet ; mais la vue d'une grande hache iui causait une tentation trop forte pour qu'il put y résister.
X^ns le centre de toutes les maisons où j'entrai,
il y avait 'un foyer d'environ huit pieds en carre avec quatre poteaux places aux angles et supportant une claie en bambous. C'est sur cette claie que les naturels déposent leurs ustensiles de cuisine et mettent leurs lignes à sécher. Ik y placent aussi les espèces de havresacs qu'ils portent toujours avec eux en voyage » et qui pourraient contenir un boisseau de grain. Du coté opposé à la porte par lequel j'étais entré , je vis suspendue une espèce de guirlande de têteS de tortues toutes desséchas, excepté une seule qui sans doute était la tête de l'animal pris la veille. -
Après avoir quitté cette maison , je me rencbs sur le rivage pour me rembarquer. J'y étais attendu par un grand nombre de femmes et d'en&ns à qui je distribuai des grains de verroterie et des hameçons. Je remarquai une fempie que je ne pouvais par aucun moyen décider à m'approcher. Je reconnus qu'elk était affligée d'un cancer qui lui avait rongé près de la moitié du visage , et que c'était la crainte de m'inspirer du dégoût qui la faiisait se tenir à l'écart.
Nous repartîmes à midi et demi , et nous nous diHgeâmes au S.-O. , en longeant la côte de Whanou vers Ammah. Un des habitans du village que nous quittions avait voulu venir avec nous pour faire compagnie à Rathea. A une heure et demie , nous atteignîmes Ammah, mais nous- n'y aper- II. 1 1
çûmes amc qui vive. L*hoininc d& Whanou s'empressa de nous en expliquer la cause , disant que tous les habitans de ce village étaient allës à Paiou pour y faire la pêche. Cependant , au bout de quelques minutes, nous vîmes paraître sur le rivage deux hommes qui en appelèrent d*autres , et il eif vint douze ou quinze.
Ayant besoin d'eau , je fis descendre à terre deux hommes de chaque canot avec des barils, et nous nous dirigeâmes vers la maison la plus proche. En passant devant cette maisoh , un de nos gens cria en espagnol : « Voici une fleur de lis. » M. Chaigneau et moi , qui le suivions d*assez près , Tentendîmes, et l'invitâmes à nous monirer l'endroit où se trouvait l'objet qu'il avait découvert. Il nous indiqua la porte d'une maison sur le seuil de laquelle nous vîmes un vieux morceau de planche de sapin sur lequel étaient sculptés une fleur de Hs et d'autres omemens. C'était probablement un fragment des sculptures de la poupe d'un des vaisseaux naufragés , et particulièrement d'un écusson portant les armes de France. 11 avait 4 pieds et demi de long sur 1 3 pouces et demi de large. Il formait datis l'ouverture de la porte une espèce de barricade établie sans doute dans le double but d'empêcher les porcs d'entrer et les enfans de sortir.
Les habitans du village étant pour la plupart absens , j'envoyai chercher quelque individu qui vou-
lût me vendre cette retique. On trouva un chef qui consentit à faire le marché en V absence de ses voi-sins. Quand il s'approcha , je lui montrai du doigt l'objet que je désirais. Il en fit jasant de la petite hache que je tenais k la main ; nous nous entendis mes mutuellement , et l'échange se fit aus^tât. Je me hâtai de faire porter ma précieuse trouvaille à bord de mon catiot» et Tinsulaire me regarda sans doute comme un gn^nd fou dedonner un ob^et de grand prix potir si peu de chose.
Presque au même instant, un des o£Bciers vint me rendre compte qu'il avait vu à la porte d'une maison une meule à aiguii^r. ie le suivis, et je trouvai une petite pierre meulière comme celles dont on se sert dans le nord de l'Irlande, et dans la haute Ecosse pour écraser le grain. En la retour^ aant , elle se brisa. Son diamètre était d'un peu plus de 2 pieds un pouce , et elle était percée au centre d'un trou ayant la forme d'un cône tronqué de 8 pouces de diamètre à la face supérieure et de 4 à l'inférieure. Il y avait à une dé ses faces trois autres trous ayant servi sans doute à adapter les fuseaux et la manivelle. L'un de ces trous contenait Ib bout d'un morceau de fer qui y ^ avait été scellé avec du plomb , les deux autres étaient remplis de ce dernier métal. Les renseignemens publiés par le gouvernement français sur l'expédition de La Pérouse portent qu'une partie de ses provisions con«
sistait en blë séché au four , qvi^on devait moudre au fur et à mesure des besoins avec plusieurs paires de meules embarquées à cet effet. La description de ces meules semble correspondre si exactement avec celle de la pierre que je venais de trouver, que cette circonstance me parut former un anneau important de la chaîne de celles qui tendaient à établir l'identité des vaisseaux naufragés à Mannidolo avec ceux de La Pérouse. L*homme qui s'était arrogé les fonctions de courtier pour les habit&ns absens du village, me donna cette pierre pour une herminetle. Je la fis porter à bord de mes canots , et Je partis sans délai avec les objets suivans :
Un chaînon de cuivre^
Deux grandes masses ou marteaux à' usage de charpentier ou de forgeron ;
Va croc à pal$n ;
Une crampe en fer ;
Un mopceau de penture de sabord 4
Un morceau de fer plat percé d'un trou pour recevoir une vis ;
Une ferrure de gouvernail de canot très-rouillée ;
Un grand clou ;
Deux morceaux de grillage en fer ;
Onze chevilles de fer de diverses longueurs et grosseurs;
Deux morceaux de porcelaine de la Chine paraissant avoir formé le fond d'un grand bow.
Pendant que je trafiquais, M. Chaigneau était activement occupé à fouiller les maisons désertes.
Il trouva dans Tune d'elles ua sac contenant quel-' qae chose d'assez volumineux. La curiosité le porta â ouvrir ce sac, et, à sa grande surprise , il y trouva line tête de mort. On ne pouvait juger si cf était celle d'un Européen ou d'ujn naturel, quoique probablement elle eût appartenu à quelque infortuné marin,' I^a marée ayant beaucoup baissé pendant que nous étions demeurés à terre, les canots dans lesquels^ étaient Hathea et Bushart se trouvaient à utie^fop grande distance du rivage pour que je pusse questionner conmic je le désirais le chef du village au sujet de la découverte de M. .Ghaigneaii.
Gomme j'allais remonter sur mon tanot, j*aperçus à quelque distance un homme qui paraissait plier sous un pesant fardeau» Je m*approchai ^ et vis qu'il portait une chaudière en cuivre de la contenance d'environ i5 ou 20 gallons. J'appris que cet objet, ainsi que ceux que je venais d'acheteïr'; avaient été trouvés sur le rédf où les vaisseaux s'étaient perdus.
Jie fis voile à 3 heures d'Ammah, espérant at-^ teindre Paiou avant la nuit. Le village que je venais de quittei* est situé sur la pointe ouest dé Maimicolo; Le terrain y est assez étevé, et l'on y voit une certaine quantité de cocoliers^. Je donnai à cette pointe le nom de cap Palmer, qui est celui d'une des preûiièi:e$ maisons de commerce de Calcutta. A mi-chemin. enIreAmmab tt Paiou, on trouve une
rivière asses large, dans laquelle nos canots jetèrent l'ancre et s'arrêtèrent pendant la nuit , la première fois qu'ils firent le tour de l'île. Je donnai à cette rivière le nom de M. Ghaigneau. Je nommai la plus haute moâtagne de l'île montâtgne de Charles X, en l'honnetur dn roi de France.
