‹ Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et relation de la découverte du sort de La Pérouse (volume 2)Chapitre 33 sur 37 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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Traversée de Mmnicolo à 5anU-Graz. ^— Départ de cette île.

Du 8 octobre 1827. A sept heures du matin nous mimes sous voiles. Je fis gouveroef^oaLord le long et tout près de la côte ouest de l'île Amherst, et ensuite au nord pour gagner la passe Hayes, dans laquelle j'entrai a dix heures. Nous courûmes alors au N. '/4 N.-O. pendant une heure, puis une fois en pleine mer, nous prîmes la route de TOaN.-O. pour gagner Otouboa.

Pendant les vingt-cinq jours que le vaisseau resta à l'ancre , près de Mannicolo , l'harmonie la plus parfaite subsista entre nous et les naturels de cette île. Ils montrèrent à notre départ un chagrin qui me parut sincère , et je dois dire à leur honneur qu'ils ne commirent pas le moindre vol quoiqu'il n'eût point manqué d'occasions qui auraient pu les tenter.

A midi, latitude observée 11® 25' S., le centre d'Olouboa nous restait alors à l'O. '/< N.-O. 5*»N.; distance d'environ cinq lieues. A trois heures après midi, nous n'étions plus qu'à quatre ou cinq milles

de cette île ^ et Mannicolo était encore en vue> la montagne de Charles X s'clevant au-dessus des nuages. A la distance où nous nous trouvions, la côte est d'Otouboa paraissait courir nord et sud dans une longueur d'environ six ou huit i^illes , puis prendic la direction du N. N.-O. pendant six ou huit autres milles. C*ëtait toute la partie de côte que nous pouvions encore voir. Elle nous parut être découpée par trois grandes baies. Sur la partie saillante , qui sépare la baie du sud de celle du centre , nous découvrîmes un village plus considérable qu'aucun de ceux que j'avais encore vus dans ces îles.

La côte est bordée pjar un récif de corail qui est situé à environ deux milles de la terre, et qui paraît ne pas s'étendre au-delà du point où la çôle tourne au N. N.-O. n semblait, du vaisseau , qu'à l'extrémité de ce récif, vers la partie la plus orientale de la cô le, il y avait une large ouverture pour pénétrer dans l'intervalle qui le sépare de la terre, et où probablement on trouverait un bon port. Nous aperçûmes tout près du récif une pirogue à la voile qui semblait se diriger de notre côté. Tout d'un coup nous la perdîmes de vue.

A trois heures et demie , viré de bord vers l'est et diminué de voiles, attendu qu'il était trop tard pour envoyer à terre des canot^ qui pussent être de retour avant la nuit. A six heures, tout le fruit

de nves travaux fatllîl être perdu et nous manquâmes de périr par la négligence de l'homme plac^ en vigie à la- tête du mât.

L*6b^ttritë commençant généralement à régner vers six heures ef demie, depuis que nous étions arrivés parmi ces îles , j'avais ordonné à tnon se-* cond de monter au haut d'un nàât pour obseirver la mer,' aussi loin qu'il le pourrait $ tout autour, de nous. J'étais allé moi-même sur le gaillard d'avant pour prendre connaissance de la côte dont nous étions proche. Mon second en redescendant me dît qu'il n'y avait aucune autre île en vue. C'est alors que je lui donnai Tordre de virer de bord vers l'est pour la nuit, après quoi je m'en retournai dCTrièrc ; mais chemin faisant , étant venu à regarder par lan sabord, je fus frappé de terreur en voyant le fond trés-clairement et jugeant, d'après celte vue, que nous n'avions pas plus de trois brasses d'eau le Fong du bord. Je fis mettre Sli^-le-ehamp la barre sous le vetit pour faire virer le vaissièau ; mais, en levant les lofs, le taquet auquel était aniar*rée la grande bouline arracha, et. la grande voile vînt sur le mât. Dans ce moment critique, Je m'attendais avoir le vaisseau toucher; heureusement il acheva de virer. Pendant notre abattéë , je fis feonder; le premier et le second coups de plomb amenèrent cinq bratsses et demie, le troisième huit, et au quatrième oa n'atteignit pas le fond avec treize II. 14

brasses de ligne. L/exirëmkc du récif que nous venions d'éviter se trouvait alors en vue, nous restant au S.-E. '/4 S. du compas^ distance d'un mille et demi à deux milles. Nous relevions les extrémités de la côte au S. 5" E. et au S.-O. 74 O. Le motif qui m'avait porté à toucher à Otouboa était de m'assurer si ce n'était pas à cette âe que s'était réfugié le chef de Paucorie avec le Français que les Mannicolais avaient nommié Mara.

Du 9. Brises modérées de vent alisé, tems parfaitement clair. Mon dessinateur et plusieurs marins étaient retenus au lit par la fièvre. Cette cir- . constance me fit sentir l'utilité d'avoir pris^à bord àa^s insulaires de la nier du Sud. Ces hommes m'étaient alors précieux comme canotiers pi comme soldats. Sans eux, en cas d'attaque de la part des naturels des îles près desquelles nous nous trouvions f il m'aurait été impossible darmer deux canots, les Lascars ne connaissant pas l'&sage ' des aimes et étant regardés avec un grand mépris par les guerriers de la mer du Sud.

Au point du jour, nous relevions Mannicolo au S.-E. 74 3. <hi compas, Otouboa au S^S.-O. et Santa-Cruz ou Ihdcnny au N.-O. 7< O. C'étaient les seules îles que nous eussions en vue. Il y en a plusieurs autres marquées sur les caries tlu capitaine Carteret ; mais elles n'existent ppint. Les insulaires que j'avais à bord et les Mannicolais afRr-

ment qu'il n'y a qu'Otouboa de ce ço\é d'indetiny. J'élàbtts la latitude d'Olôuboa, daos sa partie orientale, à I iM I i8' S,, et la longitude à i6G« 53' E.

Durant ma croisière près de cette île, je la vis très -distinctement, mais je ne pus apercevoir Tîle Edgecumbe , de Carteret , ni aucune des trois petites i\eê placées sur sa carte, au large de la pointe ouest d'Otoùboa. Il est de fait que ces îles n'existent pas. 11 faut que le capitaine Carteret ait pris par un tems brumeux quatre des pics d'Otouboa pour quatre îles qu'il a placées sur sa carte, à l'ouest de celle-ci.

