‹ Voyage aux iles fortunees: lettres des CanariesChapitre 19 sur 36 · I ASCENSION DU PIC DE TÉNÉRIFFE. M · texte numérisé non relu

I ASCENSION DU PIC DE TÉNÉRIFFE. M

on dirait les ruines calcinées de quelque Babylone. Les blocs vacillent sous nos pieds et dounent dans leur choc un son creux et nuHallique; il nous faut sauter de pointe en pointe, d'un pied terme et sûr, sous peine de nous rompre les os. Cette roule, digne d'iuspirer l'imagination de Holbein, paraît longue comme un siècle.

Nous atteignons au bout d'une heure le plateau de la Rambleta, situé à 3,569 mètres d'altitude. On a reconnu dans ce plateau un ancien cratère comblé par les matières volcaniques. C'est une miniature du plateau des Canadas; il présente comme lui l'aspect d'une plaine circulaire du milieu duquel surgit le cône le plus élevé du Teyde. « C'est de là, dit M. Berlhelot, que débordèrent les nombreux torrents de lave qui inondèrent les Canadas, Le Teyde a eu des alternatives de repoa et d'épouvantables réveils; ce fut probablement après un de ces sommeils perfides qu'une nouvelle éruption produisit le pic actuel. Ce chapiteau volcanique qui a recouvert l'ancien gouiïre s'élève du milieu de la Rambleta; il couronne la montagne et forme le pyramidion du grand cône. *

Je m'arrêtai un instant à considérer à la Rambleta un curieux phénomène auquel les guides donnent le nom de Narices del Pîco (nez du pic). Les parois des rocliers sont sillonnées de larges crevasses par lesquelles s'échappent de puissants

Hi VdVACE AUX ILES FORTUNÉES.

jets (le vapeur d'eau. HuinliolJt constata que ces vapeurs avaient une température de 50". Celle température est d'ailleurs fort variable.

Le dernier cône ou le Pain de sucre, qui n'a guère que 150 mètres de hauteur, est la partie ta plus pénible de t'escalade. Il faut grimper sous un angle de 45" à travers des fragments de scories el de pierres ponces qui à chaque pas se dérobent sous les pieds et vous font glisser ec arrière; c'est l'histoire désespérante de toutes les cimes \oIcanique8. La raréfaction de l'air nous oblige à des baltes fréquentes'. A mesure que nous montons, nous voyons s'échapper du sol des vapeurs sulfureuses, que le vent chasse vers nous et -dont l'odeur suflbcanle alfecte péniblement nos voies respiratoires.

Une derniôre infortune mutait réservée avant d'atteindre à la cime. Mon bâton ferré, que ja maniais dilDcilement de mes mains meurtries, vint à heurter la visière de mon casque. Le casque tomba, et je l'entendis se précipiter dans les ténèbres et rouler de scorie en scorie, par d'énormes ricochets. Nous dûmes aller à sa recherche, elcB fut le brave Ignacio qui le retrouva au fond d'une crevasse, indignement maltraité. Pauvre casqaeîi (juautum mutaliis ab illo!

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