A mesure que- Boas avançâmes vers Paioa , k terrain s'abaissait graduellement depuis la montagne d« Charles X jusqu'à la mer;, la côte est beaucoup plus basse que du cAté de l'est , du nordest et du nord ; eHe était, au reste , également boisée, et l'on ne voyait pas sur toute la côle une étendue d'un acre de terre qui ne fôt couverte d'arbres. Je reconnus que le chenal entre la côte et la chaîne de récifs avait d'un mille et demi à deux milles de largeur, et était parsemé d'amas de corail tout près desquels il y atait 25 et 3o brasses d'^eau. Il y avait néanmoins suffisamment d'espace pour qu'tm ^^^' seau pût louvoyer en veillant bien de la tête du mât pour reconnaître et éviter les écueils détachés.
A 5 heures , nous doublâmes le cap qui borne a l'ouest la baie de Paioîu , et que je nommai cap Molony , du nomî <ie M, Molony, qui exerçait par intérim les fonctions de secrétaire en chef du gouvernement de Calcutta , en l'absence de M. Lushington, U)rsque l'expédition fut préparée. Je do^mâi au cap de l'est le nom de cap Valou , ce à^ la petite rivière
qui se décharge dans la baie celui de notre dessi* Baieur, M.Russell.
'.AS heures un quart » nous entrâmes dans la <rivière. Russell , au bord de laquelle: se trpuvaijeni quelque pirogues , et nous vîœes à terre ,• sur. la rive de l'ouest, trente ou quarante des gens d*>A mmah qui étaient venus là pour pêcher ou pour travailler à leurs plantations. Je diébarquai près d'eux, et leur fis présent de quelques pîêcçs de venroterie et de coutellerie. Ils m'offrirent en retour un p^u de tard cuitf du pudding de tara^ de la tortue cuite et un poisson^rîllé.
Je leur fi& dire par mon interprète que J'avais Tintention de passer la nuit à l'ancre dans cette rivière; mais ils m'offrirent avec empressement la maison des esprits pour servir de logement à moi et à mes canotiers; oifre que la prudence me porta à ae point accepter. Je refusai toutefois » en fcur exprimant mes remercîmens de la manière la plus amicale. Je leur démandai en qpel endroit les WMfragés avaient cpi^trnit le petit bâtiment sur lequel ils avaient: qmtté Tîle. Quélques-ujtts des {dus yi^x m» m^ontrèreclt un enfoncement de la rive oue^;, ma^surant.que c'était là* Cet enfoncement se trouve à enviijon 5o brasses au dessus de Tem- Hbuchure de la rivière , et d'après l'aspect général dei».eaviyons> il y a tout lieu de croire à la vérité de celte assertion. Excepté ce seul enébroit qui était
IJO
d'explorer CCs eadboits avec la plus .grande at^ tentiôn pour lâcher de découvrir ^quelques objets provenant du naufrage. On voyait quelques roches qui sVlevaient à une assez grande hauteur au-dessus du récif: j'engageai M. Russell à examiner ces roche» avec soin , pour voir si Ton n'y aurait point gravé qpelque^ insGri|>tion. Il devait aussi explw^ lerécif pour s'assurer s^il y existait quelque ouverture qui. établît une communication du chenal intérieur avec la pleine-mer ; mon intention étant de reconnaître par où le petit bâtiment construit par les {laufragés a^'ait pu gagner le. large. M: I^ussel| devait continuer sa reconnaissance dépuis la partie du récif qui regarde Paiou jusqu'en face de Whanou , où s'était terminée celle que nous avions faite avant que le vaisseau ne vint mouiller dans la baie de Bayky.
A six heures, du madn, M* Russell partit acicompagne de M. Chaigneau^ pendant que j'allais avec les deux autres oanots expleter le récif depuis oet endroit , en le eon tournant au sud et a l'est. jusquTen face de Deqnemah. Il y ^vait à peîpe quelques minutes que nous étions en route, que ^Çush'aiU , qui se trouvait dans mon canot , commença à raconter ses aventures de la nuH prééédènie. EntDc antres ohos^s V il nous dit que la coutume à D^anhicoki est que tous les honmaes
^ 171 'm non-mariés , dans chaque village , se rëunîsseni à la maison des esprits pour y passer la nuit ^ et qu'on entretient dans ce Heu un grand feu et beaucoup de fumée pour chasser les moustiques. 11 raconta aussi que quelques naturels avaient in<> fprmë Rathea qu*il y avfiit à l'abandon sur le récif , en far>e du village , plu^urs gros^ morceaux de fer qu'ils comptaient m'apporter ce matin ; et il ajouta que les deux pirogues <jue j'avais vues levaient été expédiées pour cet objet.
Je fu^ très - si^rpris en apprenant cela , et jc^ grondai fort le Prussien pour ne m'^en avoir pas fait part avant que je ne me Sf5parasse de M. !l^ussell. Je regardai aussi comme une chose fort extraordinaire que des hommes pour qui le fer est un objet si précieux le laissassent ainsi a la merci du premier individu qui viendrait à.psi^ser, Afin de ne pas perdre de tems en t:onjectures vagues, je fis signal à M. Russell d'arrêter sa marche et de m'attendre. Quand je l'eus rejoint , je lui ordonnai de suivre mes canots et d'observer leurs mouvemens : je repris alors ma route le long de la côte. A huit heures , j'aperçus sur le rivage deux naturels qui s'y tenaient malgré la pluie qui fombait à torrens , et qui nous firent signe de venir à eux.' Mes armes et mes munitions étant totalement mouillées, je jiigeai prudent d'attendre le second de mes canots, qui était foîi loin
derrière ; je poussai, alors vers le rivage. ï-à je reconnus que cet endroit n avait pas été visité par mes embarcations, attendu que les maisons s9 trouvaient à quelque distance du bord de la mer, dans le bois , ce qui avait empêché de les apercevoir en passant un peu au large, Ce village se composait de trois maisons ou huttes servant d'faabitation à sept hommes, autant de femmes, et environ une douzaine d'enfans. Dans une de ces cabanes il y avait un grand feu , autour duquel tous les habitans s'étaient réunis , à cause du froid et de la pluie.
J'achetai de ces gens les articles ci-après :
Un rouet de cuivre de douze pouces et demi de diamètre , comme ceux de la caisse des mâts de hune d'an bâtiment de la grandeur d'une frëgale ;
Un morceau de cheville de fer courbé en forme d'hameçon ;
Un morceau de tube de verre bleu , de trois pouces de long, qu'un des insulaires avait passé transversalement dans le cartilage de son pe% , et jqui était exactement de même forme et grosseur que celui que nous nous étions procuré la veille.
Après avoir fait notre marche , nous fîmes du thé au feu des villageois , nous déjeunâmes , et ensuite nous nous remîmes en route. La phue continuait à topiber à flots , et la terre , enveloppée de nuages , ne pouvait s'apercevoir à ^0
quart de mille. Il y a lieu de supposer que ce fut par un tems semblable que Tinfortunë navigateur français donna sur les récifs de cette île.
Gomme ce côte de Tîle était celui du vent, je devais rencontrer plus de dangers et d'obstacles que les canots de M. Russell qui contt)umaient l'île du côté de sous le vent, à l'abri de la terre et parconséquent voguaient sur une eau tranquille. Ma position était d'autant plus périlleuse que mon canot faisait assez d'eau par son fonds pour que j'eusse nn homme constamment employé à la vide» Celte dernière circonstance , jointe à l'état du tems , me porta à ajourner l'exploration de cette partie du récif et à retourner le plus promptement possible à bord de mon vaisseau. Je longeai la côle de fort près ; la mer y était assez unie , et à dix heures je rac trouvai à l'ouest d'une baie superbe qui s'enfonçait à trois milles dans les terres. La mer y était belle , j'y pénétrai jusqu'à plus de deux milles et je la trouvai libre de tout écueil et présentant des sondes de vingt à trente brasses sur un fond de vase bleue.