A sept heui^s du matin, j'eiivoyai à terre, à Otouboa, deux canots armés sous le commandement ^de mon second. M. Chaigneau, Martin Bushait , Rathea et l'homme de Mannicolo, l'accompagnèrent. A quatre heures, ces embarcations revinrent avec deux Tucopiens. Mon second me rapporta? que le rédf, qui règne au large de la côte, vers les parties S.-O., S. et S.-E. de Tîle, s'étend jusque presque en face du cap de Test où la mer C'Csse de briser ; qu'à partir de cet endroit, on trouvait une chaîne étroite de coraux qui se prolongeait parallèlement à la côte, vers le nord-ouest, dans toute l'étendue qu'on pouvait découvrir des canots et que la mer paraissait assez profonde sur cette chaîne pour que des navires pussent passer par-^ dessus et gagner le canal qui la sépare de la terre,

«OU Ton trouvait un bon moiiilbge , ainsi que dans plusieurs baies ^ue forme la côte.. Il avait visité deux viUage^| à Tun desquels le Manmcolab Tavait quitté et les deux Tucopens l'avaient rejoint»

Martin Bushart me dit qu*^n apfHroehant de la côte on avait aperçu un ^oU village vers kiquel les canots s'étaient dirigés* Les habitans étaient, venus sur le rivage -et avaient bien reçu nos gens. Il paraitnot, d*après le rapport de Bushart , que ce bon accueil était dû à ce que des Tucopiens établis ^ns râe avaient parlé aux naturels enfaveur des Européens,

Martin Busbart et Rftthea^^marquèrent que la plus grande partie des insulaires étaient pourvus d'outils faits avec du fer qu'ils s'étaient procuré a Mannicolo. Bushart demanda à ces gens s'ils avaient vu l'homme blanc qui avait quitté Mannîcoloavec la tribu de Paucorie* 11$ répondirent qu'il n ét^ jamafis venu dans leur île. Martrû.leur demanda ensuite s'ils savaient qu'il fût dans quelqu'une des iles ^sous le vent. La réponse fut qu!il y avait bien des Iles au vent et sous le vont de IV^nmcolo, et ^le cet homme pouvait être dans runë^de^cos lle^

Les n^aiso!ns de te irilla^ soiH: beauconp plus grandes que celles 4e Mannicolo. Elles format des ruesqui se coupent à angle dreiît et son^ ombragées par des cocotiers plantés de chaque côté en face des maisons. La populatioti, à Qtoubouaé est plus nom-

breuse et piussaiiM qu'à Mdanicolb et les subsî^tiinces y. sont plus abondantes, ce.qui va sans dire, puis^ que , par tout pays , îl existe une relation constanteentre le nombre des^habitansetl<tS;ia5y'€H9S désubsister. Nos canots s'ctant:avan«'s à deux ou trow inillesvers le sud-est vitent. un second "pillage encore phis grand que le premier. Martin Busfaart y débarqua et ttouva;troi& Tucopiens qui lui dirent qu'ils dési- , raiait retourner daps leur patrie ou allev avec le vaisseau aux îles eous I^ vent* Martin kur dit qu'ils pouvaient s'eaibarquer dans nos canots , ce- qu'ils firent; mais Fun d'jeux redescendit à terre sous pré-t t^xte d'aller pi'endre congé de sa maîtresse et ne re^ vint pkis. Le Prussien vit à ce village plusieurs porcs d'une taille bien supérieure h ceux de l^^annicolo ; mais il ne p^t décider les naturiels à en vendre un seul, parce que, durent-ils, cçs animaux sont 4a poopriété 4es dieux. du p^tys. U fit , dans ce village , les mêmes, questions que dans l'autre « relativement au rErançais parti de Matinicol.o , et reçut des réponses semblablies* U rechercha avec soin les objets qui pouvaient contribuer ^ fournir quelques lumières swi* les circonstances qui accompagnèrent le naufrage des deux bâtimens à Mannicolo ; mais les insulaires assurèrent qu'ils lie possédaient, rien autre chose, que :des fokls. Le. plus âgé des Tucor piaas n'ava\t jamais vu de navire européen. U avait quitté ^onib environ deux, ans avant Vappariticiii

du Hûiiter près de Tucopia. Les deux autres avaient émigré cinq ou six ans après. Tel fut en Substance le récit de Bushart.

«rétablis le vaisseau, le cap à Test, sous une voilure maniable pour la nuit. A midi, j'avais pris les relèvemens suivans des trois pointes de l'île que j'avais en vue ; pointe est , S.-E. */4 S , distance de six milles ; pointe nord , S. '/^ S.-O , dislance de six milles; pointe intermédiaire , S. '/} S.-E, distance de quatre milles ; latitude observée , 1 1* 7 ' S.

Du lo. Au point du jour, Manhîcolo , Otouboa et Indenny étaient en vue. Mis toutes voiles dehors et gouverné au N. N.-O. pour me rendre a cette dernière île. Peu de tems après je pris successivement la route du N-OL et celle de TO. 5"^N. A neuf heures du matin , l'île du vofcan de Tenacora était en vue; le sommet de son pic était caché par les nuages. A dix heures et demie , ta points est d*Indenny, nommée par Carteret cap Byron , nous restait au $. Y4 S.-E. , distance d'un ou deux milles. Bientôt après nous découvrîmes deux/dUages y l'un à l'est de la baie de Swallow et l'autre au fond de cette baie. Quelques pirogues chai'gées de cocas cherchèrent à s'approcher du vaisseau ; mais nous marchions trop vite pour qu'elles pussent nous joindre. En longeant la terre , nous vîmes plusieurs villages dont les habitans étaient rassemblés sur le rivage. Nous aperçûmes aussi des pirogues qui par-

taiçnl de tous les pouito de la côle. Nous distingua- mes à terre plusieurs personnes^ les unes assises , les autres debout à l'ombre de grands arbres. Elles étaient vêtues de la tête aux^pieds^ ce qui nous fit supposer que c ëtaient des femmes.

A midi , le vaisseau ëtait proche de la baie ensanglantée {Bloody Bay) , où- un des officiers du capitaine Carteret et quatre de sts matelots avaient été blessés mortellement en août 1 767 . Nous nous trouvions alors à environ un mille au nord de la côte. La latitude observée en cet endroit se trouva être de 10* 39' Su Plusieurs pirogues sortirent de la baie, mais elles ne purent nous suivre et l'une d'entre ell^ chavira avec sa cargaison , parce que ceux qui la montaient s'étaient obstinés à tenir la corde à laquelle ils s'étaient accrochés pour nous accoster.

Sur divers points de la côte , nous vîmes des pirogues beaucoup plus grapdes que celles qui nous avaient approchés ; elles étaient hâlées à terre et couvertes de nattes. Je pense qu'elles sont destinées aux grands voyages et les autres aux usages |ournaliers. En passant devant Ferris Bay , nous vîmes un tfès-grand village d^où partirent dix^huit pirogues , mais nous les laissâmes en arrière comme les autres.

A une heure et demie , nous doublâmes la .pointe de Carteret et remontâmes la baie Graciosa des Es-*

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pagoois. £a relevant l*île de Trevannion, à TO ^/^ ^•--O., je fis sonder et trouvai vingt-cinq brasses sar U cbaine de cdrail qui â*avance de la grande terre. Au second coup de plomb noud n*eâmes pmnt de fond à quarante bcaissesk Noos continuisues de r«* monter Ja baie en longeant ia terre d'aussi presque le veiU pouvait nous le permettre , nous dirigeant au S. S,-0. Nous sondâmes sans trouver de fond avec quarante^rinq brasses de ligne.

£n appjrocbaat de la -passé situëe entre lespointes de Tviîawley et de Monate^ nous vîmes les baocs.à sec et couverts de points noirs que nousre* eonnûmes bientôt être une foule d' hommes occu^ pës k pêchçr sur le récif ; iLs avaient avec eux un grand nombre de. pirogues. Quâûd le vaisseau ap« procba , vingt-cinq de ces pirogues vinrent vers nous et tous les pêcheurs qui étaient sur les bancs rcg*'" giièrent la terre. Il y t avait en ej» n^ment pbs ^^ cent [MrQgùes;qui nous ^oivironhaiiçnt de tous côtes. Les, hommes qui les montaient noiis iai3aient des signes d!amitié.en;criant: itk£\ tekU et (nous montnamt lejurs cocos ; .mais nous étions \voç oedup^s pottr songer ^ tJ^afiquer.^ Néamnoins. nous ^rifo^s quelques /docbs et donnâmes en ëdl^nige. des ham^fons. .

