‹ Voyage aux îles Gambier (archipel de Mangarèva)Chapitre 4 sur 13 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

L*archipel Gambier » sa composition , époque de sa découverte» son récif circulaire. ^ Ltle Crescent. — Production des lies Gambier.

— P6chB de la naene. — Anthropopliagia des MangaréTiens. — M. Mauruc» «^ Le panlfton des Gambier. —- Arrirée des missionnaires dans Tarchipel. -^ Leurs persécutions , leur fuite , leur retour à Maiigaréva* — Conversion du grand sacrificateur Matua. — Benfortde la mission. — Conversion du roi Maputeo I". — Départ pour Taîti des PP. Carrel et Laval. — Prise d'OTaïti par la France.

— Prise de possession des iles Gambier.

D*uae population approximative de 8,218 ^mes , situé par 137' 20' de longitude et par 23' 08' de latitude, rarchipel Gambier se compose de quatre tles , qui sont : Mangarêva, au nord; Ao-Kma (iukena), Aka-Maru et Aga- Kawitaî, à l'est; Tai*avaï, à l'ouest; et des petits rochers complètement nus, Motu^Teiko, Makanm, Manm, Eamaka, au sud.

Aga-Kawitaï servait autrefois de lieu de sépulture aux chefs Mangarèviens.

Cet archipel fut découvert en 1797, par le capitaine Wilson qui commandait le Duffj navire sur lequel se trouvaient de nombreux missioDnaii*es anglais , envoyés pour convertir les peuples de rOcéanie. Craignant d'approcher de trop près ces parages hérissés d'écueils , ainsi qu'on l'a vu , ce navigateur se borna à donner au groupe d'îles le nom de Gambier, en l'honneur de cet amiral anglais, l'un des plus fervents appuis des missions de Londres.

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L'ile Mangarèva , la plus importante du groupe, n'a pas plus de quatre milles de longueur et un mille de largeur. Sur sa partie moyenne, d'un mille et demi environ, s'élève le Mont-Duff, point le plus culminant de l'Archipel. Mangarèva ressemble , par sa forme, à celle de l'huitre-marteau, mollusque de la famille des Malléagés , genre mallem. Cette Ile est si montueuse, qu'on ne trouve guère que les vallées de l'est et de l'ouest qui soient susceptibles de culture. Il n'existe de végétation qu'à sa base, et les arbres ne laissent à la mer qu'une grève étroite jonchée de roches volcaniques, de madrépores, ou de sable blanc provenant des débris finement pulvérisés du grand récif coralligène. La population de cette ile est de 1500 âmes. Le village principal se nomme Hangarèva ou Rikitea; d'autres bien moins importants et situés dans l'ouest, sont appelés : Taku, Gatina, Kirimiro, Gatavdke, Ganoa, Atituiti, Atinkigaro,

A Test du Mont-Duff se trouve Aokena. Dans le sud-est s'élève Akamaru , et dans l'ouest- sud -ouest Taravaï. Ces trois îles possèdent à peine d'un mille à un mille et demi d'étenduo. La végétation est accumulée à leur base , et la terre végétale y est très-rare. Le chiffre approximatif de la population de ces iles est de : 100 âmes pour Aokena, 200 pour Akamaru, 180 pourTaravai, une douzaine pour Agakawita.

Tout indique que les îles de l'Océanie , d'origine volcanique, sont les vestiges d'un vaste continent. Elles semblent, en effet, n'être que les sommets d'anciennes montagnes, les plus hautes sans doute d'un pays submergé. En relation directe avec les feux souterrains de l'Amérique, plusieurs éçrouvent encore des affaissements ou des soulèvements parfois appréciables, surtout lorsque de violents tremblements de terre se font sentir au Chili ou au Pérou. Le fait suivant est une preuve irrécusable de l'influence des volcans de l'Amérique du Sud, sur les îles Gambier.

« Le 7 Novembre 1837,4e violentes détonalions qui semblaient partir des montagnes , jetèrent répouvante dans l'esprit de toute la population de cet Archipel. Après s'être considérablement retirée , la mer reflua violemment et recouvrit une grande partie du littoral. Ce ne fut qu'après trois ou quatre mouvements d'aller et de retour, qu'elle resta définitivement dans ses limites ordinaires. Cet incident, déjà relaté par Dumont-d'Urville (1), se produisit — ce qu'il ne dit pas — le même jour et presqu'au même instant qu'un violent tremblement de terre [désolait Valdivia (Chili).»

