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coiffés d'un drôle de petit chapeau de feutre aux bords étroits et relevés, conune celui de je ne sais plus quel personnage de la comédie italienne, et Us ont aux pieds des chaussures épaisses et fourrées. Ils sont petits, trapus, robustes.
Ils sont de teint rouge plus que jaune. Leurs têtes sont rondes, leurs nez gros, leurs yeux méchants, et leurs cheveux avant d'être réunis en natte, à la chinoise, s'ébouriffent tout raides, en s'écartant des oreilles.
Les femmes sont petites, elles aussi, pour la plupart, et grosses, courtaudes et épaisses, rappelant certainés montagnardes de chez nous. Elles ont toutes un bijou d'or plaqué sur la narine gauche, beaucoup y ajoutent un anneau qui leur pend sur les lèvres. Des bijoux partout, en argent souvent, avec des pieires vertes. Aux oreilles, de lourds anneaux; sur la poitrine des plaques épaisses qui ont l'air de reliquaires ; des bagues énormes à tous les doigts et des anneaux aux chevilles.
Tout ce monde-là est bien dilTérent des Indous d'en bas. Et non seulement par la physionomie et par le costume ; la mentalité est tout autre. D'abord, Us sont gais. En outre, ils ne dissimulent pas, à l'égard des blancs, un mépris qui se trahit par des rires moqueurs et des invectives qu'on ne comprend pas, mais sur la nature desquelles le ton ne laisse aucun doute.
Ils sont les voisins ou les habitants de ce Thibet tout proche où l'Europe n'a pas le droit de pénétrer, et qui renferme, au dire des rares voyageurs qui ont pu y aller et en revenir, des monuments admirables, et qui vit dans une civUisation très avancée.
Nous grimpons toujours. Nous côtoyons, à en
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avoir peur, des précipices de verdure d'une profondeur énorme, six cents, huit cents, mille mètres peutêtre. Les pins ont remplacé les bananiers. Le brouillard s'épaissit dans les fonds ; des nuages blancs couvrent le ciel, en y laissant seulement des plaques bleues.
Tout à coup, dans un de ces trous d'azur, un nuage me parait bizarre, plus blanc que les autres, et de contours plus nets... C'est le sommet du géant de l'Himalaya. Il se place à un endroit du ciel où nous ne comprenons pas qu'il puisseexisterautre chose que desnuages, oùjamaisnousn'avons vu riend'autre, et c'est un peu ahurissant. Tout petit d'a^leurs, et il faut regarder bien, et il faut regarder encore, pour être certain que ce n'est pas un nuage. Le pied de cette chose qui devrait être flottante, suspendue, et qui ne l'est pas, disparedt dans des nuages d'abord, puis dans des vapeurs laiteuses, très opaques, au travers desquelles on distingue, en haut, des mouvements de terrain ; et en bas, rien.
Darjeeling I
C'est, comme vous le savez, une sorte de station d'été où les Anglais viennent se reposer et travailler même, lorsque les premières chaleurs les chassent de Calcutta. Pendant les mois les plus durs, le Gouvernement, l'administration, les bureaux se transportent à Simla, à un autre endroit de la montagne.
L'arrivée est des plus comiques.
Il n'y a, en ce moment, qu'un hôtel ouvert, ici. Par peur de n'y point trouver de place, chacun retient sa chambre. Tous les touristes du train sont donc à destination du même hôt^.
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Alors, à peine le train est-il arrêté qu'un monsieur pénètre dans le compartiment, demande le nom de chacun et lui remet une carte avec le numéro de la ■ chambre qui lui est destinée. Vos colis ? Ne vous en occupez point. De vos bagages non plus. Par ici. Passez par ici. Montez dans ce pousse-pousse. On abandonne ses colis et ses bagages, on passe par ici, on monte et on se laisse emporter avec le convoi. J'ai une fois de plus la sensation d'être un prisonnier qu'on emmène.