Après avoir franchi la passe entre les pointes de TrevanmoA et de Monate » ilidevint ^nécessaire de virer de bond^ponreourir à YtèXi Nous ne tr oitvâmes

pas de fond avec sqixàntè-*dix brassesde Ugne « ni du côte est de la baie arec £oixante>H}ain%e. La mer était ]imie coùime up miix>ir et ne brisait pas du tout à là côte« Je continuai de Icravoyer en avançant dans )à baie, e^pératit à tout moment trouver le fond ; mais je fus dësappôiiHé. Ui\ peu après cinq heures du soir, je pris le parti de régaler ia pleine mér pour la nuit et de revenir le lendemain^ chercber un ttioiiilfege. 4'étais alors, à environ deux nulles du -fond de la baie et je regrettais d'être oblige d abandonner le terrain que j avais gagné avec tant de peine. A six heures çl deinie la nuit se fit. La pointe Carteret nous testait filors à TE. '/} N.-E. Cette jointe borne à Vestla grande baie que j;'avais remontée jusqu'à sept milles fiu-dessuâ de son eptî^ëe. J-observaîie iV€>l£an de Tîle Tenacora ; il jetait des âammes de ^inq en cinq minutes ; ouds , à la>4i^ance oà >nous nous trouwions^ nous les apërceviOM à pc^ne. En jé82&» moi^ant ]é.Smni'*Iiàinck ^ je me trouvai « pendant* une liuit , en calme près de ee volcan et je le vii jctter uneimmensé iquaiitité de^lavë qui roulait eu torrens suriés :%ncs de la rnônfâgne. • Pendant queileVaqsoeiaaTemontait la belie, j*^avàis; observe 'plusieurs villages de chaque côté. Les m^ 3<Hisy sont plus grandies qu^on ne fes trouve généra^ liei|ieïit.s^i! ks îles de la)mer du^l^d ; elles oiit une porte à diaque extrémité et une de chaque côl^. Chaque maison est entourée d^un mur eti pierres

sèches de quatre à ciiu] pieds de hatitenr , et presque autant d'ëpaisseur, avec une seule ouTerturé servant de porte. On peut eh conclure que les habitans de cette île sont souvent en guerre les uns contre les autres et qu'ils se réfugient derrière ces murs pour ëvitèr les coups de leurs ennemis.

La plupart des pirogues que nous avions vues étaient conduites par deux, trois, quatre ou cinq hommes ; mais , quel qu^en fût le nombre , chacun avait son arc et ses flèches. Nous manquâmes d Savoir une querelle avec ces insulaires. Avant qu'ils ne fussent venus en si grand nombre le long di| bord, j'avais fait jeter en tlehors trois bouts de corde qui pendaient dans Teau , un de chaque côté et un a l'arrière du vaisseau , afin qu'ils s'en servissent pour am;aa*rer lewrs pitoguîes; mais le vent étant devenu faible et les pirogues nombreuses , éWes retardaient considérabl<siQeiit notre marche. En conséquence je donnai Tordre, de hàler ces bouts de corde à bord. On en hâla deux sans difficultë; mais un insulaire 3*obstina à retenir le troisième et refusait^ de le lâcher quoiqu'on lui eût crié plu^urs fois de le iaire: Le maître canonnier, impatienté, tira la corde avec force et obligea le sauvage à quitter ftise , ce qui le mécontenta au point qu'il isaisit son arc d une main et une flèche de l'autre. Craignant que les ho^tilit^s une fois commencées ne àent^sseni

génji^rales et sérieuses, et étant environne p^ ^^

moins six cents iosulaii^es tous aimés, j'ordonnai à la garde de se ranger en haie sur la dunette avec les fusils chargés . et prêts à tirer, et en même tems je fis virer de Jbord , ce qui éloigna tmit d'un coup le mutin et nous mit hors de la poiiée de ses armes. Ses compatriotes p'eurent pas connaissance de ce qui venait de se passer et continuèrent à faire des échanges avec nous , mais ils ne voulurent pas venir sur le poht, quoique les deux Tucopiens que j'avais pris à Otouboa fissent tous leurs efforts pour les y engager. £n voyant le vaisseau courir au large ^ ils parurent désappointés ; mais les Tucopiens, qui avaient visité leur ile et qui connaissaient leur langue , leur donnèrent Tassurance que nous reviendrions le lendemain n^tin ^ et alors ils promirent de revenir euxHnémes et de nous procurer quelques porcs.

Quoique Indenny soit peu éloignée de Mannicolo, la langue de ces deux îles est tout-à-fait différente , bien que le costume et les omemens que portent' leurs habitans soient semblables. Les insulaires d'Indenny teignent leurs cheveux ( on pourrait dire leur laine ) en blanc , jaune ou pourpre , chacun selon sa fantaisie. Quelques-uns portent des bonnets en façon de pain dé sucre faits avec de la toile ou des feuilles de cocotier et de palmier. Je ne remarquai parmi eux aucun individu affligé de ma-^ ladics de la peau comme le sont les Mannicolais.

I» alo «il

On dit que les Espagnol , soas la cooduîte de Mendana , avaient fonde une colonie dans cette île dès l'année iSgS ; mais qu'as furent obHgés de Ta-' bandonner par suite de querelles avec les insulaires. Je pense que le Research est le premier navire europ^n qui soit entré dans leur baie depuis cette époque.

Un des Tucopiens qui se tronraîent à mon bord iTait résidé pendant quelque tems sur l'île basse située au N-rË. et qu'on appelle Marne. Il s^entretiot avec un jeune homme de couleur cuivrée qui se trpuvait.dans une deis pirogoes et avec le père duquel il a^ait habité. Ce jeune ;homnfre promit de revenir ^le ieademain avec quelques provisions « si le vaisseau se rapppochaitHle la terre , et<^mme je re marquai qu'il était très-^faînilier avec le Tucopien , je pensai qu'il pourrait nous être utile.

Du l'i* Brises .modérées de ^enft aU^., 'heau tems. 'A'bdk hèui^es du matin; vîyé de^bordau sud et .fait: route vors la tèire. A isix heures,; nous doublâmes la 'pointe Carterel ei jeutrâmes dans la baie GnBK:iosav Quand nous vînmes à rolever la partîe «ord,de Tîle Trevanniôa, >à FO. •/4 N.-Ô. et à YQé K.^., 410US eûmes fond par sîeiïe brasses à une- encablure à l'ouest ou soùs le vent du récif

qui se ti^ouve en face du rivage sur le côté est de U baie. ^^

Pe tous les points environnans fious vîmes pous-

scr à l'eau des pirognes qui vuipcnt nous apporter des porcis , de la volaille, de gros pigeons, d^s espèces de. concombres < du mangoustan et un fruit bien connu à Otaïti et que les insulafires nomment ehea. A huit heures *t demie, nous compf âmes cent trente-cinq pirogues autour de nous. JSHes se te*naient si serrées contre le vaisseau que j^eus quelque crainte qu'elles ne cherchassent à nous aborder. En conséquence, je fis nMHtre mes soldats sous les armes. Nous continuâmes de sonder sans tromper le fond à soiiante^dix brasses. Les insulaires fdsàietit un tel tapage que nous pouvions difficilement lious entendre a bord , et ils étaient si nombreux que |e n'osais envoyer des canots sonder parce* qu'il ëtaît probable qu^ils les attaqueraient.

