LE JARDIN D'ACCLIMATATION DE TÉNÉRIFFE. J
et l'œil peuE suivre le développement de la cûte écbancri^e sur une éteudue de plusieurs lieues. Un voilier en destination du Venezuela voguait sur la mer miroitante, et je le vis bientôt se perdre dans la brunie qui voilait la ligne de l'horizon. En me retournant, je pouvais embrasser d'un coup d'œil toute la vallée d'Orotava, se développant comme un cirque de plus de dix. lieues de pourtour, dominé par une longue série de cratères volcaniques aux formes âpres et tourmentées. Le Jardin d'acclimalation, avec sa luxuriante végétation tropicale, semblait une oasis au milieu de l'immense vallée. A gauche surgissaient les noirs cônes d'éruption, connus sous le nom de Hijos del Teyde (les enfants du Teyde). Sur les hauteurs de Santa-Ursula j'apercevais la Casa blanca, la petite maison blanche où je passai l'autre jour, et d'oti Humboldt découvrit pour la première fois la vallée d'Orotava. A l' arrière-plan se profilaient dans le ciel bleu les rochers de los Organos, colonnade basaltique qui doit son nom à sa ressemblance avec des orgues de cathédrale. La gigantesque pyramide du Teyde, empanachée de nuages aériens, dominait de toute sa hauteur le paysage dont il fortuait le point de mire.
Un (ablcau d'une aussi mlinie beauté échappe
fà la descri[)tion : on ne peut que le coiitemplcr avec une religieuse attention, en recommandant
H VOVAtiK AUK ILES FORTUNÉES..
à sa mémoire de n'en pas perdre un seul délail. Don HernianDWildprel, qui m'avait accompagné à la Paz, no voulut pas me laisser retourner à Orotava que je n'eusse consenti à dîner à la boandj franquette avec sa nombreuse famille. Varros à, la valenciana, le mets national espagnol, fut Id plat de résistance : poulet au riz, avec une saucif emporte-palais, qui rappelle le curry de l'Inde^ M. Wiidpret et sa famille habitent une modeste maison située à l'entrée du Jardin d'acclimalationj Ces braves gens passent ainsi leur yie au milieu des plantes, qu'ils cultivent tous avec la même pat^sion, le même enthousiasme : l'amour de la nature supplée chez eux, aux ressources budgé-j taires, et c'est là tout le secret de ce tour de fonM qui consiste à entretenir un Jardin d'acclimatatioti avec un revenu dérisoire. A cette passion de bij botanique ils joignent une bienveillante hospitalité qui m'a vivement touché.