Mais que notre cortège est rïsible 1
Les pousse-pousse ne sont pas légers et caoutchoutés, ni traînés au pas de course par des Cinghalais élégants, des Chinois nus ou de petits Annamites. Ils sont solides et lourds. Deux hommes avec leur petit chapeau et leur costume sombre s'y attellent. Un autre pousse par derrière. Imt^nez ce que doit être une suite de vingt ou trente véhicules semblables et les silhouettes variées des touristes, grosses dames ou grands Anglais. Nous gravissons des pentes raides. A la fin, comme la montée est vraiment trop rude, et que j'aperçois l'enseigne de l'hôtel, je descends, gêné d'imposer une telle fatigue aux coolies. Un Anglais se moque un peu de moi et me dit :
— « Il n'y a quedes Français pour avoir ces idées-là.»
La phrase ne m'a pas déplu.
Sur la terrasse, j'achète un moulin à prièies.
On sait que la philosophie bouddhiste (nous sommes ici en pays bouddhique) a été dénaturée à un tel point que maintenant elle n'est plus, pour la masse, qu'un tissu de superstitions grossières.
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Dire des prières est un moyen d'acquérir des mérites et de se préparer ainsi une future existence meilleure. Plus on dit de prières et plus on augmente ses chances de revenir ici-bas avec une incarnation plus noble. Les gens ont pensé que les piières avaient leur force en elles-mêmes et ils ont cherché un moyen mécanique de les réciter. Dans quelques années, je suppose, des phonographes s'en chaîneront. Aujourd'hui, on se contente de faire tourner un petit instrument qui ressemble à un jouet d'enfant. Dans un cylindre de métal sont enfermées des bandes de papier sur lesquelles les prières sont inscrites. Ce cylindre est mobile sur un axe qui prolonge le manche et une petite boule attachée à une chaînette permet de lui imprimer un mouvement de rotation en l'agitant à la manière d'une crécelle.
Je suis très heureux de mon acquisition.
Dimanche 30 janvier. — C'est à peu près certain maintenant: ce que j'ai pu rêver de l'Himalaya ne sera pas dérangé par la réalité. Un biouillard épais, ce matin encore, cachait les cimes neigeuses. Les touristes qui viennent ici doivent savoir que, dans cette saison, le brouillard est l'état normal. Le vent est fixe, arrêté par l'Himalaya, puisqu'il vient du nord-est. Toute la vapeur d'eau est donc immobilisée sous forme de brouillard et de nuages.
Mais on s'en consolera si l'on est intéressé par la vie indigène. Nous sommes, je dois l'avoir déjà dit, sur la frontière du Thibet et du Népaul et si ces paya sont fermés aux Européens, par contre, leurs habitants la franchissent aisément. La race du Sikkim, où nous sommes, est d'ailleurs toute différente de celle de l'Inde. Le climat produit tels ou tels hommes, sans .
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8'inquiéter des frontières. Aussi le marché de Darjeeling doit-il donner une idée assez exacte de ceux des contrées interdites. Je vous ai déjà décrit les types qu'on y rencontre: Thibétains joyeux, Népaulais farouches, femmes couvertes de hijoux, et petites, rougeaudes, la tête ronde et les yeux bridés. La ressemblance des uns et des autres avec les Lapons que nous avons rencontrés en Norvège est frappante. Il n'est pas à souhaiter d'être femme dans ce pays. J'ai déjà vu, en Orient, la femme servir de bête de somme : je n'ai jamais vu cette coutume poussée à la barbarie comme à Darjeeling. De toutes jeunes filles, df s enfants presque, gravissent les rues en pente brutale avec de grosses pierres, ou des paniers remplis de sable, qu'elleà portent sur le dos, au moyen d'une corde passée au front.