Je songeai alors à reprendre le large et je chargeai les interprètes de demander aux insulaires s'il existait pu s'il avait existé sur l'île quelqu'un des hommes blanc$ des vaisseaux naufragés à Mannrcolo ; mais on né put obtenir aucune réponse satisfaisante. Je me trouvais avoir à virer de bord k l'endroit où je l'avais fait la veille. En ce moment quantité de pirogiies s'avançaient vers le vaisseau dé Ions les côtés de la baie. A peine avions-nous viré que je jugeai par les mouvemens des insulaires qu'ils avaietrt quelques mauvaises intentions. Leur première démonstration lut de lancer deux ftèjche$ aux personnes qui étaient assises sur la dunette , et

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)€ vis un grand nombre d'entre eux bander leur arc. D'après cela \é fus fondé à croire que l'attaque allait devenir générale et j'ordcmnaî à la garde , rangée sur la dunette » de faire feu. Je me boi*nai à une seule décharge « ayant vu plusieurs des insulaires se jeter à la mer et nager entre deux eaux pour s'éloigner du vaisseau sans être exposés à nos coups , tandis que ceux qui avaient eu assez de courage pour rester dans les pirogues pagayaient de toutes leurs forces pour regagner au plus vite la terre , se dirigeant vers un grand village de la côte ouest au large duquel nous avions viré. Les plongeurs, revenus de leur épouvante , remontèrent sur les pirogues et toute cette masse d'hommes , qui nous menaient un instant auparavant, se trouva bientôt à une grande distance du vaisseau. Tout cela fut l'affaire 4e quelques minutes. Une des flèches qu'ils nous avaient bncés rasa la tête de mon commis , traversa une de nos voiles et tomba sur le pont. L'autre frappa contre un des canots que nous avions sur des palans 'à la hanche et retomba dans l'eau. Pendant que nos gens tiraient , je ne m'aperçus pas qu'aucun des insulaires fût atteint.

Une brise assez forte étant venue à s'élever» j'en profitai pour conduire le vaisseau parmi les pirogues de la côte de l'est, avant que ceux qui les montaient eussent pu être informés , par leurs voisins de la côte opposée, de ce qui venait de se

passer. Mon iotention était de prévenir Tirapressioa que le récit de ces derniers aurait pu faire sur leui* esprit et qui aurait peut-être donné lieu à une coalitipa générale pour nous détruire^

La baie étant très^large « j'avais remarqué que^ bien que les pii'ogues de Te^t fussent en vue ^ elles étaient trop loin pour que ceux qui les montaient eussent pu entendre nos coups de fusils « et la

cbose était évidente pmsque ces pirogues continuaient de s'avancer paisiblement vers le vaisseau , tandis que la confusion régnais parmi celtes dé la côte opposée. J*en conclus donc que les gens de Test ignoraient laiTaîre , et. qu'il était d'une bonne politique de leur en donner le. premier avis en y joignant des assurances de nos dispositions pâcifi-* ques envers eux^ tant qu'ils se montreraient disposés à entretenir avec nous dès relations amicales. Je me trouvai bientôt au milieu de leurs pirogues et, comme je l'avais conjecturé » ils ne savaient rien de ce qui était arrivé. Pour me faire bien venir d'eux , je me hâtai de faire des présens aux premiers qui se présentèrent le long du vaisseau, et j'achetai les provisions qu'ils apportaient au prix qu'ils demandèrent. Ayant ainsi préparé les voies , j*ordonnai au Tucopien de leur montrer les mor^ ceaux de la flèche que leurs cotnpatriotes' nous avaient lancée , ainsi que le trou qu'elle avait fait dans la voile , et de leur demander ce qui avait pu

les porter à agir ainsi envers nous, qui venions en •mis les visiter et leur £amre pressent de choses dont ils avaient besoin. Ils répondirent ^ns hësiter que ceux qui avaient lance àes flèches sur nous étaient de mauvaises gens, qu'ils appartenaient à une tribu autre que la leur, et que nous avions bien fait de tirei* sur eux.

Je ne pense pas, au reste» que ces honmies, malgré leur grand nombre , eussent osé nous attaquer s'ils avaient connu les moyens redoutables que nous possédions pour rçpoussw leur attaque. Quelque sérieuse que fàt noire position au moment où j'avais ordonné de tirer, je ne pus m'empècher de rire du désappointement dont le marquis de 'Wyematti et Robert Tytler, son docteur, donnèrent des marques frappâmes, lorsque j'ordonnai de cesser le feu. « Quoi! s'écria le premier, d'un air qui indiquait plus que de la surprise , on ne tire plus ! Je veux manger un de ces hommes. » Le docteur, à son tour, déclara froidement qu'à son retour à la Nouvelle-Zélande , il se trouverait , faute de pratique, avoir perdu de ce talent à disséquer les ennemis tués, qui^av^it rendu si célèbre» « Je vouAraîs, ajouta-t-il, emporter une de ces fêtes pour montrer dans mon pays quelle sorte de gens nous ayons visités.» J'ai déjà dit ailleurs que les Nouveaux- Zélaùdais avaient une méthode {)articulière pour préparer les têtes humaines et les conserver. On en

voit plusieurs ëchântillons aii mus^e britannique , à Londres et dans les salles de la société asiatique, à Calcutta*

Après avoir couru plusieurs bordées, nous réussîmes enfin à trouver fond » par trente-sept brasses, à la dilstancc d'un mille du fond de la baîe. Nous lai^âmes tomber l'ancre qui tint bon par quarante - une brasses , fond de sable blanc. Notre mouillage se trouvait à pèu-près à égale distancé de deux assez grands villages situés vers le fond de la bâîe. L'un nous restait au N.-E. 3« N. ; l'autre au S.-O. ^[i Sm et nous en étions éloignés d'environ trois^quarts de mille. L'embouchure de la rivière, qui se trouve au fond de la baie, nous restait au S.-E. ^/i'S., à la même distance de trois quarts, de mille. Nous étions enfermés par la terre depuis le N. 6*» E, jusqu'au N. 6^ O. Nous apercevions la montagne de l'île de Ténacora ou du Volcan, par-dçssus l'île de Trevannion et dans la direction du N. 74 N.-O. 6<» O.

Nous filâmes soixante-dix brasses de. notre câble en fer. Je fis sonder autour du vaisseau et Ton trouva : devant, quarante-^ trois brasses; derrière, quarante-cinq; et de chaque côté, quarante-qus^tre et demie. Les sondes , en allant du vaisseau vers la côte de l'esjt, diminuaient graduellement de quarante-deux à quinze brasses. A upe encablure de terre, il y avait quatorse brasses. En partant du

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vaisseau, vers fe village du S.-O., on trouvait de quarante-quatre à quaraote-deux brasses , sur un fond rocheux et inégal et sur lequel, pat^ conséquent , on n'eût pu ^eter Tancre avec sûreté. Un navire, qui voudrait mouiHer dans ce havre devrait s'établir tout près de là côte du nord où le fond est sain. En droite ligne du vaisseau , à rembouchure de la rivière qui se décharge vers le fond de la baie , les sondes varièrent de trente-deux brasses à vingt-deux. A une encablure de rembôuchure il y avait dix sept brasses , et à une demi-encablure , dix brasses. Le fond était de sable tioir argileux et offrant une bonne tenue.