Les lies Gambier et les roches volcaniques qui les avoi* sinent, forment un cercle qui circonscrit le lagon ou rade intérieure, dont la superficie est d'environ 18,000 hectares. Leur inclinaison vers le centre du lagon , démontre qu'un affaissement s'est produit dans cet endroit et que la mer intérieure recouvre, sans doute aujourd'hui, un ancien cratère.

Telle n'est pas l'origine des lies Gambier, à en croire la légende que voici ;

« Ainsi que je l'ai dit en parlant des lies basses, le dieu Mawi était à pêcher dans la mer. Manquant d'appât pour mettre à sa ligne, il en demanda à ses compagnons et n'éprouva que des refus. Il coupa alors une de ses oreilles et la plaça à l'extrémité de son hameçon. A peine eût-il jeté sa ligne à l'eau, qu'il sentit un poids énorme qui s'y accrochait. L'ayant retirée à lui , il fit sortir de rOcéan une grande quantité de terres , que tous ceux qui l'entouraient se mirent à se partager sans son agrément. Irrité de ce procédé, Mawi agita trois fois sa ligne , et chaque fois, les terres que les autres s'étaient appropriées retombaient à la mer. Il ne resta enfin que les lies Gambier, que le pécheur garda pour lui.

(i) Voyage au Pôle sud, t. m, p. 395.

» Le çi^l se trouvait alors très-près du sol, à tel point que le possesseur de Mangarèva ne pouvait se lever debout, et qu'il était très-incommodé par la fumée. — Donnant un coup d'épaule au ciel , il lui imprima une si grande vitesse qu'il s^éleva à la distance où il se trouve maintenant de la terre. Rien ne gênant plus le dieu , il donna naissance aux habitants de Mangarèva. «—La fable ne nous dit pas de queUe manière.

Un récif madréporique de quarante milles de circuit entoure extérieurement l'Archipel. On y a planté de .nombreux cocotiers et une profusion de pandanus qui , p^r leur végétation active et touffue , constituent d'impénétrables fourrés. Les feuilles de ces végétaux servent à couvrir les cases ; leurs fruits servent d'aliment quand la récolte de ceux de l'arbre à pain a été insuffisante.

Les solutions de continuité de ce récif permettent de pénétrer dans la rade , nommée en 1826, Blos^m's lagoon, par Beechey. Les trois princip^iles coupures , autrement dit les passes , se trouvent dans le nord-ouest, dans le sud-ouest et dans le sud-est. D'énormes blocs de coraux y forment des bancs meurtriers ainsi que des bauts fonds qui ne laissent guère plus de cinq brasses d'eau, n est donc indispensable d'avoir un pilote avant de s'engager dans les passes étroites qui donnent accès dans ce lagon parsemé de dangers. J'ai, du reste, déjà signalé la vigilance de nos matelots pendant le temps que notre corvette mit à traverser la passe.

Le récif extérieur se reconnatt de loin à la blanche nappe d'écume qui bouillonne dans ses brisants. La vague fait entendre son bruit caractéristique , et ce roulement sinistre signale, la nuit, l'approche du danger. De rapides courants portent sur ce récif et nécessitent la plus grande prudence. Enfin , bien que l'ancrage ne soit sûr nulle part dans le lagon , on peut cependant y mouiller à l'abri de

tous les vents, celui d'est excepté , dans la partie sudouest d'Akamaru (1).

Située par 136* 56' de longitude ouest, et par 23* 20' de latitude sud, l'île Crescent, découverte en 1797 par Wilson, peut être considérée , en raison de sa proximité , comme faisant encore partie du groupe mangarèvien. Cette petite lie , de nature coralligène , est basse et n'a guère plus de trois milles de longueur. Elle est recouverte de distance en distance de massifs d'arbres qui , de loin , semblent la diviser et en faire autant d'Iles. Sa partie boisée n'est élevée que de 8 à 9 mètres au plus au-dessus du niveau de la mer. On pèche à Crescent une huître perlière de petite dimension , qui fournit une jolie nacre de nuance jaune paille.

