CHAPITRE XI
Traversée de Mannicolo à 5anla-Cruz. — Départ de cette île.
Du 8 octobre 1827. A sept heures du matin, nous mîmes sous voiles. Je fis gouverner d'abord le long et tout près de la côte ouest de l'île Amherst, et ensuite au nord pour gagner la passe Hayes, dans laquelle j'entrai a dix heures. Nous courûmes alors au N. ! // N-O. pendant une heure, puis une fois en pleine mer, nous prîmes la route de l'O. N.-O. pour gagner Otouboa.
Pendant les vingt-cinq jours que le vaisseau resta à l'ancre, près de Mannicolo , l'harmonie la plus parfaite subsista entre nous et les naturels de cette île. Ils montrèrent à notre départ un chagrin qui me parut sincère , et je dois dire à leur honneur qu'ils ne commirent pas le moindre vol quoiqu'il n'eût point manqué d'occasions qui auraient pu les tenter.
A midi, latitude observée ii° 25' S., le centre d'Otouboa nous restait alors à l'O. V4 N.-O. 5°N.; distance d'environ cinq lieues. A trois heures après midi, nous n'étions plus qu'à quatre ou cinq milles
de celle île , et Mannicolo était encore en rue , la montagne de Charles X s'élevant au-dessus des nuages. A la distance où nous nous trouvions, la côte est d'Otouboa paraissait courir nord et sud dans une longueur d'environ six ou huit milles , puis prends e la direction du N. N.-O. pendant six ou huit autres milles. C'était toute la partie de côte que nous pouvions, encore voir. Elle nous parut être découpée par trois grandes baies. Sur la partie saillante, qui sépare la baie du sud de celle du centre, nous découvrîmes un village plus considérable qu'aucun de ceux que j'avais encore vus dans ces îles.
La côte est bordée par un récif de corail qui est situé à environ deu$ milles de la terre, et qui paraît ne pas s'étendre au-delà du point où la côte tourne au N. N.-O. Il semblait, du vaisseau , qu'à l'extrémité de ce récif, vers la partie la plus orientale de la côte, il y avait une large ouverture pour pénétrer dans l'intervalle qui le sépare de la terre, et où probablement on trouverait un bon port. Nous aperçûmes tout près du récif une pirogue à la voile qui semblait se diriger de notre côté. Tout d'un coup nous la perdîmes de vue.
A trois heures et demie , viré de bord vers l'est et diminué de voiles, attendu qu'il était trop tard pour envoyer à terre des canots qui pussent être de retour avant la nuit. A six heures, tout le fruit
de mes travaux faillit être perdu et nous manquâmes de périr par la négligence de l'homme placé en vigie à la tête du mât.
L'obscurité commençant généralement à régner vers six heures et demie , depuis que nous étions arrivés parmi ces îles, j'avais ordonné à mon second de monter au haut d'un mât pour observer la mer, aussi loin qu'il le pourrait, tout autour de nous. J'étais allé moi-même sur le gaillard d'avant pour prendre connaissance de la côte dont nous étions proche. Mon second en redescendant me dit qu'il n'y avait aucune autre île en vue. C'est alors que je lui donnai l'ordre de virer de bord vers l'est pour la nuit , après quoi je m'en retournai derrière ; mais chemin faisant , étant venu à regarder par un sabord, je fus frappé de terreur en voyant le fond très-clairement et jugeant, d'après cette vue , que nous n'avions pas. plus de trois brasses d'eau le long du bord. Je fis mettre sur-le-champ la barre sous le vent pour faire virer le vaisseau ; mais, en levant les lofs, le taquet auquel était amarrée la grande bouline arracha , et la grande voile vint sur le mât. Dans ce moment critique, je m'attendais a voir le vaisseau toucher ; heureusement il acheva de virer. Pendant notre abattéc, je fis sonder; le premier et le second coups de plomb amenèrent cinq brasses et demie, le troisième huit, et au quatrième on n'atteignit pas le fond avec treize h. 14