Rathea me fit apercevoir, dans le fond de cette baie, deux petites rivières d'eau douce. Je donnai à celle de l'ouest le nom de rivière ou crique Frazer, d'après celui d'un des secrétaires du gouvernement du Bengale , et je nommai l'autre rivière ou crique Greenlaw , du nom du sous-secrétaire et
^ 174 ^ juge -avocat du conseil de marine à Calcutta. J*imposai à la baie elle-même le nom de M. Greorgés Swinton , secrétaire du gouvernement pour les affaires politiques. C'était une marque de reconnaissance que je donnais avec plaisir k une personne qui avait pris une part fort active dans les démarches qui avaient amené la présente expédition. Je donnai à la pointe ouest de la baie le nom de M. Serjeant , membre du conseil de marine , et à la pointe
est le nom de cap Charles X.
Après avoir navigué en partie à la voile et en partie à la rame,. j*atteignis Dennemah entre une et deux heures apr^s midi. Lesnaturels étaient rassemblés sur le rivage ppur nous recevoir malgré la phiie qui continuait à tomber avec autant de force que dans la matinée. J'aurais certainement débarqué pour faire reposer et sécher mes gens , si la mer qui brisait avec violence sur les récifs dont la côte est bordée , n'eût rendu la chose très -périlleuse.
Je continuai donc de prolonger la côte vers Test. A environ un mille de Dennemah, je trouvai un petit enfoncement dans lequel il y a sans doute un bon mouillage. Je lui donnai le nom de baie Trotter. Peu de tems après je doublai le cap de Mannicolo qui reçut le nom de M. Wilson (Horace Hayman) , essayeur de la ^monnaie à Calcutta et secrétair^e de la société Asiatique.
Ici notre danger augmenta-, parce qu'il n'y avait
pas au large de rëcifs pour arrêter la violence de la mer et briser les lames , cjui s'avançaient hautes comme des montagnes, dans la passe de Birch, déferlaient souvent dans nos canots et menaçaient à tout moment de nous engloutir. Elles m'erapê-^ chaient de voir mon second canot , quoi qu'il ne fût pas à cinquante brasses de moi , et , d'un autre côté, une brume épaisse nous faisait perdre la terre de vue |)endant des intervalles d'un quart d'heure et d'une demi-heure. Notre situation était extrêmement critique et ne peut être imaginée que par ceux qui se sont trouvés en cas pareil. Je m'attendais à tout instant à voir le çnnot rem'pli par les vagues qui l'assaillaient et semblaient se jouer de mes efforts pour le maintenir à flot. J'encourageai mes gens , et je m'appliquai à tenir l'embarcation debout d la lame jusqu'à ce que nous eussions doublé le cap Research. Alors je laissai arriver, fuyant devant le tems, et je réussis \ gouverner assez bien avec un aviron de vingt-quatre pieds de long. Il était impossible que toijt autre bateau qu'une pirogue baleinière eût résisté à une mer aussi furieuse. Pour comble de danger , une lame vint soulever avec tant de force l'aviron avec lequel je gouvernais que je fus jeté à moitié hors du canot. Pour prévenir les conséqupnces d'un pareil accident , je me dépouillai de presque tous mes vêtemens , et j'en fis faire mitant à mes hommes afin que
noas fussions plus à même de ndger s*il ne nous restait plus que cette ressource chanceuse pour sauver notre vie. Enfin par une grâce de la Providence , nos efforts furent couronnes de succès , et à cinq heures mes deux caiK>ts atteignirent le vaisseau après des périls et des fatigues tels que )e n'en avais essuyës de ma vie.
A peine étais*je de retour à bord du vaisseau que la pluie et le vent cessèrent prcsqu entièrement. A six heures Jes deux canots qui avaient fait le tour du côté opposé revinrent sans avoir ^éprouvé le moindre accident. L'officier qui les commandait m'informa qu'en approchant du récif il joignit les pirogues et que les gens qui les montaient par\'inrcnt à lui procurer trois petits canons de bronze. Un de nos matelots en trouva un quatrième dans un trou où il restait deux ou .trois pieds d'eau , et précisément à readroit où les insulaires dirent qu'un des vaisseaux fit naufrage. M. Russell paya aux naturels les canons qu'ils avaient trouvés et garda une pirogue qui , par son très-petit tirant d'eau était plus propre que nos canots pour explorer la surface du récif.
Les objets dont suit la liste furent trouvés parles naturels ou par nos canotiers.
Quatre petits canons en bronze dont trois du calibre d^im peu plus de deux pouces et un quatrième de un pouce trois quarts ; ( leurs tourillons portent des nombres que je suppose
^ 177 -^ désigner d'uti côté le poids du canon et de l^autre le numéro d'enregistrement , savoir: premier canon, n® 602, i44 livres ; deuxième dito, n^ 54i , i44 livres; troisième dîto^ n^ Ifiiy 143 livres ; quatrième dlto^ n^ a 52 , 94 livres.)
Un boulet du calibre de dix-buit.
Un conduit en plomb semblable à ceux qu'on place k la poulaine pour servir de latrines aux matelots.
Un morceau de plomb paraissant avoir £ait partie du conduit d'une des bouteilles de poupe.
Sept morceaux de doublage d'étrave , en j^lomb , avec plur 5Kurs trous de clous.
Un vaisseau de ploinb ou d'étain semblable à nos pots à porter.
Deux cbainons de cuivre.
Un petit morceau de feuilles de cuivre percé de deux trous de clous.
Deux morceaux de boucle â souliers d'ancien modèle.
Une piastre d'Espagne pregqu'entièrement recouverte de corail.
Un morceau de tourniquet d'amputation.
Plusieurs morceaux de bouteilles de verre.
Un morceau de flint-glass et plusieurs autres de porce^ laine et de potterie de terre.
Une brique de fabrique européenne.
Un morceau de la partie supérieure d'un chandelier de cuivre.
Paiou reste au N.-E. 9® E. , distance de deux milles de l'endroit où ces objets furent trouvés.
J'ai déjà dit que les canots de M. Russell n'avaieixt nullement souffert du mauvais tems , parce qu'ik II. la '
9m lyS «K
avaient pris leur route du côté sous le vent de l'île. Cet officier fut néanmoins contrarié dans ses recherches par la pluie qui épaississait l'atmosphère au point de ne plus voir à une très-petite distance et <|ui troublait la surface de Teau de manière à ce qu'on ne pût rien apercevoir au-dessous.
Le succès qu'avaient obtenu ces recherches , quoiqu'imparfaites , me détermina à foire explorer le lendemain toute la chaîne extérieure des récifs , depuis le travers du cap Wilson jusqu*en face de Whanou. J'y fus, en outre, porté par ce que me dit Martin Bushart que des insulaires prétendaient que le second des deux vaisseaux avait fait naufrage en face de Dcnnemah.
Du 2, A six heures du matin, j'expédiai M. Russell avec les trois pirogues baleinières pour explorer les récifs au large de Dennemah. Je lui donnai pour instruction de descendre à terre et de tâcher d'amener avec lui quelques insulaires pour indiquer l'endroit où, d'après le rapport des Tucopiens , ils disaient que le second vaisseau s'était perdu. La marée devant couvrir lé récif à midi , ce qui rendait toute recherche inutile pendant le restant de la journée, M. Russell devait alors se rendre à Paiou et y jeter l'ancre pour profiter de la marée basse le lendemain tnatîn. Afin de stimuler mes gens , je promis une récompense de cent roupies
pour chaque canon qu'ils trouveraient el 4cs sommes proportionnées pour les autres objets qui pourraient jeter quelque lumière sur Tobjet de nos recherches.
Dans la journée, les insulaires m'apportèrent une plus grande quantité de poisson , de cocos et de tara^ qu'ils n'avaient encore fait depuis mon arrivée.