La fortune des îles Gambier réside dans son exportation d'huîtres perlières, dont les coquilles produisent une trèsbelle nacre très-recherchée, ainsi que dans la vente des perles fines qu'on y trouve, perles d'un bel orient. L'huître perlière abonde , en effet , dans tout l'Archipel , surtout dans la partie du lagon comprise entre Aokçna et la pointe du Mont-DufT.

Les lies Gambier peuvent aisément fournir chaque année 500 tonneaux de nacre, au prix de 700 francs l'un, rendu à bord. C'est donc un revenu minimum annuel de trou cent cinquante mille franco qu'elles produisent, sans y comprendre celui de la vente des perles qu'on peut évaluer à 20,000 francs. En 1856 et 1857, la pêche de la nacre a été productive; en 1858, nous ne pûmes nous en procurer que i3 tonneaux.

(I) Voir la carte du groupe des îles Mangaréva (lies Gambier) , d'à* près M . Vinccndon Dumoulin, 3 volumes du Voyage au pôle sud et dan$ VOcéanie, sur les corvettes VAstrolabe et la Zélée , sous le comman- •éementde Dumont-d'Urville. — Paris, 1842.

Les Mangarèviens passent pour avoir été anthropophages, mais des vieillards m'ont assuré le contraire. Nous avions, m'ont-ils dit, notre culte des idoles, nos sacrifices humains. Nous immolions nos ennemis, mais nous n'avons jamais fait de repas de chair humaine. Il est à croire que les Hangarèviens agissaient dans ce cas comme les Taïtiens. Quand à Taïti, le TaAf^a'( grand sacrificateur) venait au Maraé { plate-forme réservée au culte des idoles) offrir des sacrifices au grand dieu Oro , il prononçait quelques prières sur le cadavre, puis il cueillait une feuille d'arbre de Tamanu (Calophyllum inophyllum), y déposait l'œil gauche de I9 victime et l'offrait respectueusement au roi; celui-ci le portant à sa bouche faisait le simulacre de l'avaler. C'est de cette antique cérémonie que la reine Pomaré actuelle tira 16 nom A'Aî'Mata, qu'elle portait dans son jeune âge (Aï, manger, Mate, œil) ; l'œil droit était ofTert aux Dieux, on le déposait au pied de l'idole (1).

Le Tamanu servait à confectionner les grandes idoles des Maraés RùyattXy tertres sacrés sur lesquels les prêtres, en présence du roi , immolaient les victimes humaines. Quelques coups de hache pour abattre l'arbre, le dépouiller de ses branches, et voilà ce grand dieu façonné. On l'ornait ensuite des tapas les plus belles ( étofTes ) et des plumes les plus rares, puis on le dressait majestueusement au pied de l'autel, lorsque le TaAua(graad-prétre) devait accomplir un sacrifice.

On attachait une grande vénération à ce tronc d'arbre ainsi paré. On le plaçait toujours dans le temple auprès du Tahua qui, seul , pouvait l'approcher. Il y avait encore des hommes spéciaux, dont les fonctions étaient de renfermer Vidole dans son étui et de la porter, après chaque céré-

(1) O'Taïti, par G. Cuzent, p. 12.7. - V Masson, édit., Paris, 1860.

monie, dans une lïiaison consacrée où elle restait sous la garde d'un prêtre.

Le Tamanu était également platité en dedans et en dehors du maraé royal. Quant aux liiaraés de second ordre, aux fflaraés particuliers, ils étaient entourés de Càmàrina equisetifolia (aito) ou arbre de fer, de Thespésia popvJnea (miro) ou bois de rose^ de Cratosva religioÈà (Pua vebvco).

Le Tamanu qui était planté dans le maraé portait le nom de Nt>hoahu. Le mot AU était aussi Tun dés iioms sacrés de l'arbre; celui de Tamanu n*existaitpas: il est d'une origine plus récente.

Les vieillai'ds prétendent qu'on plantait le Tamanu autour des maraés, parce que les dieux affectionnaient son ombrage , et que le jour des sacrifices humains ils venaient s'y reposer et assister à la céréinoniB sans être aperçus. Après lés batailles ^ les branches servaient à pendre les prisonniers.

Lorsque le grahd-prétre avait dit au roi qu'un homme était devenu nécessaire à l'autel , celui-ci envoyait une pierre noire au chef du district qu'il lui plaisait de choisir. Lé chef désignait l'homme à ses gens, et on tuait le mà^ureux, autant que possible, au moment où il s'y attendait le moinis. On portait ensuite son cadavre au maràé d'Ort), da^B un panier fait avec des feuilles de cocotier.