Depuis le moment où nous laissâmes tomber l'ancre jusqu'au coucher du soleil, le vaisseau fat entouré de pirogues, montées par des hommes qui se conduisirent d'une manière très-paisible. Nous . leur achet&mes des cocos et des ignames que nous payâmes avec des hameçons et de la verroterie. Ils nous vendirent aussi six petits porcs, au prix d'une hache par tête.

Peu de tems après que nous eûmes pris notre mouillage, le jeune homme cuivré de l'île de Marne vint le long du bord , et son ami le Tiicopien l'engagea à monter sur le pont. Je bii fis présent d'un morceau de toile rouge , d'une herminette , d'un couteau et d'une paire de ciseaux. Je lui demandai ensuite s'il avait connaissance de ce qui était arrive

le malin , et je lui montrai )a flèche brisëe. U me dit qu'on lui avait raconté TafTaire et qu'un des insu-*laires avait été blessé d'une balle qui lui avait cassé le bras. Il ajouta que les gens qui avaient cherché à nous attaquer appartenaient à la tribu Malevy, et habitaient un grand village , portant ce nom , situé sur la grande terre à un ipiUe et demi de Tile dé Trévannion. Je témoignai alors le désir qu'un chef vînt à bord. U appela un vieillard dont la peau était un peu moins foncée que celle des autres, et qui monta sur le pont sans la moindre hésitation. Ayant demandé comment il s'appelait , il me répondit : Lamoa. Je le priai , suivant la coutume des insulair res de la mer du Sud « de changer de nom avec moi et de devenir mon ami ; il y consentit et dit qu'à l'avenir nous nous nommerions » lui Peter et moi Lamoa. Je fis présent à mon nouvel ami d'une bar che, d'un coupon d'étofie rouge, d'une paire <de ciseaux et de quelques grains de verroterie. Il en parut très -satisfit et^se montra fier de sa nouvelle alliance qu'il annonça à ses compatriotes d'un aie tout rayonnant. Il me demanda la permission de retourner à terre , me promettant de revenir le lenr demain matin et de m'apporter, pour moa déjeu^ ner, quelques mets cuits à la f^çon du pays. Je le laissai partir, et quand il fut arrivé à terre, je vis porter la hacbç en triomphe devant uae foule d'in-*' sulaires qui poussaient des acclamations de joie.

Toutes mes qucstionsne purent me procurer aucun renseîgneraeW sur le sort du pauvre Français parti de Manrùcolo , et ïes réponses que mé firent les habilans d'Indcnnjr furent semblables à celles que j*avaîs reçues des gens d'Otouboa.

J'éprouvai quelque chagrin en apprenant qu'un homme avait été blessé , le matin , par notre mousquèterie. Mais cette première loi de la nature, qui commande a tous les êtres de veiller à leur propre conservation, me força d'adopter cette manière prompte et efficace de convaincre les agresseurs que , bien que nous n'eussions que des intentions amicales envers eux , nous possédions les moyens de nous défendre contre leurs attaques.

Du 12. Bonne brise de vent âlisé , feras couvert et petite pluie par intei-valles. Dès le point du jour, nous fûmes visités parles insulaires, quinons vendirent trois ou quatre porcs de très-petîte taille , des cocos et quelques pièces d'une espèce de toile qui paraissait avoir été tissée à la navette. J'avoue que je comptais obtenir de plus amples provisions d'une population si nombreuse. Mon ami Lamôa et deux de ses fils étaient au nombre de nos visileurî. Ils m^ offrirent en présent' une douzaine d'ignames, quelques patates douces et quinze noix de bëtel. J'appris que Lamoa n'était chef d'aucun des deux villages les plus proches du vaisseau; mais que sa tribu était établie à Mambo , autre grand village si-

taé sur la. côte ^s\ de la baie à quati*e ou cinq milles de notre mouillage. II me demanda pourquoi mon vaisseau avait remonté si avant dans la baie, et me pria de venir mouiller près de son village, disant qu'il yavaitplusieurs ruisseaux d'eau douce où je pourrais me procurer celle dont il savait que j'avais besoin. Je répondis , que lorsque j'avais mouillé où nous nous trouvions , je ne le connaissais pas encore ; mais que , puisqu'il était mon ami , je changerais de position le lendemain. J'ajoutai qu'il fallait auparavant que j'envoyasse des canots examiner les localit(^, et reconnaître quelle étaitla profondeur de l'eau près de son village. Il m'offrit de monter sur une de ces embarcations pour guider nos gens dans leurs r^çcherchès , et j'acceptai ses services avec plaisir. Un peu après dix heures du matin , j'expédiai deux canots armés. Lamoa, avec deux de ses gens, s'embarqua dans l'un , et dans l'autre partirent Martin Bushart , le Tucopien que nous avions pris à Otouboa , et deux autres hommes de la tribu de Lamoa. Ces canots arrivèrent a M ambo vers onze heures , et y trouvèrent une petite baie restant droit à l'est du chenal qui sépare l'île de Trevannibn de la.grande terre du côté du sud. A la distance de deux encablures du rivage , la sonde ne touchait pas le fond avec cent dix brasses de ligne. A une dpipi-encablure du centre -de la baie , on trouvait quarante brasses fond de sable , et , de ce point ea

allant vers le rivage, les sondes diminuaient jusqu'à qwwe brasses « mab sor un fond de roches ; de sorte que cette baie n'offre pas de mouillage. Les canots entrèrent dans une petite riv^re qu'ils remontèrent jusqu'à an quart de mille. L'eau était par&itement douce , et lavrivière , dont la largeur ëtait d'environ douze brasses et la profon4cur de trois pieds , coulait sur un fond de gravier.

Martin Bushart descendit à Mambo , accompagné de Lamoa et du Tucopien. It trouva que le village contenait plusieurs grandes maisons entourées d'une espèce dç rtQipart en pierres sèches. L'intérieur de ces maisons était garni de nattes , même snr le sol , et il y avait an centre un foyer comme ceux de Mannicolo. Les habîtans paraissaient avoir des vivres en abondance. Ils étaient propres sur leur personne eld^une santé florissante, l^ur nombre pouvait s'élever à une centaine dHndividus , le reste était absent ^ principalement à bord du vaisseau. Martin vit dans le village quelques gt^os porcs dont les habitans ne p2a*aissaient pas disposés à se défaire. Les femmes avaient fort bonne mine , et portaient pour vétemens un jupon qui descendait des reins jusqu'au milieu de la jambe , et un morceau de toile grossière qui leur couvrait la tête et les épaules. Elles avaient les lèvi*es brûlées et les dents corrodées par le bétel et la chaux» dont éUes usaient avec excès. ^