Du 3. Beau tems, vent d'E. S-E, A basse mer je partis avec un canot pour aller examiner en quel état se trouvaient mes bouées , dans la passe Dillon, après le mauvais tems des jours derniers. Je trouvai que plusieurs avaient été entraînées en dérive et que d'autres étaient pleines d'eau. Après avoir franchi la passe , je sondai divers endroits de la baie Lushington et je trouvai de ving-cinq à trente-trois brasses fond de vase ferme.
A six heures du soir, voyant que les canots que j'avais expédiés la veille , pour Paiou, ne revenaient pas , je fis brûler une flamme bleue pour leur indiquer la position du vaisseau . A sept heures , ils arrrivèrent apportant quelques objets recueillis pour la plupart sur le récif où l'on avait trouvé les canons.
Le rapport suivant, que m'adressa l'officier, montre combien nous avions été abusés par notre interprète tucopien que je soupçonnai de ne pas entendre vingt mots de la langue mannicolaise.
« A six heures du matin quitte le vaisseau, et à sept heures et demie doublé le cap "Wilson. Deux des canots , sous les ordres du premier officier et de M. Ross , se dirigèrent pour explorer le récif , pendant que je longeai la côte vers Dennemah où je débarquai avec Rathea et Martin Rushart. Je déterminai deux des naturels à m*accompagner à l'endroit où les vaisseaux s'étaient perdus. Je coupai droit vers le récif en face de Dennemah et je rejoignis là les deux autres canots. Ils avaient découvert , dans la chaîne de récifs , nne passe as-, sez large pour les plus grands vaisseaux. Je demandai alors aux insulaires où s'était perdu le vais seau d'où ils avaient tiré les objets que nous avions achetés peu de tems auparavant. Ils répondirent que c'était au large de Paiou et qu'aucun des deux vaisseaux n'avait péri en face de Dennemah.
» Cette nouvelle assertion me surprit, et je leur demandai comment il se faisait , si aucun des deux vaisseaux n'avait naufragé sur cette partie du récif, que les quatre hommes dont ils m'avaient parlé la première fois que je visitai leur village eussent pu gagner la terre. Ils répondirent qu'ils l'ignoraient, mais que certainement quatre hommes avaient pris terre près de Dennçmah. J'imputai cette contradiction à l'ineptie^des interprètes , car mon opinion est que Rathea connaît encore moins la langue de Mannicolo que Bushart celle de Tucopîa , c'est-à-dire
presque point, Ce que j'ai rapporté, je l'ai fait dans leurs propres termes sans rien ajouter ni retrancher.
» D'après ce que je venais d'apprendre , je jugeai inutile de continuer mes recherches sur cette partie du récif et je le longeai d'aussi près que possible pour découvrir s'il existait d'autres passes. Nous faisions voile depuis une heure et nous avions amené le cap Charles X au nord , quand un des gens de Dennemah me fit signe d'approcher le récif. Pendant que je me dirigeais pour cela, il fit , avec son doigt, plusieurs mouVemens ciixnlaircs pour me donner à entendre qu'il y avait quelque chose de déposé là. Nous débarquâmes sur le récif et l'homme de Dennemah m'apporta un gros morceau de cuivre , de forme circulaire , que je suppose avoir fait partie d'une grande pompe de navire. Il me dit qu'il avait trouvé cet objei sur le récif, à Paiou , quelques années auparavant , et l'avait emporté ; mais que le mauvais tems l'avait forcé de le jeter là où il était resté depuis cette époque. N'ajoutant pas une foi entière à ce conte , je résolus d'examiner soigneusement cette partie du récif dans l'espoir d'y trouver encore autre chose ; mais mes recherches furent infructueuses.
» Nous fîmes route ensuite pour Paiou. Nous y arrivâmes à deux heures et nous arrêtâmes pour dîner. Comme la marée descendait dans la soirée ,
nous gouTernâm^s vers fe récif et les gens de Dennemah nous conduisirent à l'endroit où nous avions trouvé les canons la veille. Ils nous dirent qu'un des vaisseaux s'était perdu là et l'autre plus à l'ouest, mais qu'on n'avait rien sauvé de ce dernier. Nous trouvâmes dans cette partie du récif deux autres ouvertures distantes Fune de Fautre d'environ un mille et assez larges pour donner passage aux plus grands vaisseaux. On eût pu , par le vent qui régnait, les franchir dans les deux sens , c'est-à-dire entrer dans le canal intérieur et en sortir à la voile sans être obligé de virer de bord dans la passe même. La nuit approchant et la marée n'ayant pas suffisamment baissé po«r fecilifer nos recherches , nous nous dirigeâmes vers Paiou et nous y jetâmes l'ancre.
'> Ce matin nous avons mis à la voile au point du jour pour gagner le récif et nos recherches nous ont procuré la découverte des objets mentionnés ci-dessous.
Un morceau de la partie supérieure d'un corps de pompe en cuivre sur lequel était gravé le chiffre 4* ce morceau avait quatorze pouces et demi de diamètre avec un rébord percé de quatre trous pour recevoir les vis d^assemblage avec un antre morceau du même corps de pompe.
Un morceau de fer de trois pîeds trois pouces de long formant l'extrémité d'une barre de gouvernail et ayant un troa rond pour y aiguilleter les poulies des palans.
Un couvre lumière en plomb»
Quatre Ceuiltes dç plomb percées ducme de pkâieun^
trous de clous.
Une brique de, terre cuite de fabrique européenne. , '
Un cercle de cuivre , de six pouces de diamètre , exactement
semblable à ceux qui entourent les verres piano-convexes qui
servent au jourd*bui> éAiirer les entre-ponts» Une sous^arde de fusil «n cuivre.
Un morceau de tube en cuivre faussé en tous sens» Une bobêcbe de chandelier et deux autres n^orceaux de
cuivre œuvré. •
Trois pierres à fusil.
Plusieurs morceaux de bouteilles et verres cassés^ Une grande quantité de fragmens de porcelaine et de pot-> tcrie.
Deux grains de verre blancbâtrç àe, manufacture étrangère.
Voyant qu'il n'y avait plus rien à trouver là , je demandai aux gens de Dennemah de me conduire à l'endroit où s'était perdu l'autre vaisseau. Us m'indiquèrent le côté de l'ouest. Je me dirigeai de ce côté en longeant le récif, où je trouvai une quatrième ouverture, éloignée d^environ deux millet de celle que nous avions découverte la veille. Sa largeur est d'environ trois quarfs de mille et elle est dirigée de façon qu'avec les vents actuels on peut entrer et sortir par cette passe à la bordée. Je la suivis pour gagner la pleine mer. Les gens de Dennemah me dirent qu'un des deiix vaisseaux s'était perdu vers cet endroit ; qu'il avait touché pendant la nuit et coulé à fond à l'accore du récif; enfin qu'on n'en avait rien sauvé.
» Je continuai ma route vers le nord-ouest , en dehors de la chaîne des récifs , pendant quatre ou -cinq milles. Je trouvai alors une cinquième ouverture d'environ cent-vingt brasses de large, mais ^dont le chenal serpente de manière qu'avec les vents actuels un vaisseau à la voile ne pourrait en sortir à la bordëe. Nous rentrâmes par cette passe dans le canal intérieur , et je longeai le récif jusqu'à la partie où nous avions cessé de l'explorer avant que le vaisseau ne vînt mouiller dans la baie de Bayley, mais nous ne trouvâmes pas d'autre ouverture que celles dont il est fait mention plus haut.