Les Hangarèviens se figuraient les astres attachés au firmament. Ils se croyaient aussi le seul peuple de l'Univers. Cependant , par une contradiction singulière, une de leurs anciennes traditions portait qu'il existait dès antipodes (Anaîki), où se trouvait un peuplé nommée Haràm, chez qui lés arbres se dépouillaient de leurs feuilles.

Je pense que cette tradition ne doit guère remonter qu'à l'époque des premières relations de ces indigènes avec les Européens , qui ont dû leur parler de l'Europe , contrée où les arbres perdent chaque aniiée leurs feuilles. Les

Vova^e aux Iles Gambler ^G Cuient

Attributs du Service de Table du Roi des G-ambier

et, de CEiUi de la Miss-ion.

Pavillon des Iles GaMBIER, (Archipel de Man^arèva),

crée par le Capitaine Mauruc.en 1832, et rerapiacé en 1844, par le Pavillon tricolore français.

L ■■ -■i IAjM'C

Océaniens ne pouvant prononcer correctement la plupart des mots de notre langue, du mot Europe, ils auront fait par corruption celui à'Haram. Bien que la langue des Gambier s'écrive avec nos caractères, elle n'a que neuf consonnes : k, m, n, p, r, t, v, h, g, et cinq voyelles : a, e', i, 0, tt qui se prononce ou. Ces voyelles Jointes aux consonnes, composent tous les sons de la langue de l'Archipel.

M. Mauruc est un capitaine qui me racontaun jour àTaïti^. qu'après être resté longtemps aux lies Gambier, où il faisait nn commerce productif avec les indigènes d'Aokena, il avait fini par s'en faire des amis dévoués.

-- « Je leur échangeais , me dit^il, mes pacotilles pour des coquilles que je chargeais sur mon navire chilien , la Polynésie , et j'allais les vendre à Vaiparaiso.

» Naviguant sous le pavillon chilien, et le Chili étant alors en guerre avec le Pérou , je craignais à chaque voyage de^ me voir enlever ma cargaison par les croiseurs péruviens. J'imaginai donc , pour échapper à<;es flibustiers, de doter les îles Gambier d'un pavillon national , idée que le roi déclara de son goût et qu'il s'empressa d'adopter. »

Dumont-Durville trouva ce pavillon en 1838 , lorsqu'il vint à Mangarèva. Il était blanc , coupé horizontalement par le milieu d'une bande bleu-ciel. Une étoile blanche représentait Crescent au centre de la bande ; une étoile bleue figurait, à chaque angle du fond blanc , les iles Mangarèva, Taravaï, Aokena et Akamaru.

Quand je l'ai connu , le capitaine Mauruc était un vieillard qui , ainsi que je l'ai dit , habitait Huahine (1).

(1) Ue de la Société. — Dans le premier chapitre, j'ai déjà donné un aperçu de ces iles , dont M. Hardy, officier d'ordonnance du Commissaire Impérial, a fait une relation si intéressante en 1856, dans le journal le Messager de Tahiti (ExcuRsioif aux îles sovs le ve>'t).

C'est un des hommes qui, avec le capitaine Rousseau, ont rendu le plus de services au commerce français de rOcéanie. Us ont été les premiers h exploiter Tarchipel Pomotu (Archipel dangereux), et ils ont fourni sur la navigation de ces parages, de nombreux et très-utiles renseignements. Notre ami et compatriote Rousseau, est lé navigateur qui a donné sur les Pomotu ou Tuamotu , les plus précieuses indications. On lui doit une excellente carte de cet Archipel, très-estimée et recherchée par nos officiers de marine.

« Me trouvant h Yalparaiso à Tépoque de l'arrivée des PP. François d'Assise Carret,GolombanMurphy et Honoré Laval , missionnaires de la maison de Picpus , je leur parlai longuement d*Aokena, me dit M. Mauruc, et les engageai à aller s'y établir. Munis donc de mes recommandations les plus chaleureuses, et surtout de présents appropriés aux goûts des indigènes, ces messieurs se rendirent aux 6ambier, et y débarquèrent le 7 Août 1834, vers le soir.