Jayais aperçu, la veille , dans une pirogue , un homme qui avait attiré moa attention par une dentition singnlière. Il avait sur le devant de sa mâchoire inférieure deux dents d'une énorme dimen** ^ion. Je voulus le faire monter à bord pour Texaminer.deprès, mais je ny pus réusdur. Je^ pensai ^ au premier abord, que ce que je prenais pour des dents n'étaiit autre chose que deux morceaux d*os que cet Komme avait iipplantés dan& sa mâchoire ^ on qull tenait simplan^Eit serrés entre sa lèvre et ses dents naturelles , et bientôt je n'attachai plus d'importance à ce qui me paraissait n'être que des dents postiches de la grosseur de celles d'un grand bœuf. Ce matin , ma surprise augmenta en voj^nt plusieurs hfisuMres qui avaient des dents encore plus grosses que celles qui m'avaient frappé la veille. Je décidai deux de ces hommes à venir sur le pont, et je priai l'un d'eux de me vendre une de ces^ dents monstrueuses. £n même tems je m'assurai qu'elles étaient soËdement fixées à sa mâchoire , et non pas des omemens artificiels. Voulant à toute force en avoir une en ma possession, j'offris un fer de rabot , puis une herminette ; mais on ne considéra pas ces objets comme d'une valeur égaie à celle de la dent que je convoitais. Je finis par proposer une hache. Alors <, un homme, qui avait à sa mâchoire inférieure une dent plus grosse qu'aucune de celles qui avaient attiré mes regards , chercha à Tarra*

cher» mais fit de vaii» efTorts pour y parreûir» J'en-, voyai chercher au poste du chirurgien rinstrument ^nt se servent les hommes de Tait pour les opérations de ce genre ; mais il ne présentait pas assez d'ouverture pour embrasser la dent de l'insulaire. J'eus recours à une tenaille du charpentier. Le doC'-* teur, muni de cet outil , saisit la dent comme par manière de jeu, et, d'un coup de poignet subit et vigoureux t l'enleva. Le patient saigna considéra-r blement ; mais , sans paraître beaucoup s'occuper de cette bagatelle , il demanda la hache. Aussitôt qu'il l'eut entre les mains , il se mit a sauter de joie d'avoir fait un aussi bon marché. J'appris que cet homme était un prêtre , et par conséquent un magicien, conune c'est l'ordinaire dans la plupart des îles de la mer Pacifique. Il quitta le vaisseau , maisi y revînt dans l'après-midi , accoutré comme un colporteur de nos contrées d'Europe , c'est-à-dire portant sur son dos un sac quircssemblait assez à une balle de marchandises. Une fois monté à bord , il se débarrassa de son sac , et commença à parler et à chanter, sans paraître avoir éprouvé aucun inconvénient de la perte de sa dent. J'ordonnai qu'on lui servît un peu de porc et d'igname ; mais avant que cet ordre n'eût été exécuté , il prétendit être saisi de transports , et se mit à chanter, à crier et à rire , puis à parler comme s'il avait une conversation avec un esprit qui l'inspirait. Tout le monde ,

à bord, le regardait avec ë-tonnement. Le^serang de nos Lascars mç dît que c'était un mauvais homme qui ensorcellerait le vaisseau, et qu'il avait vu à Moscate un drôle de cette espèce qui transformait des XDorceauxde boîs en chèvres vivantes, et les vendait ensuite. Le marquis de Wyematti déclara qu'on voyait à la Nouvelle-Zélande beaucoup d'exemples d'inspiration chez des hommes et chez des femmes ; lesquels, assurait-il, disaient alors totijours vrai. Tant que durèrent les simagrées de ce prétendu possédé , toutes les pirogues se tinrent à une distance respectueuse du vaisseau, excepte une de laquelle deux hommes grimpèrent dans nos portehaubans , et crièrent à diverses reprises qu'il fallait donner au prêtre un toki. En conséquence , Je lui présentai une hérminette et un collier de veri-oteries. Mais il était trop affairé avec les dieux pour s'occuper de choses, terrestres, et continuait à palabrer et faire des extravagances comme auparavant. Cependant il finit par avoir l'air d'être délivré de possession , et se mit k crier à tue-rtête ; puis , fourrant avec précipitation dans son sac le porc , l'igname , l'herminelte et les verroteries , il s'élança dans saj>irogue avec une agilUé surprenante. 11 s'éloigna ensuite du vaisseau , et continua de brailler en regagnant la terre. Les matelots, qui sont toujours prêts à se moquer même des personnages les plus respectables , baptisèrent cet homme le curé

Bedford , du noBk d'un ecclésiastique de la terre de VaaDiémen, [Hrétendant qu'il lui ressemblait, saiw tout par les lèvres. On ne le désigna plus que sous ce sobriquet toutes les fois qu'il revint à bord.

Les insulaires d'Indenny enterrent leurs morts^ Les femmes ont de la pudeur; elles sont fiancées dès leur enfance avec des garçons de leur âge ou avec des hommes faits. Les personnages d'un certain rang peuvent avoir autant de femmes qu'ils sont capables d'en entretenir; mais les hommes des classes inférieures se contentent d'une seule. On trouve dans les bois des porcs et des volailles semblables à ceux de nos fermes, mais tout~à-£ût sauvages.

Du i3. Tems couvert, pluie par intervalles pendant toute la jom*née. Latitude observée à midi , io<»46'S.

Deux canots furent employés à faiire de heau dans la rivière visdtée la veille. A environ deux cents verges de cette rivière , une source d'eau vive jaillit d'entre des rochers. Je suppose que c'est l'aiguade dont il est fait mention dam la relation de rétablissèment des Espagnols sur cette île.

J'avais trouvé son excellence Morgan Mac Marragh profondément endormi pendant qu'il était en vigie pour veiller à la sûreté du vaisseau et observer si l'on n'attaquait nos canots *li la côte. Je le fis châtier pour cette «égligcnce; ileti lut vivement

affecté. Peu après il partit comme canotier dans une de nos embarcatioiïs. Au retour du canot » Tof-^ ficiar nte dit que cet homme s^était enfui dans les bois. Je n'en conçus pas d'inquiétude : je connaissais trop bien Morgan pour supposer qu'il voulût rester sur une île où il n'aurait pas la moindre chance de pouvoir retourner dans son pays. Jfe ne m'étais pas trompé ; au bout d'environ deux heures , j'aperçus son excellence sur le rivage , entourée de naturels qui admiraient les belles lignes tatouées de son visage. J'envoyai un canot à terre, et Morgan jB*embarqua en montrant du plaisir d'être délivré des conséquences auxquelles sa bouderie avait manqué de l'exposer.

Environ b moitié des matelots européens étaient retenus au Ut par la fièvre , ainsi que M^ Chaigneau et notre dessinateur. Plusieurs autres hommes se plaignaient d'indispositions ; mais il n'y avait de sérieusement malades que ceux qui avaient été exposés aux intempéries dé l'air dans les canots pendant notre séjour à Maunicolo. En conséquence de l'état sanitaire de mon équipage, je convoquai « conformément h mes instructions , un conseil pour discuter s'il convenait de continuer nos recherches dans les îles pour obtonir des renseign^mens sur les hommes qui avaient survécu au naufrage des deux bâtimens de Mannicolo. ILfut décidé à Innanimîté que toute recherche ultérieure serait sans utilité.