» Les canots arrivèrent devant Ammah à deux heures après midi. Nous y f&mes aussi bien reçus que précédemment par les naturels. Ils me montrèrent une petite chaudière en cuivre et quelques morceaux de chevilles en fer. Je débarquai là les deux hommes de Dennemah , sur leur demande et après les avoir payés de leurs peines. Nous rendîmes ensuite à la voile pour Whanou et à trois heures nous arrivâm^^ devant ce village où )e me procurai quelques articles. Nous n'y restâmes que très- peu de tems et nous fîmes la plus grande diligence pour rallier le vaisseau.
»yoici la liste des objets que je me suis procurés à Ammah et à Whanou.
Une grande cosse en fer comme celles des sapentes de basses vergues ou de ridage pour les étais*
Une petite chaudière en cuirre de dix pouces de diamètre et huit de profondeur.
Une cheville en fer arec un trou k goupille. Un croc à poulie.
Un grand clou.
Du 4» A huit heures et demie , je partis avec trois canots pour explorer le chenal du commo' dore Hayes , qui conduit de la haie Lushington en pleine-mer. A dix heures , j'avais atteint la partie la plus étroite de ce chenal, quand il s'ëleva un grain violent de la partie du sud-est , accompagné d'une forte pluie qui me déroha pendant quelque tems la vue des récifs et de la terre*
Cette partie étroite du chenal se trouve à- son extrémité du côté de la baie , et varie en largeur depuis un quart jusqu'à un demi-mille. A partir de cet endroit, le récif du vent ou de l'est se prolonge dans la direction du nord-nord- est , et celui de sous le vent court au nord-ouest. Cette direction que prennent les récifs laisse entre eux un large espace , dans lequel nous ne découvrîmes aucun écueil. Entre le sud de la partie étroite du chenal et la pointe du récif qui borde le cap Hayes , il y a cinq amas de corail. Sur les uns il reste d'une brasse à une brasse et demie d'eau, et sur les autres *de deux brasses à deux brasses et demie. On peut éviter ces écucilsi attendu qu'il y a passage à Test et à l'ouest d eux. Je conseille-
rais de les 4ais^r à bâbord , en sortant de la baie Lushington pour gagner la mer.
A une heure et demie nous revînmes à bord du vaisseau. Un de mes officiers s'étant procuré la veille quelques mangues à Whanou , et la chose ayant ëtë sue pas nos amis de Davey, ils m*en apportèrent une grande corbeille ; maïs felles n*étaient pas mûres , tandis que les premières étaient presque -en maturité et d'un très-bon goût, quoique plu» petites que les mangues du Bengale. C'était le second fruit d'Asie que je rencontrais dans les îles de la mer du Sud. En iSsS, j'avais trouvé le mangoustan sur l'île de Tanna , Tune des Nouvelles-Hébrides. Par là se trouvait démenti le proverbe oriental : « On ne Voit de mangues que là où il y a des Hindous ,' de mangoustans qu*où il y a des Malais. »
Du 5. Toute la matinée , tetns à grains et pluie. A^une heure , la pluie ceisa et le vent se fixa à FE. S.- E. bonne brise. Voyant qu'il n'y avait pas d'apparence d'avoir de véiit d'ouest pour faire soïtir le vaisseau de la baie avant le changement de mousson , qui ne devait avoir lieu que vers la mi*-décembre , je me déterminai à déboucher par la passe qui porte mon ndm ; passe dangereuse, et qui en général ne convient pas à dés navh'és tirant plus de six à ^ept pieds d'eau.
La passe par laquelle j ''étais entré dans la baie
de Bayley est semëe d'ëcueîls qu'on ne peut éviter que par un bon vent et en veillant attentivement du haut des mâts. Je n'avais donc d*atilre alternative que de suivre la passe Dilton , qui à un endroit n'a pas plus de 90 pieds de lai^e , ou de rester à l'ancre dans ma position actuelle , pendant deux mois et demi, à attendre un bon vent pour sortir par où j'étais entré.
A huit heures du matin , je commençai à dësafîourcher; mais à dix heures, le tems prenant mauvaise apparence, je fis suspendre cette opération. A utie heure après-midi, je mis sou» voile, me dirigeant vers la passe que j'avais résolu de suivre. Je courais sous les huniers , les perroquets et les focs. J'avais fait placer un canot de chaque côté de la partie la plus étroite du chenal , e^ le vaisseau passa à longueur d'aviron de chacune de ces embarcations. Cinq minutes après; nous étions hors de tout danger dans la baie de Lushington, où je jelai l'ancre à deux heures , par 33 brasses fond de vase molle. La mër était tranquille icomme Feau d'un étang; l'île de la IMi'ection nOûs restait au S. - O. 9® S. du compas , distance d'un mille. ,
Nous n*câraés pas plutôt jeté rancrè que huit pirogues partirent de terre : chac&ne d'elle était conduite par trois ou quatre pagayeurs , et une entre autres par deux fëimties de moyen âge et
deux jeunes filles de dix à douze ans. Les gens qui montaient ces pirogues approchèrent le vaisseau avec aussi peu dlaprëhension que s'il eût appartenu à leur chef et eût eu pour équipage des hommes de leur pays ou de leurs familles. Je regardai cette circonstance comme une nouvelle preuve de leur confiance à Tëgard des Européens, et j'en conclus qu'ils n'ëtaient plus animes de cette terreur qui les avait portés à massacrer les naufragés. Le fait est que les Mannicolais ne sont point naturellement féroces et sanguinaires , et ^ que leur conduite envers les Français dut provenir de ce qu'ils les regardèrent comme des êtres surnaturels, ou plutôt comn^e des monstres marins. Ces pirogues nous apportaient des cocos ^ les femmes les passèrent à ceux de leurs compatriotes qui étaient sur le pont et qui firent les éch'anges pour elles. Nous, eûmes ces gens toute la journée le long du bord, et le soir ils s'en retournèrent àu^i tranquillement qu'ils étaient venus. Je leur avais demandé si je pourrais me procurer de l'eau douc^î dans les environs et ils m'avaient indiqué un village sur la grande terre à l'euest de l'île de la Direction, où ils disaient qu'on trouverait de l'eau douce tout près du rivage. J'y envoyai , à quatre heures , deux canots , l'un portant des barriques vides et l'autre destiné à protéger les hommes qui débarqueraient. Au bout d'une heure,
ces embarcations revinrent et l' officier me dit qu*il était entré dans une petite rivière d*eau douce où Ton pouvait puiser de Teau dans des seaux le long du bord des canots et remplir les barriques sans les débarquer. C'était une aiguade bien préférable à celle de la rivière d'EUis , où Ton était forcé de rouler lès barriques pendant plus d'un quart de mille pour arriver à une cascade , parce que la marée qui montait à l'embouchure de la rivière en rendait Teau si sauraâtre, au-dessous de cette cascade, qu'elle n'eût pu sentir à aucun usage. Je donnai à cette petite rivière le nom de Griffiths, qui était celui de notre premier chirurgien.
Nous étions à bord quatre-vingt-trois personnes. Je me procurai des insulaires une quantité de cocos suffisante pour en donner quatre à chaque individu. C'était le double de ce que j'avais été à même de distribuer depuis mon arrivée près de Mannicolo.
Avant que je ne quittasse la baie de Bayley , un chef vint me demander une truie , disant que sa tribu ne possédait rien qu'un verrat , et qu'une femelle de l'espèce deviendrait un trésor pour le canton. J'accédai à cette demande dans l'intérêt des navigateurs qui pourront par la suite visiter Mannicolo , et à qui les animaux procréés par ce couple offriront un jour d'utiles ressources. Je montrai à ce chef te porc sur lequel j'avais lait l'épreuve de la
flèche empoisonnée et qui contmtpiit de se bien porter. Il n'en parut nullement surpris , et me dit que souvent les insulaires blessaient des porcs avec leurs flèches sans que ces animaux mourussent , tandis qu'un homme ne survivrait pas plus de cinq jours à une blessure de ce genre.