» Les insulaires firent un accueil cordial aux envoyés de leur ami. Ils s'empressèrent de leur construire une grande case en roseau , dont nous avons encore vu les débris, et dans laquelle les missionnaires érigèrent leur premier autel. Ils vécurent là heureux et sans être inquiétés; les insulaires se disputaient le privilège d'aller à la pêche pour les nourrir. C'était à qui pourvoirait à tous leurs besoins. Comme on le voit, ces bons et hospitaliers indigènes n'étaient pas anthropophages en 1834.

» Dès que les missionnaires surent parler la langue du pays, ils nouèrent des relations avec les habitants de Mangarèva. Sur le bon rapport qu'on fit au roi des étrangers , et connaissant par lui-même leurs habitudes réservées, il leur fit une excellente réception. Sa Majesté leur donna une case , et complétant sa royale munificence , il poussa la générosité jusqu'à leur donner à chacun une jeune fille pour compagne ; le grand roi Maputeo, avec son

naturel bon sens, ne comprenait pas autrement l'hospitalité.

» Ce présrat inattendu embarrassa fort les missionnaires qui , cependant, n'osèrent le refuser dans la crainte d'irriter le monarque. Bs s'inclinèrent donc respectueusement , et rentrèrent chez eux suivis des jeunes filles.

» La foule est curieuse en tous pays. Tous les habitants entourèrent leur demeure, quelques-uns, plus hardis, s'y installèrent, chuchotant accroupis sur le sol , au milieu de leur case. Ne sachant comment lasser la curiosité de ces importuns , les missionnaires s'agenouillèrent pour prier.

» Les jeunes femmes ne comprenaient rien à cette pratique religieuse dans un paieil moment. Elles regardaient ces étrangers, leurs époux, n'osant encore rompre le silence et troubler leur recueillement. Lassées pourtant de cette interminable méditation , elles commencèrent à voir dans cet acte un manifeste dédain de leurs charmes , et elles se prirent à chuchoter entre elles , puisa rire. Mais l'affront devenant de plus en plus évident , le rouge leur monta au visage , leurs prunelles brillantes lancèrent des regards irrités aux malheureux qui , n'osant changer de posture , devinrent très-inquiets sur le dénouement de

cette scène La nuit arriva enfin. Profitant alors de

l'obscurité , les PP. Carret , Murphy et Laval , harassés de fatigue, optèrent pour la fuite, et ils gagnèrent précipitam* ment le Mont-Duff . Leurs épouses ébahies allèrent aussitôt se plaindre et demander vengeance au roi , qui commanda de poursuivre sur l'heure les fugitifs.

» Tout ce qu'il y avait d'habitants dans le village courut, la torche à la main , dans la montagne à la poursuite des coupables. Ne pouvant découvrir les fuyards , les naturels mirent le feu aux herbes sèches, et la montagne s'embrasa sur-le-champ. La flamme gagnait les sommets , la retraite allait devenir de plus en plus impossible aux mission-

naires, entourés qu'ils allai^t étté d'nn cercle de feu , lorsqu'ils aperçurent dans les anfractuosités des pitons un abri dans lequel ils te blottirent.

» Le feu ^ en pétillant, oontinua ses ravages ; une fuïnée des plus épaisses se inèla aux nuages, et Tobscutité fit croire aux insulaires que testrattrdâ devaient être punis. Une forte pluie d*orage survint en ce moment ; elle eut pour effet de bhasser les indigènes et d^'éteindre aussi leur vaste brasifer^ Quant aux missionnaires , désormais rassurés, ils restèrent dans leur ûâôbètté , où ils sefaient certahiem<^t ^orts de faim et de soif sanà le dévouement d'une vielle femme qui ^ ayant par hasard découvert leur retraite, les prit en pitié. Èmm de leur affreuse détresse , èette bonne vieille vint , durant plusieurs nuits , à rinsu des naturels, et au péril de sia vie, leur apporter de la n^QTUTîture -(1).