L*intcrprèt€ iucopien , qui n'avait quille son île qu'en vertu de rengagement pris par moi de Vy reconduire quand je n'aurais plus besoin de ses services , réclama rexccution de celte espèce de ^contrat. Je lui offris une forte récompense^ s'il voulait rester sur rîlé près de. laquelle nous nous trouvions , ou , si cela lui convenait mieux , de lui donner mon grand canot pour le ramener à Tucopia avec ses deux compatriotes, ainsi que Martin Busbart et sa femme. Il rejeta ces deux offres ; la première parce qu'il était vieux et voulait finir ses jours dans son pays ; la seconde à cause du tems qu'il aurait à attendre le retour des ventis d'ouest, et pendant lequel les gens d'Indenny , que la présence du vaisseau ne tiendrait plus en respect , ne manqueraient pas de piller le canot et de massacrer ceux à qui il ^appartiendrait. Je fus donc obligé de réunir de nouveau mes officiers en conseil , afin de délibérer sur les mesures à prendre pour tenir ma promesse envers Rathea. Tous furent d'avis que j^ devais remplir fidèlement les conditions auxquelles le Tucopien avait consenti à accompagner l'expédition ; et quant à la route à suivre pour gagner Tuco^ pia , dans cette saison, qu'il fallait courir au sud jusqu'à ce que Ton rencontrât les vents variables , puis gouverner à l'est pour atteindre fa longitude de l'île, à laquelle on arriverait ensuite sans difficulté. Les insulaires du voLsinage continuaient de nous

lA^^^^^M^MaMM

témoigner beaucoup d'amitié et venaient à bord du vaisseau a\^c la plus grande eonfiance. L'un d'entre eux aidait même nos gens à faire de l'eau et allait à chaque voyage dans nos canots. Le curé Bedford , qui m'avait vendu sa dent , vint dans la matinée. Il avait l'air tout joyeux et me fit présent d'une autre dent aussi grosse que la première. Il monta dans les hunes et visita toutes les parties-du vaisseau ; il voulut aussi donner la main à embarquer notre eau , et , tout considéré , il me parut un vieillard plein de vivacité et de bonne humeur. Je l'équipai avec une chemise, un bonnet rouge et un pantalon. Ce cadeau lui fit beaucoup de plaisir ; mais sea compatriotes riaient de bon cœur de l'air grotesque qu'il avait sous cet accoutrement si nouveau pour un homme de ce pays. Ayant examiné attentivement la dent qu'il m'avait apportée, je ne tardai pas à découvrir la cause de son monstrueux accroissement. En la taillant avec un canif, ce que je fis assez facilement , je trouvai au centré une dent ' de gi'osseur ordinaire , mais qui était recouverte de nombreuses couches d'une espèce de ciment qu'y avaient formées la chaux mêlée au sue du bétel, et qui, par une longue .suite d'années i s'étaient accumulées au point de donner à cette dent le volume qu'elle avait alors.

J'envoyai un officier à tetre pour vérifier la réalité de mes conjectures relativement à la source

qui jaillissait d'entre des rochers , et reconnaître si c'était celle dont les Espagnols avaient fait mention. A peine cet officier étaitm dëbarquë et avait*il fait quelques pas accompagne par les naturels, que ceux*ci l'invitèrent par signes à s'en retourner vers nos canots. Gomme il paraissait hësiter, un prêtre devint tout à coup inspiré , comme notre ami le curé Bedford. L^officier pensa alors qu'il était d'une bonne politique de ne pas les contrarier , et il s'embarqua pour revenir à bord«

J'ai remarqué pendant cette relâche que les naturels d'Indenny sont enclins a ne pas donner en retour des présens qu'on leur fait (]hes choses équivalentes , et ils T^ parurent pas attacher autant de prix que je pensais aux outils en fer. Je ne saurais dire si celte conduite provient d'avarice ou d'ignorance de la valeur réelle des objets ; mais, ayant introduit chez eux l'usage des outils en fer, je ne doute pas que lorsqu'ils en auront reconnu l'utilité , ils ne deviennent aussi avides de s'en procurer que les autres insulaires de l'Océan-Pacifique.

Lorsque les naturels, quittaient réunis en grand nombre le long du bord, me virent prendre mon sextant pour observer la latitude , toutes leurs pirogues s'enfuirent dans le plus grand désordre : ces pauvres gens croyaient que je tenais une arme ofsive avec laquelle j'allais tirer sur eux.

Charles Stewart , l'Européen que j'avais pris à

Tucopia , me pria de le laisseï* à terre dans l'île d'Indeimy avec les deux iHicopiens d'Otouboa , ïBC disant qu'il voulait retourner avec eux à Mannîcoio , où il resterait jusquà ce qu'il eut apprb la langue du pays et obtenu tous les renseignemens possibles sur les bâtimens naufrages près de Paiou et de Whanou. J*y consentis , etj'envoyai prier mon nouvel ami Latnoa dû venir à bord le lendemain matin, afin de ]^ndre'des arrangemens à ce sujet.

Vers le soir , un itisulaire me montrant son village , qui était situé au nord-est de notre mouillage, me demanda si je ne voulais pas aller à Pueblo. Or, comme pueèio est le mot espagnol pour village , peut-être ëtait-ce là que Mendana avait bâti le sien dont le nom s'était conservé.

Du 14. Fortes brises de vent aKsé , tems à grains et pluie par intervalles. Etant mouillé par quarante brasses d'eaq avec un câble en fer, je fus plus de quatre heures à lever mon ancre et à la mettre au bossoir. Les maladies avaient tellement af- &ibli mon équipage , que , si je fusse resté une semaine de plus parmi ces îles , je n'aurais pas été en état de faire lever une ancre mouillée par dix brasses. La moitié de mes gens étaient sur les cadres , beaucoup d'autres étaient plus ou moins indisposés , et moi-môme j'étais loin de jouir d'une bonne santés

A huit heures et demie , Lamoa vint à bord du

vaisseau, m*apportaiit quelques petits présens de patates , de cocos et d'ignames. Je lui fis expliquer par ua des Tucopiens le désir qu'ils avaient, ainsi que Stewart , de demeurer pendant quelque tems avec lui et de se rendre ensuite à Mannicolo. Il me promit de prendre grand soin de ces hommes par amitié pour moi , et me dit qu'il espérait me revoir dans dix lunes. Je lui fis présent de quelques haches , de grains de verroterie et de ciseaux , 'après quoi il m'amena trois autres hompies, qu'il mé dit être des chefs , et à qui je fis aussi quelques prcsens. Je me rendis ensuite sur le gaillard, où )e trouvai Stewart prêt à s'emharquer. Je lui payai ses gages pour le tems qu'il avait servi sur le vaisseau , et je lui remis une Bible, un fusil, de la poudre, des halles , des plumes , de l'encre , des crayons , de la coutellerie et de la quincaillerie. Muni de ces ohjets, il partît dans la pirogue^ de Lamoa; Celui-ci la trouvant trop chargée , sauta à l'eau , et attendit pour remonter a hord qu'elle eût été allégée du fardeau de quelques hommes qui passèrent sur une autre pirogue. Trois insulaires seulement restèrent avec Lamoa. Deux pagayaient, et le troisième, plaçant ses deux mains d'une manière très-affectueuse sur les épaules de Stewart , paraissait prendre soin qu'il ne tombât pas hors de la pirogue. Après^avoir ainsi aiTangé les choses , je me dirigeai vers la pleine mer. Je vis en m'cloigoant une centaine de pirogues qui

formaient une espèce de cortège à la suite et autour de celle qui portait Stewart. Mon ami Lamoa, aux soins duquel je l'avais confie, était un homme d'environ quarante-cinq ans , ayant lés cheveux laineux et la peau dnne couleur cuivrde. La diversité de couleur et de traits parmi les hahitans de cette île est vraiment surprenante. Les uns sont noirs comme du charbon , les autres couleur de chocolat ,~et plusieurs ont la peau légèrement cuivrée et les cheveux droits.