'Du 26. Pendant toute la journée le tems fut trop incertain pour que j'entrepris^ de gagner la haute mer. En conséquence je restai aumouillage. A huit heures et demie du matin , j'envoyai deux canots ^vec àes esparres surmontés de pavillons pour baliser les parties lés plus étroites de la passe du commodore Hayes. Pendant ce tems l'on s'occupa à bord du vaisseau à tout préparer pout mettre à la voile le lendemain. Il nous \înt, dans là journée , une vingtaine de pirogues , ce qui formait un nombre plus considérable que de coutume. Elles me fournirent une grande quantité de poisson et environ cinq cents cocos.
Les roisNéro et Vaboi, chefs des cantons riveraim de la baie de Bayley, vinrent prendre congé de nous. Je leur fis présent à chacun d'une pièce d'étoffe de Tongatabou et d'une grande hache qu'iU reçurent avec une grande reconnaissance. Ils parurent trèsafieçtés de notre prochain départ. Je donnai , en outre , à chacun d'eux un morceau de parchemin sur lequel était écrit : « Le vaisseau de l'honorable compagnie des Ipdes , le Research , sous le com-
mandement du capitaine Peler Dillon, jela Tancre dans la baie de Bayley , le i3 septembre 1827 ; il fit voile de cette baie pour les îles sous le vent , à la recherche d*un marin français qu*oQ suppose être au-<- }Ourd*hui le seul survivant des ^<}uipages côitimanr dés par le comte de La Pérouse, et de ces ïh$ pour Tucopia , afin d'y débarquer les interprètes. » Je certifiais aussi que les porteurs de cet écrit s'étaient bien comportés envers nous pendant notre séjout dans leur port, où nous étions entrés d|i côté de Test et que nous avions quitté en débouchant vers la pleine mer du côté de Touest. Je donnai de senablables écri)& à deux autres chefs appartenant aux îles sous le vent, et tou$ promirent d'aller à bord du premier navire qui passerait à vue pronr nw>ntrer ces documens au capitaine. J'avais lieu de compter sur leur exactitude à tenir cette promesse ♦ parce que je Içur avais fait entendre qu'ils s'assureraient de la sorte un très-bon accueil. Je crus devoir prendre cette précaution en cas, qvi'il nous arrivât quelque accident après aypir quitté le port.
Le nom de Mannicolo n'appartient proprement qu'au CQté du vent de la grande île. Le côté de sous le vent se nomme Whanou. Ce sont comme deux grands districts contenant plu^eurs villages qui ont chacun un nom particulier. D'après cela, lorsque Whanou est cité comme le lieu où il y eut des combats entre les insulaire^^ et les naufragés , il faut en-
tendre les diffërens villages du côté sous le vent de
nie.
Du 7. Vent frais de TE. S.-E , tems couvert et pluie par intervalles. A sept heures du matin , commence à virer pour lever l'ancre ; mais le tems se couvrant de plus en plus , de manière à nous empêcher de voir les éeueîls de la passe , je crus devoir attendre une occasion plus favorable pour mettre à la voile.
Ayant eu quelques conversations avec un naturel assez intelligent , d'une des îles sous le vent , nommée Mame , j'appris de cet homme les noms que ses compatriotes donnent à plusieurs de ces îles » savoir : Otouboa ( l'île Edgecumbe ou Ovfvy de Carteret) ; Indenny (la Santa- Cruz de Mendana et rîïe Egraont de Carteret) ; Tenacora (l'île du Volcan de Carteret ) ; Fonofono , Mame , Pillaney, Nupaney , Oulaffa et Baoulou. Il me dit que le groupe de Thamaco est hors de vue de celui que forment les îles précédemment nommées^ Selon lui, le groupe de Thamaco se compose de trois îles : Thamaco , Chicîana (île basse) et Taouliky. Quiros , dans la relation de son voyage , qui remonte à plus de deux siècles, rapporte qu'il avait enlevé de force deux insulaires de Thamaco , l'un desquels s'enfuit près de Tucopia , et qu'il découvrit par la suite que celui qui était resté avec lui n'était pas natif de Thamaco. Le nom de ce jeune homme était
Pedro et il avait été enlève de son pays , qu*il appelait Chidana , et conduit en esclavage à Thamaco. Les renseignemens que Quiros donna sur diverses îles , à une époque si ancienne , ont tous été vérifiés par les navigateurs modernes. J'ai parlé dans un précédent chapitre de la position qu'il assignait à Tucopia , et à Mannicolo ou Vannicolo , et j'espérais avant peu juger de l'exactitude de celle qu'il a donnée à Thamaco et à Chiciana. Ses découvertes au sud de Tucopia ont toutes été confirmées par le capitaine Cook , savoir: Les Cyclades ou Tierra del Espiritu Santo et les diverses autres îles iormant la partie nord de la grande chaîne des Nouvelles-Hé- Lrides. ^
Le naturel de Mame m'apprît encore que , vers le tems où les deux vaisseaux européens firent naufrage près de Mannicolo , un grand bateau de TongataboUf qui avait été entraîné en dérive, et qui portait cinquante hommes, arriva au large de l'île Amherst, et que tous ces hommes fiirent tués par les insulaires, à l'exception de quinze, qui réussirent à s'enfiiir avec leur bateau ; il ajouta qu'il y avait bien des années qu'une pirogue de Rothuma était également venue en dérive à Mannicolo avec cinq hommes , trois desquels étaient morts avant qu'il n'arrivât lui-même dans l'île , mais que les deux autres, existaient encore lors de son arrivée , et étaient jgi vieux qu'ils n'avaient plus de dents pour mâcher le II. i3 '
bctel, «t le pilaient dam utie espèce de mortier de bois. Je demandai à cet homme s*îfl ne se trouvait pas encore à Mannicolo quelques crânes d'Européens. Il me répondit quHl pensait qu'il y en avait encore^ mais que les insulaires n'oseraient l'avouer, parce qu'ils supposaient que nous étions de la même nation, et que nous chercherions naturellement à tirer vengeance de la mort de nos compatriotes. Il me dit qu'assez récemment trois navires étaient venus près de Tîle d*Indenny , et que les naturels avaient lancé des«flèche$ sur les canots de ces bâtimens. Il en était résulté un combat dans lequel plusieurs insulaires avaient été tués. D'après cela , il supposait que nous ne serions pas bien reçus si nous touchions à cette île. Si le fait qu'il me citait est vrai , il faut que les trois navires en question aient été des baleiniers anglais , parce qu'aucuifê autre espèce de navire ne fréquente ces mers , et qu'il n'est pas rare que trois, quatre ou un plus grand nombre de baleiniers se réunissent pour- aller relâcher ensemble à quelqu'une des îles de la mer Pacifique.
Le bon sens de cet insulaire me parut fournir une preuve évidente que l'esprit naturel ne tient ni au climat qu'habitent les hommes , ni à la couleur de leur peau. La sienne élait légèrement cuivrée et se& cheveux un peu laineux. H avait, en général, beaucoup de l'apparence des Nouveaux-Zélandais.
II se nommait Thangaroa. Je lui offris une bonne récompense s*il voulait maccompagner aux îles sous le vent . Il accepta mon offre , pourvu que sa femme consentît à venir avec lui. Il me dit que les îles qu^il m'avait nommées étaient situées au vent d'Indenny , et que leurs habitans étaient de couleur cuivrée et parlaient une langue différente de celles de Manqicoloy d'Otouboa et d'Indenny , qui sont autant d'idiomes distincts les uns des autres^ Il traça sur le pont avec un morceau de charbon une espèce de carte sur laquelle il plaça , d'après jses idées, son île native , Mame et celle de Thamaco. Il les établissait dans une direction N.-E. ou E.-N.-E. d'Indenny.