* Cepenâanlt, un ^t, MM. Gairet, Mufphy et Laval descendirent au rivage, et quelle fut leur surprise de retrouver intacte leur embarcation , que les insulaires avai^t laissée échouée sur le sable. Ils s'y embarquèrent à la hâte et regagnèrent Aokena. »

Peu de temps après cette affaire , le fils du roiMaputeo étant allé à Âokena , y tomba dangereusement malade. Profitant de cette occasion si favorable de rentrer en grâce et de fléchir là colère du roi, les missionnaires soignèrent de leur mieux le jeune prince , et ils furent assez heureux

(1) Cette femme fut flagellée publiquement, parordre du P. Cyprien et en sa présence, en 1841 , le jour de la Pentecôte , pour avoir, à la âortie de la messe, plaisanté et mis en doute la véracité du ser mon. le capitàitie Rousseau fit porter chez lui cette malheureuse évanouie, etdesblesdures de laquelle s'échappaient des flots de sang. C'était ainisi, ajouta M. Rousôeau, que la mission paya, ce jour, une dette de reconnaissance !

pdur le guérir. Bb rebomiaissanee de ces soins , Mapuleo leur permit dé rereiair à Ibngiarèva.

C'est alors que le thetMatmL^ gtênà siaerifie^te^r et grandprétre des idoles , fût bapftisé. Il devliit te preoiier chrétieii éevase^ sous le nom ùè ÉÊariû^TBpûim (Hàrië-Étiennè). Mûtoà n'aécepta le baptême qu'à la Gônditiôii t^ue les l^lahksrarderaient datas les glabres qu4i avait à soiàlehit* contre leb hiabitantë des autres tles de l'Àil^i^hii^ël , ce qui lui fui prémis* Ce grand chef repose laiijoârd'hui dans une eliapelle qui s'élève i^ur remplacement de la case dans laquelle le baptême lui fut administré.

lies missionnaires m fii^l encore isiltémùlrentent chasser de Mangarèva. Bs Iréstèreât cette Ibis à Aokëna fusqu'à rarrivée ^ Sill , capitaine athéricain. Une rixe ayant eu Ueii entre son équipage et 1^ Hàngârèvièns , ils intervinrent ^ à là place de^ Ma||)Uteo> {yéur négocier la ptàx avec le cia^itaine, ce qui les fit encore rappeler par le roi.

C'est à partir de cette époque que la mission s'implanta définitivement dans l'Archipel. Aloîrs amvèrent de France M*' Rochoùsë , évêquè de NilopoHs , ainsi que les PP. Cyprien Liausu , Armand Ghosson , Guillemard , et avec eux encore un frère lai , M. le comte Urbain Florit de la Tour , et deux habiles ouvriers : les frères Gilbert Soulié et Fabien (1836). La mission fut établie sous l'invocation de Notre-Dame de la Paix.

S'éiént munii <â'un matériel d'ilmprimerie, les missionnaires éditèrent , dès 1637, des livres à l'usagé des insulaires , dont ils apprirent bientôt la langue. Haputeo I*' ne tarda pas à être baptisé ; on le nomma Tanirae-Kerekorio ou KerkoriOi Stanistos-Grégoire , du nom du Pape régnant (Grégoire XVL).

Les PP. Garret et Laval ayant terminé leur tàehe aux Gambier, révêque les envoya à Taïti sur un navire anglais.

M. Hoërenhout , coaaul des Étato-Unis à Papeïti , les accueillit ; tout le monde connatt les troubles que suscita rarrivée de ces missionnaires. Les affiûres du paeotilleur Pritcbard, missionnaire anglican, déterminèrent la prise de cette lie par l'amiral Dupetit-Thouars. Le ministère de S. M. Louis-Pbilippe I" n'ayant pas ratifié la prise de possession de Taïti, on rendit cette Ile à sa reine , Yabiné- Pomaré lY , et le protectorat français fut établi le 19 Septembre 1842. Sa ratification fut signée à Paris le 25 Mars 1843. Deux ans après , la Chambre votait l'indemnité Pritchard (1845) (1).

En 1843, l'amiral Dupetit-Thouars, alors à Taiti, ayant envoyé la frégate la Charte à Mangarèva , sous le commandant du capitaine de vaisseau Ch. Penaud, cet officier prit possession de l'archipel Gambier, au nom de la France. Le pavillon tricolore fut hissé et salué de vingt-un coups de canon; il n'a cessé depuis, de flotter sur ces lies restées en notre possession.

Le P. Cyprien Liausu , rédigea l'année suivante, au nom des chefs des lies Gambier, la demande de protectorat ciaprès, qu'il fit adresser par ces indigènes à H. le commandant Penaud :

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