J'avais fait des observations pour mon chronomètre, près du c»p Byron, le jom- où J'avais approché la côte d'Indenny; j'en fis de nouveau en partant près de la pointe de Carteret. J'assigne au premier pour longitude i66" 21' E., et à l'autre i65** 52'. D'après ces données, la longueur de la côte nord de l'île serait de vingt-neuf milles , ou quatorze milles de moins qu'on ne lui a donné sur la carte du capitaine Carteret insérée dans la collection de voyages de Hawksworth. A dix heures du matin , le cap Byron me restait au sud distance d'un mille et demi , et à deux heures après midi , je relevais la pointe Carteret au même rumb. Notre vitesse, d'après le loch, fut de six milles à l'heure pendant trois hetires et demie , ce qui faisait vingtun milles , et en ajoutant trois milles et demi pour un courant, d'un mille à l'heure, qui suivait à peu près la direction de ma. route, la longueur de la II. 16

côte nord de l'île serait de vingt-qnatre milles. Dans mon voyage sur le Saint-PatHck , en 1826 , je tron- Tai la longuenr de la même île être de vingt-cinq milles dans la direction de Test à l'ouest.

A onze heures du matin , je doublai la fpoînte nord de l'île Trevannion, «t je courus au sud en tenant le plus près du vent. A midi , la latitude était de lo* 4^' S. En ce moment, l'ouverture entre la petite île que je viens de nommer et la grande terre nous restait à l'E. 5® S. , distance de cinq à six n^illes.

C'est ici le lieu de donner quf Iques détails sur Tîle d'Indenny, ou Santa-Cruz, et ses productions. Aucun de mes gens n'ayant pénétré dans l'intérieur, on ne peut s'attendre à une description exacte et bien circonstanciée du sol , ni des végétaux qui le couvrent. Le terrain de l'île n'est pas très-éle^é. Une épaisse forêt s'étend sur le sommet des collines, excepté dans les endroits qui ont été déboisés pour foire des plantations. L'île abonde en porcs, en volailles, pigeons- ramiers sauvages, hérons et grives; on y trouve aussi une espèce dliiropdelle. Les côtes sont très-poissonneuses. Les productions végétales consistent en cocos, cannes à sucre , fruits à pain , ba-' nanes de diverses espèces , ignames pesant de trob à quatre livres , et patates de diverses sortes. Les insulaires font cuire ces dernières sous la cendre ou dans des fours semblables à ceux que j'ai décrits

ailleurs* Quant au tara , ils le coupent en tranches minces et le font sécher au soleil. Dans cet état, il se conserve pendant plusieurs mois , et quand ensuite on le fait rôtir, il a un goût agréable et quekjue analogie avec le biscuit <àe mer. J'ai trouvé dans cette île un fruit des Indes occidentales que les Anglais nomment ^haddock ^ et une sorte d'amandes tiont j'ai conservé une certaine quantité pour les faire examiner par des personnes versées en botanique. J'ai vu aussi à Indenny une espèce de noix commune a Otaïti et dans les iaiitres îles de la mer du Sud , et que les naturels nomment nntrari.

Telles sont les [Nroductions que )'ai été dans le cas d'observer. Voici ce qu'on trouve sur le même su^et dans une relation espagnole :

« Il y avait en abondance des espèces de pommes de pin aussi grosses que la tête d'un homme , et contenant des noyaux de la grosseur de nos amandes. L'arbre qui portait ces fruits avait très-peu de feuilles , mais fort grandes. Un autre fruit ayant une certaine ressemblance avec la pomme de reinette, croissait sur des arbres gros et élevés ; ce fruit était d'un fort bon goût. Un troisième, moins savoureux , avait quelque rapport avec la poire. Le gingembre se trouvait en grande quantité et croissait spontanément. Il y avait aussi beaucoup d'aloès américains {arholes de pila), et un autre arbre dont les naturels tirent^ par incision, une espèce

d*huile odorante. On voyait des joncs superbes et une plante que Figueroa nomme damahagiie , et dont les filamens servaient à faire des lignes et des filets; Therbe nommé ocymiim (^alhahacà)^ qui a une odeur forte ; une autre herbe longue et mince appelée xiquilite , et qui fournissait une belle teinture azurée ; enfin quantité de fleurs parées des couleurs les plus éclatantes , mais sans parfum, et beaucoup d*herbes de diverses sortes. »

Je ne vis aucun des fruits dont parlent les Espagnols, quoique je sois certain que les naturek m'apportèrent des échantillons de tous ceux de la saison ; mais la chose s'explique en ce que les Espagnols vinrent dans l'île à une époque plus avancée de Tannée où peut-être les fruits en question avaient atteint leur maturité.

Les deux côtés de la baie Graciosa sont parsemés de villages composés de vingt à trente maisons assez spacieuses pour loger chacune quarante à cinquante personnes. Il y a aussi dans chaque village des maisons qui ont des toits en spirale , et sont destinées aux usages religieux et à recevoir les étrangers. J'appris par mon Tucopien que l'intérieur de l'île était aussi habité que les côtes. Les habitans des divers districts* ont des idiomes dififérens. Tous cultivent leurs champs extrêmement bien, et entourent leurs plantations de haies de roseaux pour garantir leurs récoltes des ravages des porcs. Il paraît qu'il

n'y a pas d'autorité suprême dans Tîle , et que chafjue village a son chef particulier , quoique , dans quelques cas , le même chef commande à quatre ou cinq villages.

Je ne trouvai pas les insulaires nus , comme les dépeint Labillardière , qui peut-être prit pour une habitude ce qui n'était que le résultat d'urie espèce de précaution économique. J'ai vu , en effet, quelques naturels venir nus à bord du vaisseau ; mais c'était afin de préserver leurs vêtemens d'être mouillés , attendu que leurs frêles pirogues chavirent souvent. Je remarquai que les hommes qui vinrent nous visiter dans un état de nudité complète avaient subi la circoncision.

Les insulaires d'Indenny parent leur tête avec une fleur rouge qui ressemble un peu à l'églaatine. Ils placent aussi sous leurs bracelets différentes sortes d'herbes à odeur forte. Ils en portent également une touffe à leur ceinture devant et derrière. Lorsqu'ils approchaient du vaisseau , ils chantaient toujours des chansons qui me rappelaient celles que chantent les Malabars dans les bateaux moussoulas de Madras.

Pendant mon séjour près des îles de l'archipel de Santa-Cruz , je ne fus nullement incommodé de la chaleur, ce qu'il faut peut-être attribuer aux fréquentes ondées de pluie qui rafraîchissaient un peu l'atmosphère. Je crois que ces pluies étaient eau-

$ées par Tattraction que les hautes montagnes de ces îles exercent sur les nuages. Au reste , il ne s'ëlève point àcs forêts qui les couvrent de ces exhalaisons qui enveloppent Mannicolo de manière à la déro)>er à la vue et rendent son climat si malsain. La hauteur du thermomètre , près d'Indenny , ët^it.de 80 à 8?^ au milieu du jpqr^

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