N'ayant plus lieu de douter que l'infortuné navigateur français , dont le sort demeura enveloppé de mystère pendant tant d'années , périt près de Mannicolo , je résolus de donner à cette île le nom d*île de La Pérouse.
Du 7% Le mouillage de la baie de Bayley est situé par ii® 4^ ' <i^ latitude sud , et par iG-y** 5' de longitude est de Greetiwich ; il est éloigné de Tucopia d'environ quarante lieues. La haute mer, dans l^s marées de pleine et nouvelle lune» y a Keu à quatre heures cinquante minutes après-midi.
D'après la carte que j'ai jointe à la relation de mon voyage , on vçrr^ que l'île de Mannicolo est entourée fpar une chaîne de récifs éloignée d'un
vnîlk^ et demi a deux milles de la terre. Cette chaîne n*est interrompue qu'en face de la baie de Bayley, qui renferme d*excellens ports où Ton trouve un bon mouillage , une fois qu'on y est enirë. L*île contient plusieurs ruisseaux ou petites rivières qui fournissent do Teau douce en abondance, et elle est couverte de bois ëpais.
Nous avons trouvé dans la chaîne dé récifs , du côté de l'ouest et du sud-ouest, quatre passes^qui conduisent dans les vastes ^orts que la nature a formés entre cette espèce de barrière et les côtes de l'île. J'ai donné à Tune de ces passes le nom du colonel Cunliff, commissaire-rgénéral à Calcutta; à une seconde., celui du docteur Muston , pharmacien en chef; à la troisième, celui du docteur Adams, secrétaire du conseil de médecine; enfin la quatrième a reçu le nom du docteur Savage , chirurgien de l'établissement du Bengale et auteur d'un ouvrage sur la Nouvelle-Zélande. Du côté du sud-est et de l'est, il y a deux passes. L'une a reçu le nom de M/Deanc , officier du vaisseau ; l'autre nommée passe Trower, a été mentionnée précédemment.
L'île de la Direction, située dans le fond de la baie Lushington , reçut son nom de ce qu'elle sert <Je point dedirection pour entrer dans la baie de Bayley. Au S. '/4S.-E; de cette île se irotrve une petite rivière à laquelle j'ai donné le nom de sir
WilKam Belham. Un navire venatil de la pleine mer et voulant donner dans la baie de Bayley devrait amener l'île de la Direction à Touçst du compas et gouverner sur celte île jusqu'à ce qu'il relevât au sud le récif qui s'avance au large du cap Research , et alors faire le S. S.-O. pour gagner le mouillage, en veillant bien Tëcueil Trompeur et recueil Traître ou ëcueil Tytler. C'est sur ce dernier que le Research manqua d'échouer étant à Fancre par trc^nte. brasses de fond et à un quart d'encablure de cet écueil , qui est très-accore comme la plupart de ceux qui environnent Mannicolo. ^
L'île de Mannicolo est très-élevée et peut s'a*percevoir de soixante milles par un tems clair. Les arbres les plus remar<juables qu'on trouve sur cette île sont le cocotier et l'ai'bre à pain , un arbre portant un fruit qui ressemble à l'amande , mais meilleur, et un arbre à pain d'espèce sauvage qui n'e^t point connue aux îles de la Société ni à celles des Amis. Le fruit de cet arbre est bien inférieur à celui de l'arbre à pain cultivé. Les borda du rivage sont couverts d'une immense quantité de mangliers et d'une espèce de pins qui nous fournirent quelques* esparres pour faire des mâts de canots.
Le tara forme la principale nourriture des Mannieplais. Ils ont aussi des patates douces et des bananes de bonne qualité. Ils ne cultivent pas les ignames^ Celles qu'ils nous apportèrent sont d'une
espèce sauvage et fort petites , leur poids n'était guère que d'une livre ou deux. Dans le dessein de leur en procurer d'une meilleure espèce , je leur laissai quelques graines des ignames de Tongatabou, qui varient en poids depuis sept ou huit jusqu'à cinquante livres. Ils ont autour de leurs maisons quelques cochons domestiques dont ils ne veulent pas se défaire , et Ton en trouve d'autres en assez petit nombre qui errent dans les bois. Les plumes qui servent d'ornemens à ces insulaires prouvent qu'il jr a chez eux des poules et coqs de l'espèce de ceux de nos basses- cours , bien que je n'aie pu apercevoir aucun de ces volatiles. Les bords da rivage abondent en poissons de diverses espèces ainsi qu'en tortues. Les insulaires tuent les premiers à coups de flèche et prennent les autres dans des filets.
Les maisons sont propres et commodes. Voici comment on les bâtit : on plante trois rangs de poteaux qu'on enfonce d'environ trois pieds en terre f ceux des rangs latéraux s'élèvent d'environ cinq pieds au dessus du sol , et le rang du milieu de quinze pieds. Chaque rang supporte une poutre placée horizontalement et retenue par des Heus faits avec la partie filamenteuse de l'enveloppe des cocos. On pose ensuite obliquement d'autres poutres plus légères ou chevrons, qui se réunissent deux à deux au dessus de la poutre faîtière , et l'on forme ainsi une
■^^^^mmm
toiture de pente roide <|ue Ton recouvre de nattes faites avec des feuilles de cocotier. Les bouts inférieurs des chevrons dépassent de beaucoup les poutres latérales de manière à donner au toit une forte saillie en dehors des murs. Ceux-ci se font en fermant les interstices des poteaux avec des nattes semblables à celles du toit , ne laissant qu'une ouverture pour servir de porte et de cheminée. On garde dans la maison quelques- unes des nattes dont )e viens de parler pour servir de lit aux habitans de la maison , qui se couchent dessus sans aucune couverture. Dans le centre de chaque maison est un foyer de forme carrée. Quatre poteaux placés aux angles supportent une claie sur laquelle on i^nge ^ les ustensiles de cuisine , ou plus proprement parlant la vaisselle. Cette vaisselle se compose de quelques çébiles grossièrement sculptées et creunées en plein tlans un bloc de bois. L'âtre est situé à environ deux pied^ au dessous du sol et pavé avûc de petites pierres noires très-dures , et que le feu le plus ardent n'altère pas. On entrelient continuellement un grand feu dans ce foyer ; il sert , le jour , pour faire cuire les alimens de la famille , et la nuit, / pour éloigner les moustiques.
Les vêteroens des Mannicolais consistent premièrement en un ceinturon fait avec des brins de rotin, fendus très-minces, noircis et polis de la mamère la plus Ifuisanto^, et tressés en petits cer-
m aoo ^
des entrelaces les uns dans les autres ; nntëiteur est doablë d'un morceau dVtoffe pour empêcher les petites lames de rotin d'offenser la peau. Un morceau de toile qui passe entre les cuisses et est attache par devant et par derrière à cette ceinture , complète le costume des hommes. Ce morceau de toile a environ trois pieds de long sur un de large , et se fabrique arec l'ëcorce de l'arbre à papier de b Chine dans quelques-unes des îles du voisinage. Le costume des femmes se compose d'une ceinture comme celles des hommes et qui supporte un petit jupon à l'écossaise descendant jusqu'aux genoux.
