‹ Voyage aux iles fortunees: lettres des CanariesChapitre 20 sur 36 · AU SOMMET DU PIC · texte numérisé non relu

AU SOMMET DU PIC

Le lever ilu soleil. — Ce (|a'on voil dn liaul liu Tïyile, — Dans le cralÈrc. — Point cnlminanl rln Teyile. — Ln descente. grotte <le gtace. — Clialeur atroce. — Retour à Orolava.

H est cinq heures du matin quand nous arrivons à la cime. Bien que le soleil ne soit pas encore visible, il règne déjà un demi-jour qui me fail supposer la prfeence de l'astre au-dessous des nuages. Je puis me rendre compte, au premier coup d'œil, qu'il ne nous sera pas donné de jouir de la vue des régions inférieures. Contre mon espoir, la mer de nuages ne s'est pas dissipée pendant la nuit. Les vallées sont plongées encore dans les ténèbres, que déjà la clarté du jour se répand autour de nous. Les premiers noua saluons l'aurore.

Après une demi-heure d'attente, nous voyons surgir le soleil du sein de la nappe nuageuse; presque en même temps l'ombre gigantesque du Pic se projette à l'occident sur l'î'e de la Gomera; elle aiïecte la forme d'un triangle isocèle de la

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plus parfaite régularité, mesurant neuf ou dix. lieues de la base au sommet. Le Pic, dont nous frappons de nos talons le front sublime, surgît comme un immense obélisque du sein de la mer illimitée do nuages qui se déroule à plus de deux mille mètres au-dessous de nos pieds, A mesure que le soleil monte dans le ciel, celte mer prend, des teintes différentes; ou voit des zones roses, bleues, blanches : les nuées supérieures y projettent des ombres azurées qui simulent des Iles' fantastiques, et les rayons solaires, irisant les m\Tiades de gouttelettes suspendues dans l'atmosphère, produisent des combinaisons de couleurs d'une beauté magique; j'y vois toutes les nuances du prisme. L'or, le feu, le diamant, sont des comparaisons trop opaques pour exprimer la magni- J ficence de ce lumineux océan de vapeur. I

L'ombre du Pic, qui hier soir gagnait les espaces 1 en même temps que le soleil descendait à l'horizon , offre maintenant le phénomène inverse : I d'abord indistincteet éloignée, elle quitte bientôt ' l'Ile de la Gomera pour se rapprocher peu à peu, se dessinant plus nettement sur la nappe nuageuse; elle diminue insensiblement, le sommet du triangle se confond Qnalement avec la base du Pic, et l'ombre s'évanouit devant le soleil triomphant.

Un lever de soleil aperçu du haut du Teyde par un temps clair doit être un des plus merveilleux

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