Use danse de Lmas
Un village accroché à la montagne, aux rues en escalier, aux cabanes misérables. A de très longues perches, des drapeaux blancs, très haut» et très étroits, sont attachés. Ce sont des amulettes contre le mauvais sort et des moyens de se renseigner sur la conduite à tenir dans les circonstances prochaines. Nous descendons un chemin en lacets, et nous entendons la musique — quelle musique ! — qui nous souhaite la bienvenue. Un lama — je ne vous apprendrai rien, n'est-ce pas, en vous disant qu'un lama est un prêtre bouddhbte thibétain, prêtre d'un bouddhisme, hélas, bien déformé — un lama, coiffé d'une cagoule dantesque, vêtu de brun et de rouge passé, nous offre comme présent un petit chiffon de
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mousseline que nous acceptons avec empressement, tandis que l'oichestre en bonnets rouges faîtrage. Il y a particulièrement deux trompettes en bois, de trois mètres de long, que je n'ai pas oubliéestout de suite.
Nous sommes sur une petite place devant une maison carrée, blanche, avec un balcon fleuri. D'un côté, il y a une petite colline, un tertre où des entants se sont installés pour jouir du spectacle qui va commencer ; de l'autre, au loin, la montagne et, tout près, les profondeurs vertes d'une vallée.
Sous un abri en toile une petite table supporte — spectacle touchant I — des fleurs fichées dans le goulot de deux bouteilles, puis des baguettes d'encens ; derrière, deux chaises et un tapis dessus.
On nous offre à boire. Je n'avais pas encore bu de cette façon-là. Imaginez un cylindre de bois plus gros qu'une bouteille. II est rempli de graines en fermentation. On y verse de l'eau bouillante. On couvre d'un couvercle percé d'un petit trou par lequel passe une tige de bois évidée et qui sert à aspirer le liquide, comme nous faisons avec une paille. Le tout rappelle en réduction les antiques appareils à battre le beurre.
II faut boire à ce tuyau qui a passé de bouche en bouche. On a l'aimable attention de l'essuyer. Mais avec un foulard que quelqu'un sort de sa poche. J'hésite un peu, sans le laisser voir. Il ne faut pas désobliger des gens qui prennent tant de peine pour nous être agréables. Courons le risque ! C'est très bon : une liqueur chaude, forte et douce à la fois, enivrante, parait-il, et dont les Népaulais font parfois abus.
Puis l'orchestre reprend, plein de zèle, hélas I et le spectacle commence.
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Il vaut surtout par l'intentioD, par le milieu, par le paysage, par sa sincérité. Ces gestes-là s'accomplissent depuis des siècles, toujours les mêmes, suivant d'intangibles traditions. C'est donc du passé qm vit devant nous : ces danses ont ému des milliers d'hommes qui sont morts, ceux qui s'y livrent sont émus eux-mêmes, et c'est pourquoi eues sont infiniment respectables.
Les danses terminées, nous visitons le monastère, ou la pagode, pour mieux dire. Elle est toute différente de celles que nous avons vues jusqu'ici. Simple et petite, mais avec une disposition architecturale, avec des traits rouges sur les colonnes qui rappellent ce que noua savons des temples assyriens. De chaque côté de la porte, des cylindres de bois peuvent tourner sur leur axe. Ce sont des moulins à prières. En passant, le fidèle donne à chacun d'eux une petite impulsion qui les met en mouvement, et voici ses mérites augmentés d'un peu. A l'intérieur, les statues traditionnelles du Bouddha, et les offrandes. De chaque côté de l'autel, une sorte de bibliothèque où sont enfermés les Livres Saints. Ils sont copiés sur des feuilles de parchemin très minces serrées entre deux planches.
Après les compliments d'usage, nous partons.
Et l'orchestre est composé d'hommes vaillants qui ne connaissent pas la fatigue
Le soir, à six heures, sur la terrasse de l'hôtel, nous avons assisté à des danses profanes.
Elles sont beaucoup plus amusantes.
Je ne vous les décrirai pas par le menu,. J'ai surtout gardé le souvenir d'un petit bonhomme de six ou
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