Les vieillards n'ornent pas leurs cheveux , ils les portent tels que la nature les leur a donnés , excepté quelques-uns qui» se servent de chaux pour ; poudrer leur tête ; mais les jeunes gens se procurent une certaine quantité de cheveux pris sur la tête des morts ou de leurs ennemis vaincus* et en forment une espèce de pain de sucre ou de corne d'environ un pied de haut qu'ils recouvrent de toile rouge, quand ils peuvent en avoir de cette couleur. Cette espèce de chapeau pointu s'attache derrière la tête, et donne à celui qui le porte un aspect très-bisarre. Les jeunes femmes arrangent leurs cheveux à peu près de la même manière. Les insulaires des deux sexes se percent les oreilles et les allongent jusqu'à ce qu'elles atteignent les épaules. Le trou qu'ils font de la sorte a environ ^x pouces
de diamètre; ils y fixent Textrëmit^ d'une chaîne d'environ trente anneaux d'écaillés de tortue ayant chacune près d'un pouce de diamètre. LesMannicolais ont en général de vilaines dents , ce qui provient de Tusage immodéré du bétel et de la chaux, pour lesquels ils sont plus passionnés qu'aucun fumeur hollandais ne peut l'être pour le tabac. Les enfans des deux sexes courent tout nus jusqu'à dix ans, âge où on leur fait contracter en même tcms l'usage du bétel et celui des vêtemens. Les hommes et les femmes portent des bracelets de diverses sortes. J'en ai remarqué quelques-uns qui étaient faits d'une espèce de tresse entremêlée de petits coquillages, et dont le travail décelait quelque adresse. La toile rouge me parut un objet fort recherché pour omer les coiffures , mais que tout le monde ne pouvait se procurer.
Je né saurais rien dire des cérémonies religieuses des Mannicolais, n'ayant eu aucune occasion de me procurer des renseignemens sur ce sujet.
Les filles sont fiancées dès l'enfance à des garçons de leur âge , et, quand elles deviennent nubiles , le mariage se consomme. C'est un événement que tous les habitans du village célèbrent pal' des festins et des réjouissances.
L'île de Mannicolo est tr^-peu peuplée. Elle i^ contient pas plus de villages près des côtes qu'il n'y
aoa
ea a de marqués sur ma carte. Je ne pense pas que la population excède mille indmdus de tout âge et i^ tout sexe , daiit le quart est défiguré par des uk cères aux membres, des cancers au visage, ouaf- Çigé dé la maladiequ'on nomme éléphantiasis.
Les pirogues des Mannicolais sont formées du tronc d*un arbre dont le bois est aussi tendre que Ite sapin. On pratique vers je milieu une excavation d'environ six pouces de large, pour recevoir les jambes des pagayeurs qui s'asseyent face à face ; le dessus de la pirogujé , qui est uni , leur s^rtide siège. Chaque pirogue a , du côté du vent , un balancier à la manière deé pros , lequel est fixé au dessous et à l'extrémité de deux. ou trois planches qui lui servent d'arcs-botttansl On- rsecouvre tjuclquefois" ces planches d'une clafe formant une espèce de plate forme sur laquelle montent les gueniers pour combattre^ Leurs arcs ' et leurs flèches y sont placés d'avance tout prêts pour en faire usage. La largeur de toute la machine y comipris la plate forme n'est que de six pieds. La carène ou partie immergée de la pirogue a <les; fôi^mes très-bien appropriées pour diviser l'eau et^voguer avec rapidité.
Suivant les lîapports des naturels , il paraît que cette île n'avait jamais été visitée par des Européens , ni avaint rii après le naufrage des deux bâfimens dont j'ai recueilli quelques débris. Le ca-
pîtaine Edwards, sur h Pandora^ passa à midistance de Mannicolo et d'Otouboa , et nomma la première île de Pitt. Sur quelques cartes elle est indiquée sous le nom d'île de la Recherche , et voici comment elle a acquis ce nom. Le bâtiment que montait d'Entrecasteaux dans son expédition à la recherché de La Pérouse se nommait la Recherche; cependant l'île n'eut pas dû être nommée ainsi par ce comjnandant , puisqu'il ne la visita point et n'en approcha pas à moins de quarante milles , d'après la ligne tracée sur les cartes pour indiquer la route qu'il suivit de ta Nouvelle- Calédonie à Santa-Cruz^ La Billardière , dans sa relation du voyage de d'Entrecasteaux, ne fait nulle mention qu*on ait vu Mannicolo ; mais celle publiée postérieurement par M. de Rossel lève tous doutes à cet égard.
Les premières terres que virent les bâtimens de l'expédition , après avoir quitté l'île Huon , furent les îles Edgecumbe , Ourry et Santa-Cruz , devant laquelle ils demeurèrent à croiser pendant quelques jours sans pouvoir trouver un mouillage. Ce fut là qu'un homme de l'expédition fut blessé d'une flèche et mourut dix-sept jours après, bien que sa blessure lui eût paru si peu de chose qu'il n'avait pas pris la peine d'y faire appliquer un appareil Cette circonstance , rapprochée
du nombre d'hommes que Mendana perdit de la même manière, corrobore Topinlon que les flèches des sauvages de ces iles sont, empoisonnées.
Peu d'heures après avoir reconnu Santa-Cruz , une autre île fut vue dans TE 32* S. « Cette île, dit M. de Rossel, n'avait pas ëtë aperçue par Carteret; nous rappelâmes île de la Recherche; nous la vîmes dans un si grand éloignement que nous ne pûmes la placer sur nos cartes avec précision : cependant on a déterminé sa latitude et sa longitude, et elle doit être, à quelques minutes près, par ii* 4o' et par 164** 25. »
D'après la position géographique de Mannicoio et la similitude d'apparence de moeurs et de coutumes qui existe entre ses habitans et ceux deSanta- Cruz avec lesquels ils pnt des relations constantes , on déviait considérer cette île comme appartenant à l'archipel de la reine Charlotte*
Les Mannicolais sont tatoués sur le dos , et ce tatouage se compose de figures de poissons, de lézards , etc. ; mais , à cause de la couleur de leur peau, ces figures sont généralement peu visibles. La chaux qu'ils mâchent avec le bétel est renfermée soit dans des morceaux de bambou , soit dans des gourdes ou calebasses de la grandeur et de la forme d'un concombre , dont un bout est coupé. La calebasse qu'ils destinent à cet usage se cueille verte , ils la vident et la grattent proprement à l'in-
!■» ao5 ii<
tcrieur, puis ils tracent divers ornemens sur la peau avec une pointe de fer ou de coquille rougîe au feu. Ils la laissent ensuite sécher et lui ajustetit un bouchon de bois. La noix ei la feuille du bétel sont renfermées dans de petits sacs tissus avec assez de goût et teints de diverses couleur^.
Du 8. Fortes brises de vents alises , tems trèsclair.
A sept heures et demie, il vint à bord plusieurs insulaires pour nous vendre des cocos. Dans le nombre de ces individus se trouvait Thangaroa , sa femme et son fils. Cet homme venait m'annonccr que ni sa famille , ni sts amis ne voulaient consens tir à son départ ; mais qu'il avait amené pour le remplacer, si j'y consentais , un naturel d'Otouboa , grand voyageur qui avait visité toutes les îles du groupe sous le vent. Je convins de le prendre , et fis présent au nouveau venu d'une herminette. Pendant ce tems notre ancre ayant été levée, les pirogues quittèrent le vaisseau. Au moment de leur départ , un ami de Thangaroa , voulant rester avec nous , s'était couché sur le gaillard pour éviter d'être vu par sts compatriotes. Rathea s'en étant aperçu, lui ordonna de s'en aller. J'intervins , et je déclarai que , s'il désirait venir avec nous , je le garderais. En «e moment, un chef monta sur le pont , prit cet homme par la main et lui ordonna de le suivre. Comme il paraissait peu disposé à cxé-
cutâr cet ordre , je cherchai à le rendre plus soumis en lui donnant une petite hache ; il la remit sur-le-champ à celui qui voulait Temmener de force, et s'en débarrassa ainsi. Cependant les insulaires qui se trouvaient dans les pirogues lui crièrent de quitter le vaisseau , et il parut hésiter entre le désir de lès satisfaire et la crainte de me mécontenter ; mais , à la fin , Tamour de la patrie Temporta , et il s*en alla rejoindre ses compagnons.